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Quatre ans après la débâcle à l’aéroport de Kaboul, des familles meurtries à jamais

Kaboul, 16 août 2021. Pétrifiés à l’idée de voir les talibans reprendre le pouvoir, des Afghans s’accrochent au fuselage d’un avion américain au décollage, et en chutent. Quatre ans plus tard, leurs familles ressassent un acte insensé et des plaies incicatrisables.Les images ont fait le tour du monde: des centaines de personnes courent à côté d’un avion militaire sur le point de décoller et certaines s’y accrochent. D’autres vidéos montrent des silhouettes se détachant du C-17, avant de sombrer dans les airs.L’une était celle de Shafiullah Hotak. A 18 ans, il rêvait de devenir médecin mais, faute d’argent pour ses études, était contraint à des travaux journaliers.Le 16 août 2021, au lendemain de la prise de Kaboul par les talibans, il se laisse emporter par les rumeurs: les Américains, après 20 ans de guerre, embarquent avec eux des Afghans pressés de déguerpir.”Je pars aux Etats-Unis!”, dit-il à ses parents à l’aube, un simple billet de 50 afghanis (moins d’un euro) en poche.L’aéroport est pris d’assaut par des familles venues avec le moindre bout de papier pouvant, rêvent-elles, leur permettre de partir.”Shafiullah avait de l’espoir. Il disait que s’il arrivait aux Etats-Unis, je pourrais arrêter de travailler, qu’il nous rendrait ce que nous avions fait pour lui”, relate sa mère, Zar Bibi Hotak.”Je lui ai donné sa carte d’identité et il est parti. Puis on a appris qu’il était mort”.- Tombés sur un toit -Plus de 120.000 personnes ont été évacuées en août 2021 par les pays de l’OTAN, dont 2.000 avaient directement travaillé contre les talibans. Des milliers d’autres ont quitté le pays les mois suivants.”On nous racontait les histoires du précédent régime taliban (1996-2001), que même la farine était difficile à trouver. Avec ces récits en tête, on s’inquiétait. On pensait qu’il n’y aurait plus de travail”, explique à l’AFP Intizar Hotak, 29 ans, frère de Shafiullah.Dans leur quartier de l’est de Kaboul, les seuls qui s’en sortent ont de la famille à l’étranger.”Shafiullah disait que la situation ne pourrait pas s’améliorer, qu’il valait mieux partir”, se rappelle sa mère, serrant contre elle un portrait du jeune homme.Son corps est tombé sur le toit d’une maison dans le nord de la capitale, à quelques kilomètres de l’aéroport, comme celui de Fida Mohammed Amir, 24 ans.Lui, de l’aveu de son père Payanda Mohammed Ibrahimi, haïssait les talibans.Ce matin-là, il prétexte un rendez-vous dans sa clinique et quitte la maison familiale de Paghman, village proche de Kaboul.En début d’après-midi, ils reçoivent un appel d’un inconnu qui dit être à l’aéroport: “Vous connaissez Fida? Il est tombé d’un avion”.Le jeune dentiste avait glissé dans sa poche le numéro de son père.- “Je ne comprenais rien” -Zar Bibi Hotak a été avertie par des proches qui ont vu la photo de Shafiullah partagée sur Facebook par des témoins à l’aéroport.”J’ai hurlé, j’ai couru comme une folle. Certains voisins étaient gênés, se demandaient comment réagir. Un autre m’a attrapée et ramenée chez moi”, raconte-t-elle.”Je ne comprenais rien, je ne savais même pas qu’il était allé à l’aéroport”, se remémore Intizar Hotak.C’est lui qui est allé chercher la dépouille de son frère, méconnaissable.”J’espère que Dieu n’imposera jamais à personne de voir une chose pareille”, murmure-t-il, le regard fuyant.A ce jour, le nombre de victimes de l’évacuation demeure inconnu.L’armée américaine a blanchi en 2022 l’équipage de l’avion, qui a “décidé de quitter l’aérodrome aussi vite que possible” au vu de la dégradation de la situation sécuritaire et des “centaines de civils encerclant l’appareil”, avait rapporté une porte-parole.Insuffisant, jugent toutes les familles interrogées par l’AFP, qui disent leur chagrin aggravé par l’absence d’excuses.”Personne ne nous a appelés: ni le précédent gouvernement, ni les talibans, ni les Américains”, s’indigne Zar Bibi Hotak.”Les avions sont équipés de caméras (…), le pilote savait ce qu’il faisait, que c’était dangereux, il aurait pû s’arrêter”, accuse Zakir Anwari, dont le frère Zaki a été écrasé par l’avion, sur le tarmac.- Cauchemars -Jeune espoir du football de 17 ans, Zaki s’était rendu à l’aéroport par curiosité, avec un de ses autres frères. Il aurait ensuite décidé de tenter sa chance, croit Zakir Anwari.”Peut-être qu’il craignait que les talibans interdisent le football”, suggère-t-il.Sous leur premier régime, les talibans avaient interdit presque toutes forme de divertissement, et instillé un climat de terreur. a partir de 2021, ils ont progressivement instauré des lois liberticides, visant surtout les femmes.”Tout le monde s’est demandé comment Zaki, aussi intelligent, a pris un tel risque. Mais il n’était pas le seul: j’ai rencontré à l’aéroport un père de six enfants qui disait fièrement qu’il avait essayé par trois fois de s’accrocher à un avion”, poursuit Zakir Anwari.De l’aéroport où il s’est rué pour tenter de retrouver son frère, il se rappelle des corps entassés dans un pick-up, du sang au sol et d’être frappé par un taliban.”J’ai eu des cauchemars pendant un an. Impossible d’oublier”, confesse-t-il.Payanda Ibrahimi hésite, lui, à reparler de son fils, n’y voyant qu’une façon de “rouvrir la blessure”.”Personne ne s’en soucie et personne ne peut comprendre”, dit-il, le regard brisé par la douleur. “Fida ne voulait pas mal faire. Comme lui, il y avait des milliers de familles à l’aéroport”, argue-t-il. “Elles n’y sont pas allées pour mourir, mais pour fuir. Et survivre”.

