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Pologne: un centre d’assistance à l’avortement inauguré en face du Parlement

Le symbole est fort : un centre d’assistance à l’avortement a été inauguré vendredi à Varsovie juste en face du Parlement polonais qui, malgré ses promesses, n’a pas réussi à assouplir les lois très strictes en matière d’avortement dans ce pays.”C’est un moment historique dans les 32 ans de l’histoire de la Pologne démocratique, car personne n’y est jamais parvenu auparavant”, a déclaré à la presse Anna Pieta, coordinatrice du centre d’une voix tremblante.”Nous avons décidé de prendre enfin les choses en main et (…) d’ouvrir un lieu où toute personne ayant besoin d’une telle assistance (à l’avortement, ndlr) pourra en bénéficier”, a-t-elle ajouté quelques minutes après avoir coupé le ruban et arraché un papier recouvrant la vitrine du centre, premier du genre en Pologne, pays à forte tradition catholique.Situé dans les locaux d’un ancien magasin, le centre ouvrira samedi au public, à l’occasion de la Journée internationale de la Femme.Le centre ne veut pas être une clinique classique d’avortement mais va plutôt ressembler “à votre propre maison”, selon Justyna Wydrzynska, une militante de l’organisation Abortion Dream Team.A l’entrée trône un canapé rouge en forme de coeur, le reste des locaux reste caché derrière de grands rideaux rouges à cause des travaux toujours en cours.”Il y a une salle de bains, un canapé, un endroit où l’on peut s’allonger et se préparer une tasse de thé, un café, se mettre sous une couverture et pratiquer l’avortement comme on le fait habituellement à la maison”, explique Mme Wydrzynska.”C’est un endroit où vous pourrez venir et, en toute compréhension, acceptation, prendre des pilules et bénéficier de notre soutien”, ajoute-t-elle.- Avortements de groupe -En 2023, Justyna Wydrzynska a été reconnue coupable d’avoir aidé une femme à avorter, et condamnée, en tant que première en Pologne, à des travaux d’intérêt général.En février, un tribunal polonais a cependant ordonné la reprise du procès dans son affaire. Ce mois-ci, un expert indépendant de l’ONU a demandé à la Pologne d’acquitter Mme Wydrzynska. La Pologne est le pays avec une loi anti-avortement des plus strictes en Europe.L’avortement n’y est actuellement autorisé que si la grossesse résulte d’une agression sexuelle ou d’un inceste, ou si elle constitue une menace directe pour la vie ou la santé de la mère.L’aide à avorter y est par ailleurs interdite et passible de trois ans de prison.En revanche, la loi ne pénalise pas la femme si elle pratique l’avortement elle-même, via par exemple des pilules commandées en ligne.Après son arrivée au pouvoir en décembre 2023, la Coalition civique du Premier ministre Donald Tusk s’est engagée à libéraliser la législation, sans succès jusqu’à présent faute de soutien suffisant au Parlement.”Les femmes peuvent venir ici avec leurs propres pilules, alors que pour celles qui ne le peuvent pas, nous déciderons de ce qui se passera, ici, entre nous et la femme”, a déclaré une autre activiste, Natalia Broniarczyk. Le centre va également procéder à “des avortements de groupe” afin que les personnes qui traversent une période difficile “puissent être ensemble et avoir le point de vue d’une autre personne”, indique Mme Wydrzynska.- “Les promesses doivent être tenues”-Chaque année, Abortion Dream Team prête son assistance à environ 47.000 avortements, dont environ 2.000 avortements pratiqués à l’étranger, dit-elle.Au total, jusqu’à 150.000 avortements ont lieu chaque année en Pologne, selon l’organisation Avortement sans frontières.Les chiffres officiels ne font état que de 896 avortements pratiqués en 2024 dans les hôpitaux polonais.Le nouveau centre a été inauguré face au Parlement et d’autres institutions d’Etat – un pied de nez fait aux politiciens.”On s’accapare une partie de la rue la plus importante de Varsovie afin de rappeler chaque jour aux hommes politiques que nous existons, que l’avortement est une réalité et que les promesses doivent être tenues”, déclare à l’AFP Natalia Broniarczyk.”La loi ne change pas grâce à des compromis politiques (…) elle change parce que certaines personnes décident de continuer à repousser les limites”, dit-elle.Pour des raisons de sécurité et d’anonymat, le centre dispose d’une deuxième entrée donnant sur une cour. Vendredi, trois personnes se sont postées devant le centre avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: “Non à la clinique de la mort”, “Ici des enfants seront assassinés” et “assassins”. “Nous n’avons pas peur”, déclare Natalia Broniarczyk. 

