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Sri Lanka: arrestation de l’ex-président Ranil Wickremesinghe

L’ancien président du Sri Lanka, Ranil Wickremesinghe a été arrêté vendredi, devenant le plus haut membre de l’opposition à être interpellé dans le cadre de la politique de lutte contre la corruption menée par le nouveau gouvernement de gauche.M. Wickremesinghe, 76 ans, a été placé en garde à vue après avoir été interrogé sur un voyage effectué à Londres en septembre 2023 afin d’assister à une cérémonie en l’honneur de son épouse Maithree dans une université britannique, a déclaré un officier de police à l’AFP.Il a été placé en garde à vue à l’issue d’un interrogatoire portant sur ce déplacement en Grande-Bretagne alors qu’il était chef d’Etat, a indiqué la même source. Au retour d’un sommet du G77 à La Havane, auquel il avait participé en tant que président, M. Wickremesinghe s’était arrêté à Londres. Son bureau avait affirmé qu’il n’avait pas abusé de ses fonctions pour se rendre à Londres. Plus tôt ce mois-ci, trois de ses anciens assistants haut placés avaient été interrogés par le service des enquêtes criminelles.De son côté, l’ex-dirigeant avait assuré que les frais liés au voyage de son épouse avaient été pris en charge par sa conjointe et qu’aucun fonds public n’avait été utilisé. Selon la police judiciaire, il aurait eu recours à de l’argent public pour payer son voyage, qui avait un caractère privé, et ses gardes du corps auraient également été payés par l’Etat. – Lutte contre la corruption -M. Wickremesinghe avait été investi en juillet 2022 pour la période restante du mandat de Gotabaya Rajapaksa, qui avait démissionné une semaine plus tôt après avoir fui le pays secoué par quatre mois de manifestations contre son pouvoir. Au cours de son mandat, il a réussi à stabiliser l’économie sri lankaise qui a connu en 2022 la pire crise financière de son histoire.M. Wickremesinghe avait obtenu un plan d’aide de 2,9 milliards de dollars (2,5 mds EUR) signé en 2023 avec le FMI après de longues tractations. Il avait doublé les impôts, supprimé les généreuses subventions à l’énergie et augmenté les prix des produits de première nécessité afin de renforcer les recettes de l’Etat.  Il avait perdu la présidentielle en septembre 2024 face au chef de la coalition de gauche Anura Kumara Dissanayake. Des membres du Parti national uni de M. Wickremesinghe ont été vus arrivant au tribunal de Colombo Fort, où il devait être présenté dans la journée de vendredi. Le président Dissanayake a fait de la lutte contre corruption une de ses priorités. Depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement de gauche, d’importants membres de l’opposition, parmi lesquels deux anciens ministres du gouvernement de l’ex-président déchu Gotabaya Rajapaksa, ont été condamnés à 20 et 25 ans de prison pour leur rôle dans une affaire de corruption.Des membres de la famille de l’ancien président Mahinda Rajapaksa ont également été inculpés pour détournement de fonds publics. Beaucoup sont toujours en liberté sous caution en attendant leur comparution devant un tribunal. Ce mois-ci, le Parlement a limogé le chef de la police, reconnu coupable de faute professionnelle pour avoir dirigé un “réseau criminel” qui soutenait des responsables politiques.

Des vertiges à la mort, l’ONU appelle à protéger les travailleurs des chaleurs extrêmes

