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A Cuba, les joutes poétiques paysannes résistent face au reggaeton

Vers improvisés et joutes verbales résonnent dans un théâtre de Cuba où des jeunes se réunissent régulièrement pour perpétuer le “repentismo”, une tradition campagnarde d’improvisation poétique qui résiste face à l’omniprésence du reggaeton. “Je suis d’une génération/Qui vient presque de débuter/Avec ce rêve campagnard/Qui bat dans mon cœur”, chante en espagnol et en rimes Emir Amador, à peine âgé de 5 ans, dans le théâtre de Güines, ville de 68.000 habitants située à 50 km de La Havane.Emir est l’un des 200 jeunes âgés de quatre à vingt ans, qui participent dans cette ville à des ateliers de “repentismo”, tradition orale aux racines espagnoles, très populaire dans les pays hispanophones, particulièrement à Cuba, Porto Rico, en Colombie et au Panama. Au cours des “guateques”, ces fêtes paysannes organisées sur l’île, les poètes ont l’habitude d’improviser en respectant une structure bien précise: des strophes de dix vers octosyllabiques et des rimes fixes, schéma connu sous le nom de “décima”. Ils sont accompagnés par un luth, une guitare, un “tres” – guitare cubaine à trois cordes – et des claves.”Et me voici comme un oisillon entre vers et loyauté/Faisant avec une volonté haute comme les Andes/Ce que les grands n’ont pas fait lorsqu’ils avaient mon âge”, poursuit le garçonnet, sans la moindre hésitation. “J’aime beaucoup chanter”, déclare-t-il à l’AFP, sous le portrait de la chanteuse de musique paysanne Celina Gonzalez (1929-2015), surnommée la “reine des champs de Cuba”. Fondée en 2009 par le “repentiste” Lazaro Palenzuela, la “Maison de la décima” est devenue un bastion du “Punto cubano”, tradition associant repentisme et musique, et reconnue en 2017 comme Patrimoine immatériel de l’humanité.Liliet Oliver, âgée de 6 ans, aime aussi “énormément” chanter des vers et aime tout particulièrement les joutes, ces duels poétiques improvisés sur un ton humoristique, satirique ou provocant, qui en général marque l’acmé des fêtes paysannes. “Je suis Liliet, une étoile dans ce ciel d’improvisation/Et tout le monde a remarqué/Que je suis espiègle/Et que je suis belle”, chante la fillette en rimes et d’une voix qui résonne dans tout le théâtre. – “Création artistique merveilleuse” -Plusieurs écoles de ce type existent à Cuba. Dans les ateliers, les poètes en herbe apprennent les techniques de la métrique, des rimes et de l’improvisation, ainsi que la musique.Mais très peu seront des “repentistes” reconnus, avertit Lazaro Palenzuela. “Sur vingt enfants, deux réussissent”, estime le professeur de 53 ans, selon lequel “l’improvisation est un art parmi les plus difficiles”. Certains élèves sont issus de familles paysannes qui cultivent la tradition depuis des générations. “Cela vient de mon arrière-grand-père”, explique à l’AFP Brayan Gutiérrez, 17 ans, membre d’une “dynastie” d’improvisateurs et qui perpétue “l’héritage”.A l’inverse, Brayan Alejandro Iglesias, 20 ans, champion national de “repentismo” en 2024 dans la catégorie jeunes, a tout appris dans cette école. “Ce furent de longues années de sacrifice, à lire, à pratiquer”, raconte le jeune homme qui enseigne désormais aux enfants. Thème sensible pour ces amants de la langue espagnole, de ses subtilités et de sa diversité: l’omniprésence sur l’île du reggaeton, style de musique urbaine apparu dans les années 1990 dans les Caraïbes et qui s’est répandu dans toute l’Amérique latine. “Nous sommes l’antagonisme de cela”, déclare Lazaro Palenzuela qui, comme d’autres, critique les paroles simplistes et “dégradantes” qui parsèment les succès du reggaeton. Brayan Gutiérrez raconte avoir organisé dans son collège des rencontres entre “repentistes” et chanteurs de reggaeton. Selon lui, les deux styles ne peuvent être comparés. Une strophe de “repentisme” bien faite “c’est une création artistique merveilleuse”, dit-il. “Pas les mots obscènes, ni les horreurs que disent, chantent et composent les chanteurs de reggaeton”, soutient-il.  Cependant, Lazaro Palenzuela et ses disciples reconnaissent que le “repentismo” manque de “visibilité”. “Les enfants et les jeunes de ce projet ne cesseront de lutter jusqu’à ce qu’un jour la +décima+ occupe la place qu’elle mérite”, lance, optimiste, le champion Brayan Iglesias.

