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Prison pour les plus gros narcotrafiquants: Darmanin annonce son choix
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin doit annoncer mercredi soir quelle prison accueillera d’ici à fin juillet les cent narcotrafiquants les plus dangereux, auxquels il veut appliquer un nouveau régime carcéral d’isolement, extrêmement strict.Le garde des Sceaux dévoilera son choix pour cette future prison de haute sécurité spécialisée au journal télévisé de 20H00 de France 2.Quatre prisons sont en lice: Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), la maison centrale de Saint-Maur (Indre), le centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe (Sarthe) et la maison centrale d’Arles (Bouches-du-Rhône).M. Darmanin a visité les quatre établissements ces dernières semaines. Lors de sa dernière visite vendredi, à la maison centrale de Saint-Maur (Indre), il a présenté un calendrier prévisionnel d’ici son ouverture prévue le 31 juillet: “un mois, un mois et demi de travaux, notamment de travaux technologiques pour ne pas qu’on communique vers l’extérieur, d’y revoir les services informatiques, et l’intégralité du site”.Cette période devra être utilisée pour “former les agents, faire les recrutements qu’il faut”, renforcer les hôpitaux, “la police et la gendarmerie”, mais aussi “le tribunal et la cour d’appel” de la zone concernée.”Puis, l’arrivée des prisonniers” est prévue “entre mai et juin, pour que le 31 juillet, de façon définitive (…) les 100 premiers narcotrafiquants” soient accueillis.En attendant, le narcotrafiquant Mohamed Amra, qui était l’homme le plus recherché de France et a été arrêté en Roumanie, a été incarcéré dans le centre déjà ultra-sécurisé de Condé-sur-Sarthe après sa remise à la France.Son cas, après son évasion sanglante qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires en mai 2024, a plusieurs fois été invoqué par M. Darmanin pour justifier la création d’une nouvelle prison destinée aux trafiquants de stupéfiants et fondée sur un nouveau régime carcéral d’isolement inspiré de la lutte anti-mafia en Italie.Dans un amendement à la proposition de loi sur la lutte contre le narcotrafic qui vient d’être déposé, le gouvernement propose des mesures telles que des fouilles intégrales après tout contact avec l’extérieur, des parloirs équipés d’hygiaphone ou encore un accès limité au téléphone. Les détenus pourraient y être affectés sur décision du garde des Sceaux pour une durée de quatre ans, renouvelable.Ces dispositions ont été dénoncées par l’Observatoire international des prisons, qui les juge “attentatoires aux droits fondamentaux”.
La Chine vise un objectif de croissance de 5% en 2025, sur fond de guerre commerciale
La Chine vise un objectif de croissance de 5% en 2025, au moment où elle fait face à une guerre commerciale naissante avec les Etats-Unis et à une morosité économique grandissante de son économie.Selon un document officiel consulté par l’AFP peu avant le principal rendez-vous politique de l’année du pays, la Chine vise une croissance d'”environ 5%”, un objectif similaire à celui de l’année dernière et en ligne avec les prévisions des analystes, ainsi qu’une inflation de 2% en 2025.Pékin prévoit également de créer 12 millions d’emplois urbains cette année, selon la même source.Des milliers de délégués se rassembleront dans la matinée à Pékin pour la cérémonie d’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP), le Parlement chinois, qui doit débuter à 09H00 (01H00 GMT).L’occasion pour le Premier ministre Li Qiang de présenter le “rapport d’activité” de son gouvernement. Un long discours dans lequel il tracera les grandes lignes de la politique économique, sociale et diplomatique des mois à venir.Il proclamera également l’objectif officiel de croissance du Produit intérieur brut (PIB) pour 2025.Le chiffre de 5% apparaît comme ambitieux étant donné les difficultés auxquelles la Chine est confrontée.L’économie chinoise, qui fait face à une crise durable du secteur immobilier et à un taux de chômage élevé chez les jeunes, peine à pleinement retrouver son élan depuis la pandémie.Sans compter les difficultés supplémentaires érigées par Donald Trump.Le président américain a fait imposer mardi de nouveaux droits de douane additionnels sur les produits importés de Chine, après une mesure similaire le mois dernier.Ces taxes devraient toucher plusieurs centaines de milliards de dollars d’échanges commerciaux entre les deux plus grandes économies mondiales.- “Jusqu’au bout” -Lors d’une conférence de presse, Lou Qinjian, le porte-parole de la session annuelle de l’ANP, a reconnu mardi que l’économie nationale devait faire face à “de nombreuses difficultés et défis”.”L’incertitude économique et politique au niveau mondial s’accroît”, a-t-il souligné.”La demande intérieure est insuffisante et certaines entreprises sont confrontées à des difficultés en matière de production et d’exploitation”, a-t-il concédé.Les exportations chinoises ont atteint des niveaux records l’année dernière.Mais avec la guerre commerciale Pékin-Washington, relancée par Donald Trump, le pays devra désormais compter sur d’autres moteurs de croissance.La Chine a annoncé mardi de premières mesures de rétorsion face aux nouveaux droits de douane américains et promis de lutter “jusqu’au bout” pour se défendre.Les autorités chinoises vont imposer des taxes allant jusqu’à 15% sur une gamme de produits agricoles américains, notamment le soja, le porc et le blé, à partir du 10 mars.Les contre-mesures de Pékin sont une “réponse relativement modérée” par rapport aux droits de douane de Donald Trump, qui eux visent l’intégralité des produits chinois arrivant sur le sol américain, écrit Lynn Song, économiste pour la Chine continentale chez ING.”La riposte aurait pu être beaucoup plus forte, mais avec chaque nouvelle escalade, le risque d’une réponse plus forte (de la part des Etats-Unis) augmente également”, ajoute-t-il.- Budget militaire -Les autorités chinoises pourraient définir cette semaine les contours de nouvelles mesures pour stimuler l’économie, après une série d’annonces fortes fin 2024.Beaucoup d’analystes économiques estiment que les mesures existantes ne vont pas suffisamment loin pour pouvoir redresser l’économie.”Les directives de Pékin indiquent que le déficit budgétaire augmentera considérablement cette année”, déclare à l’AFP Harry Murphy Cruise, chargé de l’économie chinoise chez Moody’s Analytics.”Nous prévoyons un déficit budgétaire officiel de l’ordre de 4% du PIB (contre 3% auparavant)”, a-t-il ajouté.En marge de la cérémonie d’ouverture de mercredi, la Chine annoncera également son budget de la Défense pour 2025.La rivalité géopolitique entre Pékin et Washington devrait s’intensifier cette année, selon des analystes.Le statut de Taïwan, île revendiquée par la Chine comme faisant partie de son territoire, est l’une des principales sources de tension dans les relations sino-américaines.Donald Trump a proposé une réduction coordonnée des budgets de la Défense des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine.Pékin s’est toutefois montré dubitatif.Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a indiqué le mois dernier que toute réduction des dépenses militaires devrait d’abord être effectuée par Washington, étant donné l’ampleur du budget américain de la Défense.
