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Scandale des eaux minérales: l’enquête sénatoriale déplore “une dissimulation” par l’Etat et des contrôles toujours défaillants

L’affaire des traitements illicites utilisés pour certaines eaux minérales, révélée par la presse début 2024, a fait l’objet d’une “dissimulation par l’Etat” relevant “d’une stratégie délibérée”, estime la commission d’enquête sénatoriale sur les pratiques des industriels de l’eau en bouteille.”Outre le manque de transparence de Nestlé Waters, il faut souligner celui de l’État, à la fois vis-à-vis des autorités locales et européennes et vis-à-vis des Français (…) Cette dissimulation relève d’une stratégie délibérée, abordée dès la première réunion interministérielle sur les eaux minérales naturelles le 14 octobre 2021. Près de quatre ans après, la transparence n’est toujours pas faite”, souligne ce rapport rendu public lundi après six mois de travaux et plus de 70 auditions.Nestlé Waters, dont la direction assure avoir découvert fin 2020 sur ses sites Perrier, Hépar et Contrex l’usage de traitements interdits pour de l’eau minérale, avait sollicité à ce sujet mi-2021 le gouvernement, puis jusqu’à l’Elysée. Selon le minéralier, il s’agissait d'”assurer la sécurité sanitaire” des eaux lors d’épisodes de contaminations bactériologiques de forages.Dix-huit mois plus tard, un plan de transformation de ses sites était approuvé par les pouvoirs publics, remplaçant les traitements interdits (UV, charbon actif) par une microfiltration fine par ailleurs controversée car à même de priver l’eau minérale de ses caractéristiques.Or le droit européen stipule qu’une eau minérale naturelle ne peut faire l’objet d’aucune désinfection ou traitement de nature à modifier ses caractéristiques.”Malgré la fraude aux consommateurs que représente la désinfection de l’eau, les autorités ne donnent pas de suites judiciaires à ces révélations” de 2021, souligne le rapport.Les sénateurs déplorent ensuite une “inversion de la relation entre l’État et les industriels en matière d’édiction de la norme”: “Nestlé Waters adopte une attitude transactionnelle, posant explicitement l’autorisation de la microfiltration à 0,2 micron comme condition à l’arrêt de traitements pourtant illégaux”.”En définitive, c’est au plus haut niveau de l’État que s’est jouée la décision d’autoriser une microfiltration sous le seuil de 0,8 micron”, au terme d’une “concertation interministérielle”, “dans la continuité des arbitrages pris par le cabinet de la Première ministre, Elisabeth Borne, mais sans que celle-ci ne semble informée”, note le rapport.”De son côté, la présidence de la République, loin d’être une forteresse inexpugnable à l’égard du lobbying de Nestlé, a suivi de près le dossier”, ajoute la commission, qui se base sur “des documents recueillis par ses soins”: elle “savait, au moins depuis 2022, que Nestlé trichait depuis des années”.Alexis Kohler, à l’époque secrétaire général de l’Elysée, avait lui aussi reçu les dirigeants de Nestlé. Lundi, la commission sénatoriale devrait publier les documents transmis par la présidence après son refus d’être auditionné.Interrogé par la presse en février, Emmanuel Macron avait démenti être au courant du dossier.- Trois milliards d’euros -Parmi les conséquences de cette gestion du dossier, le rapport note que l’industriel a pu continuer à commercialiser son eau sous l’appellation – lucrative – d’eau minérale naturelle.Dans le même temps, à ce jour, il n’y a pas “de vérifications exhaustives de l’absence de traitements interdits sur tous les sites de production d’eau conditionnée”, note-t-il.Parmi 28 recommandations, il préconise ainsi un suivi qualitatif des nappes, “un contrôle effectif du niveau de prélèvement réalisé par les minéraliers”, un meilleur étiquetage pour les consommateurs.Aujourd’hui, Perrier attend la décision de renouvellement de son autorisation d’exploiter la source comme “eau minérale naturelle”. Alors que des hydrogéologues mandatés par l’Etat ont rendu un avis défavorable, la préfecture du Gard doit se prononcer d’ici au 7 août et, en attendant, a donné deux mois au groupe pour retirer son système de microfiltration, estimant qu’il “modifie le microbisme de l’eau produite, en contradiction avec la réglementation”.Nestlé dit disposer de solutions alternatives, qu’il souhaite proposer aux autorités.Globalement, le marché des eaux minérales et de source françaises (104 sites, 11.000 emplois directs) représente quelque 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.Un rapport demandé par le gouvernement à l’Inspection générale des affaires sociales, lui aussi révélé par la presse, avait conclu en 2022 que 30% des marques d’eaux en bouteille “subissent des traitements non conformes”.