Emprunt national, livret d’épargne: les pistes du gouvernement pour financer le réarmement

Investir plus dans la défense sans altérer le modèle social français ni augmenter les impôts ou creuser le déficit public: le gouvernement réfléchit à différentes pistes de financement, dont celui d’un emprunt national. Le Premier ministre François Bayrou s’est donné “des semaines, peut-être jusqu’à deux mois” pour dire comment mobiliser des moyens supplémentaires tout en assurant une réorganisation de l’action publique. – Souscription nationaleFrançois Bayrou a affirmé vendredi qu’un emprunt national était une “possibilité”, mais que la décision n’était “pas du tout prise”. Une telle souscription, qui permet de lever l’épargne des Français, sur base volontaire ou forcée, ne serait pas une première en France, même si le dernier grand emprunt remonte à 1993 sous Edouard Balladur. En juin 2009, le président Nicolas Sarkozy avait souhaité lancer un nouvel emprunt auprès des Français, avant d’y renoncer parce que le coût aurait alors été beaucoup plus élevé que d’aller sur les marchés.- Rémunération attractiveLa France se finance habituellement auprès d’investisseurs institutionnels (banques, assurances, fonds, etc.).Avec un emprunt national, “l’avantage est qu’on ne s’adresse pas directement au marché”, où les taux d’intérêt ont nettement remontés, explique Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management.Cela pourrait en outre être un moyen de rassurer les investisseurs, en montrant la capacité de l’Etat à “mobiliser assez facilement l’épargne nationale”, développe M. Dor. Et “cela peut même être un moyen de faire baisser les taux” sur les marchés, selon lui, comme ce fut le cas pour la Belgique en 2023.- Appétit suffisant?Les Français auraient-ils suffisamment d’appétit pour un emprunt national? Au-delà de la confiance qu’ils accordent au gouvernement, la question de sa rémunération est centrale.Pour être attractive, la souscription doit offrir un rendement supérieur aux produits d’épargne existants comme le Livret A et Livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui rapportent 2,4%, ou les fonds d’assurance vie au capital garanti. Mais le taux d’intérêt devrait être inférieur à celui des emprunts à dix ans émis sur les marchés, l’Etat n’étant pas obligé de s’aligner en profitant du fait que les particuliers peuvent difficilement accéder directement au marché obligataire ou moyennant des frais importants. Peuvent s’y ajouter aussi des avantages fiscaux: les gains du Livret A, par exemple, échappent à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux. “Il y a moyen d’attirer des dizaines de milliards si les conditions sont attractives”, estime Eric Dor. Il met toutefois en garde contre une concurrence trop forte envers les banques et les assurances “en suscitant des retraits qui les déstabiliseraient”. – Livret d’épargneL’épargne des Français constitue une manne importante: l’encours de l’assurance vie dépassait 2.000 milliards d’euros à fin janvier, et celui des Livrets A et des LDDS plus de 600 milliards. Le ministère de l’Economie et des Finances se veut toutefois rassurant: “hors de question de confisquer l’épargne de qui que ce soit”. Selon le Premier ministre, pour financer l’industrie de la défense, une forme de placement type livret d’épargne fait “partie des solutions” envisagées. Un livret d’épargne “défense souveraineté” adopté en 2023 avait été retoqué par le Conseil constitutionnel. Une autre piste serait de flécher vers la défense une partie de l’épargne réglementée existante vers la défense, comme le Sénat l’avait voté en 2024, avant la dissolution. Le ministre de l’Economie, Eric Lombard, a par ailleurs dit souhaiter davantage de “fonds spécialisés dans la défense”. – Investisseurs privés et fonds européensEric Lombard, avec le ministre des Armées Sébastien Lecornu, réunira le 20 mars des banques, assurances et fonds d’investissement “afin de les mobiliser” alors qu’actuellement, “trop souvent, les règles ne permettent pas d’investir dans le secteur de la défense”, a-t-il souligné. A Bercy, on indique par ailleurs attendre un plan de bataille stratégique avant de déterminer les efforts budgétaires qui permettront d’accroître la commande publique militaire.La France pourra compter aussi sur une partie des quelque 800 milliards d’euros de fonds européens annoncés mardi, dont 150 milliards sous forme de prêts.   Pour l’eurodéputé (Place Publique) Raphaël Glucksmann, interrogé sur France Inter, il faut “augmenter la part européenne de ces investissements”. Un “emprunt commun de 500 milliards” sera proposé au Parlement européen “la semaine prochaine”. 

