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Les alliés européens reçoivent Zelensky, mis sous pression par Trump

Volodymyr Zelensky a rejoint lundi à Londres ses alliés européens afin de consolider leurs positions sur un plan de règlement du conflit en Ukraine, après que Donald Trump a reproché au président ukrainien de “ne pas avoir lu” la dernière proposition américaine. Ces discussions, qui réunissent les dirigeants français, allemand et britannique autour de M. Zelensky, ont démarré après 13H00 (locales et GMT). Elles interviennent après un nouveau round de négociations en fin de semaine dernière à Miami, en Floride, entre Ukrainiens et Américains.Un haut responsable au fait des dernières discussions a indiqué à l’AFP que la question des concessions territoriales éventuelles de l’Ukraine restait “la plus problématique” dans ces négociations, qui visent à mettre fin au conflit déclenché par l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.La Russie, qui contrôle plus de 80% du Donbass, veut obtenir l’ensemble de ce territoire, une demande maintes fois rejetée par Kiev. “Je ne mettrai pas la pression sur le président” Zelensky, a prévenu lundi Keir Starmer, sur la chaîne ITV news. “Le plus important est d’arriver à une cessation des hostilités – j’espère que ce sera le cas – et qu’elle soit juste et durable, et c’est ce sur quoi nous allons nous concentrer cette après-midi”, a-t-il ajouté. La présidence française a elle indiqué vouloir lors de cette réunion consolider “une position euro-ukrainienne”. “A défaut de pouvoir immédiatement obtenir un accord de paix avec la Russie”, il est “essentiel que nous donnions à l’Ukraine tout le soutien qui lui est nécessaire, pour qu’elle ne perde pas de position par défaut de soutien”, a indiqué un conseiller d’Emmanuel Macron.- Questions clés -La question de l’utilisation des avoirs russes gelés en Europe pour financer l’Ukraine devrait aussi être discutée. Un porte-parole de Downing Street a dit lundi “espérer voir prochainement des avancées” sur le sujet. L’exécutif européen a présenté un plan de recours aux avoirs russes gelés en Europe, mais il se heurte aux réticences de la Belgique car c’est dans ce pays qu’est basée la société Euroclear, qui détient quelque 210 milliards d’euros d’avoirs russes sur un total de 235 milliards dans l’UE. Le président Zelensky se rendra ensuite dans la foulée à Bruxelles, pour rencontrer les responsables de l’Otan et de l’UE.Au même moment, la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, est attendue à Washington pour rencontrer son homologue américain Marco Rubio, avec l’Ukraine également au menu.Samedi, M. Zelensky avait indiqué avoir eu une conversation téléphonique “substantielle et constructive” avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner et ses propres négociateurs dépêchés en Floride.”Les questions clés qui pourraient garantir la fin de l’effusion de sang” et “le risque que la Russie ne tienne pas ses promesses” ont été abordés, avait alors rapporté le président ukrainien.De son côté, la diplomatie américaine a annoncé ce week-end s’être entendue avec l’Ukraine pour affirmer que “tout progrès réel vers un accord dépendait de la volonté de la Russie de s’engager sérieusement en faveur d’une paix durable”.- Trump “un peu déçu”Depuis la présentation d’un plan américain il y a bientôt trois semaines, perçu comme très favorable à la Russie, les puissances européennes alliées de Kiev tentent de faire entendre leur voix. Après une réunion entre Ukrainiens, Américains et Européens à Genève fin novembre, l’émissaire de Donald Trump, Steve Witkoff, et le gendre du président américain Jared Kushner ont été reçus la semaine dernière par le président russe Vladimir Poutine.Le Kremlin a évoqué certaines avancées, même s’il reste “beaucoup de travail”.Interrogé dimanche lors d’une soirée de gala à Washington, le président des Etats-Unis, qui souffle le chaud et le froid envers son homologue ukrainien, lui a reproché de n’avoir “pas lu” son plan pour l’Ukraine.”Nous avons donc parlé au président Poutine, nous avons parlé aux dirigeants ukrainiens – notamment Zelensky, le président Zelensky – et je dois dire que je suis un peu déçu que le président Zelensky n’ait pas encore lu la proposition”, a lancé M. Trump.”Cela convient à la Russie, vous savez je pense que la Russie préférerait avoir tout le pays”, mais “je ne suis pas sûr que cela convienne à M. Zelensky”, a ajouté le milliardaire républicain, qui s’est rapproché de Moscou depuis qu’il est revenu à la Maison Blanche il y a près d’un an.Sur le terrain en Ukraine, neuf personnes de plus ont été blessées par des frappes attribuées à la Russie dans la nuit de dimanche à lundi : sept dans la région de Soumy (nord-est) et deux à Tchernihiv (nord).burs-nr-adm/cat/thm/lpt