Des Syriens rêvent de gagner dans les arènes équestres autrefois réservées aux Assad

Pour la première fois, Ziad Abou al-Dahab vise la victoire dans une compétition d’équitation près de Damas, un scénario impensable sous Assad, dont le clan contrôlait étroitement ce sport en Syrie.”Les résultats étaient connus d’avance, toujours en faveur des cavaliers proches du pouvoir”, avant la chute de l’ancien président Bachar al-Assad en décembre, raconte Ziad Abou al-Dahab, 25 ans.”Mon plus grand rêve, à l’époque, était de finir troisième”, ajoute-t-il, en marchant aux côtés de son cheval bai. “Il était impossible de rivaliser avec la famille au pouvoir, car nos chevaux locaux ne faisaient pas le poids face à leurs chevaux européens.”A l’entrée du club équestre de Dimas, près de Damas, trône une statue de Bassel al-Assad à cheval, fils aîné de l’ancien président Hafez al-Assad et frère de Bachar, et dont la tête est recouverte du nouveau drapeau syrien. Destiné à succéder à son père, Bassel est mort dans un accident de voiture, laissant la place à Bachar, devenu président en 2000.L’équitation en Syrie a connu un essor remarquable dans les années 1990, lorsque Bassel al-Assad en a fait sa passion, participant à des compétitions locales et internationales et se faisant connaître comme “le premier cavalier du pays”.Sa popularité et son statut politique ont contribué à mettre en lumière ce sport et à en élargir la pratique. Depuis, l’équitation a été fortement associée au nom de Bassel al-Assad et intégrée à l’identité sportive officielle de l’Etat.L’ancien pouvoir a même donné le nom de “Bassel” à de nombreuses institutions publiques et infrastructures, et érigé dans plusieurs villes des statues le représentant à cheval, renforçant le lien entre le clan Assad et l’équitation, au point que ce sport est devenu un symbole de leur influence dans l’espace public.- “Compétition impossible” -Cette présence s’est transmise à la génération suivante, notamment à travers Cham, fille de Maher al-Assad, le frère de l’ex-président, qui a participé à des compétitions internationales.Ses participations, largement couvertes par les médias, ont illustré l’usage de ce sport par le régime comme outil de propagande.Ce monopole sur l’équitation a poussé le père de la cavalière Mounana Chaker, 26 ans, à lui interdire de poursuivre son rêve de monter à cheval, par crainte de l’ancien pouvoir, jusqu’à sa chute.”Mon père m’a interdit de pratiquer ce sport, car il avait peur de la famille au pouvoir, il me répétait sans cesse que la compétition était impossible”, relate-t-elle en caressant sa jument blanche.”Il ne voulait absolument pas que nous côtoyions les membres de la famille Assad. Il m’a raconté l’histoire de ce cavalier emprisonné après avoir battu Bassel al-Assad. Il ne voulait pas me mettre en danger”, explique-t-elle.Dans les années 1990, le cavalier Adnan Qassar s’est fait un nom en brillant dans une même compétition que Bassel, ce qu’il lui a valu 21 ans d’emprisonnement, avant d’être libéré par décret présidentiel en 2014.”J’ai longtemps été éloignée de ce sport, mais il est temps de revenir avec force. Je suis de la famille Chaker, pas de la famille Assad”, déclare Mme Chaker.- “Un rêve devenu réalité” -Alors que les préparatifs vont bon train pour une compétition locale, l’entraîneur Chadi Abou al-Dahab, 48 ans, supervise environ 240 chevaux, parmi lesquels des races européennes, autrefois réservées aux Assad, dans un centre dédié à Dimas.”Environ quarante chevaux et juments étaient exclusivement réservés à la famille Assad. Personne n’avait le droit de s’en approcher.”A présent, il constate l’arrivée de nombreux nouveaux visages désireux de s’inscrire et de participer à ce sport. “Nous avons désormais beaucoup de cavaliers ambitieux”, se réjouit-il.Tout ému, l’entraîneur Salah Al-Ahmad, 52 ans, encourage son fils Jawad, qui réalise enfin son rêve de monter la jument Topsy, longtemps réservée à Cham al-Assad.”Il rêvait de la toucher, de lui caresser la tête. Aujourd’hui, dans cette nouvelle ère, la jument est à lui. Il a remporté deux compétitions avec elle. C’est un rêve devenu réalité.”

