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Mexique: opération massive de recherche de corps de disparus

Proches de disparus, militants des droits de l’Homme, autorités et experts médico-légaux ont commencé jeudi à passer au peigne fin une vaste zone boisée près de Mexico à la recherche de restes d’une centaine de personnes.Les groupes qui participent aux recherches, qui ont débuté à Ajusco, une colline volcanique située au sud de la capitale mexicaine, ont estimé qu’il pourrait y avoir entre 130 et 150 corps enterrés ou cachés dans la région. Ces recherches d’ampleur, auxquelles participent 430 personnes, doivent se poursuivre jusqu’au 31 octobre, selon les médias locaux. Jeudi, des mères ont creusé le sol à l’aide de fourches et de pelles, tandis que d’autres ont utilisé des machettes et même des engins lourds pour débroussailler la zone. Araceli Olmedo Cruz, 40 ans, a déclaré à l’AFP qu’elle participait aux recherches dans la région pour retrouver son fils Benjamin, disparu dans un quartier voisin en avril 2024. “Comme c’est une zone isolée, il est plus facile pour les gens (les criminels présumés) de venir y déposer les corps”, a-t-elle déclaré. On estime à plus de 127.000 le nombre de personnes disparues au Mexique, la plupart des disparitions ayant eu lieu depuis le début de la vague de violences en décembre 2006, lorsque le gouvernement fédéral a lancé une opération militaire de lutte contre le trafic de drogue.Arnulfo Garcia recherche sa mère, Placida, dont il dit ne pas avoir eu de nouvelles depuis un an. “Nous avons cherché dans les zones urbaines, nous avons mis des affiches”, a-t-il déclaré, expliquant qu’il avait décidé de se joindre aux efforts à Ajusco pour entrer en contact avec les autorités qui pourraient l’aider à localiser sa mère.Des centaines de tombes ont été découvertes à travers le pays, comme à Bartolina, dans l’État de Tamaulipas, dans le nord-est, où les autorités ont exhumé des restes humains entre 2017 et 2021. – Trafic de Fentanyl -Par ailleurs, les autorités mexicaines ont annoncé jeudi la découverte de 48 sacs contenant des restes humains dans une fosse clandestine située dans la banlieue de Guadalajara (ouest).L’enquête se poursuit, a précisé le parquet en refusant de donner une estimation du nombre de victimes. “Nous avons besoin d’avancer sur la question médico-légale pour pouvoir vous dire à combien de victimes correspondent ces sacs”, a déclaré Blanca Trujillo, vice-procureure de cet État, lors d’une conférence de presse. La fosse clandestine a été localisée il y a quatre semaines par un collectif de recherche de personnes sur un terrain vague de Zapopan, dans l’agglomération de Guadalajara. Depuis cette découverte, les autorités ont travaillé à la récupération des restes avec le soutien des membres du collectif Guerreros buscadores (“Les guerriers chercheurs”). Des dizaines de cas similaires ont été découverts dans l’Etat de Jalisco, fief du Cartel Jalisco nueva generacion (CJNG), désigné en début d’année comme “organisation terroriste étrangère” par l’administration américaine.Selon les données officielles, plus de 15.900 personnes ont disparu dans l’Etat de Jalisco, un bilan que les experts attribuent aux activités du cartel.D’après Washington ce cartel est, avec celui de Sinaloa, l’un des principaux responsables du trafic de fentanyl, un opioïde synthétique ayant causé des dizaines de milliers de morts par overdose aux Etats-Unis.La découverte des 48 sacs mortuaires s’ajoute à des dizaines d’autres cas similaires dans l’État de Jalisco.En juin dernier, des experts médico-légaux avaient localisé les restes de 34 personnes enterrés près d’une zone résidentielle à Zapopan. 

Moldavie: l’homme d’affaires Alexandru Munteanu nommé Premier ministre du prochain gouvernement pro-UE

