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Après le budget, l’Assemblée restreint le droit du sol à Mayotte lors de débats houleux
Le budget de l’Etat à peine adopté, le gouvernement souhaitait embrayer sur des mesures d'”ordre” et d'”autorité”, mais a récolté tout le contraire dans l’hémicycle. Si les députés ont adopté jeudi une proposition de loi visant à durcir les restrictions au droit du sol à Mayotte, ils l’ont fait lors d’une séance particulièrement tumultueuse.Après de multiples suspensions de séance, rappels aux règlements, et invectives, la proposition de loi portée par la droite a finalement été adoptée en début de soirée avec les voix des macronistes et du Rassemblement national.Elle a été âprement combattue par la gauche, qui à défaut d’arriver à bloquer le texte a pu afficher une certaine unité, après de fortes divergences stratégiques sur les textes budgétaires — censurés par La France insoumise (LFI) mais négociés avec le Parti socialiste (PS). Au banc toute la journée, le ministre de la Justice Gérald Darmanin s’est réjoui devant la presse que le texte ait pu être adopté face à “l’obstruction parlementaire” de LFI notamment.Se disant à titre personnel pour l’abrogation pure et simple du droit du sol à Mayotte, il a aussi estimé “que le débat public doit s’ouvrir sur le droit du sol dans notre pays”, et qu’il faut sur le sujet une réforme de la Constitution, que ce soit via un référendum ou à l’occasion de la présidentielle de 2027.Le président du groupe LR, Laurent Wauquiez, a lui salué un “premier pas”, souhaitant aller plus loin à Mayotte et sur le reste du territoire.- Le texte initial durci -Depuis 2018, une dérogation au droit du sol existe déjà à Mayotte. Le texte porté par les Républicains (LR) prévoit de conditionner l’obtention de la nationalité française pour les enfants nés à Mayotte à la résidence régulière sur le sol français, au moment de la naissance, des “deux parents” (et non plus d’un seul), et ce depuis trois ans (et non plus trois mois).Le texte initial prévoyait d’étendre le délai de résidence nécessaire à un an, mais dans la confusion, des députés de gauche ont voté par inadvertance un amendement UDR (groupe d’Eric Ciotti) l’étendant à trois ans. Gérald Darmanin, qui représentait le gouvernement, a promis de corriger cette erreur au Sénat, face au risque de censure du Conseil constitutionnel.Mais il n’a pas souhaité provoquer une deuxième délibération, et la majorité des députés, dont LR et une partie des EPR, s’y est opposée.”C’est en ce genre d’après-midi que les choses évoluent et glissent vers l’innommable”, a fustigé le député LFI Eric Coquerel, dénonçant un texte “qui revient sur le droit républicain avec les voix de l’extrême droite.”Face à l’immigration en provenance des Comores voisines, le texte est “un signal pas suffisant”, a pour sa part jugé Marine Le Pen pour le RN. Il faut “faire cesser cet appel d’air de l’immigration clandestine.”Les Insoumis avaient déposé plusieurs dizaines d’amendements, certains visant ostensiblement à faire durer les débats. Car le texte était examiné lors de la journée réservée aux propositions du groupe LR, qui s’achève obligatoirement à minuit, comme toute “niche” parlementaire.Une tactique contrée par M. Darmanin, qui a utilisé l’article 44 de la Constitution permettant de faire tomber tous les amendements n’ayant pas préalablement été étudiés en commission, afin d’accélérer la discussion. – “Brèche” -Ce texte ouvre “une brèche”, a dénoncé la députée PS Colette Capdevielle. “Après Mayotte, ce sera la Guyane, puis Saint-Martin, puis un beau jour, l’ensemble du territoire français”, a abondé Aurélien Taché pour LFI. Le RN, favorable à l’abrogation du droit du sol à Mayotte, a de fait réaffirmé vouloir sa suppression en métropole.La députée de Mayotte Estelle Youssouffa (groupe centriste Liot) a, elle, souligné souhaiter l’abrogation du droit du sol “uniquement pour Mayotte”. La proposition de loi avait été élaborée avant le passage du dévastateur cyclone Chido sur l’archipel. Mais celui-ci a ravivé les débats sur l’immigration dans le département de l’océan Indien.Une loi d’urgence sur la reconstruction à Mayotte doit être définitivement adoptée au Parlement rapidement, et une autre loi plus ambitieuse est prévue au printemps.Après le droit du sol à Mayotte, les députés doivent enchaîner sur une autre proposition prévue par LR: un texte visant à “prioriser les travailleurs” dans l’attribution de logements sociaux.
