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Ukraine: Zelensky compte sur Trump jeudi en Turquie pour convaincre Poutine de venir négocier

Volodymyr Zelensky a exhorté Donald Trump à se rendre jeudi en Turquie afin de convaincre Vladimir Poutine d’accepter l’offre du président ukrainien d’une rencontre en face-à-face pour négocier l’issue de la guerre.Et le président brésilien Lula a assuré mercredi depuis Pékin qu’il allait personnellement pousser son “camarade Poutine” à aller à Istanbul le 15 mai afin de parler directement avec le chef de l’Etat ukrainien.Pour l’instant, M. Zelensky accuse le président russe de “ne pas vouloir” la fin de la guerre en Ukraine, mais jure vouloir “tout faire” que se tienne cette rencontre au sommet jeudi dans la ville turque.Alors, “si (le président américain Trump) confirmait sa participation, je pense que cela donnerait un élan supplémentaire pour que Poutine vienne”, a affirmé mardi soir à Kiev le président ukrainien.Lundi, avant une tournée dans le Golfe, Donald Trump — qui cherche depuis son retour au pouvoir à rapprocher les Etats-Unis de la Russie — a exhorté les deux belligérants à venir négocier en Turquie.Le tempétueux milliardaire américain a même dit “envisager” de faire un crochet par Istanbul. Mais à ce stade, c’est le secrétaire d’Etat Marco Rubio qui “y sera”, selon Donald Trump.- Réponse russe -Côté russe, le Kremlin refuse de révéler la composition d’une éventuelle délégation en Turquie et surtout de confirmer ou de démentir une venue de M. Poutine.”La partie russe continue de se préparer aux négociations qui doivent avoir lieu jeudi. (…) Pour l’heure, nous ne prévoyons pas de commenter davantage”, s’est contenté de dire le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ajoutant que la “délégation (russe) sera présente et attendra la partie ukrainienne”.Mercredi, c’est le président brésilien qui s’est manifesté.En visite à Pékin et après avoir été à Moscou le 9 mai pour célébrer aux côtés de Vladimir Poutine et de leur homologue chinois Xi Jinping le 80e anniversaire de la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie, Luiz Inacio Lula da Silva a déclaré qu’il retournerait dans la capitale russe pour “essayer de parler à Poutine”.”Ça ne me coûte rien de lui dire: Eh, camarade Poutine, va à Istanbul négocier, bon sang”, a-t-il lancé.Pour M. Zelensky, si M. Poutine ne va pas en Turquie, ce sera “un signal clair” qu’il “ne veut pas et ne va pas arrêter la guerre”.Du côté des alliés européens de Kiev, “notre volonté, c’est de prendre des sanctions” si la Russie “confirme le non-respect” d’un cessez-le-feu, a martelé mardi soir Emmanuel Macron.”Les Ukrainiens eux-mêmes ont la lucidité de dire (…) qu’ils n’auront pas la capacité de reprendre l’intégralité de ce qui est pris depuis 2014″ par la Russie, a aussi reconnu le chef de l’Etat français.- Accélération diplomatique -De toute façon, Volodymyr Zelensky ira mercredi ou jeudi à Ankara pour voir son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, selon Kiev.La Turquie avait accueilli des premiers pourparlers entre Russes et Ukrainiens en mars 2022, mais sans aucun résultat.Les discussions sont depuis au point mort, même si Donald Trump, revenu au pouvoir le 20 janvier, cherche à les relancer après plus de trois ans de guerre qui ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts, civils et militaires.Sans aucune avance majeure jusqu’à l’accélération diplomatique du week-end dernier.Kiev, Paris, Berlin, Londres et Varsovie avaient alors appelé M. Poutine à accepter un cessez-le-feu de 30 jours à partir du 12 mai, menaçant une nouvelle fois de prendre des “sanctions massives”.Ignorant cet ultimatum, le chef du Kremlin s’était déclaré disposé à des discussions “directes” russo-ukrainiennes le 15 mai à Istanbul. M. Zelensky a riposté en