AFP World

Après sa marche arrière sur le Groenland, Trump lance son “Conseil de paix” à Davos

Le président américain Donald Trump lance jeudi son “Conseil de paix” et rencontre son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à Davos, après avoir désamorcé la veille le conflit sur le Groenland qu’il avait lui-même provoqué.Après des semaines de déclarations agressives, le président américain, invité au Forum économique mondial, a subitement annoncé mercredi soir “le cadre d’un futur accord” sur le Groenland et levé ses menaces douanières autant que militaires.Jeudi, M. Trump, qui s’autoproclame faiseur de paix, doit participer en fin de matinée dans la station huppée des Alpes suisses à une cérémonie de signature de la charte fondatrice d’un “Conseil de paix” à sa main, censé œuvrer à la résolution des conflits dans le monde et en concurrence avec les Nations unies.Cette instance avait initialement été conçue pour superviser la reconstruction de Gaza. Mais sa “charte” prévoit un mandat bien plus vaste.- Ticket d’entrée à un milliard -Le ticket d’entrée est d’un milliard de dollars pour un siège permanent. Donald Trump a affirmé à Davos que Vladimir Poutine avait accepté l’invitation. Un peu plus tôt, le président russe avait seulement indiqué que son ministère des Affaires étrangères avait été “chargé d’étudier” la proposition américaine.Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait savoir qu’il avait accepté de siéger.La France a dit “non” et le Royaume Uni, allié clé des Etats-Unis et également membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a indiqué jeudi qu’il ne ferait pas partie des signataires.Mais de nombreux pays du Moyen-Orient sont partants, dont l’Arabie saoudite ou le Qatar.Environ 35 dirigeants ont déjà accepté, sur quelque 50 invitations envoyées, a indiqué mercredi un haut responsable de l’administration Trump aux journalistes.- Rencontre avec Zelensky -L’invitation de Vladimir Poutine inquiète particulièrement les alliés des Etats-Unis, notamment l’Ukraine qui cherche à mettre fin à presque quatre ans de guerre avec la Russie qui a envahi son pays en février 2022.Donald Trump doit rencontrer Volodymyr Zelensky à 13H00 (12H00 GMT), après le lancement de son “Conseil de paix”.Il a dit à Davos de nouveau que les présidents russe et ukrainien étaient proches d’un accord, une affirmation qu’il a souvent répétée même s’il a alternativement blâmé l’un ou l’autre pour l’absence de cessez-le-feu.”Il ne reste qu’un point à régler” dans les négociations, a affirmé jeudi à Davos l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, qui doit se rendre dans la journée à Moscou, avec le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, pour des discussions avec M. Poutine.M. Zelensky s’est dit “inquiet” mardi d’une perte d’attention internationale sur le conflit en Ukraine, le plus sanglant en Europe depuis la Deuxième guerre mondiale.Donald Trump a assuré mercredi avoir conçu avec le chef de l’Otan Mark Rutte “le cadre d’un futur accord concernant le Groenland”.Il y a “encore beaucoup de travail à faire” pour trouver un accord sur le Groenland, a cependant déclaré à l’AFP M. Rutte.Jeudi, ce dernier a précisé que ces discussions avaient pour objectif d’assurer “collectivement” la sécurité de sept pays de l’Arctique face à la Russie et la Chine, en citant les Etats-Unis, le Canada, le Danemark, l’Islande, la Suède, la Finlande et la Norvège. Il s’agit aussi d’assurer que “les Chinois et les Russes ne puissent avoir accès économiquement et militairement