La hausse des températures mondiales a un impact de plus en plus néfaste sur la santé et la productivité des travailleurs, avertit  vendredi l’ONU, qui appelle à des actions rapides pour limiter les risques.”Des mesures immédiates sont nécessaires pour lutter contre l’aggravation de l’impact du stress thermique sur les travailleurs dans le monde entier”, affirment l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), deux agences onusiennes qui publient vendredi un rapport commun sur cette question. Le stress thermique, provoqué notamment par une exposition prolongée à la chaleur, survient lorsque l’organisme ne parvient plus à refroidir le corps, entraînant des symptômes allant des vertiges et des maux de tête jusqu’à la défaillance d’un organe et la mort. Leurs recommandations s’appuient sur des données de l’Organisation internationale du travail (OIT), selon lesquelles plus de 2,4 milliards de travailleurs sont exposés à une chaleur extrême dans le monde, soit 71 % de la population active mondiale.En conséquence, plus de 22,85 millions d’accidents du travail et près de 19.000 décès sont recensés chaque annéeLa fréquence et l’intensité des épisodes de chaleur extrême a fortement augmenté, accroissant les risques pour les personnes en extérieur comme à l’intérieur, rapportent l’OMS et l’OMM. Coups de chaleur, déshydratation, dysfonctionnements rénaux ou troubles neurologiques… effets de la chaleur sur la santé sont variés et les ouvriers des secteurs agricoles, de la construction ou de la pêche sont particulièrement exposés, précisent-elles. – “Défi sociétal” -“Le stress thermique au travail est devenu un défi sociétal mondial qui ne se limite plus aux pays situés près de l’équateur”, indique Ko Barrett, secrétaire générale adjointe de l’OMM.Protéger ces travailleurs “n’est pas seulement un impératif sanitaire, mais aussi une nécessité économique”, ajoute-t-elle. D’après ces agences de l’ONU, la productivité des travailleurs diminue de 2 à 3% pour chaque degré supplémentaire au-dessus de 20°C.Elles appellent à la mise en place de plans d’actions adaptés à chaque secteur et région.”Sans une action audacieuse et coordonnée, le stress thermique deviendra l’un des risques professionnels les plus dévastateurs de notre époque, entraînant des pertes importantes en termes de vies humaines et de productivité”, pour Joaquim Pintado Nunes, chef du service de la sécurité et de la santé au travail de l’OIT.”Investir dans des stratégies efficaces de prévention et de protection permettrait à la planète d’économiser plusieurs milliards de dollars chaque année”, poursuit-il en conférence de presse.- S’adapter ou mourir -Le rapport préconise de cibler en priorité les travailleurs âgés, ainsi que ceux qui souffrent de maladies chroniques ou qui ont une condition physique moins bonne, les plus sensibles au stress thermique.Travailleurs, syndicats, experts de la santé et autorités locales doivent oeuvrer ensemble pour élaborer des mesures, est-il recommandé.Le dernier rapport technique et les dernières recommandations de l’OMS sur le stress thermique au travail remontait à 1969, “une époque où le monde était très différent en termes de changement climatique”, note Ruediger Krech, responsable de l’environnement et du changement climatique à l’OMS.”Ce qui a changé, c’est la gravité” des épisodes de chaleur, ajoute-t-il, les dix dernières années ayant été les dix plus chaudes jamais enregistrées.”Nous devons faire face à l’avenir à des chaleurs extrêmes. C’est une réalité pour beaucoup: il s’agit de s’adapter ou de mourir”, assure Johan Stander, directeur des services à l’OMS. 

Des vertiges à la mort, l’ONU appelle à protéger les travailleurs des chaleurs extrêmes

La hausse des températures mondiales a un impact de plus en plus néfaste sur la santé et la productivité des travailleurs, avertit  vendredi l’ONU, qui appelle à des actions rapides pour limiter les risques.”Des mesures immédiates sont nécessaires pour lutter contre l’aggravation de l’impact du stress thermique sur les travailleurs dans le monde entier”, affirment …

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Kim Jong Un décore ses soldats déployés en soutien de la Russie contre l’Ukraine

