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Le duel commercial devient guerre de tranchées entre Pékin et Washington

C’est désormais à qui clignera en premier: la Chine a durci sa riposte douanière contre Donald Trump, lequel reste persuadé que son bras de fer commercial marche “vraiment bien”, ce dont les investisseurs et les consommateurs américains doutent de plus en plus ouvertement.Les marchés boudent à la fois la devise, la dette et les actions américaines, dans un accès de défiance généralisée que l’on observe d’ordinaire envers certains pays émergents, pas pour la première puissance mondiale.Le très influent patron de la banque JP Morgan, Jamie Dimon, a reconnu vendredi que l’économie faisait “face à des turbulences considérables”.Le président américain a lui estimé sur son réseau Truth Social que sa politique en matière de droits de douane “fonctionnait vraiment bien” .Donald Trump, décidé à concentrer ses foudres douanières sur la Chine, n’a pas commenté précisément l’annonce par Pékin d’un relèvement à 125% de ses surtaxes douanières sur les produits venus des États-Unis.- “La Chine l’ignorera” -Alors que le milliardaire républicain se dit persuadé que la Chine veut négocier, le communiqué du ministère chinois des Finances vendredi signale plutôt un enkystement.”Comme à ce niveau de tarifs douaniers, les produits américains exportés vers la Chine ne sont plus viables sur le marché” chinois, si Washington continue d’augmenter ses droits de douane, “la Chine l’ignorera”, a-t-il averti.L’incertitude continue de faire plonger le dollar, qui a atteint vendredi un plus bas face à l’euro en plus de trois ans. Les marchés boursiers européens sont repartis dans le rouge. A Wall Street, fébrile, les indices évoluaient en dents de scie. Les taux des emprunts d’Etat américains à dix ans se tendaient nettement, ce qui signifie que les investisseurs continuaient à s’en défaire.La confiance des consommateurs a reculé fortement en avril aux Etats-Unis, selon un baromètre très suivi, publié vendredi par l’université du Michigan. Un recul “généralisé et unanime quels que soient l’âge, le revenu, le niveau d’études, le lieu de vie ou l’appartenance politique”,a souligné la directrice de cette enquête, Joanne Hsu.Cela suffira-t-il à faire plier Donald Trump, qui passe vendredi une visite médicale?- Européens entre deux feux -Mercredi, il avait fait en partie marche arrière dans son assaut protectionniste en suspendant pour 90 jours des surtaxes douanières sur les partenaires commerciaux des Etats-Unis, sauf Pékin, tout en laissant en place certains droits de douane augmentés et une taxe plancher de 10%.La Chine a été finalement frappée par une taxe totale monumentale à 145%, soit 125% s’ajoutant à des droits de douane de 20% préexistants.Les Européens, eux, sont pris entre deux feux: à la fois pressés de négocier par les Etats-Unis et obligés de composer avec la Chine.Lors d’une rencontre vendredi à Pékin avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le président chinois Xi Jinping a invité l’Union européenne à “résister ensemble” face à la guerre commerciale de Donald Trump.Pedro Sanchez a lui appelé à “rectifier” le déficit commercial des Européens avec la Chine mais sans “entraver le potentiel de croissance des relations” avec Pékin.Le président français Emmanuel Macron a prévenu vendredi sur X que la pause était “fragile” et dit aux Européens de se “montrer forts”.Dans l’immédiat, l’UE a suspendu sa riposte et le commissaire européen en charge du commerce, Maros Sefcovic, se rendra lundi à Washington.Si les discussions avec les États-Unis échouent, la Commission européenne pourrait taxer les géants américains de la tech, a menacé sa présidente Ursula von der Leyen.Dans cette bataille des grandes puissances, l’ONU a mis en garde sur le sort des pays les plus démunis comme le Lesotho, le Cambodge, le Laos ou encore Madagascar et la Birmanie.Ils sont “les plus exposés aux instabilités du système de commerce mondial et les moins équipés pour s’adapter en cas de besoin” a noté Pamela Coke-Hamilton, directrice exécutive du Centre du Commerce International, une entité conjointe de l’ONU et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).burs-aue/bpe