au Groenland”, a-t-il ajouté.La porte-parole de l’Otan, Allison Hart a précisé que M. Rutte “n’avait proposé aucun compromis sur la souveraineté” du Danemark.M. Rutte ne peut négocier au nom du Danemark sur le Groenland, a prévenu jeudi le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, tout en soulignant que Mark Rutte avait travaillé “loyalement à la cohésion” de l’Alliance atlantique.”Nous avons une ligne rouge claire. Nous ne céderons pas notre souveraineté sur des parties du Royaume”, a insisté le ministre.Selon une source proche des discussions, les Etats-Unis et le Danemark vont renégocier leur accord de défense datant de 1951 sur le Groenland. La sécurité de l’Arctique va être renforcée et les pays européens de l’Otan y contribueront, a affirmé cette source.S’exprimant jeudi à la tribune à Davos, le chancelier allemand Friedrich Merz a estimé qu'”un monde où seule la puissance compte est dangereux. D’abord pour les petits États et les puissances moyennes, puis pour les grands”.”Gardons donc à l’esprit que notre plus grande force reste la capacité à construire des partenariats et des alliances entre égaux”, a-t-il dit.Egalement présent à Davos, le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, a dénoncé jeudi la destruction par l’administration Trump des alliances nées à la fin de la Seconde guerre mondiale.”Ce n’est pas anodin de détruire plus de 80 ans d’alliances. Il faut des décennies et des décennies pour bâtir la confiance, les organisations, l’architecture sur lesquelles reposent tout cela. Il suffit de quelques semaines, de tweets, d’heures ou de minutes, parfois, pour la détruire”, a dit le gouverneur.

De braconnier à ranger: au Nigeria, le nouveau souffle de la forêt d’Okomu

Avant, James Leleghale Bekewei coupait illégalement des arbres dans la forêt d’Okomu, dans le sud-ouest du Nigeria, contribuant à la déforestation de cette réserve naturelle où vivent des espèces en danger comme l’éléphant de forêt, le pangolin à ventre blanc, la guenon à gorge blanche et le perroquet gris d’Afrique.Mais depuis deux ans, à la tête d’une équipe de rangers dédiés à la protection des lieux, il traque chasseurs et bûcherons qui menacent la biodiversité de cette forêt tropicale, l’une des dernières de la région.”Je suis très bon pour arrêter les gens, je cours très vite”, explique le nouveau converti à la préservation de la nature de 26 ans.Il a été recruté en 2023 par la fondation Africa Nature Investors (ANI), chargée par l’agence nationale des parcs nationaux de gérer cette réserve d’environ 24.000 hectares d’où des dizaines camions chargés de troncs d’arbres illégalement coupés sortaient chaque jour.Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, compte une dizaine de parcs nationaux, tous confrontés à des défis entravant leur mission de conservation: la pression démographique et la pauvreté favorisent le braconnage, la déforestation et l’insécurité, tandis que le manque de moyens et la faible mise en œuvre des régulations peinent à y mettre un terme.Selon la Nigerian Conservation Foundation (NCF), le pays a perdu 96% de sa couverture forestière. Dans l’État d’Edo, où est située Okomu, la déforestation est liée au bûcheronnage illégal ainsi qu’à la culture du palmier à huile, l’État étant le premier producteur d’huile de palme du pays.