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A New York, un espace pour rire sur l’immigration, défi dans un pays sous tension

“Est-ce qu’il y a d’autres immigrés dans la salle… ou est-ce qu’on s’en est débarrassé?”. La soirée vient à peine de commencer et Lucie Pohl donne déjà le ton. Des rires francs fusent parmi la quarantaine de personnes venues assister à l’édition mensuelle de l’”Immigrant Jam”, un spectacle de stand-up où tous les humoristes sont …

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En Italie, une détective des vergers sur les traces des fruits oubliés

Isabella Dalla Ragione parcourt les jardins et vergers abandonnés à la recherche de fruits oubliés. Son but: préserver le patrimoine agricole italien et sauver des variétés susceptibles d’aider les agriculteurs à faire face au changement climatique.Cette agronome italienne de 68 ans dispose d’une collection de pommes, poires, cerises, prunes, pêches et amandes cultivées selon des …

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Des robots “intelligents”: l’ambitieuse quête de l’IA matérielle

Des machines humanoïdes faisant la vaisselle et la lessive? C’est ce que développe l’entreprise tokyoïte Enactic, illustrant le nouveau Graal technologique: introduire l’intelligence artificielle (IA) dans le monde matériel sous forme de robots, voitures autonomes et autres gadgets.Après l’IA générative, “la prochaine vague, c’est l’IA matérielle (+physical AI+ en anglais): une IA qui comprend les lois de la physique, peut évoluer parmi nous” et saisit “comment percevoir le monde”, lançait l’an dernier Jensen Huang, patron du géant des puces Nvidia. Les mastodontes de la tech y investissent des sommes colossales et, selon des prévisions de la banque Morgan Stanley, le monde pourrait compter plus d’un milliard de robots humanoïdes d’ici 2050.L’engouement est renforcé par des vidéos montrant des androïdes avancés, souvent fabriqués en Chine, dansant ou tirant des objets lourds avec aisance.Au-delà de la promesse de majordomes robotiques dignes de la science-fiction, cette perspective suscite des inquiétudes concernant l’emploi, la vie privée et le délai avant que ces robots ne deviennent réellement utiles. Hiro Yamamoto, directeur général et cofondateur de 24 ans du japonais Enactic, assure qu’on en est proche. Alors que ses dispositifs d’entraînement à l’IA matérielle – des bras humanoïdes baptisés OpenArm – sont utilisés par Nvidia et des universités prestigieuses comme Stanford, Enactic prévoit de déployer ses robots dès l’été prochain. Ces derniers, encore en développement, devront “côtoyer des humains dans des environnements chaotiques aux conditions changeantes” comme les maisons de retraite, et seront dotés d'”une enveloppe extérieure souple” pour ne blesser personne, explique M. Yamamoto à l’AFP.