AFP World

A69: nouvelle passe d’armes, avant une longue procédure d’appel

Neuf jours après l’arrêt du chantier de l’A69, le ministre des Transports a confirmé vendredi vouloir faire appel et tenter de relancer les travaux de l’axe Toulouse-Castres, les opposants renvoyant à l’Etat la responsabilité d’un “immense gâchis”, à la veille d’une mobilisation des partisans de l’autoroute.Le 27 février, la justice administrative s’est pour la première fois prononcée sur le fond du dossier, annulant l’autorisation environnementale du chantier, une première pour une autoroute de cette envergure en France, qui devait entrer en service fin 2025.L’appel du gouvernement “sera déposé dans les jours qui viennent”, accompagné d’une demande de “sursis à exécution”, a déclaré le ministre Philippe Tabarot sur Sud Radio, jugeant que l’arrêt du chantier provoquait une “catastrophe concrète et immédiate sur un plan économique”.”Nous sommes effectivement en présence d’un immense gâchis, mais dont les responsables ne sont pas les opposants à l’A69, qui avaient alerté sur l’illégalité de l’autorisation environnementale dès le stade de sa délivrance, mais bien l’Etat qui a signé l’acte et encouragé la réalisation d’un chantier à marche forcée en sachant l’autorisation fragile”, a rétorqué auprès de l’AFP l’avocate des opposants, Me Alice Terrasse.Cette passe d’armes intervient à la veille d’une mobilisation, à Castres, des partisans de l’autoroute contre le jugement du tribunal administratif de Toulouse.- “Crédibilité de l’Etat” en jeu -“3.000 à 4.000 personnes (…) sont indirectement concernées, (…) des sous-traitants, qui avaient commandé du matériel, qui sont en cessation de paiement”, a décrit le ministre, “déterminé” à mener à bien ce tronçon de 53 km censé réduire d’une vingtaine de minutes le trajet Castres-Toulouse.Convaincu que cette autoroute est “indispensable pour désenclaver le Tarn”, argument contesté par les opposants et que le tribunal a remis en question, le ministre a estimé que c’est “la crédibilité de l’Etat qui se joue aussi si demain ce chantier est arrêté”.Il a également dit craindre une “jurisprudence sur l’ensemble du territoire national” et “la fin des grands projets” d’infrastructures.”Les deux tiers sont réalisés, 300 millions d’euros ont été pratiquement investis, deux ouvrages d’art sur trois ont été réalisés. Quelles conséquences si demain, on est (…) obligé de détruire ce qui a été réalisé?”, s’est-il interrogé.- “Passage en force” -Les anti-A69, qui ont multiplié les recours en référé et sur le fond, dénoncent le “passage en force” de l’Etat et du constructeur Atosca, qui a démarré le chantier avant que la justice ne tranche.L’appel et le sursis exécutoire demandé par l’Etat ne surprennent pas les opposants, le ministre les ayant annoncés dès le 27 février. “En revanche, ce qui me choque, c’est la façon dont l’Etat remet en cause un jugement du tribunal administratif. On a l’impression d’une remise en cause de l’Etat de droit”, a réagi Gilles Garric, membre du collectif La voie est libre, opposé à l’A69.”Le passage en force a été orchestré par l’Etat. Ce n’est pas parce qu’on a une DUP (déclaration d’utilité publique, ndlr) qu’on a une raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM), c’est la loi”, a-t-il souligné.Le ministre a dit souhaiter que de tels développements judiciaires “ne se reproduisent plus dans notre pays”, évoquant une réforme, pour que “quand on a une déclaration d’utilité publique, on ait une autorisation environnementale” automatiquement.”Vouloir dégrader un peu plus le droit d’environnement, suite à une décision de justice, dans un contexte extrêmement inquiétant d’effondrement de la biodiversité, serait là encore un acte politique parfaitement inconscient”, a fustigé Me Terrasse.La requête de l’Etat devra être déposée devant la cour administrative d’appel de Toulouse, qui examinera le sursis à exécution lors d’une audience programmée dans un délai d’un à deux mois, et rendra sa décision dans les jours suivants.L’audience sur le fond concernant l’appel ne sera probablement programmée qu’au deuxième semestre.Qualifiant la situation de “bombe économique et juridique”, la CPME (organisation patronale des PME) a mis en garde contre “l’ère d’incertitudes juridiques” que provoquerait une confirmation de l’annulation en appel.CCI-France, réseau des Chambres de commerce, propose pour sa part de poursuivre le projet tout en faisant de l’A69 “la première autoroute faisant rimer économie et environnement”, en “y intégrant des solutions de mobilité durable”.tq-ap-vgr-od/abb/mpm