proposant de rencontrer M. Poutine “en personne” dans cette ville turque.Sauf que le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a répété que son pays voulait absolument discuter “des sources premières” du conflit.Outre la non-adhésion de l’Ukraine à l’Otan, Vladimir Poutine réclame inlassablement la démilitarisation de l’Ukraine et l’assurance que la Russie garde les territoires ukrainiens annexés en 2022, en plus de la Crimée occupée depuis 2014. La Russie veut plus largement une refonte complète de l’architecture de la sécurité en Europe, considérant que le rapprochement de l’Otan jusqu’à ses frontières depuis les années 1990 est une menace existentielle.L’Ukraine et ses alliés rejettent ces revendications, en affirmant que l’armée russe, qui occupe toujours 20% du territoire ukrainien, mène un conflit de type impérialiste dans cette ex-république soviétique.burs-nr/ybl

Sur un site pollué près de Paris, la naissance d’une forêt d’un million d’arbres

Ils sont encore si petits qu’il faut les protéger de la voracité des lapins mais des centaines de milliers d’arbres s’enracinent déjà, au nord-ouest de Paris, sur une ancienne plaine agricole aux sols pollués par un siècle d’épandage des eaux usées de la capitale. Cette forêt de loisirs en train de naître dans le Val-d’Oise représente l’un des plus ambitieux projets de reforestation menés depuis des siècles en France. En dix ans (2019-2029), plus d’un million d’arbres doivent y être plantés, aux essences savamment mélangées pour résister au changement climatique.Dans les premières parcelles, verdoyantes au printemps, des faisans s’envolent parmi les cormiers, les érables planes ou les aulnes de Corse, mis en terre il y a cinq ans. “Vous voyez, les bouleaux créent déjà une ambiance forestière”, apprécie Charles Cohen, chef du projet boisement, parmi les arbres hauts de quelques mètres.À 28 ans, cet ingénieur de l’Office national des forêts (ONF) est assez jeune pour espérer voir “la forêt mature”. “Au bout de 30 ans, les arbres installés donneront des graines qui se sèmeront naturellement à droite à gauche, prévoit-il. Les bouleaux, pionniers, s’établiront très rapidement mais tomberont au bout de 100 ans. À côté d’eux les chênes pourront vivre plusieurs centaines d’années.”Discrètement, presque silencieusement, la forêt de Maubuisson pousse déjà, à une vingtaine de kilomètres de Paris, sur le territoire de sept communes et entre deux cours d’eau, la Seine et l’Oise. Son nom lui vient d’une abbaye fondée au 13e siècle par une reine de France, Blanche de Castille. – Ancien déversoir des égouts de Paris -S’il est rare de créer de grandes forêts, “c’est encore plus rare sur de grandes surfaces polluées”, souligne Maxime Algis, doctorant en sciences politiques et urbanisme, qui a étudié l’histoire “pas innocente” des sols de cette plaine. “Ce sont des situations qu’on retrouve dans beaucoup de pays d’Europe au 21e siècle: des sols et milieux dégradés, en l’occurrence un ancien site maraîcher fertilisé par des eaux usées, chargées en métaux lourds”.En 1892, Paris subit une épidémie meurtrière de choléra et les autorités veulent l’assainir. Dès la fin du 19e siècle, la plaine de Pierrelaye-Bessancourt va servir de zone d’épandage des eaux des égouts non traitées de la capitale et de sa banlieue. La fertilité des sols favorise d’abord un maraîchage intensif: haricots, épinards ou encore thym partent vers les halles parisiennes. Jusqu’à ce que des études révèlent, en 1997, une pollution aux métaux lourds rendant les récoltes impropres à l’alimentation humaine. Des associations écologistes tirent alors l’alarme publique. En 2000, la production maraîchère est définitivement interdite.Pourquoi ne pas planter des arbres et encore des arbres? proposent en 2006 une partie des maires des communes environnantes. L’idée d’une forêt fait son chemin, jusqu’à devenir un grand projet d’utilité publique, étiqueté Grand Paris, en 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy.”