Inondations en Argentine: un mort, trois disparus et près de 2.000 évacués

Les inondations provoquées par de fortes pluies dans la province de Buenos Aires dans le nord de l’Argentine ont fait un mort et trois disparus alors que près de 2.000 personnes se trouvent toujours dans des centres d’évacuation, ont annoncé dimanche les autorités provinciales.Un homme a été retrouvé mort et les forces de sécurité recherchent trois disparus, a indiqué le chef de la protection civile de la province, Fabian Garcia.Les pluies quasi-ininterrompues, près de cinq fois la normale locale en mai, ont fait déborder rivières et fossés, coupant une demi-douzaine d’axes routiers et submergeant des champs dans cette zone de pampa (plaine) sans relief. Elles ont aussi inondé des rues en grande banlieue de Buenos Aires.Selon M. Garcia, 1.945 personnes se trouvent encore dans des centres d’évacuation et “un très grand nombre de personnes ont quitté leur domicile pour aller vivre chez des proches”.Le nombre de personnes évacuées a été réduit à moins de la moitié de ce qu’il était samedi soir.”Après la tempête de la nuit dernière (samedi), l’eau a baissé dans toutes les régions et les gens commencent à rentrer chez eux”, indique un communiqué du gouvernement provincial.Tant le gouvernement national que provincial ont lancé des opérations d’urgence, envoyant dans les localités les plus touchées des brigades de secours, des équipes techniques, des véhicules de sauvetage et des fournitures pour les réfugiés, comme des matelas, des couvertures, des vêtements secs, de l’eau et de la nourriture.”Cet événement est absolument extraordinaire, c’est le climat, ça change; cela s’appelle le changement climatique”, a déclaré le gouverneur Axel Kicillof à la chaîne Crónica TV.A Campana, plusieurs familles ont dû passer une partie de la nuit sur leur toit dans l’attente des secours, pour échapper à leur maison inondée. “On a perdu tout ce qu’on avait, ce pour quoi on a sué toutes ces années, et on n’a pas d’endroit où aller”, se désolait samedi matin auprès de l’AFP Manuel Sanchez, sur le point d’être secouru avec ses enfants.Le volume de précipitations depuis vendredi a dépassé celles recensées début mars à Bahia Blanca (600 km au sud de Buenos Aires), où pluies torrentielles et inondations avaient fait 18 morts, a souligné le ministre de Sécurité provincial Javier Alonso.Selon la météorologue Cindy Fernandez, la norme en mai dans cette partie du pays se situe “autour de 70, 80 mm d’eau pour tout le mois. Là, ça a quintuplé”.

IA et guerres commerciales au programme du rendez-vous annuel des géants des semi-conducteurs

Les géants mondiaux des semi-conducteurs se réunissent cette semaine à Taïwan pour le salon technologique Computex, rendez-vous annuel d’un secteur au coeur de la révolution de l’intelligence artificielle (IA) mais chahutée par les guerres commerciales de Donald Trump.Le patron de Nvidia Jensen Huang, qui est né à Taïwan, doit prononcer lundi un discours à la …

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IA et guerres commerciales au programme du rendez-vous annuel des géants des semi-conducteurs

