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En Argentine s’ouvre le procès sur la mort du “Dieu” Maradona

“Assassinat” ou mort inéluctable ? Quatre ans après la disparition de Diego Maradona, s’est ouvert mardi le procès de sept professionnels de santé, pour manquements ayant pu contribuer au décès de l’idole en 2020.Sept praticiens – médecins, psychiatre, psychologue, infirmiers – sont jugés à San Isidro, en banlieue de Buenos Aires, pour “homicide avec dol éventuel”, caractérisé lorsqu’une personne commet une négligence tout en sachant qu’elle peut entraîner la mort.Ils encourent entre 8 et 25 ans de prison. Le procès devrait durer jusqu’à mi-juillet, à raison de trois jours par semaine, avec près de 120 témoins, entre experts, famille, proches, médecins de Maradona au fil des ans.”Justice pour Diego”, clamaient tôt mardi à l’extérieur du tribunal des tee-shirts blancs à l’effigie de l’idole, portés par des dizaines de fans, agitant des drapeaux, entonnant des chants à sa gloire, a constaté l’AFP.”Merci à tout le monde d’être venu, je ne peux pas parler”, leur a glissé, réprimant des sanglots, Veronica Ojeda, ex-compagne de Maradona et mère de leur Dieguito (12 ans), se mêlant à eux, leur distribuant des tee-shirts.- Regardez, ainsi est mort Maradona -Légende du football mondial, icône en Argentine, Diego Armando Maradona est décédé à 60 ans d’une crise cardio-respiratoire, au matin du 25 novembre 2020, seul sur un lit médicalisé d’une résidence privée de Tigre, au nord de Buenos Aires, où il était en convalescence depuis deux semaines, après une neurochirurgie pour un hématome à la tête.”Regardez, ainsi est mort Maradona ! Qu’ils viennent dire qu’ils n’ont pas perçu ce qui arrivait à Diego !”. Premier moment choc, le procureur Patricio Ferrari dans sa déclaration préliminaire, a brandi au tribunal une photo de l’idole mort, sur son lit, le ventre atrocement gonflé.”Ils vous mentent s’ils disent qu’ils n’ont pas participé à un assassinat !” a-t-il lancé, assurant que l’accusation démontrera qu’au sein de l’équipe médicale “personne n’a fait ce qu’il devait faire” dans le “théâtre d’horreur” qu’était devenu le lieu de convalescence.Des avocats, tel Vadim Mischanchuk, défenseur de la psychiatre Agustina Cosachov, ont bondi, indigné qu’on prétende imputer une responsabilité de décès sur la base d’une photo peut-être “prise une demi-heure, deux heures ou quatre heures” après la mort. Il existe des “phénomènes cadavériques”, a-t-il rappelé.Selon l’autopsie, l’ancienne gloire de Boca Juniors, Naples, héros du Mondial 1986, est décédé “d’un œdème pulmonaire aigu secondaire et d’une insuffisance cardiaque chronique exacerbée”. Mais il souffrait de multiples pathologies: problèmes rénaux, au foie, insuffisance cardiaque, détérioration neurologique, dépendance à l’alcool et aux psychotropes, souligna une expertise.Pour le parquet, l’équipe médicale a été “protagoniste d’une hospitalisation à domicile sans précédent, totalement déficiente et imprudente”, et a commis une “série d’improvisations, de fautes de gestion et de manquements”.