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Manifestations à Minneapolis après la mort d’une femme tuée par la police de l’immigration

Des milliers de personnes se sont rassemblées jeudi à Minneapolis, où la police de l’immigration a abattu une femme la veille et obtenu le soutien décrié de la Maison Blanche, tandis que plus à l’ouest, à Portland, deux personnes ont été blessées par des tirs de la police aux frontières. A Portland, bastion démocrate de l’Oregon (extrême nord-ouest, limitrophe du Canada) deux personnes ont été admises à l’hôpital “à la suite d’une fusillade impliquant des agents fédéraux”, a expliqué la police municipale.La gouverneure de l’Oregon, Tina Kotek, a fait part jeudi soir lors d’une conférence de presse de ses inquiétudes concernant l’usage de la force par les agents fédéraux à Portland et a demandé une enquête approfondie sur l’évènement.Il s’est déroulé lors d’un contrôle de police sur une voiture, selon le ministère de la Sécurité intérieure, qui affirme que le passager est un sans-papiers vénézuélien lié au gang Tren de Aragua.Les deux occupants ont tenté de “rouler sur les policiers”, qui ont répliqué, affirme le ministère sur X, offrant un récit officiel proche de celui fourni à Minneapolis – bien que les deux incidents soient distincts.  En effet, avant cela, le vice-président JD Vance a martelé que le policier qui a abattu une Américaine de 37 ans à Minneapolis (Minnesota, centre-nord) avait agi pour protéger sa vie et celle de ses collègues, alors que la victime tentait de les renverser en voiture. La Maison Blanche évoque la “légitime défense” de la police de l’immigration, l’ICE.Des “conneries”, réplique le maire démocrate Jacob Frey, qui conteste fermement cette version officielle. L’opposition démocrate locale dénnonce la “propagande” de l’administration Trump, s’appuyant sur plusieurs vidéos de témoins montrant la scène sous différents angles.On y voit le SUV de la victime bloquer le passage d’un convoi de l’ICE. Puis plusieurs policiers demandent à la conductrice de sortir de son véhicule. L’un d’eux tente d’ouvrir la portière. Mais, alors que la voiture redémarre pour s’éloigner des agents, un policier placé à l’avant-gauche du véhicule ouvre le feu à plusieurs reprises. Des centaines de personnes se sont rassemblées jeudi dans la banlieue de cet autre bastion démocrate pour protester contre l’ICE, principal outil de la politique d’expulsion à grande échelle de l’administration Trump.Des manifestations se sont également déroulées dans plusieurs autres villes américaines, dont Washington et New York. – “Ils ne me croient pas” -Plusieurs personnes ont été arrêtées à Minneapolis jeudi après des heurts entre protestataires et policiers devant un bâtiment fédéral.Des centaines d’habitants se sont également rassemblées dans le calme sur les lieux des tirs de mercredi, où un mémorial a été improvisé sur la neige avec des bougies et des dizaines de bouquets de fleurs. Il se situe à moins de deux kilomètres du lieu où l’Afro-Américain George Floyd avait été tué en 2020 par un policier blanc, provoquant des semaines de manifestations antiracistes à travers les Etats-Unis.Abdinasir Abdullahi, 38 ans, citoyen américain depuis une quinzaine d’années, d’origine éthiopienne, raconte à l’AFP le climat de peur que provoquent ces descentes de la police de l’immigration, affirmant qu’il ne se déplace plus sans son passeport. “Ils ne me croient pas si je dis que je suis Américain. Ils ne veulent pas vous croire”, dit-il.Interrogée par l’AFP lors de la manifestation, Shanda Copeland, 62 ans, estime que “ça ne peut plus continuer ainsi”. “Je ne peux pas rester chez moi à regarder sans rien faire.”Une cagnotte totalisant déjà plus d’un million de dollars a été lancée pour soutenir la famille de la victime, Renee Nicole Good. Des photos de cette mère de trois enfants, blonde et souriante, ont été affichées dans les rues de Minneapolis, avec la mention “Assassinée par ICE.”La Maison Blanche a continué de défendre l’action de ses agents et dénoncé “un mouvement de gauche dangereux” qui mène “un assaut organisé” à travers le pays contre les forces de l’ordre. Le FBI est seul en charge de l’enquête sur les tirs visant Renee Nicole Good commis mercredi matin, alors que l’ICE menait une vaste série d’opérations.A plusieurs reprises ces derniers mois, des personnes sont mortes, souvent accidentellement, en tentant d’échapper à des contrôles de l’ICE. Des agents ont également plusieurs fois tiré sur des conducteurs qui tentaient de les renverser, selon la version de l’administration, faisant au moins un mort en septembre à Chicago.