L’Ukraine mène sa plus grande attaque de drone contre la banlieue de Moscou, deux morts

La Russie a subi dans la nuit de lundi à mardi une attaque massive de drones ukrainiens, la plus grande depuis l’assaut contre l’Ukraine, qui a ciblé en particulier la région de Moscou, faisant au moins deux morts, en pleine effervescence diplomatique autour d’une éventuelle trêve.Le gouverneur de la région de Moscou, Andreï Vorobiov, a fait état de deux tués et de plusieurs blessés dans l’attaque, parmi lesquels un enfant. Les villes de Vidnoïe, Domodedovo, Ramenskoïe et le village de Sapronovo, tous situés au sud de la capitale, ont été touchées.L’attaque, qui a impliqué au moins 337 appareils selon le ministère russe de la Défense, intervient à quelques heures de pourparlers en Arabie Saoudite entre représentants ukrainiens et américains, sur les conditions d’une éventuelle trêve partielle.Kiev devrait y présenter une proposition de “trêve dans les airs” et “en mer”, en réponse aux pressions de l’administration de Donald Trump.Les autorités russes ont assuré que l’attaque ukrainienne était un échec, revendiquant l’interception des 337 drones, dont 91 au-dessus de la région de Moscou et 126 au-dessus de la région de Koursk, frontalière de l’Ukraine et dont quelques centaines de km2 sont occupés par les forces ukrainiennes.”La plus grande attaque de drones ennemis contre Moscou a été repoussée”, s’est félicité le maire de la capitale russe Sergueï Sobianine sur Telegram.- Cela fait peur -A aucun moment les habitants de Moscou et de ses environs n’ont été prévenus de l’attaque en cours, les sirènes d’alertes n’ayant pas été déclenchées en dépit de la menace.  Selon des journalistes de l’AFP, dans le village de Sapronovo, à environ 10 kilomètres de Moscou, un drone a touché le 21e étage d’un immeuble de 25 étages, détruisant des fenêtres et un balcon.”Cela s’est passé à cinq heures du matin. Nous dormions, une explosion s’est produite. Les enfants ont crié”, a raconté à l’AFP Evguenia Bakatouïeva, 38 ans, qui était avec ses trois enfants au moment de l’attaque. Dans son appartement, la fenêtre de la cuisine a été brisée.”Cela fait peur, très peur”, ajoute cette employée d’un salon de beauté.”Jusqu’ici, je n’avais vu ça qu’à la télé”, dit Artiom, qui travaille chez un concessionnaire automobile et dont l’appartement a subi des dégâts. “C’est une image qui fait peur quand tu la vois dans ta vie quotidienne”, confie l’homme de 34 ans.Dans la ville de Ramenskoïe, à 40 km au sud-est de Moscou, un immeuble de 22 étages a été touché. Au moins deux appartements ont été endommagés, et des éclats de verre et d’autres débris jonchaient le sol sur des dizaines de mètres, selon un journaliste de l’AFP. L’armée ukrainienne lance régulièrement des drones contre la Russie, en réponse aux frappes russes qui quotidiennement visent le pays depuis trois ans et l’assaut lancé par le Kremlin. Un responsable ukrainien a indiqué que l’attaque nocturne devait inciter Moscou à se saisir d’une proposition de trêve dans les airs et la mer. “Il s’agit là d’un signal supplémentaire adressé à (Vladimir) Poutine pour l’inciter à s’intéresser à une trêve aérienne”, a déclaré, Andriï Kovalenko, porte-parole du Centre gouvernemental ukrainien contre la désinformation.Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a lui dénoncé une attaque ayant frappé “des infrastructures sociales, des immeubles d’habitation”.Selon le gouverneur de la région de Moscou, l’une des personnes tuées est un gardien de 38 ans d’un site de la compagnie agro-industrielle Miratorg, dont plusieurs locaux ont été endommagés dans l’attaque à Domodedovo. Un autre homme — de 50 ans — est décédé à l’hôpital et un homme et une femme sont été hospitalisés dans un état grave. – Attaques contre l’Ukraine -L’attaque intervient également le jour où le secrétaire général de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Feridun Hadi