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Chili: une large victoire de l’extrême droite porte José Antonio Kast à la présidence

Les électeurs chiliens ont élu dimanche le leader d’extrême droite José Antonio Kast à la tête du pays, devenant le président le plus à droite depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990.L’ultraconservateur de 59 ans recueille environ 58% des suffrages contre 42% pour Jeannette Jara, une communiste modérée représentant une vaste coalition de gauche, selon des résultats officiels portant sur la quasi-totalité des bulletins de vote.”Nous allons instaurer le respect de la loi dans toutes les régions”, a déclaré le vainqueur du scrutin à des milliers de partisans réunis devant le siège du Parti républicain, dans l’est de Santiago.L’annonce de sa victoire a donné lieu à des célébrations à travers le pays, plusieurs milliers de personnes descendant dans les rues pour brandir des drapeaux chiliens, notamment dans la capitale, où ont retenti les klaxons pendant plusieurs heures.Mme Jara a rapidement reconnu sa défaite et promis une opposition “exigeante”.”Beaucoup de gens se sont laissé emporter par la campagne de la peur et par l’ignorance”, a regretté Gabriela Acevedo, 21 ans, étudiante en éducation spécialisée et électrice de Jeannette Jara.- Portraits de Pinochet -Au quartier général de José Antonio Kast, dans le quartier de Las Condes à Santiago, l’un des plus aisés du pays, plusieurs milliers de sympathisants étaient rassemblés.”Nous étions très fatigués, à l’échelle du pays, par l’usure économique (…) La droite nous manquait”, a déclaré Maribel Saavedra, une travailleuse sociale de 42 ans, en ouvrant une bouteille de champagne. Elle espère que M. Kast “renforce le pays par le travail” et “régularise la question migratoire”.Une fois le résultat connu, un groupe de personnes a scandé “Pinochet, Pinochet” et brandi des portraits de l’ancien dirigeant, défendu par le passé par José Antonio Kast, dans un pays où la dictature a fait quelque 3.200 morts et disparus entre 1973 et 1990.A peine élu, le candidat du Parti républicain a affronté sa première manifestation sur la Plaza Italia, épicentre à Santiago de la révolte sociale de 2019. Des dizaines de protestataires y ont été dispersés par la police à l’aide d’un canon à eau, selon la presse locale. Près de 16 millions d’électeurs étaient appelés à départager les deux candidats. Les sondages anticipaient une large victoire de José Antonio Kast. Au premier tour mi-novembre, les deux finalistes avaient chacun recueilli un quart des suffrages, avec une légère avance pour la gauche. Mises ensemble, les forces de droite avaient totalisé 70%.Le président élu, qui prendra ses fonctions en mars, a reçu les félicitations du chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, qui a vanté “des priorités communes, notamment le renforcement de la sécurité publique, la fin de l’immigration illégale et la revitalisation de notre relation commerciale”.L’ultralibéral argentin Javier Milei, allié de Donald Trump, a fait part sur X de son “immense joie” après “l’écrasante victoire de (son) ami”, se disant certain de pouvoir travailler avec lui pour que la région “adopte les idées de la liberté et que nous puissions nous libérer du joug oppresseur du socialisme”.Au Brésil, le président de gauche Lula a souhaité à M. Kast “beaucoup de succès”.- Conservatisme -L’ex-député, catholique pratiquant et père de neuf enfants, a fait campagne sur la lutte contre la criminalité et la promesse d’expulser les près de 340.000 migrants en situation irrégulière.Face à lui, Mme Jara, 51 ans, ex-ministre du Travail du président sortant Gabriel Boric, et issue des rangs du Parti communiste, promettait l’augmentation du salaire minimum et la défense des retraites.La criminalité et l’immigration irrégulière sont en tête des préoccupations des Chiliens, devant les difficultés économiques liées à une croissance atone.  Les experts parlent de perceptions en décalage avec la réalité, dans un pays qui connaît une hausse des enlèvements et de l’extorsion mais reste l’un des plus sûrs d’Amérique latine.Pendant cette campagne, M. Kast, opposé à l’avortement même en cas de viol ainsi qu’au mariage des couples de même sexe, a mis en sourdine ses positions les plus conservatrices.Le discours sécuritaire de la droite et de l’extrême droite au Chili trouve d’autant plus d’écho que le gouvernement de gauche sortant a généré des frustrations.L’explosion sociale de 2019 pour davantage d’égalité sociale, marquée par des violences, a été “très traumatisante” et, conjuguée à la pandémie, elle a produit “un mouvement vers le conservatisme”, relève la politologue Claudia Heiss. 