- “Entourage diabolique” -Particulièrement véhément, Fernando Burlando, avocat de Dalma et Giannina, les filles trentenaires de Maradona, a dénoncé mardi “un entourage diabolique” autour de l’astre du football, un “résumé de l’horreur”, une mise à mort “silencieuse mais cruelle”, un “crime qui prétend se déguiser en négligence”. Les stratégies de défense sont apparues d’emblée, dans les déclarations préliminaires d’avocats. Soit se retranchant derrière une spécialité, un rôle segmenté, l’absence de contact – tel le coordinateur infirmier – avec Maradona, soit se dissociant du feu vert initial de convalescence en ce lieu, manifestement inadapté, sans défibrillateur par exemple.Ou bien, à l’image du défenseur du psychologue Carlos Diaz, rappelant “qu’on sait tous que Maradona était un patient difficile” tant pour les médicaments que le psychique. Ou encore, comme les avocats du neuro-chirurugien Leopoldo Luque et de la psychiatre, rappelant que la mort a été le produit “d’un événement cardiaque inattendu et imprévisible”, une arythmie ventriculaire dont “quatre ans d’enquête n’ont pu déterminer la cause”.Outre les sept comparaissant libres, l’infirmière Dahiana Gisela Madrid a obtenu d’être jugée séparément, a priori en juillet.- “Le peuple mérite justice” -Le procès, a rappelé le procureur, entendra aussi des échanges de messages audio et écrits dont il a été beaucoup question lors de l’enquête. Des échanges, a affirmé Mario Baudry, avocat de Dieguito, qui montrent qu'”ils (l’équipe médicale) savaient que si Diego continuait ainsi, il mourrait”. Et où ils parlent “d’essayer de s’assurer que les filles de Diego ne l’emmènent pas, car si elles l’emmenaient, ils perdaient leur argent”.”Y aura-t-il des coupables pour la mort de Maradona?”, s’interrogeait cette semaine le quotidien Pagina 12, redoutant un procès avec plus de questions que de réponses.Mais pour les Argentins vénérant “el Pibe de oro”, il en faudra. “Toute la société, on a besoin de savoir (…) ce qui s’est vraiment passé, qui l’a abandonné, et que ceux qui doivent payer payent!”, lâchait à l’AFP à la veille du procès Hilda Pereira, dans le quartier La Paternal, qui le vit “naître” footballistiquement, à 15 ans, au club d’Argentinos Juniors.”Diego Maradona, ses enfants, ses proches et le peuple argentin méritent justice”,  a lancé le procureur mardi.