- “Presque tous les rôles” -A Canton (sud de la Chine), une silhouette féminine aux allures d’escrimeuse avec son masque ovale, marche lentement sur scène sous les acclamations: c’est le dernier robot humanoïde du constructeur chinois de véhicules électriques XPeng.Des machines agiles fabriquées par des firmes américaines, comme les robots-chiens quadrupèdes de Boston Dynamics, ont déjà fait sensation. Mais l’appui de Pékin et des chaînes d’approvisionnement locales solides permettent aux groupes chinois, dont Unitree et EngineAI, d’avancer rapidement.”Je n’ai pas vraiment réfléchi au nombre de robots que nous vendrons chaque année dans dix ans, mais je pense que ce sera plus que de voitures”, assurait récemment à la presse le fondateur de XPeng, He Xiaopeng. Les robots IRON de XPeng marchent et dansent de manière autonome… mais leur capacité à manipuler des objets, exploit beaucoup plus complexe, n’est pas largement démontrée. Leurs doigts agiles et leur peau flexible ne devraient pas remplacer les ouvriers des usines chinoises de sitôt, reconnaît M. He. Le prix d’une main robotique, qu’il faudrait remplacer chaque mois en cas de travaux intensifs, couvrirait le salaire d’un ouvrier sur plusieurs années. Pourtant, avec suffisamment de données et d’entraînement, les robots humanoïdes dotés d’IA devraient un jour pouvoir remplir “presque tous les rôles” (nourrice, cuisinier, jardinier…), selon le président de XPeng, Brian Gu. – “Large fossé” -Si les outils d’IA générative comme ChatGPT sont entraînés sur des milliards de mots, les modèles d’IA matérielle doivent apprivoiser des éléments plus complexes: vision et relations spatiales entre les objets. Piloter à distance des robots pour leur apprendre à faire des gestes simples comme attraper une tasse “est de loin le moyen le plus fiable de collecter des données”, explique M. Yamamoto.Environ 50 démonstrations de chaque tâche sont nécessaires: pour ces tests, les bras humanoïdes d’Enactic sont pilotés à distance par un opérateur équipé d’un casque de réalité virtuelle.L’entreprise a approché des dizaines d’établissements de soins au Japon, pour que ses robots télé-opérés y prennent en charge les tâches ingrates, afin que les soignants se consacrent aux résidents âgés: cette expérience sur le terrain est censée entraîner ses modèles pour que les robots agissent ultérieurement de manière autonome. La start-up américano-norvégienne 1X adopte une approche similaire avec son assistant humanoïde NEO, dont elle prévoit l’arrivée dans les foyers américains dès l’année prochaine. NEO coûte 20.000 dollars, mais ses performances restent hésitantes, une vidéo montrant le robot peinant à fermer la porte d’un lave-vaisselle, même en mode téléopéré. Le géant japonais de l’investissement SoftBank a, lui, récemment racheté pour 5,4 milliards de dollars la division robotique de l’helvético-suédois ABB, qualifiant l’IA matérielle de “prochaine frontière”.Pour l’heure, il subsiste un “large fossé” entre les systèmes d’IA des robots et leurs capacités physiques, tempère Sara Adela Abad Guaman, professeure-assistante en robotique à l’University College de Londres.”La nature montre que pour s’adapter à un environnement, il faut avoir le corps adéquat”, explique-t-elle. “Au final, notre sens du toucher reste incomparable.”

