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A la frontière avec le Pakistan, rapatriés afghans et habitants partagent la même angoisse

Les Afghans tout juste rentrés du Pakistan et les habitants vivant près de Torkham, ce point de passage clé, partagent vendredi un regain d’angoisse à la suite de nouveaux affrontements frontaliers.”Des enfants, des femmes et des personnes âgées couraient dans tous les sens”, a raconté à l’AFP Gander Khan, un rapatrié de 65 ans, hébergé dans le camp d’Omari qui leur est dédié et qui a été frappé dans la nuit.Selon Qureshi Badlun, un responsable de la province de Nangarhar (nord-est), c’est un tir de mortier qui a semé la désolation.”J’ai vu du sang, cela a blessé deux ou trois enfants et deux ou trois femmes”, a décrit Gander Khan, debout devant des rangées de tentes.Zarghon, un autre rapatrié de 44 ans qui n’a pas souhaité donner son nom, a assuré que deux ou trois enfants avaient disparu dans la panique.”Certains ont laissé leurs papiers et se sont simplement enfuis. Ils n’ont même pas pris leur argent, ils n’ont pas pris l’aide qu’ils avaient reçue. Par peur, tout le monde est parti”, a-t-il narré à l’AFP. Des journalistes de l’AFP ont entendu vendredi des tirs d’artillerie et des coups de feu à Torkham, tandis que des soldats afghans se dirigeaient vers la frontière.Naqibullah Rahimi, porte-parole de la santé publique de Nangarhar, a affirmé que neuf femmes et cinq hommes avaient été hospitalisés. “Une femme, parmi d’autres blessés, est décédée après avoir été transportée à l’hôpital”, a-t-il précisé à l’AFP.Dans la capitale provinciale, Jalalabad, un photographe de l’AFP a vu plusieurs femmes blessées au camp d’Omari recevoir des soins.- “Populations vulnérables” -L’Agence des Nations unies pour les réfugiés, le HCR, a déclaré avoir “temporairement suspendu ses opérations” dans le camp d’Omari, le temps d’évaluer la situation.”Les informations faisant état de l’impact d’un mortier la nuit dernière soulignent l’urgence de garantir la sécurité, la retenue et la protection internationale des populations vulnérables”, a indiqué le HCR dans un communiqué.Le poste-frontière de Torkham, point d’entrée stratégique entre les deux pays, est resté ouvert pour les Afghans qui rentrent en masse du Pakistan, malgré la fermeture quasi totale de la frontière terrestre depuis le début des combats entre les deux voisins en octobre.L’offensive terrestre a été lancée par les forces afghanes tard jeudi, dans ce que les autorités talibanes ont qualifié de représailles aux frappes aériennes meurtrières menées par le Pakistan quelques jours plus tôt.Ces combats transfrontaliers ont été suivis vendredi de frappes aériennes pakistanaises, entendues par des journalistes de l’AFP, dans la capitale Kaboul et la ville de Kandahar (sud).Sur le bord de la route à Torkham, un habitant, Waqas Shinwari, évoquait des obus tirés au loin. “Il devrait y avoir la paix et la réconciliation des deux côtés, parce que les gens souffrent énormément”, a-t-il fait valoir à l’AFP.Même si des rapatriés ont pu franchir la frontière ces derniers mois, la fermeture plus générale a durement touché les habitants de Torkham.Muhammad Kareem et chacun de ses voisins “gagnent leur vie grâce à cette frontière”. “S’il y a la paix, nous pouvons vivre. Mais s’il n’y a pas de paix à la frontière, alors nous partirons”, a-t-il assuré à l’AFP.strs-rsc/sla/thm

Au Royaume-Uni, Starmer s’en prend aux “extrêmes” après une cuisante défaite électorale du Labour

Le Premier ministre britannique Keir Starmer s’en est pris vendredi aux partis “extrêmes”, au lendemain de la défaite humiliante du Labour lors d’une législative partielle dans un de ses fiefs en Angleterre, largement remportée par les Verts, au positionnement très à gauche.Ce résultat sonne comme un avertissement pour le chef du gouvernement travailliste, qui subit déjà …

