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Boris Pistorius, le populaire ministre chargé de réarmer l’Allemagne

Soutien sans faille à l’Ukraine, Boris Pistorius s’est vu lundi confirmé ministre de la Défense dans le nouveau gouvernement allemand, où il va devoir accélérer le réarmement du pays face à une menace russe accrue et une protection militaire américaine devenue incertaine.Déjà titulaire de ce portefeuille depuis 2023 sous le précédent gouvernement d’Olaf Scholz, cet ancien baron politique régional, quasi inconnu à son arrivée à Berlin, est devenu de loin le responsable le plus populaire du pays.Le natif d’Osnabrück, 65 ans, a su convaincre par son engagement, son franc parler et son humour.”Le succès du chancelier conservateur Friedrich Merz dépendra largement de son ministre social-démocrate de la Défense”, souligne Der Spiegel.Et la tâche qui l’attend est “énorme”: accroître fortement les dépenses de défense -actuellement à 2% du PIB- pour la protection du pays et sa contribution à l’Otan, voire à une défense européenne dont la création est revenue au goût du jour en raison d’un Donald Trump imprévisible.Il disposera d’un budget inédit pour remettre la Bundeswehr à niveau, grâce à une enveloppe d’investissements de plusieurs centaines de milliards d’euros débloquée par le chancelier.- “Capacité à faire la guerre”Boris Pistorius a promis d’aller vite en promulguant cette année une loi facilitant l’approvisionnement de l’armée. Parallèlement, il mène des discussions avec les groupes d’armement pour qu’ils augmentent leurs capacités de production, dans l’objectif de limiter aussi la dépendance européenne aux Etats-Unis. Boris Pistorius a su gagner la confiance d’une Bundeswehr négligée depuis la fin de la Guerre froide et mal vue par une population attachée au pacifisme après les horreurs du nazisme.Il a déjà utilisé 100 milliards d’euros pour l’achat d’armements mais aussi d’équipements de base qui faisaient défaut.L’homme a créé des remous dans l’opinion l’an dernier en soulignant la nécessité de rendre à l’armée allemande “sa capacité à faire la guerre” face à la menace du Kremlin.Fervent partisan du soutien militaire à Kiev contre l’invasion russe, il a sévèrement critiqué des propositions de paix de l’administration Trump impliquant des cessions de territoires, estimant que l’Ukraine “aurait pu l’obtenir seul, par capitulation”, dans un entretien à la télévision publique ARD.Contrairement aux conservateurs, il reste toutefois réservé sur la pertinence d’équiper l’armée ukrainienne de missiles longue portée Taurus, qu’Olaf Scholz s’est toujours refusé à fournir, jugeant “qu’ils ne décideront pas de l’issue de cette guerre, et d’autant moins en raison des unités disponibles”.- A la recherche de recruesFace à un manque chronique de troupes, il veut faire adopter une réforme visant à recenser les jeunes hommes à leurs 18 ans, pour identifier des candidats potentiels au service militaire.Il rejette toutefois un retour de la conscription obligatoire, moins par idéologie que par pragmatisme, pointant le manque de casernes et d’instructeurs.Boris Pistorius entretient des relations complexes avec son parti, où ses positions sont jugées trop conservatrices.La direction du parti social-démocrate SPD avait préféré faire bloc derrière un Olaf Scholz aux législatives du 23 février, en dépit des sondages favorables à Boris Pistorius. Résultat: la formation de centre-gauche a encaissé le pire score de son histoire avec 16,4%.  Avocat de formation, parlant l’anglais, le russe et le français, Boris Pistorius s’est lancé dans la politique dans les années 1990 en devenant maire Osnabrück, puis s’est illustré comme ministre de l’Intérieur en Basse-Saxe en préconisant une ligne dure contre les hooligans ou les islamistes, ce qui lui a valu d’être surnommé par les médias le “général rouge”, couleur du SPD.Et il n’a pas hésité non plus en 2020 à s’opposer publiquement à la co-cheffe du SPD Saskia Esken, qui avait parlé de “racisme latent” dans les rangs des forces de sécurité, lui reprochant d’exposer les plus de 300.000 policiers d’Allemagne à “un soupçon généralisé injustifié”.Père de deux filles adultes, il avait perdu son épouse en 2015, décédée d’un cancer. Il s’est remarié en décembre 2023. 