Quatre ans après la débâcle à l’aéroport de Kaboul, des familles meurtries à jamais

Kaboul, 16 août 2021. Pétrifiés à l’idée de voir les talibans reprendre le pouvoir, des Afghans s’accrochent au fuselage d’un avion américain au décollage, et en chutent. Quatre ans plus tard, leurs familles ressassent un acte insensé et des plaies incicatrisables.Les images ont fait le tour du monde: des centaines de personnes courent à côté d’un avion militaire sur le point de décoller et certaines s’y accrochent. D’autres vidéos montrent des silhouettes se détachant du C-17, avant de sombrer dans les airs.L’une était celle de Shafiullah Hotak. A 18 ans, il rêvait de devenir médecin mais, faute d’argent pour ses études, était contraint à des travaux journaliers.Le 16 août 2021, au lendemain de la prise de Kaboul par les talibans, il se laisse emporter par les rumeurs: les Américains, après 20 ans de guerre, embarquent avec eux des Afghans pressés de déguerpir.”Je pars aux Etats-Unis!”, dit-il à ses parents à l’aube, un simple billet de 50 afghanis (moins d’un euro) en poche.L’aéroport est pris d’assaut par des familles venues avec le moindre bout de papier pouvant, rêvent-elles, leur permettre de partir.”Shafiullah avait de l’espoir. Il disait que s’il arrivait aux Etats-Unis, je pourrais arrêter de travailler, qu’il nous rendrait ce que nous avions fait pour lui”, relate sa mère, Zar Bibi Hotak.”Je lui ai donné sa carte d’identité et il est parti. Puis on a appris qu’il était mort”.- Tombés sur un toit -Plus de 120.000 personnes ont été évacuées en août 2021 par les pays de l’OTAN, dont 2.000 avaient directement travaillé contre les talibans. Des milliers d’autres ont quitté le pays les mois suivants.”On nous racontait les histoires du précédent régime taliban (1996-2001), que même la farine était difficile à trouver. Avec ces récits en tête, on s’inquiétait. On pensait qu’il n’y aurait plus de travail”, explique à l’AFP Intizar Hotak, 29 ans, frère de Shafiullah.Dans leur quartier de l’est de Kaboul, les seuls qui s’en sortent ont de la famille à l’étranger.”Shafiullah disait que la situation ne pourrait pas s’améliorer, qu’il valait mieux partir”, se rappelle sa mère, serrant contre elle un portrait du jeune homme.Son corps est tombé sur le toit d’une maison dans le nord de la capitale, à quelques kilomètres de l’aéroport, comme celui de Fida Mohammed Amir, 24 ans.Lui, de l’aveu de son père Payanda Mohammed Ibrahimi, haïssait les talibans.Ce matin-là, il prétexte un rendez-vous dans sa clinique et quitte la maison familiale de Paghman, village proche de Kaboul.En début d’après-midi, ils reçoivent un appel d’un inconnu qui dit être à l’aéroport: “Vous connaissez Fida? Il est tombé d’un avion”.Le jeune dentiste avait glissé dans sa poche le numéro de son père.- “Je ne comprenais rien” -Zar Bibi Hotak a été avertie par des proches qui ont vu la photo de Shafiullah partagée sur Facebook par des témoins à l’aéroport.”J’ai hurlé, j’ai couru comme une folle. Certains voisins étaient gênés, se demandaient comment réagir. Un autre m’a attrapée et ramenée chez moi”, raconte-t-elle.”Je ne comprenais rien, je ne savais même pas qu’il était allé à l’aéroport”, se remémore Intizar Hotak.C’est lui qui est allé chercher la dépouille de son frère, méconnaissable.”J’espère que Dieu n’imposera jamais à personne de voir une chose pareille”, murmure-t-il, le regard fuyant.A ce jour, le nombre de victimes de l’évacuation demeure inconnu.L’armée américaine a blanchi en 2022 l’équipage de l’avion, qui a “décidé de quitter l’aérodrome aussi vite que possible” au vu de la dégradation de la situation sécuritaire et des “centaines de civils encerclant l’appareil”, avait rapporté une porte-parole.Insuffisant, jugent toutes les familles interrogées par l’AFP, qui disent leur chagrin aggravé par l’absence d’excuses.”Personne ne nous a appelés: ni le précédent gouvernement, ni les talibans, ni les Américains”, s’indigne Zar Bibi Hotak.”Les avions sont équipés de caméras (…), le pilote savait ce qu’il faisait, que c’était dangereux, il aurait pû s’arrêter”, accuse Zakir Anwari, dont le frère Zaki a été écrasé par l’avion, sur le tarmac.- Cauchemars -Jeune espoir du football de 17 ans, Zaki s’était rendu à l’aéroport par curiosité, avec un de ses autres frères. Il aurait ensuite décidé de tenter sa chance, croit Zakir Anwari.”Peut-être qu’il craignait que les talibans interdisent le football”, suggère-t-il.Sous leur premier régime, les talibans avaient interdit presque toutes forme de divertissement, et instillé un climat de terreur. a partir de 2021, ils ont progressivement instauré des lois liberticides, visant surtout les femmes.”Tout le monde s’est demandé comment Zaki, aussi intelligent, a pris un tel risque. Mais il n’était pas le seul: j’ai rencontré à l’aéroport un père de six enfants qui disait fièrement qu’il avait essayé par trois fois de s’accrocher à un avion”, poursuit Zakir Anwari.De l’aéroport où il s’est rué pour tenter de retrouver son frère, il se rappelle des corps entassés dans un pick-up, du sang au sol et d’être frappé par un taliban.”J’ai eu des cauchemars pendant un an. Impossible d’oublier”, confesse-t-il.Payanda Ibrahimi hésite, lui, à reparler de son fils, n’y voyant qu’une façon de “rouvrir la blessure”.”Personne ne s’en soucie et personne ne peut comprendre”, dit-il, le regard brisé par la douleur. “Fida ne voulait pas mal faire. Comme lui, il y avait des milliers de familles à l’aéroport”, argue-t-il. “Elles n’y sont pas allées pour mourir, mais pour fuir. Et survivre”.

Pain, essence, dollars: la Bolivie à sec à l’approche de la présidentielle

Dans les échoppes du centre de La Paz, même le pain commence à se faire rare, nouveau symptôme d’une crise économique au coeur des préoccupations des Boliviens à l’approche d’une élection présidentielle, dimanche, qui pourrait signer un retour de la droite.Wilson Paz, un travailleur indépendant de 39 ans, parcourt une dizaine de petites boutiques à …

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Pain, essence, dollars: la Bolivie à sec à l’approche de la présidentielle