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Sous le feu russe, le port d’Odessa continue de fonctionner vaille que vaille

Descendre d’une grue en vitesse pour courir aux abris, interrompre toute activité plusieurs heures d’affilée: l’escalade des frappes russes sur le port d’Odessa sur la mer Noire met sous haute tension le personnel et les opérateurs de cette infrastructure, cruciale pour l’économie ukrainienne.”C’est la guerre, toutes les nuits”, résume crûment Viktor Berestenko, jeune patron de …

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Venezuela: embrassades dans la liesse au retour d’un prisonnier politique amnistié

Dès sa descente de camionnette, Reinardo Morillo est assailli par ses deux fils qui l’étreignent, heureux de l’accueillir devant sa maison décorée de ballons après sa libération de prison au Venezuela. Il fait partie des dizaines de personnes libérées en vertu de la loi d’amnistie adoptée sous pression américaine par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, …

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Mercosur: l’UE va appliquer l’accord de façon provisoire au grand dam de la France

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé vendredi que l’UE allait appliquer de façon provisoire l’accord commercial avec les pays du Mercosur, une décision saluée à Berlin, mais condamnée en France, où le président Emmanuel Macron a déploré “une mauvaise surprise”.Les réactions ont de nouveau montré les dissensions qui s’étaient exprimées au sein de l’UE lors de la négociation de ce gigantesque accord. “Les entreprises et les citoyens des deux continents peuvent enfin bénéficier d’une plus grande prospérité et d’une croissance accrue”, s’est félicité le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul, qualifiant l’accord d'”historique”.Contrairement à la France, l’Allemagne, dont l’économie est très dépendante de ses exportations, avait vécu comme un revers la suspension il y a un mois de l’application de l’accord, après un vote d’eurodéputés encouragés par un secteur agricole ayant multiplié les actions de protestation.Vendredi, dans une courte allocution devant la presse à Bruxelles, Mme von der Leyen a annoncé que la Commission allait désormais “procéder à l’application provisoire” de l’accord. Une décision prise après des échanges “approfondis” avec le Parlement et les États membres, a-t-elle dit.Les pays latino-américains du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) et l’Union européenne ont signé mi-janvier ce traité créant l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde.Cet accord doit permettre à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine tout en facilitant l’entrée en Europe de viande bovine, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains.Pour ses détracteurs, cela va toutefois bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.L’application du traité avait été suspendue par un vote du Parlement européen, dont les élus ont saisi la justice de l’UE afin de vérifier sa conformité avec les traités européens, une procédure censée prendre plusieurs mois.Malgré cela, la Commission avait la possibilité d’appliquer l’accord de façon temporaire, après de premières ratifications outre-Atlantique, ce que l’Argentine et l’Uruguay ont fait jeudi.Comme l’Allemagne, l’Espagne a salué l’annonce de Mme von der Leyen.”Dans un monde toujours plus incertain, l’Europe ne peut pas se permettre de rester à la traîne. L’accord avec le Mercosur est un grand pas dans la feuille de route de l’UE pour devenir plus autonome et plus résiliente”, a justifié le ministre espagnol de l’Économie, Carlos Cuerpo, dans une déclaration transmise à l’AFP.Mais une pluie de critiques est venue de France.Emmanuel Macron a regretté que Bruxelles renforce ainsi “l’incertitude” du monde agricole. Il a évoqué “une mauvaise manière” faite au Parlement européen avec ce “choix unilatéral” de l’exécutif bruxellois.- “Déni de démocratie” -“C’est une grande responsabilité vis-à-vis des agriculteurs qui ont exprimé leurs inquiétudes et pour lesquelles les Européens n’ont pas encore apporté la visibilité nécessaire”, a déclaré le président français.”En pleine semaine du Salon international de l’agriculture, Ursula von der Leyen choisit de passer en force”, a dénoncé pour sa part l’eurodéputée française Céline Imart, auprès de l’AFP. Elle a fustigé “le choix du mépris à l’égard du monde agricole”.”C’est un déni de démocratie. Mme von der Leyen s’assoit sur le Parlement de manière très claire, et d’ailleurs aussi sur la Cour de justice de l’Union européenne”, a renchéri Arnaud Rousseau, président du premier syndicat agricole en France (FNSEA), depuis le Salon de l’agriculture à Paris.Que va-t-il désormais se passer? La Commission doit maintenant notifier officiellement les pays du Mercosur de son intention d’appliquer cet accord. Il entrera en vigueur “le premier jour du deuxième mois” suivant les échanges sur cette notification formelle, a expliqué Olof Gill, un des porte-paroles de la Commission.Comme la Commission, la majorité des États européens sont favorables à ce traité de libre-échange. Tous soulignaient la nécessité de mettre en œuvre l’accord le plus vite possible, particulièrement au moment où le président américain Donald Trump agite la menace de nouveaux droits de douane contre l’Europe.”Nous avons besoin du Mercosur”, a martelé vendredi Olof Gill devant la presse.”L’application provisoire est, par nature, provisoire”, a toutefois défendu Ursula von der Leyen, s’engageant à continuer à dialoguer avec les responsables et élus européens au cours des prochains mois sur ce dossier.Pour entrer définitivement en vigueur, l’accord commercial avec le Mercosur doit être ratifié par les eurodéputés, un processus qui est donc retardé par l’avis réclamé à la Cour de justice de l’UE.