Dans les forêts de l’Inde, les derniers feux d’une insurrection cinquantenaire

Lorsque les rebelles ont exécuté son père accusé d’être un traître, le jeune homme n’a pas hésité. Il a quitté l’université et rejoint les paramilitaires pour se battre contre l’insurrection maoïste qui agite le cœur de l’Inde depuis plus d’un demi-siècle.Les insurgés “disent combattre pour nous, mais en fait ils nous tuent”, dénonce cet engagé de 21 ans, qui tait son nom par crainte de représailles sur ses proches.Comme d’autres jeunes des tribus autochtones de l’Etat de Chhattisgahr (centre), il a rallié les Gardes de la réserve de district (DRG), composées de recrues locales et de rebelles repentis encadrés par la police, pour porter un coup fatal aux Naxalites.”Ils sont notre force de frappe”, explique un policier sous couvert d’anonymat. “Mes DRG ont souffert des Naxalites”, ajoute-t-il, “alors pour eux, c’est un combat personnel”.Plus de 12.000 militaires, rebelles et civils ont été tués depuis qu’en 1967 une poignée de paysans, cornaqués par des cadres maoïstes, a pris les armes contre les propriétaires fonciers féodaux du village de Naxalbari – qui a donné son nom à la rébellion -, dans le district de Darjeeling au pied de l’Himalaya.Partie du Bengale occidental, l’insurrection s’est propagée jusqu’à un tiers du territoire indien à son apogée au début des années 2000. Les Naxalites affirment lutter pour les droits des populations tribales de l’est et du centre de l’Inde, dans un contexte de pauvreté et d’inégalités sociales sur des terres aux sous-sols riches en ressources minières.Leur influence s’est depuis largement rétrécie et se concentre à présent dans les forêts de quelques districts de l’Etat de Chhattisgahr, plus connues sous le nom de “Corridor rouge”.Selon la police, un maximum de 1.200 insurgés y seraient encore actifs – un chiffre impossible à vérifier de façon indépendante.- Repentis -Il y a quelques mois, le ministre de l’Intérieur Amit Shah a lancé ses commandos à l’assaut de ce dernier bastion, en clamant son intention de les éliminer d’ici à l’année prochaine.Une lutte à mort, dont les civils font largement les frais.Sur les routes et autour des villages posés en lisière de la jungle du district de Bastar, les combats font rage. Depuis le début de l’année, les rebelles ont subi de lourdes pertes. Près de 400 tués, selon les forces de sécurité.”Nous connaissons tout de ces forêts”, explique Kiran, un ex-Maoïste qui a tourné le dos à la rébellion pour rejoindre les DRG. “Nous pouvons infiltrer nos forces par une route secrète et les en retirer par une autre”, poursuit-il.Dans ce dédale de chemins forestiers étroitement surveillés par les forces de sécurité, il n’a pas été possible d’entrer en contact avec des insurgés.Ce n’est pas la première fois que le gouvernement central fait le pari d’utiliser des recrues locales pour combattre leurs frères rebelles.En 2005, l’insurrection a atteint son pic avec la fusion de deux mouvements maoïstes.Le Parti communiste d’Inde qui en naît proclame qu’il veut établir un “gouvernement du peuple” en “détruisant par la guerre l’appareil étatique autocratique”, à savoir “l’armée, la police et la bureaucratie des classes dirigeantes réactionnaires”.L’insurrection maoïste réunit alors 15.000 à 20.000 militants armés qui mènent des opérations meurtrières contre les troupes régulières. Comme en avril 2010, quand il abattent 75 soldats indiens dans une série d’embuscades.Dans leur “Corridor rouge”, les Naxalites mettent en place une administration parallèle, des cliniques mobiles, des écoles, ils redistribuent des terres, lèvent des impôts même.- Bavures -Mais ils y font aussi régner la terreur en exécutant ceux qui refusent de rentrer dans le rang ou sont suspectés d’être des informateurs.Face à ce qu’il considère comme la “plus grave menace pour la sécurité intérieure” de son pays, le Premier ministre de l’époque, Manmohan Singh, lance alors l’opération “Green Hunt”.A sa pointe, une unité paramilitaire encadrée par des Maoïstes repentis, le Salwa Judum.Sa brutalité est restée de sinistre mémoire. La population locale lui reproche une longue série de meurtres, viols, destructions et pillages. En 2011, la justice a fustigé le recrutement de ces jeunes motivés par “un désir de vengeance”.Les DRG reprennent la même idée. Enrôler des “locaux” contre les insurgés. Mais cette fois encadrés par