Des dizaines de milliers de Syriens célèbrent l’anniversaire de la chute d’Assad

Des dizaines de milliers de Syriens sont descendus lundi dans les rues de Damas pour célébrer l’anniversaire de la chute de Bachar al-Assad, leur nouveau président les appelant à unir leurs efforts pour rebâtir un pays ravagé par la guerre civile. Feux d’artifice, prières et drapeaux, l’atmosphère était joyeuse dans les rues de la capitale, envahies par une foule agitant le drapeau syrien.  “Ce qui s’est passé en un an tient du miracle”, s’enthousiasme Iyad Burghol, un médecin de 44 ans, en référence notamment au spectaculaire retour de son pays sur la scène internationale.Le nouveau dirigeant syrien Ahmad al-Chareh, un ancien jihadiste, a fait ces derniers mois le tour des capitales régionales et internationales. Autrefois dans le collimateur de Washington, il a même été chaleureusement reçu en novembre par le président américain Donald Trump.Après des années de guerre civile et de crise économique, le quotidien reste difficile et les coupures d’électricité nombreuses mais “le plus important pour moi est la paix civile et la sécurité”, ajoute M. Burghol, tout en immortalisant ce moment de liesse.- “Bâtir une Syrie forte” -Le 27 novembre 2024, une coalition de rebelles menés par des islamistes radicaux avait lancé une offensive éclair depuis le nord-ouest de la Syrie, avant de gagner Damas le 8 décembre.Leur chef Ahmad al-Chareh, devenu dans la foulée président par intérim, a rompu avec son passé jihadiste et réhabilité la Syrie à l’étranger, obtenant la levée des sanctions internationales, mais reste confronté à d’importants défis chez lui: restaurer la confiance, unifier le pays, garantir la sécurité.De sanglantes violences intercommunautaires dans les régions des minorités druze et alaouite, et de nombreuses opérations militaires israéliennes ont secoué la fragile transition.”La phase actuelle exige que tous les citoyens unissent leurs efforts pour bâtir une Syrie forte, consolider sa stabilité, préserver sa souveraineté”, a déclaré lundi le dirigeant de 43 ans, en uniforme militaire comme le 8 décembre 2024, quand il était entré dans Damas à la tête de forces rebelles.Après les prières du matin à mosquée des Omeyyades, il a salué “les sacrifices et l’héroïsme des combattants” ayant renversé l’ex-dictateur Assad.Aux côtés de plusieurs ministres, il a assisté à un défilé militaire, survolé par des hélicoptères.D’autres célébrations ont eu lieu dans plusieurs villes de Syrie, dont Alep, pendant qu’à Damas, des parapentistes survolaient la grande place des Omeyyades.Dimanche, la Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie des Nations unies a félicité Damas pour les mesures prises jusqu’à présent mais elle a déploré que des violences aient causé de nouveaux déplacements de population et une polarisation de la Syrie.Amnesty International a déclaré que “la réponse du nouveau gouvernement aux graves violations commises depuis son arrivée au pouvoir” serait “un test décisif de son engagement envers la justice et l’établissement des responsabilités”.Des dizaines de milliers de personnes sont toujours portées disparues en Syrie, où la guerre civile a fait plus de 500.000 morts en près de 14 ans et entraîné le déplacement de près de la moitié de la population.La Banque mondiale a estimé en octobre que le coût de la reconstruction pourrait atteindre 216 milliards de dollars.- “Panser des divisions profondes” -Cet anniversaire est “l’occasion de reconstruire des communautés brisées et de panser des divisions profondes”, a souligné le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.Les célébrations sont cependant marquées par le boycott lancé samedi par un chef spirituel alaouite, Ghazal Ghazal, pour protester contre un nouveau régime “oppressif”. Depuis la destitution d’Assad, lui-même alaouite, cette minorité est la cible d’attaques. En réponse à cet appel, des magasins étaient fermés lundi dans la ville côtière de Jableh et ses environs, a rapporté un correspondant de l’AFP. L’administration kurde, qui contrôle une grande partie du nord et du nord-est de la Syrie, a de son côté annoncé l’interdiction de rassemblements et événements publics lundi “en raison de la situation sécuritaire actuelle”.Elle avait accepté en mars d’intégrer ses troupes et ses institutions au pouvoir central dans un délai d’un an mais les négociations sont actuellement dans l’impasse. 

