AFP World

Des Syriens coincés dans des camps après avoir trouvé leurs maisons en ruines

Mehdi al-Chayech pensait pouvoir rapidement retourner chez lui après la chute de Bachar al-Assad, mais, à l’instar de dizaines de milliers de Syriens vivant dans des camps de déplacés, il a trouvé sa maison inhabitable, bombardée pendant la guerre.”Nous étions incroyablement heureux lorsque le régime est tombé”, lance ce quadragénaire depuis son habitation formée de blocs de béton dans le camp d’Atmé dans la province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie.Mais “lorsque nous sommes arrivés dans notre village” dans la province centrale de Hama, “nous avons été déçus”, raconte à l’AFP ce père de quatre enfants. La maison “a été touchée par les bombardements” et après des années d’abandon elle “n’est plus habitable”.  Le renversement du président Assad le 8 décembre par une coalition de factions rebelles islamistes venues de la province d’Idleb, a ravivé l’espoir d’un retour chez eux de millions de Syriens, déplacés ou réfugiés à l’étranger.Mais beaucoup se heurtent à la dure réalité: maisons et infrastructures gravement endommagées, voire détruites et pas de moyens pour reconstruire.Les autorités de transition tablent sur le soutien international, notamment des riches monarchies du Golfe, pour reconstruire le pays après près de 14 années de guerre.Déplacé depuis 2012, M. Chayech a dû revenir dans le camp, l’un des plus grands d’Idleb, tout en reconnaissant avoir été heureux de retrouver des proches dans sa région d’origine.Sous un froid glacial, la fumée s’élève des chauffages à carburant dans ce camp tentaculaire, près de la frontière turque, qui abrite des dizaines de milliers de personnes. – Maisons “rasées” -Avant la chute d’Assad, plus de cinq millions de personnes vivaient dans les zones tenues par les rebelles dans la province d’Idleb et ses environs, la plupart des déplacés. Et après l’arrivée des nouvelles autorités, un petit nombre a quitté la zone.David Carden, coordinateur humanitaire régional adjoint de l’ONU pour la Syrie, explique à l’AFP que “plus de 71.000 personnes ont quitté les camps du nord-ouest de la Syrie ces deux derniers mois, une petite fraction comparée aux deux millions” réparties dans des centaines de camps et “ayant besoin d’une aide vitale”.”De nombreux résidents des camps ne peuvent pas retourner chez eux car leurs maisons ont été détruites ou manquent d’électricité, d’eau courante ou d’autres services de base. Beaucoup craignent également d’être pris dans des champs de mines sur les anciennes lignes de front”, ajoute-t-il. Mère de trois enfants, Mariam Anbari, 30 ans, vit dans le camp d’Atmé depuis sept ans après avoir fui Hama. “Nous voulons retourner dans nos maisons mais elles ont été rasées.”- “Mal au coeur” -Mariam Anbari explique, son bébé de six mois dormant à côté, que le revenu quotidien de son mari suffit à peine à acheter du pain et de l’eau.”La chute du régime ne me dit rien. Notre situation est difficile que ce soit sous Bachar al-Assad ou sous Ahmad al-Chareh”, le nouveau président intérimaire de la Syrie, ajoute-t-elle en faisant la vaisselle dans une eau glacée.Mais elle dit quand même garder l’espoir d’une amélioration de leur situation avec l’arrivée des nouvelles autorités. La majorité des habitants du camp dépendent de l’aide humanitaire, dans un pays à l’économie minée par la guerre et où une grande partie de la population vit dans la pauvreté.Dans le camp, où serpentent des motos entre les habitations et où des enfants jouent à l’extérieur malgré le froid, Sabah al-Jasser, 52 ans, et son mari Mohamed, tiennent une petite épicerie. Elle y est installée avec sa famille depuis sept ans après avoir fui son village situé dans la région de Khan Cheikhoun dans la province d’Idleb. “Nous étions heureux à l’annonce de la chute du régime mais nous sommes tristes car nous avons trouvé nos maisons détruites et nos arbres coupés et brûlés. Cela fait mal au coeur”, s’exclame cette mère de quatre enfants.Malgré tout, elle a l’intention de retourner chez elle à la fin de l’année scolaire. “Nous allons revenir et nous monterons une tente.”