Venezuela: embrassades dans la liesse au retour d’un prisonnier politique amnistié

Dès sa descente de camionnette, Reinardo Morillo est assailli par ses deux fils qui l’étreignent, heureux de l’accueillir devant sa maison décorée de ballons après sa libération de prison au Venezuela. Il fait partie des dizaines de personnes libérées en vertu de la loi d’amnistie adoptée sous pression américaine par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, après la capture du président Nicolas Maduro le 3 janvier. “Cet amour familial, cette liberté n’ont pas de prix. Vive le Venezuela libre”, dit à l’AFP, larmes aux yeux, ce père de famille libéré après un an d’incarcération, au milieu de la foule qui l’asperge d’une mousse festive. “Bienvenue à la maison”, proclame une banderolle à l’entrée du domicile familial où flottent des ballons aux couleurs jaune, bleu et rouge du Venezuela, pendant que l’hymne vénézuélien retentit dans un haut-parleur.Car au-delà de la liesse de son quartier, toute la ville de San Fernando de Apure (ouest) est en fête à l’occasion d’un festival annuel.Cet inspecteur de la police scientifique, âgé de 41 ans, avait été arrêté le 30 septembre 2024 à Guasdualito, à quelque six heures de route de San Fernando. Il avait été accusé de trahison, de terrorisme, de conspiration et de collaboration avec un ancien chef de la police en exil dans le but de renverser le président Nicolás Maduro aujourd’hui déchu.Sa famille est certaine que Reinardo Morillo a été victime de représailles pour avoir enquêté sur une affaire impliquant les redoutables services de contre-espionnage.Son épouse, Grecia Arana, 34 ans, a organisé la réception pour lui, deux jours après l’avoir retrouvé à la sortie de la prison Rodeo I, dans la banlieue de Caracas. Elle a dormi près d’un mois dans un campement improvisé avec d’autres familles de prisonniers politiques devant la prison. Flanqué de ses deux garçon, âgés de 11 et 13 ans, qui ne le lâchent pas, Reinardo Morillo raconte que depuis sa libération, il a simplement pris la main de Grecia Arana et s’est laissé guider, tout à l’émotion de la liberté retrouvée.- “Le combat continue” -Dans les minutes précédents l’arrivée de la camionnette ramenant M. Morillo chez lui, les habitants du quartier 9 de Diciembre avait mis au point une mise en scène pour l’accueillir : les enfants devant la bannière, la famille derrière munie de ballons blancs marqués de messages personnels au marqueur.Peine perdue. Les enfants se sont mis à courir vers la camionnette dès qu’ils l’ont aperçue. L’hymne s’entendait mal et la bannière est restée derrière. “Quelle surprise !”, s’exclame M. Morillo qui n’arrête pas de tendre les bras pour embrasser les voisins et les membres de sa famille qui se pressent autour de lui.Il parle peu de sa disparition en captivité, ni du moment où il a apprit qu’il allait être libéré. Sa famille était restée neuf mois sans nouvelles. “Je dois d’abord partager (ces instants) avec ma famille pur ensuite exprimer d’autres émotions”, dit-il.Gracie Arana est la porte-parole de la famille, et sait se comporter devant les caméras, n’hésitant pas à scander des slogans.”Vive la liberté, vive le Venezuela !”, crie-t-elle dans le cortège.”Même si mon mari est à la maison (…) le combat continue”, déclare-t-elle. “Il reste encore beaucoup de personnes là-bas, beaucoup d’innocents, et tant que le dernier ne sera pas sorti, mon combat ne s’arrêtera pas.”- “Famille unie” -M. Morillo a bénéficié de l’amnistie, approuvée par le Parlement la semaine dernière, après sa promulgation par la présidente Delcy Rodríguez sous la pression de Washington. Au total, 217 personnes ont été libérées jusqu’à jeudi, selon le Parlement. L’ONG Foro Penal regrette des libérations au compte-gouttes, estimant qu’il y a encore plus de 500 prisonniers “politiques” dans les geôles vénézuéliennes.”Je remercie Dieu que mon père soit ici, sain et sauf, et que nous puissions à nouveau former une famille unie”, confie Rey Isnardo, l’aîné des fils de Reinardo Morillo, tandis que qu’une femme chante au micro et que la fête s’étire jusqu’à la tombée de la nuit.  

