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Guerre en Ukraine: de nouvelles négociations prévues après la rencontre Poutine-Witkoff

Moscou et Kiev se sont déclarés mercredi prêts à poursuivre les pourparlers sur le conflit en Ukraine, au lendemain d’une réunion entre le président russe Vladimir Poutine et l’émissaire américain Steve Witkoff qui n’a débouché sur aucune percée.Ces dernières semaines, Washington cherche à faire adopter un plan de paix par les deux camps après presque quatre ans de combats déclenchés par l’offensive du Kremlin contre l’Ukraine en 2022. Mais la recherche d’un compromis est très difficile, alors que sur le front l’armée russe continue de progresser.Côté ukrainien, le négociateur de Kiev, Roustem Oumerov, doit rencontrer les Européens mercredi à Bruxelles puis commencera avec le chef d’état-major des forces armées, Andriï Gnatov, “les préparatifs d’une réunion avec les émissaires du président Trump aux Etats-Unis”, a annoncé le dirigeant Volodymyr Zelensky, sans plus de détails.M. Oumerov, accompagné d’une délégation ukrainienne, avait déjà mené dimanche des pourparlers en Floride sur ce plan de paix.Pour sa part, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a affirmé mercredi que Moscou était prêt à rencontrer “autant que nécessaire” des responsables américains pour trouver une issue au conflit.Cette intense activité diplomatique n’a pas permis pour l’heure d’atteindre un accord, en particulier sur la question clé des territoires: Moscou veut notamment que Kiev lui cède entièrement la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, qui est toujours l’épicentre des combats.L’émissaire américain Steve Witkoff, accompagné du gendre du président américain Donald Trump, Jared Kushner, s’est entretenu mardi pendant près de cinq heures au Kremlin avec Vladimir Poutine à propos de ce plan présenté par Washington il y a deux semaines et depuis retravaillé lors de consultations avec les Ukrainiens.Sur la question des territoires contrôlés par la Russie en Ukraine, qui représentent environ 19% du pays, “aucune solution de compromis n’a encore été choisie”, même si “certaines propositions américaines peuvent être discutées”, a ensuite déclaré le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov.”Nous avons pu nous mettre d’accord sur certains points (…), d’autres ont suscité des critiques, mais l’essentiel est qu’une discussion constructive ait eu lieu”, a-t-il ajouté.- Menaces de Poutine -Quelques heures avant sa rencontre avec les Américains, Vladimir Poutine a menacé les Européens, les accusant de chercher à “empêcher” les efforts de Washington pour arrêter le conflit.”Nous n’avons pas l’intention de faire la guerre à l’Europe, mais si l’Europe le souhaite et commence, nous sommes prêts dès maintenant”, a-t-il lancé aux journalistes, en marge d’un forum économique.Des propos qui tranchent avec ceux du chef de l’Otan, Mark Rutte, qui s’est dit peu avant convaincu que les efforts américains en Ukraine “finiront par rétablir la paix en Europe”.Donald Trump a répété mardi que le règlement du conflit en Ukraine était une question complexe. “Ce n’est pas une situation facile, croyez-moi. Quel gâchis”, a-t-il dit.Les Européens craignent que l’administration Trump, soupçonnée de complaisance vis-à-vis de Vladimir Poutine, ne sacrifie la souveraineté de l’Ukraine, considérée comme un rempart face à la Russie.Sur le front, les forces russes, plus nombreuses, poursuivent une avancée continue, bien que lente, dans certains secteurs.Elles ont réalisé en novembre leur plus grosse progression depuis un an, selon l’analyse par l’AFP des données fournies par l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), qui travaille avec le Critical Threats Project (CTP, émanation de l’American Enterprise Institute), deux centres de réflexion américains spécialisés dans l’étude des conflits.Mercredi, elles ont revendiqué la prise du village Tchervoné situé dans la région de Zaporijjia (sud) à seulement quelques kilomètres de Gouliaïpole, une ville ayant notamment une valeur historique et symbolique pour Kiev.Ces dernières semaines, la Russie a mené des avancées dans cette zone, tout en continuant à progresser dans d’autres régions.Lundi, elle a revendiqué la prise de la ville de Pokrovsk dans l’est de l’Ukraine, un carrefour clé pour Kiev, ainsi que celle de Vovtchansk, dans le nord-est. Mais l’Ukraine a affirmé mardi que les combats à Pokrovsk se poursuivaient.