Cinébébé, où l’on fait les bébés hyperréalistes de vos films et séries

La pointe de la longue aiguille entre et sort du crâne du bébé: Céline Lallement, technicienne d’atelier, vient de débuter un marathon de plusieurs jours pour implanter un à un les cheveux de ce poupon de 3 mois, dernière création de Cinébébé.Cette entreprise, créée en 2008 et installée à Saint-Denis, en banlieue parisienne,depuis 2023, est l’une des seules au monde spécialisées dans la création de bébés en silicone hyperréalistes pour des tournages de films ou de séries.”C’est du mohair, ça vient de la chèvre angora. C’est plus fin que les cheveux des adultes, donc ça imite très bien les cheveux des bébés”, explique en cette fin janvier Céline Lallement, qui pique et repique. Soudain, elle repère un “poireau”. “Il y a deux cheveux dans un même trou, ça ne va pas”, dit-elle avant de prendre une pince à épiler pour corriger cela. Le dernier-né de Cinébébé est destiné à un tournage en Angleterre d’ici quelques jours, selon Justine Ray Le Solliec, co-gérante de cet atelier d’effets spéciaux avec Julie Barrère. Rougeurs sur les joues, petites veines apparentes sous les paupières, plis et pores de la peau, le réalisme de ce nourrisson est saisissant. “Il faut compter dans les 700 euros pour la location d’un bébé pour un jour de tournage et entre 9.000 et 15.000 euros pour l’achat, en fonction du temps de travail qui peut aller jusqu’à un mois et demi si on part de zéro”, précise la dirigeante.  Du prématuré de 26 semaines au bébé de 18 mois, une cinquantaine de mannequins miniatures ultra-réalistes sont disponibles à la location, selon les besoins des tournages, du film “Le Comte de Monte-Cristo” à la série “Emily in Paris”, en passant par “Titane” ou “The Pod génération”. A partir de photos, une sculpture de la tête du bambin est créée par l’équipe pour faire des moules dans lesquels sont réalisés des “tirages” en silicone. – Une centaine de productions par an -“En France, la réglementation interdit de faire participer à un tournage un nourrisson de moins de 3 mois. Entre 3 mois et 3 ans, le temps de prise de vue est limité à une heure par jour. Ce qui peut être compliqué lorsqu’il y a de nombreuses scènes avec des enfants”, décrypte Justine Ray Le Solliec. Outre la réglementation, depuis les différents confinements en 2020 et 2021 liés à la pandémie de Covid-19, leur activité a connu une accélération. “Cela nous a aidés car il ne pouvait pas y avoir de bébé sur les plateaux de tournage durant cette période”, ajoute-t-elle. Leur chiffre d’affaires post-pandémie a doublé tous les ans, avec un “léger ralentissement” en 2024 par rapport à 2023 avec 35% de croissance, selon la dirigeante qui indique avoir “atteint un plafond en France” et souhaite s’installer à Londres en 2025 pour se développer à l’international. Ces dernières années, “on tourne à une centaine de productions par an en France et en Europe mais on passe plus de temps sur chaque projet, avec l’activité de conseil, donc ça fait plus de chiffre d’affaires”.  Car outre des bébés et autres ventres et poitrines de femmes enceintes, placentas, fœtus, cordons ombilicaux, Cinébébé propose des bassins de femmes pour pouvoir filmer des scènes d’accouchement de face, des conseils lors de l’écriture du film et une assistance aux comédiens sur le tournage pour que la scène soit la plus réaliste possible à l’écran. “On travaille nous-mêmes avec le milieu médical qui nous conseille, notamment avec l’association Néo’Sens basée à l’hôpital de Port-Royal (à Paris, NDLR), spécialisée dans les prématurés”, fait savoir Justine Ray Le Solliec. Pour 2025, l’objectif est également de développer des bébés avec les yeux ouverts, un défi en termes de réalisme, et des poupons plus grands pour des scènes de cascade, conclut la dirigeante. 