Les géants mondiaux des semi-conducteurs se réunissent cette semaine à Taïwan pour le salon technologique Computex, rendez-vous annuel d’un secteur au coeur de la révolution de l’intelligence artificielle (IA) mais chahutée par les guerres commerciales de Donald Trump.Le patron de Nvidia Jensen Huang, qui est né à Taïwan, doit prononcer lundi un discours à la veille de l’ouverture formelle de l’édition 2025 de l’événement de quatre jours, auquel participeront également AMD, Qualcomm et Intel. Computex est la principale vitrine technologique annuelle de Taïwan, dont les usines de semi-conducteurs de pointe sont cruciales pour de nombreux produits, des iPhones aux serveurs qui font fonctionner ChatGPT. Des dirigeants de Qualcomm, MediaTek et Foxconn prendront également la parole au salon, où les progrès réalisés dans le domaine de l’intégration de l’IA depuis les centres de données vers les ordinateurs portables, les robots et les véhicules connectés, seront sous les feux de la rampe.- “Période charnière” -“J’ai de nombreuses annonces incroyables à faire”, a déclaré Jensen Huang aux journalistes à Taipei vendredi.”Nous sommes au coeur de l’écosystème technologique et nos partenaires sont nombreux ici”, et “nous sommes impatients d’annoncer de nombreuses collaborations, de nombreux nouveaux projets, de nombreuses nouvelles technologies et initiatives ensemble”, a poursuivi le patron de Nvidia.Pour Paul Yu, du cabinet de conseil et groupe de réflexion basé à Taïwan Witology Markettrend, l’industrie traverse une “période charnière”.”Au cours des deux dernières années et demie, des progrès significatifs ont été réalisés dans le domaine de l’intelligence artificielle”, et “2025 à 2026 sera la période cruciale pour passer de l’entraînement des modèles d’IA à des applications rentables”, a-t-il estimé.Malgré ces avancées, le secteur doit actuellement faire face aux défis l’impact potentiel des nouveaux droits de douane américains et à des chaînes d’approvisionnement perturbées.Washington a ouvert en avril une enquête visant à déterminer si la dépendance des Etats-Unis à ses importations de semi-conducteurs présente un risque, ou non, pour la sécurité nationale.Or, c’est après ce type d’enquête qu’avaient été imposées en mars et avril des surtaxes sur l’acier, l’aluminium et l’automobile.- Situation “trop incertaine” -Le président américain Donald Trump a également accusé Taïwan de voler l’industrie américaine des puces et menacé d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 100% sur les importations de semi-conducteurs en provenance de l’île.Néanmoins, la plupart des acteurs présents au Computex “éviteront d’aborder directement les droits de douane, car la situation est trop incertaine”, prédit Eric Smith, du site d’information spécialisé TechInsights.Certains craignent que Taïwan, qui produit la majorité des puces du monde et près de toutes celles les plus avancées, s’imposant comme un maillon essentiel des chaînes d’approvisionnement de la planète, ne perde sa position dominante sur le marché.Cependant, cette place de leader agit pour Taïwan tel un “bouclier de silicium”, référence au matériau le plus utilisé dans l’industrie. Ce bouclier est censé protéger l’île d’une invasion ou d’un blocus de la Chine — qui la revendique comme une partie de son territoire — en incitant les Etats-Unis à la défendre pour son secteur des semi-conducteurs.Sous pression, le fleuron TSMC a d’ores et déjà annoncé en mars un investissement de 100 milliards de dollars aux Etats-Unis, salué par le président taïwanais Lai Ching-te comme un “moment historique” dans les relations entre Taipei et Washington.Le fournisseur de TSMC GlobalWafers a également fait part la semaine dernière de son intention d’augmenter ses investissements américains de 4 milliards de dollars, et ouvert une usine de fabrication de plaquettes de silicium au Texas.Jensen Huang, interrogé vendredi, semble optimiste quant à l’avenir de Taïwan, affirmant qu’elle “resterait au centre de l’écosystème technologique”.

