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Macron à Mayotte pour donner “un coup d’accélérateur” à la reconstruction
Emmanuel Macron multiplie les rencontres lundi à Mayotte pour donner “un coup d’accélérateur” à la reconstruction de l’archipel meurtri en décembre par le cyclone Chido, avant de présenter un plan de “refondation” du département, le plus pauvre de France.Quatre mois après le passage du cyclone qui a fait quelque 40 morts et causé 3,5 milliards d’euros de dommages, le chef de l’Etat est venu faire “le constat de ce qui est bien fait, ce qui n’est pas assez bien fait” et “donner le cap”, a-t-il dit à sa descente d’avion, accompagné de son épouse Brigitte, des ministres Manuel Valls (Outre-mer), Annie Genevard (Agriculture), Yannick Neuder (Santé) et Thani Mohamed-Soilihi (Francophonie).Il s’est ensuite rendu à Tsingoni (ouest) où il était déjà venu en décembre échanger avec des habitants toujours en détresse. Les réseaux d’eau, d’électricité et de télécommunications ont été rétablis dans la commune, mais le reste se fait attendre.”Le moral n’est pas tellement bon”, lui lance une femme alors que des chants traditionnels retentissent. Une autre se plaint du retard des assureurs. “On a toujours pas été relogé, pourtant je leur ai envoyé tous les papiers.””On est à la traîne par rapport à ce que vous avez fait pour La Réunion”, frappée en février par le cyclone Garance, déplore un travailleur du BTP.Au centre hospitalier de Mamoudzou, l’inquiétude est aussi palpable. Il nous faut “plus de moyens, plus de personnel, et dans la durée”, dit une infirmière au chef de l’Etat. Le personnel s’inquiète de la progression du chikungunya, qui frappe déjà durement La Réunion (6 morts).”On va y arriver. On essaie de trouver des solutions”, commente la cheffe adjointe des urgences avant qu’Emmanuel Macron remercie le personnel pour sa “mobilisation”.Alors que Mayotte est confronté à un défi migratoire, notamment en provenance des Comores voisines, le président a aussi rencontré des agents engagés dans la lutte contre l’immigration clandestine et est monté à bord d’une vedette d’interception sur le canal du Mozambique.- “Je suis lucide” -Il est arrivé avec, dans ses cartons, un projet de loi de programmation pour “la refondation” de l’archipel, qui vise à renforcer la lutte contre l’immigration clandestine, l’habitat illégal, l’insécurité et à soutenir l’économie locale.Il va présenter ce texte, attendu depuis des années, à des élus mahorais, avant de l’entériner dans la soirée par un Conseil des ministres spécial qu’il présidera en visioconférence depuis l’avion qui le mènera de Mayotte à La Réunion, deuxième étape de sa tournée de cinq jours dans l’océan Indien.”Je suis lucide, ce n’est pas un texte de loi qui réglera la situation”, a-t-il expliqué lundi. “C’est une volonté de chaque instant (…) pour régler les problèmes de fond”, auxquels est confronté l’archipel. “Nous avons de grandes entreprises françaises qui vont se déployer” à Mayotte, a-t-il promis.En attendant, les Mahorais attendent toujours le début des grands chantiers.Le Parlement a certes adopté en février une loi d’urgence qui prévoit des assouplissements aux règles d’urbanisme et des facilités fiscales pour booster la reconstruction.Mais entre manque de financements, coordination laborieuse et pénurie de matériaux, le processus patine. Et les habitations de fortune en tôle sont réapparues aussi vite qu’elles avaient été soufflées.Environ un tiers de la population, soit plus de 100.000 habitants, notamment les personnes en situation irrégulière venant des Comores, vivent dans des logements précaires.- “Convergence sociale” -Mayotte, où Marine Le Pen a réalisé un de ses meilleurs scores à la présidentielle de 2022 (59% au second tour), reste aussi un enjeu politique majeur.”Les Mahorais ne peuvent plus attendre: l’Etat doit urgemment venir en aide à ce territoire français !”, a martelé sur X le RN avant la visite présidentielle. Le projet de loi prévoit de durcir les conditions d’obtention du titre de séjour dans l’archipel ainsi qu’une extension de l’aide au retour volontaire.Il entend aussi faciliter les évacuations d’habitats insalubres dans les bidonvilles et les saisies d’armes dans un département à l’insécurité rampante.Mayotte, où le taux de chômage atteignait 37% et le niveau de vie restait sept fois plus faible qu’ailleurs en France avant le passage de Chido, doit devenir une zone franche globale, avec des abattements fiscaux à 100%.Le projet de loi prévoit aussi une “convergence sociale” entre la métropole et l’archipel où les minima sociaux, comme le RSA, sont aujourd’hui 50% inférieurs.
