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Le Chili élit son président sur fond d’insécurité et de poussée de l’extrême droite

Les Chiliens votent dimanche pour élire leur président, au terme d’une campagne centrée sur le crime organisé et les promesses d’expulsions de migrants sans-papiers de l’extrême droite, qui ont mis la gauche sur la défensive.Pour la première fois depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990, la droite radicale pourrait revenir au pouvoir.Les Chiliens ont commencé à voter dans la matinée, a constaté l’AFP. Les premiers résultats devraient être connus environ deux heures après la fermeture des bureaux de vote, prévue à 16H00 (19H00 GMT).La communiste Jeannette Jara, candidate de la coalition de centre gauche au pouvoir, arrive en tête des sondages, devant son rival d’extrême droite José Antonio Kast. Mais lors d’un probable second tour, elle est donnée battue par un candidat de droite ou d’extrême droite, du fait du report des voix.L’extrême droite est aussi représentée par Johannes Kaiser, du Parti national libertarien, souvent présenté comme la version chilienne du président argentin Javier Milei et en progression dans les sondages.Bien que le pays, riche en cuivre et en lithium, reste l’un des plus sûrs du continent, la criminalité y a sensiblement augmenté. Le taux d’homicides a bondi de 2,5 à 6 pour 100.000 habitants en une décennie et les enlèvements ont atteint 868 cas l’an dernier, en hausse de 76% par rapport à 2021, selon les autorités.”L’insécurité est totale. Ce qu’on a vu dernièrement, on ne l’avait jamais vu auparavant. On a besoin de quelqu’un qui impose de la fermeté”, confie à l’AFP Jacqueline Ruz, une habitante de Santiago de 56 ans.Cette violence inédite a éclipsé les aspirations de changement qui avaient porté au pouvoir en 2022 le président de gauche Gabriel Boric et sa promesse, finalement avortée, d’une nouvelle Constitution pour remplacer celle héritée de Pinochet. L’inquiétude de la population tient notamment à l’arrivée de formes de criminalité organisée “jusque-là inconnues dans le pays, comme les assassinats commandités”, note Gonzalo Müller, directeur du Centre d’études politiques du Chili.Parallèlement, le pays a vu affluer les migrants, dont le nombre a doublé en sept ans pour atteindre 8,8% de la population. Une majorité de Chiliens associe la montée de la criminalité à l’immigration irrégulière.- Possible surprise -La campagne a ainsi été dominée par les discours sécuritaires, auxquels Jeannette Jara elle-même s’est ralliée.Âgée de 51 ans et membre du Parti communiste depuis l’adolescence, l’ancienne ministre du Travail a assuré n’avoir “aucun complexe en matière de sécurité”. Elle défend un contrôle migratoire renforcé, tout en promettant aux Chiliens “la sécurité d’arriver à boucler les fins de mois”, dans un contexte de hausse du coût de la vie.Son principal rival, José Antonio Kast, 59 ans, fils d’un ancien soldat ayant servi dans l’armée d’Hitler et émigré au Chili après la Seconde guerre mondiale, brigue pour la troisième fois la présidence. Il a fait des 337.000 étrangers en situation irrégulière dans le pays, en majorité des Vénézuéliens, le coeur de son discours, exploitant un climat d’inquiétude lié à l’arrivée de groupes criminels étrangers comme le Tren de Aragua, impliqué dans des enlèvements et des extorsions.L’ultraconservateur promet des expulsions massives, la construction d’un mur à la frontière, une hausse de la puissance de feu de la police et le déploiement de l’armée dans les zones critiques.En progression dans les sondages et désormais en troisième position, Johannes Kaiser, 49 ans, pourrait créer la surprise et se hisser au second tour prévu le 14 décembre. Egalement d’origine allemande, il tient le discours le plus radical des huit candidats contre les migrants en situation irrégulière, promettant de les expulser, mais également d’envoyer ceux ayant un casier judiciaire dans la mégaprison construite par le président Nayib Bukele au Salvador.Ces positions ont fragilisé la candidate de la droite traditionnelle Evelyn Matthei, dont un clip de trap (courant musical issu du hip hop) diffusé en fin de campagne et largement moqué n’a pas réussi à inverser la tendance.Le scrutin est considéré comme un indicateur clé pour la gauche sud-américaine, battue récemment en Argentine et en Bolivie, et confrontée à des échéances électorales décisives en Colombie et au Brésil en 2026.Le vote étant obligatoire (au risque d’une amende), une forte participation est attendue. Les quelque 15,6 millions d’électeurs sont également appelés à renouveler la Chambre des députés et la moitié du Sénat.