Laits infantiles: la toxine céréulide repérée chez un bébé, l’Etat accusé de minimiser les risques

Pour la première fois, la toxine céréulide, derrière la vague actuelle de rappels de laits infantiles, a été repérée chez un bébé français ayant été hospitalisé, alors que des familles accusent l’État de minimiser les risques par un suivi insuffisant.La France a reçu “un premier résultat d’analyse de selles positif à la toxine céréulide” chez un nourrisson hospitalisé après la consommation d’un lait rappelé, a annoncé vendredi le ministère de la Santé, confirmant une information de Radio FranceC’est une première pour un bébé français, même si cela ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet, après deux mois de doutes et d’interrogations sanitaires autour de l’affaire des laits infantiles. Celle-ci a débuté avec le rappel par Nestlé de dizaines de lots dans une soixantaine de pays à cause de la présence potentielle de céréulide, une toxine pouvant provoquer des vomissements dangereux chez un nouveau-né.Puis, elle s’est amplifiée avec une cascade de rappels similaires par des industriels comme Danone ou Lactalis, mais aussi de plus petits acteurs de ce marché en pleine croissance. Point commun, un ingrédient fourni par le même sous-traitant chinois.Trois décès ont été signalés parmi des bébés ayant consommé des laits visés par les rappels en France, seul pays européen dans ce cas, ainsi qu’une dizaine d’hospitalisations. Mais aucun lien de cause à effet n’a encore été identifié.Dans ce contexte, l’annonce de vendredi apporte un indice en faveur d’une intoxication, même si le ministère de la Santé reste sur sa ligne, assurant qu’il est trop tôt pour évoquer un lien et, donc, de premières conséquences sanitaires avérées de cette vague de rappels.”L’imputabilité” ne pourra être établie que par les “soignants ayant pris en charge l’enfant” en lien avec les “spécialistes en toxicologie mobilisés dans le cadre des investigations”, explique le ministère.Celui-ci ne communique pas les détails du cas. Selon Radio France, il s’agit d’un bébé hospitalisé une nuit début février à Montpellier et ayant consommé un lait Gallia (Danone).Ce développement intervient au moment où plusieurs familles accusent frontalement l’État d’appliquer une politique de surveillance qui minimise la réalité des conséquences sanitaires.- Des cas en Belgique -Les associations, qui ont engagé plusieurs actions en justice face à l’État et aux industriels, pointent notamment des rappels trop tardifs avec une responsabilité excessivement laissée aux industriels et des capacités insuffisantes d’analyses, la France ayant dû déléguer la recherche de céréulide à la Belgique. Celle-ci a signalé mi-février la présence de la toxine chez huit bébés ayant consommé un lait rappelé, tous avec des symptômes “légers”.La France, elle, a attendu plusieurs semaines avant de transmettre aux soignants et hôpitaux des critères justifiant une alerte, ces derniers étant assez larges et peu distincts d’une gastro-entérite.”On peut se dire que l’on est en train de minimiser le recensement des cas pour qu’il y ait moins de victimes recensées”, avance auprès de l’AFP Nathalie Goutaland, avocate du collectif Intox’Alim, rassemblant plusieurs familles.Me Goutaland, qui a saisi cette semaine en référé le Conseil d’État, avance une possibilité de “conflit d’intérêt” de la part de l’État devant le risque d’être mis devant ses responsabilités.”Effectivement, il y a une minimisation”, pour Quentin Guillemain, président de l’association APS-Enfants, née de l’affaire Lactalis impliquant déjà des laits infantiles en 2017. Il estime qu’à terme, “l’État sera probablement condamné pour carence fautive”.De son côté, le ministère de la Santé explique ne pas avoir cherché à dresser un recensement exhaustif des intoxications, mais de s’être concentré sur les cas potentiellement les plus graves. L’enjeu est plutôt “de permettre aux autorités de porter une attention particulière aux situations les plus sensibles”, dit-il à l’AFP.Depuis le début de la crise, les autorités sanitaires ont, par ailleurs, assuré plusieurs fois que la réalisation d’analyses n’était pas cruciale pour les médecins, puisqu’un bébé sera soigné de la même façon qu’il soit atteint d’une intoxication au céréulide ou d’une gastro-entérite sévère.”Que la détection de céréulide n’ait pas d’impact sur les soins, c’est hors sujet”, répond Me Goutaland, estimant qu’un “droit d’accès à la preuve” est en jeu pour les familles.