Inondations: la colère monte en Indonésie, plus de 800 morts

Le mécontentement grandit en Indonésie face à la lenteur de l’aide, dans des régions parfois encore isolées où plus de 800 personnes ont été tuées dans les inondations qui ont frappé également le Sri Lanka pour un bilan total dépassant les 1.300 morts.Les pluies torrentielles de la mousson, associées à deux cyclones tropicaux distincts la semaine dernière, ont déversé des trombes d’eau sur certaines régions de Sumatra (Indonésie), ainsi que sur l’ensemble du Sri Lanka, le sud de la Thaïlande et le nord de la Malaisie.En Indonésie, le dernier bilan fait état de 804 morts avec un nombre de disparus qui ne cesse d’augmenter et est passé à 650.Selon les organisations humanitaires, l’ampleur du défi est presque sans précédent, même pour cet immense pays de 280 millions d’habitants régulièrement touché par des désastres naturels, comme le tsunami de 2004.”Répondre à cette situation représente un défi logistique considérable”, a déclaré Ade Soekadis, directeur exécutif de Mercy Corps Indonesia, une organisation humanitaire. “L’ampleur des dégâts et la superficie de la zone touchée sont vraiment énormes”.La situation va “devenir plus problématique à mesure que le temps passe”, a-t-il encore mis en garde. – “Comme un séisme” -Reinaro Waruwu, 52 ans, rencontré par l’AFP dans un centre d’évacuation à Padan (Sumatra nord), s’est dit “déçu” de la lenteur de l’aide.”Certains ont dû attendre un jour et une nuit avant de recevoir de l’aide, et n’ont donc pas pu être sauvés”, a-t-il affirmé.  “Je suis frustré, inutile de le répéter. La réponse (des autorités, ndlr) a été lente”, a-t-il ajouté.Comme beaucoup d’autres sinistrés, il dépeint une catastrophe sans précédent.”C’est arrivé comme un tremblement de terre… Je me suis dit: +Eh bien, si je dois mourir, qu’il en soit ainsi+”, a-t-il dit, avant fondre en sanglots, alors que ses voisins ont été ensevelis vivants.”C’était la première fois que je voyais de tels flots déferler”, témoigne de son côté Hamida Telaumbaunua, une femme de 37 ans, dont la maison a été entièrement détruite.”Il est difficile d’imaginer ce qui nous attend. Tant qu’on est là, ça va peut-être, mais après… je ne sais pas ce qui va se passer”, poursuit-elle.Le système météorologique exceptionnel qui a frappé l’Indonésie a également provoqué de fortes pluies en Thaïlande, faisant au moins 267 morts dont au moins 142 dans le district touristique de Hat Yai, et en Malaisie, où deux personnes ont perdu la vie.De vastes zones de ces pays mais aussi des Philippines, du Vietnam, de Birmanie, ainsi que des portions du Cambodge et du Laos, ont enregistré des cumuls de pluie jamais observés en novembre par l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) depuis 2012.La quasi-totalité du Sri Lanka a également connu des pluies record, selon l’analyse par l’AFP de ces données météorologiques américaines.D’après les experts, le changement climatique engendre des épisodes de pluie plus intenses car une atmosphère plus chaude contient davantage d’humidité, et des températures plus élevées dans les océans peuvent amplifier les tempêtes.- Le Sri Lanka “ouvert” aux touristes -Au Sri Lanka, le bilan s’établit à au moins 474 morts, 356 disparus et plus d’1,5 million de sinistrés, soit la plus grave catastrophe naturelle subie par l’île d’Asie du Sud depuis le tsunami de 2004.Le gouvernement a estimé mercredi à 7 milliards de dollars le coût de la reconstruction, dans un pays en phase de fragile reprise depuis la grave crise économique en 2022.Le commissaire général du gouvernement en charge des services essentiels, Prabath Chandrakeerthi, a annoncé le versement d’une aide de 2,5 millions de roupies srilankaises (7.500 euros) à chaque famille dont le logement a été détruit, et de 25.000 roupies (75 euros) à toutes celles qui doivent procéder au nettoyage de leur maison.Contrairement à l’Indonésie, le Sri Lanka a déclaré l’état d’urgence et appelé la communauté internationale à l’aide.Malgré la catastrophe, l’île, qui dépend fortement du tourisme, a accueilli mardi un paquebot de croisière de luxe au port de Colombo.Cette arrivée envoie “un message clair au monde entier: le Sri Lanka est sûr, ouvert et prêt à accueillir à nouveau les visiteurs”, a indiqué l’office du tourisme du pays.burs-sah-ebe/tmt/vgu/cpy

