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Manifestations en Iran: “plus de retour en arrière” possible, selon la veuve de l’ex-chah

La veuve de l’ex-chah d’Iran, Farah Pahlavi, estime qu’il n’y a “plus de retour en arrière” possible après les manifestations contre la République islamique et se dit convaincue que les Iraniens sortiront “vainqueurs de cette confrontation inégale”, dans un entretien exclusif à l’AFP.Chassée avec son mari de son pays en janvier 1979 lors de la Révolution qui a porté au pouvoir l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, elle assure aussi que son “désir” et son “besoin aujourd’hui sont de retourner en Iran”.Farah Pahlavi, 87 ans, a reçu l’AFP cette semaine dans son appartement parisien pour une séance photo après avoir accepté de répondre par écrit et en français à des questions sur la situation dans son pays natal.Tenue sombre, elle a posé devant le drapeau de l’ancien régime iranien, frappé d’un lion et d’un soleil.Question: Quel message souhaitez-vous adresser au peuple iranien après trois semaines de manifestations?Réponse: Je veux dire aux jeunes Iraniens: vous êtes aujourd’hui en train d’écrire, avec une audace immense, un nouveau chapitre historique (…) pour l’Iran comme pour le monde.Gardez l’espoir et la détermination. Vous serez les vainqueurs de cette confrontation inégale avec la République islamique! A mes enfants, filles et fils d’Iran, à mes sœurs et à mes frères, j’adresse mon admiration.Q: Gardez-vous espoir malgré la répression qui a fait des milliers de morts?R: Malgré une répression sans équivalent dans l’histoire contemporaine, je suis convaincue que nous assisterons bientôt à la victoire de ces jeunes, dont chacun incarne un héros de l’Iran libre de demain.À ce jour, des milliers de ces jeunes dignes et courageux ont sacrifié leur vie pour la liberté de leur pays. Et Dieu seul sait combien d’autres vont encore tomber sous les coups de ce régime criminel avant que notre Iran redevienne une terre libre.Une chose est désormais certaine: il n’existe plus de retour en arrière. Ce chemin est à sens unique – il mène à la liberté – et chaque jour, tragiquement, il est arrosé du sang des filles et des fils de cette terre. Un tel sacrifice impose la victoire.Cette victoire ne sera pas seulement celle de mon pays. Elle sera aussi celle de la paix, de la sécurité et de la stabilité du monde.Q: Quel rôle peut désormais jouer l’opposition, dont vous faites partie?R: Les opposants au régime, hors d’Iran, ont aujourd’hui deux devoirs essentiels: assurer un lien fort entre les Iraniens de l’intérieur et les peuples ainsi que les gouvernements du monde libre; organiser des manifestations toujours plus vastes afin d’exprimer leur solidarité avec leurs compatriotes tout en rappelant à l’opinion internationale ce qui se déroule réellement dans un pays berceau de la civilisation.Q: Souhaitez-vous une intervention militaire extérieure, notamment des Etats-Unis, contre l’Iran?R: J’en appelle à la conscience du monde entier, par solidarité avec ce peuple, de continuer à le soutenir. Il ne faut pas que des milliers d’Iraniens perdent leur vie dans l’indifférence générale. Renforcer leurs chances dans cette lutte profondément inégale, c’est comprendre qu’avec leur victoire et l’avènement d’un Iran démocratique, on ira vers un Moyen-Orient apaisé.Q: Si la République islamique chute, quel rôle voyez-vous votre fils Reza Pahlavi jouer?R: Son rôle sera exactement celui que le peuple iranien décidera de lui confier. Mon fils, dont le nom est acclamé dans chaque manifestation, l’a toujours affirmé tout au long de sa vie publique: c’est le peuple iranien qui décidera librement de l’avenir de son pays. Lui-même ne se considère que comme le porte-voix des jeunes Iraniens jusqu’au jour de la liberté.Q: Dans ce cas, retournerez-vous vous-même, après tant d’années d’exil, dans votre pays? R: Voilà 47 ans que je souhaite et attends la liberté de l’Iran.Le peuple iranien, avec une profonde affection, m’appelle la mère de l’Iran. Or, dans l’épreuve, toute mère et tout enfant ont besoin d’être ensemble. Mon désir et mon besoin aujourd’hui sont de retourner en Iran et de serrer dans mes bras ces enfants exceptionnels.Je ressens, au plus profond de moi, que ce voyage et cette rencontre auront lieu bientôt.