Elections agricoles: la CR revendique une large percée après les premiers résultats provisoires
Les premiers résultats des élections aux chambres d’agriculture semblaient confirmer jeudi une percée de la Coordination rurale (CR) dans un paysage toujours dominé par l’alliance majoritaire FNSEA-JA, selon des données provisoires émanant des préfectures, des chambres d’agricultures et des syndicats.En fin de journée, les “bonnets jaunes” de la CR, qui avaient appelé à un vote dégagiste contre la FNSEA, revendiquaient une majorité de sièges dans au moins dix chambres, dont le Cher, les Ardennes, la Dordogne, la Charente, l’Indre-et-Loire et le Gers.Vers 18H30, la CR voyait déjà “basculer au moins sept chambres”, tout en conservant ses trois bastions (Lot-et-Garonne, Vienne et Haute-Vienne). “Et ce n’est pas fini, on attend d’autres résultats”, avait déclaré à l’AFP son porte-parole Patrick Legras.En Gironde, où la CR revendique la victoire avec six voix d’écart avec la liste FNSEA-JA, le président de la FDSEA Jean Samuel Eynard accusait le coup: “Les agriculteurs de Gironde ont fait leur choix… Nous avons 3 élus”, contre 12 à la CR du fait du mode de scrutin favorisant la liste arrivée en tête.En fin d’après-midi, l’alliance FNSEA-JA semblait l’avoir emporté dans plus d’une quarantaine de départements, dont ses fiefs historiques du Nord, de Bretagne, mais aussi dans les Alpes-Maritimes, la Loire ou le Rhône, selon des résultats provisoires publiés par les chambres d’agriculture et le site spécialisé Terre-net.En Haute-Garonne, c’est la liste indépendante soutenue par Jérôme Bayle, figure du mouvement de protestation des agriculteurs début 2024, qui s’est imposée devant l’alliance majoritaire sortante, selon les résultats annoncés par la préfecture.”Le monde agricole a besoin de changement. On veut casser le système. Il y a une fracture entre le terrain et le syndicalisme. Nous sommes une région oubliée, on ne se sentait plus représentés”, a déclaré à l’AFP Jérôme Bayle, éleveur dans ce département durement frappé par la sécheresse et les maladies animales.- “Renverser la table” -La Confédération paysanne, syndicat qui plaide pour une “réelle transition agroécologique”, pourrait s’imposer en Ardèche, selon les résultats provisoires publiés par les chambres.S’il est encore trop tôt pour avoir une vision nationale du scrutin, il semble que dans de nombreux départements où les listes FNSEA-JA sont en tête, elles recueillent moins de suffrages que lors du précédent scrutin en 2019.Il y a six ans, moins d’un agriculteur sur deux avait voté et l’alliance FNSEA-JA avait vu son hégémonie confortée.Cette dernière s’était retrouvée, avec 55,55% des voix, à la tête de 97 chambres sur 101, tandis que la CR (21,5% des suffrages) ne détenait que trois chambres. Avec 20% des voix, la Confédération paysanne n’en avait qu’une, Mayotte, qu’elle conserve pour le moment, le scrutin y ayant été reporté après le cyclone Chido.Quelque 2,2 millions d’électeurs, dont près de 400.000 chefs d’exploitation mais aussi des retraités, salariés ou propriétaires fonciers, étaient appelés à élire leurs représentants — par voie électronique ou postale — du 15 au 31 janvier.Les opérations de dépouillement ont débuté jeudi dans la plupart des départements, mais certaines préfectures, notamment en Corse ou dans le Cantal, ne proclameront les résultats que vendredi.Le ministère de l’Agriculture communiquera des résultats une fois l’ensemble des résultats départementaux proclamés, pas avant vendredi voire samedi.La FNSEA organise jeudi soir une conférence de presse pour dresser un premier bilan du vote. La Confédération paysanne prévoit de s’exprimer vendredi.Dans la dernière ligne droite de la campagne, les syndicats ont tous dénoncé des “dysfonctionnements” voire des “irrégularités”, laissant présager de nombreux recours.La campagne a été rude, de l’avis de l’ensemble des syndicats.Les bonnets jaunes de la CR, adeptes des opérations coup de poing, avaient dénoncé sans relâche la FNSEA, accusée d’une “catastrophique cogestion avec l’État”.Porteurs d’un discours anti-normes, réclamant la suppression de l’Office français de la biodiversité, ils espéraient “renverser la table” et ravir 10 à 15 chambres.En glanant une majorité des chambres départementales en Nouvelle-Aquitaine, la CR pourrait ravir la chambre régionale en mars: ce serait la première en France à échapper au couple FNSEA-JA.La FNSEA, qui s’affichait confiante, a reconnu une campagne dure, marquée selon un cadre du syndicat par un “populisme” et une forme de “radicalisation” imprégnant l’ensemble de la société.Acteurs clés, les chambres d’agriculture sont des établissements publics qui conseillent et offrent des prestations aux exploitants, tout en représentant les intérêts agricoles auprès des pouvoirs publics.