Mercosur: l’UE va appliquer l’accord de façon provisoire, contre l’avis de la France

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé vendredi que l’Union européenne allait appliquer de façon provisoire l’accord commercial avec les pays du Mercosur, en dépit des fortes réserves exprimées par la France.”Au cours des dernières semaines, j’ai échangé sur cette question de manière approfondie avec les Etats membres et les élus du Parlement européen. Sur cette base, la Commission va désormais procéder à l’application provisoire”, a-t-elle déclaré lors d’une courte allocution à la presse.Cette annonce a immédiatement été dénoncée par Paris. “C’est une décision que je regrette”, a déclaré la ministre française de l’Agriculture Annie Genevard, la qualifiant de “très préjudiciable”.Les pays latino-américains du Mercosur et l’Union européenne ont signé mi-janvier ce traité créant l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde.Cet accord doit permettre à l’UE d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine tout en facilitant l’entrée en Europe de viande bovine, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains.Pour ses détracteurs, cela va toutefois bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.Mais l’application de ce traité avait été suspendue après un vote d’eurodéputés, encouragés par le secteur agricole qui a multiplié les mobilisations contre ce texte.Ces élus avaient saisi la justice de l’UE afin de vérifier que l’accord avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay était bien conforme aux traités européens — une procédure censée prendre plusieurs mois. La Commission européenne avait toutefois la possibilité d’appliquer l’accord de façon temporaire, après sa ratification par de premiers pays du Mercosur, ce que l’Argentine et l’Uruguay ont fait jeudi.- “Mépris” -Fervent partisan de l’accord, le chancelier allemand Friedrich Merz avait réclamé cette application temporaire, à laquelle la France est opposée. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon avait averti fin janvier qu’une application provisoire de ce traité de libre échange constituerait “une forme de viol démocratique”.”En pleine semaine du Salon international de l’agriculture, Ursula von der Leyen choisit de passer en force”, a dénoncé l’eurodéputée française Céline Imart, auprès de l’AFP, après l’annonce de la présidente de la Commission européenne.”En déclenchant l’application provisoire de l’accord Mercosur sans attendre l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne, pourtant voté par le Parlement européen, la Commission européenne fait le choix du mépris à l’égard du monde agricole”, a-t-elle martelé.Concrètement, que va-t-il désormais se passer? La Commission doit maintenant notifier formellement les pays du Mercosur de son intention d’appliquer cet accord. Il entrera en vigueur “deux mois après ces échanges formels”, a expliqué Olof Gill, un des porte-paroles de la Commission.La Commission comme la majorité des États européens sont favorables à ce traité de libre-échange. Tous soulignaient la nécessité de mettre en œuvre l’accord le plus vite possible, particulièrement au moment où le président américain Donald Trump agite la menace de nouveaux droits de douane contre l’Europe.”Nous avons besoin du Mercosur”, a martelé vendredi Olof Gill devant la presse.”L’application provisoire est, par nature, provisoire”, a toutefois défendu Ursula von der Leyen, s’engageant à continuer à dialoguer avec les responsables et élus européens au cours des prochains mois sur ce dossier.Pour entrer définitivement en vigueur, l’accord commercial avec le Mercosur doit encore être ratifié par le Parlement européen, mais ce dernier a suspendu sa décision à un avis de la Cour européenne de justice, qui n’est pas attendu avant plusieurs mois.