Le duel commercial devient guerre de tranchées entre Pékin et Washington

C’est désormais à qui clignera en premier: la Chine a durci sa riposte douanière contre Donald Trump, lequel reste persuadé que son bras de fer commercial marche “vraiment bien”, ce dont les investisseurs et les consommateurs américains doutent de plus en plus ouvertement.Les marchés boudent à la fois la devise, la dette et les actions américaines, dans un accès de défiance généralisée que l’on observe d’ordinaire envers certains pays émergents, pas pour la première puissance mondiale.Le très influent patron de la banque JP Morgan, Jamie Dimon, a reconnu vendredi que l’économie faisait “face à des turbulences considérables”.Le président américain a lui estimé sur son réseau Truth Social que sa politique en matière de droits de douane “fonctionnait vraiment bien” .Donald Trump, décidé à concentrer ses foudres douanières sur la Chine, n’a pas commenté précisément l’annonce par Pékin d’un relèvement à 125% de ses surtaxes douanières sur les produits venus des États-Unis.- “La Chine l’ignorera” -Alors que le milliardaire républicain se dit persuadé que la Chine veut négocier, le communiqué du ministère chinois des Finances vendredi signale plutôt un enkystement.”Comme à ce niveau de tarifs douaniers, les produits américains exportés vers la Chine ne sont plus viables sur le marché” chinois, si Washington continue d’augmenter ses droits de douane, “la Chine l’ignorera”, a-t-il averti.L’incertitude continue de faire plonger le dollar, qui a atteint vendredi un plus bas face à l’euro en plus de trois ans. Les marchés boursiers européens sont repartis dans le rouge. A Wall Street, fébrile, les indices évoluaient en dents de scie. Les taux des emprunts d’Etat américains à dix ans se tendaient nettement, ce qui signifie que les investisseurs continuaient à s’en défaire.La confiance des consommateurs a reculé fortement en avril aux Etats-Unis, selon un baromètre très suivi, publié vendredi par l’université du Michigan. Un recul “généralisé et unanime quels que soient l’âge, le revenu, le niveau d’études, le lieu de vie ou l’appartenance politique”,a souligné la directrice de cette enquête, Joanne Hsu.Cela suffira-t-il à faire plier Donald Trump, qui passe vendredi une visite médicale?- Européens entre deux feux -Mercredi, il avait fait en partie marche arrière dans son assaut protectionniste en suspendant pour 90 jours des surtaxes douanières sur les partenaires commerciaux des Etats-Unis, sauf Pékin, tout en laissant en place certains droits de douane augmentés et une taxe plancher de 10%.La Chine a été finalement frappée par une taxe totale monumentale à 145%, soit 125% s’ajoutant à des droits de douane de 20% préexistants.Les Européens, eux, sont pris entre deux feux: à la fois pressés de négocier par les Etats-Unis et obligés de composer avec la Chine.Lors d’une rencontre vendredi à Pékin avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le président chinois Xi Jinping a invité l’Union européenne à “résister ensemble” face à la guerre commerciale de Donald Trump.Pedro Sanchez a lui appelé à “rectifier” le déficit commercial des Européens avec la Chine mais sans “entraver le potentiel de croissance des relations” avec Pékin.Le président français Emmanuel Macron a prévenu vendredi sur X que la pause était “fragile” et dit aux Européens de se “montrer forts”.Dans l’immédiat, l’UE a suspendu sa riposte et le commissaire européen en charge du commerce, Maros Sefcovic, se rendra lundi à Washington.Si les discussions avec les États-Unis échouent, la Commission européenne pourrait taxer les géants américains de la tech, a menacé sa présidente Ursula von der Leyen.Dans cette bataille des grandes puissances, l’ONU a mis en garde sur le sort des pays les plus démunis comme le Lesotho, le Cambodge, le Laos ou encore Madagascar et la Birmanie.Ils sont “les plus exposés aux instabilités du système de commerce mondial et les moins équipés pour s’adapter en cas de besoin” a noté Pamela Coke-Hamilton, directrice exécutive du Centre du Commerce International, une entité conjointe de l’ONU et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).burs-aue/bpe

