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Les plaintes s’accumulent en France dans le dossier des laits infantiles

L’affaire des laits infantiles, déjà à l’origine de deux enquêtes ouvertes en France après la mort de deux nourrissons, connaît jeudi un nouvel épisode judiciaire avec la plainte déposée à Paris par l’association Foodwatch et huit familles qui accusent les industriels et le gouvernement de ne pas avoir agi à temps.A un mois, Adam, nourri au lait Guigoz, s’est retrouvé plusieurs semaines en réanimation, après des crises de diarrhées et vomissements. Amani, cinq mois, a été pris de vomissements et maux de ventre pendant quatre jours, jusqu’à ce qu’il arrête de boire son Babybio. Fièvres répétées et problèmes de digestion ont alerté le personnel de crèche et les parents d’un bébé de quatre mois nourri au Picot 1er âge…”Certains parents ont vraiment cru que leur enfant allait mourir”, a raconté Ingrid Kragl, directrice de l’information de Foodwatch, lors d’une conférence de presse.Huit familles – représentant neuf bébés – se sont jointes à cette plainte de l’association, consultée par l’AFP, et font le lien entre les maux de leurs nourrissons et le lait concerné par des rappels de lots potentiellement contaminés par la toxine céréulide.”Les faits sont particulièrement graves puisque ces laits contaminés à la toxine céréulide sont souvent destinés à des nourrissons de moins de six mois, parfois des prématurés au système immunitaire d’autant plus vulnérable”, a souligné cette association européenne de consommateurs.”Ils ont été vendus dans le monde entier par des multinationales qui ont commercialisé des produits exposant les bébés à un risque pour leur santé. C’est hors la loi”, poursuit-elle.- Soixantaine de pays -Plusieurs industriels, dont les géants Nestlé (Guigoz, Nidal), Danone (Blédilait, Gallia) et Lactalis (Picot), mais aussi de plus petits acteurs comme Vitagermine (Babybio Optima) et la Marque en Moins ont procédé depuis décembre à des rappels de laits infantiles dans plus d’une soixantaine de pays, dont la France.A Angers et Bordeaux, la justice enquête déjà sur les décès de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour cause de “possible contamination” par une substance d’origine bactérienne, sans “lien de causalité” établi pour l’heure, selon les autorités.A Paris, où le tribunal est doté d’un pôle “santé publique”, la plainte contre X vise une série de délits, dont la mise en danger et l’atteinte à l’intégrité physique des nourrissons, la tromperie aggravée ou le manquement aux obligations de sécurité.”(Les) fabricants ne pouvaient ignorer les obligations de sécurité sanitaire qui leur incombent. Nous demandons la plus grande fermeté”, a déclaré l’avocat des familles et de l’association, Me François Lafforgue.La toxine mise en cause, la céréulide, est une substance produite par certaines bactéries et “susceptible d’entraîner principalement des troubles digestifs, tels que des vomissements ou des diarrhées”, indiquait jeudi dernier le ministère de la Santé. Sans faire de lien, “à ce stade”, entre la consommation des laits rappelés et les symptômes.- “Opacité” -Au centre des préoccupations se trouve une huile riche en acide arachidonique (ARA), à l’origine de la présence potentielle de céréulide. Le producteur chinois Cabio Biotech, qui détient des parts de marché importantes au niveau mondial sur ce produit, a été mis en cause par plusieurs fabricants de lait infantile ayant procédé à des rappels, même si un lien de causalité n’a pas formellement été établi à ce stade.Foodwatch reproche notamment aux fabricants de lait d’avoir tardé entre les premières alertes émises en décembre et les rappels.”On veut casser ce cycle d’opacité et d’impunité, en le dénonçant haut et fort, et en comptant sur le fait que la justice fasse son travail”, a déclaré la directrice générale de Foodwatch, Karine Jacquemard.L’association estime que les parents n’ont pas été suffisamment informés, souvent trop tard et de façon confuse et met en cause les autorités dans la plainte pour avoir tardé à agir et pour des carences dans les contrôles.Le gouvernement a lui défendu son action en affirmant que les procédures avaient été “très très bien respectées” et que tous les lots concernés ont “été retirés”.Mercredi, le tribunal administratif de Paris avait rejeté le recours déposé par une association de défense de la santé des enfants pour “carence grave de l’Etat dans la gestion du scandale sanitaire des laits infantiles contaminés”.

