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Gaza: les secours annoncent 15 morts dans des tirs israéliens près d’un centre d’aide

La Défense civile de Gaza a annoncé mardi la mort d’au moins 15 personnes dans des tirs israéliens dans le sud du territoire palestinien, l’armée indiquant avoir ouvert le feu en direction de “suspects”.Ce nouveau drame est similaire à celui survenu dimanche au même endroit, au cours duquel 31 personnes ont été tuées et 176 blessées par des tirs israéliens selon les secours, au moment où ils étaient en route pour aller chercher de l’aide, d’après le témoignages.En guerre depuis près de 20 mois dans la bande de Gaza contre le Hamas après l’attaque du mouvement islamiste palestinien le 7 octobre 2023 sur son sol, Israël fait face à une pression internationale croissante pour mettre fin au conflit.La situation humanitaire est désastreuse dans le territoire palestinien, où Israël a imposé un blocus complet pendant plus de deux mois, partiellement assoupli fin mai.Mardi à l’aube, “au moins 15 personnes ont été tuées et des dizaines blessées quand les forces d’occupation israéliennes ont ouvert le feu à l’aide de chars et de drones sur des milliers de civils qui s’étaient rassemblés près du rond-point Al-Alam, dans la région d’Al-Mawassi, au nord-ouest de Rafah”, a déclaré à l’AFP le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal.Le rond-point est situé à environ un kilomètre d’un centre d’aide géré par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), une organisation au financement opaque soutenue par les Etats-Unis et Israël, qui a débuté ses opérations il y a un peu plus d’une semaine et avec laquelle l’ONU refuse de travailler en raison de préoccupations concernant ses procédés et sa neutralité.- “Tirer sur la foule” -L’armée israélienne a indiqué avoir été confrontée à des “suspects” lors d’un mouvement de foule le long des routes menant au site de distribution d’aide.A environ un demi-kilomètre de là, “des soldats ont effectué des tirs d’avertissement et, alors que les suspects ne reculaient pas, ils ont de nouveau tiré en direction de quelques suspects qui s’approchaient d’eux”, a-t-elle ajouté dans un communiqué.Rania al-Astal, une déplacée de 30 ans, a déclaré à l’AFP qu’elle était partie avec son mari pour essayer de récupérer de la nourriture au centre GHF, laissant leurs enfants avec sa mère dans leur tente.”Les tirs ont commencé par intermittence vers 05H00 du matin. Chaque fois que les gens s’approchaient du rond-point d’Al-Alam, ils étaient la cible de tirs”, a-t-elle raconté. “Mais les gens ne s’en souciaient pas et se précipitaient tous en même temps. C’est à ce moment-là que l’armée a commencé à tirer lourdement.”Mohammed al-Chaer, 44 ans, également présent sur les lieux, a déclaré que la foule venait de se mettre en route vers le centre d’aide quand “soudain, l’armée israélienne a tiré en l’air, puis a commencé à tirer directement sur les gens”.”Un hélicoptère et des drones ont commencé à tirer sur la foule pour l’empêcher de s’approcher des chars. Il y a eu des blessés et des morts”, a-t-il raconté à l’AFP.”Je n’ai pas atteint le centre et nous n’avons pas reçu de nourriture.”- Soldats tués -Dans son communiqué, l’armée a affirmé “n’avoir pas empêché l’arrivée de civils gazaouis sur les sites de distribution d’aide humanitaire”.La Fondation GHF a indiqué dans un communiqué que les opérations sur son site s’étaient déroulées en toute sécurité mardi.Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé lundi à une enquête indépendante après le drame de dimanche près du même rond-point d’Al-Alam, non loin d’un centre d’aide humanitaire géré par GHF.L’armée a nié avoir, ce jour-là, “tiré sur des civils pendant qu’ils se trouvaient à proximité ou à l’intérieur” du centre de GHF. Mais une source militaire israélienne a reconnu “des tirs de sommation (…) en direction de plusieurs suspects”.L’armée israélienne a par ailleurs annoncé mardi la mort de trois soldats tués dans le nord de Gaza, portant à 424 le nombre de militaires israéliens tués depuis le début de l’offensive terrestre à Gaza le 27 octobre 2023.L’attaque du 7-Octobre a entraîné la mort de 1.218 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP établi à partir de données officielles. Plus de 54.470 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués dans la campagne militaire israélienne de représailles, selon des données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l’ONU.