À l’échelle de la France, la création d’un massif entier, c’est exceptionnel, d’autant plus entre des zones urbanisées”, souligne Bernard Tailly, ancien maire de Frépillon, 80 ans, qui préside aujourd’hui le Syndicat mixte d’aménagement de la Plaine de Pierrelaye-Bessancourt (SMAPP), porteur du projet. Cependant l’éventualité que les métaux lourds puissent encore migrer vers les nappes phréatiques reste envisagée. “On surveille l’acidification des sols”, commente M. Tailly, rassurant. Le public n’aura de toute façon pas accès aux quelques secteurs les plus pollués et la consommation de produits de la forêt sera interdite.- “Laboratoire à ciel ouvert” -Charles Cohen évoque cette forêt comme “une histoire de renaissance”, qui montre que “quand on met les moyens, plein de belles choses sont possibles.”Hiver après hiver, les plantations se sont faites manuellement. En février, cinq hommes plantaient “1.500 arbres en une journée”, selon leur chef d’équipe, Iviça Jerinic, 40 ans, posant des gaines autour des pousses alignées “contre les lapins qui, en une nuit, peuvent tout manger”. Bois existants et nouvelles plantations formeront à terme une forêt mosaïque de 1.340 hectares, et pour l’ONF, “un laboratoire à ciel ouvert”.Car “le changement climatique, c’est maintenant”, insiste M. Cohen, rappelant que le site a connu “d’emblée deux ans de sécheresse puis deux de pluies”. Des hêtres de Turquie ou des chênes pubescents de la Méditerranée et du Languedoc ont été plantés, car l’ONF anticipe que “le climat sera plus méditerranéen qu’océanique”. Sélectionner des dizaines d’essences permet d'”éviter la vulnérabilité d’une monoculture qui peut être attaquée par un pathogène”, souligne l’ingénieur. Les châtaigniers ont été exclus puisque dans le massif voisin de Montmorency ils sont décimés par “la maladie de l’encre”.Le budget global de création de la forêt de Maubuisson dépasse les 84 millions d’euros. Bien des dossiers restent à boucler concernant les 6.000 parcelles à acheter ou exproprier, et il a fallu éliminer des dépôts sauvages de déchets, mettre un terme aux occupations illicites, lutter contre les “espèces exotiques envahissantes”…  Souvent des riverains interpellent M. Tailly d’un “alors, votre forêt, ça avance?”. Il répond qu’il faudra encore patienter avant de voir la plaine revivre en écrin naturel, avec des écoliers en observation sur ses sentiers ouverts aux randonneurs, aux cyclistes et aux cavaliers.

Vaccins contre le Covid: la justice européenne tranche sur les SMS de von der Leyen

La justice de l’UE doit dire mercredi si la Commission européenne avait le droit de refuser l’accès au contenu des SMS échangés en pleine pandémie du Covid entre sa présidente Ursula von der Leyen et Albert Bourla, PDG de Pfizer.Dans cette affaire le manque de transparence de l’exécutif européen a été épinglé, notamment par la médiatrice de l’UE.Ces textos, dont le contenu est toujours resté secret, ont été échangés au moment où le laboratoire Pfizer/BioNTech était le plus gros fournisseur de vaccins anti-Covid à l’Union européenne. Les contrats négociés par la Commission au nom des Vingt-Sept se chiffraient en milliards d’euros.Cela a valu à Mme von der Leyen d’être la cible de plusieurs plaintes, dont l’une au pénal en Belgique pour “destruction de documents publics” et “corruption”, à laquelle étaient associées la Pologne et la Hongrie. Cette plainte a été déclarée irrecevable en janvier par la cour d’appel de Liège.Le volet qui doit être tranché mercredi matin par le Tribunal de l’UE à Luxembourg concerne la plainte d’une journaliste du New York Times, Matina Stevis, qui avait révélé en avril 2021 l’existence de ces