Algérie: verdict attendu en appel pour le journaliste français Christophe Gleizes

Un tribunal de Tizi Ouzou, dans l’est de l’Algérie, doit rendre mercredi une décision très attendue dans le procès en appel du journaliste sportif français Christophe Gleizes, détenu depuis sa condamnation fin juin à sept ans de prison pour “apologie du terrorisme”.L’audience d’appel a débuté vers 9H30 locales (8H30 GMT), selon un journaliste de l’AFP se trouvant à l’intérieur du tribunal, où sont présents les deux avocats du journaliste, ses parents, sa compagne ainsi qu’un ami. “Le verdict sera rendu le jour même” après les débats, a dit Me Amirouche Bakouri, avocat algérien du journaliste, interrogé par l’AFP avant l’audience.L’avocat français de Christophe Gleizes, Emmanuel Daoud, “a pu s’entretenir avec le journaliste” avant l’audience, selon Me Bakouri.Interrogé sur la radio française France Inter lundi, Me Daoud a dit espérer “une issue favorable”, à la faveur d’un “apaisement des relations entre la France et l’Algérie”.Même si “les deux affaires n’ont rien à voir”, l’avocat a interprété comme “un signal positif” la grâce et la libération par Alger de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal le 12 novembre.M. Gleizes “n’a rien à faire en prison, il n’est coupable que d’avoir exercé son métier de journaliste sportif et d’aimer le football algérien”, a déclaré fin octobre Thibaut Bruttin, directeur général de l’ONG Reporters sans Frontières (RSF) qui le soutient depuis des mois.Collaborateur des magazines français So Foot et Society, Christophe Gleizes, 36 ans, s’était rendu en Algérie pour un article sur le club de football le plus titré du pays, la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), basé à Tizi Ouzou, à 100 km à l’est d’Alger.- “Pas un activiste” -Selon RSF, il avait été arrêté le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire, pour “être entré dans le pays avec un visa touristique, pour +apologie du terrorisme+ et +possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national+”.La justice lui reproche d’avoir été en contact avec un dirigeant de la JSK, qui était également l’un des responsables du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé terroriste par les autorités algériennes en 2021.Selon RSF, les premiers échanges entre les deux hommes “ont eu lieu bien avant cette catégorisation par les autorités algériennes” et “le seul échange survenu en 2024 visait à la préparation de son reportage” sur la JSK, “ce dont Christophe Gleizes ne s’est jamais caché”.Lors du procès en première instance en juin, “il y a eu une méconnaissance totale du métier de journaliste” donc “nous devons expliquer aux magistrats d’appel qu’un journaliste ne fait pas de politique”, “n’est pas un idéologue”, “pas un activiste”, a souligné Me Daoud sur France Inter.L’avocat a exprimé son respect pour la justice algérienne “indépendante et souveraine” et a récusé des accusations circulant en France selon lesquelles le journaliste serait “un otage”, soulignant que M. Gleizes a pu recevoir des visites, a eu accès à son dossier pénal et à ses avocats.