des officiers de police.La nouvelle unité, qui compte plus de 4.000 hommes selon les autorités, n’a toutefois pas tardé à être visée par les mêmes accusations que le Salwa Judum.”Ils ont tué un homme innocent.” Dans sa maison en lisière d’une forêt de tamaris, Somari Negi pleure encore la mort de son mari, abattu le 25 février 2024 par les paramilitaires.La police affirme avoir retrouvé sur la dépouille de Rameshwar Negi, 42 ans, une arme à feu et de la littérature maoïste. La preuve, selon elle, qu’il avait rejoint l’insurrection naxalite.”Nous n’avons pas d’arme à feu à la maison”, réfute aujourd’hui sa veuve. “Il était parti en forêt avec une hache, comme il le faisait toujours.”Ce même jour de février 2024, deux autres hommes du même village de Marda ont été tués.”J’approuve ce que fait le gouvernement” contre la rébellion, dit le frère d’une de ces deux victimes, Dinesh Teta. “Mais je trouve inacceptable qu’ils tuent des civils désarmés comme mon frère.”- “Une erreur” -Plusieurs habitants de Marda interrogés par l’AFP le confirment. Beaucoup d’hommes et de femmes des environs ont rejoint les rangs de la guérilla. Mais certainement pas les trois tués ce matin-là.Selon ces témoins, l’offensive en cours fait de nombreuses victimes collatérales.Le principal parti d’opposition indien, le Congrès, dénonce régulièrement des “fausses confrontations avec les tribus locales innocentes”. Il ne s’agit selon lui que d’exécutions sommaires maquillées en ripostes de légitime défense.En mai 2024, les DRG sont ainsi accusées d’avoir exécuté 12 personnes dans le village de Pedia. “Des civils ensuite rebaptisés en insurgés”, avait alors dénoncé une ONG locale, l’Union populaire pour les libertés civiles (PUCL).”Des civils sont morts” ce jour-là à Pedia, confirme aujourd’hui sous couvert d’anonymat un membre des DRG. “C’était une erreur.”Interrogé sur ces incidents, le chef de la police du district de Bastar, P. Sundarraj, assure que ses troupes mènent leurs opérations “dans le strict respect des procédures constitutionnelles”.”Elles ne ripostent qu’en cas de légitime défense, comme c’est leur droit. Nous n’éprouvons aucun plaisir à compter des cadavres”, insiste-t-il, jugeant l’action de ses hommes “exemplaire”.Tout au long de leurs déplacements dans le district, les journalistes de l’AFP ont été suivis de près par les forces de l’ordre. Et empêchés d’accéder à certaines zones bouclées par d’importants effectifs armés, officiellement pour “raison de sécurité”.Dans les villages de la région, la multiplication des combats opposant les jeunes autochtones des deux camps nourrit l’inquiétude de ceux qui redoutent un nouveau cycle de vendettas.”Les Adivasis tuent d’autres Adivasis”, résume une militante locale de défense des droits humains, Soni Sori. “Ils sont les seuls à mourir.”- Victimes autochtones -Sous le terme d’Adivasis, la Constitution indienne de 1950 reconnaît les autochtones considérés comme les habitants originels du sous-continent. Elle leur accorde protection et aides spécifiques.Ils seraient 84 millions en Inde, tout en bas de la hiérarchie des castes qui régit encore la société.Selon Soni Sori, les victimes des paramilitaires sont pour l’essentiel des villageois innocents ou une piétaille d’anonymes contrainte de combattre sous la bannière maoïste par des chefs issus d’autres communautés ou de castes plus élevées.Côté DRG, les recrues autochtones sont en première ligne, de l’aveu même de leurs membres.”Notre camp est composé d’Adivasis, celui d’en face est composé des mêmes. Ceux qui meurent font partie de notre peuple”, constate Yogesh Madhvi, un chef rebelle passé du côté de l’Etat.Il explique que c’est pour accélérer la fin de cette guerre meurtrière qu’il a quitté l’uniforme maoïste pour endosser le treillis des paramilitaires. “J’en avais tout simplement assez de cette violence insensée”, confie-t-il.Une violence qui continue de peser sur les populations au gré des attaques des guérilleros et des opérations de nettoyage ou de sécurisation des forces de sécurité.Dans le cadre de “l’assaut final” lancé par les autorités, des camps dits de “sécurité” ont été créés pour accueillir les villageois déplacés.Pour le chef de la police du district de Bastar, ils participent d’une stratégie destinée à contrer l’influence maoïste en servant de “centres de développement” pour la construction de routes, de relais téléphoniques, l’ouverture