Pessimistes, les Français dépensent au compte-gouttes

“Les Français broient du noir”: les ménages consomment moins qu’ailleurs en Europe, rendus frileux par l’incertitude politique qui bride ce moteur essentiel de l’économie, déjà ébranlé par la pandémie et le choc inflationniste. Alimentation, électroménager, voitures, téléphonie mobile, etc. Face aux gouvernements qui se succèdent depuis mi-2024, les ménages réfrènent leurs dépenses. Or, celles-ci pèsent environ la moitié de la richesse produite annuellement en France. “La consommation déçoit depuis plusieurs trimestres”, progressant moins vite que le pouvoir d’achat, constate Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l’Institut national de la statistique (Insee), interrogé par l’AFP.Les biens sont davantage affectés que les services, note-t-il, citant l’alimentation où la baisse cumulée est “de l’ordre de 8% depuis 2022”, quand les prix se sont envolés après l’invasion russe de l’Ukraine. “C’est du jamais-vu depuis qu’on fait des statistiques à l’Insee”.Les Français consomment moins de fruits, légumes et viande frais, jugés plus chers, et davantage d’oeufs, pâtes ou plats préparés. Les achats textiles souffrent aussi, ou l’automobile du fait d’un attentisme technologique. Si ce phénomène est observé depuis la crise sanitaire – magasins et restaurants étaient fermés – puis la crise inflationniste, la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 a causé une nouvelle commotion. – Taux d’épargne record -“Les Français broient du noir. Relativement à leurs voisins, ils sont beaucoup plus pessimistes”, souligne Dorian Roucher.Une perception pourtant déconnectée de la réalité (salaires en hausse, résistance du marché du travail, etc.): “c’est psychologique”, relève Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade. Dans sa note de conjoncture de septembre, l’Insee constatait que “la confiance des ménages qui se redressait tendanciellement jusqu’à l’été 2024 recule presque continûment depuis”.  “Leurs gains de pouvoir d’achat ont été plus importants qu’ailleurs en Europe”, du fait d’une inflation plus faible, attendue à 1% en moyenne annuelle en 2025, “mais leurs achats y sont moins dynamiques et le taux d’épargne bat chaque trimestre un nouveau record à la hausse.”Alors que des débats budgétaires houleux agitent l’Assemblée, l’horizon reste brumeux. Ce climat d’incertitude a pu être accentué par des tensions commerciales et géopolitiques à l’international. La consommation des ménages ralentirait à +0,5% cette année, après +1,0% en 2024 (contre +0,8% et +2,5% pour le pouvoir d’achat), selon l’institut statistique. En conséquence, le taux d’épargne – la part non consommée du revenu – augmenterait encore, contrairement aux autres pays européens. Il atteindrait 18,5% sur l’année (après 18,2%), un record en 45 ans hors crise sanitaire, alors qu’il était resté stable autour de 15% auparavant.Selon Dorian Roucher, la hausse du taux d’épargne a été portée pour moitié par celle des revenus du patrimoine (assurance vie, livrets, etc.) sur fond de taux d’intérêts en hausse. Les prestations sociales ont aussi été indexées sur une inflation forte. Ainsi, en 2024, les deux tiers de la hausse du taux d’épargne avaient été alimentés par les retraités, qui ont épargné leurs pensions revalorisées. – Pas de “rattrapage” -Pour l’autre moitié, il y a “une espèce de pessimisme spécifique en France depuis l’été 2024, qui ne cesse de s’empirer”, lié à “un effet incertitude”, développe le statisticien. Cette parcimonie bride la croissance, la privant notamment de recettes supplémentaires comme la TVA. Au troisième trimestre, la croissance française a surpris positivement (+0,5%), mais la consommation des ménages a progressé plus timidement, de 0,1% comme au deuxième trimestre. Aucun redémarrage marqué n’est attendu d’ici la fin de l’année. Leurs investissements ont reculé de 0,4% sur la période, surtout dans le logement neuf.  “Il manque cet ingrédient-là pour que la croissance s’établisse sur des bases solides”, estime Maxime Darmet. Stéphane Colliac, économiste de BNP Paribas, ne croit pas à un retour à la tendance d’avant-Covid. Le taux d’épargne refluerait autour de 17% fin 2027 et la consommation augmenterait de 1% annuellement, “et pas 1,5% en moyenne comme avant”. Il exclut “un effet de rattrapage: le taux d’épargne élevé n’est pas une réserve d’argent qu’on consommera plus tard”.  Outre des effets démographiques, certains changements de comportements semblent pérennes: moindre consommation d’énergie par des Français sensibilisés à la sobriété depuis la flambée des prix, appétit croissant pour la restauration à emporter ou motivation écologique. 