Au Caire, le grand écran de Zawya défend le cinéma indépendant

À contre-courant des multiplexes du Caire saturés de superproductions et de comédies locales, Zawya défend dans la capitale égyptienne un cinéma alternatif, tremplin pour les jeunes réalisateurs. Né dans l’élan artistique qui a suivi la révolution de 2011 ayant renversé l’autocrate Hosni Moubarak, Zawya reste l’un des derniers bastions de la scène underground de cette époque. Ailleurs, elle recule face aux pelleteuses qui remodèlent le centre-ville. Adossé à Misr International Films – la société fondée par le célébrissime réalisateur Youssef Chahine en 1972 -, Zawya bénéficie d’un financement pérenne, qui lui permet de tenir bon, dans un pays longtemps considéré comme l'”Hollywood du monde arabe”. “On dit souvent que l’Égypte a de la chance d’avoir une grande industrie cinématographique”, explique Maged Nader, un réalisateur indépendant. “Mais la vérité est que cette industrie ne fonctionne que selon des logiques commerciales”.Alors, Zawya préfère les chemins de traverse.”C’est un cinéma pour les films qui ne trouvent pas leur place dans les salles traditionnelles”, résume son fondateur, Youssef Shazly, fils de la cinéaste Marianne Khoury et petit-neveu de M. Chahine.- Un écran pour devenir cinéaste -Depuis 2014, la programmation annuelle, mêlant courts-métrages, documentaires, films internationaux et productions locales underground, a fidélisé une petite communauté passionnée.”Ici, c’est comme notre maison”, lance Lujain, une jeune comédienne de 24 ans, dans la longue file d’attente qui serpente devant le guichet. Les tarifs y sont fixes, 100 livres égyptiennes (environ 2 euros). Ce soir, c’est “My Name is Dahab” qui est à l’affiche. Un court-métrage tourné au Kenya, où l’on suit un adolescent qui s’efforce d’honorer le dernier voeu de son petit frère emporté par la faim.Le festival du court-métrage, organisé par Zawya chaque printemps, est aujourd’hui l’un des rares tremplins pour les cinéastes émergents, souvent écartés des circuits classiques.”Je ne me pensais pas réalisateur jusqu’à ce que Zawya projette mon film sur grand écran”, confie à l’AFP Michael Samuel, 24 ans, replié vers la publicité malgré son amour pour le cinéma.Pour beaucoup, cette reconnaissance – de leurs pairs, mentors et du public – est essentielle. “Zawya a poussé davantage de personnes à réaliser leurs films, car il y avait enfin un endroit pour les projeter”, souligne Mohamed Said, manager du lieu.Le réalisateur autodidacte Mostafa Gerbeii, 26 ans, se souvient encore de son premier tournage. Il n’avait ni studio, ni moyens.”Les équipes de Zawya ont été extrêmement généreuses et nous ont prêté leur salle gratuitement pour une journée entière” de tournage.Le tarif aurait pu atteindre les 100.000 livres égyptiennes (environ 1.850 euros), “ils l’ont fait passer à zéro”, sourit M. Gerbeii. – Censure -Comme toutes les salles de cinéma en Égypte, Zawya doit toutefois composer avec la censure: une phrase trop audacieuse, une scène trop explicite, et le couperet tombe. “Avec le temps, on apprend à deviner ce qui passera ou non”, à négocier chaque plan pour qu’il puisse être vu, confie Youssef Shazly. “Il y a tellement de talent autour de Zawya”, dit-il. “Mais existe-t-il autant d’opportunités que de talents?”Installé au 15 de la rue Emad-el-Din, Zawya perpétue dans tous les cas la riche tradition artistique développée autour de la place Tahrir.”C’est un quartier particulier avec une saveur tout aussi particulière de vie artistique et intellectuelle”, observe Chihab Al-Khachab, professeur à Oxford et auteur de l’essai “Making Film in Egypt”.Dès la fin du XIXe siècle, le centre-ville abritait les plus grands théâtres, cinémas et cabarets du pays, berceaux des grandes figures du cinéma et de la musique arabes. Et tout au long du XXe siècle, écrivains, artistes et militants s’y sont retrouvés dans les bars, librairies ou cafés littéraires. 