de services sociaux, l’accès à l’eau courante, à l’électricité…”Les camps nous protègent des Maoïstes qui avant nous menaçaient si on ne les aidait pas”, concède sous couvert d’anonymat un des déplacés. “Mais maintenant, les forces de sécurité tuent des innocents présentés comme des rebelles…”- Appétits miniers -Un rapport rédigé en 2024 par un panel d’activistes et d’universitaires a décrit le district de Bastar comme “une des régions les plus militarisées”, avec un policier ou militaire pour neuf civils.Les ONG et l’opposition affirment que ce déploiement sécuritaire et les grands travaux entrepris par les autorités constituent en fait l’avant-garde d’une opération bien plus intéressée.”L’objectif de tout ça, c’est d’ouvrir les forêts aux grandes compagnies minières”, lance Soni Sori.Le gouvernement de l’Etat de Chhattisgarh ne s’en cache plus, rappelant que le sous-sol de la région de Bastar abrite 10% des réserves confirmées de fer du pays – mais aussi du charbon, de la bauxite, des diamants ou de l’or.Depuis 1968, les mines de Bailadila arrachent chaque année des dizaines de milliers de tonnes de minerai. Les autorités ont proposé d’étendre ses opérations à une forêt considérée comme sacrée par les populations autochtones.Leur activité a chassé de nombreux villageois et causé de graves dommages à l’environnement, déplorent les ONG.Et malgré la féroce opposition des habitants du secteur, la mine de Rowghat, dans la forêt de Matla, non loin de là, a commencé à opérer en 2022.”S’il ne s’agit plus que d’exploitation minière et que des gens sont déplacés sans compensation”, avertit sous couvert d’anonymat un ancien chef maoïste reconverti dans les DRG, “la population va finir par penser que les Naxalites avaient du bon”.Sûr de sa force, le gouvernement a ignoré début avril l’offre de cessez-le-feu sous condition présentée par les insurgés.Une grave erreur, déplore l’activiste Soni Sori. “Cela risque de précipiter les populations autochtones dans les bras des Maoïstes pour sauver leur vie…”

Dans les forêts de l’Inde, les derniers feux d’une insurrection cinquantenaire

Lorsque les rebelles ont exécuté son père accusé d’être un traître, le jeune homme n’a pas hésité. Il a quitté l’université et rejoint les paramilitaires pour se battre contre l’insurrection maoïste qui agite le cœur de l’Inde depuis plus d’un demi-siècle.Les insurgés “disent combattre pour nous, mais en fait ils nous tuent”, dénonce cet engagé de 21 ans, qui tait son nom par crainte de représailles sur ses proches.Comme d’autres jeunes des tribus autochtones de l’Etat de Chhattisgahr (centre), il a rallié les Gardes de la réserve de district (DRG), composées de recrues locales et de rebelles repentis encadrés par la police, pour porter un coup fatal aux Naxalites.”Ils sont notre force de frappe”, explique un policier sous couvert d’anonymat. “Mes DRG ont souffert des Naxalites”, ajoute-t-il, “alors pour eux, c’est un combat personnel”.Plus de 12.000 militaires, rebelles et civils ont été tués depuis qu’en 1967 une poignée de paysans, cornaqués par des cadres maoïstes, a pris les armes contre les propriétaires fonciers féodaux du village de Naxalbari – qui a donné son nom à la rébellion -, dans le district de Darjeeling au pied de l’Himalaya.Partie du Bengale occidental, l’insurrection s’est propagée jusqu’à un tiers du territoire indien à son apogée au début des années 2000. Les Naxalites affirment lutter pour les droits des populations tribales de l’est et du centre de l’Inde, dans un contexte de pauvreté et d’inégalités sociales sur des terres aux sous-sols riches en ressources minières.Leur influence s’est depuis largement rétrécie et se concentre à présent dans les forêts de quelques districts de l’Etat de Chhattisgahr, plus connues sous le nom de “Corridor rouge”.Selon la police, un maximum de 1.200 insurgés y seraient encore actifs – un chiffre impossible à vérifier de façon indépendante.