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Trois ans après l’invasion russe, confusion et divisions à l’ONU

Défiant Kiev et ses alliés européens, les Etats-Unis veulent soumettre lundi à l’Assemblée générale de l’ONU et au Conseil de sécurité un texte réclamant une “fin rapide” du conflit en Ukraine sans référence à l’intégrité territoriale du pays, un test pour la nouvelle approche du président Donald Trump.Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a trois ans, le rapport de force à l’ONU était clair: une Assemblée générale sans ambiguité dans son soutien politique écrasant à l’Ukraine et à sa souveraineté face à Moscou, et un Conseil de sécurité paralysé par le droit de veto russe.Mais le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a rebattu les cartes, le président américain entamant un rapprochement avec le Kremlin et multipliant les invectives contre son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky désormais sous pression.Dans ce contexte diplomatique tendu, à l’occasion du troisième anniversaire de l’invasion russe, l’Ukraine et plus de 50 autres Etats vont soumettre lundi dans la matinée au vote de l’Assemblée générale un projet de résolution qui reconnaît qu’il est “urgent” de mettre fin à la guerre “cette année”, et répète sans équivoque les précédentes demandes de l’Assemblée: retrait immédiat des troupes russes du territoire ukrainien et arrêt des hostilités menées par la Russie.Alors que les interrogations allaient bon train sur la possible abstention des Etats-Unis sur ce texte, Washington a créé la surprise vendredi en proposant un projet de résolution concurrent.Une résolution “simple” et “historique”, a commenté le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, en exhortant tous les Etats membres à l’approuver.- “Bonne idée” -Le texte, très court, “demande instamment qu’il soit mis fin au conflit dans les plus brefs délais et plaide pour une paix durable” entre Kiev et Moscou, sans référence à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, pierre angulaire des précédentes résolutions de l’Assemblée dont les Etats-Unis de Joe Biden étaient un des plus fervents soutiens.Cette résolution américaine “est une bonne idée”, a immédiatement commenté vendredi l’ambassadeur russe à l’ONU Vassili Nebenzia, même si la Russie prévoit un amendement demandant de s’attaquer aux “causes profondes” du conflit.La présidence chinoise du Conseil de sécurité a confirmé dimanche à l’AFP que les Etats-Unis allaient soumettre également le texte lundi après-midi au vote du Conseil, plaçant les Européens dans l’embarras.Pour être adoptée, une résolution doit recueillir les voix d’au moins neuf des 15 membres, sans veto d’un des cinq membres permanents. L’abstention seulement des membres de l’UE (France, Slovénie, Danemark, Grèce) et du Royaume-Uni ne serait ainsi pas suffisante pour la rejeter.La France et le Royaume-Uni seraient-ils prêts à utiliser leur veto pour la première fois depuis plus de 30 ans, alors qu’Emmanuel Macron et Keir Starmer sont attendus à la Maison Blanche cette semaine ?”Je ne vois pas comment Paris et Londres peuvent soutenir un texte tellement loin de leur position affichée sur l’Ukraine, mais je ne vois pas non plus comment ils pourraient y mettre leur veto”, a déclaré à l’AFP Richard Gowan, de l’International Crisis Group.Entre des Européens désarçonnés par la nouvelle politique américaine, de nombreux Etats membres de l’ONU lassés de l’attention portée à l’Ukraine et certains pays arabes qui n’ont pas oublié que Kiev n’a pas soutenu les résolutions sur Gaza, il est difficile de prédire l’issue de la bataille diplomatique qui se jouera lundi à l’Assemblée générale.Ce sera un “test” pour les Européens concernant leur “influence” dans le système multilatéral et pour l’Ukraine, qui risque d’en ressortir “plus isolée”, a noté Richard Gowan. Un “premier test” aussi pour “l’approche musclée de l’administration Trump face à l’ONU” et pour les principes du droit international, a-t-il ajouté.Des principes fermement défendus par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres qui a réclamé dimanche une paix respectant “l’intégrité territoriale” de l’Ukraine et la Charte des Nations unies.