Un responsable de la Fed dégrade fortement ses prévisions pour l’économie américaine

Un responsable de la Réserve fédérale (Fed) américaine a fortement dégradé vendredi ses prévisions pour la première économie mondiale devant les “turbulences” dues notamment aux droits de douane: moins de croissance, plus d’inflation et de chômage.Après avoir évoqué “des temps de turbulences et d’incertitudes”, le président de la Fed de New York John Williams a mis à jour ses prévisions pour l’économie américaine, lors d’un discours prononcé à Puerto Rico.”Je m’attends désormais à ce que la croissance du PIB [produit intérieur brut] ralentisse considérablement par rapport à son rythme de l’an dernier, vraisemblablement sous 1%”, a déclaré le responsable qui vote sur les décisions de politique monétaire de la banque centrale des Etats-Unis.Il a cité comme facteurs “le ralentissement de la croissance de la main-d’oeuvre disponible en raison d’une immigration réduite” et “l’impact cumulé de l’incertitude et des droits de douane”.La croissance du PIB était de 2,8% en 2024 (par rapport à 2023).”Du fait de cette décélération de la croissance, j’anticipe que le taux de chômage va croître, passant d’ici la fin de l’année de 4,2% actuellement à entre 4,5% et 5%”, a-t-il ajouté.”Je m’attends à ce que les droits de douane relevés accentuent l’inflation cette année (pour atteindre) entre 3,5% et 4%”, a-t-il enchaîné.L’indice d’inflation de référence pour la Fed, le CPE, est pour l’heure de 2,5%, au-dessus de son objectif de 2%.Par ailleurs, avant que débute son discours, l’Université du Michigan a dévoilé une estimation de la confiance des consommateurs américains plongeant de 11% en avril, à 30% de moins qu’en décembre et en recul général quel que soit l’âge, revenu, niveau d’études ou appartenance politique, les anticipations d’inflation étant au plus haut depuis 1981.

