AFP World

Syrie: Chareh retire ses troupes de Soueida pour éviter l’affrontement avec Israël

Le président intérimaire syrien Ahmad al-Chareh, disant vouloir éviter une “guerre ouverte” avec Israël, a retiré jeudi ses troupes de la ville à majorité druze de Soueida, où un photographe de l’AFP a vu au moins 15 corps gisant dans la rue.Israël avait menacé d’intensifier ses frappes si le pouvoir syrien ne quittait pas cette province du sud de la Syrie.Les habitants de Soueida ont découvert jeudi matin une ville sinistrée. Un correspondant de l’AFP a compté 15 cadavres gisant dans le centre de la ville, sans pouvoir indiquer s’il s’agissait de combattants ou de civils.Les violences intercommunautaires ont fait plus de 370 morts depuis que des combats ont éclaté dimanche, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).Elles viennent ébranler encore plus le pouvoir d’Ahmad al-Chareh qui a renversé, à la tête d’une coalition de groupes rebelles islamistes sunnites, l’ex-président Bachar al-Assad en décembre, dans un pays meurtri par près de 14 ans de guerre civile.Jeudi matin, les forces gouvernementales s’étaient retirées de toute la province à majorité druze, ont indiqué l’OSDH et des témoins à l’AFP.Des membres des forces gouvernementales ont affirmé à un correspondant de l’AFP posté aux abords de la province qu’ils avaient reçu l’ordre de se retirer peu avant minuit et avaient achevé leur redéploiement à l’aube.Dans un discours télévisé pendant la nuit, Ahmad al-Chareh avait annoncé le transfert “à des groupes locaux” et des dignitaires religieux druzes de la responsabilité du maintien de la sécurité à Soueida.”Nous avons donné la priorité à l’intérêt des Syriens plutôt qu’au chaos et à la destruction”, a déclaré M. al-Chareh, disant avoir voulu éviter “une guerre ouverte” avec Israël dont il a condamné l’intervention.Quelques heures plus tôt, Israël avait bombardé plusieurs cibles au coeur de Damas.Une aile d’un bâtiment du quartier général de l’armée syrienne, contigu au ministère de la Défense, a été détruite par ces frappes, qui ont fait trois morts selon les autorités. Israël a également mené d’autres frappes aux abords du palais présidentiel et dans les environs de Damas.- Médiation américaine -Les premiers affrontements avaient éclaté dimanche entre des tribus bédouines sunnites et des combattants druzes, aux relations tendues depuis des décennies. Le gouvernement syrien est alors intervenu avec l’objectif affiché de rétablir l’ordre et a déployé ses forces mardi à Soueida, jusque là contrôlée par des combattants druzes.  Mais l’OSDH, des témoins et des groupes druzes l’ont accusé de combattre les druzes et fait état de nombreuses exactions.M. Chareh a souligné que “l’intervention efficace de la médiation américaine, arabe et turque, a sauvé la région d’un sort inconnu”.Les Etats-Unis, alliés d’Israël et qui affichent leur soutien au nouveau dirigeant syrien malgré son passé jihadiste, avaient annoncé mercredi soir qu’un accord avait été conclu pour rétablir le calme en Syrie.”Nous nous sommes mis d’accord sur des mesures spécifiques qui permettront de mettre fin à cette situation troublante et terrifiante dès ce soir”, a écrit le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio sur le réseau X.La porte-parole du département d’Etat, Tammy Bruce, avait auparavant appelé le gouvernement syrien à quitter la zone de conflit dans le sud du pays afin d’apaiser les tensions avec Israël.- “Exécutions sommaires” -Selon l’OSDH, parmi les morts dans les violences des derniers jours, 27 civils ont été victimes d'”exécutions sommaires” par les forces gouvernementales.Dans son discours, le président intérimaire a promis de faire “rendre des comptes” aux auteurs d’exactions contre “notre peuple druze, qui est sous la protection et la responsabilité de l’Etat”.Il avait fait la même promesse après le massacre de centaines de membres de la communauté alaouite, dont est issu Bachar al-Assad, début mars sur le littoral syrien. Mais une commission d’enquête sur ces massacres n’a jamais rendu ses conclusions.La communauté druze de Syrie était, avant la guerre civile, forte de quelque 700.000 personnes, présente principalement à Soueida. Cette minorité ésotérique issue d’une branche de l’islam est aussi implantée au Liban et en Israël.A la frontière entre Israël et la Syrie, à Majdal Shams, des dizaines de personnes se sont réunies jeudi matin, là où des scènes de chaos avaient eu lieu la veille quand des centaines de druzes ont forcé cette frontière dans les deux sens. Des jeunes hommes longeaient jeudi ce segment de la frontière en brandissant des drapeaux druzes aux cinq couleurs. Un enfant druze syrien agitait un petit drapeau israélien. Son père, qui n’a pas souhaité donner son nom, a expliqué qu’ils habitent le village voisin de Hader, en Syrie, et ont retrouvé leurs cousins à Majdal Shams, côté israélien. “On n’a pas dormi de la nuit, on n’a fait que parler”, dit-il. 

