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Des jihadistes européens transférés de Syrie en Irak, pays qui réclame leur rapatriement

Des Européens figurent parmi les détenus de haut rang de l’organisation Etat islamique (EI) que les Etats-Unis ont transférés de Syrie vers l’Irak voisin, qui a réclamé vendredi leur rapatriement dans leurs pays d’origine.Sous la pression militaire de l’armée syrienne, les forces kurdes se sont retirées cette semaine des prisons où elles gardaient des jihadistes du groupe Etat islamique (EI) depuis sa chute en 2019, ainsi que des camps où elles surveillaient leurs familles, dans le nord-est de la Syrie.Les Etats-Unis ont commencé cette semaine à transférer 7.000 prisonniers de l’EI depuis la Syrie vers l’Irak.Parmi 150 premiers prisonniers de haut rang déjà transférés dans une prison de Bagdad figurent des Européens, ont indiqué à l’AFP deux responsables de sécurité irakiens. Amnesty International a jugé vendredi que le groupe de 7.000 détenus en partance pour l’Irak “comprend certainement des Syriens, des Irakiens et d’autres étrangers, ainsi qu’environ 1.000 garçons et jeunes hommes”.L’ONG des droits humains a prié les Etats-Unis de “mettre en place de toute urgence des garanties avant de procéder à d’autres transferts” et demandé à l’Irak d’organiser “des procès équitables, sans recourir à la peine de mort”.Vendredi, le chef du gouvernement irakien Mohamed Chia al-Soudani a appelé, lors d’une conversation téléphonique avec le président français Emmanuel Macron, les pays européens à rapatrier leurs ressortissants, ce qu’ils refusent jusqu’à présent.Malgré les appels répétés des Kurdes et des Etats-Unis dans le passé, les gouvernements étrangers ont généralement évité de rapatrier leurs ressortissants, craignant des menaces sécuritaires et des réactions politiques négatives.- “Vide sécuritaire” – En 2014, l’EI s’est emparé de vastes territoires en Syrie et en Irak, commettant des massacres et réduisant les femmes et les filles à l’esclavage sexuel, mais avec le soutien d’une coalition menée par les Etats-Unis, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, ont finalement vaincu les jihadistes en Syrie cinq ans plus tard.Ils avaient capturé des milliers de combattants du groupe, qui avait établi un “califat” à cheval entre l’Irak et la Syrie.Dans le plus grand camp de proches de jihadistes, al-Hol, la situation était “volatile” ces derniers jours, a indiqué vendredi l’ONU.Les Kurdes s’en étaient retirés mardi et les forces syriennes y sont entrées le lendemain.Un ancien employé humanitaire ayant requis l’anonymat a indiqué à l’AFP que des détenus ont profité du “vide sécuritaire” pour s’évader, sans en préciser le nombre ou la nationalité.Al-Hol abrite plus de 23.000 personnes, en grand nombre des femmes et des enfants, dont près de 15.000 Syriens et plus de 2.200 Irakiens. Outre les Irakiens, les étrangers du camp sont au nombre de 6.280, en majorité des Arabes et des Asiatiques, mais aussi un petit nombre d’Occidentaux, selon l’administration précédente.- Du pain et de l’eau -Après avoir dû suspendre leur présence durant trois jours pour des raisons sécuritaires, des employés du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) ont pu à nouveau entrer vendredi en fin de journée à l’intérieur du camp d’al-Hol, accompagnés par des représentants du gouvernement syrien.  “La livraison de fournitures essentielles a repris”, a annoncé l’agence sur le réseau X, ajoutant que “des camions transportant du pain” sont rentrés dans le camp. Le HCR et l’Unicef avaient pu y faire livrer de l’eau la veille.L’agence avait pris en charge la gestion du camp le 1er janvier, avant le début des hostilités entre Damas et les forces kurdes, a précisé sa porte-parole Céline Schmitt.Un deuxième camp plus petit, Roj, qui reste sous contrôle des FDS, abrite 2.328 personnes, pour la plupart des étrangers dont des Occidentaux, parmi lesquels des Français.Un cessez-le-feu, proclamé mardi soir, est globalement respecté entre l’armée syrienne et les Kurdes.En vertu d’un accord, quelque 800 combattants kurdes qui étaient retranchés dans la prison d’Al-Aqtan à Raqa, où ils gardaient des prisonniers de l’EI, ont été évacués sous la garde des forces syriennes.Un journaliste de l’AFP à Raqa a vu des cars et des voitures quitter la prison dans la nuit de jeudi à vendredi, escortés par des véhicules des forces syriennes.Lundi, le ministère syrien de l’Intérieur avait affirmé que 120 membres de l’EI s’étaient évadés d’une autre prison, Chaddadi, mais qu’il avait réussi à en arrêter 81.”Les récentes évasions présumées de détenus de Daech (acronyme de l’EI) au milieu des affrontements sont extrêmement préoccupantes”, a déclaré vendredi un porte-parole de la Commission européenne, Anouar El Anouni.

