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Ukraine : Trump redouble ses attaques contre Zelensky, satisfecit de Poutine

Donald Trump a lancé mercredi une seconde salve d’attaques contre son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui l’accuse de son côté de vivre dans “un espace de désinformation” russe, des invectives qui laissent craindre une rupture américano-ukrainienne.Vladimir Poutine s’est quant à lui félicité mercredi du caractère “positif” des discussions russo-américaine de la veille en Arabie Saoudite, les premières au niveau des chefs des diplomaties des Etats-Unis et de la Russie depuis l’invasion de 2022. De Floride, le président américain a réitéré mercredi ses violentes critiques de la veille, accusant M. Zelensky d’être un “dictateur sans élections”, reprenant à son compte le discours du Kremlin, l’Ukraine n’ayant pas organisé de scrutin présidentiel en 2024 à cause de la guerre. Plus tôt, Volodymyr Zelensky avait estimé devant la presse que Donald Trump vivait “dans un espace de désinformation” russe, car celui-ci reprend la rhétorique du Kremlin.Il aussi a accusé l’administration américaine d’aider Vladimir Poutine à “sortir d’années d’isolement”, le président russe ayant été traité en paria par les Occidentaux depuis février 2022.La veille, il avait été la cible d’attaques inédites du président américain, qui a contesté sa légitimité, sa volonté de trouver une issue au conflit et semblé le tenir pour responsable de l’invasion de son pays.- “Le Kremlin lui écrit tout” -Vladimir Poutine a pour sa part assuré mercredi que Donald Trump recevait, depuis son retour au pouvoir, des “informations objectives”.Dans ses déclarations, qui ont choqué en Ukraine, le président américain a accusé son homologue ukrainien d’être impopulaire, critiqué l’absence d’élections et assuré qu’une partie de l’aide américaine avait été détournée.Volodymyr Zelensky jouit pourtant de la confiance de 57% des Ukrainiens, selon un sondage réalisé début février par l’Institut international de sociologie de Kiev et publié mercredi, et non de 4% comme l’avait dit M. Trump.Si le mandat du président ukrainien aurait dû expirer en mai 2024, l’Ukraine n’a pas organisé d’élections du fait de la guerre et de la loi martiale, des millions d’Ukrainiens ayant fui à l’étranger et 20% du territoire étant sous occupation russe.Et si M. Trump a assuré que Washington avait “donné 350 milliards” à l’Ukraine et accusé M. Zelensky de ne pas savoir “où était la moitié de l’argent”, l’Institut économique IfW Kiel chiffre l’aide américaine à 114,2 milliards de dollars depuis 2022.”J’ai l’impression que Trump a peur de Poutine”, réagissait mercredi à Kiev Ivan Banias, un militaire de 51 ans interrogé par l’AFP. Habitant aussi dans la capitale ukrainienne, Svitlana Oleksandrivna, 65 ans, se disait “surprise” des déclarations de Donald Trump : “Il est si fort, le président d’un pays si riche et si fort et ses récits sont complètement moscovites, comme si le Kremlin lui écrivait tout”.La tâche d’expliciter la position de Washington revient désormais à l’envoyé spécial américain Keith Kellogg, arrivé mercredi matin à Kiev. Adoptant un ton conciliant, il a déclaré comprendre le besoin de “garanties de sécurité” de l’Ukraine. Le président ukrainien avait expliqué le week-end dernier vouloir emmener Keith Kellogg sur le front pour qu’il “en parle au président Trump”.Le chef de l’Etat russe s’est quant à lui félicité de la reprise du dialogue russo-américain.Les chefs des diplomaties russe et américaine, Sergueï Lavrov et Marco Rubio, s’étaient rencontrés mardi en Arabie Saoudite, une première à ce niveau depuis le début de l’invasion de février 2022 et dénoncée comme des pourparlers “sur l’Ukraine sans l’Ukraine” par M. Zelensky.S’exprimant à la télévision russe, M. Poutine a dit “évaluer positivement” ces discussions, se félicitant d’un “premier pas”.  “Sans renforcer le niveau de confiance entre la Russie et les Etats-Unis, il est impossible de résoudre de nombreux problèmes, y compris la crise ukrainienne”, a-t-il prôné.MM. Rubio et Lavrov ont notamment convenus de négocier sur l’Ukraine, sans convier Kiev ni les Européens, qui craignent désormais un accord dans leur dos et contre leurs intérêts.- Plaisir de rencontrer Donald -M. Poutine a jugé que l’équipe envoyée par Donald Trump était “ouverte au processus de négociation” et accusé les Ukrainiens et les Européens d’être opposés à des pourparlers.”Je rencontrerais avec plaisir Donald (Trump, NDLR) (…). Et je pense que lui aussi”, a-t-il ajouté, précisant toutefois ne pas pouvoir dire d’ici combien de temps une telle rencontre pourrait être organisée.Sur le terrain, Vladimir Poutine a en outre affirmé mercredi que des “combattants de la 810e brigade” russe avaient traversé pendant la nuit la frontière entre la Russie et l’Ukraine. Des propos qualifiés de “mensonge” par l’Ukraine.Selon l’agence de presse d’Etat russe Tass, ces troupes venaient de la région russe de Koursk où des combats se déroulent depuis l’été, les forces de Kiev y occupant quelques centaines de kilomètres carrés.Selon l’état-major de l’armée ukrainienne, une unité russe a bien lancé une attaque à l’aube en direction de la frontière ukrainienne à partir de la région de Koursk mais elle a été repoussée : “La tentative a été un échec. Il n’y a aucune raison de paniquer”, a-t-il écrit sur Facebook

Ukraine : Trump redouble ses attaques contre Zelensky, satisfecit de Poutine

Donald Trump a lancé mercredi une seconde salve d’attaques contre son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui l’accuse de son côté de vivre dans “un espace de désinformation” russe, des invectives qui laissent craindre une rupture américano-ukrainienne.Vladimir Poutine s’est quant à lui félicité mercredi du caractère “positif” des discussions russo-américaine de la veille en Arabie Saoudite, les premières au niveau des chefs des diplomaties des Etats-Unis et de la Russie depuis l’invasion de 2022. De Floride, le président américain a réitéré mercredi ses violentes critiques de la veille, accusant M. Zelensky d’être un “dictateur sans élections”, reprenant à son compte le discours du Kremlin, l’Ukraine n’ayant pas organisé de scrutin présidentiel en 2024 à cause de la guerre. Plus tôt, Volodymyr Zelensky avait estimé devant la presse que Donald Trump vivait “dans un espace de désinformation” russe, car celui-ci reprend la rhétorique du Kremlin.Il aussi a accusé l’administration américaine d’aider Vladimir Poutine à “sortir d’années d’isolement”, le président russe ayant été traité en paria par les Occidentaux depuis février 2022.La veille, il avait été la cible d’attaques inédites du président américain, qui a contesté sa légitimité, sa volonté de trouver une issue au conflit et semblé le tenir pour responsable de l’invasion de son pays.- “Le Kremlin lui écrit tout” -Vladimir Poutine a pour sa part assuré mercredi que Donald Trump recevait, depuis son retour au pouvoir, des “informations objectives”.Dans ses déclarations, qui ont choqué en Ukraine, le président américain a accusé son homologue ukrainien d’être impopulaire, critiqué l’absence d’élections et assuré qu’une partie de l’aide américaine avait été détournée.Volodymyr Zelensky jouit pourtant de la confiance de 57% des Ukrainiens, selon un sondage réalisé début février par l’Institut international de sociologie de Kiev et publié mercredi, et non de 4% comme l’avait dit M. Trump.Si le mandat du président ukrainien aurait dû expirer en mai 2024, l’Ukraine