La clandestinité, le Canada ou les gangs? “Panique” chez les migrants haïtiens aux Etats-Unis

Ils sont plus de 500.000 à vivre avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Aux Etats-Unis, les Haïtiens dotés d’un statut de protection temporaire vivent tétanisés à la seule idée de sortir dans la rue et d’être arrêtés pour être expulsés. Clarens (dont le prénom est modifié) avait fui Port-au-Prince en 2024. Destination: les Etats-Unis, où il a obtenu le TPS, le statut accordé par Washington aux Haïtiens dans la foulée du séisme de 2010 mais révoqué récemment par l’administration Trump.”J’étais venu ici chercher un refuge et voilà qu’on veut me chasser. Je croyais au rêve américain, et je pensais pouvoir accueillir le reste de ma famille ici. Je croyais que nous allions pouvoir nous épanouir aux Etats-Unis”, dit-il à l’AFP.A Miami ou à New York, villes américaines comptant les plus importantes diasporas haïtiennes, la peur est omniprésente, racontent à l’AFP une dizaine d’acteurs ou de membres de la communauté. “C’est la panique totale, c’est toute la communauté qui souffre car même si votre statut temporaire n’est pas encore révoqué, les agents du ICE (police fédérale de l’immigration) sont dans les rues et peuvent arrêter n’importe qui”, confie Clarens.Après avoir annulé sa prolongation jusqu’en février 2026, l’administration de Donald Trump a révoqué définitivement fin juin ce statut accordé à 520.000 Haïtiens. Le couperet tombera le 2 septembre.Un tribunal de New York a bloqué la mesure mais le répit risque d’être bref, explique Stephanie D. Delia, avocate américano-haïtienne spécialiste des questions migratoires. “Je ne vois pas de scénario dans lequel ce statut sera prolongé (…) imaginez ce que cela veut dire pour une personne qui vit avec ce statut depuis 15 ans, qui a bâti sa vie ici, et à qui l’on dit qu’elle a moins de six mois pour faire ses valises et partir”, dit-elle.- “Détresse totale” -Dans le quartier “Little Haiti” de Brooklyn, à New York, plusieurs craignent d’aller au marché, à l’église, au travail, voire la clinique, par crainte d’être arrêtés par les agents masqués de l’ICE. “Les gens regardent la télé, voient des migrants arrêtés même si leurs papiers sont encore en règle. A la clinique, le nombre de personnes avec un statut temporaire qui viennent consulter est passé d’environ 300 à 30 par jour”, explique le directeur d’une clinique de santé publique requérant l’anonymat. “Il y a une crise sociale qui bout. Le feu est à +moyen+, mais il sera bientôt à +vif+”.Directrice de l’association “Haitian Bridge Alliance”, Guerline Jozef a reçu nombre de témoignages en ce sens, notamment celui d’une femme “en détresse totale”. “Elle a deux enfants de moins de dix ans nés aux Etats-Unis. Qu’est-ce qui va lui arriver? Elle sera expulsée et séparée de ses enfants?”.”Sans statut, les gens n’auront plus la capacité de travailler, de payer leur loyer, et vont donc se retrouver à la rue”, renchérit la militante haïtienne Pascale Solages. “Les conditions sont créées pour que les gens décident de rentrer chez eux d’eux-mêmes car ils n’arriveront plus à subvenir à leurs besoins aux Etats-Unis”, dit-elle, en référence au gouvernement Trump qui propose 1.000 dollars aux migrants pour retourner dans leur pays d’origine. – Vers le Nord -Ces dernières semaines, des Haïtiens au statut temporaire ont choisi une autre option: le Canada. “Nous recevons beaucoup de demandes d’information, de coups de fils. Et nous recevons 10-15 personnes par jour, avec ou sans leur famille”, témoigne Marjorie VilleFranche, directrice de la Maison d’Haïti, une association d’accueil à Montreal, où vit une importante communauté haïtienne.En vertu d’une entente sur les tiers pays sûrs, les Haïtiens aux Etats-Unis peuvent demander l’asile au Canada s’ils y ont de la famille. Les autres peuvent s’y rendre par la frontière terrestre et demander l’asile dans les 14 premiers jours après leur entrée sur le territoire.Contactée par l’AFP, l’Agence canadienne des services frontaliers a dit constater un afflux de demandeurs d’asile au poste frontière de Saint-Bernard-de-Lacolle, à la lisière du Québec et de l’Etat de New York. Du 1er janvier au 6 juillet, 8.396 demandes d’asiles ont été reçues à ce point de passage, contre à 4.613 pour la même période l’an dernier. Premier pays d’origine des demandeurs ? Haïti.  – Dans le viseur des gangs -Clarens, lui, ne voit pas comment il pourrait migrer au Canada et attendre des années sans sa famille, dans l’espoir d’obtenir un statut de réfugié. Et la perspective de rentrer dans le pays le plus pauvre des Amériques, rongé par la violence des bandes criminelles, le fait frémir. Plus de 3.000 personnes ont été tuées en Haïti durant les six premiers mois de l’année, selon l’ONU. Le département d’Etat demande, lui, aux citoyens américains “de ne pas voyager” en Haïti en raison des risques d’enlèvements par les gangs.”Les gangs contrôlent tout, ils ont des informateurs qui surveillent ceux qui entrent et sortent du pays. Dans leur tête, si on vit aux Etats-Unis, c’est qu’on a de l’argent”, craint Clarens. “Nous deviendrons donc des cibles de kidnappings pour les gangs (…) Nous renvoyer là-bas, c’est comme nous envoyer à la mort, à la boucherie”.