Inondations en Indonésie : le bilan approche le millier de morts

Les inondations et glissements de terrain dans l’île indonésienne de Sumatra ont fait 961 morts et 5.000 blessés, a annoncé lundi l’Agence indonésienne de gestion des catastrophes (BNPB) tandis que se poursuit le déblaiement des régions sinistrées, auquel participent des éléphants.En outre, 293 personnes sont toujours portées disparues après la catastrophe qui a touché trois provinces de Sumatra, détruisant de nombreuses habitations, voies de communication et infrastructures publiques, a précisé l’agence.Au total, plus 1.800 personnes ont péri en Indonésie, au Sri Lanka, en Malaisie, en Thaïlande et au Vietnam à la suite d’une série de tempêtes tropicales et de pluies de mousson qui ont provoqué glissements de terrain et crues soudaines.Le coût de la reconstruction dans les trois provinces de Sumatra pourrait atteindre l’équivalent de 3,1 milliards de dollars, a indiqué dimanche soir Suharyanto, chef de l’agence BNPB, qui comme beaucoup d’Indonésiens ne porte qu’un seul nom.La province d’Aceh, à l’extrémité occidentale de Sumatra, déjà lourdement endeuillée par le tsunami de décembre 2004, est la région la plus touchée et des centaines de milliers de personnes ont été déplacées.La province “manque de tout, surtout de personnel médical. Nous manquons de médecins”, a déclaré le gouverneur d’Aceh, Muzakir Manaf, dimanche soir à des journalistes.”Les médicaments sont importants. Les produits de première nécessité le sont également”, a-t-il ajouté.Dans le district de Pidie Jaya, à Aceh, quatre éléphants d’un centre de formation voisin ont été mobilisés pour aider à nettoyer les débris laissés par les eaux.”Notre priorité est d’aider à dégager les maisons des habitants qui sont ensevelies sous du bois et d’autres objets lourds, nous les aidons à les déplacer avec l’aide des éléphants. Cela inclut également l’évacuation des corps”, a déclaré Komaruddin, un cornac, à l’AFP lundi. Il a ajouté  que les éléphants travailleraient pendant les sept prochains jours.Une grande partie de l’Asie connaît actuellement la pleine saison de la mousson, indispensable notamment pour la culture du riz mais aussi souvent à l’origine d’inondations.Selon les experts, le changement climatique engendre des épisodes de pluie plus intenses car une atmosphère plus chaude contient davantage d’humidité, et des températures plus élevées dans les océans peuvent amplifier les tempêtes.En Indonésie, écologistes, experts et même le gouvernement ont souligné la responsabilité de la déforestation dans les crues soudaines et les glissements de terrain à Sumatra.- Déploiement doublé au Sri Lanka -Au Sri Lanka, touché par un cyclone dévastateur qui a tué 635 personnes à travers le pays, l’armée a déclaré lundi avoir presque doublé les effectifs déployés pour venir en aide aux sinistrés. Quelque 192 personnes sont toujours portées disparues.Plus de deux millions de personnes — près de 10% de la population — ont été affectées par le cyclone Ditwah. Le Sri Lanka s’attend à de nouvelles fortes pluies de mousson lundi, y compris la région centrale la plus touchée, a indiqué le Centre de gestion des catastrophes (DMC) qui a fait état de nouveaux glissements de terrain. Le chef de l’armée, Lasantha Rodrigo, a annoncé que 38.500 membres des forces de sécurité avaient été déployés pour renforcer le soutien aux zones sinistrées. “Les forces de sécurité ont pu secourir 31.116 personnes”, a-t-il détaillé.”Nous avons presque doublé le déploiement car nous sommes maintenant engagés dans la reconstruction des routes, des ponts et également dans l’aide au nettoyage des puits d’eau potable contaminés par les eaux de crue”, a déclaré porte-parole de l’armée, Waruna Gamage à l’AFP. Le centre du pays, région productrice de thé, a été le plus durement touchée, avec 471 décès signalés, selon les données officielles. Le président Anura Kumara Dissanayake a décrit cette catastrophe naturelle comme la plus difficile à laquelle le Sri Lanka a été confronté. Il a également annoncé un plan d’aide offrant l’équivalent de 33.000 dollars aux victimes pour leur permettre d’acheter des terrains dans des zones plus sûres et de reconstruire. Son coût total pour le pays, qui émerge à peine de sa pire crise économique en 2022, n’a pas été précisé.