Dans les échoppes du centre de La Paz, même le pain commence à se faire rare, nouveau symptôme d’une crise économique au coeur des préoccupations des Boliviens à l’approche d’une élection présidentielle, dimanche, qui pourrait signer un retour de la droite.Wilson Paz, un travailleur indépendant de 39 ans, parcourt une dizaine de petites boutiques à l’angle d’une rue, mais aucune n’a de “marraqueta”, ce pain blanc croustillant très apprécié dans la capitale administrative. “Nous attendons avec impatience les élections pour changer ce modèle qui nous a considérablement appauvris”, souffle ce père de famille, qui repart avec du pain en sachet faute de mieux.La pénurie d’aliments, mais aussi de carburant et de dollars, exacerbe le mécontentement des Boliviens et, pour la première fois en 20 ans, la gauche n’apparaît pas favorite dans les sondages pour le scrutin de dimanche, où deux candidats de droite caracolent en tête.Le président Luis Arce, très impopulaire, ne se représente pas, tandis qu’Evo Morales, à la tête du pays à trois reprises entre 2006 et 2019, est écarté par la limite des mandats et fait l’objet d’un ordre d’arrestation dans une affaire de traite de mineure qu’il nie.Parmi les candidats de gauche, le président du Sénat Andrónico Rodríguez et l’ancien ministre Eduardo del Castillo figurent loin derrière les deux favoris dans les enquêtes.”On n’a aucun espoir avec ce gouvernement”, peste devant une échoppe Ligia Maldonado, 70 ans, dépitée elle aussi de revenir sans pain frais. La marraqueta, “c’est le pain des pauvres”, assure-t-elle.Malgré une inflation annuelle frôlant les 25% en juillet, un record depuis au moins 2008, la marraqueta reste l’un des rares aliments dont le prix n’a pas augmenté, grâce à la politique de contrôle du gouvernement qui subventionne la farine utilisée pour la fabriquer. Mais, comme pour l’huile ou le riz, il arrive qu’elle disparaisse des étals, faute de farine. – “Tout a augmenté” -Le gouvernement a presque épuisé les réserves de dollars pour financer sa politique de subventions, alors que les exportations de gaz naturel, autrefois principal moteur de l’économie bolivienne et source majeure de devises pour le pays, s’effondrent depuis 2017.La pénurie de dollars, qui a fait doubler leur valeur en moins d’un an, a aussi entraîné une envolée des prix. “Tout a augmenté: les oeufs, le lait, l’huile, les pièces détachées” pour la voiture, se plaint Manuel Osinaga, un chauffeur de taxi, après plus de cinq heures d’attente devant une station-service pour pouvoir faire le plein, une scène devenue ordinaire ces derniers mois dans le pays.Carlos Tavera, un retraité de 65 ans qui habituellement vote à gauche, assure qu’il votera pour le candidat d’opposition le mieux placé, même si cela signifie soutenir un candidat de droite. “N’importe qui vaut mieux que ça”, lance-t-il. “Nous n’avons plus de dollars. Il y a des files d’attente pour l’essence, pour le pain, pour tout. Allez dans les hôpitaux, il n’y a pas de médicaments”, énumère-t-il.Pour l’économiste Napoleón Pacheco, professeur à l’université Mayor de San Andrés, le pays est “au bord de l’hyperinflation”. Cette situation résulte notamment, selon lui, de l’émission massive de monnaie par le gouvernement pour tenter de stabiliser l’économie. Entre 2023 et 2024, la masse monétaire a bondi de 20%. Les deux favoris du scrutin de dimanche, l’homme d’affaires de centre droit Samuel Doria Medina et l’ancien président de droite Jorge Quiroga, promettent d’y mettre un terme.Ils prévoient également de fermer les entreprises publiques déficitaires et de réduire les subventions aux carburants, dans le cadre d’un programme d’austérité.Mais, selon la Fondation bolivienne Jubileo, la pauvreté atteindrait 44%, contre entre 36 et 37% selon les chiffres officiels, si l’on tient compte de la hausse du coût de la vie.”Une période de sang, de sueur et de larmes, pour paraphraser Churchill, s’annonce. Il faut se préparer au pire”, prévient Napoléon Pacheco.