Hong Kong: l’ex-magnat prodémocratie Jimmy Lai jugé coupable dans son procès pour atteinte à la sécurité nationale

Un tribunal de Hong Kong a jugé coupable lundi l’ancien magnat des médias prodémocratie Jimmy Lai dans son procès pour atteinte à la sécurité nationale, risquant la prison à perpétuité, dans l’une des décisions de justice les plus marquantes depuis la rétrocession du territoire à la Chine en 1997.M. Lai, âgé de 78 ans, a été reconnu coupable d’un chef d’accusation de sédition, et de deux chefs d’accusation de collusion avec l’étranger. Ces deux derniers chefs se basent sur la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin après les vastes manifestations prodémocratie, parfois violentes, qui ont secoué Hong Kong en 2019.Pour le parquet, M. Lai était le cerveau derrière deux complots demandant à des pays étrangers d’imposer des “sanctions ou un blocus” ou de mener des “activités hostiles” contre Hong Kong ou la Chine. L’ex-magnat est aussi accusé d’avoir publié des contenus qui “incitaient à la désaffection” envers le gouvernement.Jimmy Lai, resté impassible à l’énoncé du verdict, a constaté un journaliste de l’AFP présent dans la salle, avait plaidé non coupable et risque la prison à perpétuité. Les peines seront prononcées à une date ultérieure, il pourra faire appel.”Il ne fait aucun doute que [M. Lai] a nourri sa rancœur et sa haine envers la RPC pendant une grande partie de sa vie d’adulte et cela apparaît dans ses articles”, a déclaré la juge Esther Toh à la cour, utilisant l’acronyme désignant la République populaire de Chine. “Il est également clair pour nous que le premier accusé, bien avant l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, réfléchissait à la manière dont les États-Unis pourraient faire pression sur la RPC”, a-t-elle ajouté.Disposant d’un passeport britannique, le fondateur du journal prodémocratie Apple Daily, aujourd’hui fermé, est emprisonné depuis 2020. Âgé de 78 ans, il est maintenu à l’isolement, “à sa demande” selon les autorités. Il a salué les personnes venues le soutenir, dont sa femme Teresa et son fils Lai Shun-yan, d’un sourire et d’un hochement de tête, selon un journaliste de l’AFP.Il “est dans un bon état d’esprit”, a affirmé son avocat Robert Pang aux journalistes à la sortie du tribunal.Des représentants consulaires, notamment ceux des États-Unis, de l’Union européenne et de la France, ont assisté au verdict. Des vétérans du camp pro-démocratie de Hong Kong, dont le cardinal Joseph Zen et l’ancienne députée Emily Lau ont aussi pris place dans le public.- “Glas de la liberté de la presse” -Le cas de Jimmy Lai est considéré par les défenseurs des droits comme emblématique de l’érosion des libertés politiques à Hong Kong depuis la mise en place par Pékin de la loi sur la sécurité nationale.”La prévisibilité du verdict rendu aujourd’hui ne le rend pas moins consternant: la condamnation de Jimmy Lai sonne comme le glas de la liberté de la presse à Hong Kong”, a dénoncé l’ONG Amnesty International.Pour Reporters sans frontières (RSF), cette “condamnation illégale” illustre “la détérioration alarmante de la liberté des médias sur le territoire”, tandis que le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) l’a qualifiée de “condamnation parodique” et d'”acte de persécution honteux”.De son côté, Pékin avait déclaré vendredi qu’il “soutenait fermement” Hong Kong dans “le maintien de la sécurité nationale conformément à la loi et la répression des actes criminels qui mettent en danger la sécurité nationale”.Au cours du procès, Jimmy Lai s’est décrit au moins deux fois comme un “prisonnier politique”, s’attirant des reproches des juges. En plus des accusations de collusion, il est poursuivi pour 161 “publications séditieuses”, parmi lesquelles des talk-shows sur les réseaux sociaux et des éditoriaux signés de son nom.Au cours de son procès, ouvert en décembre 2023, M. Lai a affirmé n’avoir jamais prôné le séparatisme ou la résistance violente. Il a également nié avoir appelé à des sanctions occidentales contre la Chine et Hong Kong.Jimmy Lai souhaitait une “Chine libre et démocratique”, a indiqué à l’AFP un ancien employé de l’Apple Daily, connu sous le nom de Chan, faisant la queue devant le tribunal avant le verdict lundi aux côtés d’une centaine de personnes. “Il aimait beaucoup le pays, il n’aimait simplement pas le régime”, a-t-il ajouté.Pour Eric Lai, chercheur au Centre de droit asiatique de l’université Georgetown, le discours du tribunal “correspond à la manière dont la propagande du PCC tente d’effacer la distinction entre le parti au pouvoir et le peuple qu’il gouverne.”Les autorités de l’ex-colonie britannique, désormais région chinoise à statut spécial, ont affirmé que cette affaire avait été “traitée uniquement sur la base de preuves et conformément à la loi”.- État de santé incertain -Jimmy Lai est apparu devant la cour plus mince qu’avant son emprisonnement, alors que ses enfants, réfugiés aux Etats-Unis, ont fait part la semaine dernière de leurs inquiétudes.Le commissaire Steve Li, chef de la police nationale de sécurité, a déclaré lundi lors d’une conférence de presse que les inquiétudes de la fille de M. Lai relevaient de la diffamation.Le gouvernement de Hong Kong a souligné que M. Lai était soumis aux mêmes conditions de détention que “les autres détenus” et qu’il recevait des soins médicaux “adéquats et complets”.