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Hautes-Alpes: l’ex-station de ski de Céüze rend son site à la nature

L’ex-station de ski de Céüze (Hautes-Alpes), à l’arrêt depuis plusieurs années faute d’or blanc et de rentabilité, va commencer à partir de la semaine prochaine à démanteler ses vieux téléskis pour rendre le site à la nature.Située à une altitude comprise entre 1.550 et 2.000 mètres et confrontée à un “enneigement devenu de plus en plus incertain”, cette petite station familiale proche de Gap verra à partir de mardi s’abattre les quelque 25 pylônes qui permettaient jadis à ses huit téléskis de fonctionner. Le démontage, qui sera mené par une entreprise de travaux publics et devrait durer près de deux mois, est le fruit d’un “choix mûri et partagé”, faisant suite à “plus de dix années de réflexion et de concertation”, a indiqué dans un communiqué la communauté de communes Buëch-Dévoluy, qui gérait le domaine.”Il a fallu prendre le temps nécessaire à cette décision irréversible du démontage: à la fois sur le plan administratif, mais aussi d’un point de vue de l’acceptation sociale”, a indiqué Michel Ricou-Charles, président de la communauté de communes, cité dans le communiqué. Si, “aujourd’hui chacun a fait son deuil” de la station de ski, “c’est un massif qui continue de vivre. On n’est pas sur une station fantôme !”, a-t-il ajouté.La station, où une dizaine de personnes réside à l’année, mise désormais sur les activités de pleine nature comme la randonnée, les raquettes, le ski de randonnée, le VTT ou encore l’escalade, avec ses spectaculaires falaises prisées des grimpeurs de très haut niveau.Créé à partir des années 1930, le domaine skiable de Gap Céüze 2000 avait ouvert ses remontées mécaniques une dernière fois durant l’hiver 2017-2018 avant de jeter l’éponge, victime du manque d’enneigement mais aussi d’un matériel vieillissant et d’une baisse de fréquentation.”C’est bien que ce soit démantelé, on attend ça depuis longtemps”, a déclaré par téléphone à l’AFP Nathalie Ghesquiere, gérante du gîte La Montagne, situé à quelques kilomètres de l’ancienne station. En l’état, “c’est moche et écologiquement pas top (…) L’hiver, il y a plein de gens qui font du ski de rando, de la raquette” et une fois les installations retirées, “ça ne peut être que plus joli, donc c’est très bien”, estime-t-elle. Elle-même se déclare “pas du tout inquiète” pour l’attractivité touristique du site, même si “beaucoup de personnes sont tristes que ça ne tourne plus”. – Appel à “faire des petits” -L’opération de démontage des remontées mécaniques, dotée d’un budget de 137.000 euros voté en septembre 2024, a été précédée d’une étude faune-flore sur le site. Elle a pour ambition de “retirer de la manière la plus vertueuse du site toute source de danger ou de pollution induite par les anciennes installations”, indique la communauté de communes.L’association de défense de l’environnement Mountain Wilderness, active depuis 2001 dans le démontage bénévole d'”installations obsolètes” et notamment de déchets liés à l’industrie du ski, a apporté son expertise au chantier, a indiqué à l’AFP l’un de ses porte-parole, Jean Gaboriau.Une fois abattus, les pylônes et autres matériaux de Céüze devraient être héliportés afin d’éviter de “labourer le terrain” avec de gros engins et finiront en partie réemployés par une autre station, ou à la ferraille (90 tonnes estimées).”On se réjouit que la communauté de communes prenne en charge (le chantier). On aimerait bien que ça fasse des petits, que ça essaime” dans d’autres sites, souligne-t-il. Mountain Wilderness, qui a déjà démonté une vingtaine de vieilles remontées mécaniques, en recense plus d’une centaine d’autres abandonnées à la rouille dans les massifs français, ainsi que des milliers de déchets militaires, industriels, forestiers ou agricoles.  En France, au moins 186 stations de ski, principalement des “micro-domaines”, ont définitivement fermé depuis leur création pour des raisons avant tout économiques selon le chercheur Pierre-Alexandre Metral, doctorant en géographie à l’université de Grenoble, dont la thèse est consacrée au sujet.