L’armée française s’apprête à mettre fin à sa présence permanente au Sénégal

Les dernières installations militaires françaises au Sénégal doivent être officiellement restituées jeudi matin à ce pays, lors d’une cérémonie historique à Dakar qui marquera la fin de la présence permanente de l’armée française au Sénégal, mais aussi en Afrique centrale et de l’Ouest.  La présence permanente française au Sénégal date de 1960, année de l’indépendance du pays.   Depuis 2022, l’armée française a mis fin à sa présence permanente au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad et au Gabon, où la base française s’est muée en “camp partagé” gabono-français axé sur la formation. Le “camp Geille”, plus grande installation militaire française au Sénégal située dans la capitale sénégalaise, et l’escale aéronautique militaire située à l’aéroport, doivent été restituées à l’Etat sénégalais jeudi lors d’une cérémonie à Dakar en présence du chef d’état-major des armées du Sénégal, le général Mbaye Cissé, et du général Pascal Ianni, à la tête du commandement de l’armée française pour l’Afrique.Ce jour marque la fin officielle des Eléments Français au Sénégal (EFS), qui comprenaient environ 350 militaires français ayant pour mission principale de conduire des activités de partenariat militaire opérationnel avec les forces armées sénégalaises.Le retrait français avait été entamé en mars dernier et plusieurs installations avaient déjà été restituées depuis début mars par l’armée française.Le camp Geille, situé dans le quartier de Ouakam à Dakar, abrite le poste de commandement de l’état-major interarmées et l’unité de coopération régionale. Le Sénégal est resté après son indépendance l’un des alliés africains les plus sûrs de la France, ancienne puissance coloniale dominante en Afrique de l’Ouest. – Concertation -Mais les nouveaux dirigeants en fonction depuis avril 2024 ont promis de traiter désormais la France à l’égal des autres partenaires étrangers, au nom d’une souveraineté recouvrée.Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir avec un agenda de rupture, avait annoncé en novembre 2024 la fin en 2025 de toute présence militaire française et étrangère sur le sol national.”Le Sénégal est un pays indépendant, c’est un pays souverain et la souveraineté ne s’accommode pas de la présence de bases militaires dans un pays souverain”, avait alors déclaré M. Faye. Il avait assuré qu’il ne s’agissait pas d’un acte de “rupture” et avait défendu un “partenariat rénové” avec l’ancienne puissance coloniale et alliée historique française.La présence militaire française au Sénégal a reposé depuis 1960 sur des accords de défense et de coopération bilatéraux, avec un “appui à construction” de l’armée sénégalaise entre 1960 et 1974. Ce retrait avait de fait été acté côté français à partir de 2011/2012. En 2011, les Forces Françaises du Cap-Vert (FFCV), crées en 1974, avaient laissé la place aux EFS, ne disposant pas d’unités combattantes mais d’un réservoir d’instructeurs spécialisés. En 2012, un changement de la forme du partenariat militaire est entériné par la signature du traité instituant un partenariat en matière de coopération militaire entre les deux pays. La défense de l’intégrité du territoire est alors assurée par les seules forces armées sénégalaises (plus d’unités combattantes françaises).Le retrait français du Sénégal s’est fait dans la concertation, dans un paysage sur le continent africain largement défiant sinon hostile envers la présence française.Face à la prise de pouvoir, par des putschs, de juntes devenues hostiles au Sahel, l’armée française déployée dans la lutte antijihadiste a dû plier bagage, de gré ou de force. Elle dispose toujours d’une base, à Djibouti, qui accueille 1.500 personnes. Paris souhaite en faire un “point de projection” pour les “missions” en Afrique, après le retrait de ses forces du Sahel.

Syrie: Chareh transfère aux druzes le maintien de la sécurité à Soueida

Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé jeudi le transfert “à des factions locales et des cheiks” druzes la responsabilité du maintien de la sécurité à Soueida (sud), théâtre d’affrontements communautaires qui ont fait plus de 350 morts depuis dimanche, affirmant vouloir éviter “une guerre ouverte” avec Israël dont il a condamné l’intervention dans le conflit.”Nous avons donné la priorité à l’intérêt des Syriens plutôt qu’au chaos et à la destruction”, a déclaré M. al-Chareh dans une allocution télévisée.Des affrontements entre des tribus bédouines sunnites et des combattants druzes, une minorité ésotérique issue de la branche ismaélienne du chiisme, ont éclaté dimanche dans la province de Soueida après l’enlèvement d’un marchand de légumes druze. Le gouvernement syrien a déployé mardi des forces dans la région dans l’objectif affiché de rétablir l’ordre. Mais Israël, hostile à toute présence militaire syrienne près de sa frontière et disant vouloir protéger la communauté druze, a répliqué en bombardant Damas et d’autres zones du pays.”Nous avons décidé que des factions locales et des cheikhs avisés assumeraient la responsabilité du maintien de la sécurité à Soueida”, a dit le président intérimaire syrien, en évoquant “la nécessité d’éviter de sombrer dans une nouvelle guerre de grande ampleur” après quatre jours de violences.”Nous avions deux options: une guerre ouverte avec l’entité israélienne aux dépens de notre peuple druze, de sa sécurité et de la stabilité de la Syrie et de la région tout entière, ou bien donner aux anciens et aux cheikhs druzes la possibilité de revenir à la raison et de donner la priorité à l’intérêt national”, a-t-il expliqué.- “Exécutions sommaires” -Les forces gouvernementales syriennes ont commencé à se retirer mercredi de Soueida à la suite d’un accord de cessez-le-feu, après avoir été accusées d’avoir combattu les druzes aux côtés des tribus bédouines.Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une organisation basée au Royaume-Uni et qui s’appuie sur un vaste réseau de sources en Syrie, les affrontements ont fait plus de 350 morts depuis dimanche, dont 27 civils victimes d'”exécutions sommaires” par les forces gouvernementales.Dans son discours, Ahmad al-Shareh a promis de faire “rendre des comptes” aux auteurs d’exactions contre “notre peuple druze, qui est sous la protection et la responsabilité de l’Etat”.”L’Etat syrien est intervenu pour mettre fin aux affrontements entre les groupes armés de Soueida et des régions avoisinantes”, a-t-il affirmé.- “Sauvé la région” -Il a accusé Israël d’avoir “eu recours à un ciblage à grande échelle des installations civiles et gouvernementales pour saper ces efforts, ce qui a entraîné une complication significative de la situation et poussé les choses à une escalade à grande échelle, sauf pour l’intervention efficace de la médiation américaine, arabe et turque, qui a sauvé la région d’un sort inconnu”.M. al-Chareh n’a pas précisé quels pays arabes étaient intervenus dans la médiation. Mercredi, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio avait annoncé “un accord sur des mesures spécifiques qui permettront de mettre fin à cette situation troublante et terrifiante” en Syrie.Israël a mené mercredi des frappes sur le quartier général de l’armée à Damas et sur une “cible militaire” dans la zone du palais présidentiel. Les autorités syriennes ont fait état de trois morts.Des bombardements ont aussi visé près de Damas “les environs de l’aéroport militaire de Mazzé”, selon les autorités syriennes. D’autres ont ciblé notamment Soueida et l’autoroute Damas-Deraa, d’après l’agence Sana.- Atmosphère de chaos -Mercredi, des soldats israéliens déployés sur le plateau du Golan occupé ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser une foule de druzes massés à la clôture barbelée entre Israël et la Syrie en soutien aux membres de leur communauté à Soueida, a constaté un journaliste de l’AFP. Des dizaines de personnes ont réussi à traverser la frontière dans les deux sens, dans une atmosphère de chaos.”Nous voulons simplement aider notre peuple. Nous voulons aider nos familles”, a déclaré Fayez Chaker. “On ne peut rien faire. Nos familles sont là-bas. Ma femme est de là-bas, ma mère est de là-bas, mes oncles sont là-bas, toute ma famille est de là-bas.”La communauté druze de Syrie était, avant la guerre civile, forte de quelque 700.000 personnes, présente principalement à Soueida. Les druzes sont aussi implantés au Liban et en Israël.Les récentes violences illustrent les défis auxquels fait face le gouvernement d’Ahmad al-Chareh depuis qu’il a renversé, avec une coalition de groupes rebelles islamistes sunnites, le président Bachar al-Assad en décembre, dans un pays meurtri par près de 14 ans de guerre civile.