Santé et prévention: l’essor des check-up privés soulève des inquiétudes

Mieux vaut prévenir que guérir, mais à quel coût? Des structures privées proposent des bilans de santé de prévention ultra complets, et très chers, soulevant réserves et inquiétudes chez des experts, qui dénoncent un modèle “élitiste” et pas forcément pertinent pour être en meilleure santé. Chez Zoï, start-up française de check-up médicaux personnalisés, aucun matériel médical n’est apparent. Dans les locaux à la décoration minimaliste – nichés au cœur de Paris, entre la place Vendôme et celle de l’Opéra – tout est dissimulé derrière des armoires en bois, dans une ambiance tamisée.Son cofondateur, Ismaël Emelien, ancien grand artisan de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017, revendique d’avoir conçu un “lieu qui ne soit pas un hôpital, pas un hôtel, et qui ne ressemble à aucun autre”.Le client – appelé “membre” – est directement installé à son arrivée dans l’une des 18 “suites”, dans laquelle se relaieront autour de lui, pendant quatre heures, des professionnels de santé.Au programme: 36 bilans dont l’analyse de 145 marqueurs biologiques, un électrocardiogramme, une échographie complète du corps, l’analyse du microbiote et quatre examens d’imagerie avancée – pour un prix total de 3.600 euros, non pris en charge par la Sécurité sociale.”Plus de la moitié des maladies chroniques non transmissibles sont évitables par le comportement. On a donc créé un service de santé préventive qui vise à comprendre les risques auxquels vous êtes exposés et vous fournir une feuille de route personnalisée pour vous aider à les réduire”, décrit à l’AFP M. Emelien.Une approche “extrêmement élitiste”, fustige Christine Ferron, déléguée générale de Fédération promotion santé, association qui mène des actions de prévention partout en France, et pour qui il est “inacceptable de considérer que cette offre serait une réponse adéquate aux problématiques de santé que l’on rencontre aujourd’hui”. Début janvier, l’arrivée chez Zoï de Jérôme Salomon, ancien directeur général de la Santé et figure des années Covid en France, a d’ailleurs suscité l’indignation de certains de ses confrères.”J’ai toujours été un fervent partisan de la prévention”, se défend-il auprès de l’AFP. “Les bilans que l’on fait ici, et c’est pour ça que je suis venu, ce n’est pas uniquement des dépenses multiples ou des choix cosmétiques, c’est vraiment des examens ciblés pour être les plus pertinents dans une démarche de médecine préventive”, affirme-t-il.- Pas d’efficacité démontrée -Cette entreprise n’est pas la seule sur ce créneau. Pionnier, l’Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine) propose aussi des bilans de santé depuis plus de trente ans pour plusieurs milliers d’euros. D’autres start-up, comme Lucis ou Kor, se sont lancées récemment.Créée en janvier 2025, Lucis (5.000 utilisateurs revendiqués) est une “plateforme de santé préventive, adossée à des réseaux de laboratoire”, présente à l’AFP son fondateur, Max Berthelot.Pour 490 euros annuels, l’abonnement comprend deux bilans (analyse de 110 biomarqueurs, microbiote, âge biologique) qui donnent lieu à des recommandations “autour de la nutrition, du sommeil, de l’activité physique, du stress, etc.”, détaille-t-il.Pas de quoi convaincre Christine Ferron, pour