Pain, essence, dollars: la Bolivie à sec à l’approche de la présidentielle

Dans les échoppes du centre de La Paz, même le pain commence à se faire rare, nouveau symptôme d’une crise économique au coeur des préoccupations des Boliviens à l’approche d’une élection présidentielle, dimanche, qui pourrait signer un retour de la droite.Wilson Paz, un travailleur indépendant de 39 ans, parcourt une dizaine de petites boutiques à l’angle d’une rue, mais aucune n’a de “marraqueta”, ce pain blanc croustillant très apprécié dans la capitale administrative. “Nous attendons avec impatience les élections pour changer ce modèle qui nous a considérablement appauvris”, souffle ce père de famille, qui repart avec du pain en sachet faute de mieux.La pénurie d’aliments, mais aussi de carburant et de dollars, exacerbe le mécontentement des Boliviens et, pour la première fois en 20 ans, la gauche n’apparaît pas favorite dans les sondages pour le scrutin de dimanche, où deux candidats de droite caracolent en tête.Le président Luis Arce, très impopulaire, ne se représente pas, tandis qu’Evo Morales, à la tête du pays à trois reprises entre 2006 et 2019, est écarté par la limite des mandats et fait l’objet d’un ordre d’arrestation dans une affaire de traite de mineure qu’il nie.Parmi les candidats de gauche, le président du Sénat Andrónico Rodríguez et l’ancien ministre Eduardo del Castillo figurent loin derrière les deux favoris dans les enquêtes.”On n’a aucun espoir avec ce gouvernement”, peste devant une échoppe Ligia Maldonado, 70 ans, dépitée elle aussi de revenir sans pain frais. La marraqueta, “c’est le pain des pauvres”, assure-t-elle.Malgré une inflation annuelle frôlant les 25% en juillet, un record depuis au moins 2008, la marraqueta reste l’un des rares aliments dont le prix n’a pas augmenté, grâce à la politique de contrôle du gouvernement qui subventionne la farine utilisée pour la fabriquer. Mais, comme pour l’huile ou le riz, il arrive qu’elle disparaisse des étals, faute de farine. – “Tout a augmenté” -Le gouvernement a presque épuisé les réserves de dollars pour financer sa politique de subventions, alors que les exportations de gaz naturel, autrefois principal moteur de l’économie bolivienne et source majeure de devises pour le pays, s’effondrent depuis 2017.La pénurie de dollars, qui a fait doubler leur valeur en moins d’un an, a aussi entraîné une envolée des prix. “Tout a augmenté: les oeufs, le lait, l’huile, les pièces détachées” pour la voiture, se plaint Manuel Osinaga, un chauffeur de taxi, après plus de cinq heures d’attente devant une station-service pour pouvoir faire le plein, une scène devenue ordinaire ces derniers mois dans le pays.Carlos Tavera, un retraité de 65 ans qui habituellement vote à gauche, assure qu’il votera pour le candidat d’opposition le mieux placé, même si cela signifie soutenir un candidat de droite. “N’importe qui vaut mieux que ça”, lance-t-il. “Nous n’avons plus de dollars. Il y a des files d’attente pour l’essence, pour le pain, pour tout. Allez dans les hôpitaux, il n’y a pas de médicaments”, énumère-t-il.Pour l’économiste Napoleón Pacheco, professeur à l’université Mayor de San Andrés, le pays est “au bord de l’hyperinflation”. Cette situation résulte notamment, selon lui, de l’émission massive de monnaie par le gouvernement pour tenter de stabiliser l’économie. Entre 2023 et 2024, la masse monétaire a bondi de 20%. Les deux favoris du scrutin de dimanche, l’homme d’affaires de centre droit Samuel Doria Medina et l’ancien président de droite Jorge Quiroga, promettent d’y mettre un terme.Ils prévoient également de fermer les entreprises publiques déficitaires et de réduire les subventions aux carburants, dans le cadre d’un programme d’austérité.Mais, selon la Fondation bolivienne Jubileo, la pauvreté atteindrait 44%, contre entre 36 et 37% selon les chiffres officiels, si l’on tient compte de la hausse du coût de la vie.”Une période de sang, de sueur et de larmes, pour paraphraser Churchill, s’annonce. Il faut se préparer au pire”, prévient Napoléon Pacheco.

Au Pakistan, la mousson fait plus de 320 morts en 48 heures, les secours s’organisent