Syrie: Chareh transfère aux druzes le maintien de la sécurité à Soueida

Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé jeudi le transfert “à des factions locales et des cheiks” druzes la responsabilité du maintien de la sécurité à Soueida (sud), théâtre d’affrontements communautaires qui ont fait plus de 350 morts depuis dimanche, affirmant vouloir éviter “une guerre ouverte” avec Israël dont il a condamné l’intervention dans le conflit.”Nous avons donné la priorité à l’intérêt des Syriens plutôt qu’au chaos et à la destruction”, a déclaré M. al-Chareh dans une allocution télévisée.Des affrontements entre des tribus bédouines sunnites et des combattants druzes, une minorité ésotérique issue de la branche ismaélienne du chiisme, ont éclaté dimanche dans la province de Soueida après l’enlèvement d’un marchand de légumes druze. Le gouvernement syrien a déployé mardi des forces dans la région dans l’objectif affiché de rétablir l’ordre. Mais Israël, hostile à toute présence militaire syrienne près de sa frontière et disant vouloir protéger la communauté druze, a répliqué en bombardant Damas et d’autres zones du pays.”Nous avons décidé que des factions locales et des cheikhs avisés assumeraient la responsabilité du maintien de la sécurité à Soueida”, a dit le président intérimaire syrien, en évoquant “la nécessité d’éviter de sombrer dans une nouvelle guerre de grande ampleur” après quatre jours de violences.”Nous avions deux options: une guerre ouverte avec l’entité israélienne aux dépens de notre peuple druze, de sa sécurité et de la stabilité de la Syrie et de la région tout entière, ou bien donner aux anciens et aux cheikhs druzes la possibilité de revenir à la raison et de donner la priorité à l’intérêt national”, a-t-il expliqué.- “Exécutions sommaires” -Les forces gouvernementales syriennes ont commencé à se retirer mercredi de Soueida à la suite d’un accord de cessez-le-feu, après avoir été accusées d’avoir combattu les druzes aux côtés des tribus bédouines.Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une organisation basée au Royaume-Uni et qui s’appuie sur un vaste réseau de sources en Syrie, les affrontements ont fait plus de 350 morts depuis dimanche, dont 27 civils victimes d'”exécutions sommaires” par les forces gouvernementales.Dans son discours, Ahmad al-Shareh a promis de faire “rendre des comptes” aux auteurs d’exactions contre “notre peuple druze, qui est sous la protection et la responsabilité de l’Etat”.”L’Etat syrien est intervenu pour mettre fin aux affrontements entre les groupes armés de Soueida et des régions avoisinantes”, a-t-il affirmé.- “Sauvé la région” -Il a accusé Israël d’avoir “eu recours à un ciblage à grande échelle des installations civiles et gouvernementales pour saper ces efforts, ce qui a entraîné une complication significative de la situation et poussé les choses à une escalade à grande échelle, sauf pour l’intervention efficace de la médiation américaine, arabe et turque, qui a sauvé la région d’un sort inconnu”.M. al-Chareh n’a pas précisé quels pays arabes étaient intervenus dans la médiation. Mercredi, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio avait annoncé “un accord sur des mesures spécifiques qui permettront de mettre fin à cette situation troublante et terrifiante” en Syrie.Israël a mené mercredi des frappes sur le quartier général de l’armée à Damas et sur une “cible militaire” dans la zone du palais présidentiel. Les autorités syriennes ont fait état de trois morts.Des bombardements ont aussi visé près de Damas “les environs de l’aéroport militaire de Mazzé”, selon les autorités syriennes. D’autres ont ciblé notamment Soueida et l’autoroute Damas-Deraa, d’après l’agence Sana.- Atmosphère de chaos -Mercredi, des soldats israéliens déployés sur le plateau du Golan occupé ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser une foule de druzes massés à la clôture barbelée entre Israël et la Syrie en soutien aux membres de leur communauté à Soueida, a constaté un journaliste de l’AFP. Des dizaines de personnes ont réussi à traverser la frontière dans les deux sens, dans une atmosphère de chaos.”Nous voulons simplement aider notre peuple. Nous voulons aider nos familles”, a déclaré Fayez Chaker. “On ne peut rien faire. Nos familles sont là-bas. Ma femme est de là-bas, ma mère est de là-bas, mes oncles sont là-bas, toute ma famille est de là-bas.”La communauté druze de Syrie était, avant la guerre civile, forte de quelque 700.000 personnes, présente principalement à Soueida. Les druzes sont aussi implantés au Liban et en Israël.Les récentes violences illustrent les défis auxquels fait face le gouvernement d’Ahmad al-Chareh depuis qu’il a renversé, avec une coalition de groupes rebelles islamistes sunnites, le président Bachar al-Assad en décembre, dans un pays meurtri par près de 14 ans de guerre civile.