La Russie reprend ses frappes en Ukraine après la trêve pascale
La Russie a repris ses frappes sur l’Ukraine après l’expiration de la fragile trêve pascale de 30 heures, ont annoncé lundi l’armée russe et des responsables ukrainiens, un cessez-le-feu que les deux camps s’accusaient mutuellement d’avoir violé.Parallèlement, le président américain Donald Trump a dit espérer un “accord” dans la semaine entre Kiev et Moscou, qui envahit son voisin ukrainien depuis trois ans, une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts.A Kiev, où une alerte aérienne a duré une heure à l’aube lundi en raison d’une “menace de drones de combat”, des Ukrainiens interrogés par l’AFP se disaient surpris et soulagés par ce bref répit mais ne croyaient pas en la possibilité d’une trêve durable. “C’était positif” pour “se reposer ne serait ce qu’une journée” car “les gens sont épuisés”, a déclaré à l’AFP Viktor Danyltchouk, un militaire en permission. Il a cependant jugé qu’un accord rapide avec la Russie était “impossible” à atteindre car “l’ennemi ne cesse d’attaquer”.Les tractations diplomatiques initiées par l’administration américaine pour mettre fin au conflit se prolongent depuis deux mois, sans résultats concrets.Dans son rapport quotidien, le ministère russe de la Défense a indiqué lundi avoir mené des frappes d’aviation, de drones et d’artillerie sur des cibles militaires dans 74 endroits en Ukraine après “la fin de la période d’activité de la trêve”.- Baisse d’intensité de combats -Plus tôt, les gouverneurs des régions ukrainiennes de Dnipropetrovsk (centre-est), de Mykolaïv (sud) et de Tcherkassy (centre) avaient annoncé que des attaques aériennes russes avaient eu lieu dans leurs régions, sans signaler de blessés.Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui avait accepté la trêve annoncée par son homologue russe Vladimir Poutine, avait assuré dimanche soir que les forces russes avaient violé le cessez-le-feu “plus de 2.000 fois” dans la journée tout en soulignant cependant qu’elles n’avaient procédé à aucun raid aérien sur cette période.Il avait aussi proposé une prolongation de 30 jours de la trêve sur les frappes de drones et de missiles de longue portée contre les infrastructures civiles.Plusieurs militaires ukrainiens déployés sur divers secteurs du front ont constaté auprès de l’AFP une considérable baisse d’intensité d’attaques russes dans leurs zones respectives dimanche, sans toutefois leur cessation complète.Du côté de la Russie, le ministère de la Défense avait fait état de tentatives infructueuses des soldats ukrainiens “d’attaquer les positions russes” dans plusieurs secteurs de la région ukrainienne de Donetsk (est).Les autorités russes ont également évoqué des actions militaires ukrainiennes contre les régions russes frontalières de Briansk, Koursk et Belgorod, dans lesquelles “des civils ont été tués ou blessés”.Concernant le cessez-le-feu, qui a expiré dimanche à 21H00 GMT, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait précisé dimanche soir aux agences de presse russes que Vladimir Poutine n’avait “donné aucun ordre” pour le prolonger.Dans un message diffusé sur son réseau Truth Social, Donald Trump a dit néanmoins dimanche espérer un accord “dans la semaine” entre Moscou et Kiev: “Toutes deux pourront ensuite faire de bonnes affaires avec les Etats-Unis d’Amérique, qui sont en plein essor, et gagner une fortune!”, a-t-il écrit. – Négociations dans l’impasse -Interrogé sur ces déclarations, Dmitri Peskov a affirmé lundi que le Kremlin espérait que “le travail avec la partie américaine” pour trouver une issue au conflit apporterait “des résultats”, mais n’a donné aucun détail sur de possibles pourparlers cette semaine.Vendredi, M. Trump avait tout au contraire menacé de se retirer des négociations, faute de progrès rapides dans les discussions séparées que ses lieutenants ont engagées depuis plusieurs semaines avec Kiev et avec