Trump propose à l’Iran de négocier sur le nucléaire

Dans un développement spectaculaire, Donald Trump a déclaré avoir écrit à l’Iran pour proposer des négociations visant à prévenir le développement par Téhéran d’armes nucléaires, brandissant la menace d’une intervention militaire et prévenant que le “moment final” approche.”Je leur ai écrit une lettre en disant que j’espère que vous allez négocier parce que si on doit attaquer militairement, ce sera une chose terrible pour eux”, a affirmé le président américain dans un extrait d’interview sur la chaîne Fox Business, diffusé vendredi. “Vous ne pouvez pas les laisser avoir l’arme nucléaire”, a-t-il ajouté, en précisant avoir écrit jeudi au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.La mission iranienne à l’ONU a cependant dit ne pas avoir eu connaissance d’une lettre de Donald Trump mais celle-ci a pu être transmise par d’autres canaux.S’exprimant quelques heures plus tard dans le Bureau ovale, le milliardaire républicain a prévenu que “quelque chose va se produire très bientôt, très bientôt”.”J’espère que nous pourrons conclure un accord de paix. Vous savez, je ne parle pas de force ou de faiblesse. Je dis simplement que je préfère un accord de paix à l’autre (alternative). Mais l’autre (alternative) résoudra le problème”, a-t-il dit aux journalistes, sans préciser.”Mais on approche du moment final. On est au moment final. (On peut pas) les laisser avoir une arme nucléaire”, a-t-il renchéri.Depuis son retour au pouvoir en janvier, le locataire de la Maison Blanche se dit favorable à des négociations avec l’Iran pour encadrer son programme nucléaire.Mais il a également renforcé les sanctions contre Téhéran visant spécifiquement les ventes de pétrole iranien. Il a aussi remis en place la politique dite des “pressions maximales” mise en oeuvre lors de son premier mandat (2017-2021), afin d’affaiblir le pays économiquement et l’isoler sur la scène internationale.Le geste d’ouverture de Trump pourrait être mal reçu en Israël, qui a mené l’année dernière des frappes à l’intérieur de l’Iran.Dans une interview à l’AFP, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, qui ne répondait pas directement à la lettre de Trump, a affirmé que l’Iran ne reprendrait pas les négociations avec Washington sur son programme nucléaire tant que le président Trump resterait sur une position dure. “Nous n’entamerons aucune négociation directe avec les Etats-Unis tant qu’ils continueront leur politique de pression maximale et leurs menaces”, a affirmé Abbas Araghchi en marge d’une réunion de l’Organisation de la coopération islamique à Jeddah.Il a aussi assuré que le programme nucléaire iranien “ne peut pas être détruit” par une attaque militaire, et averti qu’une attaque israélienne contre l’Iran déclencherait un “embrasement généralisé” au Moyen-Orient. – Accélération -En 2018, lors du premier mandat de Trump, les Etats-Unis s’étaient retirés de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu trois ans plus tôt, et qui encadrait les ambitions nucléaires de Téhéran en échange d’un allègement des sanctions à son encontre.En représailles, Téhéran était revenu sur ses engagements et a fait progresser son programme nucléaire.Selon un rapport confidentiel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) consulté par l’AFP, l’Iran a augmenté de manière “très préoccupante” ses réserves d’uranium enrichi à 60%, seuil proche des 90% nécessaires pour fabriquer une arme nucléaire.L’Iran affirme que son programme nucléaire n’existe qu’à des fins civiles, notamment pour l’énergie, et dément vouloir se doter de l’arme nucléaire.Dans l’entretien sur Fox Business, Donald Trump assure qu’il existe deux façons de mettre un terme au développement par l’Iran de l’arme nucléaire, “militairement ou par un accord”.”Je préfererais conclure un accord car je ne veux pas faire de mal à l’Iran”, a-t-il dit.Le président américain a aussi affirmé le 5 février être en faveur d’un “accord de paix” avec l’Iran, ennemi juré des Etats-Unis depuis la Révolution islamique de 1979.La main tendue à l’Iran survient à un moment où Téhéran apparaît très affaibli, ayant subi plusieurs revers dans la région depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.Israël a dévasté les défenses aériennes iraniennes et éliminé les dirigeants de deux de ses alliés, le Hamas et le Hezbollah libanais. Et son principal allié régional, Bachar al-Assad, a été évincé du pouvoir en Syrie en décembre par des combattants islamistes sunnites.