Soupçonné de corruption, le Premier ministre mongol perd un vote de confiance et démissionne

Le Premier ministre mongol Luvsannamsrain Oyun-Erdene a démissionné mardi, prenant acte d’une motion de censure approuvée par les députés après des semaines de manifestations dans la capitale contre la corruption présumée du dirigeant.Vaste pays de seulement 3,4 millions d’habitants enclavé entre la Chine et la Russie, la Mongolie dispose de ressources naturelles abondantes mais est confrontée depuis des décennies à une corruption endémique qui gangrène ses institutions.Une partie de la population estime que les richesses issues de l’exploitation minière, notamment du charbon, sont accaparées par une élite politique et économique restreinte.Ces tensions ont ressurgi le mois dernier après des révélations sur les dépenses exubérantes du fils du Premier ministre, qui ont déclenché des manifestations dans la capitale, Oulan-Bator.Mardi, le Premier ministre a annoncé sa résignation après un vote à bulletin secret lors duquel il a obtenu le soutien de seulement 44 députés, tandis que 38 ont voté contre lui. Il lui fallait une majorité de 64 voix pour rester en poste.”Ce fut un honneur de servir mon pays et mon peuple dans des périodes difficiles, (avec) notamment des pandémies, des guerres et des droits de douane”, a déclaré M. Oyun-Erdene après l’annonce du résultat du vote.Cet ex-avocat de 44 ans restera Premier ministre intérimaire jusqu’à ce que son successeur soit nommé dans les 30 jours, indique un communiqué du Parlement.- “Injustices” -La démission du Premier ministre mongol survient après plusieurs semaines de manifestations à Oulan-Bator qui réclamaient son départ, sur fond d’inquiétudes quant aux perspectives économiques et de hausse du coût de la vie.Mardi, des dizaines de jeunes manifestants se sont à nouveau réunis sur le parvis du Parlement en brandissant des pancartes clamant “Il est facile de démissionner”.”La mobilisation des jeunes a porté ses fruits. Je suis très fier pour l’avenir de la Mongolie”, a déclaré à l’AFP Unur Sukhbaatar, chercheur en économie politique de 37 ans.”La population aspire à une gouvernance plus stable, avec des dirigeants intègres… Le fait de manifester et d’unir nos voix en faveur d’un changement en profondeur prouve que la démocratie mongole est bien vivante”, a-t-il ajouté.La Mongolie est dirigée depuis le scrutin de l’an dernier par un gouvernement de coalition à trois partis, mis en place après que le Parti du peuple mongol de Luvsannamsrain Oyun-Erdene a perdu une part importante de sa majorité.Mais le mois dernier, le PPM a exclu de la coalition la deuxième force politique, le Parti démocrate, après que certains de ses jeunes députés ont soutenu les appels à la démission du Premier ministre.Le départ du Premier ministre pourrait marquer le retour d’une politique factionnelle au sein du PPM après des années de relative stabilité, estime Julian Dierkes, de l’Université de Mannheim en Allemagne.Selon lui, il y a toutefois peu de chances que le nouveau Premier ministre adopte des politiques très différentes, notamment en matière de lutte contre la corruption.- “Diffamation” -Dans un discours prononcé devant le Parlement avant le vote, M. Oyun-Erdene a lui dénoncé “de puissants intérêts visibles et occultes” menant une “campagne organisée” pour faire tomber son gouvernement.En mai, le bureau du Premier ministre avait affirmé à l’AFP qu’il niait “avec véhémence” les allégations de corruption, les qualifiant de “diffamation”.Sous son mandat, débuté en 2021, la Mongolie a pourtant dégringolé dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International.Les manifestants ont fait pression pour un vote sur “la légitimité du système politique”, affirme à l’AFP Munkhnaran Bayarlkhagva, analyste politique et ancien membre du Conseil de sécurité nationale de Mongolie.”La Génération Z mongole a prouvé qu’elle était prête et capable de s’engager activement en politique, de façon responsable et déterminée”, poursuit-il.”Face à cela, l’establishment politique n’a eu d’autre choix que de céder pour conserver le soutien populaire.”Erchissaran Ganbold, 28 ans, responsable d’un petit commerce interrogé par l’AFP lors de la manifestation de mardi, estime que le Parlement est parvenu à faire “passer l’intérêt général avant les calculs partisants”.”Cette mobilisation est un avertissement fort aux responsables politiques: à l’avenir, ils devront rendre des comptes et faire preuve de transparence.”