Sommet à Kiev pour le troisième anniversaire de l’invasion russe

Les dirigeants de 13 pays se retrouvent lundi à Kiev pour réaffirmer leur soutien à l’Ukraine au troisième anniversaire de l’invasion russe, au moment où le revirement des Etats-Unis a changé la donne du conflit.”Nous avons une rencontre importante demain, un sommet. Peut-être que ce sera un tournant”, a déclaré dimanche le président ukrainien Volodymyr Zelensky à propos de cette réunion à laquelle 24 autres dirigeants se joindront par visioconférence.Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez sera du voyage à Kiev, tout comme la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Cette dernière a dit avoir “fait le point” avec le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui se rendent aux Etats-Unis respectivement lundi et jeudi.En vol pour Washington, M. Macron a répété que lui et ses “collègues européens” étaient “engagés pour que la paix revienne de manière juste, solide et durable” et que “la sécurité des Européens sorte confortée” des négociations.Confrontés à la menace russe et au revirement américain, les Européens, affaiblis, tentent de se mobiliser. Le président du Conseil européen Antonio Costa a pour sa part annoncé un sommet spécial pour le 6 mars car “nous vivons un moment décisif pour l’Ukraine et la sécurité européenne”.- “Capacité de défense européenne” -Le chef de file des démocrates-chrétiens allemands Friedrich Merz, qui a remporté les législatives de dimanche et a toutes les chances de devenir le prochain chancelier, a d’emblée affiché comme “priorité absolue” la création d’une “capacité de défense européenne autonome” comme alternative à “l’Otan dans sa forme actuelle”.Après s’être aligné sur la position russe qui juge l’Ukraine responsable du déclenchement du conflit le 24 février 2022 et avoir ouvert des pourparlers avec Moscou sans participation ukrainienne ou européenne, le président américain Donald Trump insiste sur sa volonté de récupérer le montant de l’aide fournie depuis cette date en obtenant un accès aux ressources minières ukrainiennes.M. Zelensky a exclu de signer un texte que “dix générations d’Ukrainiens” devront payer.M. Trump a aussi qualifié de “dictateur sans élections” M. Zelensky, élu en 2019 pour cinq ans mais qui reste au pouvoir en raison de l’impossibilité d’organiser un scrutin en pleine guerre. Le président ukrainien a affirmé dimanche ne pas être “offensé” par ces propos car il était “un président légitimement élu”.Washington prépare en outre un sommet entre M. Trump et son homologue russe Vladimir Poutine, et a jugé irréaliste une adhésion de l’Ukraine à l’Otan.Cette volte-face américaine après trois ans de soutien militaire ininterrompu a abasourdi un grand nombre d’Ukrainiens, qui redoutent que leur pays soit forcé d’accepter des concessions territoriales en échange d’un cessez-le-feu.- “Plus rien à perdre” -Si le président ukrainien accepte de céder à la Russie les régions qu’elle occupe actuellement, “les gars qui se battent maintenant pour notre terre (…) n’écouteront pas Zelensky et nous continuerons à pousser”, prévient Oleksandre, commandant d’une unité d’assaut dans la 93ème brigade.Beaucoup d’hommes ont déjà perdu “leur maison, leurs familles, leurs enfants” et n’ont “plus rien à perdre”, juge le militaire ukrainien.Des manifestations de soutien à l’Ukraine ont déjà eu lieu dimanche à Paris, à Prague, à Vilnius, devant l’ambassade de Russie à Washington et dans plusieurs autres villes américaines. D’autres rassemblements sont prévus lundi, notamment à Londres.De son côté, la Russie ne cache pas sa satisfaction après avoir vu Donald Trump briser l’isolement voulu par les Occidentaux de Vladimir Poutine et l’ouverture de pourparlers bilatéraux.”Le dialogue a lieu entre deux présidents vraiment remarquables. C’est prometteur. Il est important que rien ne vienne gêner la mise en oeuvre de leur volonté politique”, s’est félicité dimanche le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.Moscou a annoncé qu’une nouvelle rencontre de diplomates russes et américains aurait lieu en fin de semaine, après celle du 18 février en Arabie saoudite des ministres des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et Marco Rubio.Dans une initiative lourde de sous-entendus, les Américains ont proposé à l’Assemblée générale de l’ONU un projet de résolution qui ne mentionne pas l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Et ce alors même que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé dimanche à une paix “juste” qui respecte cette “intégrité territoriale”.