Prise d’otages au Pakistan: trois morts et des centaines de passagers du train toujours retenus

Trois personnes ont été tuées dans l’attaque d’un train dans le sud-ouest du Pakistan, menée par des séparatistes baloutches, qui retiennent toujours des centaines de passagers en otage.Les forces de sécurité sont parvenues à libérer “plus de 100” passagers retenus en otage dans ce train, pris d’assaut au Baloutchistan, région frontalière de l’Iran et de l’Afghanistan, a annoncé le ministre de l’Intérieur, Mohsen Naqvi.Il s’agit de “58 hommes, 31 femmes et 15 enfants”, d’après des sources de sécurité.A la mi-journée, l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA), le principal groupe séparatiste de cette province, avait annoncé avoir bloqué un train transportant, selon les chemins de fer locaux, plus de 450 personnes et arrêté au niveau de la ville de Sibi.”Un policier, un soldat et le conducteur du train ont été tués”, a dit Mohammed Aslam, un responsable des chemins de fer d’une ville voisine, où la gare a été transformée en hôpital de campagne.Ce bilan a été confirmé à l’AFP par un soignant sur place, Nazim Farouq, posté dans le hall de la gare où des draps ont été tendus au sol pour accueillir des blessés.- Bandages et cordons policiers -Des médicaments et des bandages ont été amenés sur les lieux, gardés par des cordons de policiers et de paramilitaires.”Les efforts se poursuivent pour assurer la libération en toute sécurité des passagers restants”, ont ajouté les sources de sécurité.L’armée n’a pas fait de commentaire jusqu’ici.Le ministre Naqvi a lui prévenu: “les assaillants sans pitié qui ont tiré sur des innocents ne méritent aucune clémence”.”Seize terroristes ont été tués”, a-t-il ajouté, alors que des sources de sécurité font état “d’importants échanges de tirs” et de “17 blessés hospitalisés”, alors que l’hôpital de Sibi a été placé en état d’alerte en début d’après-midi.Dans un communiqué, la BLA a de son côté assuré avoir “détruit la voie ferrée avec des explosifs, forçant le Jaffar Express à s’arrêter”.D’après un haut fonctionnaire de Sibi, le convoi y a été bloqué vers 13H00 (08H00 GMT) après que “des hommes armés” l’ont forcé à s’arrêter.Il était parti de Quetta, la capitale du Baloutchistan, vers 09H00 en direction de Peshawar, la capitale de la province voisine du Khyber-Pakhtunkhwa, qu’il devait rallier après 30 heures de trajet.Un haut responsable policier a de son côté ajouté que le train était “bloqué à l’entrée d’un tunnel entouré de montagnes”.La BLA revendique régulièrement des attaques meurtrières contre les forces de l’ordre et les Pakistanais originaires d’autres provinces. Ils les accusent, au même titre que les investisseurs étrangers, de piller leur province riche en ressources naturelles sans laisser la population locale bénéficier de cette manne.- Pendjabis visés -Cette province, la plus pauvre du cinquième pays le plus peuplé au monde, est riche en hydrocarbures et en minerais mais ses habitants se plaignent d’être marginalisés et privés de ce que rapportent ces ressources naturelles.De nouveau mardi soir, un otage libéré a raconté à l’AFP que les assaillants avaient “vérifié les papiers d’identité” des passagers et “mis à l’écart ceux qui étaient originaires du Pendjab”, perçus comme dominant les rangs de l’armée, engagée dans la bataille contre les séparatistes.”Ils ont abattu deux soldats devant moi, avant d’en embarquer quatre autres vers je ne sais où”, a-t-il encore dit, en refusant de donner son nom.En août, des combattants de la BLA avaient tué 39 personnes, notamment en vérifiant les cartes d’identité des passagers sur différentes routes avant de les abattre s’ils étaient Pendjabis.Début novembre, la BLA avait revendiqué une attaque à la bombe posée sur un quai de la gare de Quetta qui avait fait 26 morts, dont 14 soldats.Le Pakistan connaît une recrudescence d’attaques, en particulier d’islamistes et de séparatistes, principalement au Baloutchistan et dans le Khyber-Pakhtunkhwa, qui borde également l’Afghanistan. Le Centre pour la recherche et les études sur la sécurité d’Islamabad estime que l’année 2024 a été la plus meurtrière en près d’une décennie avec plus de 1.600 personnes ayant péri dans des attaques, dont 685 membres des forces de sécurité.