Les secours tentent samedi de recouvrer les corps ensevelis dans le nord du Pakistan où une mousson inhabituellement intense a tué plus de 320 personnes en 48 heures.Ces deux derniers jours, les pluies diluviennes les plus meurtrières ont eu lieu dans différents districts de la province montagneuse du Khyber-Pakhtunkhwa, dans le nord du pays, qui a enregistré à elle seule 307 décès, soit la moitié des morts de cette saison de mousson, indique l’Autorité de gestion des catastrophes.La plupart des victimes ont été emportées par des crues subites, sont mortes dans l’effondrement de leur maison, ont été électrocutées ou frappées par la foudre.Dans cette province frontalière de l’Afghanistan, encore frappée par d’intenses précipitations, plus de 2.000 secouristes sont mobilisés pour tenter de trouver des survivants, ou récupérer les corps ensevelis sous les décombres, a dit samedi à l’AFP Bilal Ahmed Faizi, porte-parole des secours de la province. “Les fortes pluies, les glissements de terrain et les routes bloquées entravent l’accès des ambulances et les secouristes doivent se déplacer à pied”, a-t-il ajouté.- Prisonniers des décombres -Les secours “tentent d’évacuer les survivants, mais très peu acceptent de partir car ils ont perdu des proches, encore prisonniers des décombres”, poursuit M. Faizi.”Ce matin, quand je me suis réveillé, la terre que notre famille cultivait depuis des générations — et le petit terrain où nous jouions au cricket depuis des années — avaient disparu”, témoigne auprès de l’AFP Muhammad Khan, un habitant du district de Buner, qui compte 91 morts.”On dirait que toute la montagne s’est effondrée, la région est recouverte de boue et d’énormes rochers”, ajoute l’homme de 48 ans, racontant avoir extrait “19 corps des décombres”.”Nous continuons à rechercher des proches disparus, chaque fois que l’on découvre un corps, on ressent une profonde tristesse mais c’est aussi un soulagement de se dire que la famille pourra récupérer la dépouille”, raconte-t-il.L’Autorité provinciale de gestion des catastrophes du Khyber-Pakhtunkhwa a déclaré “sinistrés” de nombreux districts où “des équipes de secours ont été déployées en renfort” pour tenter d’approcher des hameaux à la géographie accidentée.Saifullah khan, un enseignant de 32 ans, assure que tout le district de Buner est sous le choc.”Les habitants récupèrent les corps et organisent des prières funéraires”, mais “nous ne savons toujours pas qui est mort ou vivant”, raconte-t-il.”J’ai retrouvé les corps de certains de mes élèves et je me demande ce qu’ils ont fait pour mériter ça”.Neuf autres personnes ont trouvé la mort dans le Cachemire pakistanais, tandis que dans le Cachemire administré par l’Inde, au moins 60 victimes ont été recensées dans un village himalayen –et 80 autres sont toujours portées disparues.Enfin, cinq personnes sont mortes dans la région touristique du Gilgit-Baltistan, à l’extrême nord du Pakistan, particulièrement prisé l’été des alpinistes venus du monde entier mais que les autorités recommandent désormais d’éviter.Au total, depuis le début d’une mousson estivale qualifiée d'”inhabituelle” par les autorités, 634 personnes, dont une centaine d’enfants, ont été tuées, et 768 blessées.Vendredi, un hélicoptère venu à la rescousse s’est écrasé, faisant cinq morts supplémentaires.Pour Syed Muhammad Tayyab Shah, de l’Autorité nationale de gestion des catastrophes, “plus de la moitié des victimes sont mortes à cause de la mauvaise qualité des structures”.Le pays, le cinquième le plus peuplé au monde, est l’un des plus vulnérables aux effets du changement climatique et, préviennent les autorités, les pluies vont encore s’intensifier ces deux prochaines semaines.Les 255 millions de Pakistanais ont déjà subi ces dernières années des inondations massives et meurtrières, des explosions de lacs glaciaires et des sécheresses inédites, autant de phénomènes qui vont se multiplier sous l’influence du dérèglement climatique, préviennent les scientifiques.