Moscou.Le porte-parole chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, pour sa part, a salué lundi “tous les efforts menant à un cessez-le-feu, une étape indispensable pour parvenir à la paix” en Ukraine. Même si l’intensité des combats a brièvement diminué, les accusations croisées démontrent la difficulté d’imposer une cessation, même courte, des hostilités dans ce pire conflit armé en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.Des tentatives d’instaurer un cessez-le-feu ont déjà eu lieu à deux reprises, en avril 2022 et en janvier 2023, mais elles ont échoué face au refus de Moscou pour la première et de Kiev pour la seconde de faire taire les armes.Plus récemment, en mars, Washington avait proposé un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours, une offre acceptée par Kiev, mais rejetée par Moscou.
Le pape François meurt à 88 ans au lendemain de Pâques
Le pape François est mort lundi matin au Vatican à 88 ans après une grave pneumonie, au terme de 12 ans d’un pontificat marqué par sa popularité chez les fidèles mais aussi une farouche opposition au sein même de l’Eglise catholique.Le corps de François sera mis en bière à 18H00 GMT dans la chapelle de la résidence Sainte-Marthe, où vivait le pape, pour la constatation officielle du décès. La date des funérailles sera décidée par les cardinaux, en principe entre le 4e et le 6e jour après le décès. La dépouille sera auparavant exposée à la basilique Saint-Pierre.Une prière en public sera aussi organisée en milieu de journée place Saint-Pierre.”Ce matin à 07H35 (05H35 GMT), l’évêque de Rome, François, est retourné à la maison du Père. Il a dédié toute sa vie au service du Seigneur et de son Église”, a annoncé le cardinal camerlingue Kevin Farrell, chargé de gérer les affaires courantes jusqu’à l’élection d’un nouveau pape. A la mi-journée, la cloches de la basilique Saint-Pierre ont sonné le glas pour annoncer sa mort aux fidèles.Le pape argentin était sorti de l’hôpital le 23 mars après avoir été hospitalisé pendant 38 jours pour une double pneumonie, sa quatrième et plus longue hospitalisation depuis son élection en 2013. En dépit de l’avis des médecins lui ayant prescrit un strict repos de deux mois, il avait multiplié les apparitions publiques ces derniers jours, au contact des fidèles, de prisonniers ou de dirigeants.Apparu épuisé dimanche, à l’occasion des célébrations de Pâques, il s’était tout de même offert un bain de foule en “papamobile” auprès de milliers de fidèles sur la place Saint-Pierre.- “Brisé des barrières”-Le visage fermé, il avait été contraint de déléguer la lecture de sa bénédiction à un collaborateur, prononçant à peine quelques mots, à bout de souffle.De l’Iran à l’Allemagne en passant par Israël, l’UE, le Liban ou l’Autorité palestinienne, les dirigeants du monde entier ont rendu un hommage unanime à François.Le président français Emmanuel Macron a salué un homme qui a toujours été “aux côtés des plus vulnérables et des plus fragiles”.Le vice-président américain JD Vance, qui avait été reçu brièvement par François dimanche quelques heures avant sa mort, a adressé ses pensées “aux millions de chrétiens dans le monde qui l’aimaient” tandis que le président russe Vladimir Poutine a salué un “défenseur” de “l’humanisme et de la justice”.Au matin du lundi de Pâques, fête la plus importante de l’année chez les catholiques, et en pleine “Année sainte” de l’Eglise, de nombreux fidèles ont appris la nouvelle sur leur téléphone portable.”J’étais là par hasard, j’ai entendu la nouvelle dans un magasin à la radio, c’est un grand pape qui est parti”, a confié à l’AFP Fabio Malvesi, 66 ans. “Il a changé bien des choses, brisé des barrières, c’était une grande personne, simple.”Les cloches de la cathédrale Notre-Dame de Paris ont sonné 88 coups et de nombreuses paroisses ont annoncé des messes pour le pape.