L’Europe doit se réarmer, “le temps des illusions est révolu”

“Le temps des illusions est révolu” et l’Union européenne doit augmenter significativement ses dépenses d’armement, a affirmé mardi à Strasbourg la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.”Il nous faut une augmentation très rapide des capacités de défense européennes. Et il nous la faut maintenant!”, a-t-elle lancé devant le Parlement européen.”Le moment est venu pour créer une défense commune”, a ajouté la responsable allemande en présentant les résultats du dernier sommet européen des 27 consacré à la défense du continent.Sur ce point, Mme von der Leyen a salué le consensus des pays de l’UE sur la nécessité de renforcer les capacités de défense de l’Union: c’était “absolument impensable il y a encore quelques semaines”.Les remises en cause de l’engagement américain en Europe et particulièrement en Ukraine qui ont suivi le retour de Donald Trump à la Maison Blanche ont agi comme un électrochoc.”L’ordre de sécurité européen est ébranlé et nombre de nos illusions sont brisées”, a ainsi déclaré la présidente de la Commission européenne. Dans ce contexte, l’Europe est appelée à “assumer davantage sa propre défense” a-t-elle souligné.La Commission européenne a présenté un plan pour “réarmer l’Europe” qui vise à mobiliser quelque 800 milliards d’euros sur quatre ans dont 150 milliards de prêts mis à disposition des 27 par l’UE.”Ces prêts devraient financer des achats auprès de producteurs européens, afin de contribuer à stimuler notre propre industrie de la défense”, a insisté Mme von der Leyen, semblant reprendre à son compte une demande exprimée de longue date par certains Etats membres, dont la France,  pour “acheter européen”.Elle n’a donné aucune indication sur le fait  de savoir si cela inclurait – ou non – des sociétés de pays non-membres de l’UE tels que le Royaume-Uni, la Norvège, la Suisse, ou la Turquie.- Vers un grand emprunt? – Elle a également insisté sur la nécessité de regrouper les commandes d’armement entre Etats membres afin de faire des économies d’échelle et de favoriser l’interopérabilité de ces armements.”On épargnerait beaucoup l’argent du contribuable en agissant ensemble de manière coordonnée : on a 17 modèles de tanks dans l’Union européenne, aux Etats Unis il n’y a qu’un seul modèle”, a ainsi affirmé lors du débat le chef de file des chrétiens démocrates (PPE) au Parlement européen, l’eurodéputé allemand Manfred Weber.”Les contrats devraient être pluriannuels, afin de donner à l’industrie la prévisibilité dont elle a besoin”, a également affirmé Mme von der Leyen.Les dirigeants des 27 ont donné leur feu vert à ce plan et la Commission va maintenant présenter des propositions concrètes avant un prochain sommet de l’UE prévu la semaine prochaine à Bruxelles. A cette occasion, les dirigeants européens “vont continuer à travailler en vue de construire notre dissuasion pour renforcer la sécurité de notre continent”, a promis de son côté Antonio Costa, le président du Conseil européen qui rassemble les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE.Dans le débat qui a suivi, des députés ont réclamé d’aller plus loin en termes financiers en lançant un grand emprunt européen, un outil déjà utilisé lors de la pandémie de Covid, a souligné l’eurodéputée française Valérie Hayer, cheffe de file des centristes (Renew) à Strasbourg.Mais la présidente de la Commission européenne s’est jusqu’à présent montrée réticente à une telle initiative.