Face à “la guerre agricole”, Genevard appelle à un “grand réveil alimentaire”

Dans une France agricole affaiblie, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a appelé lundi l’ensemble de la chaîne alimentaire “à agir” face à “la guerre agricole” qui “se prépare”, en lançant des “conférences de la souveraineté alimentaire” destinées à définir une stratégie agricole nationale sur dix ans.”La guerre agricole menace chaque jour un peu plus et il est temps d’agir”, a martelé la ministre, estimant que l’actualité mondiale, avec la guerre en Ukraine, la politique douanière américaine ou les taxes chinoises, dissipe aujourd’hui “l’illusion” d’une paix prospère durable, dans un discours appelant à un “grand réveil alimentaire” depuis le marché de gros de Rungis.”Depuis 2014, le financement de la politique agricole et alimentaire chinoise par habitant a bondi de 40%; celle des Etats-Unis de 86%; celle de la Russie de 15%. Et celle de l’Union européenne a reculé de 19%. C’est une erreur historique à laquelle il faut faire barrage”, a-t-elle développé, appelant à lutter en Europe “contre les tentations de la décroissance portées par quelques thuriféraires du décadentisme”.- Retour “symbolique” à Rungis -Dans un discours martial, faisant écho à son appel au “réarmement” alimentaire en févier dernier, la ministre a lancé officiellement une série de conférences, promises par la loi d’orientation agricole de mars 2025, qui se dérouleront sur plusieurs mois, par filières de production et au niveau régional, pour des conclusions en juin.Le lancement à Rungis, premier marché international de produits frais, du “grand réveil alimentaire”, a été chaleureusement accueilli par des acteurs industriels, de la distribution ou les coopératives agricoles mais boudé par les syndicats agricoles – à l’exception des Jeunes agriculteurs (JA).Le premier d’entre eux, la puissante Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), participe bien aux conférences – qui ont déjà démarré – mais a boycotté le rendez-vous de Rungis, vu comme “s’apparentant davantage à une opération de communication” qu’un acte politique majeur.”Cela fait 15, 20 ans qu’on dit qu’on va dans le mauvais sens. Ce qui nous intéresse maintenant, c’est ce qu’on va faire, (…) comment on assure des revenus sur les exploitations”, a souligné auprès de l’AFP le secrétaire général de la FNSEA Hervé Lapie.Le premier syndicat goûte assez peu ce retour “symbolique” à Rungis, où Emmanuel Macron avait en 2017 prôné une stratégie de “montée en gamme”, depuis percutée par l’inflation et la concurrence accrue sur les marchés.Huit ans plus tard, l’ambiance est morose. Après deux hivers de colère dans les campagnes, le monde agricole reste au bord de l’explosion, entre crises sanitaires dans l’élevage et prix en berne. – “Protection” -La colère gronde en France, où la mobilisation s’organise, portée par la Confédération paysanne et la Coordination rurale, contre la politique d’abattage systématique de bovins touchés par la dermatose. La FNSEA prépare, elle, une manifestation le 18 décembre à Bruxelles contre l’accord de libre-échange UE-Mercosur ou la taxe carbone aux frontières pour les engrais.La ministre s’est présentée comme protectrice de la France agricole, en premier lieu dans les négociations internationales. Réitérant son opposition au Mercosur, elle a prévenu que si la Commission européenne ne le faisait pas, elle agirait: “J’interdirai moi-même les importations sur notre sol de produits contenant des substances interdites en Europe comme le droit européen me le permet”, a-t-elle lancé.Elle a également plaidé pour la création d’un “fonds souverain agricole” et appelé les marchés publics à jouer leur rôle dans cette “reconquête alimentaire”, notamment en consommant d’abord bio et durable français dans les cantines.Plusieurs filières ont souligné que le temps n’était plus aux nouvelles consultations mais aux décisions, alors que des “plans de souveraineté” ont déjà été lancés: pour les fruits et légumes en 2023, le blé dur et la viande en 2024. Qu’espérer donc de ces conférences ?L’idée est de construire à partir “de l’évolution de la demande” pour “élaborer un plan d’action de production et de transformation à dix ans” en partant de “la demande du consommateur français, européen et mondial”, explique le ministère.Ludovic Spiers, ex-directeur général du géant coopératif agricole Agrial, a été nommé “coordinateur général” du chantier. Des groupes de travail sectoriels sont prévus (cultures, viandes blanches, viticulture…), réunissant les interprofessions, l’amont (l’agriculture) et l’aval (la transformation), l’établissement public FranceAgrimer, la recherche… mais pas les associations de consommateurs, ni de défense de l’environnement.