Sénégal: la France a commencé à restituer ses installations militaires

La France a commencé à restituer plusieurs installations utilisées par l’armée française au Sénégal, les premières transférées dans le cadre, d’ici la fin de l’année, de son retrait militaire de ce pays ouest-africain.”La partie française a remis à la disposition de la partie sénégalaise les installations et logements des quartiers Maréchal et Saint-Exupéry, ce vendredi 7 mars 2025″ à Dakar, a annoncé vendredi l’ambassade de France dans la capitale sénégalaise.D’autres emprises “seront restituées selon le calendrier conjointement agréé”, indique le communiqué, sans plus de précisions.Le Sénégal est resté, après son indépendance en 1960, l’un des alliés africains les plus sûrs de la France, ancienne puissance coloniale dominante en Afrique de l’Ouest.Mais les nouveaux dirigeants en fonction depuis 2024 ont promis de traiter désormais la France à l’égal des autres partenaires étrangers, au nom de la souveraineté.Avant le Sénégal, l’armée française a définitivement quitté fin janvier sa dernière base au Tchad, après la rupture surprise de l’accord de coopération militaire entre Paris et N’Djamena, fin novembre.Quatre autres anciennes colonies françaises – le Niger, le Mali, la Centrafrique et le Burkina Faso – ont enjoint à Paris de retirer son armée de leurs territoires après des années de présence militaire, et se sont rapprochées de Moscou.Les personnels français diminuent parallèlement en Côte d’Ivoire et au Gabon, conformément à un plan de restructuration de la présence militaire française en Afrique de l’Ouest et centrale.La France a ainsi rétrocédé le 20 février à la Côte d’Ivoire la grande base militaire historique qu’elle occupait depuis près de 50 ans près de la capitale économique Abidjan.- “Pays souverain” -La base française de Djibouti, qui accueille 1.500 personnes, n’est pas concernée par cette réduction de voilure, Paris voulant en faire un “point de projection” pour les “missions” en Afrique, après le retrait forcé de ses forces du Sahel.Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, élu en mars 2024 et entré en fonctions en avril, a annoncé fin décembre le terme en 2025 de toute présence militaire étrangère sur le sol national, dans un discours à la Nation.M. Faye, élu sur la promesse du souverainisme et de la fin de la dépendance vis-à-vis de l’étranger, prône la rupture avec le système et se réclame d’un panafricanisme de gauche.Le 28 novembre, il avait annoncé que la France allait devoir fermer ses bases militaires au Sénégal, dans un entretien avec l’AFP à Dakar.”J’ai instruit le ministre des Forces armées de proposer une nouvelle doctrine de coopération en matière de défense et de sécurité, impliquant, entres autres conséquences, la fin de toutes les présences militaires de pays étrangers au Sénégal, dès 2025″, avait déclaré dans son discours fin décembre M. Faye. “Le Sénégal est un pays indépendant, c’est un pays souverain et la souveraineté ne s’accommode pas de la présence de bases militaires (étrangères)”, avait-il dit, 64 ans après l’indépendance de ce pays d’Afrique de l’Ouest.Le 12 février, Paris avait annoncé la mise en place d’une commission conjointe avec Dakar pour organiser les modalités de départ des Eléments français au Sénégal (EFS) et de restitution d’ici la fin de l’année 2025 des emprises.Cette commission s’est réunie “pour la première fois le 28 février, sous la présidence du Général Abdou Latif Kamara, directeur de l’Institut de Défense du Sénégal, en présence de l’ambassadrice de France au Sénégal, Mme Christine Fages, et du commandant des EFS, le Général Yves Aunis”, ajoute le communiqué de l’ambassade.Elle “a examiné le calendrier et les modalités de remise à disposition du Sénégal des différentes emprises utilisées par les EFS. La commission a également lancé les travaux de rénovation du partenariat bilatéral de défense et de sécurité”, selon la même source.Dans la perspective du départ des EFS, le licenciement de l’ensemble de leur personnel sénégalais est prévu “au 1er juillet 2025”, selon un récent courrier du commandant des EFS à l’inspecteur régional du Travail au Sénégal, publié dans la presse.Les emprises militaires françaises à Dakar et dans sa périphérie emploient directement 162 personnels, et font travailler entre 400 et 500 personnes au total via l’intermédiaire d’entreprises sous-traitantes.Un forum des métiers, organisé par l’armée française, s’est tenu jeudi à Dakar pour “offrir des opportunités de reclassement” au sein d’entreprises locales de ces 162 employés. 