Sommet à Kiev pour le troisième anniversaire de l’invasion russe

Les dirigeants de 13 pays se retrouvent lundi à Kiev pour réaffirmer leur soutien à l’Ukraine au troisième anniversaire de l’invasion russe, au moment où le revirement des Etats-Unis a changé la donne du conflit.”Nous avons une rencontre importante demain, un sommet. Peut-être que ce sera un tournant”, a déclaré dimanche le président ukrainien Volodymyr Zelensky à propos de cette réunion à laquelle 24 autres dirigeants se joindront par visioconférence.Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez sera du voyage à Kiev, tout comme la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Cette dernière a dit avoir “fait le point” avec le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui se rendent aux Etats-Unis respectivement lundi et jeudi.En vol pour Washington, M. Macron a répété que lui et ses “collègues européens” étaient “engagés pour que la paix revienne de manière juste, solide et durable” et que “la sécurité des Européens sorte confortée” des négociations.Confrontés à la menace russe et au revirement américain, les Européens, affaiblis, tentent de se mobiliser. Le président du Conseil européen Antonio Costa a pour sa part annoncé un sommet spécial pour le 6 mars car “nous vivons un moment décisif pour l’Ukraine et la sécurité européenne”.- “Capacité de défense européenne” -Le chef de file des démocrates-chrétiens allemands Friedrich Merz, qui a remporté les législatives de dimanche et a toutes les chances de devenir le prochain chancelier, a d’emblée affiché comme “priorité absolue” la création d’une “capacité de défense européenne autonome” comme alternative à “l’Otan dans sa forme actuelle”.Après s’être aligné sur la position russe qui juge l’Ukraine responsable du déclenchement du conflit le 24 février 2022 et avoir ouvert des pourparlers avec Moscou sans participation ukrainienne ou européenne, le président américain Donald Trump insiste sur sa volonté de récupérer le montant de l’aide fournie depuis cette date en obtenant un accès aux ressources minières ukrainiennes.M. Zelensky a exclu de signer un texte que “dix générations d’Ukrainiens” devront payer.M. Trump a aussi qualifié de “dictateur sans élections” M. Zelensky, élu en 2019 pour cinq ans mais qui reste au pouvoir en raison de l’impossibilité d’organiser un scrutin en pleine guerre. Le président ukrainien a affirmé dimanche ne pas être “offensé” par ces propos car il était “un président légitimement élu”.Washington prépare en outre un sommet entre M. Trump et son homologue russe Vladimir Poutine, et a jugé irréaliste une adhésion de l’Ukraine à l’Otan.Cette volte-face américaine après trois ans de soutien militaire ininterrompu a abasourdi un grand nombre d’Ukrainiens, qui redoutent que leur pays soit forcé d’accepter des concessions territoriales en échange d’un cessez-le-feu.- “Plus rien à perdre” -Si le président ukrainien accepte de céder à la Russie les régions qu’elle occupe actuellement, “les gars qui se battent maintenant pour notre terre (…) n’écouteront pas Zelensky et nous continuerons à pousser”, prévient Oleksandre, commandant d’une unité d’assaut dans la 93ème brigade.Beaucoup d’hommes ont déjà perdu “leur maison, leurs familles, leurs enfants” et n’ont “plus rien à perdre”, juge le militaire ukrainien.Des manifestations de soutien à l’Ukraine ont déjà eu lieu dimanche à Paris, à Prague, à Vilnius, devant l’ambassade de Russie à Washington et dans plusieurs autres villes américaines. D’autres rassemblements sont prévus lundi, notamment à Londres.De son côté, la Russie ne cache pas sa satisfaction après avoir vu Donald Trump briser l’isolement voulu par les Occidentaux de Vladimir Poutine et l’ouverture de pourparlers bilatéraux.”Le dialogue a lieu entre deux présidents vraiment remarquables. C’est prometteur. Il est important que rien ne vienne gêner la mise en oeuvre de leur volonté politique”, s’est félicité dimanche le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.Moscou a annoncé qu’une nouvelle rencontre de diplomates russes et américains aurait lieu en fin de semaine, après celle du 18 février en Arabie saoudite des ministres des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et Marco Rubio.Dans une initiative lourde de sous-entendus, les Américains ont proposé à l’Assemblée générale de l’ONU un projet de résolution qui ne mentionne pas l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Et ce alors même que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé dimanche à une paix “juste” qui respecte cette “intégrité territoriale”.

