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Trump reçoit le prince héritier saoudien avec tous les égards

Donald Trump reçoit mardi en grande pompe le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qu’il espère convaincre de normaliser les relations avec Israël, pour sa première visite à Washington depuis l’assassinat retentissant en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi.Loin de la froideur de son prédécesseur Joe Biden qui promettait de traiter le prince en “paria”, Donald Trump affiche avec lui une franche complicité et lui offre un spectaculaire retour en grâce.Outre la signature d’un accord-cadre sur le nucléaire civil, Donald Trump a promis d’accéder à sa très sensible demande d’avions de combat. “Nous vendrons des F-35” à Ryad, a déclaré lundi le président américain.Mohammed ben Salmane (“MBS”) gouverne de facto le royaume, même si son père, le roi Salmane, reste le souverain en titre. La Maison Blanche prévoit pour autant un accueil digne d’un chef d’Etat, avec coups de canon et dîner de gala.- “Honneur” -C’est “plus qu’une rencontre”, a insisté Donald Trump, souhaitant “faire honneur” à cet allié incontournable dans la région.En octobre 2018, les liens bilatéraux étaient en lambeaux après la mort de Jamal Khashoggi. Ce journaliste résidant aux Etats-Unis, critique du pouvoir saoudien après en avoir été proche, avait été assassiné dans le consulat saoudien à Istanbul par des agents venus d’Arabie saoudite.Son corps, démembré, n’a jamais été retrouvé. Directement mis en cause par les services américains, MBS n’a jamais été visé par les sanctions de Washington.La veuve du journaliste a jugé la rencontre de mardi “trés douloureuse”. Dans une interview à CNN, Hanan Elatr Khashoggi a indiqué avoir demandé à Donald Trump qu’il l’aide à obtenir un règlement financier avec Ryad dans ce dossier. “Pour le moment, je n’ai pas reçu de réponse”.De fait, la raison d’Etat a relégué le dossier à l’arrière plan. En mai déjà, MBS avait reçu le chef d’Etat américain avec faste, promettant des investissements de 600 milliards de dollars aux Etats-Unis.Mais il n’a pas accédé jusqu’ici à la priorité absolue de Donald Trump: signer les accords d’Abraham, par lequel des pays arabes ont reconnu Israël pendant son premier mandat. Le président américain répète que le royaume est proche de s’y joindre. Mais la guerre dans la bande de Gaza rend la perspective incertaine. Ryad exige d’abord des progrès vers la création d’un Etat palestinien, dont Israël ne veut pas. Lundi, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une résolution mentionnant “un chemin crédible vers une autodétermination palestinienne et un statut d’Etat”.- Garanties de défense -Mohammed ben Salmane vient pour sa part chercher des garanties américaines de défense, encouragé par l’exemple du Qatar : Doha, après avoir subi des frappes israéliennes, a obtenu un engagement américain à le protéger en cas de nouvelle attaque.Outre les F-35, dont seul Israël dispose au Moyen-Orient, le royaume veut se procurer des puces américaines sophistiquées et dont l’exportation est sévèrement encadrée. Très dépendant du pétrole, il en a besoin pour développer ses projets d’intelligence artificielle dans le cadre d’un ambitieux programme de transformation économique.Pour les chasseurs comme pour les puces, Washington devrait réclamer que la Chine, dont les Saoudiens sont proches, ne mette pas la main sur ces technologies sensibles.Les deux hommes devraient par ailleurs partager la volonté de créer un environnement régional propice aux affaires.L’Arabie saoudite s’emploie à calmer les tensions avec l’Iran. Le président a de son côté récemment affirmé que Téhéran entendait dialoguer sur une levée des sanctions américaines.Le prince saoudien a déjà joué un rôle-clé dans la décision de Donald Trump de suspendre les sanctions contre la Syrie, et dans le rapprochement historique avec son nouveau dirigeant, l’ex-jihadiste Ahmad al-Chareh.Enfin, les relations bilatérales se doublent de contacts familiaux. Le gendre du président, Jared Kushner, médiateur aussi actif qu’informel au Moyen-Orient, a des liens avec Ryad via sa société d’investissement.Et le promoteur saoudien Dar Global vient d’annoncer un nouveau partenariat avec la Trump Organization, gérée par les fils du président. Voix isolée dans un concert de louanges réciproques, Mme Kashoggi a émis l’espoir que les Etats-Unis respectent leurs “valeurs” au moment de développer “les liens économiques” avec Ryad et de lui “vendre des armes”. 