Hautes-Alpes: l’ex-station de ski de Céüze rend son site à la nature

L’ex-station de ski de Céüze (Hautes-Alpes), à l’arrêt depuis plusieurs années faute d’or blanc et de rentabilité, va commencer à partir de la semaine prochaine à démanteler ses vieux téléskis pour rendre le site à la nature.Située à une altitude comprise entre 1.550 et 2.000 mètres et confrontée à un “enneigement devenu de plus en plus incertain”, cette petite station familiale proche de Gap verra à partir de mardi s’abattre les quelque 25 pylônes qui permettaient jadis à ses huit téléskis de fonctionner. Le démontage, qui sera mené par une entreprise de travaux publics et devrait durer près de deux mois, est le fruit d’un “choix mûri et partagé”, faisant suite à “plus de dix années de réflexion et de concertation”, a indiqué dans un communiqué la communauté de communes Buëch-Dévoluy, qui gérait le domaine.”Il a fallu prendre le temps nécessaire à cette décision irréversible du démontage: à la fois sur le plan administratif, mais aussi d’un point de vue de l’acceptation sociale”, a indiqué Michel Ricou-Charles, président de la communauté de communes, cité dans le communiqué. Si, “aujourd’hui chacun a fait son deuil” de la station de ski, “c’est un massif qui continue de vivre. On n’est pas sur une station fantôme !”, a-t-il ajouté.La station, où une dizaine de personnes réside à l’année, mise désormais sur les activités de pleine nature comme la randonnée, les raquettes, le ski de randonnée, le VTT ou encore l’escalade, avec ses spectaculaires falaises prisées des grimpeurs de très haut niveau.Créé à partir des années 1930, le domaine skiable de Gap Céüze 2000 avait ouvert ses remontées mécaniques une dernière fois durant l’hiver 2017-2018 avant de jeter l’éponge, victime du manque d’enneigement mais aussi d’un matériel vieillissant et d’une baisse de fréquentation.”C’est bien que ce soit démantelé, on attend ça depuis longtemps”, a déclaré par téléphone à l’AFP Nathalie Ghesquiere, gérante du gîte La Montagne, situé à quelques kilomètres de l’ancienne station. En l’état, “c’est moche et écologiquement pas top (…) L’hiver, il y a plein de gens qui font du ski de rando, de la raquette” et une fois les installations retirées, “ça ne peut être que plus joli, donc c’est très bien”, estime-t-elle. Elle-même se déclare “pas du tout inquiète” pour l’attractivité touristique du site, même si “beaucoup de personnes sont tristes que ça ne tourne plus”. – Appel à “faire des petits” -L’opération de démontage des remontées mécaniques, dotée d’un budget de 137.000 euros voté en septembre 2024, a été précédée d’une étude faune-flore sur le site. Elle a pour ambition de “retirer de la manière la plus vertueuse du site toute source de danger ou de pollution induite par les anciennes installations”, indique la communauté de communes.L’association de défense de l’environnement Mountain Wilderness, active depuis 2001 dans le démontage bénévole d'”installations obsolètes” et notamment de déchets liés à l’industrie du ski, a apporté son expertise au chantier, a indiqué à l’AFP l’un de ses porte-parole, Jean Gaboriau.Une fois abattus, les pylônes et autres matériaux de Céüze devraient être héliportés afin d’éviter de “labourer le terrain” avec de gros engins et finiront en partie réemployés par une autre station, ou à la ferraille (90 tonnes estimées).”On se réjouit que la communauté de communes prenne en charge (le chantier). On aimerait bien que ça fasse des petits, que ça essaime” dans d’autres sites, souligne-t-il. Mountain Wilderness, qui a déjà démonté une vingtaine de vieilles remontées mécaniques, en recense plus d’une centaine d’autres abandonnées à la rouille dans les massifs français, ainsi que des milliers de déchets militaires, industriels, forestiers ou agricoles.  En France, au moins 186 stations de ski, principalement des “micro-domaines”, ont définitivement fermé depuis leur création pour des raisons avant tout économiques selon le chercheur Pierre-Alexandre Metral, doctorant en géographie à l’université de Grenoble, dont la thèse est consacrée au sujet.