“Je guettais l’opportunité”: Le Scouarnec décrit le mode opératoire des viols sur son entourage

Le pédocriminel Joël Le Scouarnec a raconté vendredi à la cour criminelle du Morbihan, à Vannes, la manière dont il commettait des violences sexuelles sur des enfants de son entourage, dans le silence et à côté de sa propre famille.Amie des fils de l’accusé, S. a raconté à la cour des souvenirs enfouis en elle depuis plus de trente ans, au début des années 1990, lorsque sa famille était souvent invitée par celle du médecin, alors âgé de 40 ans et en poste à Loches (Indre-et-Loire).Une première fois, à six ans, Joël Le Scouarnec l’emmène dans une chambre et la “viole”, tandis que l’épouse du chirurgien et la mère de sa victime parlent dans le salon.Quelques semaines plus tard, S. se rend aux toilettes, le médecin la suit et lui impose une pénétration digitale. Peu après, il tente à nouveau de l’isoler mais S. s’échappe et “court vers (sa) maman.”Dans le box, Joël Le Scouarnec oublie le prénom de sa victime mais, pour une fois, se souvient précisément de ce qu’il nomme “l’épisode des toilettes”.”Je profitais du fait qu'(un de mes fils) amenait des camarades (à la maison) pour en abuser”, dit-il.Ce jour-là, “je guettais l’opportunité du moment propice et là, j’ai vu la petite S. aller aux toilettes, je me suis dirigé vers les toilettes pour commettre les actes tels que je les ai écrits.”Depuis le début de son procès le 24 février, l’accusé justifie par sa “mémoire sélective” l’absence de souvenirs concernant les violences sexuelles qu’il a infligées à ses victimes, malgré leur longue description dans son journal intime.Questionné par la présidente Aude Buresi, qui souligne la rareté d’un souvenir aussi précis de la part de l’accusé, il admet avoir “commis ces gestes sur elle”, reconnaît “l’avoir violée.”Il détaille ensuite la manière dont, en parlant le moins possible lors des faits, il espérait astreindre les enfants au silence.”Est-ce que j’aurais pris le risque de dire à un enfant: +Surtout tu ne dis rien+? Ça aurait majoré le risque, je voulais que ce que je faisais paraisse naturel. Dire à l’enfant: +Tais-toi, c’est un secret, il faut pas le dire+, ça m’aurait paru maladroit.””Je ne pensais qu’à moi (…) “Ce qui m’intéressait, c’était de satisfaire mon désir, mon impulsion pédophile”, a-t-il souligné évoquant son “sentiment d’impunité” et ses déjà nombreuses victimes à l’époque.

