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Violences policières: derrière l’IGPN, l’opacité des enquêtes locales dénoncée par une ONG

Dénonçant un système où “ce sont les potes” qui enquêtent sur leurs propres collègues, Vanessa Langard, le visage brisé par un tir de LBD, incarne l’opacité des “trous noirs” administratifs épinglés mardi par Flagrant déni: selon cette ONG, la majorité des dossiers échappent à la “police des polices”.L’attention médiatique et politique se focalise souvent sur l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Pourtant, selon ce rapport basé sur des données inédites, l’inspection nationale ne traite qu’environ 10% des enquêtes pénales visant des policiers.”L’IGPN a tendance à capter la lumière”, analyse Lionel Perrin, co-auteur du rapport pour Flagrant déni. “Mais derrière, il y a la part immergée, celle où l’IGPN sous-traite les dossiers.”Ces 90% restants atterrissent sur les bureaux de services de police judiciaire classiques ou de “cellules de déontologie” départementales. Ces structures, dont l’appellation varie d’une ville à l’autre, sont décrites par l’ONG comme des “objets administratifs non identifiés”.”Ce sont un peu comme des trous noirs dans l’espace : ils absorbent la lumière et ne restituent aucune information, aucune statistique”, a déploré M. Perrin lors d’une conférence de presse mardi.- “Machine à valider” -Le problème soulevé n’est pas seulement l’opacité, mais la hiérarchie. Ces cellules sont placées sous l’autorité directe des Directeurs départementaux de la police nationale (DDPN).”Sur le plan vertical, le supérieur hiérarchique du policier qui fait l’enquête est aussi le supérieur du policier mis en cause”, dénonce Lionel Perrin, soulignant une situation “interdite par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme”.Cette proximité organique entre enquêteurs et enquêtés a des conséquences judiciaires lourdes, selon les acteurs de terrain.”C’est une machine à valider, à justifier, à blanchir les policiers”, tranche Me Mohamed Jaite, président de la section parisienne du Syndicat des avocats de France (SAF).Pour l’avocat, si l’enquête initiale est biaisée, la suite est compromise : “Le juge, par la suite, ne fait que valider ce qui a été fait par les policiers”.Le rapport établit une corrélation entre cette organisation et l’efficacité des investigations. Alors que le nombre d’affaires de violences impliquant des dépositaires de l’autorité publique a augmenté de 59% depuis 2016, le taux d’élucidation a chuté de 25%.”L’autorité judiciaire est deux fois moins capable de retrouver les auteurs quand il s’agit de policiers” que pour d’autres types de délinquance, pointe Lionel Perrin.- “Affaires sensibles” -Sollicitée par l’AFP, la Direction générale de la police nationale (DGPN) conteste cette lecture, rappelant qu’une circulaire de 2014 prévoit que l’IGPN se concentre sur “les affaires les plus graves et les plus sensibles”.”Le taux d’élucidation global pour les affaires de violences traitées par l’IGPN sur les trois dernières années se situe dans une fourchette comprise entre 95 et 100%”, fait valoir la DGPN.Concernant les enquêtes locales, la police nationale assure qu’elles sont “naturellement dirigées par les magistrats de l’ordre judiciaire” qui “veillent à leur bon déroulé”.Pour les victimes, la réalité des chiffres se traduit par un parcours du combattant. Mélanie N’goye-Gaham, blessée en 2019 lors d’une manifestation, déplore pour sa part une enquête IGPN qui “a donné zéro”, alors qu’une juge a par la suite identifié deux tireurs dans le même dossier.”Recevoir un classement sans suite, c’est un deuxième coup”, témoigne-t-elle.”On n’a toujours pas de statut de victime, on n’existe pas. On est des numéros”, abonde à ses côtés Vanessa Langard, blessée en 2018 sur les Champs-Élysées à Paris.Face à ce qu’elle qualifie de “scandale judiciaire”, l’ONG ne croit plus à une autorégulation de l’institution.”La balle est dans le camp parlementaire”, conclut Lionel Perrin, qui appelle à une commission d’enquête pour aboutir à une loi créant un organe de contrôle totalement indépendant.Plusieurs parlementaires de gauche (Danièle Obono, Thomas Portes, Sandra Regol, Corinne Narassiguin) assistaient aux échanges, ainsi que Céline Roux, adjointe de la Défenseure des droits.Présent dans la salle, le député LFI Abdelkader Lahmar a salué cette libération de la parole sur un sujet où les victimes étaient “complètement invisibles” il y a 40 ans, se disant prêt à “creuser” la piste législative.