- Repentis -Il y a quelques mois, le ministre de l’Intérieur Amit Shah a lancé ses commandos à l’assaut de ce dernier bastion, en clamant son intention de les éliminer d’ici à l’année prochaine.Une lutte à mort, dont les civils font largement les frais.Sur les routes et autour des villages posés en lisière de la jungle du district de Bastar, les combats font rage. Depuis le début de l’année, les rebelles ont subi de lourdes pertes. Près de 400 tués, selon les forces de sécurité.”Nous connaissons tout de ces forêts”, explique Kiran, un ex-Maoïste qui a tourné le dos à la rébellion pour rejoindre les DRG. “Nous pouvons infiltrer nos forces par une route secrète et les en retirer par une autre”, poursuit-il.Dans ce dédale de chemins forestiers étroitement surveillés par les forces de sécurité, il n’a pas été possible d’entrer en contact avec des insurgés.Ce n’est pas la première fois que le gouvernement central fait le pari d’utiliser des recrues locales pour combattre leurs frères rebelles.En 2005, l’insurrection a atteint son pic avec la fusion de deux mouvements maoïstes.Le Parti communiste d’Inde qui en naît proclame qu’il veut établir un “gouvernement du peuple” en “détruisant par la guerre l’appareil étatique autocratique”, à savoir “l’armée, la police et la bureaucratie des classes dirigeantes réactionnaires”.L’insurrection maoïste réunit alors 15.000 à 20.000 militants armés qui mènent des opérations meurtrières contre les troupes régulières. Comme en avril 2010, quand il abattent 75 soldats indiens dans une série d’embuscades.Dans leur “Corridor rouge”, les Naxalites mettent en place une administration parallèle, des cliniques mobiles, des écoles, ils redistribuent des terres, lèvent des impôts même.- Bavures -Mais ils y font aussi régner la terreur en exécutant ceux qui refusent de rentrer dans le rang ou sont suspectés d’être des informateurs.Face à ce qu’il considère comme la “plus grave menace pour la sécurité intérieure” de son pays, le Premier ministre de l’époque, Manmohan Singh, lance alors l’opération “Green Hunt”.A sa pointe, une unité paramilitaire encadrée par des Maoïstes repentis, le Salwa Judum.Sa brutalité est restée de sinistre mémoire. La population locale lui reproche une longue série de meurtres, viols, destructions et pillages. En 2011, la justice a fustigé le recrutement de ces jeunes motivés par “un désir de vengeance”.Les DRG reprennent la même idée. Enrôler des “locaux” contre les insurgés. Mais cette fois encadrés par des officiers de police.La nouvelle unité, qui compte plus de 4.000 hommes selon les autorités, n’a toutefois pas tardé à être visée par les mêmes accusations que le Salwa Judum.”Ils ont tué un homme innocent.” Dans sa maison en lisière d’une forêt de tamaris, Somari Negi pleure encore la mort de son mari, abattu le 25 février 2024 par les paramilitaires.La police affirme avoir retrouvé sur la dépouille de Rameshwar Negi, 42 ans, une arme à feu et de la littérature maoïste. La preuve, selon elle, qu’il avait rejoint l’insurrection naxalite.”Nous n’avons pas d’arme à feu à la maison”, réfute aujourd’hui sa veuve. “Il était parti en forêt avec une hache, comme il le faisait toujours.”Ce même jour de février 2024, deux autres hommes du même village de Marda ont été tués.”J’approuve ce que fait le gouvernement” contre la rébellion, dit le frère d’une de ces deux victimes, Dinesh Teta. “Mais je trouve inacceptable qu’ils tuent des civils désarmés comme mon frère.”- “Une erreur” -Plusieurs habitants de Marda interrogés par l’AFP le confirment. Beaucoup d’hommes et de femmes des environs ont rejoint les rangs de la guérilla. Mais certainement pas les trois tués ce matin-là.Selon ces témoins, l’offensive en cours fait de nombreuses victimes collatérales.Le principal parti d’opposition indien, le Congrès, dénonce régulièrement des “fausses confrontations avec les tribus locales innocentes”. Il ne s’agit selon lui que d’exécutions sommaires maquillées en ripostes de légitime défense.En mai 2024, les DRG sont ainsi accusées d’avoir exécuté 12 personnes dans le village de Pedia. “Des civils ensuite rebaptisés en insurgés”, avait alors dénoncé une ONG locale, l’Union populaire pour les libertés civiles (PUCL).”Des civils sont morts” ce jour-là à Pedia, confirme aujourd’hui sous couvert d’anonymat un membre des DRG. “C’était une erreur.”Interrogé sur ces incidents, le chef de la police du district de Bastar, P. Sundarraj, assure que ses troupes mènent leurs opérations “dans le strict respect des procédures constitutionnelles”.”Elles ne ripostent qu’en cas de légitime défense, comme c’est leur droit. Nous n’éprouvons aucun plaisir à compter des cadavres”, insiste-t-il, jugeant l’action de ses hommes “exemplaire”.Tout au long de leurs déplacements dans le district, les journalistes de l’AFP ont été suivis de près par les forces de l’ordre. Et empêchés d’accéder à certaines zones bouclées par d’importants effectifs armés, officiellement pour “raison de sécurité”.Dans les villages de la région, la multiplication des combats opposant les jeunes autochtones des deux camps nourrit l’inquiétude de ceux qui redoutent un nouveau cycle de vendettas.”Les Adivasis tuent d’autres Adivasis”, résume une militante locale de défense des droits humains, Soni Sori. “Ils sont les seuls à mourir.”