Des images diffusées vendredi par les médias d’Etat nord-coréens ont montré Kim Jong Un agenouillé devant les portraits de soldats morts au combat pour la Russie contre l’Ukraine, et embrassant un survivant du conflit.Lors d’une cérémonie qui est tenue au siège du Parti des travailleurs de Corée à Pyongyang, Kim Jong Un a salué les soldats “héroïques” et “admirables”, revenus après avoir enduré “les rafales de balles et les bombes”.Les images montrent le dirigeant nord-coréen, apparemment sous le coup de l’émotion, embrassant un soldat qui semble bouleversé, le visage contre le torse de son chef.On peut également voir le dirigeant s’agenouiller devant le portrait d’un soldat tombé au combat, avant de déposer des médailles et des fleurs devant d’autres.Le dirigeant a également décerné, selon l’agence KCNA, le titre de “héros de la république populaire démocratique de Corée”, le nom officiel de la Corée du Nord, aux commandants qui ont combattu dans des opérations à l’étranger et “accompli des exploits remarquables”.En avril, la Corée du Nord a confirmé pour la première fois qu’elle avait déployé un contingent de ses soldats face aux troupes ukrainiennes aux côtés des troupes russes.Les services secrets de la Corée du Sud et de pays occidentaux ont affirmé que Pyongyang avait envoyé plus de 10.000 soldats dans la région de Koursk en 2024, ainsi que avec des obus d’artillerie, des missiles et des systèmes de roquettes à longue portée.Environ 600 soldats nord-coréens ont été tués et des milliers ont été blessés en combattant pour la Russie, selon Séoul.Pyongyang et Moscou sont liés par un accord de sécurité et de défense depuis 2024.

Sous un ciel parsemé de drones, des robots pour aider les médecins militaires ukrainiens

A l’aide d’un robot piloté à distance, un militaire ukrainien récupère l’un de ses camarades blessés pour le transporter vers un lieu sûr, loin du front. Soudain, le pire se produit sur son écran.Ce jeune homme de 27 ans répondant au nom de guerre “Magicien”, aperçoit une fumée grise: sa machine a heurté une mine.”Magicien” est alors convaincu que la mission est un échec, et que son frère d’armes a péri par sa faute. “Pendant cinq minutes, la mort de cette personne pesait sur ma conscience”, raconte-t-il à l’AFP.Mais en regardant l’écran, qui montre des panaches de fumée s’échappant du véhicule, il aperçoit une silhouette qui rampe pour se mettre en sécurité: le soldat blessé est toujours vivant. Il ne reste pour l’équipe qu’à envoyer un deuxième robot pour finir la mission.La prolifération de drones bon marché mais mortels déployés tant par la Russie que l’Ukraine a profondément changé la façon dont la guerre est menée. Elle a aussi transformé la manière dont les médecins de première ligne récupèrent les blessés sur le champ de bataille.Au début de l’invasion russe lancée début 2022, les soignants pouvaient se précipiter sur le champ de bataille et évacuer les soldats avec des civières ou des véhicules. C’est aujourd’hui impossible en raison des drones.Olena Ivanenko raconte des épisodes douloureux où elle n’a pas pu atteindre des soldats blessés, pourtant à moins d’un kilomètre de distance. “J’entendais leurs voix à la radio, mais je ne pouvais rien faire”, dit avec regret cette infirmière militaire.