- “Gardiens du parc” -“La première chose que nous avons faite a été d’embaucher des rangers au sein des communautés locales”, où le taux de chômage est élevé, explique Tunde Morakinyo, fondateur et directeur d’ANI, convaincu que la mission des rangers ne pourra être remplie qu’avec le concours des habitants.”Plus de 300 jeunes des villages autour du parc se sont présentés pour être recrutés”, sourit-il. A l’issue d’épreuves visant à tester la résistance physique et l’intégrité morale des candidats, les futurs rangers ont suivi plusieurs semaines de formation en droits humains et de l’environnement.Et même s’ils sont équipés d’armes, contrairement aux précédents rangers employés par les services nationaux, “ils sont les gardiens du parc, pas des soldats ou des policiers”, assure M. Morakinyo, dont la fondation gère également le parc national de Gashaka Gumti, dans l’est du pays.Ils sont désormais une trentaine à vivre sur place dans une caserne aménagée au cœur de la forêt et à patrouiller chaque jour à travers les sentiers étroits et humides pour débusquer les contrevenants, grâce aux renseignements glanés auprès des habitants.Depuis qu’il est devenu ranger, James Leleghale Bekewei, le bûcheron repenti, a abandonné sa “vie chaotique” et appris à “économiser de l’argent et mener une vie agréable”.Son salaire fixe est de 90.000 nairas par mois (environ 65 dollars), son logement et sa nourriture sont fournis: il gagne “plus d’argent” que lorsqu’il était bûcheron, même si “ce n’est pas facile d’être ranger”.Son collègue, Festus Benjamin, 31 ans, a lui aussi changé de vie: ancien braconnier habitué à pister singes, oiseaux et buffles, il répand désormais la bonne parole de la préservation environnementale et tente de convaincre les habitants des environs “de ne pas chasser les animaux” d’Okomu.En deux ans, les rangers d’ANI ont procédé à environ 200 arrestations – les interpellés sont ensuite livrés à la police – et ce chiffre est en décroissance, affirme Peter Abanyam, le directeur du parc pour ANI.”Ce qui est bon signe” car cela montre que la criminalité a baissé, argumente-t-il.Pour preuve, selon lui, le bruit continu des tronçonneuses a laissé place au pépiement des oiseaux et aux conversations des singes perchés dans la canopée.- “Communautés prospères” -En plus des rangers, ANI a mis en place un programme de microfinancement, en partenariat avec la société de microcrédit Roshan Renewables, auprès de plusieurs villages à l’orée du parc afin de lutter contre le chômage et la pauvreté qui poussent les habitants des environs à se tourner vers des activités prohibées.Le principe: les habitants épargnent chaque mois une somme convenue et au bout de quelques mois, le pot commun leur permet d’obtenir un prêt sans intérêt pour investir dans un projet commun qui leur assurera des revenus.Dans le village d’environ 300 habitants d’Iguowan, qui borde le parc, l’objectif est d’acheter grâce au prêt une nouvelle machine à concasser le manioc pour en faire de la farine, localement appelée garri, à vendre au marché.”Nous avons besoin d’une nouvelle machine, celle-ci nous fait trop souffrir”, implore Felix Isebeni, agriculteur de 35 ans, en désignant de la main l’antique broyeuse manuelle avec laquelle ils opèrent actuellement.”On pourrait produire 10 ou 20 sacs (de farine) par jour, au lieu de deux actuellement”, abonde Titus Okepuk, agriculteur de 53 ans.”Notre ambition est d’avoir un parc vraiment bien protégé, entouré d’un cercle de communautés économiquement prospères, qui travaillent activement avec nous”, décrit Tunde Morakinyo. Prochaine étape pour le fondateur d’ANI: développer l’écotourisme et pourquoi pas générer des crédits carbone, afin que “le parc soit financièrement autonome, si possible pour toujours”.