Sinirlioğlu, doit s’entretenir à Moscou avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.”Ce n’est pas la première visite à Moscou d’une délégation internationale de haut niveau qui est accompagnée par une attaque de drones des forces ukrainiennes”, a écrit sur Telegram, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.L’Ukraine a aussi subi de nouveaux bombardements russes, comme presque toutes les nuits. Selon l’armée de l’air, 126 drones et un missile balistique ont visé le pays. Les dégâts, selon de premiers bilans, sont limités. Sur le front diplomatique, Ukrainiens et Américains doivent discuter à Jeddah en Arabie Saoudite d’une éventuelle trêve, une première rencontre de haut niveau depuis la visite désastreuse du président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche fin février.Washington a depuis suspendu son aide militaire et son partage de renseignements afin de forcer l’Ukraine au compromis, Donald Trump ayant opéré un rapprochement accéléré avec Vladimir Poutine, reprenant sa rhétorique blâmant l’Ukraine pour le conflit.bur-gmo/alf/pz

L’Ukraine mène sa plus grande attaque de drone contre la banlieue de Moscou, deux morts

La Russie a subi dans la nuit de lundi à mardi une attaque massive de drones ukrainiens, la plus grande depuis l’assaut contre l’Ukraine, qui a ciblé en particulier la région de Moscou, faisant au moins deux morts, en pleine effervescence diplomatique autour d’une éventuelle trêve.Le gouverneur de la région de Moscou, Andreï Vorobiov, a fait état de deux tués et de plusieurs blessés dans l’attaque, parmi lesquels un enfant. Les villes de Vidnoïe, Domodedovo, Ramenskoïe et le village de Sapronovo, tous situés au sud de la capitale, ont été touchées.L’attaque, qui a impliqué au moins 337 appareils selon le ministère russe de la Défense, intervient à quelques heures de pourparlers en Arabie Saoudite entre représentants ukrainiens et américains, sur les conditions d’une éventuelle trêve partielle.Kiev devrait y présenter une proposition de “trêve dans les airs” et “en mer”, en réponse aux pressions de l’administration de Donald Trump.Les autorités russes ont assuré que l’attaque ukrainienne était un échec, revendiquant l’interception des 337 drones, dont 91 au-dessus de la région de Moscou et 126 au-dessus de la région de Koursk, frontalière de l’Ukraine et dont quelques centaines de km2 sont occupés par les forces ukrainiennes.”La plus grande attaque de drones ennemis contre Moscou a été repoussée”, s’est félicité le maire de la capitale russe Sergueï Sobianine sur Telegram.- Cela fait peur -A aucun moment les habitants de Moscou et de ses environs n’ont été prévenus de l’attaque en cours, les sirènes d’alertes n’ayant pas été déclenchées en dépit de la menace.  Selon des journalistes de l’AFP, dans le village de Sapronovo, à environ 10 kilomètres de Moscou, un drone a touché le 21e étage d’un immeuble de 25 étages, détruisant des fenêtres et un balcon.”Cela s’est passé à cinq heures du matin. Nous dormions, une explosion s’est produite. Les enfants ont crié”, a raconté à l’AFP Evguenia Bakatouïeva, 38 ans, qui était avec ses trois enfants au moment de l’attaque. Dans son appartement, la fenêtre de la cuisine a été brisée.”Cela fait peur, très peur”, ajoute cette employée d’un salon de beauté.”Jusqu’ici, je n’avais vu ça qu’à la télé”, dit Artiom, qui travaille chez un concessionnaire automobile et dont l’appartement a subi des dégâts. “C’est une image qui fait peur quand tu la vois dans ta vie quotidienne”, confie l’homme de 34 ans.Dans la ville de Ramenskoïe, à 40 km au sud-est de Moscou, un immeuble de 22 étages a été touché. Au moins deux appartements ont été endommagés, et des éclats de verre et d’autres débris jonchaient le sol sur des dizaines de mètres, selon un journaliste de l’AFP. L’armée ukrainienne lance régulièrement des drones contre la Russie, en réponse aux frappes russes qui quotidiennement visent le pays depuis trois ans et l’assaut lancé par le Kremlin. Un responsable ukrainien a indiqué que l’attaque nocturne devait inciter Moscou à se saisir d’une proposition de trêve dans les airs et la mer. “Il s’agit là d’un signal supplémentaire adressé à (Vladimir) Poutine pour l’inciter à s’intéresser à une trêve aérienne”, a déclaré, Andriï Kovalenko, porte-parole du Centre gouvernemental ukrainien contre la désinformation.Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a lui dénoncé une attaque ayant frappé “des infrastructures sociales, des immeubles d’habitation”.Selon le gouverneur de la région de Moscou, l’une des personnes tuées est un gardien de 38 ans d’un site de la compagnie agro-industrielle Miratorg, dont plusieurs locaux ont été endommagés dans l’attaque à Domodedovo. Un autre homme — de 50 ans — est décédé à l’hôpital et un homme et une femme sont été hospitalisés dans un état grave. – Attaques contre l’Ukraine -L’attaque intervient également le jour où le secrétaire général de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Feridun Hadi Sinirlioğlu, doit s’entretenir à Moscou avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.”Ce n’est pas la première visite à Moscou d’une délégation internationale de haut niveau qui est accompagnée par une attaque de drones des forces ukrainiennes”, a écrit sur Telegram, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.L’Ukraine a aussi subi de nouveaux bombardements russes, comme presque toutes les nuits. Selon l’armée de l’air, 126 drones et un missile balistique ont visé le pays. Les dégâts, selon de premiers bilans, sont limités. Sur le front diplomatique, Ukrainiens et Américains doivent discuter à Jeddah en Arabie Saoudite d’une éventuelle trêve, une première rencontre de haut niveau depuis la visite désastreuse du président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche fin février.Washington a depuis suspendu son aide militaire et son partage de renseignements afin de forcer l’Ukraine au compromis, Donald Trump ayant opéré un rapprochement accéléré avec Vladimir Poutine, reprenant sa rhétorique blâmant l’Ukraine pour le conflit.bur-gmo/alf/pz

Mer du Nord: incendie toujours en cours après la collision entre un pétrolier et un cargo

L’incendie déclenché par la collision entre un cargo et un pétrolier lundi en mer du Nord, au large de l’Angleterre, est toujours en cours mardi matin, alors que l’incident fait redouter une catastrophe écologique majeure et suscite de nombreuses questions.”L’incendie a fait rage toute la nuit et il est toujours en cours mardi matin”, a affirmé à l’AFP Martyn Boyers, le directeur du port de Grimsby, non loin du lieu de l’incident au cours duquel une personne a disparu. Le pétrolier, Stena Immaculate, affrété par l’armée américaine, était à l’ancre à environ 16 km au large de la ville de Hull dans le Yorkshire, sur la côte est du Royaume-Uni, quand il a été percuté par le porte-conteneurs Solong, dans des circonstances encore inconnues. Le cargo, battant pavillon portugais, transportait une quantité non déterminée d’alcool et quinze conteneurs de cyanure de sodium, un gaz inflammable et très toxique, selon le site spécialisé Lloyd’s List Intelligence.La collision a entraîné un énorme incendie. Un des réservoirs du “Stena Immaculate” contenant du kérosène a été brisé, ce qui a provoqué une fuite et fait craindre d’importants dégâts environnementaux.Les recherches pour retrouver un membre d’équipage disparu du cargo ont été stoppées dans la nuit. Il n’était pas immédiatement possible de savoir si les recherches allaient reprendre.Au total, trente-six membres d’équipage ont été ramenés à terre sains et saufs.- “Feux de l’enfer” -La collision fait la Une de la totalité des journaux britanniques mardi. “Catastrophe”, s’alarme The Mirror, tandis que le Sun s’inquiète de ces “Feux de l’enfer”. Le Daily Mail s’interroge: “comment un bateau transportant du cyanure de sodium a-t-il pu percuter un pétrolier plein de kérosène pour l’armée américaine, en plein jour?”