Budget: Lecornu et ses soutiens critiquent la copie actuelle, promise au rejet en cas de vote

Des taxes déconnectées de “l’économie réelle” et une copie emprunte d'”insincérité”: le gouvernement et ses soutiens à l’Assemblée nationale critiquent sévèrement la version du projet de budget de l’Etat 2026 sur la table des députés, promise à un rejet en l’absence du soutien du bloc central.Lundi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a tenté de rassurer le monde de l’entreprise au sommet Choose France: certaines taxes votées en première lecture à l’Assemblée nationale “n’auront jamais d’application”. Et le chef du gouvernement de pointer des “aspirations à la justice fiscale ou sociale” qui “se déconnectent complètement de l’économie réelle”.Mardi, son entourage vend la mèche. Les groupes du camp gouvernemental à l’Assemblée lui ont signifié que même eux ne pourraient pas voter la partie recettes du projet de budget de l’État pour 2026, invoquant l'”insincérité” de mesures adoptées.Si ces groupes ont affirmé vouloir “un compromis” lors de la navette parlementaire, selon l’entourage du Premier ministre, ils devraient donc osciller entre abstentions et vote contre sur la partie recettes à l’Assemblée nationale d’ici à dimanche. En réunion de groupe, le patron des députés LR Laurent Wauquiez a annoncé son rejet du texte: “On ne peut pas voter ce budget (…) vu toutes les horreurs fiscales” qu’il contient, a déclaré le député de Haute-Loire.   Dans le viseur du socle commun plusieurs mesures fiscales, notamment une taxe sur les multinationales adoptée à l’initiative de LFI. Elle “n’existe pas” faute d’assiette réelle, a affirmé M. Lecornu, mais une large partie du camp gouvernemental souhaite quand même qu’elle soit évacuée.A ce stade, l’Assemblée doit encore écluser plus d’un millier d’amendements sur cette partie recettes.Si le gouvernement a d’ores et déjà acté qu’un vote sur les dépenses ne serait pas possible, un vote sur cette première partie est encore envisageable. Il devra quoiqu’il arrive intervenir avant dimanche minuit, le gouvernement pouvant alors envoyer tout le texte au Sénat sans vote, avec les amendements adoptés. – “Texte orphelin” -En cas de rejet, hypothèse extrêmement probable puisque ni les oppositions ni la majorité ne s’y retrouvent, c’est le texte initial du gouvernement qui irait au Sénat.Pour les socialistes, qui ont fait le pari de la non-censure en espérant faire pencher le budget suffisamment à gauche, la copie actuelle est également insuffisante.Les députés ont tout de même voté un réindexation du barème de l’impôt sur le revenu, doublé la “taxe Gafam” ou encore revu à la hausse l’impôt sur les sociétés.Mais il n’y a “pas assez de justice fiscale”, notamment “sur le patrimoine”, pointe le député PS Philippe Brun.”Je ne vois pas une majorité se dégager. C’est pas la somme du compromis, c’est la somme de toutes nos envies. C’est un texte un peu orphelin de responsabilité”, a résumé lundi sur LCP Marc Fesneau, patron du groupe MoDem.Quelle que soit la version envoyée ou sortant du Sénat, le problème de majorité à l’Assemblée nationale se reposera tôt ou tard sur ce budget de l’Etat. Car le PS envisage pour le moment une abstention au maximum, qui ne suffirait pas à elle seule pour faire passer le texte. Une position qui échaude le camp gouvernemental, mécontent des concessions accordées sans garantie. Et les cadres du bloc central, comme ceux de l’opposition sont aujourd’hui peu optimistes.”Le plus probable c’est qu’on n’ait pas de budget de l’Etat voté en décembre, une loi spéciale pour reconduire celui de 2025, et un nouveau budget soumis en janvier-février”, résume l’un d’eux.Un cadre macroniste estime possible un compromis sur le budget de la Sécurité sociale, qui contient une suspension de la réforme des retraites susceptible de sécuriser suffisamment d’abstentions à gauche. Mais pas sur le budget de l’Etat, qu’il imagine passer par un 49.3 en février. Sébastien Lecornu a affirmé souhaiter un compromis “avant” fin décembre, “parce que s’il n’y a pas de budget, ce sera un mauvais compromis en gestion de crise plus tard”. Quant à Emmanuel Macron, il a pris position lundi sur ses réseaux sociaux: “Est-ce que je suis satisfait tous les jours de ce qui est voté au Parlement? Non, mais est ce que je pense que la stabilité politique est nécessaire et la recherche de compromis indispensable? Oui.”

