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Le Premier ministre reçoit les syndicats agricoles, de nouveau mobilisés

Les tracteurs sont lancés et la mobilisation des agriculteurs reprend lundi pour faire pression sur le gouvernement dont le chef Sébastien Lecornu reçoit les syndicats afin d’écarter la menace d’un troisième hiver de colère paysanne.Les rencontres ont débuté lundi avec les Jeunes agriculteurs (JA) à 15H, puis la Coordination rurale (CR) à 18H, avant des entretiens mardi à 17H30 avec la puissante FNSEA, suivie de la Confédération paysanne à 19H00.Les crises sont nombreuses: épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui touche les bovins; faible cours du blé et prix élevé des engrais qui plombent les céréaliers; menace d’une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur; négociations ardues à venir concernant la politique agricole commune (PAC) européenne; détresse des viticulteurs…Plusieurs points de blocage ont été dénombrés par la gendarmerie lundi, notamment sur les autoroutes A75 (Le Buisson, Lozère), A64 (Carbonne, Haute-Garonne), A51 (Roissard, Isère) et sur l’A7 au niveau de l’échangeur de Chanas dans le même département.D’autres voies d’accès à Lyon sont également perturbées. Un cortège de 30 tracteurs bloque depuis la mi-journée une voie d’accès à l’autoroute du Soleil (A7) au sud de la métropole.”On ne bouge pas jusqu’à ce que le gouvernement réponde à nos sollicitations” concernant la dermatose ou l’accord avec le Mercosur, explique Laurence Chanove, animatrice régionale de la Coordination rurale.La question sera de savoir si le président du syndicat appellera à sa sortie de Matignon à lancer les tracteurs vers Paris, rumeur qui s’amplifie ces derniers jours.La FNSEA, plus puissant des syndicats qui avait lancé ses tracteurs à l’assaut de la capitale début 2024, a sonné la mobilisation nationale dimanche, ce qui pourrait donner de l’ampleur au mouvement.- Réunion à Bruxelles -Après des premières rencontres à Matignon et à l’Elysée en décembre, le gouvernement a promis vendredi “de nombreuses mesures” pour les agriculteurs “tout au long du mois de janvier”, selon l’entourage de M. Lecornu. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé lundi matin sur X que le fonds hydraulique agricole passerait à 60 millions d’euros en 2026. En 2025, 20 millions d’euros étaient destinés à 97 projets.Dimanche, le Premier ministre s’est adressé aux agriculteurs dans une “lettre ouverte”, promettant d’entrer dans une phase “plus offensive”, notamment vis-à-vis de l’Union européenne.M. Lecornu appelle notamment l’UE à “amplifier rapidement” ses contrôles aux frontières pour tous les produits agricoles qui “ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires” de l’Union imposées aux producteurs.Sébastien Lecornu et Annie Genevard ont confirmé dimanche qu’ils suspendraient par arrêté l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de fongicides et herbicides interdits en Europe – les mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime. Attendu mardi au Journal officiel, l’arrêté devra toutefois obtenir un feu vert de Bruxelles, où Annie Genevard se rend mercredi pour une réunion spéciale avec ses homologues européens sur le Mercosur et la PAC.- Promesses “insuffisantes” -Pour l’heure, les syndicats jugent tous ces promesses “insuffisantes”, la FNSEA dénonçant notamment une “absence de vision (…) mortifère” et un manque de réponses concrètes aux “problématiques de revenus des agriculteurs”.Ces dernières semaines, le syndicat, soutien de la stratégie gouvernementale contre la dermatose nodulaire, avait laissé la main à ses sections locales pour se mobiliser, menant surtout une manifestation massive à Bruxelles en décembre contre le Mercosur.La Coordination rurale (2e syndicat, adepte des opérations coups de poing et anti-écologiste) et la Confédération paysanne (3e syndicat, classé à gauche) étaient en pointe de la contestation en France depuis décembre.Ils réclament la vaccination généralisée du cheptel bovin (près de 16 millions de bovins) et l’arrêt de l’abattage intégral du foyer dès le premier cas de dermatose nodulaire.La vaccination des bovins dans le Sud-Ouest devrait passer le cap décisif des 75% lundi, première condition pour prétendre ensuite à une levée des restrictions de mouvement d’animaux.Après une relative trêve, les syndicats avaient prévenu qu’ils relanceraient la mobilisation en janvier contre l’accord de libre-échange UE-Mercosur, qui devrait être signé le 12 janvier.Quelques dizaines d’agriculteurs et 35 tracteurs ont installé un barrage filtrant lundi à Calais, pour vérifier les marchandises transportées. Le but: “faire prendre conscience aux citoyens qu’on nous impose des normes de production que d’autres pays ne respectent pas”, explique Antoine Peenaert, responsable local de la FNSEA.