Au Pakistan, la résistance citoyenne s’organise pour défendre son “droit à respirer de l’air pur”

Au Pakistan, où la pollution de l’air atteint depuis plusieurs années des niveaux record, des citoyens excédés prennent les choses en main. Faute d’actions jugées suffisantes de la part des autorités, ils installent des capteurs à bas coût pour mesurer la qualité de l’air, alerter l’opinion publique et appuyer des recours en justice.Chaque hiver, ce pays de plus de 255 millions d’habitants étouffe et les grandes villes comme Lahore (près de la frontière indienne), Karachi sur la côte ou encore la capitale Islamabad disparaissent sous un épais brouillard.En 2016, l’ingénieur Abid Omar est l’un des premiers à s’en préoccuper. Faute de données officielles, il fonde son propre réseau de surveillance, Pakistan Air Quality Initiative (Paqi), qui compte depuis 150 capteurs à travers le pays.”Ce soi-disant +brouillard+”, présenté par les autorités comme un phénomène saisonnier, n’existait pas quand j’étais enfant”, raconte à l’AFP cet entrepreneur pakistanais de 45 ans.- Révéler l’invisible -Les données publiques de Paqi, reprises par la société suisse IQAir, ont contribué à classer en 2024 le Pakistan comme le troisième pays le plus pollué au monde. Les concentrations de particules fines PM2,5 y atteignent jusqu’à 14 fois la limite fixée par l’Organisation mondiale de la santé.Selon la Banque mondiale, cette exposition à la pollution atmosphérique a provoqué 230.000 décès prématurés au Pakistan en 2019, pour un coût équivalent à 9% du PIB.Ce cocktail de brouillard et d’émissions toxiques – alimenté par le diesel de mauvaise qualité, les brûlis agricoles saisonniers et le refroidissement hivernal – sature les hôpitaux et prive des millions d’enfants d’école.Pour faire reconnaître le smog comme une pollution atmosphérique dangereuse pour la santé auprès de la Haute Cour de Lahore, les capteurs de Paqi ont joué un rôle clé.”A l’époque, le département de la protection de l’environnement du Pendjab niait le problème. Grâce à l’un de nos capteurs mobiles, nous avons démontré en temps réel que la qualité de l’air à l’intérieur même de la salle d’audience était dangereuse”, relate Abid Omar.Le tribunal avait enjoint le gouvernement provincial à déployer des stations de surveillance de la qualité de l’air, au nombre de 44 dans la province aujourd’hui, et à rendre publiques les données recueillies. Mais “par le passé, lors de pics de pollution, les autorités ont paniqué et éteint plusieurs de leurs stations”, accuse Abid Omar.Les autorités exercent aussi un contrôle étroit sur les capteurs privés, accusés de manquer de fiabilité et de semer la panique. Les chercheurs jugent pourtant ces appareils indispensables pour compléter des données officielles parcellaires et qui manquent de transparence.- Changer ses habitudes -Ces dernières années, les autorités fédérales et provinciales ont multiplié les mesures anti-smog: régulation des briqueteries, amendes contre les véhicules les plus polluants, interdiction des brûlis agricoles. Mais la qualité de l’air à Islamabad n’a cessé de se dégrader, déplore le Dr Taha Ali, qui juge ces mesures insuffisantes face aux émissions.Avec son collègue Umair Shahid, cet universitaire a créé son propre réseau de surveillance à Islamabad, les Curious Friends of Clean Air (CFCA). En trois ans, ils ont déployé une douzaine de capteurs, gros comme une prise électrique, fabriqués grâce à une imprimante 3D et coûtant une cinquantaine de dollars chacun.Bien que non homologués, ces appareils ont mis en évidence des tendances alarmantes dans leur quartier et permis de sensibiliser les habitants.”Un groupe de yoga qui pratiquait quotidiennement dans un parc, a décidé de changer ses horaires”, se félicite Umair Shahid qui a lui-même modifié ses sorties familiales pour éviter les pics de pollution constatés le matin et en soirée.Leurs données ont également convaincu certains voisins d’investir dans des purificateurs d’air – encore rares et coûteux au Pakistan – ou de porter un masque lors des épisodes les plus critiques. Car, selon leurs relevés, la qualité de l’air ne cesse de se dégrader et reste mauvaise toute l’année, même lorsque la pollution est invisible à l’œil nu.Face à cette inertie, certains citoyens choisissent la voie judiciaire. A 22 ans, Hania Imran, militante pour le climat, a décidé en 2024 de poursuivre l’Etat pour faire valoir son “droit à respirer de l’air pur”.Son recours, qui vise notamment à rappeler aux autorités leur obligation de passer à des carburants plus propres, reste toutefois en suspens, et l’issue demeure incertaine.”Il faut cesser de dire que le smog est la faute de l’Inde, que c’est à cause du brûlage des cultures, c’est une crise que nous devons résoudre nous-mêmes”, affirme-t-elle. “Nous avons besoin de transports publics accessibles et d’un développement urbain durable.”

