AFP World

Ces Américains combattant en Ukraine partagés face à Trump

Tracey est furieux à la lecture des messages publiés sur les réseaux sociaux par ses amis aux Etats-Unis. Pour cet Américain combattant au sein de l’armée ukrainienne, Donald Trump a tort de laisser planer le doute sur la pérennité du soutien à Kiev.”Être sur le terrain en Ukraine et voir cela me met en colère. Cela m’énerve vraiment parce que c’est tout simplement irresponsable”, tranche cet homme, membre d’une unité d’étrangers de l’armée ukrainienne et actuellement soigné pour des blessures subies dans une récente attaque de drone.Donald Trump a critiqué les milliards dépensés pour aider l’Ukraine à contrer l’invasion russe, et a répété vouloir mettre fin le plus rapidement possible au “carnage”. Mais il a également tenu des propos menaçants à l’égard de Moscou, entretenant un flou total sur ses intentions s’agissant de cette guerre.Au pays, son slogan “l’Amérique d’abord” plait aux amis de Tracey, qui a demandé de taire son nom de famille comme la plupart des soldats.”Nous avons beaucoup de problèmes aux Etats-Unis, mais la guerre en Ukraine n’est pas la raison pour laquelle ces choses se produisent”, plaide-t-il, espérant être entendu dans son Etat d’origine, la Caroline du Sud, dirigé par des républicains.Tracey n’a pas toujours été un partisan de l’Ukraine. Il était jadis réceptif aux arguments du Kremlin, qui présentait Kiev comme le Cheval de Troie de l’Otan pour s’en prendre à la Russie.Ce qui l’a fait changer d’avis, c’est de voir en janvier 2024 le documentaire “20 jours à Marioupol”, qui raconte le siège dévastateur de cette ville portuaire du sud de l’Ukraine par les forces russes en 2022.- “Bulle” -“Voir des femmes et des enfants souffrir et entendre ces cris, ça reste gravé dans la mémoire”, explique-t-il.Le soldat dit avoir pris dès le lendemain un bus pour l’Ukraine depuis la Pologne, pour rejoindre une unité ukrainienne composée d’étrangers.Tracey n’a pas voté à la présidentielle qui a reconduit Donald Trump au pouvoir, mais dit comprendre pourquoi le message du républicain a convaincu tant de ses compatriotes.”Ce sont des habitants de petites villes, qui ont grandi dans des villages comme ceux où nous nous battons ici. Si j’étais à l’intérieur de cette bulle, j’y croirais aussi”, raconte-t-il.Ishman Martino est lui partisan de Donald Trump. Ancien pompier formé aux Etats-Unis comme mitrailleur, il sert dans l’armée ukrainienne depuis six mois.Il soutenait la politique de Joe Biden consistant à “nourrir l’Ukraine avec des obus, des canons et des mortiers, des fusils et de l’argent”.Aujourd’hui, cet homme de 26 ans, qui arbore le trident ukrainien tatoué sur le cou et un squelette de l’Oncle Sam sur le biceps, met maintenant ses espoirs en Trump.”On ne met pas fin à une guerre en la soutenant. Qu’on le croie ou pas, Trump est anti-guerre”, dit Ishman, rencontré dans la ville de Zaporijjia (sud).Selon lui, le président américain a aussi raison de pousser les Européens à s’impliquer davantage que les Etats-Unis.- “Ma famille avant tout” -Le jeune homme s’est engagé après avoir vu des missiles russes s’abattre sur un hôpital pédiatrique de Kiev, où il s’était rendu pour rapatrier le corps d’un ami tué au combat.Les patients qu’il a vus ce jour-là lui ont rappelé son petit frère, atteint de cancer.”J’ai été frappé de voir les enfants sortir de l’hôpital, toujours branchés à une perfusion, en train de subir une chimiothérapie. C’est à ce moment-là que je me suis dit +ok, je suis là pour me battre”, dit-il.A l’issue de son service de six mois, il s’est décidé à rentrer chez lui car la maladie de son petit frère empirait. “Ma famille passe avant tout. En toute honnêteté, mon pays passe aussi en premier”.Il reste malgré tout confiant pour l’avenir de l’Ukraine.”Les Ukrainiens sont très intelligents. Je crois vraiment qu’ils s’en sortiront, même si nous arrêtions l’aide maintenant”, veut croire Ishman.Tracey, lui, refuse de croire que les Etats-Unis réduiront leur soutien et prévoit de retourner sur le front une fois guéri.”J’ai versé du sang sur la terre noire du Donbass. Des frères sont morts sur ce sol”, dit-il. “Même si nous ne sommes pas ukrainiens par le sang, nous nous sentons ukrainiens”.