La présidente moldave pro-UE, Maia Sandu, a nommé vendredi l’économiste et homme d’affaires Alexandru Munteanu, novice en politique, au poste de Premier ministre après la victoire de son parti aux élections législatives du mois dernier. Le parti de centre droit proeuropéen Action et Solidarité (PAS), au pouvoir depuis 2021, a remporté fin septembre 55 sièges au Parlement sur un total de 101, un seuil suffisant pour former un nouveau gouvernement seul et maintenir l’ex-république soviétique sur sa voie pro-Union européenne.Le scrutin, dans ce pays de 2,4 millions d’habitants, avait été marqué par des accusations d’ingérence russe, ce que Moscou a nié.La présidente Maia Sandu a choisi M. Munteanu pour stimuler l’économie du pays, l’un des plus pauvres d’Europe, frontalier de l’Ukraine en guerre et de la Roumanie, membre de l’UE.”Après consultation des groupes parlementaires, j’ai signé aujourd’hui le décret nommant M. Alexandru Munteanu candidat au poste de Premier ministre de la République de Moldavie”, a déclaré Mme Sandu sur Facebook. Le Parlement devrait confirmer par un vote la nomination de M. Munteanu la semaine prochaine.M. Munteanu, âgé de 61 ans, n’a pas d’expérience en politique et n’est apparu que rarement en public.En 2016, il a fondé une entreprise gérant des investissements au Bélarus, en Moldavie et en Ukraine, où il a vécu plusieurs années avant de partir pour Bucarest après l’invasion russe à grande échelle de 2022.Il possède la citoyenneté moldave, roumaine et américaine. Comme Maia Sandu, il a travaillé par le passé à la Banque mondiale. Il a également enseigné à l’université, avec notamment pour élève le Premier ministre moldave sortant, Dorin Recean.M. Munteanu est diplômé de l’université Columbia à New York, où il a obtenu un master en gestion de politique économique, et de l’Université d’Etat de Moscou, où il a décroché un master en physique. – “Agacé” -Il a présidé pendant plus de trente ans l’Alliance française en Moldavie, le premier centre culturel étranger dans le pays et a été fait Chevalier de la légion d’honneur en 2006.Dans une interview sur une chaîne de télévision la semaine dernière, Alexandru Munteanu s’est dit “agacé” par les affirmations selon lesquelles le pays compte parmi les plus pauvres d’Europe. “Je suis venu pour aider”, a-t-il expliqué, “et je ferai tout mon possible pour que nous rejoignions l’Union européenne d’ici 2028”. Les négociations d’adhésion de la Moldavie à l’UE ont commencé en juin 2024.Le dirigeant de l’opposition prorusse, Igor Dodon, l’a dépeint comme “professionnel” et ” bon économiste” tout en assurant que son parti ne lui accorderait pas son vote. “L’économie et la politique sont des choses très différentes”, a-t-il justifié.Pour l’analyste politique Nicolae Negru, le choix de M. Munteanu au poste de Premier ministre révèle un glissement des priorités du pays, des questions de sécurité vers l’économie.Les Moldaves “ont opté pour l’Union européenne et, automatiquement, cela veut dire qu’ils ont choisi la paix et la prospérité. Le nouveau gouvernement doit les garantir et doit répondre aux attentes des votants”, a-t-il estimé auprès de l’AFP.

Washington accentue la pression sur le Venezuela, un navire militaire américain attendu à proximité