Brésil: Bolsonaro hospitalisé pour de “fortes douleurs” à l’abdomen

L’ex-président brésilien Jair Bolsonaro a été hospitalisé vendredi à Natal (nord-est) après avoir ressenti de “fortes douleurs” à l’abdomen héritées d’une attaque à l’arme blanche subie en 2018.L’ancien chef d’Etat d’extrême droite (2019-2022) avait débuté une tournée pour mobiliser ses partisans dans cette région pauvre du Brésil, deux semaines après avoir été renvoyé en procès pour tentative présumée de coup d’Etat.Déjà inéligible jusqu’en 2030, il risque une peine cumulée de plus de quarante ans de prison mais espère encore concourir au scrutin de 2026.Vêtu d’un maillot jaune et vert de l’équipe nationale brésilienne de football, M. Bolsonaro, 70 ans, est sorti d’une ambulance sur un brancard, une perfusion à un bras, selon des images d’un photographe de l’AFP.Il est ensuite entré dans une clinique privée à Natal, capitale de l’Etat du Rio Grande do Norte.Une porte-parole du Parti libéral (PL), sa formation politique, a expliqué à l’AFP qu’il avait été transféré en hélicoptère depuis la ville de Santa Cruz, à une centaine de kilomètres de là, où il avait commencé à être soigné dans un autre hôpital. “Il a eu un malaise, lié à l’attentat à l’arme blanche de 2018”, a expliqué cette porte-parole.Cette année-là, l’ancien capitaine de l’armée avait été poignardé par un déséquilibré en plein bain de foule, à quelques semaines de l’élection présidentielle qu’il a finalement remportée.Les séquelles ont valu à M. Bolsonaro plusieurs hospitalisations ces dernières années. Lors de certains de ces passages à l’hôpital, il a subi des interventions chirurgicales.- “Douleurs insupportables” -Le sénateur Rogerio Marinho, ancien ministre du gouvernement Bolsonaro et actuellement sénateur élu du Rio Grande do Norte, avait publié plus tôt dans la matinée sur les réseaux sociaux une vidéo montrant l’ex-chef d’Etat au contact de sympathisants.”Quand nous sommes arrivés dans la ville de Tangara, il a commencé à ressentir des douleurs insupportables et nous avons mis fin au programme prévu”, a-t-il raconté.”Nous l’avons amené à l’hôpital régional de Santa Cruz, où il a été très bien soigné (…), puis un hélicoptère s’est posé dans un terrain de football de la ville pour l’amener à Natal”, a-t-il ajouté.Selon lui, l’hélicoptère a été mis à disposition par les autorités locales du Rio Grande do Norte.”Espérons qu’il ne s’agit que d’un incident mineur et qu’il n’y aura pas besoin d’une intervention chirurgicale”, a poursuivi M. Marinho, appelant à “prier” pour l’ex-président.Fin mars, la Cour suprême a décidé d’ouvrir un procès contre M. Bolsonaro pour une tentative présumée de coup d’Etat qu’il aurait ourdie pour conjurer sa défaite électorale de 2022 face au président actuel de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva.Le parquet l’accuse d’être le “leader d’une organisation criminelle” ayant conspiré de longue date pour “garantir son maintien au pouvoir”.L’ex-président a toujours clamé son innoncence, se disant victime de “persécution” politique.Déclaré inéligible jusqu’en 2030 pour ses attaques sans preuves sur la fiabilité du système d’urnes électroniques brésilien, il espère encore faire annuler ou réduire cette condamnation pour se présenter à la présidentielle de 2026.