Le pape, très affaibli, entre dans sa quatrième semaine d’hospitalisation

Le pape François, toujours dans un état “stable”, a entamé vendredi sa quatrième semaine d’hospitalisation pour une double pneumonie, au lendemain de la publication d’un message sonore dans lequel sa voix très affaiblie a démontré la fragilité de son état de santé.Le souverain pontife de 88 ans se trouve dans un état “stable” mais son pronostic vital reste “réservé” et son tableau clinique “complexe”, a annoncé vendredi soir le bureau de presse du Vatican.François alterne oxygénation à haut débit via des canules nasales en journée, et “ventilation non invasive” avec un masque à oxygène la nuit. Son prochain bulletin de santé sera publié samedi soir.Jeudi soir, pour la première fois depuis son entrée à l’hôpital Gemelli de Rome le 14 février, le Vatican a publié un court enregistrement audio du pape dans lequel il remercie les fidèles pour leurs prières, la voix très affaiblie.”Je vous remercie de tout coeur pour les prières que vous faites pour ma santé depuis la place” Saint-Pierre de Rome, a dit le jésuite argentin dans ce message en espagnol – sa langue maternelle – enregistré plus tôt dans la journée et à sa propre demande, selon le Vatican.”Je vous accompagne d’ici. Que Dieu vous bénisse et que la Vierge prenne soin de vous”, a-t-il poursuivi, marquant plusieurs pauses pour reprendre son souffle, avant d’ajouter: “Merci”.L’enregistrement d’environ 25 secondes et de médiocre qualité a été diffusé jeudi soir lors de la prière quotidienne du rosaire pour la guérison du pape sur la place Saint-Pierre, accueilli par les applaudissements des centaines de fidèles dont beaucoup semblaient émus.Cette publication intervient alors que le Saint-Siège faisait face ces derniers jours à une demande croissante de preuve de vie du pape, renforcée par la multiplication de fausses informations sur les réseaux sociaux annonçant sa mort.L’usage de l’espagnol a toutefois interrogé sur la capacité du pape à faire l’effort de parler en italien, langue dans laquelle il s’exprime habituellement. Mais ce choix visait à toucher “une audience plus large” dans le monde, a voulu rassurer vendredi le Vatican.”J’ai été choquée de l’entendre aussi fatigué”, a confié à l’AFP Claudia Bianchi, une Italienne de 50 ans.”Mais c’est un signe positif. Cela nous donne de l’espoir qu’il ait encore la force de parler et qu’il semble vouloir toujours être avec nous”, a ajouté Alessandra Dalboni, 53 ans.- “Doutes” -François n’a plus fait d’apparition publique et aucune photo ou vidéo de lui n’a été publiée depuis le début de son hospitalisation, la plus longue depuis son élection en 2013.Il a manqué les trois dernières prières dominicales de l’Angélus et le Vatican ne s’est pas prononcé quant à une éventuelle apparition ce week-end, indiquant seulement que le cardinal Michael Czerny le remplacerait pour présider la messe du premier dimanche de Carême.”Nous espérons tous qu’il va bien parce que c’est une personnalité importante pour nous, mais nous avons des doutes. Nous ne voudrions pas avoir ces doutes”, a pour sa part déclaré Angelo Belcastro, un Italien de 60 ans en vacances à Rome.John Maloney, 76 ans, ne s’attendait pas à “recevoir un signe (de vie) aussi rapide” compte tenu des nouvelles préoccupantes sur son état de santé. “C’est un bon signe qu’il soit enfin capable de parler”, a ajouté ce Britannique, en pèlerinage à Rome pour le Jubilé, “Année sainte” de l’Eglise catholique.A l’hôpital Gemelli, le jésuite argentin alterne repos, prière, travail et physiothérapie pour venir à bout d’une pneumonie qui touche ses deux poumons et occasionne des épisodes de détresse respiratoire.Lundi, il a été en proie à “deux épisodes d’insuffisance respiratoire aiguë”, et son tableau clinique restait “complexe” vendredi.Son équipe médicale ne s’est toujours pas prononcée sur la durée de son hospitalisation, ni sur celle de sa convalescence s’il parvient à surmonter cette épreuve. Une incertitude qui a relancé les spéculations sur la capacité de François à assurer sa charge et les rumeurs sur une éventuelle démission.L’hospitalisation du souverain pontife intervient après qu’il a déjà été affaibli par une série de problèmes ces dernières années : en surpoids, souffrant de douleurs au genou, il a, entre autres, subi des opérations du côlon et de l’abdomen et des infections respiratoires à répétition.François souffre de fragilités respiratoires, notamment en raison d’une ablation du lobe supérieur du poumon droit à l’âge de 21 ans.

Gaza: le Hamas diffuse une vidéo montrant un otage israélien vivant

Le Hamas a diffusé vendredi une vidéo montrant un otage israélien vivant, Matan Angrest, retenu à Gaza depuis l’attaque du 7 octobre 2023 sur le sud d’Israël, s’adressant à sa famille.Dans cette vidéo de plusieurs minutes dont l’AFP n’a pas été en mesure de vérifier l’authenticité, il appelle les autorités israéliennes à mettre en oeuvre la deuxième phase de l’accord de trêve, entré en vigueur le 19 janvier et dont la première phase a expiré le 1er mars. Il dit être captif depuis 511 jours, ce qui date la vidéo au 28 février.La vidéo, marquée du logo du service média de la branche militaire du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, est publiée à la veille de discussions au Caire entre le Hamas et les médiateurs égyptiens des moyens de poursuivre le processus, alors que cette trêve reste fragile en raison de désaccords entre Israël et mouvement islamiste palestinien. “Nous sommes ébranlés par la vidéo que nous venons de voir, dans laquelle nous voyons notre Matan qui a l’air épuisé et désespéré après 518 jours passés dans les tunnels du Hamas”, a réagi la famille du jeune militaire de 22 ans dans un communiqué publié par le Forum des familles d’otages.Selon ses proches, Matan Angrest a subi des “tortures” et des “interrogatoires” en captivité. “Au-delà de l’état psychologique sévère qui est évident sur les images, sa main droite est paralysée, ses yeux et sa bouche sont asymétriques et son nez est cassé”, a souligné la famille.Matan Angrest a été enlevé à la base de Nahal Oz le 7 octobre. Il avait tenté de joindre sa famille le matin de l’attaque. Quand ils ont tenté de le rappeler, ses proches sont tombés sur le répondeur.En septembre, sa mère, Anat Angrest, a diffusé, lors d’une rassemblement pour les otages, un extrait audio de son fils, retrouvé à Gaza par l’armée israélienne, dans lequel il demande au Premier ministre Benjamin Netanyahu d’échanger des prisonniers palestiniens contre les otages.Matan Angrest, originaire de Kiryat Bialik (nord), est supporter de l’équipe de football du Maccabi Haïfa, selon ses proches.La famille du soldat a également appelé le président américain Donald Trump, qui s’est impliqué dans les négociations, à faire pression pour la conclusion d’un accord de cessez-le-feu jusqu’à ce que “le dernier otage revienne à la maison”.Sur les 251 personnes enlevées lors de l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, 58 sont encore retenues à Gaza, dont 34 ont été déclarées mortes par l’armée israélienne.La trêve a permis la libération de 33 otages, dont huit morts, en échange de quelque 1.800 détenus palestiniens.Mais le Hamas et Israël sont en désaccord sur la suite du processus.Israël souhaite une extension de la première phase jusqu’à la mi-avril et réclame la “démilitarisation totale” du territoire, le départ du Hamas de la bande de Gaza ainsi que le retour des derniers otages avant de passer à la deuxième phase.Le Hamas de son côté réclame la mise en oeuvre de la deuxième étape de l’accord, censée aboutir à un cessez-le-feu permanent, et insiste pour rester à Gaza, qu’il dirige depuis 2007.