Mercosur: l’UE proche du but après vingt-cinq ans de suspense

Après plus de vingt-cinq ans de négociations, l’Union européenne touche du doigt l’accord commercial avec le Mercosur, qui pourrait recevoir l’aval des Etats européens vendredi, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France.Depuis 1999, la Commission européenne mène des tractations ardues pour créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.Entre fausses promesses de dénouement imminent et longues mésententes, les négociations ont achoppé des années durant sur la question agricole.Cette fois, Bruxelles croit l’accord à portée de main.Pour ses détracteurs, il va bousculer l’agriculture européenne à coups de produits moins chers et pas forcément respectueux des normes environnementales de l’UE, faute de contrôles suffisants. Pour ses thuriféraires comme l’Allemagne et l’Espagne, cet accord va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine, affaiblie par la concurrence chinoise et les droits de douane aux Etats-Unis.En dépit de la contestation redoublée des agriculteurs européens, Ursula von der Leyen espère parapher ce traité lundi au Paraguay.Avant de s’envoler vers l’Amérique latine, la présidente de la Commission européenne a besoin de la bénédiction des Etats européens, à la majorité qualifiée, lors d’un vote attendu ce vendredi.L’Italie, qui avait demandé un délai supplémentaire en décembre, semble cette fois prête à donner son aval, potentiellement décisif.La France est toujours contre, comme l’a annoncé Emmanuel Macron jeudi soir, invoquant un “rejet unanime” de la classe politique hexagonale.La Pologne, la Hongrie, l’Irlande, mais aussi l’Autriche devraient également s’y opposer, sans parvenir à bloquer l’accord pour autant.Ce traité entre l’UE et quatre pays du Mercosur créerait une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs, réclamée par les milieux d’affaires.En supprimant une large part des droits de douane, il favoriserait les exportations européennes de voitures, de machines, de vins ou de fromages. Dans le sens inverse, il faciliterait l’entrée en Europe de boeuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.- “Echec diplomatique” pour la France -Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord.L’Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi Bruxelles. L’accord avec le Mercosur est “essentiel sur le plan économique, politique, stratégique et diplomatique”, a insisté Olof Gill, un porte-parole de la Commission.Et “les priorités agricoles ont été au coeur” des discussions, a-t-il assuré jeudi. “Nous avons négocié comme des fous”.Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour protéger les produits sensibles ou un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l’UE.Mais rien n’y a fait. La colère agricole est repartie de plus belle, en particulier en France, où des tracteurs étaient à Paris jeudi pour dénoncer tout à la fois le Mercosur, le prix des engrais ou la gestion gouvernementale de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.Empêtré dans l’instabilité politique, Emmanuel Macron a paru hésiter sur ce traité avec le Mercosur, “pas acceptable en l’état”.Mais la pression politique était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement de Sébastien Lecornu en cas de soutien à l’accord. Et même malgré le non d’Emmanuel Macron au Mercosur, l’extrême droite française a annoncé deux motions de censure à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, aux faibles chances d’aboutir.L’Union européenne s’apprête à approuver un traité commercial contre l’avis de la première puissance agricole du continent, une situation quasiment inédite.Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes “incontestables” en faveur des agriculteurs.Mais c’est “un échec diplomatique et tactique”, cingle un ancien ministre français, anonymement.La France s’est isolée en disant que cet accord était “épouvantable”, quand l’Italie peut se targuer d’une “tactique assez habile qui permet à (Giorgia) Meloni de dire +c’est moi qui décide+”, estime-t-il.Paris explique néanmoins que la partie n’est pas terminée, puisque l’accord, s’il est bien signé, doit encore être soumis au Parlement européen pour ratification, dans quelques semaines.Le scrutin pourrait être serré dans l’hémicycle où les considérations nationales pèseront. Environ 150 eurodéputés (sur 720) voudraient saisir la justice pour tenter de s’opposer à l’application de l’accord.