Gaza: dix morts dont sept enfants dans un raid israélien selon les secours

La Défense civile palestinienne a annoncé la mort de 10 membres d’une même famille dans un raid aérien israélien vendredi dans la bande de Gaza, l’ONU dénonçant l’impact sur les civils, en particulier enfants et femmes, des frappes israéliennes. Sept enfants figurent parmi les dix Palestiniens, âgées de trois à 58 ans, tués dans le raid mené vers 03H30 (00H30 GMT) à Khan Younès dans le sud du territoire palestinien assiégé par Israël, a déclaré à l’AFP Mahmoud Bassal, le porte-parole de la Défense civile.L’armée israélienne a dit examiner ces informations. Dans un communiqué, elle a annoncé avoir frappé ces dernières 24 heures une quarantaine de “cibles terroristes” dans la bande de Gaza dévastée par la guerre déclenchée par une attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.Dans la cour de l’hôpital Nasser de Khan Younès, des habitants pleurent devant des corps de proches tués dans la frappe israélienne, alignés dans des sacs mortuaires blancs, selon des images de l’AFP. Une femme en larmes caresse le visage d’un homme défunt. La maison de la famille al-Farra a été complètement éventrée, des gravats et objets personnels – une chaussure de sport, un ballon de football – jonchent le sol alentour. Des témoins ont fait état de tirs continus et intensifs de chars israéliens le matin à Khan Younès.”Au cours de la nuit, les troupes israéliennes ont intensifié leurs opérations terrestres dans le couloir de Morag”, a indiqué l’armée, en référence à une zone tampon instaurée entre Khan Younès et Rafah.Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a accusé Israël de “barbarie” après la frappe à Khan Younès. A Genève, une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Ravina Shamdasani, a estimé que les actions d’Israël menaçaient la “possibilité pour les Palestiniens de continuer à vivre” dans ce territoire.- “Uniquement des femmes et des enfants” -Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, “entre le 18 mars et le 9 avril 2025, il y a eu environ 224 frappes israéliennes sur des immeubles résidentiels et des tentes pour déplacés” et pour “36 frappes répertoriées et corroborées” par le Haut-Commissariat, les victimes “étaient uniquement des femmes et des enfants jusqu’à présent”.L’armée israélienne répète que les combattants palestiniens se réfugient parmi les civils, utilisés selon elle comme boucliers, ce que le Hamas dément.Après une trêve de deux mois, Israël a repris son offensive le 18 mars à Gaza. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu soutient qu’une pression militaire accrue est le seul moyen de forcer le Hamas à rendre les otages, morts ou vivants, encore captifs dans Gaza.Plus de 1.500 Palestiniens ont été tués depuis le 18 mars, portant à 50.912 le nombre de morts dans le territoire palestinien depuis le début de l’offensive dévastatrice israélienne lancée en représailles à l’attaque du 7-Octobre.Cette attaque a entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres officiels. Sur les 251 personnes enlevées durant l’attaque, 58 sont toujours retenues à Gaza dont 34 mortes selon l’armée israélienne.Vendredi, des médias israéliens ont rapporté que l’Egypte et Israël avaient échangé des projets de documents portant sur un accord de cessez-le-feu et de libération d’otages.Selon le Times of Israël, la proposition égyptienne prévoirait la remise à Israël de 16 otages, huit vivants et huit morts, en échange d’une trêve de 40 à 70 jours et de la libération d’un grand nombre de prisonniers palestiniens.Un haut responsable du Hamas a affirmé sous couvert de l’anonymat que son mouvement n’avait “reçu aucune nouvelle offre de cessez-le-feu”, mais qu’il était “ouvert à toute nouvelle proposition” menant à un cessez-le-feu et au retrait israélien de Gaza. – “Tout laissé” – Dans un message pour Pessah, la Pâque juive, Benjamin Netanyahu a réaffirmé son engagement à ramener les otages.Vendredi, le chef de la diplomatie saoudienne Fayçal ben Farhane a appelé, après une réunion avec ses homologues régionaux en Turquie, à exercer une “pression maximale pour garantir” l’acheminement à Gaza de l’aide humanitaire, dont Israël bloque l’entrée depuis début mars. Dans le territoire palestinien qualifié de “champ de mort” par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, les quelque 2,4 millions d’habitants ont été plusieurs fois déplacés par la guerre et vivent dans des conditions très dures.L’armée israélienne a lancé de nouveaux appels aux habitants à évacuer des quartiers de Gaza-ville (nord).Parmi ces habitants, Oum Tawfiq affirme à l’AFP avoir “tout laissé” derrière elle. “Je n’ai rien pris de ma maison ni de mes souvenirs. Je suis seulement partie avec mes enfants.” 