IA et guerres commerciales au programme du rendez-vous annuel des géants des semi-conducteurs

Les géants mondiaux des semi-conducteurs se réunissent cette semaine à Taïwan pour le salon technologique Computex, rendez-vous annuel d’un secteur au coeur de la révolution de l’intelligence artificielle (IA) mais chahutée par les guerres commerciales de Donald Trump.Le patron de Nvidia Jensen Huang, qui est né à Taïwan, doit prononcer lundi un discours à la veille de l’ouverture formelle de l’édition 2025 de l’événement de quatre jours, auquel participeront également AMD, Qualcomm et Intel. Computex est la principale vitrine technologique annuelle de Taïwan, dont les usines de semi-conducteurs de pointe sont cruciales pour de nombreux produits, des iPhones aux serveurs qui font fonctionner ChatGPT. Des dirigeants de Qualcomm, MediaTek et Foxconn prendront également la parole au salon, où les progrès réalisés dans le domaine de l’intégration de l’IA depuis les centres de données vers les ordinateurs portables, les robots et les véhicules connectés, seront sous les feux de la rampe.- “Période charnière” -“J’ai de nombreuses annonces incroyables à faire”, a déclaré Jensen Huang aux journalistes à Taipei vendredi.”Nous sommes au coeur de l’écosystème technologique et nos partenaires sont nombreux ici”, et “nous sommes impatients d’annoncer de nombreuses collaborations, de nombreux nouveaux projets, de nombreuses nouvelles technologies et initiatives ensemble”, a poursuivi le patron de Nvidia.Pour Paul Yu, du cabinet de conseil et groupe de réflexion basé à Taïwan Witology Markettrend, l’industrie traverse une “période charnière”.”Au cours des deux dernières années et demie, des progrès significatifs ont été réalisés dans le domaine de l’intelligence artificielle”, et “2025 à 2026 sera la période cruciale pour passer de l’entraînement des modèles d’IA à des applications rentables”, a-t-il estimé.Malgré ces avancées, le secteur doit actuellement faire face aux défis l’impact potentiel des nouveaux droits de douane américains et à des chaînes d’approvisionnement perturbées.Washington a ouvert en avril une enquête visant à déterminer si la dépendance des Etats-Unis à ses importations de semi-conducteurs présente un risque, ou non, pour la sécurité nationale.Or, c’est après ce type d’enquête qu’avaient été imposées en mars et avril des surtaxes sur l’acier, l’aluminium et l’automobile.- Situation “trop incertaine” -Le président américain Donald Trump a également accusé Taïwan de voler l’industrie américaine des puces et menacé d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 100% sur les importations de semi-conducteurs en provenance de l’île.Néanmoins, la plupart des acteurs présents au Computex “éviteront d’aborder directement les droits de douane, car la situation est trop incertaine”, prédit Eric Smith, du site d’information spécialisé TechInsights.Certains craignent que Taïwan, qui produit la majorité des puces du monde et près de toutes celles les plus avancées, s’imposant comme un maillon essentiel des chaînes d’approvisionnement de la planète, ne perde sa position dominante sur le marché.Cependant, cette place de leader agit pour Taïwan tel un “bouclier de silicium”, référence au matériau le plus utilisé dans l’industrie. Ce bouclier est censé protéger l’île d’une invasion ou d’un blocus de la Chine — qui la revendique comme une partie de son territoire — en incitant les Etats-Unis à la défendre pour son secteur des semi-conducteurs.Sous pression, le fleuron TSMC a d’ores et déjà annoncé en mars un investissement de 100 milliards de dollars aux Etats-Unis, salué par le président taïwanais Lai Ching-te comme un “moment historique” dans les relations entre Taipei et Washington.Le fournisseur de TSMC GlobalWafers a également fait part la semaine dernière de son intention d’augmenter ses investissements américains de 4 milliards de dollars, et ouvert une usine de fabrication de plaquettes de silicium au Texas.Jensen Huang, interrogé vendredi, semble optimiste quant à l’avenir de Taïwan, affirmant qu’elle “resterait au centre de l’écosystème technologique”.