Au Louvre, un préavis de “grève reconductible” des personnels pour lundi prochain

Après le spectaculaire cambriolage au Louvre et de nouvelles alertes sur sa vétusté, les syndicats du grand musée parisien ont appelé lundi à une grève reconductible à partir du 15 décembre pour réclamer des créations de postes et la priorisation des travaux les plus urgents.L’appel à la grève de la CFDT, la CGT et Sud a été “voté à l’unanimité” d’une assemblée générale qui a rassemblé “environ 200 personnes”, lundi matin dans l’auditorium du palais, ont déclaré à l’AFP les délégués CFDT et CGT.Les personnels du musée “ont le sentiment aujourd’hui d’être le dernier rempart avant l’effondrement”, alertent les syndicats dans une lettre motivant ce préavis de grève adressée à la ministre de la Culture Rachida Dati.Leur annonce intervient alors que les nuages s’amoncellent sur le musée le plus visité du monde.Après le vol spectaculaire de huit joyaux de la Couronne le 19 octobre, le Louvre a dû fermer le mois dernier l’une de ses galeries en raison de la fragilité de l’édifice. Avant de confirmer, ce weekend, avoir subi le 26 novembre une fuite d’eau ayant endommagé plusieurs centaines d’ouvrages de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes.Devant cette série noire, les syndicats réclament “une modification des projets portés par la direction afin de hiérarchiser et prioriser les travaux à venir en concentrant les moyens humains et financiers sur les urgences”: la “remise en état du bâtiment, (la) protection du palais, de ses collections, de son public et de son personnel”.”Chaque jour, les espaces muséographiques sont fermés bien au-delà des prévisions du plan d’ouverture garantie faute d’effectifs en nombre suffisant ainsi qu’en raison des défaillances techniques et de la vétusté du bâtiment constatées”, écrivent-ils à la ministre.De ce fait “le public n’a plus qu’un accès limité aux œuvres et se trouve entravé dans ses circulations” et “visiter le Louvre est devenu un véritable parcours du combattant”, estiment-ils.La CFDT, la CGT et Sud souhaitent également “en urgence, la création de postes pour la filière accueil et surveillance”. “Nous demandons 200 équivalents temps-plein, soit ce que nous avons perdu entre 2014 et aujourd’hui” sur ce secteur, a précisé Christian Galani, représentant CGT.Ils dénoncent aussi une “charge de travail sans cesse accrue, (…) une gestion RH de plus en plus brutale et (des) injonctions contradictoires ne permettant pas une activité de service public sereine”.Interrogée par l’AFP, la direction du musée n’a pas fait de commentaire dans l’immédiat.- “Dégradation du dialogue social” -Les syndicats demandent en outre que leurs revendications soient examinées au niveau de la ministre Rachida Dati, et non auprès du musée dirigé depuis 2021 par Laurence des Cars, en raison de la “dégradation du dialogue social” dans l’établissement, selon les mots de Valérie Baud, déléguée CFDT.Interrogé, le ministère n’avait pas réagi en milieu de journée. A compter du jour de dépôt du préavis de grève, il a l’obligation légale de recevoir les syndicats dans les cinq jours.Autre doléance des organisations syndicales: le “renoncement à la double tarification qui foule aux pieds notre histoire républicaine et l’universalisme fondateur du Musée du Louvre”. A compter de mi-janvier 2026, le prix du billet d’entrée pour les visiteurs extra-européens va passer de 22 à 32 euros, une mesure promue par le gouvernement pour renflouer le musée qui, selon un récent rapport de la Cour des comptes, fait face “à un mur d’investissements qu’il n’est pas en mesure de financer”.Le Louvre a accueilli 8,7 millions de visiteurs en 2024, dont 69% d’étrangers.Les premières conclusions de l’enquête administrative ordonnée après le cambriolage avaient notamment pointé, selon Mme Dati, une “sous-estimation chronique” du risque d’intrusion et vol par le musée et “un sous-équipement des dispositifs de sécurité”. La direction du Louvre avait présenté dans la foulée de premières mesures d’urgence, les syndicats déplorant l’absence de moyens humains supplémentaires.Ces conclusions seront discutées mercredi matin devant la commission de la culture du Sénat.