Incendie meurtrier d’un bar en Suisse : le propriétaire français libéré, les familles “sidérées”

La justice suisse a ordonné vendredi la libération du propriétaire français du bar de Crans-Montana ravagé par un incendie qui a fait 40 morts la nuit du nouvel an, suscitant la colère des avocats des familles des victimes.”Un scandale et une honte à l’égard des victimes et de leurs familles”, a réagi auprès de l’AFP …

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Pour Laurent Vinatier, ex-prisonnier en Russie, “le traumatisme” et le “miracle”

Le soulagement d’être un homme libre est incommensurable pour celui qui a cru mourir dans une prison russe. C’est “comme un miracle”, confie Laurent Vinatier, dans un entretien à l’AFP où il décrit le traumatisme de l’incarcération, qui l’a changé “de manière cardinale”.Il ne sait rien “des détails, des négociations” entre la France et la …

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Collision ferroviaire en Espagne : la rupture d’un rail avant l’accident, hypothèse privilégiée

L’enquête sur l’origine de la collision de deux trains qui a fait 45 morts dimanche dans le sud de l’Espagne s’oriente vers la piste d’une “rupture” d’un rail au niveau d’une soudure qui se serait produite juste avant la catastrophe.Le drame s’est produit lorsque les trois dernières voitures d’un train allant de Malaga à Madrid …

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Ukrainiens, Russes et Américains ont tenu leurs premiers pourparlers à Abou Dhabi

Des négociateurs russes, ukrainiens et américains ont discuté vendredi à Abou Dhabi, pour la première fois sous ce format, des conditions pour mettre fin à quatre années de guerre en Ukraine, alors que Moscou continue d’exiger de Kiev un retrait de ses forces du Donbass.Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, l’épineuse question des territoires reste le principal point de blocage dans ces négociations qui doivent durer jusqu’à samedi.Ces pourparlers marquent les premières négociations directes connues entre Moscou et Kiev sur le plan américain de règlement de la guerre, qui a fait des dizaines de milliers de morts depuis 2022.Selon le négociateur en chef ukrainien, Roustem Oumerov, les entretiens de vendredi ont porté “sur les paramètres permettant de mettre fin à la guerre menée par la Russie et sur la suite logique du processus de négociation visant à progresser vers une paix digne et durable”.”D’autres réunions sont prévues pour demain”, a-t-il ajouté.Côté russe, la délégation est menée par le général Igor Kostioukov, qui dirige le renseignement militaire (GRU).Washington est notamment représentée par les émissaire spéciaux Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.- “Quitter le Donbass” -Ces pourparlers s’inscrivent dans un contexte difficile pour l’Ukraine, dont le réseau énergétique a été sévèrement mis à mal par une série de frappes russes, provoquant des coupures d’électricité et de chauffage d’ampleur par des températures glaciales, notamment à Kiev.Sur le front, les troupes ukrainiennes sont sur le recul depuis près de deux ans face à un adversaire plus nombreux et mieux armé, Kiev dépendant en grande partie du soutien financier et militaire occidental.Le Kremlin, qui affirme que ses objectifs en Ukraine seront atteints par la voie militaire si la diplomatie venait à échouer, a répété vendredi l’une de ses conditions majeures pour mettre fin à son offensive.”Les forces armées ukrainiennes doivent quitter le Donbass, elles doivent s’en retirer. C’est une condition très importante”, a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.”Sans règlement de la question territoriale (…), il est inutile d’espérer la conclusion d’un accord de long terme”, a-t-il ajouté.Cette réunion à Abou Dhabi s’est tenue au lendemain de deux rencontres à un plus haut niveau : l’une à Davos entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump, et l’autre à Moscou entre Vladimir Poutine et les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner.Des négociations directes entre Russes et Ukrainiens avaient déjà eu lieu lors de la première année du conflit, en 2022, et à plusieurs reprises au cours de l’année 2025 à Istanbul.Ces pourparlers n’avaient débouché que sur des échanges de prisonniers et de dépouilles de soldats.”La question du Donbass est clé”, a reconnu vendredi Volodymyr Zelensky, en référence à ce territoire industriel et minier de l’est de l’Ukraine aujourd’hui en grande partie contrôlé par la Russie, qui exige que l’armée ukrainienne se retire des zones restantes.Une autre rencontre, consacrée aux questions économiques, s’est tenue également vendredi à Abou Dhabi entre M. Witkoff et l’émissaire du Kremlin aux questions économiques internationales, Kirill Dmitriev.- Ingérence -Ces pourparlers se tiennent loin de l’Europe et sans participation des pays de l’UE, qui craignent que Washington ne pousse Kiev à accepter un accord jugé trop favorable à Moscou. La Russie n’a pour sa part eu de cesse de critiquer l’ingérence des Européens dans les négociations.A Davos la veille, M. Zelensky avait tenu un discours très dur envers ses principaux soutiens politiques et financiers, disant voir une Europe “fragmentée” et “perdue” lorsqu’il s’agit d’influer sur les positions de Donald Trump, et manquant de “volonté politique” face à Vladimir Poutine.En marge du Forum économique mondial, il s’était brièvement entretenu avec M. Trump, assurant avoir obtenu du dirigeant américain un accord sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, qui doit désormais être finalisé par les deux dirigeants et les Parlements des deux pays.Sur le terrain, les bombardements se sont poursuivis. Dans la région orientale de Donetsk, une frappe russe a fait quatre morts jeudi soir, dont un enfant de cinq ans, tandis qu’un autre tir russe a tué trois civils vendredi dans la région de Kharkiv (nord-est), selon les autorités ukrainiennes.