Brésil: début d’auditions de témoins-clés au procès Bolsonaro

La Cour suprême du Brésil commence lundi à entendre des témoins-clés au procès de l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui encourt une lourde peine de prison pour tentative présumée de coup d’Etat.Plus de 80 personnes ont été appelées à témoigner, par la défense ou par l’accusation. Parmi elles, des militaires haut gradés, des anciens ministres, des policiers ou des agents de services de renseignement.Jair Bolsonaro, 70 ans, est accusé d’avoir ourdi de longue date un complot pour se maintenir au pouvoir quel que soit le résultat de la présidentielle de 2022, qu’il a finalement perdue face au président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.S’il est déclaré coupable, l’ancien chef de l’Etat (2019-2022) encourt une peine cumulée pouvant avoisiner les 40 ans de prison.M. Bolsonaro, qui est par ailleurs inéligible jusqu’en 2030, a toujours nié toute velléité putschiste, criant à la “persécution politique”.La semaine dernière, il a comparé lors d’un entretien avec le site Uol les accusations du parquet à un “scénario de telenovela”, ces feuilletons télévisés latino-américain aux rebondissements rocambolesques.- “Noyau crucial” -L’ancien capitaine de l’armée sera jugé avec sept anciens collaborateurs accusés d’avoir fait partie du “noyau crucial” du complot présumé, dont quatre anciens ministres, un ancien commandant de la Marine et le chef des services de renseignement durant sa présidence.Plusieurs anciens présidents ont eu maille à partir avec la justice depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985), mais Jair Bolsonaro, nostalgique de ce régime, est le premier visé par un procès pour tentative de coup d’Etat.Un rapport de près de 900 pages de la Police fédérale détaille le plan présumé, qui aurait prévu, entre autres, l’élaboration d’un décret convoquant un nouveau scrutin, mais aussi l’assassinat de Lula.Le coup d’Etat n’a finalement pas eu lieu, faute de soutien de membres du haut commandement militaire, selon le parquet.L’enquête se penche également sur les émeutes du 8 janvier 2023, quand des milliers de bolsonaristes ont envahi et saccagé les lieux de pouvoir à Brasilia, réclamant une “intervention militaire” pour déloger Lula du pouvoir, une semaine après l’investiture de ce dernier.M. Bolsonaro se trouvait aux Etats-Unis ce jour-là, mais il est soupçonné d’avoir été l’instigateur des émeutes, qui étaient selon le Parquet l'”ultime espoir” des supposés putschistes.- “Peine de mort” -Des acteurs-clés de cette trame seront entendus à partir de lundi par visioconférence, lors de la phase d’instruction du procès menée par le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, chargé du dossier et considéré comme l’ennemi numéro un du camp Bolsonaro.Ces auditions “peuvent servir à identifier d’éventuelles contradictions, entre les différents témoignages ou au sein d’un même témoignage”, explique à l’AFP Rogerio Taffarello, expert en droit pénal à la Fondation Getulio Vargas.La Cour suprême doit entendre notamment les témoignages des généraux Marco Antonio Freire Gomes et Carlos de Almeida Baptista Júnior, commandants respectivement de l’armée de terre et de l’armée de l’air sous le mandat de Jair Bolsonaro.Déjà interrogés par la police fédérale, ils avaient reconnu avoir participé à des réunions où l’ex-président leur avait “présenté l’hypothèse de l’utilisation d’instruments juridiques” pour réfuter le résultat du scrutin de 2022 et justifier un putsch militaire.Mais tous deux affirment qu’ils ont refusé d’adhérer à ce plan, et le général Freire Gomes aurait menacé d’arrêter M. Bolsonaro s’il le mettait à exécution.Après ces témoignages, le procès se poursuivra ces prochains mois avec les auditions des accusés, puis les réquisitions du parquet et les plaidoiries de la défense.L’étape finale sera le vote des cinq magistrats — dont le juge Moraes — de la première chambre de la Cour suprême, qui doivent décider s’ils condamnent ou non les accusés et, le cas échéant, fixer les peines.Jair Bolsonaro a déclaré à Uol que toute condamnation serait “une peine de mort, physique et politique”.Il espère encore faire annuler son inéligibilité pour participer à la présidentielle de 2026, où il pourrait de nouveau avoir Lula pour adversaire.