Au Pakistan, la mousson fait plus de 320 morts en 48 heures, les secours s’organisent

Les secours tentent samedi de recouvrer les corps ensevelis dans le nord du Pakistan où une mousson inhabituellement intense a tué plus de 320 personnes en 48 heures.Ces deux derniers jours, les pluies diluviennes les plus meurtrières ont eu lieu dans différents districts de la province montagneuse du Khyber-Pakhtunkhwa, dans le nord du pays, qui a enregistré à elle seule 307 décès, soit la moitié des morts de cette saison de mousson, indique l’Autorité de gestion des catastrophes.La plupart des victimes ont été emportées par des crues subites, sont mortes dans l’effondrement de leur maison, ont été électrocutées ou frappées par la foudre.Dans cette province frontalière de l’Afghanistan, encore frappée par d’intenses précipitations, plus de 2.000 secouristes sont mobilisés pour tenter de trouver des survivants, ou récupérer les corps ensevelis sous les décombres, a dit samedi à l’AFP Bilal Ahmed Faizi, porte-parole des secours de la province. “Les fortes pluies, les glissements de terrain et les routes bloquées entravent l’accès des ambulances et les secouristes doivent se déplacer à pied”, a-t-il ajouté.- Prisonniers des décombres -Les secours “tentent d’évacuer les survivants, mais très peu acceptent de partir car ils ont perdu des proches, encore prisonniers des décombres”, poursuit M. Faizi.”Ce matin, quand je me suis réveillé, la terre que notre famille cultivait depuis des générations — et le petit terrain où nous jouions au cricket depuis des années — avaient disparu”, témoigne auprès de l’AFP Muhammad Khan, un habitant du district de Buner, qui compte 91 morts.”On dirait que toute la montagne s’est effondrée, la région est recouverte de boue et d’énormes rochers”, ajoute l’homme de 48 ans, racontant avoir extrait “19 corps des décombres”.”Nous continuons à rechercher des proches disparus, chaque fois que l’on découvre un corps, on ressent une profonde tristesse mais c’est aussi un soulagement de se dire que la famille pourra récupérer la dépouille”, raconte-t-il.L’Autorité provinciale de gestion des catastrophes du Khyber-Pakhtunkhwa a déclaré “sinistrés” de nombreux districts où “des équipes de secours ont été déployées en renfort” pour tenter d’approcher des hameaux à la géographie accidentée.Saifullah khan, un enseignant de 32 ans, assure que tout le district de Buner est sous le choc.”Les habitants récupèrent les corps et organisent des prières funéraires”, mais “nous ne savons toujours pas qui est mort ou vivant”, raconte-t-il.”J’ai retrouvé les corps de certains de mes élèves et je me demande ce qu’ils ont fait pour mériter ça”.Neuf autres personnes ont trouvé la mort dans le Cachemire pakistanais, tandis que dans le Cachemire administré par l’Inde, au moins 60 victimes ont été recensées dans un village himalayen –et 80 autres sont toujours portées disparues.Enfin, cinq personnes sont mortes dans la région touristique du Gilgit-Baltistan, à l’extrême nord du Pakistan, particulièrement prisé l’été des alpinistes venus du monde entier mais que les autorités recommandent désormais d’éviter.Au total, depuis le début d’une mousson estivale qualifiée d'”inhabituelle” par les autorités, 634 personnes, dont une centaine d’enfants, ont été tuées, et 768 blessées.Vendredi, un hélicoptère venu à la rescousse s’est écrasé, faisant cinq morts supplémentaires.Pour Syed Muhammad Tayyab Shah, de l’Autorité nationale de gestion des catastrophes, “plus de la moitié des victimes sont mortes à cause de la mauvaise qualité des structures”.Le pays, le cinquième le plus peuplé au monde, est l’un des plus vulnérables aux effets du changement climatique et, préviennent les autorités, les pluies vont encore s’intensifier ces deux prochaines semaines.Les 255 millions de Pakistanais ont déjà subi ces dernières années des inondations massives et meurtrières, des explosions de lacs glaciaires et des sécheresses inédites, autant de phénomènes qui vont se multiplier sous l’influence du dérèglement climatique, préviennent les scientifiques.