Un attentat antisémite par un père et son fils fait 15 morts sur une plage de Sydney

Un père et son fils ont ouvert le feu dimanche soir sur la foule qui célébrait la fête juive de Hanouka sur une plage mythique de Sydney, faisant 15 morts, dont une fillette, et plus de 40 blessés, dans un attentat qualifié de “terroriste” et d'”antisémite” par l’Australie qui a décrété lundi un deuil national.Sur cette plage de Bondi prisée par des Australiens et des touristes du monde entier, des effets personnels étaient encore sur le sable taché de sang, après une tuerie de dix minutes qui provoque une onde de choc dans cet immense pays d’Océanie et à l’étranger.”Ce que nous avons vu hier était un acte purement maléfique, antisémite et terroriste sur nos rives”, a lancé lundi le Premier ministre Anthony Albanese en déposant une gerbe des fleurs sur ce lieu baigné par le Pacifique.L’Australie, qui n’avait pas été frappée par une telle tuerie depuis 1996, a mis tous ses drapeaux en berne, a annoncé M. Albanese, en proposant aussi une législation encore plus stricte sur les armes à feu. Dès dimanche soir, il avait dénoncé “une attaque ciblée contre les juifs australiens, au premier jour de Hanouka”, la fête juive dite des “lumières” qui se tient durant neuf jours en décembre. Et il avait jugé que l’attentat visait “tous les Australiens”.Le chef de la police locale, Mal Lanyon, a précisé que ses enquêteurs avaient “découvert un engin explosif artisanal dans une voiture liée au criminel décédé”, l’un des deux tireurs abattu par la police.- “Dix minutes” -L’attentat a meurtri dimanche vers 18H45 (07H45 GMT) l’immense plage de Bondi, la plus connue d’Australie et à l’international, envahie par des milliers de promeneurs, nageurs et surfeurs en ce début d’été austral.”Nous avons entendu les coups de feu (…) Dix minutes de détonations incessantes”, a déclaré à l’AFP Camilo Diaz, étudiant chilien de 25 ans.Timothy Brant-Coles, touriste britannique, a confié à l’AFP avoir vu “deux tireurs vêtus de noir et armés de fusils semi-automatiques”. “C’est allé très vite”, a confié aussi à l’AFP un Français de 23 ans, Alban Baton, qui s’est réfugié dans la chambre froide d’une épicerie.Les assaillants étaient un père, qui avait un permis pour le port de six armes, et son fils, selon la police de l’État de Nouvelle-Galles-du-Sud, dont Sydney est la capitale. Le premier, Sajid Akram, 50 ans, a été abattu par des policiers, le second, Naveed Akram, 24 ans, est blessé et hospitalisé dans un état critique, selon la presse australienne.Sur la colline verdoyante surplombant la plage, un journaliste de l’AFP a vu une poussette d’enfant, des sacs et des serviettes laissés par les gens qui ont couru se mettre à l’abri.- “Héros” -À la tombée de la nuit de dimanche à lundi, la plage et les alentours d’habitude très animés avaient été évacués et bouclés.M. Albanese, mais aussi le président américain Donald Trump, ont salué les “héros” qui sont intervenus.Une vidéo qui s’est propagée sur les réseaux sociaux montre un passant sur un parking se précipiter par derrière sur un assaillant, l’agripper et lui arracher son arme avant de le mettre en joue et de le faire fuir.Des dirigeants de la planète ont condamné avec force un attentat qui a tué 15 personnes âgées de dix ans pour une fillette, à 87 ans.Les condamnations internationales ont afflué.Donald Trump a fustigé un attentat “purement antisémite”.La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré que “l”Europe se tenait aux côtés de l’Australie et des communautés juives partout dans le monde”.En Israël, le président Isaac Herzog a parlé d’une “attaque très cruelle contre des juifs” perpétrée par “d’ignobles terroristes”. Son Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui ne cesse de dénoncer la résurgence de l’antisémitisme dans le monde depuis le massacre du 7 octobre 2023 et la guerre dans la bande de Gaza, a fustigé un “cancer qui se propage lorsque les dirigeants restent silencieux et n’agissent pas”. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron ont fait part de leur solidarité, alors qu’un Français compte parmi les morts.L’une des victimes tuées est le rabbin Eli Schlanger, 41 ans, né à Londres et père de cinq enfants. Le Conseil national des imams australien a condamné cette “attaque traumatisante” et appelé “tous les Australiens, y compris la communauté musulmane australienne, à se serrer les coudes dans l’unité, la compassion et la solidarité”.Une série d’attaques antisémites a semé la peur chez les juifs d’Australie depuis plus de deux ans et Canberra a accusé Téhéran d’être à l’origine de deux de ces actes et a expulsé il y a quatre mois l’ambassadeur iranien. burs/nr/lgo