Les pays de l’UE approuvent un net durcissement de la politique migratoire

Sous pression de la droite et de l’extrême droite, les 27 pays de l’Union européenne ont entériné lundi un net durcissement de leur politique migratoire, ouvrant notamment la voie à l’envoi de migrants dans des centres situés hors des frontières de l’UE.Réunis à Bruxelles, les ministres de l’Intérieur des Etats membres de l’UE ont donné leur premier feu vert à trois textes présentés cette année par la Commission européenne afin d’encadrer plus strictement les arrivées et les renvois d’exilés.Ces mesures permettraient notamment:- D’ouvrir des centres en dehors des frontières de l’UE pour y envoyer les migrants dont la demande d’asile aurait été rejetée, les fameux “hubs de retour”. – De sanctionner plus durement ceux qui refusent de quitter le territoire européen, via des périodes de détention plus longues.- De renvoyer des demandeurs d’asile vers des pays dont ils ne sont pas originaires mais que l’Europe considère comme “sûrs”.La baisse des arrivées — environ 20% d’entrées irrégulières en moins par rapport à l’an dernier — n’a pas fait retomber la pression sur les responsables politiques du Vieux continent. Bien au contraire.”Il est vraiment important que nous donnions aux citoyens le sentiment que nous maîtrisons ce qui se passe”, a martelé le commissaire européen Magnus Brunner, architecte de ce tour de vis migratoire.- La France et l’Espagne sceptiques -Ses idées font bondir la gauche et les associations de protection des exilés, qui dénoncent des mesures violant les droits humains.”Au lieu d’investir dans la sécurité, la protection et l’inclusion, l’UE choisit des politiques qui plongeront davantage de personnes dans le danger et l’insécurité juridique”, alerte Silvia Carta de PICUM, une ONG de protection des sans-papiers.Sous l’impulsion du Danemark, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne et défend de longue date ce durcissement migratoire, les Etats membres ont avancé au pas de charge dans leur examen des mesures.Il existe de fait une “volonté politique largement partagée” parmi les Vingt-Sept pour valider ces propositions, affirme un diplomate.Parmi les rares sceptiques: la France, qui s’interroge sur la légalité et l’efficacité de certaines de ces mesures, et l’Espagne, pas convaincue par les “hubs de retour”, déjà expérimentés par plusieurs pays mais sans réel succès.Cette position est toutefois de plus en plus “difficile à tenir” tant la pression exercée par certains pays pour les adopter est forte, assure le ministre espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska.Ces mesures bénéficient aussi du net soutien de la droite et de l’extrême droite qui se sont alliées au Parlement européen la semaine dernière pour leur accorder de premiers feux verts.Là encore, l’idée est d’avancer vite, de nombreux eurodéputés et dirigeants plaidant pour leur adoption finale en début d’année prochaine.- 20.000 euros par demandeur d’asile -Les Vingt-Sept se sont par ailleurs accordés lundi sur un nouveau système de répartition des demandeurs d’asile en Europe.Afin de soulager les pays se situant le long des routes migratoires, comme la Grèce et l’Italie, l’UE exigera bientôt que les autres Etats membres relocalisent des demandeurs d’asile sur leur sol. Ou versent, à défaut, une contribution financière de 20.000 euros par demandeur d’asile aux pays sous pression.Les pays de l’UE ont négocié durant plusieurs semaines sur la manière de mettre en place ce système, qui entrera en vigueur en juin prochain.Les tractations autour de ce dossier ont été particulièrement ardues, tant les pays disposés à accueillir des demandeurs d’asile en provenance d’un autre Etat membre sont rares dans le contexte politique actuel.”Il y a peu de ministres de l’Intérieur qui vont vouloir venir devant la presse et dire +ok j’en ai pris 3.000+”, explique un responsable européen, s’exprimant sous couvert d’anonymat.La répartition exacte décidée par les Vingt-Sept lundi est confidentielle.