Au Chili, l’observation d’un des ciels les plus étoilés du monde menacée

La nuit tombe sur le désert d’Atacama et quatre puissants télescopes commencent à scruter l’un des ciels les plus purs et les plus étoilés du monde. Pourtant, l’Observatoire de Paranal, dans le nord du Chili, pourrait être menacé par la pollution lumineuse d’un mégaprojet énergétique. Situé à 2.635 mètres d’altitude, le site permet d'”observer la Voie lactée avec une clarté inégalée (…), il s’agit des ciels les plus dégagés, les plus sombres”, explique à l’AFP Itziar de Gregorio, une astronome espagnole de l’Observatoire Européen Austral (ESO), qui exploite les lieux.A quelques kilomètres de ce “sanctuaire astronomique mondial” est pourtant prévue la construction d’une usine consacrée aux énergies propres, dans le cadre de l’ambitieux programme chilien de remplacement des énergies fossiles d’ici à 2050. Les scientifiques s’inquiètent de la pollution lumineuse que pourrait générer le projet : l’excès de lumière artificielle limite en effet la visibilité de certains phénomènes, comme les éclipses et les pluies de météorites, préviennent-ils. Ce phénomène, généralement lié à une augmentation de l’éclairage public et à la présence de panneaux publicitaires lumineux, affecte aussi les cycles de sommeil chez les humains et désoriente les oiseaux migrateurs. Pourtant, il passe souvent inaperçu.”Quand on voit un robinet ouvert, on réalise que l’on perd de l’eau. Mais si on voit un endroit très éclairé la nuit, on ne pense pas que c’est une pollution”, note Daniela Gonzalez, de la Fondation Cielos de Chile, qui lutte contre le fléau.A Paranal, c’est quand le soleil se couche que débute la phase la plus intense du travail. Dans la journée, astronomes et ingénieurs traitent les données. La nuit, ils sondent l’infini.Ici, “les recherches portent sur presque tous les phénomènes de l’espace”, comme les planètes et les comètes proches de la Terre, les trous noirs et la vie hors du système solaire, s’enthousiasme Steffen Mieske, le chef des opérations scientifiques du site.- Zone d'”exclusion lumineuse” -Dans le désert d’Atacama, le plus aride et le plus sec du monde, les nuages sont rares, offrant des conditions idéales pour l’observation du cosmos. En outre, la pollution lumineuse y est faible. L’Observatoire de Paranal se trouve ainsi à plus de 100 km d’Antofagasta, la ville la plus proche.Mais cela pourrait changer avec la construction de la nouvelle usine. Dans une lettre ouverte, une quarantaine d’astronomes, scientifiques et même poètes ont récemment exprimé leur préoccupation. Le projet, financé à hauteur de 10 milliards de dollars par AES Andes, la filiale chilienne de la compagnie américaine AES Corporation, s’étendrait sur 3.000 hectares. Il prévoit, selon l’entreprise, “la production d’hydrogène et d’ammoniac vert, ainsi que le développement du solaire, de l’éolien et du stockage des batteries”.Cependant, la question de la distance entre l’Observatoire de Paranal et la future usine divise. Tandis que l’entreprise l’évalue à 20 ou 30 km, les chercheurs estiment qu’elle ne dépasse pas 11 km. Sans s’opposer au projet, ces derniers réclament la création d’une zone d'”exclusion lumineuse” afin de préserver l’intégrité du site.AES Andes, dans un court communiqué de presse, assure que son projet respecte “les normes les plus élevées en termes d’éclairage” et répond à celle édictée par le gouvernement sur le sujet. Mise en place en octobre, cette dernière vise notamment à protéger les principaux lieux d’observation astronomique.- “Fenêtre sur l’univers” -Le projet, actuellement en cours d’évaluation environnementale, ne devrait pas recevoir sa licence d’exploitation avant deux à trois ans.Dans les montagnes du Cerro Armazones, à une vingtaine de kilomètres de l’Observatoire, la construction du Télescope Géant Européen (ELT) progresse. Il s’agit de l’instrument optique le plus grand du monde avec 39 mètres de diamètre. Pour les scientifiques, le risque est aussi que le mégaprojet énergétique interfère avec le fonctionnement de ce dispositif dont le lancement est prévu en 2028. Inestimable pour la recherche astronomique, la “fenêtre sur l’univers” que représente le Chili pourrait se fermer, avertit Itziar de Gregorio. Une augmentation de la pollution lumineuse dans ce site unique pourrait retarder “la réponse à laquelle nous aspirons tant (…), savoir si nous sommes seuls ou non dans l’univers”, alerte l’astronome.  