- “Trop loin” -Sur dix kilomètres autour de la ligne de front s’étend désormais une “zone mortelle” où tout mouvement peut être fatal, selon des analystes.”Quand un frère ou une soeur meurt, c’est fini. On ne peut pas les ramener à la vie, mais quand on a une chance de sauver quelqu’un et qu’on ne peut pas le faire parce qu’on est trop loin, c’est très dur”, témoigne Mme Ivanenko, qui sert au sein du 412e régiment ukrainien.Cette impuissance a contraint l’armée à faire preuve d’ingéniosité.L’unité de Mme Ivanenko envoie souvent de la nourriture ou des médicaments à l’aide de drones aux militaires immobilisés par leurs blessures. Cela va même jusqu’à envoyer des seringues en expliquant à distance comment s’en servir.Les robots d’évacuation comme ceux de “Magicien” sont une autre solution, mais seuls des opérateurs qualifiés peuvent mener à bien ces missions délicates.”Il faut être très prudent, ne pas faire de mouvements brusques, être très attentif”, explique “Krop”, un opérateur de robot de la 5e brigade.Sur un terrain d’entraînement dans l’est de l’Ukraine, il montre à l’AFP les mouvements agiles dont sont capables les machines qu’il pilote à l’aide d’une manette équipée d’un écran.”Krop” envoie le robot à travers un champ de tournesols et le fait tourner sur place, tandis qu’un autre pilote joue le rôle du blessé sur la plate-forme destinée à les transporter.- “Tout mon corps tremblait” -L’attitude des opérateurs change en fonction de la mission, souligne “Bot”, pilote de la 5e brigade.”Il s’agit de la vie de quelqu’un. Ce n’est pas un jeu”, dit le jeune homme de 24 ans.Les robots sont lents, ce qui signifie que les drones russes peuvent facilement les localiser et les prendre pour cible, s’ils ne sautent pas sur une mine avant cela.Le bilan des évacuations ratées, en termes de vies perdues, pèse lourdement sur les pilotes.”On passe une demi-heure à se flageller, puis on se dit: +Bon sang, ce sont ces salauds qui les ont tués. Ce n’est pas moi qui leur ai tiré dessus+”, assure “Magicien”.Après avoir cru à l’échec de sa mission d’évacuation de son camarade blessé, il s’en est tiré avec un deuxième robot.”À ce moment-là, je conduisais et tout mon corps tremblait, sauf les doigts qui tiennent le joystick”, raconte le militaire.Le trajet du retour a duré des heures, avec des moments douloureux pour le soldat blessé, entre nids-de-poule, creux et bosses.”J’avais un peu pitié de lui. Quinze kilomètres dans un panier qui tremble, ce n’est pas très confortable”, remarque “Magicien”. “Mais je l’ai sorti de là”.