Colombie: une dissidence de la guérilla des Farc séquestre un groupe de militaires et policiers

Un groupe dissident des Farc a séquestré 29 policiers et militaires dans une enclave contrôlée par les guérilleros, une importante zone de culture de coca dans le sud-ouest de la Colombie.Le ministère de la Défense a dénoncé dans un communiqué “la tentative d’homicide puis la séquestration de 29 membres des forces de l’ordre” dans le département du Cauca, dans une région montagneuse sous le contrôle des guérilleros de l’État-Major Central (EMC) qui n’ont jamais accepté l’accord de paix signé en 2016 avec la majorité de la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).Selon le ministère, des “habitants instrumentalisés” par les guérilleros ont participé à cet enlèvement, en représailles contre le gouvernement qui exerce des pressions sur l’EMC après les tentatives infructueuses de négociations visant à obtenir leur possible désarmement.Des vidéos diffusées par les autorités montrent un char en flammes qui s’éloigne alors qu’un groupe de personnes lui jette des pierres. Sur d’autres vidéos, on voit la police antiémeute lancer des grenades fumigènes et avancer dans une rue au milieu de coups de feu.Les événements se sont déroulés dans les municipalités d’Argelia et d’El Tambo, une région où se trouve, selon les Nations unies, l’une des plus importantes concentrations de cultures de coca -l’ingrédient principal de la cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial.En octobre 2024, l’armée a lancé dans cette zone une opération baptisée “Persée” dans le but de reprendre le contrôle du territoire. Le gouvernement affirme que l’EMC est responsable des actions “menées avec cruauté” par des hommes “habillés en civil pour infiltrer et attaquer” des policiers et des militaires.Dans un message sur X, le président de gauche Gustavo Petro a affirmé que l’EMC agit avec “désespoir et utilise donc la population civile”. “Sa faiblesse militaire ne lui permet pas d’affronter l’armée”, a-t-il estimé.- “Crimes de guerre” -Le général Carlos Fernando Triana, directeur de la police colombienne, a exigé la “libération immédiate” des forces de l’ordre en accusant l’organisation Carlos Patiño de les séquestrer.Le front Carlos Patiño, qui opère dans cette zone, est l’une des principales structures armées rattachées à l’EMC. L’EMC menait des négociations de paix avec le gouvernement Petro mais s’est scindé en deux factions en 2024.La faction dirigée par un commandant se faisant appeler Ivan Mordisco opère dans le Cauca et s’est retirée des négociations en multipliant les actions violentes contre les forces de l’ordre.L’autre faction, dirigée par un homme surnommé Calarca, poursuit les pourparlers.Les dissidents “non seulement recrutent des mineurs par la force, mais instrumentalisent et contraignent la population civile afin de chasser les forces de sécurité et d’empêcher les institutions de l’Etat d’assurer l’accès à la santé, à l’éducation et au travail (…)”, a dénoncé le ministère de la Défense.”Ces actes constituent des crimes de guerre qui violent le droit international humanitaire et les droits humains, en déplaçant, confinant, isolant et terrorisant la population civile”, a-t-il ajouté.La Colombie traverse sa plus grave vague de violence de la dernière décennie, avec différents foyers dans le nord-est et le sud-ouest du pays. L’escalade met en difficulté les démarches du gouvernement visant à désarmer tous les groupes armés colombiens afin de faire cesser un conflit interne qui dure depuis six décennies.Mi-janvier, une autre guérilla, celle de l’Armée de libération nationale (ELN), a pris pour cible dans la région du Catatumbo (nord-est) des dissidents des Farc ainsi que des civils, dont plus de 50.000 ont été déplacés en quelques jours, causant la mort d’au moins 57 personnes.Plus récemment, des attentats à l’explosif ont été enregistrés dans différentes régions du pays.