Procès Péchier: la parole à la défense

Après le rouleau compresseur de l’accusation, qui a requis la perpétuité contre “docteur la mort”, c’est au tour de la défense d’entrer en scène lundi au procès de l’anesthésiste Frédéric Péchier, avec une plaidoirie pour tenter d’instiller le doute et d’arracher l’acquittement.Silhouette imposante et chevelure de jais, Randall Schwerdorffer, qui assure la défense de l’anesthésiste – épaulé par Julie Péchier, avocate et sœur de l’accusé – doit prendre la parole seul pour porter la voix et la version du médecin de 53 ans.Accusé d’avoir empoisonné 30 patients – dont 12 sont morts – au bloc opératoire, entre 2008 et 2017 dans deux cliniques de Besançon, Frédéric Péchier, qui comparaît libre depuis le 8 septembre, n’a cessé de clamer son innocence.Son défenseur va donc tenter d’obtenir des six jurés populaires et des trois magistrats professionnels un acquittement.Après quoi, la parole sera donnée une dernière fois à l’accusé, puis la cour d’assises du Doubs se retirera pour délibérer. Elle rendra son verdict d’ici à vendredi.La semaine dernière, au terme d’un réquisitoire fleuve de plus de dix heures d’une rare intensité, les deux avocates générales Thérèse Brunisso et Christine de Curraize ont requis la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans, à l’encontre de celui qu’elles ont qualifié de “tueur en série” aux crimes “hautement pervers”. Frédéric Péchier est “l’un des plus grands criminels de l’histoire”, qui “a utilisé la médecine pour tuer”, ont-elles asséné.Face à cette “hypothèse d’accusation”, il est l’heure pour la défense “d’expliquer sa propre interprétation (du dossier), qui n’est absolument pas la même que celle de l’accusation”, a réagi vendredi Me Schwerdorffer en marge de l’audience.- “L’imposture Péchier” -Sa plaidoirie reflètera les longues journées d’audience, “l’oralité des débats et les interrogatoires” des témoins, des enquêteurs et des experts qui se sont succédé à la barre, a-t-il assuré.”Je maintiendrai toujours que je ne suis pas l’empoisonneur”, a une ultime fois soutenu l’accusé lors de son dernier interrogatoire sur les faits. Jamais il n’a flanché malgré les assauts répétés et implacables du ministère public. Depuis plus de trois mois, les débats de la cour d’assises se sont penchés sur l’enquête de police, les expertises médicales et les témoignages émouvants des victimes présumées et de leurs familles, défendues par 27 avocats.Selon le duo de magistrates de l’accusation, le praticien introduisait, sans se faire remarquer, du potassium, des anesthésiques locaux, de l’adrénaline ou encore de l’héparine dans des poches de perfusion, avant de les déposer sur les chariots d’anesthésie. Ces poches empoisonnées étaient ensuite perfusées aux patients, ce qui déclenchait des arrêts cardiaques ou des hémorragies incompréhensibles pour les soignants. L’empoisonneur cherchait ainsi à nuire à des médecins avec qui il était en conflit et “nourrir sa soif de puissance”, selon le ministère public.Une démonstration saluée par les avocats des parties civiles, qui pendant les trois mois d’audience ont exhorté l’accusé à avouer, en vain. “Douze morts, dix-huit rescapés, je crois qu’on ne pouvait pas requérir autre chose” que la perpétuité, a noté Me Stéphane Giuranna.Pour son confrère Frédéric Berna, à présent que les avocates générales ont “définitivement débusqué l’imposture Péchier”, les “écrans de fumée de la défense” ne pourront plus “faire échapper Péchier à la vérité judiciaire”.Pour être “bien condamné”, l’accusé doit être “bien défendu”, a reconnu le conseil. “Je ne doute pas qu’il le sera, mais encore une fois, j’espère que la défense aura la dignité de sortir de la position d’imposture qu’elle a eue jusque-là”.