Trump propose un “Conseil de paix” concurrent de l’ONU, totalement à sa main

Donald Trump veut créer un “Conseil de paix” à sa main pour œuvrer à la résolution des conflits dans le monde en concurrence avec l’ONU, avec un ticket d’entrée d’un milliard de dollars pour un siège permanent selon une “charte”, dont l’AFP a obtenu une copie. – De quoi s’agit-il?La Maison Blanche avait annoncé qu’en vertu du plan pour mettre fin à la guerre dans le territoire palestinien de la bande de Gaza soutenu par Washington, un “Conseil de paix” présidé par Donald Trump serait formé.Depuis le week-end dernier, divers pays ont indiqué avoir reçu une invitation pour y participer, notamment la France, l’Allemagne, le Canada, la Russie et la Chine. Mais le projet de “charte” révèle une initiative et un mandat bien plus vastes que la seule question de Gaza, et semble en faire un véritable substitut des Nations unies.- La mission “Le Conseil de paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits”, peut-on lire dans le préambule de ce texte envoyé aux Etats “invités” à y siéger.Le texte de huit pages critique les “approches et institutions qui ont trop souvent échoué”, dans une allusion claire à l’ONU, et appelle à avoir “le courage” de s’en “écarter”. Il souligne “la nécessité d’une organisation de paix internationale plus agile et efficace”.- Trump tout puissantDonald Trump sera le “premier président du Conseil de paix”, dont les pouvoirs prévus sont très étendus: il est seul habilité à “inviter” d’autres chefs d’Etat et de gouvernement à l’intégrer et peut révoquer leur participation, sauf en cas de “veto par une majorité des deux tiers des Etats membres”.Le conseil exécutif, dirigé par M. Trump, comportera sept membres parmi lesquels le secrétaire d’Etat Marco Rubio, l’émissaire spécial Steve Witkoff, le gendre de M. Trump Jared Kushner, et l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair.Un responsable américain a confirmé sous couvert de l’anonymat que Trump pourra en conserver la présidence, y compris après la fin de son mandat, jusqu’à ce qu’il “démissionne”.- Ticket d’entrée “Chaque Etat membre exerce un mandat d’une durée maximale de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente charte, renouvelable par le président.Ce mandat de trois ans ne s’applique pas aux Etats membres qui versent plus d’un milliard de dollars au “Conseil de paix” au cours de la première année suivant l’entrée en vigueur de la Charte, ajoute le texte, sans précisions.Le responsable américain a cependant indiqué que cela se faisait sur la base du volontariat et qu’il n’y avait aucun prix d’entrée pour être membre du Conseil.