n’a pas organisé d’élections du fait de la guerre et de la loi martiale, des millions d’Ukrainiens ayant fui à l’étranger et 20% du territoire étant sous occupation russe.Et si M. Trump a assuré que Washington avait “donné 350 milliards” à l’Ukraine et accusé M. Zelensky de ne pas savoir “où était la moitié de l’argent”, l’Institut économique IfW Kiel chiffre l’aide américaine à 114,2 milliards de dollars depuis 2022.”J’ai l’impression que Trump a peur de Poutine”, réagissait mercredi à Kiev Ivan Banias, un militaire de 51 ans interrogé par l’AFP. Habitant aussi dans la capitale ukrainienne, Svitlana Oleksandrivna, 65 ans, se disait “surprise” des déclarations de Donald Trump : “Il est si fort, le président d’un pays si riche et si fort et ses récits sont complètement moscovites, comme si le Kremlin lui écrivait tout”.La tâche d’expliciter la position de Washington revient désormais à l’envoyé spécial américain Keith Kellogg, arrivé mercredi matin à Kiev. Adoptant un ton conciliant, il a déclaré comprendre le besoin de “garanties de sécurité” de l’Ukraine. Le président ukrainien avait expliqué le week-end dernier vouloir emmener Keith Kellogg sur le front pour qu’il “en parle au président Trump”.Le chef de l’Etat russe s’est quant à lui félicité de la reprise du dialogue russo-américain.Les chefs des diplomaties russe et américaine, Sergueï Lavrov et Marco Rubio, s’étaient rencontrés mardi en Arabie Saoudite, une première à ce niveau depuis le début de l’invasion de février 2022 et dénoncée comme des pourparlers “sur l’Ukraine sans l’Ukraine” par M. Zelensky.S’exprimant à la télévision russe, M. Poutine a dit “évaluer positivement” ces discussions, se félicitant d’un “premier pas”.  “Sans renforcer le niveau de confiance entre la Russie et les Etats-Unis, il est impossible de résoudre de nombreux problèmes, y compris la crise ukrainienne”, a-t-il prôné.MM. Rubio et Lavrov ont notamment convenus de négocier sur l’Ukraine, sans convier Kiev ni les Européens, qui craignent désormais un accord dans leur dos et contre leurs intérêts.- Plaisir de rencontrer Donald -M. Poutine a jugé que l’équipe envoyée par Donald Trump était “ouverte au processus de négociation” et accusé les Ukrainiens et les Européens d’être opposés à des pourparlers.”Je rencontrerais avec plaisir Donald (Trump, NDLR) (…). Et je pense que lui aussi”, a-t-il ajouté, précisant toutefois ne pas pouvoir dire d’ici combien de temps une telle rencontre pourrait être organisée.Sur le terrain, Vladimir Poutine a en outre affirmé mercredi que des “combattants de la 810e brigade” russe avaient traversé pendant la nuit la frontière entre la Russie et l’Ukraine. Des propos qualifiés de “mensonge” par l’Ukraine.Selon l’agence de presse d’Etat russe Tass, ces troupes venaient de la région russe de Koursk où des combats se déroulent depuis l’été, les forces de Kiev y occupant quelques centaines de kilomètres carrés.Selon l’état-major de l’armée ukrainienne, une unité russe a bien lancé une attaque à l’aube en direction de la frontière ukrainienne à partir de la région de Koursk mais elle a été repoussée : “La tentative a été un échec. Il n’y a aucune raison de paniquer”, a-t-il écrit sur Facebook

Friedrich Merz, un millionnaire au seuil de la chancellerie