En Afghanistan, le musée de la résistance contre l’Union soviétique en partie purgé

Chaque mois, Saaduddeen, 67 ans, se rend au musée célébrant la victoire des combattants afghans contre l’occupation soviétique. Il était l’un d’entre eux. Mais le musée, ouvert en 2010 à Hérat en Afghanistan, a changé depuis le retour au pouvoir des talibans.Sur une des collines dominant la grande ville de l’ouest afghan se dresse un bâtiment circulaire aux chatoyantes mosaïques bleues et blanches. Les noms de moudjahidine (résistants afghans) tombés au combat sont inscrits sur ses parois, surmontés de poèmes.Dans les jardins, un avion de chasse Mig-29 de l’armée soviétique pointe vers le ciel, char et hélicoptères militaires rappellent l’invasion par l’Armée rouge, le 27 décembre 1979.Après dix ans de guerre face aux moudjahidine soutenus par différents pays (Etats-Unis, Arabie saoudite, Pakistan…), les troupes soviétiques battront en retraite en février 1989. En bas du musée, une statue de pierre symbolise le départ du dernier soldat.Quinze mille militaires de l’ex-URSS ont perdu la vie entre 1979 et 1989. Côté afghan, le conflit a fait plus d’un million de morts et contraint des millions de personnes à l’exil.”Les Russes sont venus en Afghanistan avec des avions, des tanks, c’était très violent”, se souvient Saaduddeen, barbe blanche et turban sur la tête, qui préfère ne pas donner son patronyme pour des raisons de sécurité. “Je n’étais qu’un jeune homme, à la campagne, mais je voulais défendre l’indépendance”, ajoute celui qui fut blessé à deux reprises.Il vient par fidélité pour ses “amis qui sont morts”.- Visages effacés -A l’intérieur de ce “musée du Jihad”, une reconstitution grâce à une peinture murale et des figurines en plâtre rappelle la souffrance des civils et la lutte antisoviétique.Les scènes montrent des femmes lançant des pierres contre les forces du gouvernement procommuniste ou soignant des moudjahidine blessés, des combattants, chapelet musulman en main, prenant le contrôle d’un char soviétique et des paysans luttant fourche à la main.A l’ouverture du musée, en 2010, et durant de nombreuses années, les figurines, fabriquées par des artisans et étudiants, montraient les visages. Mais aujourd’hui, la bouche, le nez et les yeux des personnages ont été éliminés, leur visage n’est plus qu’une surface plane. La tête des animaux a aussi été recouverte d’une couche de plâtre uniforme.Le personnel du musée s’est refusé à tout commentaire sur ce sujet.Selon l’interprétation ultra-rigoriste de la loi islamique par les autorités talibanes, la représentation d’êtres vivants doit être interdite. En 2024, le ministère de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice (PVPV) avait souligné que cette règle devrait être progressivement appliquée partout dans le pays.Dans une scène représentant une réunion de commandants moudjahidine, aucun signe ne permet de reconnaître l’identité des participants.”C’est moins personnel”, remarque Saaduddeen, “mais c’est bien que le musée existe”.- Vide -Dans une galerie initialement conçue comme une sorte de “hall of fame”, figuraient des portraits des commandants moudjahidine héros de la lutte antisoviétique qui se déchirèrent ensuite lors d’une sanglante guerre civile ayant abouti à la première prise de pouvoir des talibans (1996-2001), selon des photos des années 2010. Parmi eux, Ahmad Shah Massoud (1953-2001) qui combattit les talibans, ou Ismaïl Khan, l’ex-gouverneur de Hérat qui fut un des promoteurs du musée.La galerie est aujourd’hui vide.Le musée est aussi moins fréquenté par les familles depuis que les femmes, sauf très rares exceptions, n’ont plus le droit d’y entrer. “Ce serait mieux si des familles entières pouvaient venir car les générations futures doivent connaître cette histoire”, confie un visiteur sous couvert d’anonymat.Autre changement, l’absence d’un des employés emblématique et surprenant: cheikh Abdullah. Cet officier soviétique, né sous le nom de Bakhretdin Khakimov, avait été blessé en 1985 mais soigné et sauvé par les moudjahidine. Resté en Afghanistan, il se convertira à l’islam et travaillera au musée à partir de 2013.A sa mort accidentelle en 2022, le porte-parole du gouvernement taliban avait souligné le parcours de cet homme et présenté ses condoléances. Il repose désormais, comme il le souhaitait, dans une tombe ornée de fleurs, sur les hauteurs du musée.