Le Libanais Georges Abdallah va-t-il sortir de prison, après 40 ans? La justice française se prononce jeudi

Après plus de 40 ans de prison en France, peut-être la liberté. Le Libanais Georges Abdallah, condamné en 1987 pour complicité d’assassinats de diplomates américain et israélien et considéré comme l’un des plus anciens détenus du pays, saura jeudi si la justice l’autorise à rentrer chez lui.La cour d’appel de Paris rendra sa décision à 09H00, en audience non publique et en l’absence de Georges Ibrahim Abdallah, détenu à la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrénées).Incarcéré en France depuis 1984, l’ancien chef d’un groupuscule de chrétiens libanais marxistes pro-palestiniens est libérable depuis 25 ans, mais a vu sa dizaine de demandes de remise en liberté échouer.Cette nouvelle demande pourrait être la bonne: le tribunal d’application des peines puis la cour d’appel se sont à quelques mois d’intervalle prononcés pour, estimant la durée de sa détention “disproportionnée” par rapport aux crimes commis, et jugeant qu’à 74 ans, ce détenu “âgé” aspirant à “finir ses jours” dans son village du nord-Liban ne présentait plus de risque de trouble à l’ordre public.Le jugement du tribunal en novembre avait immédiatement été suspendu par un appel du parquet antiterroriste. Quant à la cour, tout en se disant en février favorable à sa remise en liberté, elle avait repoussé sa décision de quelques mois, exigeant que Georges Abdallah fasse preuve d’un “effort conséquent” pour indemniser les victimes, ce qu’il a toujours refusé de faire, se considérant comme un prisonnier politique.Lors d’une nouvelle audience le 19 juin cependant, et sans s’épancher sur la position de son client ni l’origine des fonds, l’avocat de Georges Abdallah avait informé les juges que 16.000 euros se trouvaient désormais à disposition des parties civiles sur son compte en prison.Le parquet général, comme les Etats-Unis – parties civiles et qui se sont farouchement opposés à chacune de ses demandes de libération – ont considéré que cela ne suffisait pas, qu’il n’avait fait “aucun effort” car l’argent n’était pas le sien et qu’il n’y avait pas de repentir, ont rapporté des sources proches du dossier (l’audience n’était pas publique).- Départ immédiat -“La notion de repentir” n’existe “pas dans le droit français”, s’était indigné au sortir de la salle l’avocat de Georges Abdallah, Me Jean-Louis Chalanset. “J’ai dit aux juges +soit vous le libérez, soit vous le condamnez à mort+”.Reste à savoir si la cour a, elle, été convaincue. Si c’est le cas, elle ordonnera sa libération avec une condition: qu’il quitte immédiatement le territoire français et n’y paraisse plus. Un délai de quelques jours avec une date butoir pourrait lui être donné.Il videra dans ce cas sa cellule remplie de 40 ans de journaux et courriers quasi-quotidiens de ses soutiens, décrochera son drapeau rouge de Che Guevara du mur, puis il prendra un vol pour Beyrouth. Le Liban, qui réclame sa libération aux autorités françaises depuis des années, avait confirmé en décembre dans un courrier à la cour qu’il organiserait son retour.Aujourd’hui tombé dans l’oubli, à l’exception d’une poignée de fidèles manifestant chaque année devant sa prison ou de quelques parlementaires de gauche, Georges Abdallah était dans les années 80 l’ennemi public n°1 et l’un des prisonniers les plus célèbres de France.Pas à cause de son affaire, mais parce qu’on l’a longtemps cru, à tort, à l’origine de la vague d’attentats de 1985-86 qui avait fait 13 morts dont sept au magasin Tati de la rue de Rennes, et installé la psychose dans les rues de la capitale.Les véritables responsables, des pro-Iraniens, avaient été identifiés deux mois après la condamnation à la perpétuité de Georges Abdallah.Ce dernier n’a jamais reconnu son implication dans les assassinats des diplomates à Paris, mais les a toujours qualifiés d'”actes de résistance” contre “l’oppression israélienne et américaine”, dans le contexte de la guerre civile libanaise et l’invasion israélienne au sud-Liban en 1978. Il a toujours refusé de renier ses convictions.Son groupuscule des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises) est dissous depuis longtemps et “n’a pas commis d’action violente depuis 1984”, avait toutefois souligné la cour dans son arrêt de février, estimant que Georges Abdallah “représente aujourd’hui un symbole passé de la lutte palestinienne”.