échanges numériques.La journaliste a souhaité l’année suivante se voir communiquer tous les SMS échangés entre Mme von der Leyen et M. Bourla entre le 1er janvier 2021 et le 11 mai 2022, au titre de la possibilité légale d’accéder à des documents publics de l’UE, en vertu d’un règlement européen de 2001.Le refus opposé par la Commission l’a poussée à saisir la justice européenne, avec le soutien de son journal. “La Commission a rejeté la demande au motif qu’elle ne détenait pas les documents visés par celle-ci. Mme Stevis et The New York Times ont demandé au Tribunal de l’Union européenne d’annuler la décision de la Commission”, rappelle le tribunal.Pour justifier son refus, l’exécutif européen a affirmé être incapable de produire ces textos.Ils n’ont pas été enregistrés et archivés en tant que documents publics, “faute de contenu substantiel”, a expliqué un de ses responsables lundi devant la presse. “Les SMS ne sont pas systématiquement considérés comme des documents publics”.- “Problématique” -Le 15 novembre 2024, l’audience de plaidoiries avait donné lieu à des échanges animés entre les deux parties à LuxembourgBondine Kloostra, avocate du New York Times, avait accusé la Commission d’avoir “violé les principes de bonne administration et de communication” en négligeant l’importance de ces SMS.En face, Paolo Stancanelli, juriste chargé de défendre la Commission, avait plaidé que les textos échangés n’entraient en aucun cas dans le cadre d’une négociation sur les conditions d’achat des vaccins. En outre, les services de la Commission, sollicités pour retrouver ces échanges en 2022, s’étaient adressés au cabinet de Mme von der Leyen, qui s’était dit “incapable” de les retrouver.”La Commission européenne n’a jamais nié qu’il y avait eu des interactions entre Ursula von der Leyen et Albert Bourla. Il manque le lien entre ces textos et la discussion sur les accords portant sur les vaccins”, a insisté M. Stancanelli.L’affaire a suscité une controverse au sein même des institutions bruxelloises.La médiatrice de l’UE, à l’époque l’Irlandaise Emily O’Reilly, avait demandé début 2022 au cabinet de Mme von der Leyen de s’efforcer de mettre la main sur les SMS.”Il est clair (qu’ils) entrent dans le cadre de la législation européenne sur l’accès du public aux documents” et “le public peut y avoir accès s’ils concernent le travail de l’institution”, avait-elle estimé, parlant d’un dossier “problématique”.En janvier 2022, par la voix d’un porte-parole, la Commission avait indiqué envisager une mise à jour de sa politique d’accès aux documents, sans plus de précisions.Durant la période Covid, l’UE a acheté ou réservé plus de la majorité des doses de vaccin au duo américano-allemand Pfizer/BioNTech, même si cinq autres fabricants ont vu leurs vaccins homologués par le régulateur européen. 

Vaccins contre le Covid: la justice européenne tranche sur les SMS de von der Leyen

La justice de l’UE doit dire mercredi si la Commission européenne avait le droit de refuser l’accès au contenu des SMS échangés en pleine pandémie du Covid entre sa présidente Ursula von der Leyen et Albert Bourla, PDG de Pfizer.Dans cette affaire le manque de transparence de l’exécutif européen a été épinglé, notamment par la médiatrice de l’UE.Ces textos, dont le contenu est toujours resté secret, ont été échangés au moment où le laboratoire Pfizer/BioNTech était le plus gros fournisseur de vaccins anti-Covid à l’Union européenne. Les contrats négociés par la Commission au nom des Vingt-Sept se chiffraient en milliards d’euros.Cela a valu à Mme von der Leyen d’être la cible de plusieurs plaintes, dont l’une au pénal en Belgique pour “destruction de documents publics” et “corruption”, à laquelle étaient associées la Pologne et la Hongrie. Cette plainte a été déclarée irrecevable en janvier par la cour d’appel