Tensions avec Pékin: Tokyo appelle ses ressortissants en Chine à la prudence

Le Japon a appelé ses ressortissants en Chine à la prudence, dans un contexte de tensions entre les deux pays depuis des déclarations de la Première ministre nippone Sanae Takaichi concernant Taïwan, île que Pékin revendique.”Lors de vos déplacements, soyez particulièrement attentifs à votre environnement, notamment à la présence éventuelle d’individus suspects. Essayez autant que possible de vous déplacer en groupe”, met en garde un communiqué publié lundi sur le site de l’ambassade du Japon à Pékin.”Evitez autant que possible les lieux très fréquentés ou ceux susceptibles d’être identifiés comme fréquentés par des Japonais”, ajoute le document.Le porte-parole du gouvernement japonais Minoru Kihara a déclaré mardi que ces recommandations avaient été émises “sur la base d’une évaluation globale de la situation politique, y compris de la situation sécuritaire dans le pays ou la région concernée, ainsi que des conditions sociales”.A l’origine de la crise, des propos de la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi, qui a déclaré le 7 novembre que des attaques armées contre Taïwan pourraient justifier l’envoi de troupes japonaises pour défendre l’île, au titre de la “légitime défense collective” prévue par une loi japonaise adoptée en 2015.Ces déclarations ont été interprétées comme l’indication qu’une attaque contre Taïwan – île dont Pékin revendique la souveraineté – pourrait justifier un soutien militaire de Tokyo à Taipei. Taïwan ne se situe qu’à une centaine de kilomètres de l’île japonaise la plus proche.L’ambassade de Chine à Tokyo a jugé ces propos “ouvertement provocateurs”, estimant qu’ils “nuisaient gravement au climat des échanges entre les peuples”.Et dans un message sur X, supprimé depuis, le consul général de Chine à Osaka, Xue Jian, avait menacé de “couper cette sale tête sans la moindre hésitation” en évoquant le discours de Mme Takaichi. Dans la foulée, Tokyo et Pékin avaient convoqué la semaine dernière leurs ambassadeurs respectifs.- Interdépendance -Pour tenter d’apaiser les tensions, Masaaki Kanai, haut responsable du ministère japonais des Affaires étrangères pour la région Asie-Pacifique, s’est rendu mardi au ministère chinois des Affaires étrangères à Pékin. Il a rencontré son homologue Liu Jinsong, qui a réitéré les “vigoureuses protestations” de Pékin sur “les propos erronés sur la Chine tenus par la Première ministre japonaise”, a indiqué une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.Le haut responsable japonais a pour sa part “fortement exhorté (la Chine) à prendre des mesures appropriées”, affirmant que “l’ordre public au Japon ne s’était en aucun cas détérioré”, selon la déclaration du ministère japonais des Affaires étrangères.Ce regain de tension fait craindre de graves conséquences économiques pour les deux puissances.Pékin a ainsi appelé les citoyens chinois à éviter de se rendre au Japon, provoquant lundi la chute des actions nippones en Bourse liées au tourisme et à la distribution.Li Hanming, un analyste du secteur aérien, a déclaré mardi à l’AFP qu’environ 500.000 billets d’avion entre la Chine et le Japon avaient été annulés selon lui depuis le 15 novembre.Pékin a aussi fait suspendre la sortie d’au moins deux films japonais dans ses cinémas: “Crayon Shin-chan the Movie: Super Hot! The Spicy Kasukabe Dancers” et “Les Brigades immunitaires”, a rapporté le journal China Film News, supervisé par un organisme officiel chinois.La Chine est la première source de visiteurs étrangers du Japon, qui a accueilli sur les neuf premiers mois de 2025 quelque 7,5 millions de visiteurs chinois, selon des chiffres officiels nippons, soit une envolée de 42% sur un an, et un quart du total des touristes étrangers. Attirés par un yen faible, ils ont dépensé l’équivalent de 3,28 milliards d’euros au troisième trimestre.Avant de prendre ses fonctions le 21 octobre, Mme Takaichi était considérée comme une ultraconservatrice, un “faucon” à l’égard de Pékin et elle se rendait régulièrement au sanctuaire Yasukuni, qui honore notamment plusieurs criminels de guerre de la Seconde Guerre mondiale.La Chine qualifie de telles visites de “provocations graves”.