Sous un ciel parsemé de drones, des robots pour aider les médecins militaires ukrainiens

A l’aide d’un robot piloté à distance, un militaire ukrainien récupère l’un de ses camarades blessés pour le transporter vers un lieu sûr, loin du front. Soudain, le pire se produit sur son écran.Ce jeune homme de 27 ans répondant au nom de guerre “Magicien”, aperçoit une fumée grise: sa machine a heurté une mine.”Magicien” …

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Au Kenya, des chasseurs-cueilleurs expulsés de leurs forêts ancestrales

De sa maison qui se fondait dans la forêt de Mau, Fred Ngusilo ne retrouve qu’un sac et une chaussure, sous des bouts de bois éparpillés. Sa communauté de chasseurs-cueilleurs Ogiek, l’une des dernières d’Afrique, se voit chassée de ses terres ancestrales et craint pour sa survie.Fin 2023, des gardes-forestiers et forces de sécurité kényans ont débarqué par surprise, équipés de haches et marteaux, évinçant en quelques jours des centaines de personnes, relate à l’AFP ce militant des droits humains de 38 ans. Aucun motif ne leur a été donné, ni aucun préavis accordé, assurent plusieurs d’entre eux.”Quand je viens ici, je suis tellement triste. J’en ai les larmes aux yeux”, souffle M. Ngusilo en balayant du regard les restes de la maison familiale à quelques dizaines de kilomètres de la ville de Narok, dans la vallée du Rift. Certains Ogiek persistent à y élever leur bétail, mais sont régulièrement chassés par les gardes-forestiers.Le calme apparent de la plus grande forêt du pays, château d’eau qui abreuve des millions de Kényans, contraste avec les récits de décennies de persécutions et d’expropriations rapportés par ses autochtones, que les autorités kényanes justifient au nom de la préservation de la zone.Un argument réfuté par la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples. Des décisions rendues en 2017 et 2022 par cette juridiction continentale ont jugé les évictions illégales, ordonnant à Nairobi de payer aux Ogiek des réparations équivalant à plus d’un million d’euros et de reconnaître leurs terres ancestrales. Mais le Kenya ne s’est toujours pas exécuté.- Quotidien difficile -Le Programme de développement du peuple Ogiek (OPDP), une ONG protégeant ce sous-groupe de l’ethnie kalenjin, compte plus de 50.000 membres, qui étaient autrefois aussi disséminés sur les contreforts du Mont Elgon (Ouest).Nombre d’entre eux sont désormais contraints de louer des maisons en dehors de la forêt, privés de leurs moyens de subsistance.”Avant, c’était bien : pas de loyer, pas besoin d’acheter du bois ou de la nourriture. Maintenant, il faut tout acheter”, regrette la grand-mère de Fred, Janet Sumpet Ngusilo, 87 ans.Alors, outre leurs combats devant les juges, les Ogiek organisent ces dernières années des festivals culturels. Des cérémonies, empreintes de nostalgie et d’appels à la justice, qui ont ressemblé plusieurs centaines de personnes ce mois-ci.Avant, “je survivais de viande et de miel. Les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas cette vie”, raconte Salaton Nadumwangop à l’AFP.”J’avais plus de 500 ruches (…) nous déposions des feuilles par terre, nous nous couvrions et dormions jusqu’au matin. La forêt est notre vie”, ajoute cet homme de 55 ans coiffé d’un chapeau en fourrure épinglé de perles évoquant des abeilles.Avant de témoigner des violences des trois évictions qu’il a subies : en fuyant, certains ont été attaqués par des hyènes et des léopards et “de nombreuses personnes sont mortes”, raconte-t-il.- “Complètement perdus” -Josphat Lodeya, à la tête de l’unité gouvernementale chargée des minorités et personnes marginalisées, a promis lors du dernier festival Ogiek l’application des verdicts de la cour située à Arusha, en Tanzanie, sans plus de précisions. “Nous sommes un petit peuple. Même si nous essayons de voter, ils nous considèrent comme des moins que rien. Alors ils nous méprisent”, estime M. Nadumwangop. Les autorités “essaient de nous vendre”, affirme Fred Ngusilo, qui se dit prêt à mourir pour retourner chez lui.Lorsque l’AFP l’a accompagné en août dans les restes sa maison familiale, il s’est fait harceler par des gardes-forestiers qui ont menacé de l’arrêter.Contacté par l’AFP, KFS, l’office forestier kényan, n’était pas disponible dans l’immédiat. La cupidité des autorités, avides de l’argent tiré du bois, mène également à la disparition des forêts, déplorent certains Ogiek. Plus de 20% de la forêt de Mau a disparu depuis les années 1980, selon différentes études. Plusieurs membres de la communauté accusent aussi des projets de crédit carbone, encouragés par le président William Ruto, d’être derrière les expropriations de 2023. Des allégations dures à prouver, même si plusieurs avocats et observateurs les estiment plausibles.Salaton Nadumwangop se dit “très inquiet”. “Si les choses continuent ainsi, les Ogiek disparaîtront, se lamente-t-il. Nous serons complètement perdus.”