.Le Daily Telegraph cite une source gouvernementale selon laquelle rien ne permet d’affirmer à ce stade que l’incident est de nature criminelle, sans toutefois pouvoir l’exclure.Un porte-parole du Premier ministre britannique Keir Starmer a qualifié la situation “d’extrêmement préoccupante”, tandis que les garde-côtes ont lancé une “évaluation” pour décider des “mesures de lutte contre la pollution probablement nécessaires” après la collision.L’ONG Greenpeace s’est dite “extrêmement préoccupée” par “les “multiples risques toxiques que ces produits chimiques pourraient poser à la vie marine”.”Le kérosène qui a pénétré dans l’eau à proximité d’une zone de reproduction des marsouins est toxique pour les poissons et autres créatures marines”, a déclaré Paul Johnston, scientifique aux laboratoires de recherche de Greenpeace à l’université d’Exeter.Le “Stena Immaculate”, battant pavillon américain, appartient à la société suédoise Stena Bulk, et mesure 183 mètres de longueur et 32 mètres de largeur. Il avait été mis en service en 2017. Selon Lloyd’s List, il transportait 220.000 barils de kérosène.Il était parti le 27 février d’Agio Theodoroi, en Grèce, à destination de Killinghome, dans le nord de l’Angleterre, selon Vessel Finder.Selon un porte-parole du commandement chargé du transport maritime militaire, le “Stena Immaculate” “était temporairement affrété par le Military Sealift Command”, une branche de l’armée américaine.Le cargo impliqué, le “Solong”, bat pavillon portugais et était parti de Grangemouth, en Ecosse, lundi soir pour se rendre à Rotterdam, aux Pays-Bas.

Arrêter les responsables des crimes les plus graves : la tâche ardue de la CPI

L’arrestation mardi de l’ancien président des Philippines, Rodrigo Duterte, en application d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité, marque un succès pour ce tribubal, qui lutte depuis presque 23 ans contre un manque de reconnaissance et de pouvoir coercitif.Soutenue par 125 États membres ayant ratifié le statut de Rome, traité fondateur de la CPI, l’organisation basée à La Haye, aux Pays-Bas, a pour mission de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves commis dans le monde, lorsque les pays n’ont pas la volonté ou la capacité de le faire eux-mêmes. Si les condamnations sont rares à la CPI, le simple fait de poursuivre les auteurs présumés d’atrocités envoie le message que la communauté internationale est déterminée à lutter contre l’impunité, selon des experts.- Attrape-moi si tu peux -Depuis sa création en 2002, la CPI a engagé 32 procédures pour des allégations de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide et d’atteintes à l’administration de la justice.Environ 40% d’entre elles sont toujours en cours, essentiellement parce que les suspects sont toujours en liberté. Mais sans forces de police propres, le tribunal de La Haye a peu de chances de les arrêter rapidement.Sur les 60 mandats d’arrêt délivrés depuis 2002, seuls 21 avaient été exécutés, avant l’arrestation de Rodrigo Duterte. La CPI compte sur les États pour appréhender les suspects. Mais les pays ne sont guère incités à coopérer, car la Cour n’a “rien à offrir en retour, si ce n’est de voir la justice rendue”, déplore Pascal Turlan, ancien conseiller de la CPI.La liste des personnes visées par un mandat d’arrêt de la CPI comprend le président russe Vladimir Poutine, recherché pour crimes de guerre présumés liés à l’invasion de l’Ukraine, le chef de guerre ougandais Joseph Kony et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu recherché pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le mandat d’arrêt émis parallèlement contre le chef de la branche armée du Hamas, Mohammed Deif a lui été annulé fin février après la confirmation de sa mort.La Russie et Israël font partie des dizaines