Le Venezuela relâche des prisonniers, mais assure n’être “pas soumis” aux Etats-Unis

Les autorités vénézuéliennes ont relâché jeudi plusieurs opposants dont l’ancien candidat à la présidentielle Enrique Marquez, la présidente par interim Delcy Rodriguez assurant toutefois que le pays n’est ni “subordonné ni soumis” aux Etats-Unis après la capture de Nicolas Maduro par les forces américaines le 3 janvier.M. Marquez avait mené une croisade judiciaire contre la réélection en 2024 de M. Maduro, acquise selon l’opposition et une partie de la communauté internationale dans des conditions entachées de fraude.Cet opposant âgé de 62 ans s’était formellement inscrit pour le scrutin afin de pouvoir être le représentant principal de l’opposition en cas de rejet par les autorités de la candidature d’Edmundo Gonzalez Urrutia, qui avait lui-même remplacé au pied levé Maria Corina Machado, déclarée inéligible.M. Urrutia avait finalement pu se maintenir face à M. Maduro et M. Marquez n’avait pas défendu sa propre candidature, soutenant M. Urrutia.Ce dernier a été contraint à l’exil après le scrutin de juillet 2024, tandis que M. Marquez a été arrêté en janvier 2025.Réfugié dans la clandestinité, Mme Machado a pour sa part remporté le prix Nobel de la paix 2025.Le président américain Donald Trump a annoncé jeudi qu’il recevrait l’opposante à Washington “la semaine prochaine”, se disant dans un entretien sur la chaîne Fox News “impatient” de la rencontrer. Il a ajouté que ce serait “un grand honneur” si elle lui remettait son prix Nobel de la paix, comme le lui a proposé la lauréate 2025. L’avocate de premier plan Rocio San Miguel, arrêtée en février 2024, a elle aussi été libérée jeudi lors de cette première vague parmi de “nombreux prisonniers”, dont des étrangers.Mme San Miguel, qui dispose également de la nationalité espagnole, s’est immédiatement envolée pour l’Espagne avec quatre autres ressortissants de ce pays également libérés, selon Madrid.Mme Machado a salué ces libérations, jugeant qu’ “aujourd’hui, la vérité, pourchassée et réduite au silence pendant des années, parvient à se frayer un chemin”.- “Geste unilatéral” -Ces libérations sont “un geste unilatéral du gouvernement” afin “de favoriser la coexistence pacifique”, a fait valoir Jorge Rodriguez, président du Parlement du Venezuela, sans préciser le nombre ni la nationalité des détenus relâchés.L’ONG Foro penal estimait avant jeudi à 806 le nombre de prisonniers politiques au Venezuela, dont 175 militaires.Malgré ces concessions, la présidente par interim Delcy Rodriguez a assuré que son pays n’était ni “subordonné ni soumis” aux Etats-Unis et a évoqué sa “loyauté envers le président Nicolas Maduro”, emmené contre son gré aux Etats-Unis où il a été incarcéré.Dans un entretien publié jeudi dans le New York Times, Donald Trump a affirmé de son côté que les Etats-Unis pourraient conserver plusieurs années le contrôle du Venezuela, riche des plus grandes réserves d’hydrocarbures prouvées du monde. M. Trump, qui recevra vendredi les dirigeants de grands groupes pétroliers américains pour leur vanter les “immenses” opportunités au Venezuela, s’est par ailleurs félicité de la “très bonne entente” avec le pouvoir intérimaire à Caracas. “Ils nous donnent tout ce que nous jugeons nécessaire”, a-t-il dit.Dès mardi soir, le chef d’Etat américain avait assuré que le Venezuela allait remettre aux Etats-Unis “entre 30 et 50 millions de barils de pétrole” actuellement stockés sur des navires.Jeudi, trois navires affrétés par Chevron transportaient du pétrole du Venezuela vers les Etats-Unis, selon une analyse de l’AFP de données de suivi maritime, alors que les pressions de Washington sur Caracas font craindre une saturation des capacités de stockage du pays.M. Trump a par ailleurs annoncé jeudi qu’après des frappes contre des embarcations maritimes dans les Caraïbes et le Pacifique, les Etats-Unis allaient mener des frappes “au sol” contre les cartels, sans préciser exactement où.En Colombie, pays voisin du Venezuela,le gouvernement a annoncé que le président Gustavo Petro et M. Trump “se sont engagés à mener des actions conjointes” contre la guérilla ELN qui opère à la frontière.Parallèlement, le guérillero le plus recherché de Colombie, connu sous le nom d’Ivan Mordisco, a affirmé jeudi avoir convoqué un sommet de guérillas après l’opération américaine sur le sol vénézuélien.