Sanctions de Trump contre la CPI qui proteste, Israël s’en félicite

Donald Trump a lancé des sanctions contre la Cour pénale internationale (CPI), s’attirant vendredi les félicitations d’Israël mais les critiques de l’institution qui s’est engagée “à continuer à rendre justice”. Le président américain, qui reproche à la CPI d’avoir mené des “actions illégales”, a signé un décret interdisant notamment l’entrée aux Etats-Unis à ses dirigeants, employés et agents.Selon le texte diffusé jeudi par la Maison Blanche, la Cour a “engagé des actions illégales et sans fondement contre l’Amérique et notre proche allié Israël”, des références aux enquêtes de la CPI sur des crimes de guerre présumés de soldats américains en Afghanistan et de militaires israéliens dans la bande de Gaza.Dans un communiqué, l’institution judiciaire basée à La Haye “condamne” ce décret, qui vise selon elle “à imposer des sanctions à ses fonctionnaires et à nuire à son travail judiciaire indépendant et impartial”.”La Cour soutient fermement son personnel et s’engage à continuer de rendre justice et de redonner espoir à des millions de victimes innocentes d’atrocités à travers le monde, dans toutes les situations dont elle est saisie”, ajoute la CPI.Le décret présidentiel interdit l’entrée sur le sol américain au personnel de la CPI ainsi qu’aux plus proches membres de leurs familles et à quiconque considéré comme ayant apporté son aide aux travaux d’enquête de l’institution judiciaire.Le décret prévoit aussi de geler tous les avoirs détenus aux Etats-Unis par ces mêmes personnes.Les noms des individus visés n’ont pas été rendus publics dans l’immédiat. De précédentes sanctions prises par le précédent gouvernement Trump en 2020 avaient visé Fatou Bensouda, alors procureure de la Cour.- “Menace” pour “l’indépendance” -La CPI est une juridiction permanente chargée de poursuivre et juger des individus accusés de génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre. Fondée en 2002, la Cour établie à La Haye compte aujourd’hui 124 Etats membres et n’a prononcé depuis sa création qu’une poignée de condamnations.Dans un communiqué sur X, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a assuré pour sa part que la CPI poursuivait “de façon agressive les dirigeants élus d’Israël, la seule démocratie au Moyen-Orient”. Selon lui, la Cour n’a aucune légitimité dans la mesure où Israël et les Etats-Unis ne sont “pas membres de la CPI”. Le Conseil européen a en revanche qualifié le décret américain de “menace” pour l’indépendance de l’institution judiciaire internationale. “Sanctionner la CPI menace l’indépendance de la Cour et mine l’ensemble du système de justice internationale”, a déclaré sur X Antonio Costa, qui préside l’instance représentant les dirigeants des 27.- “Regrets” des Pays-Bas -Les Pays-Bas, qui abritent la Cour pénale internationale, ont fait part de leurs “regrets” après l’annonce du décret.”Le travail de la Cour est essentiel pour le combat contre l’impunité”, a soutenu le ministre néerlandais des Affaires étrangères Caspar Veldkamp sur le réseau social X.Les républicains américains et de nombreux démocrates s’étaient indignés de l’émission d’un mandat d’arrêt de la CPI contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, reçu mardi par le président américain, ainsi que contre l’ancien ministre de la Défense israélien Yoav Gallant.Ses juges ont estimé qu’il y avait des “motifs raisonnables” de soupçonner les deux hommes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité pour la guerre à Gaza, qui a suivi l’attaque sans précédent du Hamas sur le sol israélien.Benjamin Netanyahu avait qualifié la décision d’antisémite, tandis que l’ancien président américain, le démocrate Joe Biden, avait qualifié de “scandaleux” les mandats d’arrêt contre les Israéliens.La décision de Donald Trump est annoncée peu après qu’il a provoqué une commotion internationale en déclarant que les Etats-Unis allaient prendre possession de la bande de Gaza et en assurer le développement économique et immobilier, tandis que les Palestiniens qui y résident seraient déplacés, dans des conditions qu’il n’a pas précisées, vers un ou plusieurs pays voisins.