de Liège.Le volet qui doit être tranché mercredi matin par le Tribunal de l’UE à Luxembourg concerne la plainte d’une journaliste du New York Times, Matina Stevis, qui avait révélé en avril 2021 l’existence de ces échanges numériques.La journaliste a souhaité l’année suivante se voir communiquer tous les SMS échangés entre Mme von der Leyen et M. Bourla entre le 1er janvier 2021 et le 11 mai 2022, au titre de la possibilité légale d’accéder à des documents publics de l’UE, en vertu d’un règlement européen de 2001.Le refus opposé par la Commission l’a poussée à saisir la justice européenne, avec le soutien de son journal. “La Commission a rejeté la demande au motif qu’elle ne détenait pas les documents visés par celle-ci. Mme Stevis et The New York Times ont demandé au Tribunal de l’Union européenne d’annuler la décision de la Commission”, rappelle le tribunal.Pour justifier son refus, l’exécutif européen a affirmé être incapable de produire ces textos.Ils n’ont pas été enregistrés et archivés en tant que documents publics, “faute de contenu substantiel”, a expliqué un de ses responsables lundi devant la presse. “Les SMS ne sont pas systématiquement considérés comme des documents publics”.- “Problématique” -Le 15 novembre 2024, l’audience de plaidoiries avait donné lieu à des échanges animés entre les deux parties à LuxembourgBondine Kloostra, avocate du New York Times, avait accusé la Commission d’avoir “violé les principes de bonne administration et de communication” en négligeant l’importance de ces SMS.En face, Paolo Stancanelli, juriste chargé de défendre la Commission, avait plaidé que les textos échangés n’entraient en aucun cas dans le cadre d’une négociation sur les conditions d’achat des vaccins. En outre, les services de la Commission, sollicités pour retrouver ces échanges en 2022, s’étaient adressés au cabinet de Mme von der Leyen, qui s’était dit “incapable” de les retrouver.”La Commission européenne n’a jamais nié qu’il y avait eu des interactions entre Ursula von der Leyen et Albert Bourla. Il manque le lien entre ces textos et la discussion sur les accords portant sur les vaccins”, a insisté M. Stancanelli.L’affaire a suscité une controverse au sein même des institutions bruxelloises.La médiatrice de l’UE, à l’époque l’Irlandaise Emily O’Reilly, avait demandé début 2022 au cabinet de Mme von der Leyen de s’efforcer de mettre la main sur les SMS.”Il est clair (qu’ils) entrent dans le cadre de la législation européenne sur l’accès du public aux documents” et “le public peut y avoir accès s’ils concernent le travail de l’institution”, avait-elle estimé, parlant d’un dossier “problématique”.En janvier 2022, par la voix d’un porte-parole, la Commission avait indiqué envisager une mise à jour de sa politique d’accès aux documents, sans plus de précisions.Durant la période Covid, l’UE a acheté ou réservé plus de la majorité des doses de vaccin au duo américano-allemand Pfizer/BioNTech, même si cinq autres fabricants ont vu leurs vaccins homologués par le régulateur européen. 

Décès de “Pepe” Mujica, l’ex-président uruguayen icône de la gauche en Amérique latine

José “Pepe” Mujica, l’ancien guérillero qui a présidé l’Uruguay de 2010 à 2015, figure de la gauche latino-américaine et contempteur de la surconsommation, est mort mardi à l’âge de 89 ans.”C’est avec une profonde douleur que nous annonçons que notre camarade Pepe Mujica est décédé”, a écrit sur X l’actuel président uruguayen, Yamandu Orsi. Le petit pays sud-américain a décrété trois jours de deuil national et annoncé une veillée funèbre dans le Palais législatif de la capitale Montevideo. Surnommé le “président le plus pauvre du monde” pour avoir reversé la quasi-totalité de ses revenus de dirigeant à un programme de logement social, “Pepe” Mujica avait révélé en début d’année que son cancer