Bateau de guerre et marines américains attendus pour des exercices dès dimanche à Trinité-et-Tobago, pays tout proche du Venezuela, bombardier repéré près des côtes: Washington accentue la pression militaire sur Caracas qui dit “non à la guerre de fous”.Washington a déployé sept navires de guerre dans les Caraïbes et un dans le Golfe du Mexique, officiellement dans le cadre d’une opération contre le narcotrafic, visant particulièrement le Venezuela et son président Nicolas Maduro.Les Etats-Unis ont revendiqué neuf attaques ces dernières semaines, qui ont fait au total au moins 37 morts.”L’USS Gravely (…) visitera Trinité-et-Tobago du 26 au 30 octobre, s’amarrant à Port-d’Espagne, tandis que la 22e Unité expéditionnaire des Marines des Etats-Unis mènera un entraînement conjoint avec les Forces de défense de Trinité-et-Tobago (TTDF) pendant la même période”, selon le texte du gouvernement de l’archipel dont la pointe occidentale se trouve à une dizaine de kilomètres du Venezuela.Parallèlement, un bombardier américain B-1B a survolé jeudi la mer des Caraïbes au large du Venezuela, selon les données de suivi des vols, deuxième démonstration de force de ce type ces derniers jours, au moment où Donald Trump montre les muscles contre ce pays d’Amérique du Sud.”C’est faux”, a pourtant assuré M. Trump, interrogé lors d’un événement à la Maison Blanche, tout en ajoutant que les Etats-Unis étaient toujours “mécontents du Venezuela pour beaucoup de raisons”.”Nous ne sommes pas contents d’eux. Ils ont vidé leurs prisons dans notre pays”, a-t-il accusé. Le président américain a ajouté : “Nous n’allons pas nécessairement demander une déclaration de guerre” au Congrès, qui a le pouvoir constitutionnel de le faire. “Nous allons simplement tuer les gens qui entrent dans notre pays”.- “Non à la guerre de fous” -Face au déploiement américain dans les Caraïbes, M. Maduro, qui cherche à apaiser les tensions avec Trump depuis des semaines, a réitéré des appels à la paix, cette fois sur un ton humoristique: “Yes peace, yes peace, forever, peace forever! No crazy war, Please! Please, please! No crazy war!”, a déclaré Nicolas Maduro en anglais.”Cela s’appelle un langage tarzanesque, façon Tarzan! Si on traduit c’est: +pas de guerre, pas de guerre, pas vouloir guerre, non à la guerre des fous, non à la folie de la guerre+”, a plaisanté le dirigeant.Passé l’humour, Nicolas Maduro, qui a ordonné une série d’exercices militaires depuis août, a aussi souligné jeudi que, lors de ces entraînements, des équipements achetés à la Russie et à la Chine avaient été testés. “Merci au président (Vladimir) Poutine, merci à la Russie, merci à la Chine et merci à de nombreux amis dans le monde, le Venezuela dispose d’un équipement pour garantir la paix”, a-t-il déclaré.Pour M. Maduro, Washington se sert du trafic de drogue comme prétexte “pour imposer un changement de régime” et s’emparer des importantes réserves de pétrole de son pays.Le ministre vénézuélien de la Défense a quant à lui assuré jeudi que toute opération de la CIA contre son pays “échouerait”, après que Donald Trump a autorisé des opérations clandestines contre le Venezuela la semaine dernière.”Nous savons que la CIA est présente” sur le sol vénézuélien, a déclaré le général Vladimir Padrino. Les Américains “pourront bien envoyer je ne sais combien d’agents affiliés à la CIA dans des opérations clandestines de n’importe quel point du pays, toute tentative échouera”.Nul doute que la visite du bateau de guerre et des marines à Trinité-et-Tobago sera suivie de près par Caracas, même si le communiqué trinidadien n’évoque nulle part le Venezuela. Il affirme que l’arrivée de ces moyens militaires américains est liée à la “sécurité régionale” et aux “efforts de coopération dans les Caraïbes” et de “coopération militaire” entre Washington et Port-d’Espagne.La Première ministre de Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar, est une fervente soutien de M. Trump, et a adopté dès son accession au pouvoir en mai 2025 un discours virulent contre l’immigration et la criminalité vénézuéliennes dans son pays. Deux Trinidadiens auraient été tués mi-octobre dans une frappe américaine mi-octobre, selon leurs familles, mais les autorités locales n’ont ni confirmé ni infirmé ces décès pour le moment. Des experts ont remis en question la légalité de ces frappes dans des eaux étrangères ou internationales, contre des suspects qui n’ont pas été interceptés ou interrogés.

Polynésie: l’ex-président Gaston Flosse auditionné 28 ans après la disparition d’un journaliste

L’ancien président polynésien Gaston Flosse a été auditionné en tant que témoin, pour la première fois, dans l’affaire de la disparition non élucidée du journaliste et opposant Jean-Pascal Couraud en 1997 en Polynésie française, selon le procès-verbal dont l’AFP a pris connaissance jeudi.D’après ce document, l’audition de l’ex-dirigeant de cette collectivité du Pacifique, âgé aujourd’hui de 94 ans, s’est déroulée le 13 juin et a été menée par la juge d’instruction nouvellement chargée, depuis quelques mois, de ce dossier vieux de presque 30 ans.Quatre personnes sont toujours mises en examen : le chef et l’un des membres du Groupement d’intervention de la Polynésie (GIP), sous les ordres de la Présidence polynésienne jusqu’en 2004, la compagne du journaliste et son amant de l’époque.L’une des hypothèses de la justice est une intimidation du GIP qui aurait mal tourné envers Jean-Pascal Couraud, dit JPK, adversaire notoire de M. Flosse.Contacté par l’AFP, le parquet n’a pas souhaité faire de commentaires. M. Flosse n’était pas joignable dans l’immédiat.Cette première audition de M. Flosse visait à comprendre l’organisation de sa présidence, ainsi que de son service de renseignements (SED) et du GIP, à la fin des années 90.Au cours de son audition, Gaston Flosse a qualifié JPK d'”opposant violent contre le gouvernement”. Il a assuré que le journaliste n’a “jamais” été un objectif du SED, alors que le chef de ce service et trois agents ont reconnu une surveillance de l’opposant.La juge cite aussi le témoignage d’une femme, selon lequel l’ancienne secrétaire de Gaston Flosse aurait affirmé que JPK avait été tué sur ses ordres. “Cela me semble impossible qu’elle ait dit cela”, a-t-il répondu.”Tout en espérant la tenue prochaine d’un procès d’assises, il est clair que l’instruction ne peut être immédiatement clôturée et nous pensons que ces auditions sont absolument nécessaires, tant il est apparu au fur et à mesure de l’enquête que Gaston Flosse pouvait effectivement être l’instigateur de la disparition de Jean-Pascal Couraud”, a déclaré à l’AFP Philippe Couraud, son frère.M. Flosse, qui fut un proche de Jacques Chirac qu’il cite à plusieurs reprises lors de son audition, a été président de la Polynésie de manière quasi continue entre 1984 et 2004, puis à plusieurs reprises entre 2004 et 2014. Il a aussi été maire de Pirae, député, sénateur et secrétaire d’Etat dans le gouvernement de cohabitation, de 1986 à 1988.Condamné dans de multiples affaires, il a été déclaré inéligible à plusieurs reprises, ce qui lui a fait perdre le pouvoir en 2014, mais il reste actif dans le paysage politique polynésien.