Lait infantile: Danone élargit son rappel, situation sous contrôle en France, selon le gouvernement

Le géant agroalimentaire Danone a annoncé vendredi élargir son rappel de laits infantiles à d’autres marchés après Singapour, alors qu’en France, les autorités ont assuré que tous les lots concernés par une possible contamination d’origine bactérienne avaient été retirés du marché.”Afin de se conformer aux dernières recommandations” de certains pays, “Danone procédera au retrait, sur certains marchés ciblés, d’un nombre très limité de lots spécifiques de laits infantiles”, a indiqué vendredi soir le groupe dans un communiqué.Une source proche du dossier a évoqué “l’évolution de recommandations de certaines autorités, en l’occurrence notamment l’Irlande”. Plusieurs lots de lait infantile commercialisés en France comme à l’international, notamment par Nestlé et Lactalis, ont récemment fait l’objet de rappels en raison de la présence potentielle de céréulide, une toxine produite par certaines bactéries.Danone applique “un principe de précaution maximal, motivé par ces nouvelles recommandations réglementaires”, a ajouté la source proche du dossier.Le groupe assure que “les contrôles de routine et les analyses ciblées supplémentaires” “confirment” que ses produits “sont sûrs et pleinement conformes à l’ensemble des réglementations applicables en matière de sécurité alimentaire”.Mercredi, le titre de Danone a dévissé à la Bourse de Paris, après l’annonce du blocage par l’agence alimentaire de Singapour de quelques palettes de lots de lait Dumex 1er âge.En France, tous les lots de laits infantiles concernés par une possible contamination d’origine bactérienne ont “été retirés” du marché, a assuré vendredi la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.Deux enquêtes pénales ont été ouvertes à Bordeaux et Angers après les morts récentes de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour cause de “possible contamination” par une substance toxique liée à la bactérie Bacillus Cereus (céréulide), sans “lien de causalité” établi pour l’heure, selon les autorités.S’adressant aux parents qui donnent du lait en poudre à leurs bébés, la ministre a conseillé vendredi de “vérifier” si leurs boîtes de lait avaient été rappelées sur le site “rappel conso”. “Si jamais c’est le cas, il faut la mettre de côté et acheter une autre boîte de lait”, a-t-elle déclaré sur BFMTV.- Condoléances de Nestlé -Nestlé avait engagé le 5 janvier un vaste rappel de laits infantiles des marques Guigoz et Nidal en raison de la présence potentielle de “céréulide” dans ces produits pourtant très contrôlés. Ce composant toxique, produit dans certaines conditions par une famille de bactéries, les Bacillus cereus, peut causer d’importants vomissements dans les heures suivant sa consommation.Si le lien de causalité avec le décès des deux nourrissons n’est pas établi, le géant suisse de l’agroalimentaire a exprimé vendredi ses “plus sincères condoléances aux familles qui sont en deuil”, disant rester “à la disposition des autorités” pour collaborer à l’enquête.Le fabricant de l’huile riche en acide arachidonique (ARA) à l’origine de la présence potentielle de céréulide est le producteur chinois Cabio Biotech, a-t-on appris de sources proches du dossier.Cette entreprise, fondée en 2004 et dont le siège se trouve à Wuhan, est le principal producteur chinois de ce type d’huiles et fournit de nombreux producteurs de lait infantile locaux ou internationaux (Nestlé, Danone, notamment).Après Nestlé, le français Lactalis a aussi annoncé mercredi le lancement d’un vaste rappel de lait infantile dans plusieurs pays dont la France.D’une manière générale, les contrôles de sécurité alimentaire sont particulièrement stricts pour les produits très sensibles comme le lait infantile, selon un point réalisé par l’AFP avec le géant mondial des laboratoires d’analyses, le Français Eurofins.La recherche des bactéries de la famille des Bacillus cereus, est systématiquement proposée mais la céréulide, une toxine produite par certaines souches de Bacillus cereus dans certaines conditions, ne fait pas partie des contrôles classiques.Néanmoins, selon Eurofins, dans le contexte actuel, ce test est en ce moment demandé car l’ensemble des acteurs des produits laitiers en général et des poudres infantiles en particulier se préoccupent de la situation.bur-pan-ito-ned-ngu/jbo/bfi