Allemagne: les conservateurs vainqueurs des élections, record pour l’extrême droite

Les conservateurs allemands ont remporté dimanche les élections législatives allemandes, marquées par un score record de l’extrême droite dans ce scrutin crucial pour une Europe en plein doute face à la fracture avec les Etats-Unis de Donald Trump.Le vainqueur du scrutin et chef de file des démocrates-chrétiens, Friedrich Merz, pourtant atlantiste convaincu, a immédiatement annoncé vouloir opérer un virage radical pour l’Allemagne, en émancipant l’Europe de Washington en matière de sécurité.Son bloc constitué autour des partis démocrates-chrétiens CDU et CSU, actuellement dans l’opposition, a obtenu 28,6% des suffrages, selon les chiffres officiels. Cette victoire est plus étriquée qu’escompté. Mais Friedrich Merz a désormais toutes les chances de devenir le nouveau chancelier, en remplacement du social-démocrate Olaf Scholz, dont le mouvement, avec 16,4%, enregistre son pire score de l’après-guerre.- “Changer” de politique -Affirmant disposer d’un “mandat clair” pour “changer” le cap politique du pays, il a dit viser la formation d’un gouvernement de coalition “au plus tard à Pâques”, autrement dit le 20 avril.Une chose est acquise: il ne s’alliera pas avec l’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), malgré les appels du pied de la formation nationaliste et anti-migrants, ainsi qu’un flirt parlementaire lors de la campagne. Le mouvement nationaliste d’Alice Weidel, soutenu depuis des semaines avec énergie par les proches du président américain, atteint avec 20,8% un résultat record. Son ambition déclarée: devenir bientôt le premier parti du pays.”Les gens en ont assez. Ils ne sont pas contents de la politique pratiquée par les partis traditionnels parce que les prix augmentent toujours plus (…) et les gens ont vraiment peur après la série d’attentats” commis ces dernières semaines dans le pays, dit à l’AFP Karin Kuschy, retraitée de 63 ans et électrice de l’AfD à Berlin.Les bouleversements tectoniques du paysage politique allemand surviennent au moment où la première économie européenne traverse des crises multiples qui remettent en cause son modèle de prospérité, entre récession et fossé de plus en plus profond entre l’Europe et les Etats-Unis, notamment autour de l’Ukraine.Le président Donald Trump a parlé d'”un grand jour pour l’Allemagne et les Etats-Unis d’Amérique” suite au scrutin.Mais Friedrich Merz a d’emblée affiché comme “priorité absolue” la création d’une “capacité de défense européenne autonome” comme alternative à “l’Otan dans sa forme actuelle”.- Tournant -Compte tenu de “l’indifférence” de Donald Trump à l’égard de l’Europe, le Vieux continent doit atteindre “progressivement l’indépendance vis-à-vis des États-Unis”, a-t-il proclamé. Il s’agit d’un tournant pour l’Allemagne qui depuis 80 ans compte sur le “parapluie” américain pour sa sécurité.Ce désir d’émancipation de son allié traditionnel survient après le rapprochement amorcé par Washington avec la Russie pour forcer un règlement de la guerre en Ukraine, quitte à ignorer les intérêts de Kiev et des Européens.Le président français Emmanuel Macron a félicité Friedrich Merz et affirmé que les deux hommes étaient “plus que jamais déterminés à faire de grandes choses ensemble”.Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait de même, disant sa “hâte de continuer à travailler pour la paix et pour renforcer l’Europe” qui doit être “capable de se défendre”.Dans l’immédiat, le conservateur de 69 ans, vieux routier de la politique allemande mais encore sans expérience gouvernementale, va devoir trouver une majorité à la chambre des députés pour former son gouvernement.Le parti libéral FDP, qu’il espérait avoir à ses côtés, a échoué à atteindre le seuil minimum requis de 5% pour entrer au Bundestag. Son président et ancien ministre des Finances, Christian Lindner, a annoncé dans la foulée quitter la politique.Friedrich Merz compte se tourner en priorité vers les sociaux-démocrates, malgré leur résultat, de leur propre aveu, “catastrophique”.Ces deux partis disposent au final ensemble d’une courte majorité de sièges à la chambre des députés. Ils bénéficient pour cela indirectement de l’échec, d’extrême justesse, d’un petit parti anticapitaliste mais aussi antimigrants, BSW, à atteindre le seuil minimum de 5% des voix nécessaire pour entrer au Bundestag. BSW a atteint 4,97%, selon le résultat final, ratant le coche de 13.000 voix seulement. Cette issue évite aux conservateurs de chercher un troisième allié pour une coalition, avec le risque d’un gouvernement d’emblée instable.Donnée moribonde il y a quelque mois, la gauche radicale du parti Die Linke a, quant à elle, connu une renaissance, à 8,8%, sur un programme très social et hostile à l’extrême droite, qui a séduit les jeunes notamment.Le parti écologiste Grüne, qui était dans la coalition sortante, a décroché 11,6% des voix.

Allemagne: les conservateurs vainqueurs des élections, record pour l’extrême droite

Les conservateurs allemands ont remporté dimanche les élections législatives allemandes, marquées par un score record de l’extrême droite dans ce scrutin crucial pour une Europe en plein doute face à la fracture avec les Etats-Unis de Donald Trump.Le vainqueur du scrutin et chef de file des démocrates-chrétiens, Friedrich Merz, pourtant atlantiste convaincu, a immédiatement annoncé vouloir opérer un virage radical pour l’Allemagne, en émancipant l’Europe de Washington en matière de sécurité.Son bloc constitué autour des partis démocrates-chrétiens CDU et CSU, actuellement dans l’opposition, a obtenu 28,6% des suffrages, selon les chiffres officiels. Cette victoire est plus étriquée qu’escompté. Mais Friedrich Merz a désormais toutes les chances de devenir le nouveau chancelier, en remplacement du social-démocrate Olaf Scholz, dont le mouvement, avec 16,4%, enregistre son pire score de l’après-guerre.- “Changer” de politique -Affirmant disposer d’un “mandat clair” pour “changer” le cap politique du pays, il a dit viser la formation d’un gouvernement de coalition “au plus tard à Pâques”, autrement dit le 20 avril.Une chose est acquise: il ne s’alliera pas avec l’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), malgré les appels du pied de la formation nationaliste et anti-migrants, ainsi qu’un flirt parlementaire lors de la campagne. Le mouvement nationaliste d’Alice Weidel, soutenu depuis des semaines avec énergie par les proches du président américain, atteint avec 20,8% un résultat record. Son ambition déclarée: devenir bientôt