de l’œsophage diagnostiqué en mai 2024 s’était propagé et que son corps ne supportait plus les traitements.”Clairement, je suis en train de mourir. Le guerrier a droit à son repos”, avait-il dit.Jusqu’au bout, il aura œuvré pour la gauche dans son pays. Érigé en figure du Frente Amplio, la coalition qui a mené la gauche pour la première au pouvoir en 2005 avec Tabaré Vasquez, il a mené la campagne présidentielle de Yamandu Orsi en novembre dernier.”Il y a quelque chose de doux, un peu comme un cadeau d’adieu”, dans la victoire de son héritier politique, avait-il dit dans un entretien à l’AFP.Une camionnette transportant le corps du défunt a quitté en fin de journée son domicile.Entre sanglots, compliments, et parfois quelques reproches, des Uruguayens ont évoqué auprès de l’AFP leur ancien président. “Quelqu’un de bien, humble, travailleur”, juge Carlos Casal, retraité de 71 ans qui assure l’avoir connu.Appuyé au comptoir d’un bar de la capitale, Walter Larus, serveur quinquagénaire, soupire: “Des politiciens comme lui, on n’en fait plus. Il ressentait et vivait comme les gens ordinaires”. Alvaro Paciello, sociologue de 53 ans, retiendra l’image d’un leader qui a “inspiré des millions de personnes”, les incitant à “apporter leur pierre à l’édifice pour un monde meilleur”. – “Exemple” -José Mujica a cru “en un monde meilleur”, a également relevé le Premier ministre espagnol socialiste Pedro Sanchez.”Toute l’Amérique latine est en deuil”, a renchéri l’ancien président bolivien Evo Morales.En Colombie, le président de gauche Gustavo Petro, lui aussi ex-guérillero, a salué un “grand révolutionnaire”.A gauche toujours, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a loué une “grandeur humaine (qui) a dépassé les frontières” et son homologue mexicaine Claudia Sheinbaum un “exemple pour l’Amérique latine et le monde entier”, par sa sagesse et sa simplicité.”Merci pour tout le courage que tu nous as donné (…) Adieu Pepe”, a pour sa part écrit le Français Jean-Luc Mélenchon, chef de file du parti de gauche radicale La France insoumise (LFI).M. Mujica a atteint une popularité inédite pour un dirigeant de ce pays de 3,4 millions d’habitants, coincé entre les géants brésilien et argentin.Sans cravate, il a prononcé à Rio en 2012 un discours retentissant contre le consumérisme lors de la Conférence des Nations unies sur le développement durable. L’année suivante, à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, il s’en prenait au pillage des ressources de la Terre et au “dieu marché”.José Mujica revendiquait ses racines paysannes. Il recevait avec son épouse Lucia Topolansky, ex-vice-présidente et ancien membre de la guérilla, dans sa modeste ferme en périphérie de Montevideo, qu’il a refusé d’abandonner durant sa présidence. Son verbe spontané, sans langue de bois et souvent polémique, ont toutefois provoqué des critiques et des faux pas. – De guérillero à chef d’Etat -Dans les années 1960, José Mujica fut l’un des fondateurs de la guérilla urbaine d’extrême gauche Mouvement de libération nationale Tupamaros (MLN). Blessé par balles en 1970, il est emprisonné pendant toute la dictature (1973-1985) et torturé.Après sa libération en 1985, il se lance dans la politique et fonde en 1989 le Mouvement de participation populaire (MPP), pilier du Frente Amplio, qu’il dirigera jusqu’à sa mort.L’ancien guérillero, qui occupa aussi les fonctions de député, sénateur et ministre, a durant son mandat présidentiel bousculé les conventions, promouvant des mesures progressistes pour l’Amérique latine, comme la légalisation du cannabis, une première mondiale en 2013, ainsi que l’avortement et le mariage homosexuel.Mardi à la nuit tombée, des jeunes du mouvement MPP préparaient des banderoles pour adresser à “Pepe” Mujica un ultime message: “hasta siempre” (“adieu, à tout jamais”).