La Corée du Sud a dépassé la “crise” estime son président, un an après la loi martiale

Le président sud-coréen a estimé mercredi que son pays avait surmonté “une crise sans précédent” pour la démocratie, un an jour pour jour après la proclamation éphémère de la loi martiale par le président déchu Yoon Suk Yeol.Après cette première tentative d’imposer la loi martiale en plus de 40 ans, le pays reste polarisé et confronté à un ralentissement économique, à la menace persistante de la Corée du Nord et au vieillissement de sa population. Le président de centre-gauche Lee Jae Myung, qui a succédé à M. Yoon après sa destitution en avril, a déclaré que les Sud-Coréens avaient “surmonté une crise sans précédent pour la démocratie en temps de paix dans l’histoire mondiale”. S’adressant à la presse étrangère, il a vanté les avantages de la “K-democracy”, ou démocratie coréenne, parvenue à destituer M. Yoon. Il a toutefois admis que le pays restait profondément polarisé.M. Lee doit participer dans la journée à un rassemblement devant l’Assemblée nationale. La police de Séoul a déclaré à l’AFP attendre plus de 2.000 personnes lors de ce rassemblement, le premier à se dérouler près du Parlement sud-coréen depuis le 3 décembre 2024.Ce soir-là, dans une allocution surprise à la télévision, Yoon Suk Yeol avait sidéré les Sud-Coréens en proclamant la loi martiale, dépeignant un pays paralysé par l’opposition de gauche et infiltré par des forces communistes pro-nord-coréennes. Il avait envoyé l’armée s’emparer de l’Assemblée nationale, mais un nombre suffisant de députés avaient réussi à se faufiler dans l’hémicycle et à voter à l’unanimité l’abrogation de l’état d’exception, tandis que des milliers de manifestants se massaient spontanément devant le bâtiment pour crier leur indignation.”Le moment est venu de se lever à nouveau pour défendre la liberté, l’État de droit et la souveraineté nationale de la République de Corée (…) Ce pays vous appartient, à vous, le peuple”, a déclaré Yoon Suk Yeol depuis la prison où il est incarcéré dans l’attente de son procès pour insurrection, dans un communiqué envoyé par ses avocats.Les partisans du Parti du pouvoir au peuple (PPP), dont était issu l’ex-président, doivent se rassembler mercredi pour exiger que ses dirigeants restent fermes et ne présentent pas d’excuses pour cette débâcle, qui a divisé les membres du parti.Le chef du groupe parlementaire du PPP a déjà présenté ses excuses mercredi pour n’avoir pas empêché la proclamation de la loi martiale.Song Eon-seog a estimé que les députés devraient “ressentir un lourd sentiment de responsabilité pour n’avoir pas empêché la proclamation de la loi martiale qui a causé tant de souffrances à la population”. Mais le chef du parti, Jang Dong-hyuk, a maintenu que la formation conservatrice ne devait pas montrer de remords, écrivant sur les réseaux sociaux que la loi martiale avait servi à “contrer un acte de tyrannie parlementaire”.- Détenus – Une grande partie de la droite continue de “partager la position politique et les intérêts de Yoon Suk Yeol”, explique l’analyste Park Sang-byung à l’AFP. “Cela leur permet de conserver leur emprise sur le parti et de préserver leurs intérêts politiques futurs”, ajoute-t-il.Les déboires judiciaires de M. Yoon, en détention provisoire et visé par une multitude de procédures pénales, ont également contribué à renforcer son image de martyr auprès de l’extrême droite. Le procès du dirigeant déchu est toujours en cours, pour insurrection et d’autres infractions liées à sa déclaration de la loi martiale. Il risque la peine de mort.Son épouse est également incarcérée, poursuivie pour corruption, manipulation du marché boursier et pour avoir reçu des cadeaux de luxe d’une valeur supérieure à 50.000 dollars. C’est la première fois dans la tumultueuse histoire politique de la Corée du Sud qu’un ancien président et une ancienne première dame se retrouvent tous les deux en prison.Une vingtaine de proches de M. Yoon, dont l’ancien chef des renseignements nationaux et le ministre de l’Intérieur, sont également poursuivis pour insurrection. Toutes les audiences liées à la déclaration de la loi martiale devraient s’achever au plus tard en février 2026.