- Victimes autochtones -Sous le terme d’Adivasis, la Constitution indienne de 1950 reconnaît les autochtones considérés comme les habitants originels du sous-continent. Elle leur accorde protection et aides spécifiques.Ils seraient 84 millions en Inde, tout en bas de la hiérarchie des castes qui régit encore la société.Selon Soni Sori, les victimes des paramilitaires sont pour l’essentiel des villageois innocents ou une piétaille d’anonymes contrainte de combattre sous la bannière maoïste par des chefs issus d’autres communautés ou de castes plus élevées.Côté DRG, les recrues autochtones sont en première ligne, de l’aveu même de leurs membres.”Notre camp est composé d’Adivasis, celui d’en face est composé des mêmes. Ceux qui meurent font partie de notre peuple”, constate Yogesh Madhvi, un chef rebelle passé du côté de l’Etat.Il explique que c’est pour accélérer la fin de cette guerre meurtrière qu’il a quitté l’uniforme maoïste pour endosser le treillis des paramilitaires. “J’en avais tout simplement assez de cette violence insensée”, confie-t-il.Une violence qui continue de peser sur les populations au gré des attaques des guérilleros et des opérations de nettoyage ou de sécurisation des forces de sécurité.Dans le cadre de “l’assaut final” lancé par les autorités, des camps dits de “sécurité” ont été créés pour accueillir les villageois déplacés.Pour le chef de la police du district de Bastar, ils participent d’une stratégie destinée à contrer l’influence maoïste en servant de “centres de développement” pour la construction de routes, de relais téléphoniques, l’ouverture de services sociaux, l’accès à l’eau courante, à l’électricité…”Les camps nous protègent des Maoïstes qui avant nous menaçaient si on ne les aidait pas”, concède sous couvert d’anonymat un des déplacés. “Mais maintenant, les forces de sécurité tuent des innocents présentés comme des rebelles…”- Appétits miniers -Un rapport rédigé en 2024 par un panel d’activistes et d’universitaires a décrit le district de Bastar comme “une des régions les plus militarisées”, avec un policier ou militaire pour neuf civils.Les ONG et l’opposition affirment que ce déploiement sécuritaire et les grands travaux entrepris par les autorités constituent en fait l’avant-garde d’une opération bien plus intéressée.”L’objectif de tout ça, c’est d’ouvrir les forêts aux grandes compagnies minières”, lance Soni Sori.Le gouvernement de l’Etat de Chhattisgarh ne s’en cache plus, rappelant que le sous-sol de la région de Bastar abrite 10% des réserves confirmées de fer du pays – mais aussi du charbon, de la bauxite, des diamants ou de l’or.Depuis 1968, les mines de Bailadila arrachent chaque année des dizaines de milliers de tonnes de minerai. Les autorités ont proposé d’étendre ses opérations à une forêt considérée comme sacrée par les populations autochtones.Leur activité a chassé de nombreux villageois et causé de graves dommages à l’environnement, déplorent les ONG.Et malgré la féroce opposition des habitants du secteur, la mine de Rowghat, dans la forêt de Matla, non loin de là, a commencé à opérer en 2022.”S’il ne s’agit plus que d’exploitation minière et que des gens sont déplacés sans compensation”, avertit sous couvert d’anonymat un ancien chef maoïste reconverti dans les DRG, “la population va finir par penser que les Naxalites avaient du bon”.Sûr de sa force, le gouvernement a ignoré début avril l’offre de cessez-le-feu sous condition présentée par les insurgés.Une grave erreur, déplore l’activiste Soni Sori. “Cela risque de précipiter les populations autochtones dans les bras des Maoïstes pour sauver leur vie…”

Flèches contre tracteurs: la bataille silencieuse dans l’Amazonie péruvienne