Décès de “Pepe” Mujica, l’ex-président uruguayen icône de la gauche en Amérique latine

José “Pepe” Mujica, l’ancien guérillero qui a présidé l’Uruguay de 2010 à 2015, figure de la gauche latino-américaine et contempteur de la surconsommation, est mort mardi à l’âge de 89 ans.”C’est avec une profonde douleur que nous annonçons que notre camarade Pepe Mujica est décédé”, a écrit sur X l’actuel président uruguayen, Yamandu Orsi. Le petit pays sud-américain a décrété trois jours de deuil national et annoncé une veillée funèbre dans le Palais législatif de la capitale Montevideo. Surnommé le “président le plus pauvre du monde” pour avoir reversé la quasi-totalité de ses revenus de dirigeant à un programme de logement social, “Pepe” Mujica avait révélé en début d’année que son cancer de l’œsophage diagnostiqué en mai 2024 s’était propagé et que son corps ne supportait plus les traitements.”Clairement, je suis en train de mourir. Le guerrier a droit à son repos”, avait-il dit.Jusqu’au bout, il aura œuvré pour la gauche dans son pays. Érigé en figure du Frente Amplio, la coalition qui a mené la gauche pour la première au pouvoir en 2005 avec Tabaré Vasquez, il a mené la campagne présidentielle de Yamandu Orsi en novembre dernier.”Il y a quelque chose de doux, un peu comme un cadeau d’adieu”, dans la victoire de son héritier politique, avait-il dit dans un entretien à l’AFP.Une camionnette transportant le corps du défunt a quitté en fin de journée son domicile.Entre sanglots, compliments, et parfois quelques reproches, des Uruguayens ont évoqué auprès de l’AFP leur ancien président. “Quelqu’un de bien, humble, travailleur”, juge Carlos Casal, retraité de 71 ans qui assure l’avoir connu.Appuyé au comptoir d’un bar de la capitale, Walter Larus, serveur quinquagénaire, soupire: “Des politiciens comme lui, on n’en fait plus. Il ressentait et vivait comme les gens ordinaires”. Alvaro Paciello, sociologue de 53 ans, retiendra l’image d’un leader qui a “inspiré des millions de personnes”, les incitant à “apporter leur pierre à l’édifice pour un monde meilleur”. – “Exemple” -José Mujica a cru “en un monde meilleur”, a également relevé le Premier ministre espagnol socialiste Pedro Sanchez.”Toute l’Amérique latine est en deuil”, a renchéri l’ancien président bolivien Evo Morales.En Colombie, le président de gauche Gustavo Petro, lui aussi ex-guérillero, a salué un “grand révolutionnaire”.A gauche toujours, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a loué une “grandeur humaine (qui) a dépassé les frontières” et son homologue mexicaine Claudia Sheinbaum un “exemple pour l’Amérique latine et le monde entier”, par sa sagesse et sa simplicité.”Merci pour tout le courage que tu nous as donné (…) Adieu Pepe”, a pour sa part écrit le Français Jean-Luc Mélenchon, chef de file du parti de gauche radicale La France insoumise (LFI).M. Mujica a atteint une popularité inédite pour un dirigeant de ce pays de 3,4 millions d’habitants, coincé entre les géants brésilien et argentin.Sans cravate, il a prononcé à Rio en 2012 un discours retentissant contre le consumérisme lors de la Conférence des Nations unies sur le développement durable. L’année suivante, à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, il s’en prenait au pillage des ressources de la Terre et au “dieu marché”.José Mujica revendiquait ses racines paysannes. Il recevait avec son épouse Lucia Topolansky, ex-vice-présidente et ancien membre de la guérilla, dans sa modeste ferme en périphérie de Montevideo, qu’il a refusé d’abandonner durant sa présidence. Son verbe spontané, sans langue de bois et souvent polémique, ont toutefois provoqué des critiques et des faux pas. – De guérillero à chef d’Etat -Dans les années 1960, José Mujica fut l’un des fondateurs de la guérilla urbaine d’extrême gauche Mouvement de libération nationale Tupamaros (MLN). Blessé par balles en 1970, il est emprisonné pendant toute la dictature (1973-1985) et torturé.Après sa libération en 1985, il se lance dans la politique et fonde en 1989 le Mouvement de participation populaire (MPP), pilier du Frente Amplio, qu’il dirigera jusqu’à sa mort.L’ancien guérillero, qui occupa aussi les fonctions de député, sénateur et ministre, a durant son mandat présidentiel bousculé les conventions, promouvant des mesures progressistes pour l’Amérique latine, comme la légalisation du cannabis, une première mondiale en 2013, ainsi que l’avortement et le mariage homosexuel.Mardi à la nuit tombée, des jeunes du mouvement MPP préparaient des banderoles pour adresser à “Pepe” Mujica un ultime message: “hasta siempre” (“adieu, à tout jamais”).