Les tracteurs de la Coordination rurale repliés près de Paris, le monde agricole attend un geste

Signature imminente de l’accord UE-Mercosur à Bruxelles et poursuite de la mobilisation agricole en France: après leur démonstration de force à Paris, les tracteurs de la Coordination rurale se sont repliés aux abords de la capitale dans la nuit en attendant un geste du gouvernement.Le deuxième syndicat agricole, habitué des actions coup de poing, avait bravé les interdictions et débarqué jeudi à l’aube autour de l’Arc de Triomphe et de la tour Eiffel. Dans la soirée, il a appelé ses troupes au repos. L’ensemble des agriculteurs et leurs engins ont quitté Paris vers 22H00, selon la police.”Je voudrais bien qu’on se mette tous au calme pour évaluer ce qui va être dit”, a déclaré à l’AFP Bertrand Venteau, le président de la Coordination rurale, qui espère des annonces rapides du gouvernement.”Ce qui a été fait, c’est un exploit”, dit-il, saluant l’entrée des tracteurs dans la capitale sans “aucune dégradation” et “pacifiquement”, comme il s’y était engagé. Des actions de blocages routiers et manifestations sont prévues dans certaines régions, mais aussi en Belgique ou encore en Pologne ces prochains jours, soit le troisième hiver d’affilée marqué par des mouvements d’agriculteurs qui déplorent précarité et concurrence déloyale des produits importés, notamment d’Amérique du Sud.Dans le Nord, les autoroutes A27 et A2, qui mènent aux autoroutes belges E42 et E19, sont fermées depuis jeudi soir dans le sens France-Belgique, a annoncé la préfecture.Sur l’A2, “le secteur de Valenciennes est bloqué depuis 20H30″ par des membres du syndicat Jeunes agriculteurs, précise à l’AFP Anthime Coupet, président des JA du Nord et du Pas-de-Calais, parlant d’une centaine d’agriculteurs franco-belges mobilisés sur l’opération conjointe A2-E19.”Pour l’instant on a annoncé au préfet qu’on bloquerait jusqu’à lundi (…), on n’a pas l’intention de se laisser faire”, promet-il.La mobilisation avait commencé début décembre, la colère ayant été ravivée par la gestion gouvernementale de la dermatose bovine dans le Sud-Ouest et par l’accord de libre-échange UE-Mercosur.Sur ce dernier point, le président Emmanuel Macron a annoncé que la France voterait vendredi “contre” l’accord commercial mais ce choix ne bloquera pas le traité. Paris n’a en effet pas réussi, a priori, a réunir une minorité de blocage, et l’accord devrait donc être entériné par l’UE à la majorité qualifiée.- Prêts à “revenir” -Ces dernières semaines, le gouvernement français et Bruxelles ont multiplié les annonces, mais la pilule du Mercosur ne passe pas pour les agriculteurs, qui craignent unanimement l’arrivée de bœuf, sucre et de volailles sud-américains produits avec des normes moins disantes que celles imposées aux européens.La FNSEA, premier syndicat avec ses alliés des Jeunes Agriculteurs, a appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier si l’accord de libre-échange était signé. “Le combat sera dur et sera long”, a dit M. Venteau, en précisant que ses troupes étaient prêtes à “revenir”. Il avait posé au préalable la condition d’un moratoire sur les contrôles administratifs, ou par l’Office français de la biodiversité, des agriculteurs, dont il souhaite la suppression, affirmant que le gouvernement avait désormais la main sur les annonces.Une centaine de tracteurs a été bloquée dans la journée par les forces de l’ordre, a indiqué la préfecture de police. Une quarantaine était présente dans Paris et une soixantaine aux portes de la ville.Onze interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations ainsi que plus de 600 manifestants ont été recensées par le ministère de l’Intérieur en Ile-de-France mais hors de la capitale.En dehors de Paris en France, 67 actions ont réuni 2.200 manifestants, notamment sur des routes dans 39 départements, et 625 tracteurs, a déclaré à la presse le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en début de soirée.”Je pense que les blocages vont se résorber progressivement, que les agriculteurs qui viennent d’assez loin vont vouloir légitimement rentrer chez eux”, a jugé jeudi soir la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, sur BFMTV.