Trump dit “aider” ses voisins pour justifier son recul sur les droits de douane

Le président américain Donald Trump a justifié vendredi son recul sur les droits de douane contre le Canada et le Mexique par sa volonté d'”aider” les deux voisins des Etat-Unis, assurant cependant que les droits de douanes dits “réciproques” prendront le relais.”J’ai voulu aider le Canada et le Mexique. Dans une certaine mesure, nous sommes un très grand pays, ils commercent beaucoup avec nous alors que dans notre cas, c’est moins significatif, nous échangeons peu avec le Canada par comparaison”, a justifié le président américain dans une interview accordée à la chaîne Fox Business.Selon les données du département du Commerce, les Etats-Unis ont exporté 440 milliards de dollars vers le Canada et 393 milliards de dollars vers le Mexique de biens et services en 2024, ce qui en fait les deux premières destinations pour des produits américains, une large part se faisant dans le cadre de l’accord de libre-échange Canada-Etats-Unis-Mexique (ACEUM).”Mais le 2 avril, tout devient réciproque. Ce qu’ils nous font payer, nous le leur appliquons. C’est énorme. Mais à court terme, j’ai estimé que c’était bien pour les constructeurs américains”, a-t-il ajouté.Les droits de douane dits “réciproques” visent à taxer les produits provenant d’un pays lorsqu’ils entrent aux Etats-Unis au même niveau que le sont les produits américains arrivant dans ce pays.Les produits américains exportés vers le Canada et le Mexique et respectant les dispositions de l’ACEUM entrent cependant dans les deux pays sans être taxés.Donald Trump avait annoncé début février imposer 25% de droits de douane sur l’ensemble des produits provenant du Canada et du Mexique, à l’exception des hydrocarbures canadiens qu’il voulait taxer à 10%, accusant les deux pays de ne pas suffisamment lutter contre le trafic de fentanyl, un puissant opioïde qui provoque une grave crise sanitaire aux Etats-Unis.Il avait finalement retardé leur application d’un mois, le temps de négociations avec Ottawa et Mexico, mais les droits de douane étaient devenus effectifs mardi, avant qu’une large part soit de nouveau retardé jeudi jusqu’au 2 avril.La date correspond à l’entrée en vigueur des droits de douane réciproques que le président américain souhaite mettre en place.Mais les aternoiements du président américains ont renforcé l’incertitude sur les marchés, Wall Street effaçant dans la semaine la plupart de ses gains depuis l’élection présidentielle, le 5 novembre, alors que la confiance des consommateurs et des entreprises piquent du nez.”Je rejette l’idée qu’il y ait de l’incertitude”, a cependant déclaré sur la chaîne CNBC le conseiller du président au Commerce, Peter Navarro, “les incertitudes sont créées par le fait que les gens ne prennent pas le président Trump au mot”.”Il s’agit de négociations et nous sommes en train de gagner”, a-t-il assuré par ailleurs.Donald Trump a également imposé, au total, 20 points de pourcentages de droits de douane supplémentaires sur les produits chinois, qui sont eux devenus effectifs en deux temps, la première phase début février.Pékin a répliqué en annonçant une série de taxes en représailles, qui visent particulièrement les produits agricoles issus des régions américaines ayant surtout voté pour le milliardaire américain, selon des analystes.Les Etats-Unis ont également annoncé la mise en place de droits de douane sur l’acier et l’aluminium à compter du 12 mars et que le président américain ne compte, pour l’heure, pas remettre en question.