Coup d’envoi à Toulouse d’une journée de mobilisation pour le journaliste Christophe Gleizes

Une centaine de personnes ont réclamé, jeudi en fin de matinée à Toulouse, la libération du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie, ouvrant une journée de mobilisation qui doit s’achever par un concert de soutien organisé au Bataclan par Reporters sans frontières.Arrêté en mai 2024 alors qu’il préparait un article sur le club de football le plus titré du pays, la Jeunesse Sportive de Kabylie, le journaliste de 36 ans avait d’abord été placé sous contrôle judiciaire, puis incarcéré en juin 2025 après sa condamnation à 7 ans de prison pour “apologie du terrorisme”, confirmée en appel.”Nous demandons au président algérien Abdelmadjid Tebboune de gracier Christophe Gleizes”, a déclaré jeudi Anthony Assémat, du Club de la presse Occitanie, face aux dizaines de personnes, dont une vingtaine d’élus, venues exprimer leur soutien au collaborateur des magazines français So Foot et Society et ses proches.L’arrestation de Christophe Gleizes sur des “motifs fallacieux” est “profondément injuste”, a dénoncé la conseillère régionale Emilie Dalix, venue représenter la présidente socialiste de la région Occitanie Carole Delga, devant notamment le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, et le député insoumis de Haute-Garonne, François Piquemal.”Christophe n’a fait qu’exercer son métier (…) il n’est coupable de rien”, a fustigé Romain Amalric, de  l’Union des journalistes de sport en France (UJSF). “Il ne doit pas être la victime de complications diplomatiques. Il n’était en Algérie que pour parler de football”, a-t-il ajouté.D’autres événements de soutien au journaliste français doivent se tenir jeudi, notamment à Lille, Perpignan, Montpellier et Paris, où une soirée de concerts doit rassembler au Bataclan Alex Beaupain, Malik Djoudi, Jeanne Cherhal, Elephanz et Mathilda, selon RSF.Le billet d’entrée coûte 9,50 euros et “100 % des bénéfices seront reversés à RSF pour la campagne de libération dédiée à Christophe Gleizes”, a indiqué l’organisation de défense de la presse.La mère du journaliste sportif, Sylvie Godard, a transmis une demande de grâce au président algérien Abdelmadjid Tebboune, et Christophe Gleizes a par ailleurs formé un pourvoi en cassation pour obtenir un nouveau procès.

Ligue des champions: OM, la grande désillusion

La “honte” de Roberto De Zerbi, la “soirée de merde” de Medhi Benatia et la colère de tous les supporters de l’OM: Marseille est tombé de très haut mercredi à Bruges, où le club olympien a laissé échapper une qualification immanquable pour les barrages de la Ligue des champions.La cruauté du scenario qui a laissé l’OM aux portes des barrages a été parfaitement illustrée par les écrans géants du stade Jan Breydel de Bruges, qui ont affiché après le coup de sifflet final ce sympathique message: “Félicitations pour la qualification, Olympique de Marseille !” Mais il restait encore quelques secondes à jouer à des centaines de kilomètres de là, à Lisbonne. Et au bout du temps additionnel, le gardien du Benfica Anatolii Troubine a inscrit de la tête le quatrième but de la victoire des Portugais face au Real Madrid (4-2), celui qui élimine l’OM. Il y en a eu d’autres avant celui-ci, bien sûr, et l’OM regrettera