L’Allemagne sort le “bazooka” pour sa défense et son économie
L’Allemagne veut débloquer des investissements sans précédent de centaines de milliards d’euros pour renforcer son armée, au vu de la fracture en cours avec les Etats-Unis, et faire repartir son économie en récession, en s’affranchissant de ses règles de discipline budgétaire.Ces projets prévus pour les prochaines années, qualifiés de “grand bazooka” par les économistes et annoncés mardi soir par les partis conservateur et social-démocrate qui négocient la formation du futur gouvernement, traduisent une accélération spectaculaire des bouleversements à l’œuvre dans la première économie européenne.Ils ont été provoqués par la rupture transatlantique amorcée par le président Donald Trump et son rapprochement avec la Russie, aux dépens de l’Ukraine et de l’Europe.Après des décennies durant lesquelles l’Allemagne s’est placée sous la protection du parapluie américain, le pays s’engage dans un réarmement national et européen d’ampleur inédite. Il ouvre pour cela sans compter les vannes des dépenses publiques, quitte à mettre de côté des décennies d’orthodoxie budgétaire.”Compte tenu des dangers qui menacent notre liberté et la paix sur notre continent, le mot d’ordre pour notre défense doit être: quoi qu’il en coûte!”, a déclaré le futur chancelier conservateur allemand Friedrich Merz, en reprenant le mot d’ordre de la Banque centrale européenne pour sauver la zone euro durant la crise de la dette en 2012.- La BCE en exemple -Le vainqueur des récentes élections a annoncé dans la soirée à Berlin avoir conclu un accord en ce sens avec les sociaux-démocrates du SPD, avec qui il négocie la constitution de la future coalition gouvernementale.Concernant la défense, les deux formations vont demander la semaine prochaine un vote à la Chambre des députés pour assouplir les règles nationales constitutionnelles qui plafonnent strictement le déficit budgétaire annuel.Toutes les dépenses de défense dépassant le seuil de 1 point de pourcentage du Produit intérieur brut allemand pourront être votées sans tenir compte de ce mécanisme dit du “frein à l’endettement”. Ce dernier limite en principe le déficit annuel du gouvernement à 0,35% du PIB. L’objectif envisagé est ainsi d’atteindre un ordre de grandeur d'”au moins 100 milliards d’euros par an” de dépenses pour la défense, a dit dans la soirée une des négociatrices du SPD, Manuela Schwesig, sur la chaîne ARD, soit deux fois plus que ce qui est prévu actuellement. Cela rapprocherait l’Allemagne du seuil annuel de 3% du PIB consacrés à la défense, correspondant au nouvel objectif que pourraient bientôt se fixer les pays de l’Otan. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a parlé dans le Spiegel d'”un jour historique pour la Bundeswehr et l’Allemagne”, qui va pouvoir assumer “un rôle moteur” pour renforcer l’Otan et l’Europe.- ‘Signal’ -“Nous envoyons un signal aux amis et aux ennemis: l’Allemagne est là. L’Allemagne ne se retire pas. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour protéger, renforcer l’Allemagne. Et faire avancer l’Europe”, a dit de son côté un dirigeant conservateur, Markus Söder.Autre réforme du “frein à l’endettement” annoncée: les Etats régionaux vont être autorisés à faire du déficit, jusqu’à 0,35% du PIB annuel, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici. Dans le même temps, M. Merz a dit vouloir débloquer “rapidement” une aide militaire supplémentaire comprise entre 3 et 3,5 milliards d’euros pour l’Ukraine, suite à la décision des Etats-Unis de suspendre la leur.En outre, un accord a été trouvé sur un gigantesque plan de subventions publiques pour améliorer les infrastructures et la “compétitivité économique” du pays: le retour à la croissance, dans un pays en récession depuis deux ans, est perçu comme la condition pour pouvoir financer l’effort dans la défense. Concrètement les partis vont faire voter la création d’un fonds spécial de 500 milliards d’euros sur dix ans en ce sens.”L’Allemagne pense à nouveau en grand”, a commenté l’économiste Carsten Brzeski, de la banque ING.Les deux mesures nécessitent une majorité des deux-tiers à la Chambre des députés car elles requièrent une exception aux règles constitutionnelles. Cette majorité peut être trouvée dans l’actuel Bundestag fonctionnant jusqu’à fin mars – d’où l’urgence des annonces – mais elle serait beaucoup plus difficile à trouver dans la prochaine, issue des législatives, du fait de la poussée des partis extrémistes.