Sanctions de Trump contre la CPI qui proteste, Israël s’en félicite

Donald Trump a lancé des sanctions contre la Cour pénale internationale (CPI), s’attirant vendredi les félicitations d’Israël mais les critiques de l’institution qui s’est engagée “à continuer à rendre justice”. Le président américain, qui reproche à la CPI d’avoir mené des “actions illégales”, a signé un décret interdisant notamment l’entrée aux Etats-Unis à ses dirigeants, employés et agents.Selon le texte diffusé jeudi par la Maison Blanche, la Cour a “engagé des actions illégales et sans fondement contre l’Amérique et notre proche allié Israël”, des références aux enquêtes de la CPI sur des crimes de guerre présumés de soldats américains en Afghanistan et de militaires israéliens dans la bande de Gaza.Dans un communiqué, l’institution judiciaire basée à La Haye “condamne” ce décret, qui vise selon elle “à imposer des sanctions à ses fonctionnaires et à nuire à son travail judiciaire indépendant et impartial”.”La Cour soutient fermement son personnel et s’engage à continuer de rendre justice et de redonner espoir à des millions de victimes innocentes d’atrocités à travers le monde, dans toutes les situations dont elle est saisie”, ajoute la CPI.Le décret présidentiel interdit l’entrée sur le sol américain au personnel de la CPI ainsi qu’aux plus proches membres de leurs familles et à quiconque considéré comme ayant apporté son aide aux travaux d’enquête de l’institution judiciaire.Le décret prévoit aussi de geler tous les avoirs détenus aux Etats-Unis par ces mêmes personnes.Les noms des individus visés n’ont pas été rendus publics dans l’immédiat. De précédentes sanctions prises par le précédent gouvernement Trump en 2020 avaient visé Fatou Bensouda, alors procureure de la Cour.- “Menace” pour “l’indépendance” -La CPI est une juridiction permanente chargée de poursuivre et juger des individus accusés de génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre. Fondée en 2002, la Cour établie à La Haye compte aujourd’hui 124 Etats membres et n’a prononcé depuis sa création qu’une poignée de condamnations.Dans un communiqué sur X, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a assuré pour sa part que la CPI poursuivait “de façon agressive les dirigeants élus d’Israël, la seule démocratie au Moyen-Orient”. Selon lui, la Cour n’a aucune légitimité dans la mesure où Israël et les Etats-Unis ne sont “pas membres de la CPI”. Le Conseil européen a en revanche qualifié le décret américain de “menace” pour l’indépendance de l’institution judiciaire internationale. “Sanctionner la CPI menace l’indépendance de la Cour et mine l’ensemble du système de justice internationale”, a déclaré sur X Antonio Costa, qui préside l’instance représentant les dirigeants des 27.- “Regrets” des Pays-Bas -Les Pays-Bas, qui abritent la Cour pénale internationale, ont fait part de leurs “regrets” après l’annonce du décret.”Le travail de la Cour est essentiel pour le combat contre l’impunité”, a soutenu le ministre néerlandais des Affaires étrangères Caspar Veldkamp sur le réseau social X.Les républicains américains et de nombreux démocrates s’étaient indignés de l’émission d’un mandat d’arrêt de la CPI contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, reçu mardi par le président américain, ainsi que contre l’ancien ministre de la Défense israélien Yoav Gallant.Ses juges ont estimé qu’il y avait des “motifs raisonnables” de soupçonner les deux hommes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité pour la guerre à Gaza, qui a suivi l’attaque sans précédent du Hamas sur le sol israélien.Benjamin Netanyahu avait qualifié la décision d’antisémite, tandis que l’ancien président américain, le démocrate Joe Biden, avait qualifié de “scandaleux” les mandats d’arrêt contre les Israéliens.La décision de Donald Trump est annoncée peu après qu’il a provoqué une commotion internationale en déclarant que les Etats-Unis allaient prendre possession de la bande de Gaza et en assurer le développement économique et immobilier, tandis que les Palestiniens qui y résident seraient déplacés, dans des conditions qu’il n’a pas précisées, vers un ou plusieurs pays voisins.