TotalEnergies visé par une plainte pour “complicité de crimes de guerre” au Mozambique

TotalEnergies est visé à Paris par une plainte pour “complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées” au Mozambique, pour des faits datant de 2021 sur le site de son méga-projet gazier qui était alors à l’arrêt, a appris mardi l’AFP de l’ONG plaignante.L’association allemande European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) accuse …

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En Ukraine, le travail de Sisyphe des ingénieurs d’une centrale électrique

Frappée, réparée, frappée à nouveau… Dans cette centrale électrique ukrainienne, le travail des ingénieurs ne s’arrête jamais face aux bombardements russes, qui réduisent périodiquement à néant leurs efforts de réparation. Une “punition” qui est aussi vécue comme un défi.Cette installation de l’opérateur privé DTEK, où l’AFP a pu se rendre dans le cadre d’une visite …

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Après le passage de l’ouragan Melissa à Cuba, le difficile travail de reconstruction

Trois semaines après le passage de l’ouragan Melissa dans la localité d’El Cobre, dans l’est de Cuba, Rosa Cintra, 80 ans, vient tout juste de retrouver sa maison, une cabane qu’elle a reconstruite en récupérant des planches et des tôles. Mais beaucoup reste à faire pour que les habitants des provinces orientales de l’île retrouvent un …

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Les civelles en danger, un marché opaque qui profite aux gangs haïtiens

Pêchés pour quelques billets dans l’embouchure des rivières d’Haïti, les bébés anguilles s’exportent pour des milliers de fois plus. Et dans un pays gangréné par les gangs, ce secteur très lucratif, dopé par la demande asiatique pour cette espèce menacée, profite aux réseaux criminels, selon des experts.Appelées zangi ou tizangi en créole haïtien, les civelles, …

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Le Conseil de sécurité de l’ONU vote pour une force internationale à Gaza

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté lundi pour le plan de paix de Donald Trump à Gaza, prévoyant en particulier le déploiement d’une force internationale, sous la pression des Etats-Unis qui mettaient en garde contre le risque d’une reprise de la guerre.Treize de ses membres se sont prononcés en faveur de la résolution. …

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Le Congrès américain ouvre un nouveau chapitre dans l’affaire Epstein