Pour Laurent Vinatier, ex-prisonnier en Russie, “le traumatisme” et le “miracle”

Le soulagement d’être un homme libre est incommensurable pour celui qui a cru mourir dans une prison russe. C’est “comme un miracle”, confie Laurent Vinatier, dans un entretien à l’AFP où il décrit le traumatisme de l’incarcération, qui l’a changé “de manière cardinale”.Il ne sait rien “des détails, des négociations” entre la France et la Russie qui ont conduit le président russe Vladimir Poutine à le gracier et le libérer le 8 janvier en échange du basketteur russe Daniil Kasatkin.Mais une certitude: “une page s’est tournée”, “je n’ai pas du tout envie de revenir” en Russie. “J’y suis allé quelques années. Mais voilà, c’est fini. C’est un chapitre clos”, raconte ce chercheur spécialiste de l’espace post-soviétique qui a “une longue histoire” avec ce pays.Avant son incarcération, la Russie exerçait sur lui “une espèce de fascination romantique”. “Comme pour la plupart des Français (…) Ça date depuis Voltaire et Diderot”, poursuit Laurent Vinatier, russophone, marié à une Russe.Le 6 juin 2024, il est à une terrasse de café à Moscou quand il  est arrêté pour ne pas s’être enregistré comme agent de l’étranger. “Je n’y croyais pas”, se remémore-t-il. Il avait déjà été interrogé des années auparavant et était ressorti libre.Et le motif est infondé: “évidemment que je ne savais pas qu’il fallait s’enregistrer” puisqu’il ne travaillait pas en Russie. “J’étais nécessairement un agent de l’étranger”.A ce moment-là, il est en mission de dix jours pour une ONG suisse qui fait de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels.- Cellule VIP -Il doit monter une conférence avec des chercheurs internationaux sur l’usage de l’intelligence artificielle dans les conflits.Quatre jours avant son départ, il est incarcéré à Moscou. Sur le trajet de la prison, il est trimballé dans une cage où on ne peut pas s’asseoir.Il pensait être assigné à résidence, il restera 10 mois au centre de détention numéro 7. A posteriori, il comprend que c’est une cellule “VIP”. Ils sont 14 autres détenus mais “il y a une interaction sociale” même si les rapports de force sont immédiatement palpables.Les journées sont rythmées par des jeux, dominos ou échecs “pour s’intégrer socialement”. “On participe à la vie de la cellule, le ménage. On achète au magasin (…) du thé, des petits gâteaux, du chocolat. Et puis on lit. (…) J’ai écrit et lu autant que je pouvais”, raconte-t-il. Les journées sont finalement “très rythmées”. Il doit néanmoins digérer l’escroquerie dont lui et sa femme sont victimes de la part d’un avocat qui est parvenu à leur soutirer un million de roubles (plus de 11.200 euros au cours actuel).