- Quels pays ont dit oui? Benjamin Netanyahu a accepté l’invitation de Donald Trump à siéger “en tant que membre” au “Conseil de paix”, a annoncé mercredi le bureau du Premier ministre israélien.Le président argentin Javier Milei a déclaré que ce serait un “honneur” de siéger au Conseil.En Azerbaïdjan, le ministère des Affaires étrangères a annoncé mardi que le président Ilham Aliyev était “prêt à prendre part aux activités du Conseil de paix”. Le roi du Maroc Mohamed VI rejoindra le conseil en tant que “membre fondateur”, a indiqué la diplomatie marocaine.Le président des Emirats arabes unis Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane a accepté l’invitation américaine. De même, le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, a “accepté l’invitation du président Donald Trump”, selon le ministère des Affaires étrangères à Manama.En Hongrie, le Premier ministre, Viktor Orban, a accepté dès dimanche l’invitation “honorable” de son allié Donald Trump d’être “membre fondateur” du “Conseil de paix”.En Arménie, le Premier ministre Nikol Pachinian a déclaré mardi sur Facebook avoir accepté l’invitation.- Quels pays ont dit non? La France “ne peut donner (une) suite favorable” à ce stade à l’invitation, a indiqué lundi l’entourage du président Emmanuel Macron. “Je vais mettre 200% de droits de douane sur ses vins et champagnes. Et il y adhérera”, a rétorqué M. Trump.Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a dit mardi avoir reçu une invitation, mais “n’imagine pas” y participer au côté de la Russie.La Norvège ne participera pas au “Conseil de paix” qui “soulève un certain nombre de questions”, a annoncé mercredi à l’AFP le cabinet du Premier ministre.- Quels pays réservent leur réponse? Donald Trump a confirmé lundi soir avoir invité son homologue russe, Vladimir Poutine, à rejoindre le “Conseil”. Moscou a dit vouloir “clarifier toutes les nuances” de cette proposition avec Washington avant de se prononcer.Le gouvernement britannique s’est dit “inquiet” de cette invitation faite au président russe qui “a prouvé à maintes reprises qu’il n’était pas sérieusement engagé pour la paix”.Il a confirmé que le Royaume-Uni avait reçu une invitation et en examinait les “modalités” en contact avec les Etats-Unis et ses autres partenaires internationaux.La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a aussi été invitée et réserve sa réponse, a déclaré lundi un porte-parole à Bruxelles.Le gouvernement allemand a exprimé la nécessité de se “coordonner” avec ses partenaires.La Chine, après avoir confirmé avoir reçu une invitation, n’a pas dit si elle l’acceptait, tout en indiquant mercredi par le biais de sa diplomatie “défendre fermement le système international avec les Nations unies en son centre”.Au Canada, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré à l’AFP: “Nous examinons la situation. Mais nous n’allons pas payer un milliard de dollars.”- Quels pays invités?La Maison Blanche n’a pas publié la liste des pays invités. Mais de nombreuses capitales ont fait savoir que leur dirigeant avait reçu un carton d’invitation.Parmi les autres pays qui ont confirmé avoir reçu une invitation figurent l’Italie, la Suède, la Finlande, l’Albanie, la Grèce, la Slovénie, la Pologne, le Brésil, le Paraguay, l’Egypte, la Jordanie, la Turquie, ou encore l’Inde et la Corée du Sud.- Quand?Selon la “charte” du “Conseil de paix”, elle est censée entrer en vigueur quand au moins “trois Etats” l’auront signée.