Le parti au pouvoir au Canada tourne la page Trudeau

Le parti au pouvoir au Canada tourne dimanche la page de la décennie Justin Trudeau en élisant un nouveau chef appelé à devenir Premier ministre et à faire face aux menaces de Donald Trump.Confronté une forte impopularité, M. Trudeau avait annoncé début janvier sa démission du poste de Premier ministre et de chef du parti libéral (centre-gauche), restant aux commandes jusqu’à l’élection d’un successeur.La date de la passation de pouvoir n’est toutefois pas encore connue et la transition pourrait prendre quelques jours.Après des mois de chaos politique à Ottawa, Justin Trudeau cède sa place au moment où le pays est confronté, avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, à une crise historique avec son puissant voisin.Le président américain a lancé une guerre commerciale en imposant de droits de douane sur des produits canadiens et ne cesse de dire qu’il souhaite que le Canada devienne le “51e Etat américain”.Le contexte de l’élection du chef du parti libéral est “complètement inédit car actuellement, la seule question qui préoccupe les Canadiens est de savoir qui est la bonne personne pour affronter Donald Trump”, explique Frédéric Boily, professeur à l’Université de l’Alberta.Mark Carney, ancien directeur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, semble faire la course en tête chez les sympathisants du parti, qui se sont mobilisés en masse.- “Sérieux” -Parmi les quatre principaux candidats, il est de loin celui qui a reçu le plus de soutiens et, surtout, qui a levé le plus de fonds.Il séduit grâce à “son expérience économique et son sérieux” explique Stéphanie Chouinard, professeure de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada.”Il connaît très bien les systèmes financiers internationaux et les forces et les faiblesses de l’économie canadienne”, ajoute-t-elle.Cet homme de 59 ans, qui a aidé le Canada à surmonter la crise financière de 2008 avant d’être le premier non Britannique à la tête de la banque d’Angleterre en plein Brexit, a basé toute sa campagne sur son expérience dans la gestion des tempêtes.”Le Canada est confronté à l’une des crises les plus graves de son histoire. Je sais comment gérer les crises et comment construire des économies fortes”, a récemment déclaré Mark Carney.Il est cependant un novice en politique et sa maîtrise du français, importante dans ce pays officiellement bilingue, a suscité des critiques alors que le Québec est une province qui compte lors des élections.Sa principale adversaire, Chrystia Freeland, est l’ancienne ministre des Finances de M. Trudeau, qui avait quitté le gouvernement avec fracas, affichant ses désaccords sur la façon de gérer les attaques de Donald Trump.La dirigeante de 56 ans a prévenu que le président américain posait “le défi le plus grave auquel notre pays ait été confronté depuis la Seconde Guerre mondiale” et rappelé qu’elle avait négocié le dernier traité de libre-échange avec la première administration Trump.- “Crise unique” -Le candidat qui sortira vainqueur dimanche sera chargé de mener son parti pour les futures élections législatives, qui doivent avoir lieu au plus tard en octobre.Les analystes estiment qu’elles pourraient être déclenchées par le nouveau Premier ministre dans les semaines qui viennent. Car les libéraux, qui affichaient plus de 20 points de retard en janvier dans les intentions de vote, sont aujourd’hui au coude-à-coude avec les conservateurs.Jusqu’ici, les électeurs canadiens semblaient rejeter des libéraux usés et impopulaires après bientôt dix ans au pouvoir et jugés responsables de la forte inflation, de la crise du logement et des services publics. “C’est une crise unique, et on n’en connaît pas l’ampleur ni la longueur. Aujourd’hui, le tiers des Canadiens voit les Etats-Unis comme un pays ennemi, c’est historique et cela créé des bouleversements considérables dans la façon dont les Canadiens pensent”, analyse le sondeur Jean-Marc Léger.Dans cette recherche de la personne idoine pour affronter Donald Trump, le conservateur Pierre Poilievre avait le vent en poupe ces derniers mois mais il semble perdre du terrain.Jugé trop proche du président américain par une partie des électeurs, de par son style et certaines de ses idées, ce quadragénaire est désormais moins en vue dans un paysage politique totalement nouveau.