TotalEnergies visé par une plainte pour “complicité de crimes de guerre” au Mozambique

TotalEnergies est visé à Paris par une plainte pour “complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées” au Mozambique, pour des faits datant de 2021 sur le site de son méga-projet gazier qui était alors à l’arrêt, a appris mardi l’AFP de l’ONG plaignante.L’association allemande European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) accuse le groupe français d'”avoir directement financé et soutenu matériellement la Joint Task Force (JTF), composée de forces armées mozambicaines, alors que celle-ci aurait détenu, torturé et tué des dizaines de civils” entre juillet et septembre 2021, selon son communiqué de presse.Ces exactions se seraient produites à l’entrée du site du projet gazier Mozambique LNG, dont TotalEnergies est le premier actionnaire (26,5%) et l’opérateur, et qui était alors en pause après une attaque jihadiste meurtrière en mars 2021 sur la ville voisine de Palma (nord). La plainte a été transmise lundi au parquet national antiterroriste (Pnat) à Paris, compétent pour les crimes de guerre.Elle fait suite à des allégations rapportées par le média Politico en septembre 2024, puis par SourceMaterial et Le Monde, et que TotalEnergies conteste.Contacté mardi par l’AFP, TotalEnergies n’a pas commenté dans l’immédiat. “Il apparaît impensable que TotalEnergies puisse opposer son ignorance des crimes de l’armée mozambicaine, mais aussi plus particulièrement des accusations de violations des droits humains visant la Joint Task Force, dès lors que la société les rapporte elle-même dans plusieurs documents internes transmis à ses financeurs publics”, affirme à l’AFP Clara Gonzales, directrice du programme entreprises et droits humains à l’ECCHR.Cette plainte intervient alors que le géant des hydrocarbures français s’est dit prêt le 25 octobre à relancer le projet du consortium Mozambique LNG estimé à 20 milliards de dollars, en vue d’un début de production en 2029.Après l’attaque de jihadistes liés au groupe Etat islamique, actifs dans la province du Cabo Delgado depuis 2017, le groupe français avait déclaré la “force majeure” et suspendu son projet, en avril 2021. Le site avait alors été laissé sous la garde des forces de l’armée mozambicaine, regroupées dans la JTF, créée en 2020 en vertu d’un accord entre la filiale locale de TotalEnergies, Tepma 1, et le gouvernement de Maputo. Cet accord est interrompu en octobre 2023. – “Nouveaux” éléments -Selon Politico, lors de leur contre-offensive contre les jihadistes, des soldats travaillant pour le site ont intercepté des habitants et enfermé entre 180 et 250 hommes dans des conteneurs, les accusant de soutenir l’insurrection.  Détenus pendant trois mois, ils ont été battus, affamés et torturés, et plusieurs ont été tués. Les 26 derniers prisonniers sont libérés en septembre 2021, selon l’enquête du journaliste Alex Perry, sur la foi de témoignages.Mozambique LNG avait alors assuré n’avoir “jamais reçu d’information indiquant que de tels événements aient effectivement eu lieu”. Par la suite, la société a indiqué avoir demandé en novembre 2024 aux autorités mozambicaines de diligenter une enquête, officiellement annoncée en mars 2025 par le bureau du procureur général. Au même moment, la Commission nationale des droits humains confirmait lancer ses investigations, comme sollicité par TotalEnergies fin 2024. Selon l’association ECCHR, TotalEnergies était “au courant” de violations de droits humains par les forces armées.Le Monde et Source Material avaient affirmé en novembre 2024 que TotalEnergies avait, dès avril 2021, connaissance d’accusations d’actions violentes de la JTF sur des civils, selon des rapports sociaux émanant des équipes de Mozambique LNG et transmis à l’agence italienne de crédit à l’exportation (SACE), qui soutient le projet.Or pour l’ONG, “TotalEnergies a continué de soutenir directement la JTF” en fournissant logement, nourriture et des primes “conditionnées au respect des droits humains”.ECCHR avance aujourd’hui de “nouveaux documents” obtenus auprès des autorités néerlandaises, qui font état d’échanges entre l’agence hollandaise de crédit à l’export publique Atradius DSB et TotalEnergies, évoquant dès mai 2020 des risques d’atteintes aux droits humains des forces armées. Selon l’ONG, deux enquêtes d’agences de crédit à l’export ont été ouvertes.Cette plainte doit “être entendue comme un message par les financiers publics et les banques telles que Société générale et Crédit agricole pour qu’ils engagent leur retrait immédiat du projet”, a réagi auprès de l’AFP, Lorette Philippot, des Amis de la Terre France, qui s’oppose à “l’expansion gazière au Mozambique”.