Aux Etats-Unis, la “colère” des personnes autistes face à la rhétorique de Trump

William Barnett avait lancé sa chaîne YouTube pour montrer son talent musical. Mais face aux discours intempestifs de Donald Trump sur l’autisme, il l’utilise désormais aussi pour dénoncer les propos du président américain et de son ministre de la Santé Robert Kennedy Jr.”Ca a conduit beaucoup de personnes autistes à croire qu’elles avaient un problème et n’avaient pas vraiment leur place dans la société”, constate ce compositeur de 29 ans qui présente lui-même un trouble du spectre autistique. “Je me demande juste s’ils nous considèrent pas tous comme des pions”, confie-t-il depuis son appartement du quartier Queens, à New York.Donald Trump et le vaccinosceptique Robert Kennedy Jr., qui qualifient l’autisme d'”horreur” ou de “crise” sanitaire, ont avancé, à contrecourant du consensus scientifique, qu’il pourrait être lié aux vaccins ou au paracétamol.Pour M. Barnett, ces propos ne font qu’alimenter la peur chez les parents et stigmatiser les personnes comme lui.- “Deuxième famille” -L’autisme est un trouble du neurodéveloppement au spectre très large, qui se caractérise par des difficultés variées de la communication, du comportement et des interactions sociales.Selon l’Organisation mondiale de la santé, une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux en est probablement à l’origine. Les cas ont augmenté ces dernières décennies aux Etats-Unis et dans d’autres pays occidentaux, principalement en raison de l’amélioration des méthodes de diagnostic, selon les spécialistes.William Barnett a été diagnostiqué vers l’âge de 3 ans. En grandissant, “je n’arrêtais pas de me demander à quoi ressemblerait ma vie si j’avais été neurotypique”, c’est-à-dire avec un fonctionnement neurologique considéré comme classique, confie-t-il. “Je voulais juste être normal”.Adulte, diplômé et vivant de sa passion, il y voit plutôt un atout, notamment avec sa “deuxième famille” dans l’association new-yorkaise Autistic Adults NYC.Dirigée par des adultes autistes, elle a récemment participé à une marche des fiertés dédiées aux personnes en situation de handicap.Présent dans le cortège, Sebastian Bonvissuto, 26 ans, se dit “en colère” et “frustré” par l’administration Trump: “On nous traite comme si on ne comptait pas dans la société”.”C’est difficile”, abonde Maryum Gardner, 26 ans, également présente, pour qui ces propos sont “dangereux”. “Peu importe qui vous êtes”, insiste-t-elle, “vous méritez d’être traité comme un être humain”.- “Pas une tragédie” – Pour eux comme pour d’autres personnes rencontrées par l’AFP, le gouvernement américain devrait travailler à mieux financer les services d’aide aux personnes autistes s’il souhaite réellement améliorer les choses.Tout en reconnaissant que nombre de personnes souffrent de difficultés bien plus prononcées que les siennes, William Barnett insiste sur le risque d’une “hypergénéralisation” de l’autisme par l’administration Trump.Le trouble est en effet très large, certaines personnes ayant besoin de soins et d’aide importante toute leur vie, tandis que d’autres sont capables de vivre de façon autonome.”Mes difficultés vont au-delà de ce que vous voyez à l’écran ou de la façon dont je me présente en public”, dit-il, se disant pour autant très chanceux car il a bénéficié d’années de thérapies de langage et d’ergothérapie, ainsi que de cours de socialisation.M. Barnett a notamment travaillé avec Elizabeth Laugeson, professeure de psychiatrie à l’Université de Californie à Los Angeles.Pour cette spécialiste, la rhétorique employée par la Maison Blanche à propos de l’autisme est centrée sur l’idée de “guérison” et rappelle un “passé sombre”.”Nous avons fait beaucoup de progrès, et maintenant j’ai l’impression que nous faisons marche arrière”, regrette-t-elle auprès de l’AFP.”L’autisme n’est pas une tragédie ni quelque chose à réparer pour beaucoup de gens”, explique-t-elle. “C’est une différence neurodéveloppementale” qui “fait partie de la diversité humaine”.