L’agriculture, victime et solution face aux inondations

Des hectares de terre inondés, des animaux déplacés: les inondations dans l’Ouest vont laisser des traces pendant encore plusieurs semaines chez certains agriculteurs, en première ligne face aux aléas climatiques, et mettent en lumière l’importance du bocage et des zones humides.”On a des fermes où les bâtiments ont été inondés, l’outil de travail mis à mal, le fourrage détruit”, énumère Sébastien Vétil, du syndicat agricole Confédération paysanne. “La solidarité s’est organisée directement de la part du monde paysan”, souligne l’éleveur de vaches laitières à Guipry-Messac, mais “ça va être des jours et des semaines de nettoyage, de remplacement de matériel, etc.”La succession de trois tempêtes hivernales et leur lot de pluie sur des sols déjà saturés a entraîné des crues exceptionnelles depuis plus de 40 ans sur les rivières Vilaine et Seiche, en Ille-et-Vilaine. Le mois de janvier à Rennes a été le plus pluvieux depuis 1945, tous mois confondus, selon Météo-France.En Bretagne, première région agricole de France, l’eau a inondé des villes, mais aussi des exploitations agricoles. L’éleveur Emmanuel Foulon, à Bruz près de Rennes, a vu ses génisses sauvées des eaux par l’armée dans sa ferme rendue inaccessible aux tracteurs par la crue trop rapide.”Si les céréales restent plusieurs jours dans l’eau, au printemps, tout sera à jeter”, redoute Cédric Henry, agriculteur à Paimpont et président du syndicat agricole FDSEA 35 (Ille-et-Vilaine), avec un impact sur le fourrage.Jean-Paul Riault, producteur de lait à Guipry-Messac, a vu l’eau monter “à quelques mètres” de sa maison. “Le terrain est impraticable (…) Il y a des parties de mon exploitation que je préfère ne pas aller voir, parce que ça va me faire mal de voir ça”, lâche-t-il. Environ 7.000 hectares sont touchés dans le département, dont environ deux-tiers de prairies et 20% de maïs, selon les premières données de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. “On nous dit beaucoup que c’est du jamais vu”, avec des “sols gorgés d’eau depuis le mois de décembre”, explique Pascale Gelin, directrice adjointe de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine.- ‘Respect de l’environnement’ -L’état de catastrophe naturelle promis par le gouvernement “peut aider pour les bâtiments agricoles inondés” mais seules “environ 10% des cultures sont assurées en Bretagne”, estime Cédric Henry.”A la Confédération paysanne, on alerte depuis des années sur le dérèglement climatique. On voit bien qu’on est en plein dedans, qu’on va devoir changer nos pratiques”, constate Sébastien Vétil. “Cela passe obligatoirement par le respect de l’environnement.””La destruction des bocages, le drainage des zones humides, a été encouragé avec l’intensification de l’agriculture, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale”, rappelle Christophe Cudennec, professeur d’hydrologie à l’Institut Agro Rennes-Angers.”Dans certains coins de Bretagne, vous voyez des immenses étendues, sans aucune végétation”, abonde Gérard Gruau, directeur de recherche au CNRS. “Ces surfaces ne sont pas aussi imperméables qu’un parking de grande surface, mais pas loin”, poursuit-il.Si des programmes publics encouragent à replanter des haies, “il faut trouver des raisons économiques et de faisabilité technique pour que les agriculteurs s’engagent d’avantage, parce que c’est plus de travail”, décrypte Pascale Gelin.”Il existe des réflexions “autour de taille de parcelles qui permettent de travailler dans de bonnes conditions et d’implanter du bocage”, mais pas question de revenir “à des petites parcelles d’avant les remembrements” qui n’offraient pas de bonnes conditions de travail ni de rendement, ajoute-t-elle.Ces aménagements paysagers “vont ralentir, renforcer l’infiltration” de l’eau, estime Christophe Cudennec. Mais en cas d’événement climatique extrême comme celui de janvier, ils atteignent leurs limites.”Il ne faut pas demander à l’amont et en particulier à l’agriculture, de rattraper tous les excès de l’urbanisation vulnérable dans les zones où il ne faudrait pas construire”, avertit l’hydrologue.