- Rituel simplifié -Problèmes de hanche, douleurs au genou, opérations, infections respiratoires: le pape, qui se déplaçait en fauteuil roulant, affichait une santé déclinante mais avait tenu à maintenir un rythme effréné.Une constitution prévoit des obsèques quatre à six jours après le décès et un délai de 15 à 20 jours pour organiser le conclave, lors duquel les 135 cardinaux électeurs, dont environ 80% choisis par François lui-même, auront la lourde tâche d’élire son successeur.François avait révélé fin 2023 qu’il souhaitait être inhumé dans la basilique Sainte-Marie Majeure, dans le centre de Rome, plutôt que dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, une première depuis plus de trois siècles.Les alertes sur sa santé s’étaient multipliées ces derniers mois, alimentant les spéculations sur une possible renonciation dans la lignée de son prédécesseur Benoît XVI.Le chef spirituel de près de 1,4 milliard de catholiques avait déjà connu deux hospitalisations en 2023, dont une pour une lourde opération de l’abdomen, et avait été contraint d’annuler plusieurs engagements ces derniers mois. – Réformes multiples -Amateur de musique et de football, Jorge Mario Bergoglio, réfractaire aux vacances, enchaînait souvent une dizaine de rendez-vous par jour. Il avait même effectué en septembre le plus long voyage de son pontificat, aux confins de l’Asie et de l’Océanie.En 12 ans de pontificat, le premier pape jésuite et sud-américain de l’Histoire s’est engagé sans relâche pour la défense des migrants, l’environnement et la justice sociale sans remettre en cause les positions de l’Eglise sur l’avortement ou le célibat des prêtres.En février, il avait encore condamné les expulsions massives de migrants voulues par le président américain Donald Trump, s’attirant les foudres de la Maison Blanche.Opposant acharné au commerce des armes, l’ancien archevêque de Buenos Aires est toutefois resté impuissant face aux conflits en Ukraine ou au Proche-Orient, malgré d’innombrables appels à la paix.Ce politique madré au franc-parler abrasif a aussi voulu réformer une Curie – le gouvernement central du Saint-Siège – rongée par l’inertie, y développer la place des femmes et des laïcs et assainir les sulfureuses finances du Vatican.Face au drame de la pédocriminalité dans l’Eglise, il a levé le secret pontifical et obligé religieux et laïcs à signaler les cas à leur hiérarchie. Sans convaincre les associations de victimes, qui lui ont reproché de ne pas être allé assez loin.- “Périphéries” -Attaché au dialogue inter-religieux, notamment avec l’islam, il a défendu jusqu’au bout une Eglise “ouverte à tous”, s’attirant les foudres des mouvements populistes pour son soutien aux migrants.Si ce pape au style chaleureux a suscité une grande ferveur populaire, souhaitant chaque dimanche “bon appétit” aux fidèles place Saint-Pierre, il fut aussi durement critiqué par une opposition conservatrice pour son supposé manque d’orthodoxie et une gouvernance jugée autoritaire.En témoignent les levées de boucliers suscitées par certaines décisions, comme l’ouverture des bénédictions de couples de même sexe fin 2023, ou la restriction des célébrations de la messe en latin.Ces critiques furent aussi alimentées par l’ombre de Benoît XVI, qui a résidé au Vatican jusqu’à sa mort fin 2022, nourrissant la saga des “deux papes”.La “guerre civile” au sein de l’Eglise a atteint des sommets avec les diatribes de certains cardinaux, notamment avant le Synode sur l’avenir de l’Eglise fin 2023.Le style détonant de François, qui a préféré un sobre deux-pièces de 70m² aux ors du palais apostolique, lui a aussi valu d’être accusé de désacraliser à l’excès la fonction.Le 266e pape, davantage intéressé par les “périphéries” de la planète que par les grands pays occidentaux, a aussi réorienté les débats au sein de l’Eglise, à l’image de son encyclique écologiste et sociale “Laudato si” en 2015, réquisitoire très remarqué contre la finance exaltant la sauvegarde de la planète.