En plein débat sur la fin de vie, l’heure du jugement pour des militants du suicide assisté

Au milieu des débats parlementaires sur la fin de vie, le tribunal correctionnel de Paris rend vendredi son jugement à l’encontre de douze militants radicaux du suicide assisté, qui ont fait de leur procès à l’automne une tribune sur l’aide à mourir.Agés de 75 à 89 ans, douze adhérents de l’association Ultime Liberté ont été jugés de mi-septembre à début octobre pour avoir, entre août 2018 et novembre 2020, aidé des dizaines de personnes à acheter sur internet du pentobarbital, un barbiturique entraînant une mort rapide et sans douleur.”Notre objectif n’est pas de faire mourir les gens. C’est de les aider à continuer dans l’avancée de l’âge tout en étant très serein par rapport à la fin, à condition d’avoir cette pilule magique chez soi pour pouvoir arrêter au moment où on le décide, et non pas attendre le diktat médical”, déclarait à l’AFP avant l’audience Claude Hury, présidente d’Ultime Liberté et prévenue centrale du procès.Ces retraités ne sont poursuivis que pour des délits liés au trafic de substances illicites, non pour incitation ou aide au suicide.Le parquet a requis à leur encontre des peines allant jusqu’à 18 mois de prison avec sursis mais aucune amende, compte tenu du “mobile humanitaire” des militants de cette association, née en 2009 de la scission de la frange la plus radicale de la grande organisation pro-euthanasie ADMD.Avec son défilé à la barre de médecins ou intellectuels spécialistes du sujet, d’anonymes ayant aidé leurs proches à en finir, le procès a esquissé devant la justice le continent caché de l’aide à mourir pour des malades en grande souffrance. Un acte illégal mais néanmoins pratiqué à travers toute la France, dans le secret des familles, derrière les portes closes de chambres à coucher.- “Droit à l’aide à mourir” -Dans un témoignage aussi inattendu que bouleversant, un prêtre est ainsi venu pudiquement confesser à la barre avoir eu recours, à l’encontre du dogme religieux, au suicide assisté pour son père touché par un cancer en phase terminale.”Il m’avait fait jurer d’abréger ses souffrances lorsque le moment serait venu. Ça a été une double peine pour moi puisque j’ai respecté ma parole. En tant que fils, cela a été très compliqué à vivre. En tant que chrétien et prêtre, c’était presque schizophrénique: +Tu ne tueras pas+”, a raconté cet imposant ecclésiastique en soutane noire et col romain, en citant la Bible.Dressant le parallèle entre le mouvement pour l’aide à mourir et la campagne pour la légalisation de l’avortement au début des années 1970, nombre de témoins ont salué l’avancée législative et sociétale que représenterait selon eux le texte voté en première lecture en mai par l’Assemblée nationale, dont le Sénat débattra fin janvier.Cette proposition de loi du député MoDem Olivier Falorni créerait un “droit à l’aide à mourir” en France. Elle légaliserait le suicide assisté, et de manière exceptionnelle, l’euthanasie, sans pour autant que ces mots jugés connotés négativement ne figurent dans le texte.”La mort volontaire fait partie des droits de l’Homme. C’est d’ailleurs un thème très ancien, très traditionnel dans l’histoire de la pensée. La quasi-totalité des philosophes antiques pensait qu’on avait le droit de mettre volontairement fin à ses jours. Le plus réticent d’entre eux, c’est Platon, notamment pour des raisons religieuses”, a disserté devant les juges le philosophe André Comte-Sponville.Très clivant, le combat d’Ultime Liberté va au-delà de la revendication des associations pro-euthanasie traditionnelles d’un “droit à l’aide à mourir” pour les patients en fin de vie et en grande souffrance.Dans une approche “quasi-libertarienne” de la mort, selon l’expression de la présidente du tribunal au cours des débats, l’organisation revendique le droit à un suicide “serein” pour toute personne en pleine possession de ses moyens, malade ou non.”Tous les prévenus savaient pertinemment que le pentobarbital était une substance vénéneuse illicite et, insatisfaits de cet état du droit, ils ont choisi de dicter leur propre loi pour permettre l’acquisition et l’importation du pentobarbital sur le territoire national”, a fustigé la procureure dans son réquisitoire.