qui les bilans proposés par cette offre privée n’ont pas “démontré leur efficacité” et ne correspondent à “aucune recommandation officielle”.L’analyse du microbiote n’est par exemple pas recommandée par la Société nationale française de gastro-entérologie ; tandis que l’âge biologique – l’âge des cellules qui diffèrerait de l’âge chronologique – “fait l’objet de nombreuses recherches, mais ne permet pas encore d’applications cliniques”, souligne le biologiste Eric Gilson, spécialiste du vieillissement.Quant à l’analyse des biomarqueurs, utilisée notamment pour prévoir les risques de maladie, “ce ne sont que des probabilités”, qui sont surtout modulables “selon l’environnement”, rappelle Marion Albouy, médecin de santé publique. D’ailleurs, observe-t-elle, le fait d’être informé d’un risque ne suffit pas à changer une habitude, comme par exemple celle de fumer ou boire de l’alcool, note la cheffe du service de santé publique du CHU de Poitiers.Selon Zoï, qui assure “ne pas faire d’examens inutiles”, 90% de leurs clients déclarent suivre les recommandations les plus importantes, notamment grâce “au suivi via une application”.- Bilans gratuits – Depuis son ouverture il y a deux ans, le centre a réalisé plus de 3.000 check-up – dont la moitié à des cadres, envoyés par leur entreprise, comme le géant français des cosmétiques L’Oréal ou celui de l’eau et des déchets Veolia. “Non seulement ça les assure contre des risques mais ça améliore aussi les performances, ça réduit l’absentéisme, ça réduit le burn-out”, assure M. Emelien.Pour Marie Persiani, vice-présidente de la Fédération promotion santé, cette vision de la prévention “très centrée sur l’individu” est “trop limitée pour être efficace”, puisqu’elle occulte de nombreux facteurs “plus déterminants” comme les conditions de vie ou de travail.Aussi, considérer l’individu comme “gestionnaire de ses propres risques” revient à lui “donner l’illusion de pouvoir contrôler sa trajectoire” en “surfant sur ses inquiétudes”.Sans oublier que cette multiplication de tests augmente le risque de déceler des potentielles anomalies “qui n’auraient jamais évolué”: “Cela peut entraîner des traitements invasifs, des opérations, des biopsies, donc beaucoup d’anxiété et de surtraitement”, avertit Mme Persiani.Les Français ont aussi déjà accès -gratuitement- à des check-up. Le dispositif “Mon bilan prévention”, généralisé en 2024, s’adresse ainsi à quatre tranches d’âge ciblées -18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, ou 70-75 ans- et consiste à faire le point sur sa santé.Selon les chiffres de l’assurance maladie, 170.000 bilans ont été réalisés au cours des 18 premiers mois du lancement du dispositif – loin des plus de 20 millions de Français concernés.En matière de prévention, “il faut surtout consolider ce qu’on a déjà”, avance le Dr Albouy. Elle s’inquiète d’une “dérive qui résumerait la prévention” à ces bilans proposés par des start-up, qui ne sont qu’un “gadget” et participent à “l’aggravation des inégalités sociales”.Pour Christine Ferron, en plus d’être réservée à “une poignée de privilégiés”, cette offre privée se crée “au détriment du reste de la population”. Ces bilans mobilisent des ressources “en matériel et en professionnels alors que la population manque cruellement d’accès aux soins”, dénonce-t-elle.