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Dans le marais de Brière, des chênes enfouis témoins de l’histoire du climat

A près d’un mètre de profondeur, au fond d’un trou creusé à la pelle dans la tourbe du marais de Brière (Loire-Atlantique), gît un tronc âgé de plusieurs milliers d’années, témoin paléontologique d’une forêt disparue et de l’histoire du climat.Agenouillés dans la tranchée qu’ils viennent de creuser, deux couteliers extraient un tronc de chêne en cours de fossilisation, appelé morta. Matériau noble de l’artisanat local, il est aussi étudié par des chercheurs comme vestige archéologique.Au Néolithique, une forêt aujourd’hui disparue bordait la Brière. Progressivement noyés par la remontée des niveaux d’eau, les chênes enfouis ont été conservés par la terre humide.L’atelier JHP, installé en bordure de ces 30.000 hectares tapissés de jussie et de roseaux, extrait chaque année quelques-uns de ces troncs couleur ébène pour y tailler des manches de couteaux, sous le sceau d’un accord avec la commission syndicale qui gère une partie du marais.”C’est un bois solide, résistant, qui a été utilisé dans le temps pour fabriquer des charpentes”, raconte Aymeric Lavauzelle, coutelier de l’atelier JHP, les bras maculés de terre.- Modèles climatiques -Cette année, dans le cadre d’un projet de géoarchéologie mené par des chercheurs du conseil départemental de Loire-Atlantique, l’atelier enverra un échantillon de chaque tronc pour analyse et datation.”Les arbres, notamment les chênes, à travers leurs cernes, enregistrent les variations de l’environnement. C’est un petit peu comme si vous aviez un enregistrement de la météo de l’époque”, explique le géoarchéologue Yann Le Jeune. “Cela nous permet de reconstituer l’histoire du climat et de l’environnement, et même d’alimenter des modèles qui servent à comprendre comment pourrait évoluer le climat.”Pour trouver les troncs, les artisans de l’atelier JHP parcourent le marais chaque automne – quand le niveau d’eau n’est pas encore trop haut -, enfonçant à chaque pas de fines sondes en inox dans la tourbe. Lorsqu’ils rencontrent une résistance, ils se rassemblent pour creuser. Ce matin d’octobre, Aymeric Lavauzelle et ses collègues ont entrepris de déterrer un tronc de près de quatre mètres de long.Une fois détouré puis dégagé, il est excavé à l’aide d’un palan fixé à trois poteaux de châtaignier, et tronçonné pour être transporté jusqu’à l’atelier.- Ressource -L’association fondée par les quelques artisans locaux qui travaillent ce morta tente d’obtenir une indication géographique auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), afin que le nom morta soit réservé au chêne enfoui du marais de Brière.”Il y a quelques années, on a vu arriver sur le marché des chênes de marais polonais, ou lituaniens, vendus sous le nom de morta. Le morta est un chêne des marais mais tous les chênes de marais ne sont pas du morta”, défend Jean-Henri Pagnon, fondateur il y a près de quinze ans de l’atelier JHP.Le président du parc régional naturel de Brière, Eric Provost, a par ailleurs récemment demandé à rencontrer la direction régionale des affaires culturelles (Drac) des Pays de la Loire pour évoquer la protection du morta, ressource par essence limitée.Il s’agira d’examiner “s’il y a un sujet ou pas de protection de la ressource, si l’on peut continuer de l’administrer localement, puis voir comment on fait en sorte qu’elle soit durable, dans la quantité disponible, comment on fait en sorte qu’il y ait une visibilité sur une exploitation équilibrée”, explique-t-il.La saison d’extraction terminée, les couteliers retrouvent à plein temps leur atelier. Le morta sèchera trois ans avant d’être travaillé. 