L’Australie se recueille après la tuerie antisémite de la plage de Bondi

Les Australiens se sont recueillis jeudi soir pour honorer la mémoire des 15 personnes décédées lors d’une tuerie antisémite sur la plage de Bondi à Sydney en décembre, l’attentat le plus meurtrier dans le pays depuis une trentaine d’années.Les drapeaux ont été mis en berne jeudi, jour de deuil national, et les Australiens ont observé une minute de silence à 19H01 (08H01 GMT) et allumé des cierges à leurs fenêtres et devant leurs portes.Rescapés, familles de victimes, secouristes et responsables politiques se sont également réunis et ont allumé 15 bougies pour leur part à l’opéra de Sydney, lors d’une soirée d’hommage avec pour slogan: “La lumière vaincra”.”Vous êtes venus célébrer un festival de lumière et de liberté, et vous avez été confrontés à la violence de la haine”, a déclaré le Premier ministre Anthony Albanese, en s’adressant à l’assemblée à l’opéra, et portant une kippa.”Je suis profondément et sincèrement désolé que nous n’ayons pas pu protéger vos proches de ce malheur”.Sajid Akram et son fils Naveed sont accusés d’avoir ouvert le feu le 14 décembre sur une foule qui célébrait la fête juive de Hanouka sur l’emblématique plage de Bondi.- Antisémitisme -Selon les autorités, l’attentat était inspiré par l’idéologie du groupe jihadiste Etat islamique (EI).Parmi les victimes décédées figurent un rescapé de la Shoah de 87 ans, un couple ayant tenté d’arrêter l’un des assaillants ou encore une enfant de 10 ans.Malgré le danger, des citoyens ordinaires ont aussi fait preuve d’héroïsme ce jour-là : des sauveteurs se précipitant pour soigner les blessés, des personnes se protégeant mutuellement des tirs, et un commerçant local, Ahmed al Ahmed, arrachant son arme à l’un des assaillants. “Ce sont eux, les héros, n’est-ce pas? Les gens qui sont intervenus et se sont mis en danger”, a déclaré David Barrett, un enseignant, interrogé sur la plage de Bondi. “C’est regrettable d’en arriver là. Mais cela montre bien l’esprit australien, que les gens sont toujours prêts à intervenir et à aider”.Le chef du gouvernement, a été la cible de critiques en amont de l’attaque pour son atermoiement supposé face à l’antisémitisme.Depuis la tuerie, M. Albanese a ordonné l’établissement d’une “commission royale d’enquête fédérale” disposant de larges pouvoirs, chargée notamment d’enquêter sur les failles des renseignements et les signes d’une montée de l’antisémitisme, en particulier depuis le 7-Octobre.Le Parlement australien a pour sa part durci mardi le contrôle des armes à feu, avec la mise en place un programme national de rachat d’armes et le renforcement des règles d’importation d’armes et des vérifications d’antécédents pour obtenir un permis.Les deux chambres ont par ailleurs accru les peines visant les personnes diffusant des discours de haine ou visant à promouvoir la violence, et facilité les refus ou annulations de visa pour les personnes soupçonnées de terrorisme ou de diffusion de contenus haineux.L’assaillant Sajid Akram, âgé de 50 ans, a été tué par la police. Son fils de 24 ans a, lui, été inculpé pour terrorisme et meurtres. D’après la police, les deux hommes n’ont pas reçu d’aide extérieure et ne faisaient pas partie d’une organisation terroriste.Ils s’étaient toutefois rendus dans le sud des Philippines dans les semaines précédant la tuerie. Ce voyage a alimenté les soupçons autour de possibles liens avec des extrémistes dans une région connue pour plusieurs insurrections islamistes.Les deux hommes avaient aussi enregistré en octobre une vidéo contre les “sionistes”, assis devant un drapeau du groupe Etat islamique, d’après les forces de l’ordre.