“Un lieu pour tous”: la première piste de skateboard ouvre à Bagdad

Rukaya al-Zubaidi, 22 ans, pose avec précaution un pied sur son skateboard et cherche son équilibre, au milieu d’une foule de patineurs qui s’élancent sur la piste, la première ouverte à Bagdad.”C’est seulement la deuxième fois que je patine, mais je veux continuer, surtout maintenant que nous avons un espace consacré à cela”, se réjouit la jeune femme en pullover rose, pendant que les rires des patineurs se mêlent à une forte musique d’ambiance.Après une première piste à Souleimaniyeh, dans le nord de l’Irak, celle de Bagdad vient d’ouvrir au ministère des Sports, dans la banlieue de la capitale, après cinq ans de négociations entre les autorités et trois associations, italienne, irakienne et belge, qui ont porté le projet.Pour les jeunes, ces pistes offrent une bouffée d’oxygène dans un pays qui a vécu des décennies de conflits, à l’écart du regard souvent inquisiteur de la société conservatrice irakienne.Rukaya al-Zubaidi observe les patineurs, professionnels ou amateurs, sur leurs planches colorées.”Quand mes amis m’ont parlé de faire du skateboard, j’ai eu peur”, raconte-t-elle, pas seulement du risque de chute mais aussi du regard désapprobateur de la société et de ses parents. “Mais quand j’ai essayé, je me suis sentie remplie d’une belle énergie”.- “Un nouveau chapitre” -Le projet se veut “inclusif et collectif, un lieu pour tous”, explique Ishtar Obaid, de l’association irakienne Forsah, qui signifie “opportunité”, l’une des trois organisations à l’origine du projet.”Des gens de différents horizons” se rencontrent sur la piste, et c’est là “la beauté du sport”, ajoute Ishtar Obaid, qui est aussi conseillère pour le Comité olympique irakien. Son organisation projette d’organiser des cours de skateboard pour les enfants et les entraîneurs. “C’est un nouveau chapitre pour les sports en Irak”, souligne-t-elle.Sitôt reçu le feu vert des autorités à la fin 2024, il a fallu un mois aux trois associations pour construire la piste. Parmi elles, Make Life Skate Life, une organisation belgo-américaine qui a déjà installé des pistes dans le nord de l’Irak, en Libye et en Inde.Kjell Van Hansewyck, qui travaille pour Make Life Skate Life, affirme que cela a été un “vrai combat” pour trouver un lieu dans cette ville “très peuplée, avec beaucoup de pollution et d’embouteillages”, qui manque “de terrains publics et d’installations pour les enfants”.Les chantiers foisonnent à Bagdad, où les grues et les engins ont envahi les rues, construisant des tunnels et des ponts.Quand les autorités leur ont proposé un emplacement au ministère des Sports, les associations ont accepté, malgré la présence de plusieurs points de contrôle qui compliquent l’accès.Kjell Van Hansewyck souligne que la piste “n’est pas visible depuis la rue”. Mais il espère que le bouche à oreille fonctionnera pour la faire connaître. – “Vous devenez amis” – Mohammad al-Qadi, 19 ans, a acheté sa première planche en 2019, alors qu’il participait à un mouvement national de manifestations contre le gouvernement. Bagdad fut l’épicentre du mouvement, qui s’est accompagné d’événements artistiques et sportifs et de lieux de discussions, avant d’être écrasé par une répression qui a fait plus de 600 morts.Depuis lors, Mohammad al-Qadi n’a pu patiner que dans les rues. “A chaque fois que nous sortions, les gens nous traitaient de mauvais garçons”, se souvient-il.Dans ce pays conservateur, le skateboard est souvent considéré comme un sport alternatif pratiqué par des jeunes en rébellion. Même si cette perception a quelque peu évolué, souligne le jeune homme, les patineurs n’avaient toujours aucun lieu dédié.”Quand je me sens sous pression à cause de mes études ou de ma vie personnelle, je me tourne vers le skateboard”, raconte-t-il, en ajoutant que la nouvelle piste offre une “opportunité” pour faire une pause ou se changer les idées. Hussein Ali, 18 ans, pratique depuis cinq ans le skateboard, discipline olympique depuis les Jeux de Tokyo 2020, et espère qu’une “équipe nationale” verra le jour en Irak.Pour lui, c’est aussi une façon de faire des rencontres. “Quand vous voyez quelqu’un patiner, vous lui tendez simplement la main, et c’est ainsi que vous devenez amis”, remarque-t-il.