Au Kenya, des chasseurs-cueilleurs expulsés de leurs forêts ancestrales

De sa maison qui se fondait dans la forêt de Mau, Fred Ngusilo ne retrouve qu’un sac et une chaussure, sous des bouts de bois éparpillés. Sa communauté de chasseurs-cueilleurs Ogiek, l’une des dernières d’Afrique, se voit chassée de ses terres ancestrales et craint pour sa survie.Fin 2023, des gardes-forestiers et forces de sécurité kényans ont débarqué par surprise, équipés de haches et marteaux, évinçant en quelques jours des centaines de personnes, relate à l’AFP ce militant des droits humains de 38 ans. Aucun motif ne leur a été donné, ni aucun préavis accordé, assurent plusieurs d’entre eux.”Quand je viens ici, je suis tellement triste. J’en ai les larmes aux yeux”, souffle M. Ngusilo en balayant du regard les restes de la maison familiale à quelques dizaines de kilomètres de la ville de Narok, dans la vallée du Rift. Certains Ogiek persistent à y élever leur bétail, mais sont régulièrement chassés par les gardes-forestiers.Le calme apparent de la plus grande forêt du pays, château d’eau qui abreuve des millions de Kényans, contraste avec les récits de décennies de persécutions et d’expropriations rapportés par ses autochtones, que les autorités kényanes justifient au nom de la préservation de la zone.Un argument réfuté par la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples. Des décisions rendues en 2017 et 2022 par cette juridiction continentale ont jugé les évictions illégales, ordonnant à Nairobi de payer aux Ogiek des réparations équivalant à plus d’un million d’euros et de reconnaître leurs terres ancestrales. Mais le Kenya ne s’est toujours pas exécuté.- Quotidien difficile -Le Programme de développement du peuple Ogiek (OPDP), une ONG protégeant ce sous-groupe de l’ethnie kalenjin, compte plus de 50.000 membres, qui étaient autrefois aussi disséminés sur les contreforts du Mont Elgon (Ouest).Nombre d’entre eux sont désormais contraints de louer des maisons en dehors de la forêt, privés de leurs moyens de subsistance.”Avant, c’était bien : pas de loyer, pas besoin d’acheter du bois ou de la nourriture. Maintenant, il faut tout acheter”, regrette la grand-mère de Fred, Janet Sumpet Ngusilo, 87 ans.Alors, outre leurs combats devant les juges, les Ogiek organisent ces dernières années des festivals culturels. Des cérémonies, empreintes de nostalgie et d’appels à la justice, qui ont ressemblé plusieurs centaines de personnes ce mois-ci.Avant, “je survivais de viande et de miel. Les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas cette vie”, raconte Salaton Nadumwangop à l’AFP.”J’avais plus de 500 ruches (…) nous déposions des feuilles par terre, nous nous couvrions et dormions jusqu’au matin. La forêt est notre vie”, ajoute cet homme de 55 ans coiffé d’un chapeau en fourrure épinglé de perles évoquant des abeilles.Avant de témoigner des violences des trois évictions qu’il a subies : en fuyant, certains ont été attaqués par des hyènes et des léopards et “de nombreuses personnes sont mortes”, raconte-t-il.- “Complètement perdus” -Josphat Lodeya, à la tête de l’unité gouvernementale chargée des minorités et personnes marginalisées, a promis lors du dernier festival Ogiek l’application des verdicts de la cour située à Arusha, en Tanzanie, sans plus de précisions. “Nous sommes un petit peuple. Même si nous essayons de voter, ils nous considèrent comme des moins que rien. Alors ils nous méprisent”, estime M. Nadumwangop. Les autorités “essaient de nous vendre”, affirme Fred Ngusilo, qui se dit prêt à mourir pour retourner chez lui.Lorsque l’AFP l’a accompagné en août dans les restes sa maison familiale, il s’est fait harceler par des gardes-forestiers qui ont menacé de l’arrêter.Contacté par l’AFP, KFS, l’office forestier kényan, n’était pas disponible dans l’immédiat. La cupidité des autorités, avides de l’argent tiré du bois, mène également à la disparition des forêts, déplorent certains Ogiek. Plus de 20% de la forêt de Mau a disparu depuis les années 1980, selon différentes études. Plusieurs membres de la communauté accusent aussi des projets de crédit carbone, encouragés par le président William Ruto, d’être derrière les expropriations de 2023. Des allégations dures à prouver, même si plusieurs avocats et observateurs les estiment plausibles.Salaton Nadumwangop se dit “très inquiet”. “Si les choses continuent ainsi, les Ogiek disparaîtront, se lamente-t-il. Nous serons complètement perdus.”