Les Groenlandais votent dans l’ombre de Trump

Les Groenlandais votent mardi dans des législatives susceptibles de déboucher sur un début de calendrier menant à l’indépendance, un scrutin marqué par les sorties de Donald Trump qui convoite l’île arctique avec une insistance parfois menaçante.Convaincu de pouvoir s’emparer “d’une manière ou d’une autre” du territoire autonome danois, le président américain a tenté jusqu’à la …

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Les Groenlandais votent dans l’ombre de Trump

Les Groenlandais votent mardi dans des législatives susceptibles de déboucher sur un début de calendrier menant à l’indépendance, un scrutin marqué par les sorties de Donald Trump qui convoite l’île arctique avec une insistance parfois menaçante.Convaincu de pouvoir s’emparer “d’une manière ou d’une autre” du territoire autonome danois, le président américain a tenté jusqu’à la dernière minute de peser sur les élections, provoquant stupéfaction, rejet et, plus rarement, enthousiasme parmi les 57.000 habitants.Après avoir patienté dans une longue file d’attente, le Premier ministre sortant du Groenland, Mute Egede – dont c’est le 38e anniversaire -, a voté peu après l’ouverture du bureau de vote de Nuuk, la capitale. “Notre pays se trouve dans l’oeil du cyclone”, a-t-il lancé lundi dans une vidéo sur Facebook.  “Le monde extérieur nous regarde de près et nous avons vu récemment à quel point ils essaient d’influencer notre pays”, a ajouté le chef du parti Inuit Ataqatigiit (IA, gauche écologiste).Le vote qui vise à renouveler les 31 sièges de l’Inatsisartut, le Parlement local, doit prendre fin à 20H00 (22H00 GMT), les résultats étant attendus dans la nuit.La campagne a tourné autour des questions de santé, d’éducation, d’économie mais aussi des liens futurs avec le Danemark qui continue d’exercer les fonctions régaliennes (diplomatie, défense, monnaie…) sur l’île.- L’indépendance, mais à quel prix? -A près de 90% inuits, les Groenlandais déplorent avoir été traités historiquement comme des citoyens de second rang par l’ex-puissance coloniale accusée d’avoir étouffé leur culture, procédé à des stérilisations forcées et retiré des enfants à leurs familles. Un sentiment renforcé par la diffusion récente à la télévision publique danoise d’un documentaire – critiqué et finalement retiré – affirmant que le Danemark avait tiré d’énormes bénéfices de l’exploitation d’une mine de cryolite sur l’île, pourtant souvent présentée comme un fardeau financier.   A l’image de l’immense majorité de la population, les principaux partis groenlandais souhaitent tous l’indépendance, mais ils divergent sur le calendrier.Certains la veulent rapidement comme les nationalistes de Naleraq, principale force d’opposition, tandis que les autres, comme les deux composantes de la coalition sortante, IA et Siumut (sociaux-démocrates), la conditionnent aux progrès économiques du Groenland.Recouvert à 80% de glace, le territoire est économiquement dépendant de la pêche, qui représente la quasi-totalité de ses exportations, et de l’aide annuelle d’environ 530 millions d’euros versée par Copenhague, soit 20% du produit intérieur brut (PIB) local.Pour les indépendantistes les plus impatients, le Groenland pourra voler de ses propres ailes grâce à ses ressources minérales. Mais le secteur minier reste pour l’heure ultra-embryonnaire, plombé par des coûts d’exploitation élevés.”Nous sommes à l’aube d’un changement énorme pour l’indépendance du Groenland et la lutte pour qui nous sommes en tant qu’Inuit”, a déclaré à l’AFP l’influenceuse Qupanuk Olsen, candidate de Naleraq, avant de glisser son bulletin.- Polarisation accrue -Après avoir déjà lancé l’idée d’acheter le Groenland durant son premier mandat, s’attirant une fin de non-recevoir des autorités danoises et groenlandaises, Donald Trump martèle sa volonté de mettre la main – sans exclure la force – sur le territoire jugé important pour la sécurité américaine.Dans la nuit de dimanche à lundi, il a de nouveau promis, sur son réseau Truth Social, sécurité et prospérité aux Groenlandais qui souhaiteraient faire partie des Etats-Unis.Selon un sondage paru en janvier, quelque 85% des Groenlandais excluent cette éventualité.”J’en ai assez de ses menaces vides”, indique Anders Martinsen, un employé du fisc de 27 ans. “Il y a beaucoup de Groenlandais qui perçoivent les Etats-Unis différemment avec Trump à la présidence, qui sont un peu moins disposés à coopérer même si c’est ce qu’ils voudraient faire au fond d’eux”.”Garder notre pays pour nous, c’est ce qui m’importe le plus”, renchérit un autre électeur, Lars Fredsbo.Les déclarations de Donald Trump ont pesé sur la campagne électorale.Les nationalistes de Naleraq voient dans l’intérêt américain pour l’île un levier dans de futures négociations avec le Danemark.Mais ces sorties refroidissent aussi parfois les ardeurs indépendantistes et incitent au maintien des liens avec Copenhague, au moins pour l’instant. “Si nous devenons indépendants, Trump pourrait devenir trop agressif, c’est ce qui me fait peur”, affirme un électeur qui s’identifie comme Ittukusuk et qui juge que “rester avec le Danemark est plus important que jamais”.Pour les analystes, l’immixtion de Donald Trump dans la campagne contribue à polariser le débat mais ne devrait pas influer sur l’issue du scrutin.