de pays, avec les États-Unis ou encore la Chine, qui ne reconnaissent pas la compétence de la CPI, ce qui entrave les enquêtes de la cour sur leurs ressortissants. Sous l’ordre de Rodrigo Duterte, les Philippines avaient elles quitté la CPI en 2019.Certains États membres défient également l’autorité de la CPI, par exemple en refusant de livrer des suspects. Début septembre, Vladimir Poutine a été reçu en grande pompe en Mongolie, pourtant membre de la CPI.”Lorsque les États n’aiment pas ce que fait la CPI, ils ne coopèrent pas souvent”, souligne Nancy Combs, professeure de droit à la William & Mary Law School, dans l’État américain de Virginie.Depuis son retour à la Maison Blanche, le président américain Donald Trump a décidé de sanctions à l’encontre de l’institution et de son procureur Karim Khan.Si elles aboutissent peu, les enquêtes de la CPI peuvent néanmoins avoir un effet dissuasif et une portée éthique, estime Mme Combs.”Il s’agit avant tout de faire ce qui est juste, même si l’on sait qu’à court terme, cela ne changera probablement pas grand chose”, considère-t-elle. – 11 condamnations, toutes africaines -Mais le rôle de la Cour n’est pas de poursuivre tous les criminels de guerre présumés, plutôt d'”encourager les nations à traiter leurs propres affaires”, insiste le porte-parole de la CPI, Fadi El Abdallah.Chaque affaire s’accompagne d’un éventail unique de défis, allant de l’ingérence des gouvernements nationaux à l’intimidation des témoins, ce qui a fait capoter selon la CPI la procédure contre l’actuel président du Kenya, William Ruto, lorsqu’il était encore vice-président, en 2016.Ces difficultés expliquent en partie le faible taux de condamnation de la Cour: elle a acquitté quatre accusés et en a déclaré 11 coupables, le dernier en date étant un jihadiste, ancien chef de la police islamique de Tombouctou, au Mali, condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.Les autres condamnations ont principalement concerné des fonctionnaires de la République démocratique du Congo (RDC), déchirée par la guerre.Aux débuts de la CPI, certains pays africains, comme l’Ouganda, la Côte d’Ivoire et la RDC, ont eux-mêmes saisi la Cour pour qu’elle enquête sur des conflits internes, d’autres dossiers ont été initiés par le Conseil de sécurité de l’ONU, selon Nancy Combs.”La CPI s’est beaucoup diversifiée, mais les États non africains ont opposé une résistance plus farouche à la juridiction de la CPI”, relève la spécialiste.

L’ex-président des Philippines Rodrigo Duterte arrêté pour crime contre l’humanité

L’ancien président des Philippines Rodrigo Duterte a été arrêté mardi à l’aéroport de Manille en application d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) qui le soupçonne de crime contre l’humanité pour sa guerre meurtrière contre les stupéfiants.Les organisations de défense des droits humains estiment que des dizaines de milliers d’hommes, pour la plupart pauvres, ont été alors tués par des policiers et des groupes d’autodéfense, souvent sans qu’il soit prouvé qu’ils étaient liés à la drogue.La CPI a ouvert une enquête sur cette campagne lancée en 2016, susceptible selon elle de constituer un crime contre l’humanité.”Tôt ce matin, Interpol Manille a reçu la copie officielle d’un mandat d’arrêt émis par la CPI”, a annoncé la présidence dans un communiqué. “Il est actuellement en détention”. “L’ancien président et son groupe sont en bonne santé et sont en train d’être examinés par les médecins”.Dans une vidéo publiée sur le compte Instagram de sa plus jeune fille, Veronica, M. Duterte exige de connaître les motifs de son arrestation. “Quelle est la loi (sur le fondement de laquelle j’ai été arrêté) et quel est le crime que j’ai commis? Prouvez-moi maintenant la base légale de ma présence ici”, déclare-t-il dans la vidéo. “J’ai été amené ici non pas de mon plein gré mais par une volonté extérieure […] vous devez maintenant répondre de ma