Le Conseil de l’Europe “alarmé” par les prisons en France

Surpopulation, insalubrité, violences. Le Conseil de l’Europe a dénoncé jeudi l’état des prisons françaises, mettant en garde dans un rapport contre une évolution en “entrepôt humain”.”Nous sommes extrêmement inquiets quant aux conditions d’incarcération en France”, a déclaré Alan Mitchell, président du Comité pour la prévention de la torture (CPT) du Conseil de l’Europe, vigie des droits fondamentaux sur le continent, cité dans un communiqué.Une délégation du CPT a effectué une visite en France fin 2024 dans quatre prisons (Fleury-Mérogis et Fresnes en région parisienne, Baumettes à Marseille dans le sud et Villefranche-sur-Saône dans le Rhône) et à l’établissement pénitentiaire pour mineurs de la Valentine-Marseille.Bilan de la visite : “l’accroissement de la surpopulation carcérale est particulièrement alarmant”. “La surpopulation carcérale peut transformer une prison en un entrepôt humain” , écrit le CPT, dont le précédent rapport sur la France remontait à 2021.La très grande majorité des détenus rencontrés n’a pas fait état de mauvais traitements physiques de la part du personnel pénitentiaire, reconnaissent les auteurs du rapport.”Néanmoins, la délégation a recueilli des allégations crédibles de violences physiques”, notamment des claques et des coups, selon le document, qui évoque une situation “particulièrement préoccupante” à Fresnes et Villefranche-sur-Saône. La violence physique entre détenus était répandue, notamment dans “les cours de promenade, où le personnel pénitentiaire n’intervenait généralement pas”. Au point que certains refusent “de sortir de leur cellule par crainte de violence”.- Rats, cafards… -Du côté des bâtiments, le CPT note que la prison des Baumettes et la maison d’arrêt pour hommes de Fleury-Mérogis ont fait l’objet d’une rénovation complète. En revanche, “les conditions d’incarcération à la prison de Fresnes étaient indignes, avec des locaux et des cellules humides, vétustes et insalubres, ainsi que la présence alarmante de rats, de cafards et de punaises de lit”.A Villefranche et à la maison d’arrêt pour femmes de Fleury-Mérogis, “les cellules étaient vétustes et décrépites, avec du mobilier et des fenêtres cassés”. Le rapport déplore de façon générale le “régime d’activités assez pauvre” des prisonniers, qui passent “près de 20 heures par jour en cellule et encore plus le week-end”. Un manque encore plus criant dans les quartiers pour mineurs où “l’enseignement se limitait souvent à une à deux heures par jour”.La délégation du CPT a visité en outre 14 établissements de police et de gendarmerie. Elle y a constaté des conditions souvent insalubres dans les commissariats, avec des toilettes bouchées.Des détenus interrogés ont fait état de coups, voire de violences évoquant la mort de George Floyd en 2020 aux Etats-Unis : “plusieurs hommes ont décrit avoir été plaqués au sol puis maintenus par plusieurs policiers, certains exerçant une pression avec leurs genoux au niveau du thorax et de la nuque, parfois avec un pied écrasant le visage”.”Une telle technique devrait être revue car elle présente un risque important d’asphyxie”, avertit le CPT.- Travaux -Dans leur réponse contenue dans le rapport, les autorités françaises “indiquent leur intention de renforcer la formation dispensée aux forces de l’ordre” et s’engagent “à réaliser des travaux ou des améliorations des conditions matérielles”.Début janvier, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a dit vouloir vaincre la surpopulation carcérale, notamment en construisant des prisons, mais en écartant toute régulation du nombre de détenus. Son ministère compte ouvrir d’ici un an et demi 3.000 places supplémentaires dans des prisons modulaires.Selon les chiffres officiels, il y avait un nombre record de 86.229 détenus pour 63.613 places de prison en France au 1er décembre 2025, soit un taux d’occupation globale de 136,5%.”Le CPT est fermement convaincu que la construction de nouvelles prisons ou l’augmentation de la capacité des prisons ne constituent pas une solution durable au problème de la surpopulation”, selon le rapport.La France figure parmi les mauvais élèves en Europe en termes de densité carcérale. Seules la Slovénie et Chypre font pire, selon une étude publiée en juillet par le Conseil de l’Europe, qui compte 46 pays membres.