Chine: l’excédent commercial dépasse 1.000 milliards de dollars en 2025

L’excédent commercial colossal de la Chine a dépassé pour la première fois les 1.000 milliards de dollars en 2025, les exportations à travers le reste du monde compensant la forte baisse des livraisons vers les États-Unis, indiquent des chiffres officiels publiés lundi.Le solde positif des échanges de la Chine avec le reste du monde de janvier à novembre était de 1.080 milliards de dollars, a indiqué l’administration des Douanes.”L’excédent commercial de la Chine cette année a déjà dépassé celui de l’année dernière, et nous prévoyons qu’il augmentera encore l’année prochaine”, écrit dans une note Zichun Huang, de Capital Economics.”La faiblesse des exportations vers les Etats-Unis a été largement compensée par les expéditions vers d’autres marchés” en novembre, a-t-elle dit.Les exportations de la Chine ont augmenté de 5,9% en novembre sur un an, plus rapidement que prévu, mais ont baissé de 28,6% vers les seuls Etats-Unis au cours de la même période, a indiqué l’administration des Douanes.Le chiffre global des exportations est meilleur que les prévisions de l’agence Bloomberg, qui tablait sur une hausse de 4%.Cette embellie fait suite à un recul des exportations de 1,1% sur un an en octobre, le premier depuis février coïncidant avec un regain des tensions commerciales avec les Etats-Unis.Les importations ont progressé de 1,9% sur un an en novembre, à un rythme plus lent que la hausse de 3% prévue par Bloomberg, nouveau signe d’atonie de la consommation intérieure.”Le rebond de la croissance des exportations en novembre contribue à atténuer la faiblesse de la demande intérieure”, commente dans une note Zhiwei Zhang, président et économiste en chef chez Pinpoint Asset Management. “La dynamique économique a ralenti au quatrième trimestre, en partie à cause de la faiblesse persistante du secteur immobilier”, ajoute-t-il.La Chine et les Etats-Unis se sont livré une âpre guerre commerciale en 2025 après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Un sommet entre le président américain et son homologue chinois Xi Jinping le 30 octobre en Corée du Sud a débouché sur des mesures de détente réciproques, au moins temporaires.Les exportations font depuis des années office de moteur de l’économie chinoise, avec une consommation domestique obstinément languissante et une crise de la dette prolongée dans le vaste secteur immobilier. La Chine est aussi confrontée à un chômage élevé chez les jeunes et un vieillissement rapide de sa population.Les dirigeants chinois, qui visent une croissance globale de cinq pour cent cette année, doivent tenir cette semaine une importante réunion consacrée à la planification économique.Les exportations vers les Etats-Unis ont représenté 33,8 milliards de dollars en novembre, contre 47,3 milliards à la même époque l’an dernier.- Menace de Macron -Les exportations vers les Etats-Unis ont baissé quasiment tout au long de l’année. Mais elles sont restées de manière globale résilientes.Les partenaires européens de la Chine en particulier s’alarment de voir qu’avec la confrontation commerciale avec les Etats-Unis ses produits se déversent sur leur marché.Ils pressent la Chine de stimuler sa consommation intérieure.Le président français Emmanuel Macron, tout juste de retour de Chine où il a plaidé la cause européenne en fin de semaine passée, a menacé Pékin dimanche de droits de douane “dans les tout prochains mois” si la Chine ne prend pas des mesures pour réduire le déficit commercial qui ne cesse de se creuser avec l’UE.Le protectionnisme de l’administration Trump “accroît nos problèmes en redirigeant les flux chinois massivement sur nos marchés”, a-t-il dit au quotidien français Les Echos.Le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul jusqu’à mardi en Chine. Déjà affectées par des désaccords géopolitiques, les relations entre Berlin et Pékin se sont encore refroidies ces derniers mois avec les tensions commerciales entre l’UE et la Chine.Cela n’a pas empêché la Chine de redevenir cette année le premier partenaire commercial de l’Allemagne à la place des Etats-Unis.