Dans le marais de Brière, des chênes enfouis témoins de l’histoire du climat

A près d’un mètre de profondeur, au fond d’un trou creusé à la pelle dans la tourbe du marais de Brière (Loire-Atlantique), gît un tronc âgé de plusieurs milliers d’années, témoin paléontologique d’une forêt disparue et de l’histoire du climat.Agenouillés dans la tranchée qu’ils viennent de creuser, deux couteliers extraient un tronc de chêne en cours de fossilisation, appelé morta. Matériau noble de l’artisanat local, il est aussi étudié par des chercheurs comme vestige archéologique.Au Néolithique, une forêt aujourd’hui disparue bordait la Brière. Progressivement noyés par la remontée des niveaux d’eau, les chênes enfouis ont été conservés par la terre humide.L’atelier JHP, installé en bordure de ces 30.000 hectares tapissés de jussie et de roseaux, extrait chaque année quelques-uns de ces troncs couleur ébène pour y tailler des manches de couteaux, sous le sceau d’un accord avec la commission syndicale qui gère une partie du marais.”C’est un bois solide, résistant, qui a été utilisé dans le temps pour fabriquer des charpentes”, raconte Aymeric Lavauzelle, coutelier de l’atelier JHP, les bras maculés de terre.- Modèles climatiques -Cette année, dans le cadre d’un projet de géoarchéologie mené par des chercheurs du conseil départemental de Loire-Atlantique, l’atelier enverra un échantillon de chaque tronc pour analyse et datation.”Les arbres, notamment les chênes, à travers leurs cernes, enregistrent les variations de l’environnement. C’est un petit peu comme si vous aviez un enregistrement de la météo de l’époque”, explique le géoarchéologue Yann Le Jeune. “Cela nous permet de reconstituer l’histoire du climat et de l’environnement, et même d’alimenter des modèles qui servent à comprendre comment pourrait évoluer le climat.”Pour trouver les troncs, les artisans de l’atelier JHP parcourent le marais chaque automne – quand le niveau d’eau n’est pas encore trop haut -, enfonçant à chaque pas de fines sondes en inox dans la tourbe. Lorsqu’ils rencontrent une résistance, ils se rassemblent pour creuser. Ce matin d’octobre, Aymeric Lavauzelle et ses collègues ont entrepris de déterrer un tronc de près de quatre mètres de long.Une fois détouré puis dégagé, il est excavé à l’aide d’un palan fixé à trois poteaux de châtaignier, et tronçonné pour être transporté jusqu’à l’atelier.- Ressource -L’association fondée par les quelques artisans locaux qui travaillent ce morta tente d’obtenir une indication géographique auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), afin que le nom morta soit réservé au chêne enfoui du marais de Brière.”Il y a quelques années, on a vu arriver sur le marché des chênes de marais polonais, ou lituaniens, vendus sous le nom de morta. Le morta est un chêne des marais mais tous les chênes de marais ne sont pas du morta”, défend Jean-Henri Pagnon, fondateur il y a près de quinze ans de l’atelier JHP.Le président du parc régional naturel de Brière, Eric Provost, a par ailleurs récemment demandé à rencontrer la direction régionale des affaires culturelles (Drac) des Pays de la Loire pour évoquer la protection du morta, ressource par essence limitée.Il s’agira d’examiner “s’il y a un sujet ou pas de protection de la ressource, si l’on peut continuer de l’administrer localement, puis voir comment on fait en sorte qu’elle soit durable, dans la quantité disponible, comment on fait en sorte qu’il y ait une visibilité sur une exploitation équilibrée”, explique-t-il.La saison d’extraction terminée, les couteliers retrouvent à plein temps leur atelier. Le morta sèchera trois ans avant d’être travaillé. 