Marco Rubio, le diplomate au double langage de “l’Amérique d’abord”
Pour ses débuts en tant que chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio a effectué sa première tournée en Amérique latine, mettant à profit son espagnol pour nouer rapidement des liens avec les dirigeants locaux, tout en adoptant un discours ferme. Le diplomate, fils de réfugiés cubains, n’est pas seulement bilingue. Il tient aussi un …
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Marco Rubio, le diplomate au double langage de “l’Amérique d’abord”
Pour ses débuts en tant que chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio a effectué sa première tournée en Amérique latine, mettant à profit son espagnol pour nouer rapidement des liens avec les dirigeants locaux, tout en adoptant un discours ferme. Le diplomate, fils de réfugiés cubains, n’est pas seulement bilingue. Il tient aussi un double langage, soufflant le chaud et le froid. Après sa première étape au Panama, Marco Rubio a qualifié sa rencontre de “respectueuse” et a laissé entendre qu’il était discrètement arrivé à des solutions répondant aux exigences du président Donald Trump concernant le canal. Mais, dans le même temps, le Département d’État a diffusé un communiqué disant que son chef avait adressé un ultimatum, puis assuré que le Panama avait accepté d’accorder un passage gratuit aux navires de l’Etat américain. Conséquence : un démenti cinglant des autorités panaméennes.Ancien sénateur à l’allure avenante, il a mis à profit ses décennies de vie politique, de compromis ateints en s’appuyant sur l’amitié de ses interlocuteurs. Mais il a également appris à parler la +langue+ de Donald Trump, vantant avec effronterie les accords émergents ou proférant des menaces sur les réseaux sociaux, parfois en lettres majuscules. M. Rubio, le premier secrétaire d’État hispanique, a souligné que ce n’était pas un hasard s’il faisait son premier voyage officiel en Amérique latine, avec la visite de cinq pays qui se terminera jeudi par la République dominicaine.Cubano-Américain, cet homme qui parlait espagnol avant d’apprendre l’anglais a appris à connaître les principaux responsables en Amérique latine, en particulier les conservateurs, après des années passées à travailler à Miami, une ville stratégique pour les latinos. Dans son discours devant le personnel de l’ambassade américaine à Panama, il a confié que lorsqu’il avait accepté son poste il s’était demandé : “Où vas-tu pour ta première visite ?”.”Dans un endroit chaud”, a-t-il plaisanté, à un moment où une nouvelle vague de froid s’approche de Washington. Et d’ajouter : “Je voulais aller dans un endroit où l’on parle espagnol, parce que je suis bilingue et que c’était une grande opportunité”.- L’agenda Trump -Pour lui, cette “grande opportunité”, c’est de servir le programme “America First” (“L’Amérique d’abord”), en contradiction, au moins dans le ton, avec certaines de ses convictions antérieures. Au début de sa carrière au Sénat, Marco Rubio avait ainsi déclaré au magazine Time que sa mère – caissière et femme de chambre dans un hôtel – l’avait supplié de ne pas s’en prendre aux immigrés, lui disant de se souvenir que même les sans-papiers étaient des êtres humains en quête d’une vie meilleure. Il appelait alors à une vision plus inclusive des États-Unis et avait même eu des échanges salés avec Donald Trump à l’occasion de leur affrontement pour l’investiture républicaine en 2016. Maintenant, il est au service du nouveau président américain et, au Panama, il a observé sans états d’âme sur le tarmac de l’aéroport les autorités faire sortir des dizaines de sans-papiers, la plupart mal habillés et les mains vides, pour les renvoyer en avion en Colombie. Marco Rubio a défendu son opposition à l’immigration en soulignant le rôle des passeurs. “La migration de masse est l’une des grandes tragédies de l’ère moderne”, a-t-il lancé au Panama. “Ce n’est bon pour personne. Les seules personnes qui profitent des migrations de masse sont les trafiquants”.Il cherche également à donner un visage humain au retour au pouvoir de Donald Trump. A Panama, ce fervent catholique a assisté à une messe et s’est attardé à saluer la foule. Il s’est également entretenu avec la presse de manière beaucoup plus spontanée que ses récents prédécesseurs.- Nuancer le discours -Tout comme les collaborateurs de M. Trump l’ont fait au cours de son premier mandat, M. Rubio doit composer avec certaines déclarations parfois outrancières ou tonitruantes du président.Après les propos sur l’envoi de troupes américaines dans la bande de Gaza et le déplacement de sa population palestinienne, le secrétaire d’Etat a nuancé, assurant que ce n’était qu’une offre “généreuse” de reconstruction et que le déplacement ne serait que provisoire.Sur le système d’aide étrangère des Etats-Unis, Marco Rubio insiste sur le fait que Donald Trump cherche à réformer le système plutôt qu’à y mettre fin. Mais, tandis qu’il dînait avec le président du Guatemala, l’Agence américaine pour le développement international (USAID), a annoncé, sous la pression d’Elon Musk, qu’elle mettait en congé la quasi-totalité de son personnel.La méthode Rubio semble toutefois porter des fruits. Le Panama, tout en démentant publiquement l’existence d’un accord sur les droits de passage des navires, a néanmoins fait savoir qu’il se retirait du programme chinois de construction d’infrastructures dans le cadre des Nouvelles routes de la soie. Et chaque pays visité par Marco Rubio a proposé son aide pour mettre fin aux migrations vers les Etats-Unis. Au Salvador, le président Nayib Bukele a même proposé d’enfermer des “criminels” américains dans une méga-prison locale.”Il est difficile de nier que son approche ferme a donné des résultats”, relève un diplomate qui s’interroge toutefois : “Si vous gagnez simplement parce que vous poussez, que se passera-t-il lorsqu’une autre puissance pourra pousser plus fort ?”.