Le pape François meurt à 88 ans au lendemain de Pâques
Le pape François est mort lundi matin au Vatican à 88 ans après une grave pneumonie, au terme de 12 ans d’un pontificat marqué par sa popularité chez les fidèles mais aussi une farouche opposition au sein même de l’Eglise catholique.Le corps de François sera mis en bière à 18H00 GMT dans la chapelle de la résidence Sainte-Marthe, où vivait le pape, pour la constatation officielle du décès. La date des funérailles sera décidée par les cardinaux, en principe entre le 4e et le 6e jour après le décès. La dépouille sera auparavant exposée à la basilique Saint-Pierre.Une prière en public sera aussi organisée en milieu de journée place Saint-Pierre.”Ce matin à 07H35 (05H35 GMT), l’évêque de Rome, François, est retourné à la maison du Père. Il a dédié toute sa vie au service du Seigneur et de son Église”, a annoncé le cardinal camerlingue Kevin Farrell, chargé de gérer les affaires courantes jusqu’à l’élection d’un nouveau pape. A la mi-journée, la cloches de la basilique Saint-Pierre ont sonné le glas pour annoncer sa mort aux fidèles.Le pape argentin était sorti de l’hôpital le 23 mars après avoir été hospitalisé pendant 38 jours pour une double pneumonie, sa quatrième et plus longue hospitalisation depuis son élection en 2013. En dépit de l’avis des médecins lui ayant prescrit un strict repos de deux mois, il avait multiplié les apparitions publiques ces derniers jours, au contact des fidèles, de prisonniers ou de dirigeants.Apparu épuisé dimanche, à l’occasion des célébrations de Pâques, il s’était tout de même offert un bain de foule en “papamobile” auprès de milliers de fidèles sur la place Saint-Pierre.- “Brisé des barrières”-Le visage fermé, il avait été contraint de déléguer la lecture de sa bénédiction à un collaborateur, prononçant à peine quelques mots, à bout de souffle.De l’Iran à l’Allemagne en passant par Israël, l’UE, le Liban ou l’Autorité palestinienne, les dirigeants du monde entier ont rendu un hommage unanime à François.Le président français Emmanuel Macron a salué un homme qui a toujours été “aux côtés des plus vulnérables et des plus fragiles”.Le vice-président américain JD Vance, qui avait été reçu brièvement par François dimanche quelques heures avant sa mort, a adressé ses pensées “aux millions de chrétiens dans le monde qui l’aimaient” tandis que le président russe Vladimir Poutine a salué un “défenseur” de “l’humanisme et de la justice”.Au matin du lundi de Pâques, fête la plus importante de l’année chez les catholiques, et en pleine “Année sainte” de l’Eglise, de nombreux fidèles ont appris la nouvelle sur leur téléphone portable.”J’étais là par hasard, j’ai entendu la nouvelle dans un magasin à la radio, c’est un grand pape qui est parti”, a confié à l’AFP Fabio Malvesi, 66 ans. “Il a changé bien des choses, brisé des barrières, c’était une grande personne, simple.”Les cloches de la cathédrale Notre-Dame de Paris ont sonné 88 coups et de nombreuses paroisses ont annoncé des messes pour le pape.