A69: nouvelle passe d’armes, avant une longue procédure d’appel

Neuf jours après l’arrêt du chantier de l’A69, le ministre des Transports a confirmé vendredi vouloir faire appel et tenter de relancer les travaux de l’axe Toulouse-Castres, les opposants renvoyant à l’Etat la responsabilité d’un “immense gâchis”, à la veille d’une mobilisation des partisans de l’autoroute.Le 27 février, la justice administrative s’est pour la première fois prononcée sur le fond du dossier, annulant l’autorisation environnementale du chantier, une première pour une autoroute de cette envergure en France, qui devait entrer en service fin 2025.L’appel du gouvernement “sera déposé dans les jours qui viennent”, accompagné d’une demande de “sursis à exécution”, a déclaré le ministre Philippe Tabarot sur Sud Radio, jugeant que l’arrêt du chantier provoquait une “catastrophe concrète et immédiate sur un plan économique”.”Nous sommes effectivement en présence d’un immense gâchis, mais dont les responsables ne sont pas les opposants à l’A69, qui avaient alerté sur l’illégalité de l’autorisation environnementale dès le stade de sa délivrance, mais bien l’Etat qui a signé l’acte et encouragé la réalisation d’un chantier à marche forcée en sachant l’autorisation fragile”, a rétorqué auprès de l’AFP l’avocate des opposants, Me Alice Terrasse.Cette passe d’armes intervient à la veille d’une mobilisation, à Castres, des partisans de l’autoroute contre le jugement du tribunal administratif de Toulouse.- “Crédibilité de l’Etat” en jeu -“3.000 à 4.000 personnes (…) sont indirectement concernées, (…) des sous-traitants, qui avaient commandé du matériel, qui sont en cessation de paiement”, a décrit le ministre, “déterminé” à mener à bien ce tronçon de 53 km censé réduire d’une vingtaine de minutes le trajet Castres-Toulouse.Convaincu que cette autoroute est “indispensable pour désenclaver le Tarn”, argument contesté par les opposants et que le tribunal a remis en question, le ministre a estimé que c’est “la crédibilité de l’Etat qui se joue aussi si demain ce chantier est arrêté”.Il a également dit craindre une “jurisprudence sur l’ensemble du territoire national” et “la fin des grands projets” d’infrastructures.”Les deux tiers sont réalisés, 300 millions d’euros ont été pratiquement investis, deux ouvrages d’art sur trois ont été réalisés. Quelles conséquences si demain, on est (…) obligé de détruire ce qui a été réalisé?”, s’est-il interrogé.- “Passage en force” -Les anti-A69, qui ont multiplié les recours en référé et sur le fond, dénoncent le “passage en force” de l’Etat et du constructeur Atosca, qui a démarré le chantier avant que la justice ne tranche.L’appel et le sursis exécutoire demandé par l’Etat ne surprennent pas les opposants, le ministre les ayant annoncés dès le 27 février. “En revanche, ce qui me choque, c’est la façon dont l’Etat remet en cause un jugement du tribunal administratif. On a l’impression d’une remise en cause de l’Etat de droit”, a réagi Gilles Garric, membre du collectif La voie est libre, opposé à l’A69.”Le passage en force a été orchestré par l’Etat. Ce n’est pas parce qu’on a une DUP (déclaration d’utilité publique, ndlr) qu’on a une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM), c’est la loi”, a-t-il souligné.Le ministre a dit souhaiter que de tels développements judiciaires “ne se reproduisent plus dans notre pays”, évoquant une réforme, pour que “quand on a une déclaration d’utilité publique, on ait une autorisation environnementale” automatiquement.”Vouloir dégrader un peu plus le droit d’environnement, suite à une décision de justice, dans un contexte extrêmement inquiétant d’effondrement de la biodiversité, serait là encore un acte politique parfaitement inconscient”, a fustigé Me Terrasse.La requête de l’Etat devra être déposée devant la cour administrative d’appel de Toulouse, qui examinera le sursis à exécution lors d’une audience programmée dans un délai d’un à deux mois, et rendra sa décision dans les jours suivants.L’audience sur le fond concernant l’appel ne sera probablement programmée qu’au deuxième semestre.Qualifiant la situation de “bombe économique et juridique”, la CPME (organisation patronale des PME) a mis en garde contre “l’ère d’incertitudes juridiques” que provoquerait une confirmation de l’annulation en appel.CCI-France, réseau des Chambres de commerce, propose pour sa part de poursuivre le projet tout en faisant de l’A69 “la première autoroute faisant rimer économie et environnement”, en “y intégrant des solutions de mobilité durable”.tq-ap-vgr-od/abb/mpm