Journée de grève au Louvre, toujours dans la tourmente

Le Louvre pourrait être contraint de fermer ses portes lundi en raison d’une grève de ses personnels, nouvelle épreuve pour un musée dans la tourmente depuis le cambriolage du 19 octobre et la mise à nu de ses dysfonctionnements.A 9H00, les salariés doivent se réunir en assemblée générale pour se prononcer sur l’appel lancé par les syndicats à une “grève reconductible” contre des “conditions de travail toujours plus dégradées” et la détérioration de l’accueil du public dans le musée, l’un des plus visités au monde.”Visiter le Louvre est devenu un véritable parcours du combattant”, écrivent les syndicats CGT, CFDT et SUD dans leur préavis de grève envoyé le 8 décembre à la ministre de la Culture Rachida Dati. En fonction de l’ampleur du vote, qui devrait être connue vers 10H00, le Louvre pourrait, faute d’agents suffisants, fermer certains de ses espaces voire l’ensemble du bâtiment. Seule certitude : le musée n’ouvrira pas comme prévu à 9H00 en raison de l’assemblée générale. “On se prépare lundi à une mobilisation puissante. On aura beaucoup plus de grévistes que d’habitude”, prédit Christian Galani de la CGT, syndicat majoritaire au Louvre, qui dénonce, comme les autres organisations professionnelles, des problèmes de sous-effectifs.Pour tenter d’éviter une fermeture du musée à l’approche des vacances de Noël, des réunions ont eu lieu la semaine dernière au ministère de la Culture avec les syndicats, dont une avec Rachida Dati en personne.Face aux syndicats, la ministre s’est engagée à revenir sur la baisse de 5,7 millions d’euros de dotation publique au Louvre prévue dans le projet de loi de finances 2026, a-t-on appris de sources concordantes. En 2024, le musée a perçu 98,2 millions d’euros de subventions de l’État.Il n’y a eu “aucune autre avancée significative”, selon la CGT mais la CFDT assure que les discussions se sont déroulées de “façon intelligente et apaisée”. “Pas d’annonce tonitruante, pas de colère, chacun comprend les deux parties”, a assuré sa déléguée Valérie Baud, interrogée la semaine dernière par l’AFP.- Réorganisation à marche forcée -En parallèle de ce conflit social, le musée doit faire face à une réorganisation à marche forcée et continuer de répondre aux interrogations sur les failles qui ont permis à un commando de s’emparer de huit joyaux de la Couronne, toujours introuvables. Fragilisée, la présidente du Louvre Laurence des Cars devra, l’espace de quelques mois, travailler en tandem avec Philippe Jost, le haut fonctionnaire chargé du chantier de reconstruction de Notre-Dame, à qui Rachida Dati a confié vendredi la mission de “réorganiser en profondeur le musée”.”Des mesures indispensables sont à prendre, bien au-delà de la sûreté et de la sécurité”, a déclaré la ministre, sans donner plus de détails.”Toute réflexion sur l’avenir du Louvre ne saurait se limiter à une approche technico-organisationnelle”, a réagi la CFDT, demandant de connaître le “périmètre exact” de cette mission.Dimanche, un communiqué du ministère de la Culture a précisé que la mission de M. Jost serait menée en janvier et février et que ses premières recommandations étaient attendues “fin février 2026”.Cette semaine, des sénateurs vont par ailleurs poursuivre leur quête de réponses sur les dysfonctionnements du musée, après avoir pris connaissance de l’enquête administrative lancée après le cambriolage. Mardi, la commission culture du Sénat doit entendre pour la première fois l’ancien président du Louvre Jean-Luc Martinez, destinataire pendant son double mandat (2013-2021) de deux audits alarmants peu suivis d’effets.Mercredi, la même commission entendra de nouveau Laurence des Cars, à la tête du musée depuis fin 2021, pour comprendre notamment comment ces deux audits n’ont été découverts par l’actuelle direction qu’après le casse du 19 octobre.