Les Groenlandais votent dans l’ombre de Trump

Les Groenlandais votent mardi dans des législatives susceptibles de déboucher sur un début de calendrier menant à l’indépendance, un scrutin marqué par les sorties de Donald Trump qui convoite l’île arctique avec une insistance parfois menaçante.Convaincu de pouvoir s’emparer “d’une manière ou d’une autre” du territoire autonome danois, le président américain a tenté jusqu’à la dernière minute de peser sur les élections, provoquant stupéfaction, rejet et, plus rarement, enthousiasme parmi les 57.000 habitants.Après avoir patienté dans une longue file d’attente, le Premier ministre sortant du Groenland, Mute Egede – dont c’est le 38e anniversaire -, a voté peu après l’ouverture du bureau de vote de Nuuk, la capitale. “Notre pays se trouve dans l’oeil du cyclone”, a-t-il lancé lundi dans une vidéo sur Facebook.  “Le monde extérieur nous regarde de près et nous avons vu récemment à quel point ils essaient d’influencer notre pays”, a ajouté le chef du parti Inuit Ataqatigiit (IA, gauche écologiste).Le vote qui vise à renouveler les 31 sièges de l’Inatsisartut, le Parlement local, doit prendre fin à 20H00 (22H00 GMT), les résultats étant attendus dans la nuit.La campagne a tourné autour des questions de santé, d’éducation, d’économie mais aussi des liens futurs avec le Danemark qui continue d’exercer les fonctions régaliennes (diplomatie, défense, monnaie…) sur l’île.- L’indépendance, mais à quel prix? -A près de 90% inuits, les Groenlandais déplorent avoir été traités historiquement comme des citoyens de second rang par l’ex-puissance coloniale accusée d’avoir étouffé leur culture, procédé à des stérilisations forcées et retiré des enfants à leurs familles. Un sentiment renforcé par la diffusion récente à la télévision publique danoise d’un documentaire – critiqué et finalement retiré – affirmant que le Danemark avait tiré d’énormes bénéfices de l’exploitation d’une mine de cryolite sur l’île, pourtant souvent présentée comme un fardeau financier.   A l’image de l’immense majorité de la population, les principaux partis groenlandais souhaitent tous l’indépendance, mais ils divergent sur le calendrier.Certains la veulent rapidement comme les nationalistes de Naleraq, principale force d’opposition, tandis que les autres, comme les deux composantes de la coalition sortante, IA et Siumut (sociaux-démocrates), la conditionnent aux progrès économiques du Groenland.Recouvert à 80% de glace, le territoire est économiquement dépendant de la pêche, qui représente la quasi-totalité de ses exportations, et de l’aide annuelle d’environ 530 millions d’euros versée par Copenhague, soit 20% du produit intérieur brut (PIB) local.Pour les indépendantistes les plus impatients, le Groenland pourra voler de ses propres ailes grâce à ses ressources minérales. Mais le secteur minier reste pour l’heure ultra-embryonnaire, plombé par des coûts d’exploitation élevés.”Nous sommes à l’aube d’un changement énorme pour l’indépendance du Groenland et la lutte pour qui nous sommes en tant qu’Inuit”, a déclaré à l’AFP l’influenceuse Qupanuk Olsen, candidate de Naleraq, avant de glisser son bulletin.- Polarisation accrue -Après avoir déjà lancé l’idée d’acheter le Groenland durant son premier mandat, s’attirant une fin de non-recevoir des autorités danoises et groenlandaises, Donald Trump martèle sa volonté de mettre la main – sans exclure la force – sur le territoire jugé important pour la sécurité américaine.Dans la nuit de dimanche à lundi, il a de nouveau promis, sur son réseau Truth Social, sécurité et prospérité aux Groenlandais qui souhaiteraient faire partie des Etats-Unis.Selon un sondage paru en janvier, quelque 85% des Groenlandais excluent cette éventualité.”J’en ai assez de ses menaces vides”, indique Anders Martinsen, un employé du fisc de 27 ans. “Il y a beaucoup de Groenlandais qui perçoivent les Etats-Unis différemment avec Trump à la présidence, qui sont un peu moins disposés à coopérer même si c’est ce qu’ils voudraient faire au fond d’eux”.”Garder notre pays pour nous, c’est ce qui m’importe le plus”, renchérit un autre électeur, Lars Fredsbo.Les déclarations de Donald Trump ont pesé sur la campagne électorale.Les nationalistes de Naleraq voient dans l’intérêt américain pour l’île un levier dans de futures négociations avec le Danemark.Mais ces sorties refroidissent aussi parfois les ardeurs indépendantistes et incitent au maintien des liens avec Copenhague, au moins pour l’instant. “Si nous devenons indépendants, Trump pourrait devenir trop agressif, c’est ce qui me fait peur”, affirme un électeur qui s’identifie comme Ittukusuk et qui juge que “rester avec le Danemark est plus important que jamais”.Pour les analystes, l’immixtion de Donald Trump dans la campagne contribue à polariser le débat mais ne devrait pas influer sur l’issue du scrutin.