privation de liberté”. Bien qu’aucun lieu n’ait été précisé dans la vidéo, une photo publiée par son parti politique indique qu’il est détenu à la base aérienne de Villamor, située à proximité de l’aéroport de Manille. L’ex-dirigeant (2016-2022) de 79 ans revenait d’un bref voyage à Hong Kong et venait d’atterrir à l’aéroport international quand il a été arrêté. S’exprimant devant des milliers de travailleurs philippins dimanche à Hong Kong, Rodrigo Duterte avait condamné l’enquête, traitant les enquêteurs de la CPI de “fils de putes”, tout en admettant qu’il “accepterait” s’il devait être arrêté.Les Philippines ont quitté la CPI en 2019 selon ses ordres, mais la Cour basée à La Haye, aux Pays-Bas, a déclaré maintenir sa juridiction en ce qui concerne les meurtres qui se sont passés avant le retrait du pays, ainsi que pour les meurtres commis dans la ville de Davao, à l’époque où M. Duterte y était maire, avant qu’il ne devienne président. – “Etape cruciale” -Plus de 6.000 personnes ont été tuées lors des opérations anti-drogue sous la présidence de M. Duterte, selon les données officielles publiées par les Philippines. Les procureurs de la CPI estiment de leur côté que le nombre de morts se situe entre 12.000 et 30.000.L’ancien président reste extrêmement populaire aux Philippines où nombreux sont ceux qui ont soutenu ses solutions rapides à la criminalité. Il reste une puissante force politique et est en lice pour retrouver son poste de maire aux élections de mi-mandat en mai.L’ancien conseiller juridique de la présidence, Salvador Panelo, a qualifié d'”illégale” l’arrestation de Rodrigo Duterte.”La police nationale philippine n’a pas autorisé l’un de ses avocats à le rencontrer à l’aéroport et à remettre en question la base juridique de (son) arrestation”, a-t-il argué, ajoutant qu’aucune copie papier du mandat d’arrêt de la CPI n’avait été fournie.Un groupe de soutien aux mères des personnes tuées dans le cadre de la répression antidrogue de M. Duterte a lui qualifié l’arrestation de “développement très positif”. “Les mères dont les maris et les enfants ont été tués à cause de la guerre contre la drogue sont très heureuses car elles attendaient cela depuis très longtemps”, a déclaré à l’AFP Rubilyn Litao, coordinatrice de l’association Rise Up for Life and for Rights.Human Rights Watch a de son côté appelé le gouvernement du président Ferdinand Marcos à “remettre rapidement (Duterte) à la CPI”, estimant que cette arrestation constituait une “étape cruciale dans l’obligation de rendre des comptes aux Philippines”.La Chine a en revanche appelé la Cour à “éviter les deux poids, deux mesures” en réaction à cette arrestation, l’exhortant à “exercer ses pouvoirs avec prudence, conformément à la loi et à “éviter toute politisation”.- “Pour mon pays” -Se définissant lui-même comme un tueur, M. Duterte a demandé à ses agents de police de tirer mortellement sur les personnes soupçonnées de trafic de stupéfiants si leur vie était en danger.Il a insisté sur le fait que la répression avait permis de sauver des familles et d’éviter que les Philippines ne se transforment en un “Etat narco-politique”.Rodrigo Duterte a fermement défendu sa guerre meurtrière contre la drogue en octobre, dans le cadre de son audition au Sénat qui enquête sur les meurtres à grande échelle durant cette période.”Ne remettez pas en question mes politiques, car je n’ai pas d’excuses, pas de prétextes. J’ai fait ce que j’avais à faire et, que vous le croyiez ou non, je l’ai fait pour mon pays”, a déclaré M. Duterte.Un temps pressentie pour succéder à son père, sa fille Sara Duterte s’est retirée en faveur de Ferdinand Marcos, fils de l’autocrate du même nom, à qui elle s’est alliée, avant d’être élue à la vice-présidenceMais l’alliance entre les deux dynasties a implosé récemment, à l’approche des élections de mi-mandat prévues l’année prochaine. Elle fait face à trois plaintes pour destitution.