Lorsque des indigènes ont surgi avec leurs arcs et leurs machettes, Daniel Braun et d’autres mennonites de l’Amazonie péruvienne se sont enfuis à travers les rizières, abandonnant leurs granges en flammes.A Masisea, une localité qu’on atteint après plusieurs heures de navigation sur le fleuve Ucayali, ou par des routes ravinées par la pluie, les mennonites ne font pas seulement face à la colère des indigènes. Ils risquent aussi la prison, accusés de détruire la forêt dans le cadre de leur expansion agricole. L’une des communautés indigènes les plus opposées à ce groupe ultra-religieux protestant est celle de Caimito, située sur les rives de la lagune Imiria. Environ 780 shipibo-konibo y résident dans des conditions relativement précaires, vivant de la pêche et d’une agriculture à petite échelle. Le soir venu, certains se rassemblent dans la seule épicerie équipée d’un accès à internet grâce à des panneaux solaires.Leur territoire couvre près de 5.000 hectares dont un peu moins de 600 ont été “envahis” par les mennonites, explique à l’AFP le chef indigène Abner Ancon, 54 ans. “Les mennonites construisent des fermes sur le territoire communal (…) Ils déforestent toujours. Ce qu’ils font est un crime contre l’environnement”, peste l’homme, chemise bleue ouverte sur un polo blanc.Les mennonites, dont l’origine remonte à l’Europe du 16e siècle, ont établi cinq prospères colonies depuis leur arrivée dans l’Amazonie péruvienne il y a près de dix ans.- “Manque de terres” -Venus de Bolivie, ceux qui se sont installés à Masisea, à la frontière avec le Brésil, élèvent du bétail et cultivent riz et soja sur 3.200 hectares.Le “manque de terres” et la “gauche radicale” nous ont amenés à Masisea, résume David Klassen, 45 ans, l’un des dirigeants de la colonie, en nourrissant ses cochons dont il s’occupe avec ses cinq enfants de sept à 20 ans.Aujourd’hui, ils forment une enclave de 63 familles. Dans leurs coquettes maisons, ils n’ont pas internet et leur électricité provient de générateurs à essence.Autosuffisants et opposés au métissage, ils utilisent des tracteurs dans les champs ou comme moyen de transport. Ils parlent un dialecte allemand et à peine espagnol. Les femmes portent des robes longues et les hommes des chemises à carreaux.Depuis le début du 20e siècle, les mennonites ont fondé un peu plus de 200 colonies en Amérique latine, notamment en Argentine, en Bolivie, en Colombie, au Mexique, au Paraguay et maintenant au Pérou, selon une étude de l’universitaire belge Yann le Polain. Dans plusieurs de ces pays, ils font face à des plaintes pour déforestation.En juillet, dix ans après leur installation à Masisea, la stabilité de leur colonie a été soudainement remise en question. Daniel Braun était assis avec quelques-uns des siens devant une grange quand un groupe de shipibo-konibo a surgi.”Ils sont entrés avec des flèches, des machettes et tout ça. Ils nous ont fait très peur. Ils nous ont dit +partez+”, raconte-t-il. Ils “ont mis le feu”, assure encore l’homme de 39 ans aux mains épaisses. L’incident n’a pas fait de victimes.Aujourd’hui encore, les vestiges d’un hangar et d’une grange émergent des rizières nouvellement plantées.Le chef shipibo Abner Ancon assure que la “garde indigène” a fait fuir “sans violence” les mennonites.- “Tout aplanir” -En 2024, le parquet a inculpé 44 chefs de famille de cette communauté mennonite pour la destruction de 894 hectares de forêt primaire et demandé entre huit et dix ans de prison pour chacun.Leur avocat, Carlos Sifuentes, assure que les terres achetées en arrivant étaient “déjà déforestées” et qu’elles se trouvent en dehors du territoire des shipibo-konibo, ce que ces derniers contestent.Les mennonites ont “embauché” des tiers pour “débroussailler” des zones de forêt, afin de pouvoir ensuite y entrer “avec leurs tracteurs pour tout aplanir”, affirme leur avocate Linda Vigo.Le programme indépendant Monitoreo de la Amazonia andina (MAAP) estime à 8.660 hectares la surface de forêts déboisée par les mennonites au Pérou depuis 2017.A peine une infime partie des trois millions d’hectares de forêts perdus au cours des trois dernières décennies dans le pays, principalement en raison des incendies, de la déforestation et de l’exploitation minière illégale, selon les autorités.”Nous aimons la campagne” et “nous ne voulons pas tout détruire”, affirme David Klassen au milieu des rizières verdoyantes de la colonie.Le modèle de production agricole des mennonites n’est pas “complètement conforme aux attentes écologistes”, mais les terres qu’ils ont achetées “étaient déjà dévastées”, assure Pedro Favaron, de l’Université catholique pontificale du Pérou. 