L’UE ouvre la voie à des “hubs de retours” pour migrants

Après des mois de tractations, l’Union européenne a dévoilé mardi ses propositions pour accélérer les expulsions d’étrangers en situation irrégulière, en offrant en particulier un cadre légal à la création de centres pour migrants en dehors de ses frontières.Sous pression pour durcir sa politique migratoire, la Commission européenne a notamment présenté celle concernant des “hubs de retours”, réclamée avec force par certains Etats membres mais très critiquée par les ONG. Actuellement, moins de 20% des décisions d’expulsion sont suivies d’effets au sein de l’UE et Bruxelles veut permettre aux Etats membres d’explorer “de nouvelles solutions” pour les accélérer.La proposition de la Commission prévoit donc: – Un dispositif permettant aux Etats membres d’ouvrir des centres pour migrants dans des pays en dehors de l’UE. Avec l’idée d’y envoyer des personnes dont la demande d’asile aurait été rejetée et faisant face à une obligation de quitter le territoire: les fameux “hubs de retours”. La Commission ne prévoit pas d’ouvrir ses propres centres, laissant cette faculté aux Etats membres. Elle se cantonne à “créer un cadre légal” et non les centres à proprement parler. Et exige que ceux-ci respectent le droit international.- Des règles et sanctions plus strictes pour les déboutés d’asile refusant de quitter le territoire européen comme des confiscations de documents d’identité, des détentions et des interdictions d’entrée prolongées sur le territoire.- Une reconnaissance mutuelle des décisions prises par tel ou tel Etat membre, l’idée étant qu’une décision prise en Autriche puisse s’appliquer en Espagne.- “Impatience” -Ces mesures “redonneront aux gens le sentiment que nous avons un contrôle sur ce qui se passe en Europe”, a assuré Magnus Brunner, le commissaire à l’origine du texte. “Sur toutes les questions d’asile, on voit bien l’impatience des Etats membres” qui veulent des propositions fortes de Bruxelles, affirme Camille Le Coz, directrice associée au centre de réflexion Migration Policy Institute Europe.Elle note qu’une ribambelle de questions subsistent toutefois autour de cette proposition. Et tout particulièrement en ce qui concerne l’administration de hubs de retours.”Personne ne sait exactement comment ça va être mis en place. Qui va les financer? Est-ce qu’il y aura de l’argent européen, avec quel pays, pour quel profil”, énumère l’experte, soulignant qu’il est peu probable que l’on assiste, dans les faits, à une multiplication de ces centres.Pour entrer en vigueur, cette proposition devra être approuvée par le Parlement européen et les Etats membres de l’UE. Le commissaire européen Magnus Brunner a dit espérer son adoption “dès que possible”.Mais le sujet est hautement sensible, tant sur le plan politique que juridique, provoquant des désaccords parmi les Vingt-Sept.- “Zones de non-droit” -L’Espagne rejette ce projet depuis le début, craignant qu’il ne respecte pas les droits humains.Les pays scandinaves et les Pays-Bas poussent au contraire pour la création de ces hubs, espérant même pouvoir lancer des initiatives très prochainement. “Nous avons essayé d’autres systèmes durant des années, ils ne fonctionnent pas”, justifie Johan Forssell, le ministre suédois des Migrations, auprès de l’AFP. La France est quant à elle restée plutôt en retrait des discussions, tant le sujet est épineux.Les ONG de protection des exilés sont vent debout contre le texte, craignant, à l’image de l’International Rescue Committee, qu’il n’entraîne “une recrudescence des violations de droits humains”.”Ces centres de retour sont la porte ouverte à des zones de non-droit et aux conditions de détention les plus affreuses pour les ressortissants de pays tiers”, a renchéri l’eurodéputée écologiste Mélissa Camara.Ces appels pour un durcissement des règles migratoires européennes interviennent au moment où le nombre de passages clandestins aux frontières de l’UE a considérablement diminué. En 2024, il a atteint le niveau le plus bas depuis 2021, lorsque les flux migratoires étaient encore perturbés par le Covid, selon les données de Frontex.