Loi martiale en Corée du Sud: l’ex-Premier ministre Han Duck-soo condamné à 23 ans de prison

Un tribunal de Séoul a condamné mercredi à 23 ans de prison l’ex-Premier ministre sud-coréen Han Duck-soo, pour son implication dans la tentative ratée d’imposition de la loi martiale dans le pays en décembre 2024.Cette peine est très supérieure aux réquisitions du parquet, qui avait requis 15 ans de prison.L’accusé “a manqué jusqu’au bout à …

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A Nanterre, l’infernale promiscuité et l’insalubrité d’une prison française

Ils sont cinq, confinés 22 heures par jour dans le huis clos d’une cellule de 11 m2: le centre pénitentiaire de Nanterre craque, malade d’un fléau français, une surpopulation carcérale hors de contrôle dont pâtissent détenus comme surveillants.Dans cet espace conçu pour deux, mal ventilé et assombri par un caillebotis devant la fenêtre, entre deux lits superposés, une table minuscule accueille cinq assiettes. Ce soir, un maigre matelas la remplacera. Dans une autre cellule, appuyé sur ses béquilles pour soulager sa sciatique, un sexagénaire explique avoir hérité de la couche au sol, où ce soir il s’allongera, tête contre le frigo. La nuit tombée, ses compagnons descendront de leur lit dépourvu d’échelle, puis l’enjamberont, avant d’atteindre des toilettes guère dissimulées par un drap tendu. Ici, elles fuient un peu. Dans une autre, le robinet de l’évier goutte en continu sous une tablette peinant à accueillir les cinq verres à dents. Contre le froid et l’humidité qui se lit sur les moisissures des fenêtres, les plaques de cuisson resteront allumées, une poêle vide chauffée à blanc faisant office de radiateur, explique un détenu. Envahies de corps, de linge étendu, de provisions cantinées et de modestes effets, des cellules comme celles-ci, l’AFP en a vu plusieurs en accompagnant mi-janvier la députée des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon, venue exercer son droit de visite parlementaire dans cette prison ouverte en 1991, enchâssée entre la Seine et l’autoroute, à deux encablures de l’université. D’autres, plus petites, accueillent trois détenus dans des conditions aussi indignes. Télévision allumée en permanence, dans une atmosphère parfois enfumée par les cigarettes, on tue le temps en rabâchant les mêmes débats, en se racontant la vie dehors, en lisant, en somnolant pour rattraper des nuits hachées, ou en jouant aux cartes au risque d’exacerber les inévitables tensions, racontent les détenus.- Deux heures de promenade -Et puis il y a les cafards, selon des occupants qui montrent le carton colmatant les fissures, tentative dérisoire d’affronter l’invasion. La bétonisation des pieds de bâtiments, juste achevée, a permis d’éloigner les rats, assure à la parlementaire le directeur Thomas Benesty. Le progrès est récent: un certificat médical établi en novembre, dont l’AFP a eu connaissance, évoque sur le pied d’un détenu qui dormait par terre, des “lésions compatibles avec une morsure de rongeur”, peut-être arrivé par les toilettes.De ces cagibis, on s’échappe durant les deux heures de promenade quotidienne, ou au gré des micro-événements qui scandent des jours sans fin: trois parloirs hebdomadaires dans des cabines vitrées offertes aux regards, douches (là encore trois par semaine), rendez-vous médicaux, activités… Cela représente “quatre, cinq, six heures par semaine”, estime un détenu.Après une visite fin 2023, le Contrôleur général des prisons (CGLPL) avait estimé que l’établissement n’était pas en mesure “d’assurer des conditions d’hébergement dignes”. Mais, relevait-il, il est “parvenu à éviter les matelas au sol depuis 2020”. Signe d’une dégradation générale, ce rare satisfecit appartient au passé: 202 matelas sont comptabilisés au moment de la visite, indique à l’élue Thomas Benesty, avec, pour 592 places, 1.226 prisonniers, dont 60% en attente de procès, les autres étant condamnés à des peines courtes ou plus longues en attente d’affectation. Solidement installée au-dessus des 200%, la densité “est montée jusqu’à 213%” fin 2025, glisse le directeur.- “Carencés” -Malgré une abnégation saluée par le CGLPL, comment demander aux agents d’assurer convenablement l’ordre, de repérer les fragilités psychologiques, les tensions émergentes, de répondre aux doléances, comme cet appareil d’assistance respiratoire nocturne défaillant, cette rage de dents ou cette demande d’activité pendante? “On ne sait plus s’il faut écrire, si on va nous répondre”, soupire un détenu. “On sait pourquoi on est là et on le comprend. Mais là, on a l’impression d’une peine sur une peine sur une peine…”  Un tableau d’honneur a été installé à l’entrée de la zone de détention pour récompenser l’engagement des surveillants. Certains, raconte le directeur, renoncent à des jours de repos pour assurer le maintien d’activités de réinsertion ou des extractions médicales. Mais l’absentéisme atteint 25%, signe d’épuisement des corps et des esprits.Dans ces conditions “contraires à nos principes fondamentaux”, demande Elsa Faucillon, comment prévenir la récidive, une des missions de la prison avec la punition et la protection de la société ? Cette dernière a récemment “été privilégiée”, “choix politique qu’un représentant de l’administration pénitentiaire n’a pas à commenter”, répond M. Benesty. “Ce qui est certain, c’est qu’actuellement à Nanterre, pour pouvoir répondre aux trois missions en même temps, nous sommes carencés.” Les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (Cpip) gèrent 90 dossiers chacun, quand le chiffre référence c’est 60, détaille leur responsable Virginie Nouaille. “Il y a forcément une connaissance moindre” des détenus “qui fragilise notre mission d’évaluation et de prise en charge.” Pour mener cette mission, manquent actuellement six postes de conseillers pénitentiaires. Ainsi que deux assistantes sociales. “Sur deux”, ironise-t-elle. 