Inde: des bateaux ancestraux pour les bains sacrés de la Kumbh Mela

C’est à bord d’une étroite barge en bois que quelques fidèles hindous se rendent à la confluence des cours d’eau sacrés pour effectuer leur bain rituel lors du méga pèlerinage hindou de la Kumbh Mela, dans le nord de l’Inde.Depuis des siècles, ces bateliers appartenant à la communauté Nishad rament pour permettre aux pèlerins “de se baigner avec amour et bonheur avant de revenir en toute sécurité”, explique Chhote Lal Nishad, 52 ans.Il s’est levé bien avant le soleil pour emmener six hindous s’immerger dans les eaux sacrées aux premières heures du jour.Tout en ramant, les bateliers narrent la signification du bain rituel que leurs passagers, des fidèles hindous, s’apprêtent à accomplir dans le cadre de l’immense rassemblement religieux de la Kumbh Mela.Tous les 12 ans, à Prayagraj (nord), des dizaines de millions de fidèles venus de tout le pays et de l’étranger viennent se baigner dans le Sangam, à la confluence du Gange, du Yamuna et du Saraswati, pour se laver de leurs péchés et interrompre le cycle de la réincarnation.Quelque 400 millions de personnes sont attendues à ce rassemblement religieux qui dure six semaines et se terminera le 26 février.- “Espoir brisé” -Si ces bateliers travaillent tout au long de l’année, les affaires sont traditionnellement plus florissantes pendant ce festival.  “Le cours d’eau est le seul moyen de subsistance de la communauté Nishad”, explique Chhote Lal Nishad, qui rame depuis l’enfance.Viraj Nishad, 23 ans, de la même communauté que Chhote Lal Nishad mais sans lien de parenté avec lui, ne cache pas sa fierté de perpétuer l’héritage de son père.”C’est grâce à nous que les pèlerins peuvent visiter le site sacré et se baigner” dans ses eaux. Leur expertise de la navigation leur permet souvent de sauver des fidèles de la noyade.Cette édition, présentée comme le plus grand rassemblement religieux de tous les temps, s’annonçait prometteuse pour cette profession ancestrale.Mais ils ont vu leurs espoirs s’envoler quand les autorités leur ont interdit l’accès aux zones les plus fréquentées par mesure de sécurité, invoquant l’ampleur sans précédent de cet événement.Les accidents sont récurrents lors des rassemblements religieux de masse organisés dans le pays le plus peuplé de la planète.La semaine dernière, au moins 30 personnes sont mortes et de nombreuses autres ont été blessées après qu’au milieu de la nuit, une importante foule a soudainement déferlé, débordant un cordon de police et piétinant des fidèles.Les bateliers doivent donc se contenter d’emmener les pèlerins se baigner sur des sites quelque peu éloignés du lieu de la confluence, complètement bondé. “J’avais d’immenses espoirs, je pensais gagner un peu d’argent pour les enfants”, raconte amer Chhote Lal Nishad. “Cet espoir s’est brisé.”Mais les bateliers ont tout de même de quoi s’occuper, beaucoup de pèlerins préférant les bateaux traditionnels aux embarcations plus grandes et plus modernes.”La barque en bois avance lentement et la manière de se mouvoir du batelier est une expérience différente, que l’on n’éprouve pas avec les bateaux modernes”, remarque Ajeet Kaur Prajapati, 60 ans, venu de New Delhi, la capitale de l’Inde. “Le plaisir de manger de la nourriture cuisinée par votre mère est le même plaisir que celui de voyager dans une barque en bois qui avance avec les coups de rame du batelier.”