Brésil: un attentat déjoué lors du concert de Lady Gaga

Un attentat à la bombe a été déjoué pendant un mégaconcert de la star Lady Gaga à Rio de Janeiro samedi et deux personnes, soupçonnées d’être impliquées, ont été arrêtées, ont annoncé dimanche les autorités. Environ deux millions de personnes avaient envahi la plage emblématique de Copacabana jusqu’aux petites heures du matin pour écouter la diva américaine, selon la mairie, sous la surveillance d’un impressionnant déploiement de sécurité. La police civile de Rio de Janeiro a annoncé dans un communiqué, qu’en collaboration avec le ministère de la Justice, elle avait “empêché un attentat à la bombe qui devait se produire lors du spectacle de Lady Gaga à Copacabana”. La tentative d’attentat avait été orchestrée par un groupe qui “diffusait des discours de haine” et faisait la promotion de la radicalisation des adolescents et de l’automutilation sur les plateformes numériques, selon la police. Les assaillants ont conçu ce plan comme un “défi collectif” dans le but de gagner en notoriété sur les réseaux sociaux, a affirmé la police. Ce projet prenait pour cible les enfants, les adolescents et la communauté LGBTQ+, un groupe fortement représenté parmi les centaines de milliers de fans de Lady Gaga à Rio. Le “chef du groupe” et “responsable du plan” a été arrêté dans l’Etat du Rio Grande do Sul (sud), alors qu’il portait illégalement une arme à feu. Un adolescent est également en garde à vue à Rio de Janeiro. Dans le cadre de l’opération baptisée “Fake Monster”, la police a également effectué 13 perquisitions dans plusieurs villes de l’Etat de Rio de Janeiro, ainsi qu’à São Paulo (sud-est), Rio Grande do Sul et Mato Grosso (ouest). Elle avait auparavant donné le chiffre de 15.”Les personnes impliquées ont recruté des participants pour promouvoir des attaques utilisant des explosifs improvisés et des cocktails Molotov”, a encore indiqué la police.- “Malade de peur” -La chanteuse américaine a publié après ces révélations un message sur X, qui ne fait pas mention de l’attaque déjouée: “Votre coeur brille tellement, votre culture est si vibrante et si spéciale, j’espère que vous savez à quel point je suis reconnaissance d’avoir partagé ce moment historique avec vous”.Ses fans, affectueusement appelés “petits monstres”, se sont eux rendus sur les réseaux sociaux pour exprimer leur soulagement face à la réaction de la police.”DIEU MERCI. Cela aurait choqué plus de deux millions de personnes”, a déclaré le compte LadyGagaFansTogether sur Instagram. Un autre fan a réagi: “Je suis littéralement malade de peur pour sa (Lady Gaga) sécurité”.”La police a agi de manière silencieuse et sans créer de panique (…) Nous avons agi de façon chirurgicale afin que le crime n’ait pas lieu”, a expliqué Felipe Curi, un responsable de la police civile de Rio, cité dans une note de l’institution.Les autorités municipales, qui espèrent par ailleurs des retombées économiques de plus de 100 millions de dollars, souhaitent pérenniser cette tradition du méga-concert gratuit en mai, afin de stimuler le tourisme lors d’une période considérée comme basse saison. Lady Gaga a donné le coup d’envoi de la soirée, perchée à plus de six pieds au-dessus de la scène dans une robe écarlate, en chantant son tube de 2011 “Bloody Mary” devant une foule en délire. La diva américaine de la pop, qui ne s’était pas produite au Brésil depuis une tournée en 2012, a enchaîné avec “Abracadabra”, l’un des titres phares de son dernier album, “Mayhem”, sorti en mars.Au milieu de la chanson, Lady Gaga a enlevé sa robe rouge pour en révéler une autre aux couleurs du drapeau brésilien.