d’autres fins de matchs impitoyables, avec les défaites concédées dans les derniers instants face au Real Madrid ou à l’Atalanta Bergame, notamment. Mais il reste jeudi ce terrible constat: Corrigé à Bruges (3-0), l’OM est le premier club français à ne pas atteindre la phase à élimination directe de la nouvelle Ligue des champions. Le Paris SG et Monaco y sont parvenus cette saison comme la précédente, quand Lille et même Brest avaient également réussi. – “Sans excuse” -Pour les supporters marseillais, on frôle donc l’humiliation, comme l’illustre la Une du quotidien régional La Provence jeudi: “Ridicules”. L’OM était pourtant très bien engagé avec neuf points au bout de six matches. Mais l’équipe de Roberto De Zerbi a conclu sa campagne par deux revers 3-0 face à Liverpool et Bruges pour un bilan de cinq défaites en huit matches, beaucoup trop pour un effectif de ce calibre. “C’est une défaite terrible, sans excuse. Il faut faire un examen de conscience et se taire, tous. Quand tu perds un match comme ça, il y a de la honte”, a lâché le technicien italien mercredi. Sa responsabilité est engagée, forcément, car il ne parvient toujours pas à donner de la constance à son équipe, qui alterne matches maîtrisés comme contre Lens samedi (3-1) et fiascos spectaculaires, comme mercredi ou début janvier contre Nantes (défaite 2-0). Mais Medhi Benatia, directeur du football et architecte de l’effectif marseillais, semblait surtout remonté contre les joueurs mercredi. “En fait, il faut être sérieux. Le foot c’est un amusement, mais c’est sérieux. Et ce soir, on n’a pas été sérieux. Cette saison, parfois, trop souvent, on n’a pas été sérieux. Et ça me dérange au plus haut point”, a-t-il lancé, tout en colère froide. “C’est une soirée de merde, même un peu honteuse. Quand tu es dans un club comme celui-ci, tu peux perdre des matches. Tu as perdu à Madrid, tu as perdu à Lisbonne… Mais tu ne peux pas perdre comme ce soir”, a-t-il ajouté. – Au vert à Clairefontaine -Pour lui comme pour le président Pablo Longoria, l’échec est cuisant, même si les dirigeants assurent depuis le début de saison qu’une accession à la phase suivante n’était pas budgetée et que le véritable objectif est une nouvelle qualification en fin de saison.Mais les visages baissés et les regards abattus racontaient autre chose mercredi soir dans les couloirs blafards du stade Jan Breydel et c’est tout l’OM, un club habitué à entrer en crise pour moins que ça, qui doit désormais se relever. Car le calendrier reste exigeant: déplacement sur la pelouse du Paris FC samedi, réception de Rennes en Coupe de France mardi au Vélodrome – où l’accueil s’annonce glacial -, puis nouveau déplacement dans la capitale pour y affronter le Paris SG dans dix jours. “Comment veux-tu que ça n’ait pas de conséquences sur la suite de la saison ? J’espère que ça aura des conséquences. J’espère qu’entre eux, ils vont se poser les bonnes questions. C’est ce que j’attends”, a encore lancé Benatia. L’introspection se fera loin de Marseille, à Clairefontaine, où les Marseillais vont se mettre au vert jusqu’au match de samedi face au PFC. La saison dernière, ces “ritiri” à Mallemort puis Rome avaient fait beaucoup de bien à l’OM. L’ambiance à Clairefontaine sera sans doute un peu moins joyeuse, mais il y a de l’espoir. 