Ukraine: quatre morts à Kiev dans une attaque russe d’ampleur sur des quartiers résidentiels

Une attaque russe massive a ciblé des quartiers résidentiels dans toute la ville de Kiev pendant la nuit faisant au moins quatre morts, ont annoncé vendredi les autorités ukrainiennes, tandis que Moscou a dit avoir détruit plus de 200 drones ukrainiens sur son territoire.”La Russie continue de terroriser les villes ukrainiennes (…) et les cibles principales de la Russie la nuit dernière étaient les zones résidentielles à Kiev et des installations énergétiques”, a déploré le président ukrainien Volodymyr Zelensky.Moscou a rétorqué, comme à son habitude, avoir visé “des installations du complexe militaro-industriel et énergétique” de l’Ukraine.La Russie pilonne quotidiennement les villes ukrainiennes depuis le début de son invasion de ce pays en février 2022, pire conflit armé en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.Selon l’armée de l’air ukrainienne, Moscou a tiré 430 drones et 19 missiles sur l’ensemble du pays, dont 405 drones et 14 missiles ont été abattus. “La principale cible était la ville de Kiev”, a-t-elle indiqué.Il s’agit d’une des pires attaques sur la capitale ukrainienne en terme de nombre de “missiles utilisés” par la Russie, selon le gouvernement. – Défense aérienne a “bien fonctionné -Quatre habitants ont été tués et une trentaine blessés, selon un dernier bilan officiel. “Presque chaque district” a été touché, a déploré le chef de l’administration militaire, Tymour Tkatchenko. Selon le ministre de l’Intérieur Igor Klymenko, les quatre victimes étaient des habitants d’un immeuble résidentiel de neuf étages. D’autres personnes pourraient encore se trouver sous les décombres, a-t-il dit.Une vingtaine de lieux ont été touchés à Kiev: des bâtiments résidentiels, un hôpital, la mission diplomatique d’Azerbaïdjan, des magasins et bureaux, a précisé le ministre.”Les Russes ont commencé à utiliser beaucoup plus de missiles balistiques, ce qui était très perceptible”, a commenté auprès l’AFP un haut responsable ukrainien s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. “Il est important que les systèmes de défense aérienne aient bien fonctionné”, en arrivant à abattre de nombreux missiles balistiques et aérobalistiques, très difficiles à détruire, s’est-il félicité. L’armée russe “combine” des tirs de ces missiles “avec des vagues de drones. Ce n’est pas facile à abattre. Mais nous apprendrons”, a assuré le responsable. Sept des dix districts de la ville ont été touchés par les frappes, selon les autorités municipales.Des journalistes de l’AFP ont entendu de fortes explosions dans le centre de Kiev pendant la nuit, et observé que les systèmes de défense aérienne avaient été activés.”Des sections des réseaux de chauffage ont été endommagées” entraînant des coupures, notamment dans le quartier Desniansky (nord-est), selon M. Tkatchenko. Oleksandr Markoushyn, maire d’Irpin, localité de la région de Kiev, a décrit une “nuit difficile” avec de “multiples (drones) shahed et missiles volant au dessus de la commune”, sur son compte Facebook.Dans le sud du pays, deux personnes ont été tuées et sept autres blessées vendredi matin sur un marché près d’Odessa, selon le gouverneur régional.- Drones ukrainiens -La Russie, dont les forces sont mieux équipées et plus nombreuses, continue d’avancer dans l’est de l’Ukraine et notamment dans la région de Donetsk où se concentre l’essentiel des combats récemment.En parallèle, Moscou multiplie depuis des semaines les bombardements sur les infrastructures civiles et énergétiques et le réseau ferroviaire ukrainiens, alors que les températures baissent à l’approche de l’hiver.Côté russe, les autorités ont annoncé avoir détruit pendant la nuit un grand nombre de drones ukrainiens, dont certains ont ciblé le port pétrolier de Novorossiisk sur la mer Noire, ainsi que les villes de Volgograd et Saratov.”Les systèmes de défense aérienne ont intercepté et détruit 216 drones ukrainiens”, dont 66 dans la région méridionale de Krasnodar et 59 au-dessus de la mer Noire, a indiqué le ministère sur Telegram.Une raffinerie de pétrole de Novorossiisk a été touchée par un incendie qui a été ensuite éteint et plusieurs immeubles résidentiels ont été endommagés par des fragments de drones, ainsi qu’un bateau civil, faisant quatre blessés au total, selon les autorités.Des attaques de drones ukrainiennes provoquent régulièrement des dégâts dans les secteurs pétrolier et gazier et sur des conduites destinées au transport des hydrocarbures, entraînant une hausse des prix du carburant.Les négociations de paix entre Kiev et Moscou sont au point mort, un sommet évoqué à Budapest entre les président américain Donald Trump et russe Vladimir Poutine n’ayant pas eu lieu.