- Conditions “terribles” -Mais après le procès en appel, la plongée dans l’horreur est vertigineuse.Laurent Vinatier est transféré dans un centre de détention de transit en vue d’être incarcéré dans une colonie pénitentiaire.C’est à Toula, à 200 kilomètres au sud de Moscou.Les conditions y sont “terribles”. “J’aurais jamais pu imaginer ça. Il n’y avait pas de livres. Les toilettes, c’était des trous. C’était sale tout autour. Il n’y avait pas de chasse d’eau. L’eau coulait à peine. Pas d’eau chaude, évidemment. On ne pouvait pas faire bouillir de l’eau. Il n’y avait rien”, dit-il. Il y reste 15 jours au cours desquels il apprend qu’une nouvelle enquête va commencer, cette fois pour espionnage.Le temps d’organiser son retour à Moscou, il est conduit à l’hôpital de la prison.”Je n’étais pas tout seul à l’hôpital, mais seul dans cette chambre. Et je sentais que j’étais déjà sous la coupe du FSB”, le renseignement russe.”Là, j’ai eu très peur. J’ai cru que j’allais mourir. J’ai cru qu’on allait me faire des expériences”, se souvient-il.Au moment des repas, il s’arrange pour ne pas prendre le plateau qui lui est destiné, de peur d’être empoisonné.Il doit affronter le regard d’autres détenus mourants, dont la souffrance se lit sur le visage.Dans la nuit du 10 mai 2025, il apprend qu’il va être envoyé dans la prison du FSB à Moscou. Nouvelle dégringolade, “l’isolement est total”.Les conditions d’hygiène sont normales. “Mais c’est le confinement. C’est l’enfermement réel”, dit-il. Il ne sort qu’une heure maximum dans des cours délabrées. Dans la cellule, les fenêtres ne s’ouvrent pas, “sauf une en haut”. – Extrême vulnérabilité -Les relations aux gardiens sont “plus sévères, plus autoritaires”. Il y a “plus de pression, des cris”. Sur les accusations d’espionnage, il se souvient avoir pensé que le FSB ne trouverait rien puisque c’est infondé. Mais la peur est omniprésente.”J’ai peur qu’ils inventent des preuves. Tout était possible. (…) Je ressens une extrême vulnérabilité”, explique-t-il, avec ce sentiment de ne pouvoir respirer. “Les interrogatoires se passent bien. Ce n’est pas comme dans les films où il y a des torture physiques, où il n’y a pas de lumière”. “Ce sont des interrogatoires normaux. Mais c’est tout ce qu’il y a en dehors des interrogatoires qui fait peur. Tout ce qu’ils ne disent pas. Tout ce qu’ils laissent penser. Les menaces larvées. Quinze ans, vingt ans de prison. (…) Ce sont ces messages subliminaux (…) qui stimulent mon imagination dans le mauvais sens.”Et puis, il y a cette obligation de prélèvement de son ADN.”L’ADN c’est un peu comme les empreintes digitales. Vous vous dites que ça va être un élément de preuve. Ils peuvent utiliser n’importe quoi. Tu as été là, parce qu’on a retrouvé ton ADN”. Aujourd’hui, Laurent Vinatier aspire à vivre ses rêves et faire ce qu’il a toujours voulu faire, écrire des histoires.”J’avais jamais vraiment osé ou j’avais peut-être rien à dire”, dit-il.”Il y a tout ce qu’on peut tirer de la prison. C’est toutes les autres histoires qu’on pourra tirer qui sont inspirées par ce que j’ai vu en prison, qui parleront de la vie, de l’amour, de la mort. Tous les thèmes éternels”.