Contestation en Iran: Donald Trump fait pression sur les autorités après de nouveaux affrontements

Des affrontements ont opposé ce week-end manifestants et forces de l’ordre en Iran, que Donald Trump a menacé dimanche de “frapper” en cas de nouveaux morts civils, après une semaine d’un mouvement de protestation initié par des revendications économiques.Le mouvement, initialement lié au coût de la vie, a débuté le 28 décembre à Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l’hyperinflation et le marasme économique, et s’est depuis élargi à des revendications politiques.La contestation a touché à des degrés divers une quarantaine de villes, essentiellement petites et moyennes, principalement dans l’ouest du pays.Au moins 12 personnes, dont des membres des forces de sécurité, ont été tuées, selon un bilan basé sur des annonces officielles.”Nous regardons cela de très près. S’ils commencent à tuer des gens comme ils l’ont fait dans le passé, je pense qu’ils seront frappés très durement par les Etats-Unis”, a prévenu dimanche le président américain Donald Trump, à bord de son avion Air Force One.Depuis le début, le pouvoir joue l’apaisement, reconnaissant des “revendications légitimes” liées aux difficultés économiques, tout en avertissant qu’il fera preuve de fermeté face aux “émeutiers”.Dimanche, le gouvernement a annoncé une aide mensuelle de 10 millions de rials, soit environ six euros, par personne et pendant quatre mois, qui vise à “réduire la pression économique sur la population”.Le salaire moyen en Iran, un pays qui compte 86 millions d’habitants, est d’environ 170 euros par mois, et le salaire minimum d’environ 85 euros par mois. Samedi soir, de nouveaux rassemblements se sont tenus dans la capitale iranienne qui compte environ 10 millions d’habitants. L’agence de presse Fars les a qualifiés de “limités”, et étant “généralement composés de groupes de 50 à 200 jeunes”.  Selon l’agence de presse, des slogans politiques tels que “+Mort au dictateur+” ont été entendus mais aucun débordement notable n’a eu lieu, hormis “quelques jets de pierres et l’incendie de quelques poubelles”. Dimanche, la majorité des commerces de Téhéran étaient ouverts, même si les rues semblaient moins remplies que d’habitude. Les forces de sécurité et anti-émeutes étaient déployées aux principaux carrefours, a constaté l’AFP.Des images prises dans la journée dans le centre-ville et authentifiées par l’AFP montrent des forces de l’ordre utiliser du gaz lacrymogène pour disperser un groupe de manifestants.- “Attaques organisées” -La situation est plus tendue dans l’ouest du pays, à plusieurs centaines de kilomètres de Téhéran, où des médias iraniens ont rapporté ces derniers jours des violences et dégradations.L’agence Fars a fait état samedi d'”attaques organisées”, notamment à Malekshahi, un comté d’environ 20.000 habitants où vit une importante population kurde.D’après l’agence, des affrontements y ont coûté la vie à un membre des forces de sécurité et deux “émeutiers” qui avaient “tenté de pénétrer dans un commissariat”.Selon le mouvement de défense des droits de l’Homme Hengaw, basé en Norvège, les Gardiens de la Révolution (l’armée idéologique de l’Iran), ont ouvert le feu sur des manifestants à Malekshahi, tuant quatre membres de la minorité kurde. L’ONG a dit vérifier des rapports faisant état de deux morts supplémentaires, en plus de nombreux blessés. Elle a aussi accusé les autorités d’être allées récupérer les corps des manifestants tués à l’hôpital.L’organisation Iran Human Rights, elle aussi basée en Norvège, a également fait état de quatre morts, et trente blessés dans cette ville. En publiant des images, authentifiées par l’AFP, de ce qui paraissait être des corps ensanglantés au sol. L’ONG américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA) affirme qu’au total, 582 personnes ont été arrêtés depuis le début du mouvement.Samedi, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré que les revendications économiques des manifestants étaient “justes” mais que les “émeutiers” devaient être “remis à leur place”.Le mouvement est en tout cas pour l’instant de moindre ampleur que celui qui avait secoué l’Iran fin 2022 après la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée par la police des mœurs pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin. En 2019, des manifestations avaient aussi éclaté après l’annonce d’une envolée du prix de l’essence. La contestation avait alors touché une centaine de villes, notamment Téhéran, et fait des dizaines de morts.