La vigne, un coupe-feu naturel qui s’estompe dans les Corbières

Au fil des décennies, la vigne recule dans l’Aude, au gré des campagnes d’arrachage, privant d’un coupe-feu naturel des territoires comme les Corbières, ravagées par un gigantesque incendie début août. Au lendemain du départ du feu qui a parcouru 16.000 hectares de végétation et détruit 36 maisons aux alentours de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, Bastien Cabal, président de la cave coopérative Cellier des Demoiselles, a reçu un SMS d’une voisine reconnaissante, et le montre à qui-veut, fièrement.”Salut Baptiste, lui écrit-elle, je ne te remercierai jamais assez d’avoir une vigne derrière chez nous, elle a permis de sauver la maison (et d’autres) du feu qui la menaçait. Encore une fois merci. (…) Sans cette vigne, le lotissement brûlait”.”On a vu des flammes de dix mètres de haut, c’était impressionnant, mais on se sentait protégés par la vigne. La vigne, je la vénère”, confie un habitant de la commune de Tournissan, Pascal Pamart, un retraité de 71 ans.Un incendie de cette magnitude était “inimaginable il n’y a pas si longtemps”, tous les villages et les habitations isolées étaient “défendus” par la vigne qui les entourait, assure Fabien Vergnes, 52 ans, viticulteur à Tournissan.D’environ 100.000 hectares en 1980, la superficie des vignes dans l’Aude est désormais de 60.000 hectares.- “Inévitable” -Lors de sa venue le 6 août, le Premier ministre François Bayrou a remarqué le rempart dressé par la vigne.”Ce qu’on a vu là, et qui est très frappant, c’est que partout où il y avait des vignes, pour l’essentiel, le feu a été arrêté, a-t-il dit. Et là où il n’y avait plus de vignes, là où les taillis, les broussailles, les garrigues avaient pris la place (…) un accroissement de la catastrophe”.Élus locaux et viticulteurs s’alarment des conséquences de l’arrachage.”Le réchauffement climatique augmente considérablement le risque d’incendie. Les vignes bien entretenues peuvent jouer un rôle crucial en tant que coupe-feu naturel”, observe l’œnologue et expert de l’Organisation de la vigne et du vin, Joël Rochart.Comme la consommation chute, pour éviter une surproduction et soutenir le cours du vin, l’État a subventionné une campagne d’arrachage, qui s’est chiffré à 5.000 hectares dans l’Aude, dont 2.500 dans les Corbières.”La politique d’arrachage est inévitable, admet-il, mais il faudrait introduire une gouvernance territoriale, qui prend en compte le risque incendie pour qu’il y ait une réflexion à l’échelle du territoire, et sur les PLU, suivie d’actions opérationnelles”.Gorgé d’eau, le feuillage des vignes freine la propagation, “comme du bois humide”, précise-t-il. Si on arrache les vignes, “il n’y a plus l’effet d’écran et les anciennes vignes sont souvent en friche”, ce qui facilite la propagation du feu.- Double impact -Pour remédier à cette problématique, il cite l’initiative subventionnée par la commune de Banyuls, dans les Pyrénées-Orientales, “où des ceintures de vignes anti-feu ont été créées, elles constituent un écran” face aux flammes, sur des parcelles qui surplombent cette coquette station balnéaire méditerranéenne.”C’est un problème qui va s’aggraver, prévient l’œnologue. Qui dit élévation des températures, dit plus de sécheresse, donc des végétaux plus sensibles aux départs et à la transmission du feu”.Dans le paysage, aux abords des 16 villages parcourus par les flammes, des taches vertes formées par les vignes tranchent avec les terres cendrées, jonchées d’arbres calcinés.Pour Jean-Paul Baylac, chef du service Feux de forêt au Sdis de l’Aude, “l’impact de la disparition des vignes est double. D’une part, les discontinuités viticoles font que les feux peuvent passer d’un massif à l’autre, parcourir des surfaces beaucoup plus importantes”.”Et ensuite, ajoute-t-il, en périphérie de zones urbaines, où les vignes assuraient, jusque dans les années 80, une protection, parce qu’il y avait des ceintures viticoles pratiquement autour de toutes les villes du département.”Président de la chambre d’agriculture de l’Aude, Ludovic Roux tire la sonnette d’alarme. “Aujourd’hui, dit-il, il reste 60.000 hectares, il faut maintenir et sauver la viticulture et pourquoi pas un un jour réimplanter des vignes sur des zones stratégiques. La vigne est vitale”.