Gaza: dix morts dont sept enfants dans un raid israélien selon les secours

La Défense civile palestinienne a annoncé la mort de 10 membres d’une même famille dans un raid aérien israélien vendredi dans la bande de Gaza, l’ONU dénonçant l’impact sur les civils, en particulier enfants et femmes, des frappes israéliennes. Sept enfants figurent parmi les dix Palestiniens, âgées de trois à 58 ans, tués dans le raid mené vers 03H30 (00H30 GMT) à Khan Younès dans le sud du territoire palestinien assiégé par Israël, a déclaré à l’AFP Mahmoud Bassal, le porte-parole de la Défense civile.L’armée israélienne a dit examiner ces informations. Dans un communiqué, elle a annoncé avoir frappé ces dernières 24 heures une quarantaine de “cibles terroristes” dans la bande de Gaza dévastée par la guerre déclenchée par une attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.Dans la cour de l’hôpital Nasser de Khan Younès, des habitants pleurent devant des corps de proches tués dans la frappe israélienne, alignés dans des sacs mortuaires blancs, selon des images de l’AFP. Une femme en larmes caresse le visage d’un homme défunt. La maison de la famille al-Farra a été complètement éventrée, des gravats et objets personnels – une chaussure de sport, un ballon de football – jonchent le sol alentour. Des témoins ont fait état de tirs continus et intensifs de chars israéliens le matin à Khan Younès.”Au cours de la nuit, les troupes israéliennes ont intensifié leurs opérations terrestres dans le couloir de Morag”, a indiqué l’armée, en référence à une zone tampon instaurée entre Khan Younès et Rafah.Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a accusé Israël de “barbarie” après la frappe à Khan Younès. A Genève, une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Ravina Shamdasani, a estimé que les actions d’Israël menaçaient la “possibilité pour les Palestiniens de continuer à vivre” dans ce territoire.- “Uniquement des femmes et des enfants” -Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, “entre le 18 mars et le 9 avril 2025, il y a eu environ 224 frappes israéliennes sur des immeubles résidentiels et des tentes pour déplacés” et pour “36 frappes répertoriées et corroborées” par le Haut-Commissariat, les victimes “étaient uniquement des femmes et des enfants jusqu’à présent”.L’armée israélienne répète que les combattants palestiniens se réfugient parmi les civils, utilisés selon elle comme boucliers, ce que le Hamas dément.Après une trêve de deux mois, Israël a repris son offensive le 18 mars à Gaza. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu soutient qu’une pression militaire accrue est le seul moyen de forcer le Hamas à rendre les otages, morts ou vivants, encore captifs dans Gaza.Plus de 1.500 Palestiniens ont été tués depuis le 18 mars, portant à 50.912 le nombre de morts dans le territoire palestinien depuis le début de l’offensive dévastatrice israélienne lancée en représailles à l’attaque du 7-Octobre.Cette attaque a entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres officiels. Sur les 251 personnes enlevées durant l’attaque, 58 sont toujours retenues à Gaza dont 34 mortes selon l’armée israélienne.Vendredi, des médias israéliens ont rapporté que l’Egypte et Israël avaient échangé des projets de documents portant sur un accord de cessez-le-feu et de libération d’otages.Selon le Times of Israël, la proposition égyptienne prévoirait la remise à Israël de 16 otages, huit vivants et huit morts, en échange d’une trêve de 40 à 70 jours et de la libération d’un grand nombre de prisonniers palestiniens.Un haut responsable du Hamas a affirmé sous couvert de l’anonymat que son mouvement n’avait “reçu aucune nouvelle offre de cessez-le-feu”, mais qu’il était “ouvert à toute nouvelle proposition” menant à un cessez-le-feu et au retrait israélien de Gaza. – “Tout laissé” – Dans un message pour Pessah, la Pâque juive, Benjamin Netanyahu a réaffirmé son engagement à ramener les otages.Vendredi, le chef de la diplomatie saoudienne Fayçal ben Farhane a appelé, après une réunion avec ses homologues régionaux en Turquie, à exercer une “pression maximale pour garantir” l’acheminement à Gaza de l’aide humanitaire, dont Israël bloque l’entrée depuis début mars. Dans le territoire palestinien qualifié de “champ de mort” par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, les quelque 2,4 millions d’habitants ont été plusieurs fois déplacés par la guerre et vivent dans des conditions très dures.L’armée israélienne a lancé de nouveaux appels aux habitants à évacuer des quartiers de Gaza-ville (nord).Parmi ces habitants, Oum Tawfiq affirme à l’AFP avoir “tout laissé” derrière elle. “Je n’ai rien pris de ma maison ni de mes souvenirs. Je suis seulement partie avec mes enfants.” 