La Chambre américaine des représentants doit voter mardi sur un texte pour forcer l’administration Trump à plus de transparence dans l’affaire Epstein. Un scrutin en forme de défi envers le président républicain, qui a exercé de fortes pressions pour l’empêcher avant de devoir renoncer.La proposition de loi vise à ordonner au ministère de la Justice “de publier tous les documents et archives” en sa possession concernant le financier new-yorkais, mort en prison en 2019 avant son procès pour crimes sexuels.Après avoir mené pendant des semaines une véritable campagne publique et en coulisses pour contrecarrer la tenue de ce vote à la Chambre, Donald Trump a fait volte-face dimanche en y apportant finalement son soutien.”Nous n’avons rien à cacher”, a lancé le président qui s’est encore insurgé cependant contre ce qu’il considère comme un “canular” monté par l’opposition, affirmant encore lundi que les républicains n’avaient “rien à voir avec Epstein”, alors que “les démocrates, oui, tous ses amis étaient démocrates”.Son changement de position est intervenu alors que l’un des auteurs de la proposition de loi, l’élu républicain Thomas Massie, a affirmé au cours du week-end s’attendre à ce que “100 ou plus” de ses collègues de la majorité se joignent à lui en faveur de ce texte.- “Transparence totale” -“En tant que victime, je vous supplie de publier ces documents une bonne fois pour toutes”, a plaidé Alicia Arden lors d’une conférence de presse lundi à Los Angeles. Cette ancienne mannequin accusait Jeffrey Epstein de l’avoir agressée sexuellement en 1997 dans un hôtel de Californie.Pour le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, les victimes de Jeffrey Epstein et les Américains “méritent une transparence totale” dans cette affaire.”Cette semaine, la Chambre va agir de manière décisive, le Sénat doit agir, et Donald Trump doit juste s’écarter et laisser le sort en décider”, a-t-il exhorté depuis le Capitole.Car après son adoption probable à la Chambre, la proposition de loi se dirigera vers le Sénat, sans certitude cependant que le chef républicain de la majorité, John Thune, ne décide de le soumettre au vote. Une telle décision exposerait cependant le camp présidentiel, et la Maison Blanche en particulier, à des critiques renouvelées sur sa gestion du dossier Epstein.Après avoir promis à ses partisans durant sa campagne des révélations fracassantes, Donald Trump fait tout pour éteindre la polémique depuis son retour au pouvoir, provoquant l’incompréhension et la colère jusque dans son mouvement “MAGA”.L’affaire avait été encore relancée la semaine dernière par la publication de courriers électroniques du financier new-yorkais, au carnet d’adresses particulièrement bien rempli.Larry Summers, ministre des Finances sous Bill Clinton devenu président de l’université Harvard, a annoncé lundi se retirer de la vie publique après la publication de sa correspondance électronique M. Epstein.- “Ecran de fumée” -Dans d’autres emails dévoilés par des parlementaires démocrates, Jeffrey Epstein affirme que Donald Trump “savait à propos des filles” agressées sexuellement et qu’il avait même “passé plusieurs heures” avec l’une d’elles.Le financier était proche du milliardaire républicain à partir de la fin des années 1980, quand les deux hommes d’affaires étaient des figures de la jet-set new-yorkaise, avant leur brouille au début des années 2000.Mais le président américain, qui n’a jamais été inquiété par la justice dans cette affaire, a assuré vendredi ne rien savoir de cela.Le républicain a également contre-attaqué en réclamant une enquête sur la relation entre Jeffrey Epstein et certaines personnalités démocrates dont Bill Clinton.Thomas Massie, fréquent critique de Donald Trump, avait exprimé dimanche son inquiétude face à l’annonce du président.”Si des enquêtes sont en cours dans certains domaines, ces documents ne peuvent pas être publiés”, avait déclaré l’élu républicain sur ABC News.”Donc ça pourrait être un écran de fumée, ces enquêtes: en ouvrir un certain nombre comme tentative de la dernière chance pour empêcher la publication du dossier Epstein”, avait-il ajouté.En amont du scrutin, Thomas Massie a aussi lancé un avertissement aux élus qui seraient tentés de voter contre sa proposition de loi: “Les traces de ce vote survivront au-delà de la présidence de Donald Trump”.