Incendie en Suisse: l’Italie dénonce une tragédie évitable, cinq corps rapatriés

L’incendie d’un bar de la station suisse de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 119 blessés, aurait pu et “dû être évitée”, a affirmé lundi devant la presse l’ambassadeur d’Italie en Suisse, Gian Lorenzo Cornado.Présent lundi à l’aéroport de Sion, dans le canton du Valais, pour le rapatriement des corps de cinq des six …

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Lecornu met la pression sur le budget face aux crises

Sébastien Lecornu a fait sa rentrée lundi en mettant la pression sur les parlementaires pour qu’ils s’entendent sur un budget d’ici la fin du mois qui puisse répondre aux colères de plusieurs secteurs, en même temps qu’aux tensions internationales accrues.Le Premier ministre avait exposé sa ligne le 23 décembre: “repousser le désordre”, qui guette sur le plan du budget, toujours pas voté, chez les agriculteurs et les médecins, en colère. Sur le plan international aussi, après le récent coup de force de Donald Trump au Venezuela qui inquiète les chancelleries occidentales. En emmenant ses ministres place Beauvau pour le traditionnel petit-déjeuner du Nouvel an –avant de rejoindre l’Elysée pour le premier Conseil des ministres de l’année– Sébastien Lecornu s’est entouré justement des ministres Catherine Vautrin (Armées), Annie Genevard (Agriculture) et Stéphanie Rist (Santé).”Il faut un budget en janvier, il y aura un budget en janvier”, a promis lundi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur BFMTV-RMC.Pour aboutir, le gouvernement fait valoir que le budget peut répondre en partie à la colère des agriculteurs, très remontés contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse et le traité UE-Mercosur. Leur voix pèse dans les circonscriptions et pourrait convaincre les députés d’avancer. Sébastien Lecornu a prévu de prendre des mesures en janvier en leur faveur mais a prévenu qu’il faudrait un budget pour les mettre en oeuvre. “Le monde agricole ne peut pas attendre le mois de février”, a insisté dimanche son entourage.- “Calculs politiques” -Dans l’intervalle, le gouvernement entend appliquer certaines mesures fiscales agricoles dès le début de l’année, malgré l’absence de budget, a indiqué mardi le ministère de l’Economie. Car la loi spéciale adoptée pour assurer la continuité de l’Etat ne permet pas d’intégrer de nouvelles décisions.Autre dossier en suspens, la hausse prévue des crédits aux armées (+6,7 mds) dans un contexte international tendu.”Le monde s’est durci et la France doit se préparer” avec un “réarmement militaire” et “l’augmentation des moyens de la défense”, a fait valoir Mme Bregeon à l’issue du Conseil des ministres. Catherine Vautrin s’était dite dimanche “préoccupée” par l’absence de budget pour la défense.Le Premier ministre juge pour sa part “possible” d’aboutir “si les calculs politiques sont mis de côté”.Dimanche, il a mis en garde le président LFI de la commission des Finances Eric Coquerel. Ce dernier serait tenté selon lui de remettre en cause le principe de “l’entonnoir”, selon lequel des sujets nouveaux ne peuvent plus être versés au débat budgétaire. Il a aussi intimé à la droite sénatoriale de “dire si elle souhaite participer à une solution de compromis ou non”, même si la procédure permet au gouvernement de donner le dernier mot à l’Assemblée, où il compte toujours sur les socialistes pour faire passer le budget. – “Avancer sur le fond” -Si l’exécutif et le PS trouvaient un compromis, le Premier ministre pourrait alors faire adopter le budget par ordonnances ou par l’article 49.3 de la Constitution sans être censuré par la suite.Le PS avait certes fait du renoncement au 49.3 une de ses conditions pour voter le budget de la Sécurité sociale –adopté fin décembre–, et Sébastien Lecornu s’était engagé à ne plus y recourir. Or leurs positions semblent avoir évolué depuis.Le patron du PS Olivier Faure menace de censurer le Premier ministre s’il utilise cette arme “sans compromis préalable”. “Le Parlement prendra ses responsabilités, le gouvernement aussi”, avait ensuite glissé M. Lecornu dans la cour de Matignon.Le PS renvoyait lundi la balle dans le camp du gouvernement. “Il va falloir maintenant qu’il accepte des compromis”, a dit à l’AFP Arthur Delaporte, porte-parole des députés socialistes.Pour l’heure, les ministres des Finances et des Comptes publics Roland Lescure et Amélie de Montchalin vont recevoir cette semaine les groupes parlementaires, hors LFI et RN, pour trouver un terrain d’entente, tout en restant en dessous de 5% de déficit public.”Que ce soit 49.3 ou autre, si le texte n’est pas potable, on a ni gouvernement, ni budget. Le gouvernement tombe et on se retrouve à la case départ. Donc il faut d’abord avancer sur le fond”, a prévenu M. Lescure, qui a dit avoir “pas mal échangé” avec les socialistes pendant les congés de fin d’année. Tout comme Sébastien Lecornu.