Obsèques d’Ardisson à Paris, les invités attendus tout de noir vêtus

“Chers amis, chers ennemis, dernier bonsoir!” Dans une ultime mise en scène, les obsèques de Thierry Ardisson, producteur et animateur star décédé à 76 ans, sont célébrées jeudi à Paris, devant une assistance invitée à revêtir sa couleur fétiche, le noir.La cérémonie se tiendra à 16H30 en l’église Saint-Roch à Paris, la paroisse des artistes, avant une “inhumation dans la plus stricte intimité”, a indiqué sa famille à l’AFP.L’accès à l’intérieur de l’église sera “réservé aux invités”, à qui il est demandé de respecter le “dress code Ardisson (avec ou sans lunettes noires)”, c’est-à-dire le costume noir.”Chers amis, chers ennemis, dernier bonsoir! Retrouvez-nous pour dire au revoir à l’homme en noir”, est-il inscrit sur le carton d’invitation, portant la mention “Roch never dies”, clin d’œil à la paroisse du 1er arrondissement et promesse d’une bande-son éclectique à son image. Vedette du petit écran dès les années 1980, Thierry Ardisson est mort lundi à Paris des suites d’un cancer.L’annonce de son décès a suscité une pluie d’hommages, du président Macron aux patrons de chaîne en passant par de nombreuses figures du PAF (Arthur, Cyril Hanouna, Karine Le Marchand…).Mais des extraits d’émissions où il avait mis mal à l’aise ses invitées, comme les actrices Judith Godrèche ou Milla Jovovich, ont été aussi relayées. “J’étais ni con ni macho, on était dans l’époque” et “l’époque a changé”, balayait-il en mai sur France Inter.- “Face cachée” -Issu d’un milieu social modeste, l’ancien publicitaire a bousculé le paysage cathodique avec ses talk-shows à succès où se rendait le Tout-Paris, comme “Bains de minuit”, présenté depuis la boîte de nuit des Bains Douches à Paris, “Lunettes noires pour nuits blanches” au Palace et “Rive droite/Rive gauche”, premier magazine culturel TV quotidien en France.Il a connu ses plus belles heures avec “Tout le monde en parle” sur France 2 (1998-2006) où ses questions aux artistes comme aux politiques, parfois trash, ont souvent créé le buzz.Thierry Ardisson est ensuite passé aux commandes de “Salut les Terriens” (2006-2019), sur Canal+ puis C8, qu’il a dû arrêter après avoir refusé d’en baisser le budget.Réalisé par son épouse, la journaliste Audrey Crespo-Mara, un documentaire diffusé mercredi soir sur TF1 et disponible sur la plateforme TF1+, “La face cachée de l’homme en noir”, dresse un portrait tout en nuances de ce roi de la provocation, dépeint comme hypersensible et tourmenté.Dans cette émission testament, Ardisson, qui était croyant, retrace sa vie en 10 commandements, jusqu’au dernier depuis son lit d’hôpital au printemps: “La mort en face, tu regarderas”.”J’ai toujours tout mis en scène” et “je sais déjà la musique que je vais mettre à mon enterrement”, avait-il déclaré sur le plateau de son amie Léa Salamé sur France 2 en mai. “Ça m’intéresse d’aller jusqu’au bout”.- L’après -Paris Match a publié cette semaine en Une une photo de 2005, où Ardisson, lunettes fumées sur le nez, sourit allongé dans un cercueil. Il voulait que cette image soit publiée à sa mort, comme un pied de nez, et “on a tenu parole”, narre Jérôme Béglé, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire. À France Télévisions, la communicante Anne Méaux, une proche, l’a dépeint comme “passionné par les tendances, dans le temps court, et profondément préoccupé par le temps long et la suite”.Comme obsédé par l’après, le vétéran était revenu brièvement en 2022 avec “Hôtel du temps” sur France 3, où il interrogeait des stars défuntes dont les visages et voix étaient recréés grâce aux nouvelles technologies.”Où que j’aille, j’espère bien retrouver Denise Glaser et François Chalais (anciennes figures de la télé, ndlr), John Lennon et George Harrison (des Beatles), Paul Morand et Alain Pacadis (des auteurs)”, avait déclaré Ardisson à Paris Match dans une “interview jugement dernier” en 2005.