Trump reçoit le prince héritier saoudien avec tous les égards

Donald Trump reçoit mardi en grande pompe le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qu’il espère convaincre de normaliser les relations avec Israël, pour sa première visite à Washington depuis l’assassinat retentissant en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi.Loin de la froideur de son prédécesseur Joe Biden qui promettait de traiter le prince en “paria”, Donald Trump affiche avec lui une franche complicité et lui offre un spectaculaire retour en grâce.Outre la signature d’un accord-cadre sur le nucléaire civil, Donald Trump a promis d’accéder à sa très sensible demande d’avions de combat. “Nous vendrons des F-35” à Ryad, a déclaré lundi le président américain.Mohammed ben Salmane (“MBS”) gouverne de facto le royaume, même si son père, le roi Salmane, reste le souverain en titre. La Maison Blanche prévoit pour autant un accueil digne d’un chef d’Etat, avec coups de canon et dîner de gala.- “Honneur” -C’est “plus qu’une rencontre”, a insisté Donald Trump, souhaitant “faire honneur” à cet allié incontournable dans la région.En octobre 2018, les liens bilatéraux étaient en lambeaux après la mort de Jamal Khashoggi. Ce journaliste résidant aux Etats-Unis, critique du pouvoir saoudien après en avoir été proche, avait été assassiné dans le consulat saoudien à Istanbul par des agents venus d’Arabie saoudite.Son corps, démembré, n’a jamais été retrouvé. Directement mis en cause par les services américains, MBS n’a jamais été visé par les sanctions de Washington.La veuve du journaliste a jugé la rencontre de mardi “trés douloureuse”. Dans une interview à CNN, Hanan Elatr Khashoggi a indiqué avoir demandé à Donald Trump qu’il l’aide à obtenir un règlement financier avec Ryad dans ce dossier. “Pour le moment, je n’ai pas reçu de réponse”.De fait, la raison d’Etat a relégué le dossier à l’arrière plan. En mai déjà, MBS avait reçu le chef d’Etat américain avec faste, promettant des investissements de 600 milliards de dollars aux Etats-Unis.Mais il n’a pas accédé jusqu’ici à la priorité absolue de Donald Trump: signer les accords d’Abraham, par lequel des pays arabes ont reconnu Israël pendant son premier mandat. Le président américain répète que le royaume est proche de s’y joindre. Mais la guerre dans la bande de Gaza rend la perspective incertaine. Ryad exige d’abord des progrès vers la création d’un Etat palestinien, dont Israël ne veut pas. Lundi, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté une résolution mentionnant “un chemin crédible vers une autodétermination palestinienne et un statut d’Etat”.- Garanties de défense -Mohammed ben Salmane vient pour sa part chercher des garanties américaines de défense, encouragé par l’exemple du Qatar : Doha, après avoir subi des frappes israéliennes, a obtenu un engagement américain à le protéger en cas de nouvelle attaque.Outre les F-35, dont seul Israël dispose au Moyen-Orient, le royaume veut se procurer des puces américaines sophistiquées et dont l’exportation est sévèrement encadrée. Très dépendant du pétrole, il en a besoin pour développer ses projets d’intelligence artificielle dans le cadre d’un ambitieux programme de transformation économique.Pour les chasseurs comme pour les puces, Washington devrait réclamer que la Chine, dont les Saoudiens sont proches, ne mette pas la main sur ces technologies sensibles.Les deux hommes devraient par ailleurs partager la volonté de créer un environnement régional propice aux affaires.L’Arabie saoudite s’emploie à calmer les tensions avec l’Iran. Le président a de son côté récemment affirmé que Téhéran entendait dialoguer sur une levée des sanctions américaines.Le prince saoudien a déjà joué un rôle-clé dans la décision de Donald Trump de suspendre les sanctions contre la Syrie, et dans le rapprochement historique avec son nouveau dirigeant, l’ex-jihadiste Ahmad al-Chareh.Enfin, les relations bilatérales se doublent de contacts familiaux. Le gendre du président, Jared Kushner, médiateur aussi actif qu’informel au Moyen-Orient, a des liens avec Ryad via sa société d’investissement.Et le promoteur saoudien Dar Global vient d’annoncer un nouveau partenariat avec la Trump Organization, gérée par les fils du président. Voix isolée dans un concert de louanges réciproques, Mme Kashoggi a émis l’espoir que les Etats-Unis respectent leurs “valeurs” au moment de développer “les liens économiques” avec Ryad et de lui “vendre des armes”.