Incendie meurtrier d’un bar en Suisse : le propriétaire français libéré, les familles “sidérées”

La justice suisse a ordonné vendredi la libération du propriétaire français du bar de Crans-Montana ravagé par un incendie qui a fait 40 morts la nuit du nouvel an, suscitant la colère des avocats des familles des victimes.”Un scandale et une honte à l’égard des victimes et de leurs familles”, a réagi auprès de l’AFP Me Jean-Luc Addor, qui représente les proches d’un adolescent décédé dans le drame de la station des Alpes.Un tribunal du canton suisse du Valais a annoncé avoir “levé la détention provisoire” de Jacques Moretti après le versement d’une caution de 200.000 francs suisses (environ 215.000 euros) par “un de ses amis proches”.Comme pour son épouse et copropriétaire Jessica, qui est resté libre, le tribunal lui a imposé des “mesures de substitution” destinées à “contrer le risque de fuite présenté par le prévenu”.En plus de la caution, il s’agit selon le tribunal de “mesures classiques” comme l’interdiction de quitter le territoire helvétique ou l’obligation de se présenter quotidiennement à un poste de police.M. Moretti, un Corse d’origine âgé de 49 ans, est mis en cause avec son épouse dans l’enquête ouverte après la tragédie. Avant son incarcération provisoire le 9 janvier, plusieurs avocats de victimes ou familles de victimes s’étaient déjà étonnés du fait que le ministère public ne prenne pas en compte le risque de collusion, voire de fuite, en le laissant libre. “Mes clients relèvent qu’une nouvelle fois il n’est émis aucune considération sur le risque de collusion et de disparition des preuves”, a regretté vendredi dans un message à l’AFP Me Romain Jordan, avocat de plusieurs familles de victimes. – Un ministre “sans voix” -L’indignation a même gagné l’Italie, dont sont originaires de nombreuses victimes, où le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a dit sur X “rester sans voix” face à cette libération, qui selon lui “constitue un véritable affront aux sentiments des familles qui ont perdu leurs enfants”.”C’est une décision inattendue et particulièrement sidérante pour mon client et les familles de victimes”, a réagi de son côté à l’AFP Me Christophe De Galembert, défenseur du père d’un enfant décédé.”Des soupçons très graves pèsent sur Jacques Moretti”, ajoute-t-il, évoquant un “risque de fuite en France, et particulièrement en Corse, où le prévenu a pourtant des attaches connues”.Il s’interroge aussi sur le “risque de collusion, que ce soit avec tiers ou même entre les époux Moretti eux-mêmes”.De leur côté, les défenseurs du couple Moretti ont indiqué dans un bref communiqué que leurs clients “prennent toute la mesure de la décision rendue et des obligations qu’elle impose”.Rappelant que “tout prévenu est présumé innocent” jusqu’à une éventuelle condamnation, le tribunal a souligné que le “principe cardinal en procédure pénale suisse est que le prévenu reste en liberté jusqu’à son jugement”.”La détention provisoire subie jusqu’à ce jour par le prévenu n’avait pas pour but de déjà le punir”, a-t-il encore expliqué.L’incendie du bar Le Constellation, qui a principalement frappé des adolescents et de jeunes adultes, a été provoqué selon l’enquête par les étincelles de bougies “fontaine” qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol de l’établissement. L’enquête devra lever le voile sur les circonstances exactes de l’incendie, le respect des normes par les propriétaires et les différentes responsabilités, alors que la commune de Crans-Montana a notamment reconnu avoir failli à effectuer des contrôles sécurité et incendie dans l’établissement depuis 2019.En tant que propriétaires de l’établissement, les époux Moretti font l’objet d’une instruction pénale pour “homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence”. Ils ont été entendus mardi et mercredi sur les faits par la justice du canton.Lors de ces auditions de plus de dix heures chacune, les avocats présents n’ont pu poser toutes leurs questions. Ils “seront en mesure de le faire lors d’audiences ultérieures”, a indiqué vendredi le ministère public du Valais, sans préciser quand celles-ci auraient lieu.”Seuls les gérants sont prévenus”, mais le ministère public “se réserve le droit d’étendre l’instruction à toutes les personnes dont la responsabilité pénale pourrait être engagée”, a-t-il ajouté.Au total, 70 des 116 blessés dans l’incendie restent hospitalisés, dont 26 en Suisse et 44 à l’étranger (Allemagne, Belgique, France et Italie), a appris l’AFP auprès des autorités fédérales et des hôpitaux helvétiques.