Dans le marais de Brière, des chênes enfouis témoins de l’histoire du climat

A près d’un mètre de profondeur, au fond d’un trou creusé à la pelle dans la tourbe du marais de Brière (Loire-Atlantique), gît un tronc âgé de plusieurs milliers d’années, témoin paléontologique d’une forêt disparue et de l’histoire du climat.Agenouillés dans la tranchée qu’ils viennent de creuser, deux couteliers extraient un tronc de chêne en cours de fossilisation, appelé morta. Matériau noble de l’artisanat local, il est aussi étudié par des chercheurs comme vestige archéologique.Au Néolithique, une forêt aujourd’hui disparue bordait la Brière. Progressivement noyés par la remontée des niveaux d’eau, les chênes enfouis ont été conservés par la terre humide.L’atelier JHP, installé en bordure de ces 30.000 hectares tapissés de jussie et de roseaux, extrait chaque année quelques-uns de ces troncs couleur ébène pour y tailler des manches de couteaux, sous le sceau d’un accord avec la commission syndicale qui gère une partie du marais.”C’est un bois solide, résistant, qui a été utilisé dans le temps pour fabriquer des charpentes”, raconte Aymeric Lavauzelle, coutelier de l’atelier JHP, les bras maculés de terre.- Modèles climatiques -Cette année, dans le cadre d’un projet de géoarchéologie mené par des chercheurs du conseil départemental de Loire-Atlantique, l’atelier enverra un échantillon de chaque tronc pour analyse et datation.”Les arbres, notamment les chênes, à travers leurs cernes, enregistrent les variations de l’environnement. C’est un petit peu comme si vous aviez un enregistrement de la météo de l’époque”, explique le géoarchéologue Yann Le Jeune. “Cela nous permet de reconstituer l’histoire du climat et de l’environnement, et même d’alimenter des modèles qui servent à comprendre comment pourrait évoluer le climat.”Pour trouver les troncs, les artisans de l’atelier JHP parcourent le marais chaque automne – quand le niveau d’eau n’est pas encore trop haut -, enfonçant à chaque pas de fines sondes en inox dans la tourbe. Lorsqu’ils rencontrent une résistance, ils se rassemblent pour creuser. Ce matin d’octobre, Aymeric Lavauzelle et ses collègues ont entrepris de déterrer un tronc de près de quatre mètres de long.Une fois détouré puis dégagé, il est excavé à l’aide d’un palan fixé à trois poteaux de châtaignier, et tronçonné pour être transporté jusqu’à l’atelier.- Ressource -L’association fondée par les quelques artisans locaux qui travaillent ce morta tente d’obtenir une indication géographique auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), afin que le nom morta soit réservé au chêne enfoui du marais de Brière.”Il y a quelques années, on a vu arriver sur le marché des chênes de marais polonais, ou lituaniens, vendus sous le nom de morta. Le morta est un chêne des marais mais tous les chênes de marais ne sont pas du morta”, défend Jean-Henri Pagnon, fondateur il y a près de quinze ans de l’atelier JHP.Le président du parc régional naturel de Brière, Eric Provost, a par ailleurs récemment demandé à rencontrer la direction régionale des affaires culturelles (Drac) des Pays de la Loire pour évoquer la protection du morta, ressource par essence limitée.Il s’agira d’examiner “s’il y a un sujet ou pas de protection de la ressource, si l’on peut continuer de l’administrer localement, puis voir comment on fait en sorte qu’elle soit durable, dans la quantité disponible, comment on fait en sorte qu’il y ait une visibilité sur une exploitation équilibrée”, explique-t-il.La saison d’extraction terminée, les couteliers retrouvent à plein temps leur atelier. Le morta sèchera trois ans avant d’être travaillé. 