Groenland: Trump attendu à Davos pour un face-à-face avec les Européens

Le président américain Donald Trump est attendu à Davos mercredi pour un face-à-face électrique avec les dirigeants européens, alors que sa volonté d’annexer le Groenland menace de faire éclater l’alliance transatlantique.M. Trump devrait rejoindre la très chic station des Alpes suisses avec “environ trois heures de retard” sur l’horaire initial, selon son ministre des Finances Scott Bessent.Parti de Washington en soirée, le dirigeant américain a dû faire demi-tour en vol à la suite d’un problème à bord d’Air Force One et repartir à bord d’un autre appareil peu après minuit (05H00 GMT).Avant son départ pour le Forum économique mondial, M. Trump a raillé les Européens avec virulence au sujet du Groenland, vaste île danoise autonome qu’il convoite.- “Inspirez profondément” -Interrogé sur les extrémités jusqu’auxquelles il était prêt à aller pour en prendre le contrôle aux dépens du Danemark, membre de l’Otan, il répondu: “Vous verrez bien”.”L’Amérique sera bien représentée à Davos – par moi”, a-t-il ensuite déclaré sur son réseau Truth Social.Il a toutefois confié avant son départ n’avoir “aucune idée” de la façon dont son voyage allait se dérouler. Donald Trump participe au Forum pour la première fois depuis 2020. Son discours est prévu à 14H30 (13H30 GMT) selon le programme initial. Il entend par ailleurs tenir plusieurs réunions sur le Groenland.Le président américain insiste sur le fait que le Groenland, terre riche en minéraux, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l’Otan face à la Russie et à la Chine, alors que la fonte des glaces dans l’Arctique ouvre de nouvelles routes et que les superpuissances rivalisent pour obtenir des avantages stratégiques. Il a accentué la pression en menaçant d’imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu’à 25 % à huit pays européens pour leur soutien au Danemark, ce qui a incité l’Europe à menacer les Etats-Unis de représailles.Les États-Unis “se comportent très bizarrement pour des alliés”, a déploré mercredi la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, appelant l’UE à “l’unité et la détermination”.La France a demandé un “exercice de l’Otan au Groenland” et est “prête à y contribuer”, a annoncé l’Elysée.”Inspirez profondément. N’ayez pas ce réflexe de colère”, a rétorqué Scott Bessent, en invitant les Européens à écouter les arguments de Donald Trump.- “”Assez de politesses” -A Davos mardi, Emmanuel Macron a mis en garde contre les tentatives américaines de “subordonner l’Europe” et a qualifié d'”inacceptables” les menaces américaines. L’Union européenne a promis une réponse “inflexible”. Le président français a été la cible des moqueries de son homologue américain, qui a révélé publiquement un SMS proposant un sommet du G7 à Paris jeudi, consacré au Groenland et à l’Ukraine, une proposition restée lettre-morte. Donald Trump a ensuite déclaré qu’il ne participerait à aucune réunion de ce type, tandis que M. Macron a précisé à l’AFP qu’aucune rencontre n’était, de fait, prévue. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quant à elle averti que Donald Trump risquait de plonger les relations des Etats-Unis avec l’UE dans une spirale négative. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, qui s’efforce de réduire la dépendance de son pays vis-à-vis de Washington depuis que Donald Trump a appelé à faire du Canada le 51e Etat américain, a reçu une ovation pour sa position. “Le Canada soutient fermement le Groenland et le Danemark”, a lancé M. Carney au Forum.”Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table (des discussions), nous sommes au menu”, a-t-il ajouté.Le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom a exhorté les Européens à “s’affirmer” sur le sujet du Groenland face à Donald Trump.”Il est passé maître dans l’art d’exploiter les faiblesses, mais il recule lorsqu’on le frappe au visage”, a-t-il dit. “On ne peut pas ménager la chèvre et le chou. Assez de politesses”, a-t-il ajouté: “Arrêtez de chercher à l’apaiser. Combattez le feu par le feu”.- “La fin de l’Otan” -Donald Trump souhaite selon la Maison Blanche se concentrer dans son discours à Davos sur l’économie américaine, confrontée à une hausse du coût de la vie qui menace le Parti républicain alors qu’approchent les élections de mi-mandat de novembre.Mais le Groenland sera immanquablement évoqué.Le Premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, a appelé mardi ses 57.000 concitoyens à se préparer à une éventuelle intervention militaire. Le président lituanien, Gitanas Nauseda, a souligné que toute action de ce type des Etats-Unis contre un allié “signifierait la fin de l’Otan”.Jeudi, Donald Trump devrait annoncer la première charte de son “Conseil de paix”, un organe de résolution des conflits internationaux concurrent des Nations unies. L’invitation lancée au président russe Vladimir Poutine a suscité une vive inquiétude parmi les alliés de l’Ukraine, après près de quatre ans de guerre provoquée par Moscou.