Plus de 350 morts dans les violences communautaires en Syrie

Les violences communautaires dans la province de Soueida, dans le sud de la Syrie, ont fait plus de 350 morts depuis dimanche, a déclaré jeudi une ONG, les autorités syriennes annonçant pour leur part le retrait de leurs forces de cette région après un appel en ce sens des Etats-Unis.Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), 189 soldats et membres des forces de sécurité ont péri dans les combats, et 15 autres dans des frappes israéliennes en soutien à la communauté druze. Un total de 79 combattants druzes et 18 combattants bédouins ont également été tués, ainsi que 55 civils, dont 27 ont été victimes d'”exécutions sommaires par les membres des ministères de la Défense et de l’Intérieur”, a affirmé cette ONG.Un correspondant de l’AFP à Soueida a vu mercredi matin une trentaine de corps gisant par terre, certains de membres des forces gouvernementales et d’autres de combattants en civil.Un journaliste local figure également parmi les personnes tuées, a précisé l’OSDH, une organisation basée à Londres qui s’appuie sur un très vaste réseau de sources à travers la Syrie.Les affrontements entre des tribus bédouines sunnites et des combattants druzes, une minorité ésotérique issue de la branche ismaélienne du chiisme, ont éclaté dimanche dans la province de Soueida après l’enlèvement d’un marchand de légumes druze. Les forces gouvernementales syriennes se sont déployées mardi dans la ville de Soueida, jusque-là tenue par des combattants druzes. Selon l’OSDH et des témoins, elles ont combattu aux côtés des tribus bédouines et exécuté des civils.Mercredi, le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé un accord prévoyant “un arrêt total et immédiat de toutes les opérations militaires”, et la présidence syrienne s’est engagée à “punir” les auteurs d’exactions.Le ministère de la Défense a pour sa part fait savoir, dans un communiqué, que ses forces avaient “commencé à se retirer de la ville de Soueida en application des termes d’un accord conclu après la fin des opérations de ratissage contre les groupes hors-la-loi”. Il n’a pas fait mention du retrait d’autres forces relevant du pouvoir déployées dans la ville.- Bombardements israéliens -Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a quant à lui annoncé “un accord sur des mesures spécifiques qui permettront de mettre fin à cette situation troublante et terrifiante” en Syrie.Israël, qui assure vouloir protéger la communauté druze, a mené mercredi des frappes sur le quartier général de l’armée à Damas et sur une “cible militaire” dans la zone du palais présidentiel. Les autorités syriennes ont fait état de trois morts.Des bombardements ont aussi visé près de Damas “les environs de l’aéroport militaire de Mazzé”, selon les autorités syriennes. D’autres ont ciblé notamment Soueida et l’autoroute Damas-Deraa, d’après l’agence Sana.Israël affirme qu’il ne permettra pas une présence militaire du pouvoir islamiste syrien dans le sud de la Syrie, près de sa frontière.Mercredi, des soldats israéliens déployés sur le Golan syrien occupé ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser une foule de druzes massés à la clôture barbelée entre Israël et la Syrie en soutien aux membres de leur communauté dans la province de Soueida, a constaté un journaliste de l’AFP. Des dizaines de personnes ont réussi à traverser la frontière dans les deux sens, dans une atmosphère de chaos.”Nous voulons simplement aider notre peuple. Nous voulons aider nos familles”, a déclaré Fayez Chaker. “On ne peut rien faire. Nos familles sont là-bas. Ma femme est de là-bas, ma mère est de là-bas, mes oncles sont là-bas, toute ma famille est de là-bas.”La province de Soueida abrite la plus importante communauté druze de Syrie, forte de quelque 700.000 membres avant la guerre civile. Les druzes sont aussi implantés au Liban et en Israël.Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a assuré que l’armée frapperait “avec force” “pour éliminer les forces qui ont attaqué les druzes, jusqu’à leur retrait complet”, et exigé du pouvoir syrien qu’il “laisse tranquilles” les druzes.Ces violences illustrent les défis auxquels fait face le gouvernement d’Ahmad al-Chareh depuis qu’il a renversé, avec une coalition de groupes rebelles islamistes sunnites, le président Bachar al-Assad en décembre, dans un pays meurtri par près de 14 ans de guerre civile.

Plus de 350 morts dans les violences communautaires en Syrie

Les violences communautaires dans la province de Soueida, dans le sud de la Syrie, ont fait plus de 350 morts depuis dimanche, a déclaré jeudi une ONG, les autorités syriennes annonçant pour leur part le retrait de leurs forces de cette région après un appel en ce sens des Etats-Unis.Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), 189 soldats et membres des forces de sécurité ont péri dans les combats, et 15 autres dans des frappes israéliennes en soutien à la communauté druze. Un total de 79 combattants druzes et 18 combattants bédouins ont également été tués, ainsi que 55 civils, dont 27 ont été victimes d'”exécutions sommaires par les membres des ministères de la Défense et de l’Intérieur”, a affirmé cette ONG.Un correspondant de l’AFP à Soueida a vu mercredi matin une trentaine de corps gisant par terre, certains de membres des forces gouvernementales et d’autres de combattants en civil.Un journaliste local figure également parmi les personnes tuées, a précisé l’OSDH, une organisation basée à Londres qui s’appuie sur un très vaste réseau de sources à travers la Syrie.Les affrontements entre des tribus bédouines sunnites et des combattants druzes, une minorité ésotérique issue de la branche ismaélienne du chiisme, ont éclaté dimanche dans la province de Soueida après l’enlèvement d’un marchand de légumes druze. Les forces gouvernementales syriennes se sont déployées mardi dans la ville de Soueida, jusque-là tenue par des combattants druzes. Selon l’OSDH et des témoins, elles ont combattu aux côtés des tribus bédouines et exécuté des civils.Mercredi, le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé un accord prévoyant “un arrêt total et immédiat de toutes les opérations militaires”, et la présidence syrienne s’est engagée à “punir” les auteurs d’exactions.Le ministère de la Défense a pour sa part fait savoir, dans un communiqué, que ses forces avaient “commencé à se retirer de la ville de Soueida en application des termes d’un accord conclu après la fin des opérations de ratissage contre les groupes hors-la-loi”. Il n’a pas fait mention du retrait d’autres forces relevant du pouvoir déployées dans la ville.- Bombardements israéliens -Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a quant à lui annoncé “un accord sur des mesures spécifiques qui permettront de mettre fin à cette situation troublante et terrifiante” en Syrie.Israël, qui assure vouloir protéger la communauté druze, a mené mercredi des frappes sur le quartier général de l’armée à Damas et sur une “cible militaire” dans la zone du palais présidentiel. Les autorités syriennes ont fait état de trois morts.Des bombardements ont aussi visé près de Damas “les environs de l’aéroport militaire de Mazzé”, selon les autorités syriennes. D’autres ont ciblé notamment Soueida et l’autoroute Damas-Deraa, d’après l’agence Sana.Israël affirme qu’il ne permettra pas une présence militaire du pouvoir islamiste syrien dans le sud de la Syrie, près de sa frontière.Mercredi, des soldats israéliens déployés sur le Golan syrien occupé ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser une foule de druzes massés à la clôture barbelée entre Israël et la Syrie en soutien aux membres de leur communauté dans la province de Soueida, a constaté un journaliste de l’AFP. Des dizaines de personnes ont réussi à traverser la frontière dans les deux sens, dans une atmosphère de chaos.”Nous voulons simplement aider notre peuple. Nous voulons aider nos familles”, a déclaré Fayez Chaker. “On ne peut rien faire. Nos familles sont là-bas. Ma femme est de là-bas, ma mère est de là-bas, mes oncles sont là-bas, toute ma famille est de là-bas.”La province de Soueida abrite la plus importante communauté druze de Syrie, forte de quelque 700.000 membres avant la guerre civile. Les druzes sont aussi implantés au Liban et en Israël.Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a assuré que l’armée frapperait “avec force” “pour éliminer les forces qui ont attaqué les druzes, jusqu’à leur retrait complet”, et exigé du pouvoir syrien qu’il “laisse tranquilles” les druzes.Ces violences illustrent les défis auxquels fait face le gouvernement d’Ahmad al-Chareh depuis qu’il a renversé, avec une coalition de groupes rebelles islamistes sunnites, le président Bachar al-Assad en décembre, dans un pays meurtri par près de 14 ans de guerre civile.