Désastre écologique au Brésil: BHP jugé responsable par la justice britannique

La justice britannique a reconnu vendredi le géant minier australien BHP responsable de la rupture dévastatrice d’un barrage minier au Brésil en 2015, une décision très attendue qui ouvre la voie à des dizaines de milliards de livres de compensations.”BHP est strictement responsable en tant que +pollueur+ des dommages causés par l’effondrement”, écrit la Haute Cour de Londres dans sa décision, à l’issue d’un procès titanesque tenu entre octobre 2024 et mars 2025, qui a vu se succéder experts et victimes.La question des dommages et intérêts pour les 620.000 plaignants recensés doit maintenant faire l’objet un deuxième procès, pour l’instant prévu à partir d’octobre 2026.BHP avait deux sièges à l’époque des faits, dont un à Londres, ce qui explique cet énorme procès civil dans la capitale britannique.Le groupe a annoncé dans un communiqué son “intention de faire appel de cette décision”, considérant la procédure britannique “redondante par rapport aux réparations et compensations déjà effectuées au Brésil”.Cette décision “crée un précédent historique en matière de responsabilité internationale des entreprises”, se félicite pour sa part le cabinet Pogust Goodhead, qui représente les demandeurs. “Les victimes peuvent désormais demander des dommages-intérêts en Angleterre.”- Forêt tropicale protégée -Le 5 novembre 2015, la rupture du barrage de Fundao, près de la ville de Mariana, dans l’Etat du Minas Gerais (sud-est), avait entraîné une gigantesque coulée de boue de déchets toxiques qui s’était répandue sur 650 kilomètres le long d’un fleuve, le Rio Doce, jusqu’à l’océan Atlantique.Le barrage était exploité par Samarco, dont BHP et la compagnie brésilienne Vale étaient copropriétaires. Pour les avocats des victimes, BHP était au courant pratiquement dès le début du risque sérieux que représentait cette infrastructure.La catastrophe a provoqué 19 morts, privé plus de 600 personnes de leur foyer, tué des milliers d’animaux et dévasté des zones de forêt tropicale protégée.BHP, qui affirme que l’eau du fleuve a retrouvé sa qualité depuis les faits, avait reconnu une “tragédie” mais estime avoir démontré, lors du procès à Londres, qu’elle avait su “privilégier la sécurité et agir de manière responsable”.Elle considère en outre que la solution passe par un accord de réparation et de compensation à 170 milliards de reais (28 milliards d’euros) signé l’an dernier au Brésil.”Plus de 610.000 personnes ont déjà été indemnisées au Brésil, dont environ 240 000 plaignants de l’action collective au Royaume-Uni ayant signé des renonciations pour les demandes connexes”, a souligné vendredi l’entreprise dans son communiqué vendredi.- 36 milliards de livres -Mais la majorité des plaignants recensés lors du procès de Londres (dont 31 municipalités brésiliennes, des entreprises et plusieurs peuples autochtones) estiment ne pas être couverts par cet accord et espèrent obtenir davantage auprès de la justice britannique.Le cabinet Pogust Goodhead avait il y a deux ans évalué les sommes en jeu devant la justice britannique à quelque 36 milliards de livres (41 milliards d’euros), mais cela dépendra du nombre de plaignants acceptés.Vale et BHP ont par ailleurs été relaxés il y a un an sur le plan pénal par un tribunal brésilien, pour absence de preuves sur leur responsabilité dans la rupture du barrage, une décision contre laquelle les victimes s’étaient insurgées.”Au Brésil, justice n’a pas été rendue”, avait asséné en mars dernier auprès de l’AFP Pamela Fernandes, la mère d’Emanuele Vitoria, une petite fille de cinq ans qui a perdu la vie.Sans attendre cette première décision sur la responsabilité de BHP, la Haute Cour de Londres a déjà commencé à organiser la deuxième phase de cette procédure, pour déterminer les éventuels dommages et intérêts.Une autre procédure civile est par ailleurs en cours depuis 2024 devant la justice des Pays-Bas.

A New York, un espace pour rire sur l’immigration, défi dans un pays sous tension