“Un lieu pour tous”: la première piste de skateboard ouvre à Bagdad

Rukaya al-Zubaidi, 22 ans, pose avec précaution un pied sur son skateboard et cherche son équilibre, au milieu d’une foule de patineurs qui s’élancent sur la piste, la première ouverte à Bagdad.”C’est seulement la deuxième fois que je patine, mais je veux continuer, surtout maintenant que nous avons un espace consacré à cela”, se réjouit …

“Un lieu pour tous”: la première piste de skateboard ouvre à Bagdad Read More »

“Un lieu pour tous”: la première piste de skateboard ouvre à Bagdad

Rukaya al-Zubaidi, 22 ans, pose avec précaution un pied sur son skateboard et cherche son équilibre, au milieu d’une foule de patineurs qui s’élancent sur la piste, la première ouverte à Bagdad.”C’est seulement la deuxième fois que je patine, mais je veux continuer, surtout maintenant que nous avons un espace consacré à cela”, se réjouit la jeune femme en pullover rose, pendant que les rires des patineurs se mêlent à une forte musique d’ambiance.Après une première piste à Souleimaniyeh, dans le nord de l’Irak, celle de Bagdad vient d’ouvrir au ministère des Sports, dans la banlieue de la capitale, après cinq ans de négociations entre les autorités et trois associations, italienne, irakienne et belge, qui ont porté le projet.Pour les jeunes, ces pistes offrent une bouffée d’oxygène dans un pays qui a vécu des décennies de conflits, à l’écart du regard souvent inquisiteur de la société conservatrice irakienne.Rukaya al-Zubaidi observe les patineurs, professionnels ou amateurs, sur leurs planches colorées.”Quand mes amis m’ont parlé de faire du skateboard, j’ai eu peur”, raconte-t-elle, pas seulement du risque de chute mais aussi du regard désapprobateur de la société et de ses parents. “Mais quand j’ai essayé, je me suis sentie remplie d’une belle énergie”.- “Un nouveau chapitre” -Le projet se veut “inclusif et collectif, un lieu pour tous”, explique Ishtar Obaid, de l’association irakienne Forsah, qui signifie “opportunité”, l’une des trois organisations à l’origine du projet.”Des gens de différents horizons” se rencontrent sur la piste, et c’est là “la beauté du sport”, ajoute Ishtar Obaid, qui est aussi conseillère pour le Comité olympique irakien. Son organisation projette d’organiser des cours de skateboard pour les enfants et les entraîneurs. “C’est un nouveau chapitre pour les sports en Irak”, souligne-t-elle.Sitôt reçu le feu vert des autorités à la fin 2024, il a fallu un mois aux trois associations pour construire la piste. Parmi elles, Make Life Skate Life, une organisation belgo-américaine qui a déjà installé des pistes dans le nord de l’Irak, en Libye et en Inde.Kjell Van Hansewyck, qui travaille pour Make Life Skate Life, affirme que cela a été un “vrai combat” pour trouver un lieu dans cette ville “très peuplée, avec beaucoup de pollution et d’embouteillages”, qui manque “de terrains publics et d’installations pour les enfants”.Les chantiers foisonnent à Bagdad, où les grues et les engins ont envahi les rues, construisant des tunnels et des ponts.Quand les autorités leur ont proposé un emplacement au ministère des Sports, les associations ont accepté, malgré la présence de plusieurs points de contrôle qui compliquent l’accès.Kjell Van Hansewyck souligne que la piste “n’est pas visible depuis la rue”. Mais il espère que le bouche à oreille fonctionnera pour la faire connaître. – “Vous devenez amis” – Mohammad al-Qadi, 19 ans, a acheté sa première planche en 2019, alors qu’il participait à un mouvement national de manifestations contre le gouvernement. Bagdad fut l’épicentre du mouvement, qui s’est accompagné d’événements artistiques et sportifs et de lieux de discussions, avant d’être écrasé par une répression qui a fait plus de 600 morts.Depuis lors, Mohammad al-Qadi n’a pu patiner que dans les rues. “A chaque fois que nous sortions, les gens nous traitaient de mauvais garçons”, se souvient-il.Dans ce pays conservateur, le skateboard est souvent considéré comme un sport alternatif pratiqué par des jeunes en rébellion. Même si cette perception a quelque peu évolué, souligne le jeune homme, les patineurs n’avaient toujours aucun lieu dédié.”Quand je me sens sous pression à cause de mes études ou de ma vie personnelle, je me tourne vers le skateboard”, raconte-t-il, en ajoutant que la nouvelle piste offre une “opportunité” pour faire une pause ou se changer les idées. Hussein Ali, 18 ans, pratique depuis cinq ans le skateboard, discipline olympique depuis les Jeux de Tokyo 2020, et espère qu’une “équipe nationale” verra le jour en Irak.Pour lui, c’est aussi une façon de faire des rencontres. “Quand vous voyez quelqu’un patiner, vous lui tendez simplement la main, et c’est ainsi que vous devenez amis”, remarque-t-il.