RDC: le Kenya appelle à une “cessez-le-feu immédiat” dans le conflit avec le M23 et ses alliés rwandais

Le président kényan William Ruto a appelé samedi à un “cessez-le-feu immédiat” dans l’est de la RDC où les forces congolaises sont aux prises avec le groupe armé M23 et ses alliés rwandais qui ne cessent de s’emparer de nouveaux territoires.Il s’exprimait à l’occasion d’un sommet des dirigeants d’Afrique australe et de l’Est organisé en Tanzanie pour tenter de trouver une issue au conflit qui déchire l’est de la République démocratique du Congo depuis plus de trois ans et s’est accéléré ces dernières semaines.Ce sommet conjoint des huit pays membres de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est (EAC) et des 16 pays membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a été convoqué après la prise éclair de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, par le groupe armé antigouvernemental M23 (“Mouvement du 23 mars”) et les troupes rwandaises.Il se déroule à Dar es Salaam en présence du président rwandais Paul Kagame tandis que son homologue congolais Félix Tshisekedi y assiste par vidéoconférence. Les présidents du Kenya, de Somalie, d’Ouganda, de Zambie et du Zimbabwe étaient présents à l’ouverture des discussions.”Un cessez-le-feu immédiat est le seul moyen de créer les conditions nécessaires à un dialogue constructif et à la mise en œuvre d’un accord de paix global”, a déclaré le président kényan William Ruto.”Nous appelons toutes les parties à respecter le cessez-le-feu, et plus particulièrement le M23 à cesser toute progression et les forces armées de la RDC à cesser toute mesure de représailles”, a ajouté M. Ruto, qui préside actuellement la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est.Depuis la chute de Goma la semaine dernière, au prix d’affrontements meurtriers et d’une dégradation d’une situation humanitaire déjà catastrophique, le conflit s’est installé dans la province voisine du Sud-Kivu.La peur et la panique se sont déjà emparées du chef-lieu, Bukavu. Des combats ont eu lieu vendredi à moins de 70 km, selon des sources sécuritaires et locales. Des banques et des écoles ont été fermées. De nombreux habitants ont déjà quitté la ville.- Crainte d’embrasement -Plusieurs pays voisins de la République démocratique du Congo redoutent un embrasement régional, faute de solution diplomatique rapide.Depuis le début du conflit en 2021, une demi-douzaine de trêves et cessez-le-feu ont été signés, avant d’être systématiquement rompus.Les tentatives de médiation, notamment de l’Angola et du Kenya, ont jusqu’ici échoué. Kinshasa réclame auprès de la communauté internationale des sanctions contre le Rwanda, mais aucune décision n’a été prise à ce stade.Une réunion ministérielle s’est tenue vendredi en amont du sommet dans la capitale économique tanzanienne. Le chef de la diplomatie kényane, Musalia Mudavadi, y a appelé à une fusion des processus de paix initiés d’une part par le Kenya et d’autre part par l’Angola. Excepté un appel au “cessez-le-feu”, les positions de la SADC et de l’EAC paraissent toutefois éloignées.La semaine dernière, les dirigeants de la SADC, dont fait partie la RDC, ont “réaffirmé” leur “engagement indéfectible à continuer de soutenir Kinshasa dans sa quête de sauvegarde de son indépendance, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale”.L’EAC, à laquelle appartiennent la RDC et le Rwanda, a pour sa part “fermement exhorté le gouvernement de Kinshasa à engager le dialogue avec tous les acteurs, dont le M23”. Ce que la RDC a jusqu’ici refusé.Le président rwandais Paul Kagame réclame le retrait de la mission de la SADC (SAMIDRC), déployée depuis 2023 dans l’est de la RDC, estimant qu’elle n’est “pas une force de maintien de la paix” et n’a “pas sa place dans cette situation”.L’est de la RDC est riche en ressources naturelles (notamment le tantale et l’étain, massivement utilisés dans les batteries et les équipements électroniques, et l’or) et Kinshasa accuse Kigali de vouloir les piller.Le Rwanda nie et affirme vouloir éradiquer de la région des groupes armés, notamment créés par d’ex-responsables hutu du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, qui menacent selon lui sa sécurité.burs-blb/emd