le premier parti du pays.”Les gens en ont assez. Ils ne sont pas contents de la politique pratiquée par les partis traditionnels parce que les prix augmentent toujours plus (…) et les gens ont vraiment peur après la série d’attentats” commis ces dernières semaines dans le pays, dit à l’AFP Karin Kuschy, retraitée de 63 ans et électrice de l’AfD à Berlin.Les bouleversements tectoniques du paysage politique allemand surviennent au moment où la première économie européenne traverse des crises multiples qui remettent en cause son modèle de prospérité, entre récession et fossé de plus en plus profond entre l’Europe et les Etats-Unis, notamment autour de l’Ukraine.Le président Donald Trump a parlé d'”un grand jour pour l’Allemagne et les Etats-Unis d’Amérique” suite au scrutin.Mais Friedrich Merz a d’emblée affiché comme “priorité absolue” la création d’une “capacité de défense européenne autonome” comme alternative à “l’Otan dans sa forme actuelle”.- Tournant -Compte tenu de “l’indifférence” de Donald Trump à l’égard de l’Europe, le Vieux continent doit atteindre “progressivement l’indépendance vis-à-vis des États-Unis”, a-t-il proclamé. Il s’agit d’un tournant pour l’Allemagne qui depuis 80 ans compte sur le “parapluie” américain pour sa sécurité.Ce désir d’émancipation de son allié traditionnel survient après le rapprochement amorcé par Washington avec la Russie pour forcer un règlement de la guerre en Ukraine, quitte à ignorer les intérêts de Kiev et des Européens.Le président français Emmanuel Macron a félicité Friedrich Merz et affirmé que les deux hommes étaient “plus que jamais déterminés à faire de grandes choses ensemble”.Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait de même, disant sa “hâte de continuer à travailler pour la paix et pour renforcer l’Europe” qui doit être “capable de se défendre”.Dans l’immédiat, le conservateur de 69 ans, vieux routier de la politique allemande mais encore sans expérience gouvernementale, va devoir trouver une majorité à la chambre des députés pour former son gouvernement.Le parti libéral FDP, qu’il espérait avoir à ses côtés, a échoué à atteindre le seuil minimum requis de 5% pour entrer au Bundestag. Son président et ancien ministre des Finances, Christian Lindner, a annoncé dans la foulée quitter la politique.Friedrich Merz compte se tourner en priorité vers les sociaux-démocrates, malgré leur résultat, de leur propre aveu, “catastrophique”.Ces deux partis disposent au final ensemble d’une courte majorité de sièges à la chambre des députés. Ils bénéficient pour cela indirectement de l’échec, d’extrême justesse, d’un petit parti anticapitaliste mais aussi antimigrants, BSW, à atteindre le seuil minimum de 5% des voix nécessaire pour entrer au Bundestag. BSW a atteint 4,97%, selon le résultat final, ratant le coche de 13.000 voix seulement. Cette issue évite aux conservateurs de chercher un troisième allié pour une coalition, avec le risque d’un gouvernement d’emblée instable.Donnée moribonde il y a quelque mois, la gauche radicale du parti Die Linke a, quant à elle, connu une renaissance, à 8,8%, sur un programme très social et hostile à l’extrême droite, qui a séduit les jeunes notamment.Le parti écologiste Grüne, qui était dans la coalition sortante, a décroché 11,6% des voix.