Malgré Trump, les avocats mexicains très demandés aux Etats-Unis pour le Super Bowl

“Le client les veut toujours” : malgré les menaces tarifaires de Donald Trump, les avocats mexicains sont toujours aussi demandés aux Etats-Unis à la veille du Super Bowl ce dimanche, où la consommation de guacamole va battre des records.Dimanche, les Kansas City Chiefs et les Philadelphia Eagles vont disputer la finale du championnat de football américain à la Nouvelle-Orléans, avec un spectacle de Kendrick Lamar à la mi-temps.Le grand rendez-vous sportif de l’année marque un record de consommation de guacamole, la fameuse purée d’avocats.A quelques jours du Super Bowl, la menace de Trump ne mine pas l’optimisme des travailleurs à Uruapan dans le Michoacan (nord-ouest), grande région productrice d’avocats.”Les petits arbres sont ici, les avocats sont ici, le client les voudra”, déclare à l’AFP Agustín del Río, producteur de la région.La valeur des exportations d’avocats du Mexique s’élève à plus de trois milliards de dollars par an, ce qui a permis la floraison de vergers et d’emballeurs dans le Michoacán, une région agro-industrielle dynamique un peu plus grande que le Costa Rica, où se concentre la majeure partie de la production.- “Une monnaie d’échange” -Lorsque Trump a annoncé des taxes sur les produits importés du Mexique et du Canada, les accusant de tolérer le trafic de fentanyl et la migration illégale, les producteurs d’avocats et d’autres industries orientées vers l’exportation, comme l’automobile, ont plongé dans l’incertitude.”Est-ce que cela m’inquiète? Bien sûr, comme cela inquiéterait tout le monde que l’on impose une taxe sur ce que vous vendez ou exportez”, déclare M. del Río, 49 ans.”Qu’avons-nous fait de mal? Nous sommes une monnaie d’échange”, ajoute-t-il parmi les arbres luxuriants de son verger à Uruapan, qui, avec d’autres villes de la région, a envoyé environ 110.00 tonnes d’avocats pour le Super Bowl, selon l’association des producteurs et exportateurs d’avocats au Mexique, APEAM.Pour l’instant, Trump a accepté de retarder les taxes d’un mois, jusqu’au début mars. En échange, le Mexique s’est engagé à déployer 10.000 soldats à la frontière avec les États-Unis.Près du verger d’Agustín del Río, des dizaines d’employés travaillent à emballer les avocats, un processus mécanisé qui permet aux cargaisons d’atteindre la frontière en un jour.D’immenses machines trient les fruits par taille et par qualité, puis des ouvrières les placent dans des cartons de 25 livres.Chaque opération d’emballage ne prend que 30 secondes, de sorte que ce lieu traite quotidiennement 150 tonnes étiquetées “Avocados from Mexico. The world’s finest” (les avocats du Mexique, les meilleurs du monde).Conservées au froid, les boîtes ont des codes qui permettent de suivre toute la chaîne de production. De plus, pour chaque cargaison, un inspecteur du département américain de l’agriculture (USDA) prélève un échantillon pour vérifier son innocuité à la frontière.Comme si cela ne suffisait pas, les transporteurs doivent encore se méfier des vols dans une zone qui a souffert des assauts de la violence et des extorsions de la criminalité organisée, bien que les policiers locaux affirment qu’elle est désormais “tranquille”.Les avocats sont l’un des exemples de la forte intégration économique entre le Mexique et les Etats-Unis, grâce à l’accord commercial existant depuis 1994 et que Trump a renégocié lors de sa première présidence (2017-2021).Pour toutes ces raisons, M. del Río a poussé un soupir de soulagement après l’accord entre Trump et la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, bien qu’il ne doute pas que ses avocats convoités aient de nombreux Super Bowl devant eux. “Jusqu’où va l’incertitude? La rhétorique? Heureusement, le client les veut toujours”.