“Est-ce qu’il y a d’autres immigrés dans la salle… ou est-ce qu’on s’en est débarrassé?”. La soirée vient à peine de commencer et Lucie Pohl donne déjà le ton. Des rires francs fusent parmi la quarantaine de personnes venues assister à l’édition mensuelle de l'”Immigrant Jam”, un spectacle de stand-up où tous les humoristes sont d’origine étrangère.Dernière à passer, Bianca Cristovao, née en République tchèque, regarde sa montre pour ne pas dépasser les minutes allouées pour son segment: “Combien de temps me reste-t-il… dans ce pays”, enchaîne-t-elle, déclenchant l’hilarité.Le durcissement de la politique migratoire des Etats-Unis et les expulsions de masse sous le second mandat de Donald Trump sont dans toutes les têtes.L’idée de cet événement pas comme les autres est venue à Lucie Pohl il y a plus de huit ans, après la première prise de fonction du milliardaire à la Maison Blanche.”Je me sentais triste et j’avais aussi un peu peur”, se souvient la trentenaire, “parce que je n’étais pas encore devenue citoyenne américaine” – elle l’est devenue en 2021.Et l’idée lui est venue “de créer un espace pour rendre hommage aux immigrés”, “un joyeux rassemblement, sans la peur”, raconte l’humoriste, arrivée d’Allemagne à l’âge de huit ans.L'”Immigrant Jam” a trouvé son public. Des immigrés eux-mêmes, pour partie, à l’image de la population de New York. Une Colombienne, un Bulgare ou une Israélienne sont ainsi venus, ce vendredi soir, au Caveat, petite salle du Lower East Side, à Manhattan.”Ce qu’ils disent sur leur vie aux Etats-Unis ressemble à ce que j’ai vécu”, explique Martin Calles, arrivé d’Argentine il y a 35 ans.”J’ai vu beaucoup de stand-up et c’est le spectacle qui me correspond le plus”, dit-il, constatant que beaucoup d’humoristes américains restent centrés sur leur quotidien.- “Rafraîchissant” -Le climat actuel “est un peu dur et épuisant, donc (ce spectacle) est vraiment rafraîchissant”, dit Carolina Ravassa, une spectatrice qui vient souvent. “C’est une très belle façon d’en parler.”Contactée par Lucie Pohl via les réseaux sociaux, l’humoriste Lakshmi Kopparam, d’origine indienne, n’a eu aucun mal à rejoindre la rotation d'”Immigrant Jam”, renouvelée d’une soirée à l’autre même si certains repassent régulièrement.”Mon matériel (anecdotes, blagues, chutes) était déjà tellement imprégné de ça que je n’ai rien eu à inventer”, dit celle qui est ingénieure informatique chez Amazon le jour.Visa, permis de séjour, naturalisation, différences culturelles, intégration… Chacun évoque son parcours sans jamais lâcher la veine de l’humour.”Je ne dis pas aux comédiens qu’ils doivent dire des choses sur l’immigration quand ils viennent ici”, précise Lucie Pohl, qui anime également le podcast “Immigrant Jam”. “Beaucoup en parlent, mais je pense que ce n’est pas conscient.”Au coeur de Manhattan la cosmopolite, qui vient d’élire un maire musulman et très marqué à gauche, les humoristes peuvent s’attendre à un public bienveillant et Lucie Pohl ne se souvient pas d’une remarque acerbe ou d’un incident.”C’est clairement un endroit où on se sent en sécurité”, abonde Bianca Cristovao, qui est souvent, lorsqu’elle se produit ailleurs, “la seule personne issue de l’immigration”.”J’ai l’impression que les gens comprennent un peu mieux mon histoire”, décrit-elle, et “aussi que je peux me permettre d’aller un peu plus loin quand je critique les Etats-Unis.”Lorsqu’un spectateur allemand explique à Lucie Pohl qu’il vient de s’installer aux Etats-Unis, l’humoriste lui répond, du tac au tac: “Pourquoi? Pour voir comment les gens pauvres vivent sans assurance santé?”.Mais les piques aux Américains ne sont jamais appuyées. La question se pose pourtant de savoir si cet humour est transposable ailleurs aux Etats-Unis, pays désormais très polarisé.”Peut-être pas dans des Etats républicains”, avance Carolina Ravassa, d’origine colombienne, “même s’ils se moquent surtout de leur pays d’origine ou de leur accent.”Pour Bianca Cristovao, qui est récemment devenue citoyenne des Etats-Unis, amener ces sujets à un public plus large pourrait avoir des vertus pédagogiques.”Beaucoup d’Américains ne savent pas exactement comment on devient Américain”, affirme-t-elle. “C’est un processus long et difficile et je pense que c’est important d’en faire prendre conscience.”