Il a beau sourire beaucoup, de plus en plus, les Allemands ont du mal à fondre pour lui: le favori pour le poste de futur chancelier, Friedrich Merz, est un conservateur de la vieille école qui peine à se défaire de son image de millionnaire hautain.Le chef de file des conservateurs CDU/CSU, connu pour s’échauffer facilement, a essayé de renvoyer une image d’élu accessible lors de la campagne électorale en vue des législatives du 23 février.Lors d’un “petit déjeuner” dans sa ville natale de Brilon, bière à la main, il s’enflamme pour sa région du Haut-Sauerland. Dans une vidéo sur Instagram, on le voit attablé dans un Mac Donald’s, pour dit-il, “prendre des forces” avant un duel télévisé avec le chancelier Olaf Scholz. Le député de 69 ans, ancien rival malheureux d’Angela Merkel, reste pourtant mal aimé et pointe toujours derrière le chef de file des écologistes et même derrière son allié bavarois Markus Söder dans le baromètre de popularité de la télévision publique ZDF. Motif de consolation, il devance Olaf Scholz.- Flirt avec l’AfD ? -Friedrich Merz, pilote à ses heures et propriétaire d’un jet privé, n’en est pas moins à deux pas du poste suprême, son camp chrétien-démocrate restant nettement en tête des intentions de votes avec au moins 30%, devant l’Alternative pour l’Allemagne avec 20% (AfD, extrême droite).Le chef des conservateurs prêche un retour aux “valeurs traditionnelles” et un renversement complet de la politique migratoire héritée de l’ancienne chancelière Angela Merkel (2005-2021). Friedrich Merz a brisé un tabou d’après guerre en Allemagne qui voyait les partis traditionnels s’interdire toute coopération avec l’extrême droite, en faisant adopter fin janvier avec les voix de l’AfD une résolution non contraignante sur le droit d’asile. Il n’en martèle pas moins exclure toute coopération gouvernementale avec cette formation.Depuis qu’il a pris les rênes du parti conservateur en janvier 2022, Merz a voulu tirer un trait sur les années de centrisme d’Angela Merkel.Cette dernière l’avait écarté en 2002 du poste stratégique de président du groupe parlementaire CDU, le conduisant à se reconvertir dans la finance en 2009, notamment chez BlackRock, l’un des plus gros gestionnaires d’actifs au monde.- “Etre fier” de l’Allemagne -Atlantiste convaincu, il s’est engagé à ouvrir “un nouveau chapitre” avec les États-Unis de Donald Trump, tout en plaidant pour une “Europe unie” face au président américain. L’un de ses slogans de campagne – “une Allemagne dont nous pouvons de nouveau être fiers” après deux récessions successives dans le pays – fait écho à celui de Trump visant à “rendre sa grandeur à l’Amérique”. Il n’en est pas moins fervent partisan déclaré de l’aide militaire à l’Ukraine contre l’invasion russe. Pro-européen, il lorgne autant vers la Pologne que vers la France pour faire avancer l’UE, persuadé que l’équilibre des forces en Europe s’est déplacé vers l’Est. Cela pourrait marquer une inflexion avec ses prédécesseurs à la chancellerie.Ce catholique, marié à une juriste et père de trois enfants, s’est prononcé contre la parité entre femmes et hommes dans un gouvernement sous sa direction. Son parti a dit vouloir annuler la récente loi visant à faciliter le changement de genre. Ces positions sont “la réponse de la CDU au succès de l’AfD”, qui séduit avec ses positions “anti-woke” et hostiles aux étrangers, analyse l’hebdomadaire Die Zeit.Côté économie, Friedrich Merz, libéral convaincu, veut réduire les impôts des entreprises et la bureaucratie et durcir les conditions de l’aide sociale.”Le travail doit redevenir un plaisir”, plaide-t-il sans relâche, tout en excluant la moindre augmentation du salaire minimum.Ses adversaires sociaux-démocrates pointent régulièrement l’inexpérience de l’élu qui n’a encore assuré aucune fonction gouvernementale, enchaînant les mandats de député allemand ou européen.Ils raillent aussi “l’anachronisme” de ce “représentant de la République de Bonn”, ancienne capitale de l’Allemagne de l’ouest, rappelle Jacob Ross, du centre de réflexion allemand DGAP.Mais “beaucoup de gens aspirent actuellement à retrouver la stabilité des années 1980”, indique à l’AFP le politologue, qui y voit finalement un atout pour les ambitions du candidat Merz.