L’émissaire de Trump à Minneapolis présente son plan anti-immigration

Durcissement ou apaisement ? L’envoyé spécial de Donald Trump à Minneapolis doit présenter publiquement son plan jeudi, pour rétablir le calme dans une ville qui tient tête à l’administration après la mort d’un infirmier tué par des agents fédéraux.Tom Homan doit intervenir à 7H00 locales (13H00 GMT) alors que le bras de fer entre agences fédérales et autorités locales d’une part, administration républicaine et opposition démocrate d’autre part, ne faiblit pas.La métropole du nord des Etats-Unis, devenue l’emblème de la politique anti-immigration de Donald Trump, reste sous le choc du décès de deux Américains abattus par des agents fédéraux: Alex Pretti, infirmier de 37 ans, tué samedi par des membres de la police aux frontières (CBP), et Renee Good, mère de famille du même âge, le 7 janvier, par la police de l’immigration (ICE).L’émissaire présidentiel a été dépêché à Minneapolis en urgence cette semaine pour reprendre le contrôle d’une situation inflammable. Mais Donald Trump alterne signes d’accalmie et propos vindicatifs. Mercredi, la police aux frontières a annoncé avoir suspendu dès samedi deux agents impliqués dans la mort d’Alex Pretti. Une procédure “standard”, a affirmé un porte-parole à l’AFP.Le président américain, après avoir promis une “petite désescalade” et un retrait partiel des hommes masqués qui traumatisent la cité du Midwest, a renoué avec sa rhétorique incendiaire contre le maire démocrate de Minneapolis.Jacob Frey avait déclaré qu’il “n’appliquerait pas les lois fédérales” sur l’immigration.”Est-ce que quelqu’un (…) pourrait lui expliquer que cette déclaration constitue une violation très grave de la loi et qu’il JOUE AVEC LE FEU”, a lancé M. Trump sur sa plateforme Truth Social.La chasse aux sans-papiers “n’a rien à voir avec la sécurité ni (…) avec l’immigration. Il s’agit de représailles politiques et cela devrait inquiéter (…) tout le monde en Amérique”, a insisté l’édile.- “Plus jamais les mêmes” -A Washington, ce déploiement pourrait déclencher en fin de semaine une paralysie budgétaire fédérale. Le camp démocrate veut empêcher Donald Trump de financer sa lutte contre l’immigration, quitte à aller jusqu’à un nouveau blocage complet (“shutdown”). Le bras de fer se poursuit aussi dans les arcanes de la justice. Un juge fédéral du Minnesota a interdit la détention des réfugiés encore dépourvus du statut de résident permanent, mais qui vivent légalement dans cet Etat américain.Dans son ordonnance publiée mercredi, le juge John Tunheim a considéré que l’administration pouvait poursuivre “l’application légale des lois sur l’immigration” mais devait le faire “sans arrêter ni détenir” ces personnes légalement admises sur le sol américain. Il a demandé la libération des réfugiés actuellement dans cette situation.Et dans un autre dossier, un magistrat fédéral a jugé “probable que l’ICE ait violé davantage d’ordonnances judiciaires en janvier 2026 que certaines agences fédérales durant toute leur existence”.A Washington, la ministre de la Justice Pam Bondi a pour sa part déclaré mercredi sur X que 16 “émeutiers” suspectés d’avoir “agressé des agents fédéraux des forces de l’ordre” avaient été arrêtés. Sur place, la peur des raids mobilise des citoyens qui tournent dans les rues pour débusquer les policiers fédéraux.- “Enlevés dans la rue” -“J’ai l’impression que les crimes commis contre les habitants de Minneapolis ont atteint un tel niveau que nous ne serons plus jamais les mêmes”, a assuré à l’AFP Dylan Alverson, propriétaire d’un café solidaire.”On ne voit rien qui change sur le terrain, les gens se font toujours enlever dans la rue”, regrette pour sa part Jennifer Arnold, 39 ans, qui a créé un réseau d’entraide à Minneapolis pour emmener les enfants de migrants à l’école.Mardi, la députée démocrate du Minnesota Ilhan Omar, une des cibles favorites de Donald Trump, avait été agressée par un homme muni d’une seringue remplie d’un liquide nauséabond non identifié. Le FBI s’est saisi de l’enquête. La chaîne CNN, citant des sources policières, affirme qu’il s’agissait probablement de vinaigre de cidre.Des vidéos analysées par l’AFP et d’autres médias décrédibilisent la thèse défendue au départ par l’administration américaine, selon laquelle Alex Pretti, qui portait légalement une arme, menaçait les forces de l’ordre.Dans une nouvelle vidéo diffusée par plusieurs chaînes américaines et qui ne pouvait être authentifiée dans l’immédiat par l’AFP, on le voit lors d’une violente altercation avec des agents fédéraux dont il dégrade notamment un véhicule à coups de pied, plus d’une semaine avant sa mort. burs-dla/aje/cbr/ph

Face aux pressions internationales, l’Iran prêt à une “riposte écrasante”