- Rituel simplifié -Problèmes de hanche, douleurs au genou, opérations, infections respiratoires: le pape, qui se déplaçait en fauteuil roulant, affichait une santé déclinante mais avait tenu à maintenir un rythme effréné.Une constitution prévoit des obsèques quatre à six jours après le décès et un délai de 15 à 20 jours pour organiser le conclave, lors duquel les 135 cardinaux électeurs, dont environ 80% choisis par François lui-même, auront la lourde tâche d’élire son successeur.François avait révélé fin 2023 qu’il souhaitait être inhumé dans la basilique Sainte-Marie Majeure, dans le centre de Rome, plutôt que dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, une première depuis plus de trois siècles.Les alertes sur sa santé s’étaient multipliées ces derniers mois, alimentant les spéculations sur une possible renonciation dans la lignée de son prédécesseur Benoît XVI.Le chef spirituel de près de 1,4 milliard de catholiques avait déjà connu deux hospitalisations en 2023, dont une pour une lourde opération de l’abdomen, et avait été contraint d’annuler plusieurs engagements ces derniers mois. – Réformes multiples -Amateur de musique et de football, Jorge Mario Bergoglio, réfractaire aux vacances, enchaînait souvent une dizaine de rendez-vous par jour. Il avait même effectué en septembre le plus long voyage de son pontificat, aux confins de l’Asie et de l’Océanie.En 12 ans de pontificat, le premier pape jésuite et sud-américain de l’Histoire s’est engagé sans relâche pour la défense des migrants, l’environnement et la justice sociale sans remettre en cause les positions de l’Eglise sur l’avortement ou le célibat des prêtres.En février, il avait encore condamné les expulsions massives de migrants voulues par le président américain Donald Trump, s’attirant les foudres de la Maison Blanche.Opposant acharné au commerce des armes, l’ancien archevêque de Buenos Aires est toutefois resté impuissant face aux conflits en Ukraine ou au Proche-Orient, malgré d’innombrables appels à la paix.Ce politique madré au franc-parler abrasif a aussi voulu réformer une Curie – le gouvernement central du Saint-Siège – rongée par l’inertie, y développer la place des femmes et des laïcs et assainir les sulfureuses finances du Vatican.Face au drame de la pédocriminalité dans l’Eglise, il a levé le secret pontifical et obligé religieux et laïcs à signaler les cas à leur hiérarchie. Sans convaincre les associations de victimes, qui lui ont reproché de ne pas être allé assez loin.- “Périphéries” -Attaché au dialogue inter-religieux, notamment avec l’islam, il a défendu jusqu’au bout une Eglise “ouverte à tous”, s’attirant les foudres des mouvements populistes pour son soutien aux migrants.Si ce pape au style chaleureux a suscité une grande ferveur populaire, souhaitant chaque dimanche “bon appétit” aux fidèles place Saint-Pierre, il fut aussi durement critiqué par une opposition conservatrice pour son supposé manque d’orthodoxie et une gouvernance jugée autoritaire.En témoignent les levées de boucliers suscitées par certaines décisions, comme l’ouverture des bénédictions de couples de même sexe fin 2023, ou la restriction des célébrations de la messe en latin.Ces critiques furent aussi alimentées par l’ombre de Benoît XVI, qui a résidé au Vatican jusqu’à sa mort fin 2022, nourrissant la saga des “deux papes”.La “guerre civile” au sein de l’Eglise a atteint des sommets avec les diatribes de certains cardinaux, notamment avant le Synode sur l’avenir de l’Eglise fin 2023.Le style détonant de François, qui a préféré un sobre deux-pièces de 70m² aux ors du palais apostolique, lui a aussi valu d’être accusé de désacraliser à l’excès la fonction.Le 266e pape, davantage intéressé par les “périphéries” de la planète que par les grands pays occidentaux, a aussi réorienté les débats au sein de l’Eglise, à l’image de son encyclique écologiste et sociale “Laudato si” en 2015, réquisitoire très remarqué contre la finance exaltant la sauvegarde de la planète.