Rudoyée par Trump, l’UE se tourne vers d’autres partenaires

Des sommets aux quatre coins du globe, des négociations commerciales lancées tous azimuts: rudoyée par les Etats-Unis de Donald Trump, l’Union européenne est embarquée dans une opération séduction pour diversifier ses alliances.Menacée à trois reprises par des droits de douane du président américain au cours des derniers mois, le bloc européen tente par tous les moyens de nouer de nouveaux partenariats, ou donner un second souffle à ceux existants.L’Europe n’a évidemment pas décidé de tourner le dos à son principal partenaire commercial, avec qui elle échange annuellement 1.600 milliards d’euros de biens et services.Tout au long de la semaine, Bruxelles a plaidé pour des négociations “constructives” avec Washington. Quand les Etats-Unis ont annoncé repousser de 90 jours l’application de certains droits de douane, l’Europe a dans la foulée suspendu ses mesures de riposte.Mais face à un allié américain imprévisible, très tenté par le protectionnisme, le Vieux continent sait qu’il n’a d’autre choix que de proposer son immense marché intérieur de 450 millions de consommateurs à d’autres. Et trouver de nouveaux débouchés pour ses produits.- Rendez-vous à Samarcande -Le calendrier sur lequel Bruxelles avance suit une logique précise.La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a commencé par signer un accord de libre-échange avec le bloc sud-américain du Mercosur, un mois tout juste après l’élection de Donald Trump, en dépit des vives protestations de la France.Elle a annoncé renforcer le partenariat commercial de l’UE avec le Mexique quelques jours seulement avant que Donald Trump ne prête serment, en janvier. Et relancé des négociations longtemps enterrées avec la Malaisie le jour même de l’investiture du milliardaire républicain.Accompagnée de son équipe de commissaires et du président du Conseil Antonio Costa, la cheffe de l’exécutif européen s’est depuis rendue à des sommets en Inde, en Afrique du sud et en Asie centrale. Quitte à reléguer au second plan certaines préoccupations sur le traitement des droits humains par certains de ces pays, exprimées par le passé.La première réaction d’Ursula von der Leyen aux droits de douane de Donald Trump du 2 avril est d’ailleurs venue de… Samarcande, en Ouzbékistan, où elle était venue plaider pour l’accélération des flux commerciaux entre l’Union européenne et l’Asie.”L’Europe poursuit la diversification de ses partenariats commerciaux”, a encore assuré la présidente de la Commission européenne jeudi, tendant la main à tous ceux qui croient aux principes “de liberté et d’ouverture” des marchés.- La tentation chinoise -L’UE a elle aussi reçu des mains tendues. Et notamment celle de Pékin, ciblé par des taxes de 145% sur ses exportations vers les Etats-Unis. Le président chinois Xi Jinping a invité vendredi Bruxelles à mutualiser leurs forces pour “résister” ensemble à la “coercition” de Washington. Dans la foulée, l’Union européenne a confirmé la tenue d’un sommet entre les dirigeants chinois et ceux des institutions européennes courant juillet, en Chine.Un rapprochement avec Pékin n’est toutefois pas sans risques. Certains dirigeants européens craignent que la Chine n’inonde le continent des produits qu’elle ne pourrait plus envoyer vers les Etats-Unis, quitte à brader ses prix. Avec le risque que l’industrie européenne, dont de nombreux secteurs sont déjà mis à mal par la concurrence chinoise, soit encore plus menacée.”L’UE peut diversifier et étendre ses relations commerciales ailleurs dans le monde, mais elle ne trouvera pas de marché où la demande et le pouvoir d’achat sont aussi importants qu’aux Etats-Unis”, résume Varg Folkman du European Policy Centre. D’autant que la conclusion d’accords convenables aux 27 pays membres de l’UE comme le tracé de nouvelles routes commerciales “prendront du temps”, prédit l’analyste auprès de l’AFP. “Cela ne se fera pas en un claquement de doigts”.

“Enquêtrice à l’ONU”: avec Agnès Callamard dans les coulisses du système international