“Je guettais l’opportunité”: Le Scouarnec décrit le mode opératoire des viols sur son entourage

Le pédocriminel Joël Le Scouarnec a raconté vendredi à la cour criminelle du Morbihan, à Vannes, la manière dont il commettait des violences sexuelles sur des enfants de son entourage, dans le silence et à côté de sa propre famille.Amie des fils de l’accusé, S. a raconté à la cour des souvenirs enfouis en elle depuis plus de trente ans, au début des années 1990, lorsque sa famille était souvent invitée par celle du médecin, alors âgé de 40 ans et en poste à Loches (Indre-et-Loire).Une première fois, à six ans, Joël Le Scouarnec l’emmène dans une chambre et la “viole”, tandis que l’épouse du chirurgien et la mère de sa victime parlent dans le salon.Quelques semaines plus tard, S. se rend aux toilettes, le médecin la suit et lui impose une pénétration digitale. Peu après, il tente à nouveau de l’isoler mais S. s’échappe et “court vers (sa) maman.”Dans le box, Joël Le Scouarnec oublie le prénom de sa victime mais, pour une fois, se souvient précisément de ce qu’il nomme “l’épisode des toilettes”.”Je profitais du fait qu'(un de mes fils) amenait des camarades (à la maison) pour en abuser”, dit-il.Ce jour-là, “je guettais l’opportunité du moment propice et là, j’ai vu la petite S. aller aux toilettes, je me suis dirigé vers les toilettes pour commettre les actes tels que je les ai écrits.”Depuis le début de son procès le 24 février, l’accusé justifie par sa “mémoire sélective” l’absence de souvenirs concernant les violences sexuelles qu’il a infligées à ses victimes, malgré leur longue description dans son journal intime.Questionné par la présidente Aude Buresi, qui souligne la rareté d’un souvenir aussi précis de la part de l’accusé, il admet avoir “commis ces gestes sur elle”, reconnaît “l’avoir violée.”Il détaille ensuite la manière dont, en parlant le moins possible lors des faits, il espérait astreindre les enfants au silence.”Est-ce que j’aurais pris le risque de dire à un enfant: +Surtout tu ne dis rien+? Ça aurait majoré le risque, je voulais que ce que je faisais paraisse naturel. Dire à l’enfant: +Tais-toi, c’est un secret, il faut pas le dire+, ça m’aurait paru maladroit.””Je ne pensais qu’à moi (…) “Ce qui m’intéressait, c’était de satisfaire mon désir, mon impulsion pédophile”, a-t-il souligné évoquant son “sentiment d’impunité” et ses déjà nombreuses victimes à l’époque.