Canada: le Parlement adopte de justesse le budget, le gouvernement Carney survit

Le gouvernement de Mark Carney a survécu lundi à un vote de confiance avec l’adoption, de justesse, par le Parlement du budget présenté par le Premier ministre pour relancer l’économie du Canada, menacée par les droits de douane américains.L’appui d’une députée de l’opposition soucieuse d’éviter de déclencher des élections anticipées et l’abstention de quatre autres …

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Le Conseil de sécurité de l’ONU vote pour une force internationale à Gaza

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté lundi pour le plan de paix de Donald Trump à Gaza, prévoyant en particulier le déploiement d’une force internationale, sous la pression des Etats-Unis qui mettaient en garde contre le risque d’une reprise de la guerre.Treize de ses membres se sont prononcés en faveur de la résolution. Le président américain s’est félicité d’une “des approbations les plus importantes de l’histoire des Nations Unies”.Donald Trump a remercié les pays siégeant au Conseil de sécurité, y compris la Russie et la Chine, qui se sont abstenues.Plusieurs fois modifiée lors de négociations sensibles, la résolution “endosse” le plan du président américain qui a permis, depuis le 10 octobre, un cessez-le-feu fragile entre Israël et le Hamas dans le territoire palestinien. Pour Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, son adoption est “une étape importante dans la consolidation du cessez-le-feu” à Gaza, ravagée par deux années de guerre provoquée par l’attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien du 7 octobre 2023.Le Hamas a estimé que le texte, soutenu par l’Autorité palestinienne, “ne répond(ait) pas aux exigences et aux droits politiques et humains” des Palestiniens. Il “impose un mécanisme de tutelle internationale sur la bande de Gaza, ce que notre peuple, ses forces et ses composantes rejettent”, a écrit le mouvement.La résolution, vue par l’AFP, donne mandat jusqu’au 31 décembre 2027 à un “Comité de la paix”, organe de “gouvernance de transition” jusqu’à la réforme de l’Autorité palestinienne. Ce comité doit être présidé par Donald Trump.Le texte “autorise” aussi une “force de stabilisation internationale” (ISF) chargée notamment de la sécurisation des frontières avec Israël et l’Egypte, de la démilitarisation de Gaza, du désarmement “des groupes armés non étatiques”, de la protection des civils et de la formation d’une police palestinienne. La composition de cette force n’est pas évoquée.Contrairement aux premières versions, l’éventualité d’un Etat palestinien est mentionnée. Après la réforme de l’Autorité palestinienne, “les conditions pourraient finalement être en place pour un chemin crédible vers une autodétermination palestinienne et un statut d’Etat”, dit le texte.- Objections russes -Un avenir clairement rejeté par Israël. “Notre opposition à un Etat palestinien sur quelque territoire que ce soit n’a pas changé”, a insisté dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu.L’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Danny Danon, a insisté de son côté sur le retour des corps des trois derniers otages encore à Gaza et la “démilitarisation du Hamas”.Pour la France, qui a voté en faveur de cette résolution, elle “répond aux besoins les plus urgents des populations et permet de soutenir les efforts de paix en cours”. “Nous nous sommes assurés que le texte (…) inclue des éléments importants pour nous, et notamment des références à la perspective d’un État palestinien”, a ajouté une source diplomatique.Louis Charbonneau, de l’ONG Human Rights Watch, a insisté sur le fait que la résolution ne diminue en rien “l’obligation qu’ont Israël et ses alliés de se conformer au droit international humanitaire et aux droits humains”.La Russie, qui a fait circuler un texte concurrent, avait justifié cette initiative par le fait que la résolution américaine n’allait pas assez loin sur la perspective d’un Etat palestinien, affirmant un “engagement indéfectible” en faveur de la solution à deux Etats.L’ambassadeur russe, Vassili Nebenzia, a regretté que “le Conseil donne son aval à une initiative américaine sur la base de promesses de Washington, accordant le contrôle total de la bande de Gaza au Comité de la paix”.D’autres Etats membres ont exprimé des réticences, s’inquiétant d’un manque de clarté dans les mandats du Comité de la paix et de l’ISF.Face à ce qu’ils ont qualifié de “tentatives de semer la discorde”, les Etats-Unis avaient redoublé d’efforts ces derniers jours pour obtenir un feu vert.”Voter contre cette résolution, c’est voter pour un retour à la guerre”, a notamment lancé Mike Waltz avant le scrutin.Les Américains ont également mis en avant le soutien des pays arabes et musulmans (Qatar, Egypte, Emirats arabes unis, Arabie saoudite, Indonésie, Pakistan, Jordanie, Turquie).