Après des discussions avec l’Iran, Washington appelle son personnel non essentiel à quitter Israël

Les Etats-Unis ont recommandé vendredi au personnel non essentiel de leur ambassade à Jérusalem de quitter Israël, sur fond de menaces américaines de frappes en Iran, faisant craindre un embrasement régional.Cette annonce est intervenue au lendemain d’une troisième session de pourparlers à Genève sous médiation omanaise entre l’Iran et les Etats-Unis, perçue comme l’une des dernières chances pour éviter une guerre, après le plus important déploiement militaire américain au Moyen-Orient depuis des décennies.Washington a notamment déployé deux porte-avions dont le Gerald Ford, le plus grand au monde, qui est attendu au large des côtes israéliennes après avoir quitté jeudi la Crète.Alors que Téhéran avait mené en juin des frappes de représailles sur Israël lors de la guerre déclenchée par une attaque israélienne en Iran, l’ambassade américaine à Jérusalem a appelé les employés gouvernementaux “non essentiels” en poste en Israël à quitter le pays en raison “de risques pour leur sécurité”.Dans un avis aux voyageurs, l’ambassade a appelé ces employés à partir “tant que des vols commerciaux sont disponibles”.- “Evacuer dès que possible” -Le New York Times a rapporté vendredi que l’ambassadeur américain auprès d’Israël, Mike Huckabee, avait envoyé un courriel au personnel de l’ambassade indiquant que ceux qui souhaitaient partir “devaient le faire AUJOURD’HUI”. Le vice-président américain JD Vance a voulu rassurer la communauté internationale jeudi en affirmant qu’il n’y avait “aucune chance” qu’une attaque contre l’Iran mène à une guerre prolongée dans la région, dans une interview au Washington Post.Mais le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit vendredi “extrêmement inquiet du risque d’escalade militaire régionale”.Et la Chine a conseillé à ses ressortissants actuellement en Iran d’évacuer “dès que possible”.Vendredi, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi avait appelé les Etats-Unis à éviter “toute exigence excessive” dans leurs discussions, atténuant l’optimisme affiché la veille à l’issue des pourparlers.Le diplomate, qui mène les discussions pour Téhéran, n’a pas précisé à quelles demandes il faisait référence.Les Etats-Unis insistent sur une interdiction totale d’enrichissement d’uranium par l’Iran, une “ligne rouge” pour Téhéran qui défend son droit au nucléaire civil.L’administration Trump souhaite aussi que tout accord porte sur les missiles balistiques de l’Iran, perçus comme une menace existentielle par son allié israélien.L’Iran refuse d’aborder cette question, ce qui pose “un très gros problème” selon le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio.Le président Trump avait accusé mardi l’Iran de disposer de “missiles qui peuvent menacer l’Europe” et les bases militaires américaines, et d’oeuvrer à en concevoir des plus puissants, capables “d’atteindre bientôt les Etats-Unis”. Téhéran, qui affirme avoir limité la portée de ses missiles à 2.000 km, a dénoncé de “gros mensonges”.Oman avait fait état “de progrès significatifs” lors des discussions de jeudi.Et M. Araghchi avait également parlé “de très bons progrès”, disant que les deux parties avaient abordé “très sérieusement les éléments d’un accord, tant dans le domaine nucléaire que dans celui des sanctions” américaines qui pèsent sur l’Iran.Selon lui, une prochaine session se tiendra “très bientôt, peut-être dans moins d’une semaine”.- Reprise prochaine des discussions ? -Des discussions “entre équipes techniques” auront lieu au préalable lundi à Vienne en Autriche, avec “l’aide d’experts” de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a-t-il ajouté.Les Etats-Unis n’ont pas confirmé ces prochaines discussions.Donald Trump avait lancé le 19 février un ultimatum de “10 à 15 jours” pour décider si un accord était possible ou s’il allait recourir à la force. Washington veut empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, une crainte des Occidentaux alimentant de longue date les tensions avec la République islamique qui dément nourrir de telles ambitions.De précédents pourparlers avaient été interrompus par la guerre de douze jours en juin à laquelle Washington s’était brièvement joint.Les nouvelles tensions sont apparues après la répression dans le sang, en janvier, d’un vaste mouvement de contestation d’Iraniens auxquels Donald Trump avait promis de venir “en aide”.De nouveaux rassemblements ont eu lieu ces derniers jours dans des universités.