L’UE propose une hausse du budget, rejet immédiat de Berlin

La Commission européenne a dévoilé mercredi sa proposition de budget de 2028 à 2034, fixé à 2.000 milliards d’euros, avec des moyens supplémentaires pour la compétitivité et la défense, suscitant le rejet immédiat du gouvernement allemand qui a jugé cette hausse “inacceptable”.C’est le budget européen “le plus ambitieux jamais proposé”, a affirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyenn lors de la présentation du budget, donnant le coup d’envoi de deux ans de négociations souvent difficiles entre Européens.L’exécutif érige la compétitivité et l’innovation en priorité, avec 451 milliards d’euros, confirmant le tournant pro-entreprises de l’Union européenne en pleines tensions commerciales avec les Etats-Unis de Donald Trump.Trois ans après le déclenchement de la guerre en Ukraine, Bruxelles souligne aussi sa mobilisation en faveur de la défense (131 milliards intégrés à l’enveloppe compétitivité), et promet 100 milliards de soutien supplémentaire à Kiev de 2028 à 2034. “Il s’agit d’un engagement à long terme” pour “la reconstruction de l’Ukraine”, a déclaré le commissaire européen en charge du budget, Piotr Serafin.De quoi faire rugir le Premier ministre hongrois Viktor Orban. “L’Ukraine bénéficierait d’une aide financière massive, tandis que les agriculteurs européens seraient perdants”, a fustigé le dirigeant nationaliste, proche de Moscou.- “Provocation” -La transformation de la politique agricole commune (PAC) va être au coeur de la longue bataille qui s’annonce.Selon la Commission, 300 milliards d’euros seront consacrés aux “revenus des agriculteurs”, alors que le budget précédent de la PAC représentait 387 milliards de 2021 à 2027, dont 270 milliards d’aides directes aux exploitations.Bruxelles explique le différentiel par une nouvelle architecture budgétaire et le transfert de certaines sommes vers la politique de cohésion, ce qui alarme la profession.Le Copa-Cogeca, lobby des agriculteurs européens, a lancé les hostilités dès mercredi devant la Commission en réunissant quelques centaines de manifestants contre ce “mercredi noir pour l’agriculture”.”Cette proposition est une provocation”, “personne n’a intérêt à défier les agriculteurs européens. Si ce message n’a pas été entendu, nous reviendrons”, a prévenu le patron de la FNSEA – le premier syndicat agricole français- Arnaud Rousseau, présent à Bruxelles.Echaudée par le mouvement de colère agricole de 2024, la Commission se veut pourtant rassurante. Les 300 milliards sont un “minimum” que les Etats pourront compléter avec d’autres fonds européens, a dit le commissaire à l’Agriculture Christophe Hansen.- “Inacceptable” -La présentation d’ensemble de la Commission fait l’objet de réactions contrastées.”Une augmentation substantielle du budget de l’UE est inacceptable à l’heure où tous les Etats membres font des efforts considérables pour consolider leurs budgets nationaux”, a déclaré mercredi soir le porte-parole du gouvernement allemand, Stefan Kornelius, dans un bref communiqué.”Nous ne soutiendrons pas non plus la taxation supplémentaire des entreprises proposée par la Commission”, a-t-il ajouté.Même son de cloche pour les Pays-Bas, l’un des pays “frugaux” qui réclament régulièrement des économies à l’UE, qui juge également ce budget “trop élevé”. La France, par la voix du ministre délégué chargé de l’Europe Benjamin Haddad, a elle qualifié la proposition de la Commission d'”ambitieuse”.Au Parlement européen, les deux rapporteurs Siegfried Muresan (PPE, droite) et Carla Tavares (sociale-démocrate, gauche), jugent la hausse affichée très insuffisante car elle s’explique pour partie par l’inflation et par le remboursement de l’emprunt européen contracté pendant la pandémie de Covid-19.Le précédent budget, de 2021 à 2027, devait mobiliser 1.200 milliards d’euros mais il a été complété par un plan de relance de 800 milliards pendant la crise sanitaire. Et il a fallu faire des choix, tant l’équation budgétaire de l’UE relève du casse-tête.Déjà exsangues, les Etats membre ne veulent pas mettre davantage dans le pot commun, à l’image de la France qui a assuré mercredi qu’elle verserait à l’UE moins que prévu en 2026. Ce, alors même que la liste des dépenses européennes ne cesse de s’allonger.La Commission cherche donc de nouvelles ressources. Elle propose un prélèvement supplémentaire sur le tabac, une contribution des grandes entreprises ou une nouvelle taxe sur les déchets électroniques non recyclés.Le tout alors que les écologistes craignent que les contraintes budgétaires poussent à sacrifier les crédits consacrés à la protection de l’environnement.Quels seront les arbitrages dans deux ans? “Comme d’habitude, tout se finira par cinq jours de négociations” lors d’un sommet entre les 27, prédit un fonctionnaire européen.Avec en creux, la division persistante entre les Etats “frugaux” et ceux comme la France qui plaident pour un nouvel emprunt commun européen. bur-adc-raz-mad/dsa/liu