L’Allemagne “à terre”, la grande angoisse de l’électorat d’extrême droite

Deux cerbères montent la garde à l’entrée du châtelet, mais l’ambiance à l’intérieur est détendue. Une trentaine de personnes, surtout des retraités, sont venues ce soir-là à Schwedt-sur-Oder, près de la frontière polonaise, écouter l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) parler de santé publique. Les sympathisants n’hésitent pas à s’éclipser pour commander une bière.De réunions en petit comité en visites sur les marchés, le parti d’extrême droite creuse patiemment son sillon en vue des élections législatives du 23 février, où les sondages lui prédisent un doublement de son score de 2021 à plus de 20%. Son carburant: la peur du déclassement, de l’immigration et la nostalgie du passé qui taraudent une part croissante des Allemands au quotidien.- Nostalgie du D-Mark -“Le pays entier est pratiquement à terre”, se lamente Frank Iffert, un retraité de 66 ans venu à la rencontre organisée à Schwedt, dans le Brandebourg. “Nous allions mieux avec le Deutsche Mark”, jure-t-il, alors que le parti promeut la sortie de l’euro et de l’Union européenne. Face à la crise industrielle qui affaiblit l’Allemagne pointe la nostalgie de l’après-guerre, quand “tout le monde a retroussé ses manches pour reconstruire le pays”.L’AfD se nourrit de la récession que connaît l’ancienne locomotive économique de l’Europe depuis deux ans.Ancien électeur du parti démocrate-chrétien conservateur CDU, Enrico Schulz voudrait encore “la même politique qu’à l’époque de (Helmut) Kohl”, le chancelier de la réunification, qui défendait les valeurs traditionnelles. Car ensuite avec le cap centriste imprimé par Angela Merkel, la CDU a “fortement déçu” ce chef de petite entreprise rencontré à Schönewalde, un village au nord de Berlin, où il a toujours vécu.Dans cette région de l’ancienne Allemagne de l’est communiste, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) pointe en tête des sondages avec près de 30% des voix.- “Moins d’Etat” -Car les habitants de l’ex-RDA communiste “reconnaissent cette folie” qui a un air de “déjà-vu”, affirme cet homme de 55 ans, dénonçant le poids des impôts qui ne récompenserait plus le travail. “J’ai vécu le socialisme, je n’en ai pas besoin une deuxième fois”, affirme ce partisan du “moins d’Etat”.Dominateur à l’est, le parti fondé en 2013 pour s’opposer à l’euro progresse désormais aussi à l’ouest.A Francfort, Manuel Steiof, 38 ans, se souvient d’une enfance paisible quand “tout allait bien” et qu’il pouvait “se promener seul”.Il a grandi à Höchst, un ancien village qui a gardé son château et ses maisons à colombages, mais a perdu son fleuron industriel: le groupe chimique et pharmaceutique éponyme fait désormais partie du géant Sanofi-Aventis.Comme son père et son arrière-grand-père, Manuel travaille dans une usine pharmaceutique du parc industriel, où il garde le souvenir d’ouvriers omniprésents dans la vie quotidienne, avec leurs “vélos rouges et salopettes bleues”.- Une dent contre Merkel -Parmi les électeurs interrogés par l’AFP, le nom de l’ex-chancelière Angela Merkel revient souvent. Et pas en bien. Beaucoup la jugent responsable de ce qu’ils vivent comme un déclassement, même si les statistiques montrent que l’Allemagne reste l’un des pays les plus riches et performants au monde.Deux décisions en particulier ont du mal à passer dans cet électorat: la sortie de l’énergie nucléaire suite à l’accident de la centrale japonaise de Fukushima en 2011, et surtout l’accueil de plus d’un million de réfugiés lors de la “crise migratoire” de 2015.Les centrales nucléaires allemandes étaient “parmi les plus sûres” au monde, s’agace Enrico Schulz, fustigeant les énergies solaires et éoliennes appelées à les remplacer.