En Indonésie, un concours de culturisme pour sauver les producteurs de tuiles

Dans des poses dignes de Mister Univers, des ouvriers exhibent leurs muscles devant la foule, soulevant non pas de la fonte mais tuiles empilées. Ce concours de culturisme d’un genre unique se tient en Indonésie pour défendre une activité artisanale en déclin.Cela fait dix ans que des dizaines d’hommes de Jatiwangi posent chaque année, le corps huilé, pour attirer l’attention sur une production qui fait depuis plus d’un siècle la réputation de cette ville située à quelque 200 kilomètres de la capitale Jakarta.”Depuis 1905, Jatiwangi fabrique des tuiles. Mais avec le temps, cette activité a commencé à disparaître”, explique Illa Syukrillah Syarief, un ouvrier de 48 ans qui participe à l’organisation de la compétition.”Nous avons donc le sentiment d’être là non seulement pour raconter l’histoire des tuiles, mais aussi pour les sauver, pour préserver la culture de la tuile de Jatiwangi”, poursuit-il.Les ouvriers utilisent de l’argile ou de la terre locale pour fabriquer leurs tuiles.L’activité est menacée par le désintérêt des jeunes générations pour les métiers manuels et par la concurrence de l’industrie, qui affecte les revenus des artisans locaux.”Nous nous battons dans une situation peu favorable”, explique Illa Syukrillah Syarief. “Nous avons perdu des ouvriers et la demande n’est plus ce qu’elle était”, ajoute le quadragénaire.La compétition rassemble des ouvriers de tous âges. Torse nu, ils posent devant un public composé de femmes en hijab et de juges.A la clé pour les gagnants: 1,5 million de roupies (environ 79 euros) offerts par les fabriques employant les compétiteurs. Pour l’instant, aucun sponsor n’a encore parrainé l’événement.- Acrobaties -Ika, un participant qui, comme beaucoup d’Indonésiens, ne porte qu’un seul nom, qualifie le spectacle “d’unique”.Pour lui, le concours met en valeur “un style de culturisme particulier” ancré dans la culture indonésienne.”C’était incroyable de voir les concurrents et leur style, et toutes les choses qu’ils peuvent faire avec leurs mains, voire leur bouche, en portant des tuiles”, témoigne la juge étrangère Alessa Cargnell, impressionnée.Les tuiles de couleur ocre ont une forme incurvée qui leur permet de s’emboîter, facilitant ainsi leur empilement pour les poses.Un homme a même tenu une tuile entre chaque doigt et une autre dans sa bouche, tout en se tenant sur une jambe, au son d’une musique traditionnelle remixée souvent entendue sur les vidéos TikTok populaires en Indonésie.Mais la force de ces ouvriers ne se limite pas à ce spectacle, relève Illa Syukrillah Syarief: “Nous espérons que les tuiles, ou le travail de la terre à Jatiwangi, ne seront pas seulement une marchandise mais qu’elles deviendront véritablement une identité”.

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