L’ex-président des Philippines Rodrigo Duterte arrêté pour crime contre l’humanité

L’ancien président des Philippines Rodrigo Duterte a été arrêté mardi à l’aéroport de Manille en application d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) qui le soupçonne de crime contre l’humanité pour sa guerre meurtrière contre les stupéfiants.Les organisations de défense des droits humains estiment que des dizaines de milliers d’hommes, pour la plupart pauvres, ont été alors tués par des policiers et des groupes d’autodéfense, souvent sans qu’il soit prouvé qu’ils étaient liés à la drogue.La CPI a ouvert une enquête sur cette campagne lancée en 2016, susceptible selon elle de constituer un crime contre l’humanité.”Tôt ce matin, Interpol Manille a reçu la copie officielle d’un mandat d’arrêt émis par la CPI”, a annoncé la présidence dans un communiqué. “Il est actuellement en détention”. “L’ancien président et son groupe sont en bonne santé et sont en train d’être examinés par les médecins”.Dans une vidéo publiée sur le compte Instagram de sa plus jeune fille, Veronica, M. Duterte exige de connaître les motifs de son arrestation. “Quelle est la loi (sur le fondement de laquelle j’ai été arrêté) et quel est le crime que j’ai commis? Prouvez-moi maintenant la base légale de ma présence ici”, déclare-t-il dans la vidéo. “J’ai été amené ici non pas de mon plein gré mais par une volonté extérieure […] vous devez maintenant répondre de ma privation de liberté”. Bien qu’aucun lieu n’ait été précisé dans la vidéo, une photo publiée par son parti politique indique qu’il est détenu à la base aérienne de Villamor, située à proximité de l’aéroport de Manille. L’ex-dirigeant (2016-2022) de 79 ans revenait d’un bref voyage à Hong Kong et venait d’atterrir à l’aéroport international quand il a été arrêté. S’exprimant devant des milliers de travailleurs philippins dimanche à Hong Kong, Rodrigo Duterte avait condamné l’enquête, traitant les enquêteurs de la CPI de “fils de putes”, tout en admettant qu’il “accepterait” s’il devait être arrêté.Les Philippines ont quitté la CPI en 2019 selon ses ordres, mais la Cour basée à La Haye, aux Pays-Bas, a déclaré maintenir sa juridiction en ce qui concerne les meurtres qui se sont passés avant le retrait du pays, ainsi que pour les meurtres commis dans la ville de Davao, à l’époque où M. Duterte y était maire, avant qu’il ne devienne président. – “Etape cruciale” -Plus de 6.000 personnes ont été tuées lors des opérations anti-drogue sous la présidence de M. Duterte, selon les données officielles publiées par les Philippines. Les procureurs de la CPI estiment de leur côté que le nombre de morts se situe entre 12.000 et 30.000.L’ancien président reste extrêmement populaire aux Philippines où nombreux sont ceux qui ont soutenu ses solutions rapides à la criminalité. Il reste une puissante force politique et est en lice pour retrouver son poste de maire aux élections de mi-mandat en mai.L’ancien conseiller juridique de la présidence, Salvador Panelo, a qualifié d'”illégale” l’arrestation de Rodrigo Duterte.”La police nationale philippine n’a pas autorisé l’un de ses avocats à le rencontrer à l’aéroport et à remettre en question la base juridique de (son) arrestation”, a-t-il argué, ajoutant qu’aucune copie papier du mandat d’arrêt de la CPI n’avait été fournie.Un groupe de soutien aux mères des personnes tuées dans le cadre de la répression antidrogue de M. Duterte a lui qualifié l’arrestation de “développement très positif”. “Les mères dont les maris et les enfants ont été tués à cause de la guerre contre la drogue sont très heureuses car elles attendaient cela depuis très longtemps”, a déclaré à l’AFP Rubilyn Litao, coordinatrice de l’association Rise Up for Life and for Rights.Human Rights Watch a de son côté appelé le gouvernement du président Ferdinand Marcos à “remettre rapidement (Duterte) à la CPI”, estimant que cette arrestation constituait une “étape cruciale dans l’obligation de rendre des comptes aux Philippines”.La Chine a en revanche appelé la Cour à “éviter les deux poids, deux mesures” en réaction à cette arrestation, l’exhortant à “exercer ses pouvoirs avec prudence, conformément à la loi et à “éviter toute politisation”.- “Pour mon pays” -Se définissant lui-même comme un tueur, M. Duterte a demandé à ses agents de police de tirer mortellement sur les personnes soupçonnées de trafic de stupéfiants si leur vie était en danger.Il a insisté sur le fait que la répression avait permis de sauver des familles et d’éviter que les Philippines ne se transforment en un “Etat narco-politique”.Rodrigo Duterte a fermement défendu sa guerre meurtrière contre la drogue en octobre, dans le cadre de son audition au Sénat qui enquête sur les meurtres à grande échelle durant cette période.”Ne remettez pas en question mes politiques, car je n’ai pas d’excuses, pas de prétextes. J’ai fait ce que j’avais à faire et, que vous le croyiez ou non, je l’ai fait pour mon pays”, a déclaré M. Duterte.Un temps pressentie pour succéder à son père, sa fille Sara Duterte s’est retirée en faveur de Ferdinand Marcos, fils de l’autocrate du même nom, à qui elle s’est alliée, avant d’être élue à la vice-présidenceMais l’alliance entre les deux dynasties a implosé récemment, à l’approche des élections de mi-mandat prévues l’année prochaine. Elle fait face à trois plaintes pour destitution.