Vent de renouveau à Cannes avant la tempête Denzel Washington

Un vent de changement souffle depuis le début de la compétition cannoise, portée par de jeunes cinéastes et des nouveaux venus, qui pourrait se transformer lundi en tempête avec le retour de Julia Ducournau, quatre ans après “Titane”, sa Palme d’or gore et punk.Sur les marches, l’ambiance sera plus new-yorkaise que jamais en fin de journée avec l’équipe de “Highest 2 Lowest”. Hors compétition, Spike Lee y retrouve son acteur phare Denzel Washington, au côté de la star du rap A$AP Rocky – M. Rihanna à la ville.Les Américains seront suivis sur le tapis rouge par la Franco-Iranienne Golshifteh Farahani et le Franco-Algérien Tahar Rahim. Ce duo est à l’affiche d'”Alpha”, signé d’une réalisatrice française de 41 ans dont la Croisette a découvert le potentiel explosif en 2021. Choc esthétique, “Titane” avait valu une Palme d’or à Julia Ducournau, faisant d’elle la deuxième réalisatrice couronnée de l’histoire, trente ans après Jane Campion. Venue du cinéma de genre, elle est donc attendue au tournant.Née de parents médecins, la cinéaste a expliqué dans une interview à Vanity Fair s’être cette fois inspirée de l’épidémie de sida dans les années 1980: “C’est une réflexion sur la manière dont (la) peur a été transmise et l’impact qu’elle a eu sur ma génération”.Présenté comme une œuvre très personnelle, le film, d’une facture a priori plus classique, est centré sur l’histoire d’une famille. Selon les rares informations qui ont filtré, Alpha est une ado de 13 ans, incarnée par une nouvelle venue, Mélissa Boros. Tahar Rahim joue son oncle, atteint par un virus mystérieux qui momifie ses victimes. Adepte de la métamorphose, de “Désigné coupable”, où il incarnait un prisonnier de Guantanamo, à “Monsieur Aznavour”, l’acteur, connu pour s’immerger totalement dans ses rôles, a perdu de nombreux kilos pour ce personnage.Golshifteh Farahani est la mère célibataire d’Alpha, médecin soignant des patients en fin de vie. L’actrice d’origine iranienne, exilée en France, a déjà connu la compétition cannoise, pour “Paterson” de Jim Jarmusch notamment.- Thriller égyptien -Le jury présidé par Juliette Binoche aura auparavant découvert “Les Aigles de la République”, un thriller politique sur l’Egypte signé Tarik Saleh. Né d’un père suédois et d’une mère égyptienne, le réalisateur a signé d’épatants films noirs qui jettent un regard critique sur la société égyptienne, dont “Le Caire Confidentiel” et “La conspiration du Caire”, qui lui a valu le prix du scénario en 2022.Il retrouve son acteur fétiche Fares Fares, dans le rôle d’une star égyptienne contrainte de jouer dans un film commandé par les plus hautes autorités du pays et qui se retrouve plongée dans les cercles de pouvoir.A mi-parcours d’une compétition sur laquelle a soufflé un vent de fraîcheur, riche en nouveaux venus ou jeunes cinéastes, les jeux restent ouverts.Actrice prisée devenue réalisatrice, la Française Hafsia Herzi (38 ans) a prouvé qu’il fallait compter sur son talent de cinéaste en présentant “La Petite Dernière”, une romance lesbienne très maîtrisée. Et un film en forme de réponse à “La vie d’Adèle”, du réalisateur qui l’a révélée dans “La graine et le mulet”, Abdellatif Kechiche.Pour sa première fois en compétition, le Franco-Espagnol Oliver Laxe (43 ans) a stupéfait le festival en plongeant Sergi López dans le milieu des free parties du désert marocain (“Sirât”), quand une réalisatrice allemande quasi inconnue, Mascha Schilinski (41 ans), a livré avec “Sound of Falling” un tableau impressionniste des traumas qui se transmettent de mères en filles sur des générations.Fraîcheur et jeunesse étaient aussi au rendez-vous chez l’Américain Richard Linklater, qui a redonné vie à Jean-Luc Godard et aux Jeunes Turcs de la “Nouvelle Vague”.La course à la Palme d’or doit s’achever samedi. Sont encore attendus des films de deux cinéastes iraniens, Jafar Panahi et Saeed Roustaee, ainsi que “Jeunes mères” des frères belges Jean-Pierre et Luc Dardenne, vétérans du cinéma social déjà doublement palmés.