Thaksin, figure de la politique thaïlandaise, acquitté du crime de lèse-majesté

La justice thaïlandaise a acquitté vendredi l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, fondateur d’une dynastie politique qui domine le pays depuis plus de 20 ans, à l’issue de son procès pour crime de lèse-majesté.”Le tribunal a rejeté les accusations portées contre Thaksin, estimant que les preuves présentées étaient insuffisantes”, a déclaré son avocat Winyat Chatmontree aux …

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Thaksin, figure de la politique thaïlandaise, acquitté du crime de lèse-majesté

La justice thaïlandaise a acquitté vendredi l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, fondateur d’une dynastie politique qui domine le pays depuis plus de 20 ans, à l’issue de son procès pour crime de lèse-majesté.”Le tribunal a rejeté les accusations portées contre Thaksin, estimant que les preuves présentées étaient insuffisantes”, a déclaré son avocat Winyat Chatmontree aux journalistes.Sortant tout sourire du tribunal, le milliardaire s’est borné à dire que l’affaire, concernant des propos rapportés en 2015 par un média sud-coréen sur le coup d’Etat qui avait renversé l’année précédente le gouvernement de sa soeur Yingluck, avait été “classée sans suite”.L’AFP n’est pas autorisée à communiquer de manière détaillée les propos reprochés à l’accusé, sous peine de risquer de tomber elle-même sous le coup de la loi thaïlandaise en matière de lèse-majesté. Celle-ci criminalise toute critique du roi Maha Vajiralongkorn et de sa famille.L’ex-Premier ministre de 76 ans encourait pour ces faits jusqu’à 15 ans d’emprisonnement.Le verdict est intervenu alors même que sa fille, Paetongtarn Shinawatra, suspendue depuis juillet de ses fonctions de Première ministre, fait l’objet d’un procès en destitution dont le dénouement doit avoir lieu le 29 août. Elle est mise en cause pour sa gestion des tensions entre son pays et le Cambodge.Ce second verdict, s’il est prononcé en défaveur de l’accusée, pourrait constituer un tournant pour cette dynastie politique ayant donné trois Premiers ministres à la Thaïlande en une vingtaine d’années.”Je continue de croire que Thaksin Shinawatra restera actif dans la politique thaïlandaise, même si sa fille est destituée’, a néanmoins souligné l’analyste politique Yuttaporn Issarachai à l’AFP.D’inspiration libérale, les Shinawatra ont longtemps incarné un contrepoids aux conservateurs, alignés avec le roi et l’armée. Dans les rassemblements, les partisans de Thaksin portent du rouge et ses adversaires du jaune, la couleur de la royauté.- Figure incontournable -Chef du gouvernement au début des années 2000, Thaksin a vécu en exil après son renversement en 2006 lors d’un coup d’Etat militaire. Il est finalement revenu dans son pays en août 2023, alors que son parti, le Pheu Thai, prenait la tête d’une coalition gouvernementale avec le soutien de ses anciens adversaires conservateurs.Thaksin avait alors été condamné à huit ans d’emprisonnement pour corruption et abus de pouvoir lorsqu’il était Premier ministre. En raison de problèmes de santé, il a purgé sa peine dans un hôpital tenu par la police, avant d’être libéré en février 2024, une mesure liée à son âge.Les poursuites pour lèse-majesté au titre de l’article 112 du code pénal se sont fortement accrues depuis les manifestations antigouvernementales de 2020, qui ont parfois donné lieu à des critiques ouvertes de la monarchie.Un collectif d’avocats thaïlandais pour les droits humains qui est intervenu dans nombre de ces affaires affirme que plus de 280 personnes ont été poursuivies en justice pour ce motif ces cinq dernières années.La loi dispose que quiconque “diffame, insulte ou menace” le roi, la reine, l’héritier du trône ou un éventuel régent encourt jusqu’à 15 ans d’emprisonnement.Des organisations de défense des droits et des critiques de l’article 112 affirment que le texte fait aujourd’hui l’objet d’une interprétation élargie qui permet d’étouffer des voix dissidentes.Malgré son acquittement pour crime de lèse-majesté, Thaksin reste poursuivi pour des soupçons de traitement de faveur lorsqu’il a purgé une partie de sa peine à l’hôpital.