Sur la place Saint-Pierre, stupeur et recueillement: “Un grand pape est parti”
“C’est un grand pape qui est parti”, souffle Fabio Malvesi, encore sous le choc, comme de nombreux fidèles et touristes affluant place Saint-Pierre après l’annonce lundi matin de la mort à 88 ans du pape François.En ce lundi de Pâques, fête religieuse extrêmement importante et jour férié en Italie, beaucoup de Romains avaient prévu de passer par la place Saint-Pierre au Vatican.”J’étais là par hasard, j’ai entendu la nouvelle dans un magasin à la radio, c’est un grand pape qui est parti, il a changé bien des choses, brisé des barrières. C’était une grande personne, simple”, résume Fabio Malvesi, 66 ans, qui fume nerveusement une cigarette.Derrière lui, des équipes de télévision commencent à déployer leurs caméras sur la grande place entourée de la célèbre colonnade du Bernin, dominée par l’imposante silhouette de la basilique Saint-Pierre.”Hier on était à la messe de Pâques (…) et ce matin, en marchant, on a reçu des infos sur sa mort. Donc on est venu ici pour rendre hommage au pape parce que c’est une grande émotion, une grande tristesse pour toute la population”, explique Marius Cesbondarnaud, 17 ans, de Paris.Plus loin, des policiers discutent du dispositif de sécurité à mettre en place pour faire face à l’afflux de fidèles.Le préfet de police de la capitale italienne a convoqué une réunion en milieu de journée pour décider des mesures de sécurité à instaurer, aussi bien pour les fidèles que pour les personnalités du monde entier qui viendront pour les obsèques du pape argentin, dès que la date sera connue.Au bord des larmes, Cristina Borsetto ne peut s’empêcher de faire le lien entre le pape François, élu en 2013, et son fils cadet, né précisément cette année-là.”C’est un moment difficile pour nous chrétiens, encore plus pour notre famille, car cela me rappelle la naissance de mon fils”, explique cette femme au foyer, venue à Rome de Padoue (nord-est de l’Italie) pour le week-end pascal.”C’est un pape qui a toujours été d’une extrême spontanéité et simplicité (…) Il représentait Dieu, l’autorité suprême de l’Église, mais il n’était pas trop éloigné des gens ordinaires”, rappelle-t-elle.- Glas -Alors que le glas a commencé à résonner à partir de 10H35 (08H35 GMT) dans toutes les églises de Rome, deux couples de touristes français ont le sentiment de vivre “un moment historique”.”Ça nous a fait quelque chose, ce sont des Romains qui nous l’ont annoncé, ils étaient tristes. On partage leur tristesse, sans être plus croyants que ça”, résume Pascale Girard, 57 ans.”C’était un pape qui était quand même proche des gens, peut-être un peu plus pauvres. Il venait d’Amérique latine et de ce côté-là, ça avait tranché avec Benoît (XVI, son prédécesseur allemand, NDLR). On a trouvé que c’était un pape humain, moderne”, insiste-t-elle.En cette année de Jubilé, une “année sainte” organisée tous les 25 ans, des pèlerins du monde entier convergent vers Rome et ce lundi ne fait pas exception à la règle: ils sont des milliers, italiens, sud-américains ou philippins, à se diriger vers Saint-Pierre.Ils sont cornaqués par des bénévoles portant des chasubles vertes, comme Royben Noris qui a du mal à cacher sa tristesse: “Nous sommes vraiment tous étonnés parce qu’hier (dimanche), il était sur la Place Saint-Pierre, il a fait le tour complet de la place sans assistance ni oxygène”.”Cela avait été une grande joie pour tout le monde de le voir à nouveau sur la Place Saint-Pierre”, raconte ce Vénézuélien de 33 ans, trop ému pour pouvoir continuer à parler.”Malheureusement, nous nous y attendions tous, mais après sa sortie de l’hôpital, je ne pensais pas que c’était imminent (…) C’est triste…”, déplore Valeria De Filippis, 37 ans.