- Anti-migrants -Quant à l’immigration, c’est la source première de mécontentement des électeurs AfD, amplifiée par de récents attentats, comme celui à la voiture-bélier commis par un jeune Afghan à Munich.Le Brexit est “de la faute de Merkel” car les Britanniques “en avaient assez” de l’afflux de migrants encouragés par l’ex-chancelière, veut croire Enrico.Bénévole dans l’humanitaire, Manuel Steiof dit quant à lui avoir observé en 2015 que les réfugiés syriens étaient “tous de jeunes hommes” venus seulement pour des raisons économiques.Les réfugiés sont “pris en charge” alors que “nous n’avons pas reçu un tel soutien” plus jeunes, déplore Karin Stieff-Kuhn, une retraitée de 78 ans d’une banlieue aisée de Francfort.- Electorat peu diplômé -Pour Tobias Rothmund, spécialiste en psychologie et radicalisation de l’extrême droite à l’université de Iéna, la “colère” et l'”insatisfaction” des électeurs de l’extrême droite en Allemagne sont liés “à l’expérience de la privation”, même si ces sentiments “ne correspondent pas nécessairement à leur situation objective”.L’universitaire dresse le portrait-type de l’électeur AfD: un “homme, rural, qui n’a pas fait d’études universitaires, sceptique vis-à-vis des médias publics” et “ouvert aux médias alternatifs”.Soit le profil d’Enrico Schulz, qui dit s’informer “le plus largement possible” et partage ses contenus avec des “groupes de résistance” sur les messageries.- Pro-russe -Critiques des questions d’identité de genre – un débat “insensé” s’étrangle Stieff-Kuhn – et des drapeaux LGBTQ – “accrochés partout”, s’agace Manuel Steiof – les sympathisants de l’AfD se rejoignent en ce moment sur une autre cause: leurs positions pro-russes dans le conflit ukrainien.Pour Jenny Lüdcke, 34 ans, rencontrée à Schwedt, Vladimir Poutine n’est pas “le seul responsable” de la guerre car “l’UE et l’OTAN ont constamment violé les traités” passés avec Moscou.D’autres reprennent sans broncher la propagande du Kremlin. L’Ukraine est “pratiquement un pays fasciste” où “l’opposition est interdite”, soutient Frank Iffert, ignorant le sort réservé aux dissidents en Russie, souvent emprisonnés ou contraints à l’exil. Il dénonce les centaines de milliers de réfugiés ukrainiens qui “viennent ici depuis des années, par bus, prennent leur allocation et retournent chez eux”.- Fin de la repentance ? -Autre sujet de révolte contre une pensée perçue comme dominante: le poids de l’histoire en Allemagne, où la politique mémorielle autour des crimes nazis est régulièrement remise en cause par les dirigeants de l’AfD.Pour Jenny Lüdcke, “chaque pays a commis des atrocités à un moment donné” et l’Allemagne est “le seul pays à être continuellement cloué au pilori, alors que nous, la génération actuelle, n’y sommes pour rien”.Pour cette employée dans le secteur de la téléphonie mobile, “l’étiquette nazie”, que les détracteurs de l’AfD lui collent, a “toujours été utilisée pour restreindre la liberté d’expression”. Même si le Renseignement Intérieur allemand lui-même s’inquiète des risques de dérive du mouvement.Manuel Steiof assure avoir lui aussi été qualifié comme tel lorsqu’il s’est opposé à la vaccination contre le Covid. Il a depuis systématiquement voté AfD, beaucoup plus sceptique vis-à-vis du vaccin.Pour l’expert Tobias Rothmund, cette “dynamique d’exclusion” ressentie par les électeurs de l’AfD entraîne “une radicalisation supplémentaire”, y compris des plus modérés.Dans un pays en proie au “mécontentement”, estime Jenny Lüdcke, “l’AfD est le seul parti qui veut vraiment changer quelque chose”. Elle dit croire à une accession au pouvoir rapide. “Peut-être même cette année”.