Face à l’extrême-droite, Londres annonce une vaste réforme pour dissuader les migrants

Restriction de la protection accordée aux réfugiés et des aides accordées aux demandeurs d’asile: le gouvernement britannique a annoncé samedi soir qu’il allait prendre des mesures “historiques” pour limiter les arrivées de migrants au Royaume-Uni et contrer la montée du parti anti-immigration de Nigel Farage. “Ce pays a une fière tradition d’accueil des personnes fuyant le …

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Face à l’extrême-droite, Londres annonce une vaste réforme pour dissuader les migrants

Restriction de la protection accordée aux réfugiés et des aides accordées aux demandeurs d’asile: le gouvernement britannique a annoncé samedi soir qu’il allait prendre des mesures “historiques” pour limiter les arrivées de migrants au Royaume-Uni et contrer la montée du parti anti-immigration de Nigel Farage. “Ce pays a une fière tradition d’accueil des personnes fuyant le danger, mais notre générosité attire les migrants illégaux à travers la Manche”, a déclaré la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, citée dans un communiqué de son ministère.Deux mesures phares ont été annoncées par des communiqués du ministère de Mme Mahmood, en attendant la présentation de son plan détaillé prévue devant le Parlement lundi.Le gouvernement va d’abord réduire la protection accordée aux réfugiés, qui seront “forcés de rentrer dans leur pays d’origine dès qu’il sera jugé sûr”.”Un +billet en or+ a fait grimper les demandes d’asile au Royaume-Uni, poussant les gens à traverser l’Europe, via des pays sûrs, pour monter à bord d’embarcations de fortune”, a indiqué la ministre. “Je vais mettre fin à ce ticket en or”. “Grâce à des conditions bien plus généreuses au Royaume-Uni”, les réfugiés peuvent actuellement demander à s’installer définitivement, sans frais, après cinq ans au Royaume-Uni, “sans avoir contribué” au pays, a souligné son ministère. Le nouveau système réduira la durée de leur séjour de cinq ans à 30 mois, et multipliera par quatre, de cinq à 20 ans, le délai nécessaire pour demander à devenir résident permanent, a-t-il précisé. Les réfugiés qui souhaitent devenir résidents permanents plus vite “devront travailler ou étudier”, a-t-il encore ajouté.L’autre mesure phare est la suppression de l’accès automatique aux aides sociales – logement, allocations financières – pour les demandeurs d’asile. Le gouvernement veut supprimer ces aides “pour ceux qui ont le droit de travailler et qui peuvent subvenir à leurs besoins, mais choisissent de ne pas le faire, ou pour ceux qui enfreignent la loi”, selon le communiqué.- ManifestationsArrivé au pouvoir en juillet 2024, le gouvernement de Keir Starmer est sous pression quasi-quotidienne pour freiner les arrivées de migrants et restreindre leurs droits. Depuis plusieurs mois, il est largement devancé dans les sondages par le parti Reform de Nigel Farage, qui a fait de la question des migrants son sujet principal. Cet été, de nombreuses manifestations ont eu lieu devant des hôtels hébergeant des demandeurs d’asile et une manifestation organisée par l’extrême droite à Londres mi-septembre a réuni jusqu’à 150.000 personnes selon la police.Dans ce contexte, le gouvernement travailliste a promis de faire baisser le nombre de migrants qui traversent la Manche à bord d’embarcations de fortune. Sans succès pour l’instant.Depuis le 1er janvier, 39.292 personnes ont débarqué sur les côtes anglaises à l’issue de cette périlleuse traversée, un chiffre qui dépasse le total de l’année 2024 (36.816).Par ailleurs, les demandes d’asile ont augmenté de 18% en 2024 au Royaume-Uni, alors qu’elles baissaient de 13% dans l’ensemble de l’Union européenne sur la même période, selon les chiffres du gouvernement. Plus de 400.000 demandes ont été enregistrées depuis 2021, contre 150.000 sur la période 2011-2015, toujours selon les chiffres officiels.- Modèle danois -Le ministère a souligné s’être inspiré de l’exemple danois pour ces réformes. Ce pays scandinave de 6 millions d’habitants, dirigé par les sociaux-démocrates depuis 2019, défend une politique stricte en matière de droit d’asile. Les réfugiés y obtiennent ainsi un permis de séjour, généralement de deux ans renouvelable, mais sont encouragés à prendre le chemin du retour dès que les autorités estiment que le besoin de protection a disparu.Le regroupement familial y est aussi soumis à des exigences strictes, dont des tests de langue pour les nouveaux arrivants.Au Royaume-Uni, la restriction de la protection des réfugiés était une mesure jusqu’ici défendue par Nigel Farage, qui avait annoncé qu’en cas d’arrivée au pouvoir, il obligerait les migrants – y compris ceux déjà régularisés – à demander un visa tous les cinq ans.Mais la gauche du parti travailliste s’était dite opposée à de telles restrictions, et avait prévenu que le parti, au plus bas dans les sondages, y perdrait de nombreux électeurs.