En Italie, une détective des vergers sur les traces des fruits oubliés

Isabella Dalla Ragione parcourt les jardins et vergers abandonnés à la recherche de fruits oubliés. Son but: préserver le patrimoine agricole italien et sauver des variétés susceptibles d’aider les agriculteurs à faire face au changement climatique.Cette agronome italienne de 68 ans dispose d’une collection de pommes, poires, cerises, prunes, pêches et amandes cultivées selon des méthodes ancestrales, plus résistantes aux variations climatiques extrêmes qui se multiplient dans le sud de la Méditerranée. A la manière d’un détective, elle traque les descriptions de fruits locaux d’antan dans les journaux intimes et documents agricoles vieux de plusieurs siècles, et part à leur recherche.Parmi les quelque 150 variétés collectées en Toscane, Ombrie, Émilie-Romagne ainsi que dans les Marches, et cultivées par sa fondation à but non lucratif Archeologia Arborea, la petite poire florentine ronde compte parmi ses préférées.”J’en avais trouvé la description dans des documents du XVIe siècle, mais je ne l’avais jamais vue et je la croyais disparue”, confie à l’AFP cette femme aux cheveux blancs et aux lunettes rectangulaires.”Puis, il y a quinze ans, dans les montagnes entre l’Ombrie et les Marches, j’ai découvert un arbre presque au cœur des bois”, grâce au signalement d’une habitante, ajoute-t-elle.Si les variétés anciennes sont savoureuses, la plupart ont disparu des marchés et des tables après la Seconde Guerre mondiale avec la modernisation du système agricole italien.- Diversité génétique -L’Italie est un important producteur de fruits: pour les poires, elle se classe première en Europe et troisième au niveau mondial, mais sa production est assurée à plus de 80% par cinq variétés étrangères. “Autrefois, il y avait des centaines, voire des milliers de variétés, car chaque région, chaque vallée, chaque lieu avait les siennes”, explique Mme Dalla Ragione, montrant des paniers en osier remplis de fruits, entreposés dans une petite église près du verger. Les marchés modernes exigent désormais de grosses récoltes de fruits pouvant être cueillis rapidement, stockés facilement et conservés longtemps. Mais face aux défis croissants posés par le réchauffement climatique, les experts insistent sur l’importance d’une plus grande diversité génétique parmi les végétaux. Les variétés anciennes “sont capables de s’adapter au changement climatique, aux pénuries d’eau plus graves, aux températures extrêmes”, explique à l’AFP Mario Marino, de la division Changement climatique de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), basée à Rome.Mais les modernes sont plus résistantes aux maladies graves car elles ont été modifiées pour cela. Selon lui, la solution réside dans la création de nouvelles variétés par croisement de modernes et d’anciennes.Pour M. Marino, le travail de Mme Dalla Ragione, dont il conseille la fondation, était “urgent” car “préserver le patrimoine, c’est préserver la terre, la biodiversité… et nous permettre d’utiliser cet ADN pour de nouvelles ressources génétiques”. – Témoignage oral -Mme Dalla Ragione met sa collection à disposition des chercheurs et recrée des jardins historiques pouvant accueillir des variétés restaurées dans le cadre d’un projet financé par l’Union européenne.”Nous ne menons pas tous ces travaux de recherche et de conservation par nostalgie ou par romantisme”, souligne-t-elle en récoltant des pommes roses sur ses arbres dans le hameau vallonné de San Lorenzo di Lerchi, en Ombrie.”Nous le faisons parce que la perte de variété entraîne une perte de sécurité alimentaire, de biodiversité et de capacité d’adaptation du système, et nous perdons aussi beaucoup sur le plan culturel.”Elle-même fille d’un collectionneur, elle tente de percer les mystères des fruits dans les vergers des monastères et les jardins familiaux, en épluchant des textes locaux des XVIe et XVIIe siècles. Un jour, elle a retrouvé la trace d’une poire dans un village du sud de l’Ombrie après en avoir lu la mention dans le journal d’un chef d’orchestre. Mais l’une de ses sources les plus précieuses sur la meilleure façon de cultiver ces variétés reste le témoignage oral. Et avec la disparition de la dernière génération d’agriculteurs qui cultivaient ces fruits, une grande partie du savoir local se perd. Cela a compliqué la répartition de son temps entre recherche et découverte de nouvelles variétés, même si elle a appris à ses dépens que l’urgence “est toujours de sauver” ces dernières.”Par le passé, j’ai pu repousser l’échéance à l’année suivante, pour finalement constater que la plante avait disparu” entretemps, souligne-t-elle.