Des agences américaines s’opposent à Musk, qui demande des comptes aux fonctionnaires

Le Pentagone et d’autres agences du gouvernement américain, dont la police fédérale (FBI), ont demandé à leurs équipes de ne pas répondre au courriel exigeant que les fonctionnaires fédéraux justifient leurs activités, après l’injonction en forme d’ultimatum du conseiller de Donald Trump, Elon Musk.Cet appel de plusieurs fidèles du président américain — nommés à des postes-clé de son administration — à désobéir représente un couac majeur et interroge la marge de manœuvre dont dispose Elon Musk.    Sommé par Donald Trump de se montrer “plus agressif” dans sa mission de sabrer dans les dépenses publiques, l’homme le plus riche de la planète avait enjoint samedi les fonctionnaires fédéraux de répondre à un courriel en rendant compte de leur travail récent.”Le ministère de la Défense est responsable de l’évaluation des performances de son personnel et il conduira tout examen en accord avec ses propres procédures”, a écrit Darin Selnick, un responsable du Pentagone, dans un communiqué publié dimanche sur X. M. Selnick demande, “pour l’instant”, de “suspendre toute réponse” au courriel envoyé samedi par l’OPM, le bureau chargé de la gestion des fonctionnaires, intitulé: “Qu’avez-vous fait la semaine dernière”.Selon le New York Times, le FBI, le Département d’Etat ou encore le renseignement national, ont également conseillé à leurs employés de ne pas y répondre.”Le FBI, par l’intermédiaire du bureau du directeur, est en charge de toutes les procédures d’évaluation”, a écrit Kash Patel, le nouveau directeur de la police fédérale, nommé par Donald Trump.Dans un courriel reçu samedi par les fonctionnaires fédéraux, l’OPM exigeait une réponse d’ici lundi soir, en décrivant cinq tâches accomplies au cours de la semaine précédente et en copiant son responsable. Il leur était demandé de ne pas partager d’informations confidentielles.Elon Musk, patron de SpaceX, Tesla et propriétaire du réseau social X, avait annoncé un peu plus tôt que “l’absence de réponse” serait considérée comme une “démission”.Le courriel reçu par les fonctionnaires — et consulté par l’AFP — ne relayait pas cette menace.- “Ajoutez une dose de compassion” -Elon Musk est régulièrement critiqué pour ses méthodes de management jugées brutales.”Si je pouvais dire une chose à Elon Musk, ce serait +s’il vous plaît, ajoutez une dose de compassion là-dedans. Ce sont des vraies gens. Ce sont de vraies vies+”, a estimé, sur CBS, le sénateur républicain de l’Utah, John Curtis.”C’est un faux argument de dire que nous devons faire des économies et être cruel en même temps”, a-t-il ajouté.Cet appel de plusieurs agences de l’administration Trump à ne pas obéir à l’injonction de son proche conseiller s’inscrit dans un contexte très tendu au sein de l’Etat fédéral.En cinq semaines, le gouvernement du milliardaire républicain a mis en oeuvre des mesures, sous l’impulsion d’Elon Musk, visant à licencier des pans entiers du personnel. Des milliers d’employés de l’administration en période d’essai ont été limogés. Incités à démissionner en échange d’une paie maintenue jusqu’à fin septembre, quelque 75.000 fonctionnaires ont également accepté de quitter leur poste, selon les médias américains.Visé par le dernier mouvement de dégraissage annoncé vendredi, le Département de la Défense doit réduire d’au moins 5% ses effectifs à partir de la semaine prochaine.Face au tollé suscité par son ultimatum aux fonctionnaires, Elon Musk a ensuite précisé sa pensée: “Un email avec quelques points qui tiendraient la route fera l’affaire !”.L’AFGE, le principal syndicat de fonctionnaires fédéraux, a promis de contester toute fin de contrat “illégale”. “Une nouvelle fois, Elon Musk et l’administration Trump ont montré leur mépris total pour les employés fédéraux et les services essentiels qu’ils rendent au peuple américain”, estime dans un communiqué Everett Kelley, président de l’AFGE.Dimanche, Elon Musk, auquel le président argentin Javier Milei a offert une tronçonneuse cette semaine, symbole de son programme de réduction des dépenses publiques, s’est justifié.”Un nombre important de gens qui sont supposés travailler pour le gouvernement font si peu qu’ils ne consultent jamais leurs boîtes mail”, a-t-il écrit, alors que le courriel a été envoyé durant le week-end. “Dans certains cas, nous pensons qu’il y a des gens qui n’existent pas ou des identités de personnes décédées sont utilisées pour récupérer les salaires. En d’autres termes, il s’agit d’une fraude pure et simple””, a-t-il affirmé, sans étayer son propos.