Menaces d’intervention militaire américaine, possibles sanctions de l’UE jeudi contre les Gardiens de la révolution: face à la pression occidentale, l’Iran, qui a maté dans le sang la contestation populaire, affiche son inflexibilité et se dit prêt à une “riposte écrasante”.Après les déclarations du chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi affirmant que les forces armées avaient “le doigt sur la gâchette”, le chef de l’armée Amir Hatami a annoncé avoir doté les régiments de combat de 1.000 drones.Face aux “menaces auxquelles nous sommes confrontées”, l’armée a pour “priorité de renforcer ses atouts stratégiques en vue d’une riposte rapide et écrasante à toute invasion et attaque”, a déclaré le général, cité par la télévision d’Etat.L’Iran a notamment menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, passage clé pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le quotidien Kayhan proche du pouvoir affirme jeudi dans un éditorial que “fermer le détroit relève du droit de la République islamique d’Iran”. “Si l’ennemi brandit une épée, nous n’allons pas l’accueillir avec un sourire diplomatique”, ajoute le journal.- “Organisation terroriste” -Ces nouvelles déclarations interviennent au lendemain de menaces du président américain Donald Trump: il a averti Téhéran que le “temps était compté” avant une éventuelle attaque américaine, “pire” que celle menée en juin dernier contre des sites nucléaires iraniens. Parallèlement, Washington a déployé des forces militaires navales dans le Golfe, dont le porte-avions Abraham Lincoln.De son côté, l’Union européenne accentue également la pression. Les 27 doivent décider jeudi s’ils ajoutent les Gardiens de la Révolution, bras armé de la République islamique, sur la liste des organisations terroristes, en réponse à la répression “la plus violente” de l’histoire récente du pays.”Si vous agissez en terroriste, vous devez être traité comme tel”, a lancé la cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas, peu avant le début d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 à Bruxelles.Plusieurs pays, dont la France, l’Espagne, la Belgique ou l’Italie, se sont déclarés favorables à cette décision.Les Gardiens de la Révolution sont accusés par les organisations de droits humains d’avoir orchestré la répression meurtrière du vaste mouvement contestataire qui a secoué le pays, faisant des milliers de morts.L’Iran a mis en garde contre des “conséquences destructrices” si l’UE décidait de cette inscription, qui pourrait cependant n’avoir qu’un impact limité, les Gardiens faisant déjà l’objet de sanctions européennes.- Voie diplomatique ? -Les voies diplomatiques ne semblent toutefois pas encore épuisées. Après des tractations avec les pays du Golfe opposés à une intervention américaine, le chef de la diplomatie iranienne se rendra vendredi en Turquie, pays souhaitant jouer un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington.Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan “réitérera l’opposition de la Turquie à toute intervention militaire contre l’Iran”, selon une source du ministère s’exprimant sous couvert d’anonymat.Dans une interview à la chaîne CNN diffusée jeudi par l’agence Irna, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf s’est dit ouvert à un “dialogue réel et dans le cadre des règles internationales” avec les Etats-Unis.”Tant qu’il n’y a pas de garanties pour les droits du peuple iranien, et que la dignité de la nation iranienne n’est pas respectée, il n’y a naturellement pas de négociations”, a-t-il prévenu.Moscou, de son côté, a estimé que le potentiel de négociations était “loin d’être épuisé”, appelant “toutes les parties à la retenue”.- Peur des hôpitaux -Les bilans des ONG sur la violente répression qui s’est abattue sur les manifestants en janvier font état de milliers, voire de dizaines de milliers de morts.D’après un nouveau décompte de l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis, 6.373 personnes, dont 5.993 manifestants, ont été tuées durant le mouvement de contestation, 11.018 gravement blessées et 42.486 arrêtées. Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17.000 décès en cours d’examen, écrit l’ONG sur X, ajoutant que les restrictions de communication restaient en place malgré un rétablissement partiel d’internet après trois semaines de coupure.Alors que des témoignages font état de blessés refusant d’aller se faire soigner à l’hôpital par crainte d’être arrêtés sur place, un haut responsable du ministère de la Santé, Abbas Ebadi, a assuré jeudi que les établissements de santé ne pratiquaient aucune “discrimination de race, idéologie ou nationalité. Qu’ils soient étrangers, Iraniens, manifestants ou non, nous les soignons”, a-t-il déclaré.Ces tensions ont fait grimper le baril de pétrole Brent au-dessus de la barre des 70 dollars pour la première fois depuis septembre.

Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d’une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l’Ethiopie.De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l’Afar. Des tirs d’armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés. Ces tensions font planer le risque d’une reprise d’un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l’armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l’Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l’Amhara, ont déclaré à l’AFP, sous couvert d’anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.- “Raisons opérationnelles” -A Tsemlet, face aux forces tigréennes, “ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas”, a déclaré la source diplomatique, sous couvert d’anonymat. Des affrontements se sont tenus “ces derniers jours”, mais “aujourd’hui on ne sait pas encore” s’il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails. Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l’anonymat.”La situation semble dégénérer”, a corroboré la source sécuritaire, se montrant “dubitative sur la capacité des TDF (l’armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt”.Le porte-parole de l’armée fédérale et des membres du TPLF n’ont pour l’heure pas donné suite aux sollicitations de l’AFP.Les liaisons aériennes vers le Tigré d’Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire. Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l’accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l’accord de paix.Selon deux responsables d’Ethiopian Airlines, qui ont requis l’anonymat, les vols ont été interrompus pour “raisons opérationnelles”, sans donner plus de détails.L’un d’eux a toutefois déclaré “suspecter” que l’arrêt pour l’instant temporaire du trafic soit lié “aux tensions politiques” entre les autorités fédérales et l’administration au Tigré.- “Escalade militaire” -Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l’AFP et qui a lui aussi requis l’anonymat, une “anxiété croissante” se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l’Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l’accord de paix de Pretoria – auquel elles n’ont pas participé – qui prévoyait leur retrait.Début 2025, le chef de l’administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF. Ce parti qui a dominé l’Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l’arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d’être aujourd’hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s’être rapproché de l’Erythrée voisine. Les relations entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique, qui s’étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d’un nouveau conflit. Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes “n’est pas surprenante”. “Le risque d’une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes”, a-t-il confié à l’AFP.