Trump accentue encore sa guerre contre les médias traditionnels

Lors de son premier mandat, il les désignait comme “ennemis du peuple”. En reprenant les rênes des Etats-Unis, Donald Trump a encore amplifié ses attaques contre les grands médias américains en les visant notamment au portefeuille.Actions en justice demandant des millions de dollars de dommages et intérêts, enquête sur les diffuseurs publics, désabonnement, et même retrait de bureaux: le camp du républicain utilise tout un arsenal pour s’en prendre à la presse traditionnelle.Dernier exemple en date: la tempête médiatique subie cette semaine par le journal Politico, connu pour raconter les coulisses de Washington.Sur X, des soutiens de Donald Trump ont écrit que l’USAID, l’agence américaine pour le développement internationale — quasi-démantelée par l’exécutif dans le même temps –, subventionnait le média à coup de millions de dollars.Un mensonge dénoncé haut et fort par sa directrice générale Goli Sheikholeslami. “Nous n’avons jamais reçu de subventions de l’Etat fédéral”, a-t-elle assuré, mais simplement l’argent correspondant à des abonnements.Ce qui n’a pas empêché Donald Trump d’affirmer jeudi que de l’argent de l’USAID et d’autres fonds fédéraux “est allé, tels des pots-de-vin, aux médias mensongers pour qu’ils écrivent des articles avantageux pour les démocrates”.La Maison Blanche a annoncé annuler ses abonnements à Politico.- Sièges au Pentagone -Avec ce genre d’épisode, les soutiens de Donald Trump auront “quelque chose de nouveau à utiliser pour s’expliquer toute couverture négative” de leur champion, estime Matt Gertz, chercheur au sein de l’ONG Media Matters, marquée à gauche.S’en prendre aux médias peut passer, pour le gouvernement Trump, par d’autres moyens.Brendan Carr, nouveau patron de la puissante agence fédérale des communications, la FCC, a annoncé ouvrir une enquête sur la radio publique NPR et la chaîne de télévision publique PBS, ce qui pourrait à terme menacer leurs financements.”Le nouveau patron de la FCC agit de façon agressive, et il semble que ce ne soit que le début”, estime de son côté Roy Gutterman, professeur de journalisme à l’Université de Syracuse.La nouvelle administration vise aussi les emplacements physiques des médias traditionnels.Dans le bâtiment du Pentagone, siège du ministère américain de la Défense, nombre de journalistes disposent de bureaux dédiés. Huit places attribuées à des grands médias, dont le New York Times, CNN, ou le Washington Post, ont été réattribuées d’office par les nouvelles autorités à des publications plus marquées à droite, comme le tabloïd New York Post.Dans ces attaques en règle, une exception: Fox News, chaîne d’info la plus regardée du pays, étendard des conservateurs et vivier de recrutement pour le nouveau pouvoir. La chaîne de la famille Murdoch a même embauché cette semaine Lara Trump, la belle-fille du président.- Millions de dollars -La chaîne de télévision ABC a elle accepté en décembre de payer quinze millions de dollars de dédommagements pour mettre fin aux poursuites pour diffamation lancées par Donald Trump après des propos tenus à l’antenne par un présentateur vedette.Cet accord financier hors tribunal a été vu comme une concession d’un grand média au milliardaire, dont nombre d’efforts visant à poursuivre des journalistes avaient jusqu’à présent échoués.CBS News, autre géant de l’information aux Etats-Unis, est également poursuivi par Donald Trump. Le président l’accuse d’avoir manipulé pendant la campagne une interview de Kamala Harris de manière à faire paraître la vice-présidente, et candidate démocrate malheureuse, sous un meilleur jour.Cédant aux pressions, la chaîne a récemment diffusé les images de l’entretien dans leur intégralité, et Paramount Global, sa maison-mère, envisage de payer des sommes importantes dans ce dossier.”Certains des plus grands médias semblent avoir conclu qu’il n’est simplement pas dans leur intérêt financier de mécontenter le président”, a résumé le professeur à l’université de Columbia Jameel Jaffer dans une tribune au New York Times.