Comment enquêter sur des exécutions extra-judiciaires lorsqu’on est mandatée par l’ONU ? Entre pressions diplomatiques et moyens dérisoires, Agnès Callamard, rapporteuse spéciale de 2016 à 2021, raconte les coulisses du système onusien dans sa quête de vérité.Assassinats politiques, crimes d’Etat ou exécutions commises par les groupes armés: “Enquêtrice à l’ONU”, son livre paru le 9 avril chez Flammarion co-écrit avec le journaliste Alexandre Duyck, revient sur des dossiers emblématiques.”Au départ, ce sont souvent des coups de cœur, des coups de colère qui m’amènent à faire ces enquêtes”, explique-t-elle à l’AFP, regard perçant derrière ses lunettes rondes aux branches rose fluo.Quand elle s’intéresse aux meurtres des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon en 2013 au Mali, elle se heurte à “des murs”: le mutisme de la force onusienne sur les lieux lors de l’enlèvement, puis l'”utilisation démesurée du secret-défense par la France”.”Pourquoi tous ces mensonges, les silences et les secrets de toutes les parties prenantes ?”: dans ce dossier qui la laisse amère de n’avoir pu aller au bout, elle ne “croit plus” à l’émergence de la vérité.Dans le cas de l’assassinat en 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, c’était un “coup de colère”: personne ne s’intéressait au sort d’un homme tué et découpé en morceaux dans le consulat du Royaume en Turquie.Agnès Callamard, aujourd’hui secrétaire générale d’Amnesty International, comprend alors que les Nations unies n’entendent pas s’en mêler. “+Vous pensez vraiment que c’est une bonne idée? N’allez-vous pas sortir du cadre du mandat?+”, entend-elle.- Avancer les frais -Et puis il y a les conditions de travail parfois “ubuesques”, surtout financièrement. Non seulement la fonction est bénévole (elle est alors professeure à l’université américaine de Columbia), mais elle avance les frais pour se rendre à Washington, où vivait Jamal Khashoggi – plus de 15.000 dollars.Si l’accès à la scène de crime lui est interdit, les autorités turques lui fournissent des enregistrements audio de l’intérieur du consulat pour retracer les derniers instants du journaliste.Après des mois d’enquête et une centaine d’entretiens dans six pays, son rapport publié en 2019 réclame des sanctions et met directement en cause le prince héritier, Mohammed Ben Salman.La démarche suivie après l’empoisonnement en 2020 de l’opposant russe Alexeï Navalny avec un agent neurotoxique – il est finalement mort dans une prison russe en 2024 – suit le même raisonnement: “Comment je prouve la responsabilité de l’Etat russe?”.”Dans le cas de Jamal, comme dans celui d’Alexeï, nous ne pouvions en aucun cas conclure que ces meurtres ou tentatives de meurtre étaient le fait d’individus agissant de leur propre chef” sans intervention du pouvoir, affirme-t-elle.A chaque fois, il faut faire fi des menaces et désaveux de ceux qu’elle et son équipe dérangent, souvent des autocrates mais pas seulement.- “Image salie” -En 2020 le secrétaire d’Etat américain d’alors, Mike Pompeo, dénonce un rapport “fallacieux” sur la frappe américaine contre le général iranien Qassem Soleimani à Bagdad et appelle à “se méfier du discours des Nations unies”.Il ne s’agissait pas de “légitime défense”, relève Mme Callamard, inquiète de voir se multiplier les assassinats ciblés par drone en violation du droit international. Si on se permet d’éliminer ainsi de hauts responsables officiels, qui seront les prochaines cibles ?Ses investigations montrent la difficulté d’obtenir l’ouverture d’enquêtes judiciaires, et pour l’ONU d’imposer des sanctions.”Il y a eu un manque de courage de la part des autorités onusiennes, à certains moments” face à “l’Arabie saoudite, la Chine, les Etats-Unis ou la Russie, des États puissants sur lesquels repose notamment le budget des Nations unies”.Pour elle, le rôle des rapporteurs spéciaux reste pourtant “fondamental” pour “soutenir tous ceux qui se battent seuls” et “risquent vraiment leur vie”, journalistes ou militants. Car même quand la justice est inopérante, “aucun pays n’aime voir son image salie”.Elle cite la rapporteuse de l’ONU pour les Territoires palestiniens Francesca Albanese, qui dénonce “les crimes les plus odieux” à Gaza, en accusant Israël de “génocide”.Face au “piétinement” généralisé du droit international et aux dérives autoritaires croissantes, elle appelle à réformer les institutions internationales. A commencer par le Conseil de sécurité de l’ONU: “Partout où il y a des crises humanitaires, des morts, le droit de veto (réservé à ses cinq membres permanents) devrait être prohibé ou restreint”.