Manifestations à Minneapolis après la mort d’une femme tuée par la police de l’immigration

Des milliers de personnes se sont rassemblées jeudi à Minneapolis, où la police de l’immigration a abattu une femme la veille, dans un acte qualifié par la Maison Blanche de “légitime défense”, ce que contestent les manifestants et les élus démocrates.Dans un incident séparé qui risque d’alimenter les tensions, deux personnes ont été blessées à …

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Damas annonce un cessez-le-feu pour que les combattants kurdes quittent Alep

Le ministère de la Défense syrien a annoncé tôt vendredi un cessez-le-feu destiné à permettre aux combattants kurdes de quitter Alep après plusieurs jours d’affrontements avec l’armée qui ont contraint des milliers de civils à fuir.Les violences, qui ont fait au moins 21 morts depuis mardi, sont les plus graves dans la deuxième ville de Syrie entre le gouvernement central et les Kurdes, qui contrôlent de vastes étendues dans le nord-est de la Syrie et certains quartiers d’Alep.Les combats ont poussé des milliers de Kurdes sur la route et fait craindre que le conflit prenne une dimension régionale, la Turquie se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.”Afin d’éviter toute nouvelle escalade militaire dans des quartiers résidentiels”, un cessez-le-feu est ordonné à compter de 03H00 (minuit GMT) “dans les quartiers de Cheikh Maqsoud, Achrafieh et Bani Zeid”, a annoncé tôt vendredi le ministère de la Défense syrien.Les combattants kurdes ont jusqu’à 09H00 vendredi (06H00 GMT) pour quitter ces secteurs en n’emportant que leurs “armes légères”, précise le ministère sur Telegram.L’armée “s’engage à leur offrir une escorte et à leur garantir un passage sûr jusqu’à ce qu’ils aient rejoint le nord-est du pays”, assure cette source.L’objectif est que les habitants qui ont fui les combats puissent “revenir et reprendre le cours d’une vie normale dans un climat de sécurité et de stabilité”, souligne le ministère.- “Balles de snipers” -Le gouverneur d’Alep, Azzam Algharib, a indiqué auprès de l’agence officielle Sana avoir d’ores et déjà effectué, avec plusieurs autres responsables, “une visite d’inspection auprès des forces de sécurité intérieure dans le quartier d’Alashrafieh”.Les forces kurdes n’ont pas immédiatement commenté ces annonces.Jeudi, l’armée syrienne a encore pilonné les quartiers kurdes d’Alep et des combats ont fait rage jusque dans la soirée sur fond de tirs d’artillerie, a constaté un correspondant de l’AFP.Les autorités avaient accordé jeudi trois heures aux civils pour fuir à travers deux “couloirs humanitaires”, empruntés selon elles par quelque 16.000 personnes pour cette seule journée.”Nous avons vécu des moments très difficiles, mes enfants étaient terrorisés”, a raconté à l’AFP Rana Issa, 43 ans. “Nous sommes partis sous les balles des snipers, beaucoup de gens veulent sortir mais ont peur”.Les deux parties se sont rejeté la responsabilité du début des violences, qui ont débuté mardi.Elles surviennent alors que les Kurdes et le gouvernement peinent à appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l’administration autonome kurde et son bras armé, les puissantes Forces Démocratiques Syriennes (FDS), au sein du nouvel Etat syrien.Le chef des FDS, Mazloum Abdi, avait jugé jeudi que “les tentatives de prise d’assaut des quartiers kurdes, en pleine phase de négociation, sap(ai)ent les chances de parvenir à une entente”.- Rivalités régionales -Selon Aron Lund, chercheur au centre Century International, “Alep est la zone la plus vulnérable des FDS. Ses quartiers kurdes sont entourés de tous côtés par des territoires contrôlés par le gouvernement”.Face au coût humanitaire et au risque d’embrasement régional, Washington a lancé jeudi “un appel urgent” à cesser les hostilités, par la voix de son émissaire pour la Syrie, Tom Barrack.Les violences ont exacerbé la rivalité en Syrie entre Israël et la Turquie, qui se livrent une lutte d’influence depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024. Ankara, allié des autorités syriennes, s’est dit prêt à “soutenir” l’armée dans son “opération antiterroriste” contre les combattants kurdes.La Turquie, qui possède une frontière de plus de 900 kilomètres avec la Syrie, y a mené entre 2016 et 2019 plusieurs opérations d’envergure contre les forces kurdes.Israël, qui mène des négociations avec Damas pour parvenir à un accord de sécurité, a condamné les “attaques” du pouvoir syrien contre la minorité kurde.A la veille d’une visite vendredi à Damas de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’UE a appelé les belligérants à faire preuve de “retenue” et à “protéger les civils”.