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Olaf Scholz, l’impopulaire chancelier qui croit quand même en sa victoire

Le doute ? Très peu pour lui. Malgré des records d’impopularité, le social-démocrate Olaf Scholz croit fermement que sa pugnacité et son sang-froid lui permettront de décrocher un nouveau mandat à la tête de l’Allemagne.A un journaliste “fasciné par son optimisme”, le dirigeant a affirmé cette semaine qu’il évaluait “à 60%” ses chances de victoire le 23 février, envers et contre tous les sondages qui prédisent au parti de centre gauche SPD le plus mauvais score de son histoire.Sa référence : les législatives de 2021, lorsque Scholz, alors ministre des Finances d’Angela Merkel, avait déjoué tous les pronostics en remportant le scrutin.Sa recette pour essayer de regagner du terrain : un coup de barre à gauche avec une campagne où les “camarades” sociaux-démocrates défendent augmentation du salaire minimum, réduction de la TVA sur les produits alimentaires à 5%, meilleure protection des locataires.Depuis fin janvier, Olaf Scholz tente aussi de mobiliser contre son rival conservateur Friedrich Merz, critiqué pour avoir fait cause commune avec le parti d’extrême droite AfD contre l’immigration.Accusant son adversaire d’avoir trahi sa parole, d’être “une tête brûlée”, le chancelier de 66 ans veut rassurer une Allemagne déboussolée par la crise économique qu’elle traverse et les bouleversements géopolitiques.- “Nouvelle ère” -“Un chancelier doit garder ses nerfs”, a-t-il répété lors du dernier débat parlementaire cette semaine.Surnommé l'”automate” pour son style austère et ses discours ternes sur la scène internationale, Olaf Scholz revendique cette image “de dirigeant un peu taciturne, qui réfléchit avant de parler”, observe le politologue Antonios Souris de l’Université libre de Berlin.Le pacifiste au front dégarni avait surpris par sa réaction déterminée à l’attaque de l’Ukraine par la Russie en février 2022.Dans un discours au Bundestag, applaudi jusque dans les rangs conservateurs, il avait acté un tournant historique, “une nouvelle ère” nécessitant d’augmenter drastiquement les dépenses militaires allemandes, à rebours de la longue tradition du pays.Il a tourné d’un coup la page des seize années Merkel et rompu avec la Russie, qui fournissait jusqu’alors à l’Allemagne de l’énergie à bas prix pour sa puissante industrie.Mais son “manque de communication et de charisme” l’ont mal préparé à diriger une coalition tripartite, avec les Verts et les libéraux, en proie à des luttes intestines permanentes, estime Antonios Souris.De nombreux électeurs considèrent qu’il a été “tout simplement dépassé par son rôle de dirigeant”, selon le politologue. Sa coalition gouvernementale a fini par éclater prématurément en novembre. Ses tergiversations dans les grands dossiers diplomatiques ont régulièrement agacé ses partenaires, dont la France.- Cheveux longs -“Il m’a dit à douze ans qu’il voulait devenir chancelier”, a déclaré son père, Gerhard Scholz, voyageur de commerce, au quotidien allemand Bild à propos de l’aîné de ses trois fils.Né le 14 juin 1958, élevé près de la ville de Hambourg (nord), Scholz a fait ses classes au sein du puissant mouvement des jeunes du SPD, les “Jusos” dans les années 1970. Activiste de gauche aux cheveux longs, il est alors un pilier des manifestations pour la paix durant la guerre froide.Dans les années 1980, il devient vice-président des “Jusos”, mais jugé trop à gauche, il échoue à en devenir le leader.Après une formation de juriste spécialisé dans le droit du travail, il fonde son propre cabinet d’avocats à Hambourg, deuxième ville d’Allemagne dont il a été maire plus de sept ans.Il vit désormais à Potsdam, dans la banlieue cossue de Berlin, avec son épouse Britta Ernst, également membre du SPD et qui fut un temps ministre régionale. Ils n’ont pas d’enfants.C’est au cours de son mandat de secrétaire général du SPD, de 2002 à 2004, qu’il s’est vu affubler du surnom de “Scholzomat” pour sa propension à répondre aux questions de manière monocorde et son infatigable défense des impopulaires réformes du chancelier Gerhard Schröder.Alors que le magazine Spiegel l’avait qualifié d”incarnation de l’ennui en politique” Olaf Scholz a tenté de rafraîchir son image avec une incursion sur le réseau social TikTok. Il y a présenté un “ami fidèle”, son cartable noir et usé dans lequel il range ses dossiers, sa tablette et ses lunettes.

Olaf Scholz, l’impopulaire chancelier qui croit quand même en sa victoire

Le doute ? Très peu pour lui. Malgré des records d’impopularité, le social-démocrate Olaf Scholz croit fermement que sa pugnacité et son sang-froid lui permettront de décrocher un nouveau mandat à la tête de l’Allemagne.A un journaliste “fasciné par son optimisme”, le dirigeant a affirmé cette semaine qu’il évaluait “à 60%” ses chances de victoire …

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