Un “Emmaüs de la mer” à la recherche de trésors recyclables dans les cimetières de bateaux

Aux portes de la Camargue, des dizaines de coques percées, recouvertes de lichen, gisent sur un terrain vague au fond d’un port. Un cimetière de bateaux devenu le terrain de jeu d’une association qui recycle des pièces de navires de plaisance voués à la casse.”On est des pilleurs d’épaves”, lâche en souriant Guillaume Delaunay, l’un des trois bénévoles de La Tribu Maritime, affairé à dévisser un vieux tableau de bord qu’il imagine déjà en jouet pour enfants.Cette petite association, active sur la façade méditerranéenne, explore les bateaux promis à la destruction pour y dénicher des pièces détachées réutilisables ou recyclables qu’elle revend depuis peu à des particuliers, tel un “Emmaüs de la mer”.Elle est l’une des rares ressourceries en France spécialisée dans le matériel maritime et nautique, avec la Recyclerie Maritime au Croisic (Loire-Atlantique).Depuis janvier, elle estime avoir permis d’éviter 3,3 tonnes de déchets en intervenant en amont de la déconstruction des navires. Environ un tiers provient du cimetière de port Napoléon, à Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône), avec qui l’association a signé un partenariat. Le reste a été récupéré sur les bateaux de propriétaires volontaires.Ce jour-là, la collecte est fructueuse: trois portes en bois exotique, des caillebotis et deux longs hublots en métal, “réutilisables sur un bateau, mais aussi dans un camping-car ou même une salle de bain…”, s’enthousiasme le co-fondateur de La Tribu, Thomas Bekkers.Conséquence de l’essor de la navigation de plaisance depuis les années 1950, la France compterait actuellement quelque 150.000 bateaux en fin de vie, selon le site du ministère de la Transition écologique, citant des chiffres de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).Au port Napoléon, le directeur Emmanuel Juste voit les épaves s’accumuler depuis son arrivée, il y a huit ans. Un “empêchement à son activité économique” selon lui, puisque sur 1.000 places à sec (et 250 à flot), 50 bateaux ont déjà acquis le statut d’épave et 20 à 50 sont en passe de l’acquérir.Un navire de plaisance “est vendu neuf, donc cher, à quelqu’un qui en a les moyens. Puis il est revendu d’occasion (…) à des propriétaires qui ont de moins en moins les moyens. Et avec le temps, le bateau se dégrade. Au bout de 40 ans, les propriétaires ne peuvent plus assumer le rattrapage des travaux coûteux”, analyse-t-il.  Ces navires deviennent d’abord des “bateaux ventouses”: ils ne naviguent plus, se détériorent lentement, puis finissent souvent abandonnés à la suite d’un événement de la vie, comme un décès ou une faillite.- 5 euros le compas de navigation -Or pendant longtemps, ce stock d’épaves n’a pas été anticipé, regrette M. Juste, car ce n’est que depuis 2019 que la déconstruction des bateaux de plaisance est gratuite pour les propriétaires.Gérée par l’APER (Association pour la Plaisance Eco–Responsable), éco-organisme labellisé, la filière de déconstruction, qui applique le principe de “pollueur-payeur”, est financée par une éco-contribution sur la vente de bateaux neufs.Depuis 2019, plus de 13.100 bateaux ont été détruits, dont 2.500 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, selon les chiffres de l’APER, qui a signé une convention avec La Tribu Maritime fin 2024 pour développer la filière du réemploi. Reste, pour le directeur de port Napoléon, le problème des coûts non pris en charge: le transport jusqu’au centre de déconstruction – jusqu’à 10.000 euros pour les plus grands navires – et surtout la destruction des bateaux sous pavillon étranger – environ 1.000 euros la tonne. Alors “chaque kilo recyclé, ce sont des coûts en moins”, assure Emmanuel Juste. D’où l’intérêt pour tous de développer cette filière.Un constat partagé par les plaisanciers venus chiner de bonnes affaires vendredi à la ressourcerie ouverte fin octobre par La Tribu, à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Oscar Damaso, éducateur spécialisé proche de la retraite et co-fondateur de l’association, accueille dans le petit hangar spartiate.À la recherche d’un nouveau compas vertical pour leur bateau, Peggy Barroso et son amie lorgnent sur le prix scotché sur le bac: cinq euros. “Neuf, ça coûte entre 100 et 150 euros”.