Policiers de Bobigny mis en examen pour viols: une vidéo retrouvée sur le portable de l’un d’eux

La procureure de Paris Laure Beccuau a confirmé dimanche l’existence d’une vidéo retrouvée sur le portable de l’un des deux policiers mis en examen et placés en détention provisoire pour des soupçons de viols sur une femme dans une geôle du tribunal de Bobigny.Les policiers, âgés de 35 et 23 ans selon une source proche du dossier, ont été mis en examen à Paris pour viols et agressions sexuelles par personnes abusant de l’autorité conférées par leurs fonctions, avait annoncé Mme Beccuau samedi.Les deux policiers ont “reconnu la réalité des relations sexuelles” avec cette femme, âgée de 26 ans selon la source proche, et les “prétendent consenties”, a rappelé la procureure dimanche matin sur France Info.La mise en examen des policiers a été décidée sur la base des “déclarations de cette plaignante qui ont été corroborées par un certain nombre d’éléments que nous possédons au dossier”, dont une vidéo retrouvée sur le portable d’un des policiers comme l’avait dit la plaignante, a-t-elle expliqué. “Ce sont autant d’éléments qui crédibilisent sa parole” et “questionnent sur la réalité d’un consentement lorsque l’on considère que cette femme était retenue au dépôt d’un palais de justice, donc qui était privée déjà de sa liberté d’aller et venir et était dans une situation en tout cas de contrainte physique, qui doit participer à l’analyse de ce prétendu consentement”, a-t-elle souligné.Cette vidéo, dont Le Parisien avait révélé l’existence, dure quatre secondes et montre un acte sexuel, a précisé une source proche du dossier à l’AFP.Interrogée par France Info sur des problèmes de recrutement ou un manque de formation dans la police, Mme Beccuau a estimé que les faits reprochés relèvent de “questions humaines, au-delà de la formation et du recrutement”. Ce sont “des comportements que l’institution policière elle-même qualifie de gravissimes et c’est pour moi une évidence”, a-t-elle conclu.L’Inspection générale de la police nationale a été saisie de l’enquête.Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez avait déclaré jeudi que “s’ils (étaient) avérés, ces agissements (étaient) extraordinairement graves et inacceptables”, précisant que les deux agents avaient “été immédiatement suspendus”.

Policiers de Bobigny mis en examen pour viols: une vidéo retrouvée sur le portable de l’un d’eux

La procureure de Paris Laure Beccuau a confirmé dimanche l’existence d’une vidéo retrouvée sur le portable de l’un des deux policiers mis en examen et placés en détention provisoire pour des soupçons de viols sur une femme dans une geôle du tribunal de Bobigny.Les policiers, âgés de 35 et 23 ans selon une source proche du dossier, ont été mis en examen à Paris pour viols et agressions sexuelles par personnes abusant de l’autorité conférées par leurs fonctions, avait annoncé Mme Beccuau samedi.Les deux policiers ont “reconnu la réalité des relations sexuelles” avec cette femme, âgée de 26 ans selon la source proche, et les “prétendent consenties”, a rappelé la procureure dimanche matin sur France Info.La mise en examen des policiers a été décidée sur la base des “déclarations de cette plaignante qui ont été corroborées par un certain nombre d’éléments que nous possédons au dossier”, dont une vidéo retrouvée sur le portable d’un des policiers comme l’avait dit la plaignante, a-t-elle expliqué. “Ce sont autant d’éléments qui crédibilisent sa parole” et “questionnent sur la réalité d’un consentement lorsque l’on considère que cette femme était retenue au dépôt d’un palais de justice, donc qui était privée déjà de sa liberté d’aller et venir et était dans une situation en tout cas de contrainte physique, qui doit participer à l’analyse de ce prétendu consentement”, a-t-elle souligné.Cette vidéo, dont Le Parisien avait révélé l’existence, dure quatre secondes et montre un acte sexuel, a précisé une source proche du dossier à l’AFP.Interrogée par France Info sur des problèmes de recrutement ou un manque de formation dans la police, Mme Beccuau a estimé que les faits reprochés relèvent de “questions humaines, au-delà de la formation et du recrutement”. Ce sont “des comportements que l’institution policière elle-même qualifie de gravissimes et c’est pour moi une évidence”, a-t-elle conclu.L’Inspection générale de la police nationale a été saisie de l’enquête.Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez avait déclaré jeudi que “s’ils (étaient) avérés, ces agissements (étaient) extraordinairement graves et inacceptables”, précisant que les deux agents avaient “été immédiatement suspendus”.