Après l’amende géante de l’UE, Google propose des engagements pour éviter une scission

Google a proposé à l’UE des mesures visant à éviter une scission de ses activités dans la publicité en ligne, après la lourde amende qui lui avait été infligée par Bruxelles en septembre pour abus de position dominante, a annoncé vendredi le groupe américain.Dans ce dossier dit “Google Adtech”, le géant de la tech avait jusqu’à cette semaine pour proposer des mesures permettant de mettre un terme définitif à des atteintes à la concurrence, qui lui ont valu d’être sanctionné à hauteur de 2,95 milliards d’euros.Tout en continuant de contester la décision de l’UE, contre laquelle il entend faire appel, Google a écarté, comme le groupe l’avait toujours fait jusqu’ici, la solution la plus radicale pour rétablir les conditions d’une concurrence loyale: la vente de tout ou partie des activités en cause, qui auraient entraîné de fait une scission du groupe.Reste maintenant à voir si Bruxelles acceptera les engagements détaillés de Google.”Nous allons analyser les mesures proposées par Google, pour vérifier si elles pourraient mettre fin” aux pratiques dénoncées et aux conflits d’intérêt inhérents à ses activités, a précisé une porte-parole de la Commission.Bruxelles avait opté en septembre pour une amende de près de 3 milliards d’euros pour sanctionner le groupe, estimant qu’il avait abusé de sa position dominante dans la pub en ligne, mais sans aller jusqu’à lui ordonner une scission pure et simple.Cependant, la Commission n’avait pas exclu d’exiger une telle mesure si les engagements du groupe pour remédier aux atteintes à la concurrence ne lui convenaient pas, et avait donné 60 jours à Google pour lui faire des propositions.Google est dans le collimateur de Bruxelles en raison de ses agissements présumés dans plusieurs segments du secteur de la publicité en ligne. Le groupe propose plusieurs services qui jouent les intermédiaires entre les annonceurs et les sites web: AdX, plateforme dédiée à l’achat et la vente d’espaces publicitaires, DFP (DoubleClick for publishers), service pour les sites et apps diffusant des publicités, et Google Ads/DV 360, outils destinés aux annonceurs.- Critiques de Trump -Or, la Commission estime que DFP, Google Ads et DV 360, commettent des abus de position dominante notamment en favorisant AdX par rapport aux plateformes rivales.”Notre proposition répond pleinement à la décision de la Commission, sans avoir recours à une scission disruptive, qui porterait atteinte aux milliers d’annonceurs et diffuseurs de publicités qui utilisent les outils de Google pour développer leur activité”, a assuré un porte-parole du groupe américain.Cela mêle des changements “immédiats” pour mettre un terme aux pratiques sanctionnées, et des “mesures importantes” contre les conflits d’intérêts allégués par Bruxelles, précise le groupe.Le président américain Donald Trump s’en était pris à l’UE pour l’amende infligée en septembre qu’il avait qualifiée d'”injuste”, mais le groupe fait face aux mêmes accusations d’abus de position dominante de la part du gouvernement américain, lors d’un procès qui se déroule en ce moment aux Etats-Unis.Lors d’une audience fin septembre devant une cour fédérale de Virginie, Google a proposé de changer ses pratiques commerciales, sans en passer là aussi par une cession qu’il considère comme trop radicale. Les plaidoieries finales sont prévues lundi, et le jugement dans ce procès américain est attendu dans les semaines ou les mois qui viennent.Dans une autre affaire antitrust retentissante, le groupe a déjà échappé cette année à une scission de son navigateur Chrome, qui était pourtant réclamée par le gouvernement américain.Par ailleurs, la Commission a ouvert jeudi une nouvelle enquête contre Google, dans un tout autre domaine, le soupçonnant cette fois de pénaliser certaines sites d’information dans les résultats de son moteur de recherche, se dont le groupe se défend.