Au CEA, une machine à remonter le temps grâce au carbone 14

Démasquer un faussaire, dater les agrafes en fer de Notre-Dame ou établir une chronologie du climat: dans un laboratoire du CEA, un accélérateur de particules remonte le temps grâce au carbone 14.La technique de datation, qui a valu un prix Nobel à son découvreur Willard Frank Libby en 1960, a “révolutionné l’archéologie”, rappelle à l’AFP Lucile Beck devant l’imposante machine qui occupe une pièce entière dans le complexe du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) à Saclay (Essonne).La directrice du laboratoire de mesure du C14 (LMC14) raconte “la surprise” des préhistoriens quand, dans les années 1990, ses collègues sont parvenus à dater les foyers des artistes de la grotte Chauvet. Le chef d’œuvre de l’art pariétal, qui ne pouvait être que postérieur à Lascaux selon les experts, était en fait vieux de 36.000 ans!- 50.000 ans -Le laboratoire date chaque année 3.000 à 4.000 échantillons pour ses propres recherches et celles de la “communauté scientifique nationale”: CNRS, ministère de la Culture, CEA, Institut de recherche pour le développement (IRD) et Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).Chaque prélèvement est d’abord examiné pour éliminer toute trace de contamination. “Typiquement, des fibres de pull-over” de l’archéologue qui a manipulé l’objet, s’amuse Mme Beck.Il est nettoyé dans des bains d’acide et de base et brûlé à 800°C pour en récupérer le dioxyde de carbone (CO2). Un gaz réduit ensuite en graphite et inséré dans de minuscules capsules. Direction l’accélérateur de particules, qui va séparer et mesurer les isotopes du carbone.Un isotope est une variante d’un même élément chimique, possédant un nombre différent de neutrons, ce qui change sa masse atomique.Certains isotopes sont stables, comme le carbone 12. D’autres sont radioactifs et se désintègrent avec le temps, comme le carbone 14.Celui-ci est créé dans la haute atmosphère par le bombardement des rayonnements cosmiques et solaires sur l’azote. Dans l’atmosphère, ce carbone s’oxyde et devient du CO2 qui est absorbé par les végétaux lors de la photosynthèse, puis par les animaux qui consomment ces plantes. Tous les organismes vivants contiennent du carbone 14. À leur mort, il se désintègre de façon exponentielle. Il n’en reste que la moitié au bout de 5.730 ans. Et quasiment rien après 50.000 ans, limite de la technique. En comparant le nombre de particules de carbone 12 et 14 à la sortie de l’accélérateur, on obtient un âge relatif.”Si la production de carbone 14 ne fluctuait pas au cours du temps, on pourrait transformer directement en date le taux qui reste dans l’échantillon”, explique Mme Beck. Mais les rayonnements cosmiques “ne sont pas constants”. Tout comme l’intensité du champ magnétique qui nous en protège. Les scientifiques ont dû mettre au point des courbes de calibration, basées sur des échantillons dont l’âge est connu avec certitude.Ce qui permet in fine d’identifier un faux tableau, en déterminant que le lin de la toile a été récolté après la mort du peintre supposé.Ou d’établir une chronologie du climat, en analysant le squelette en calcite du plancton au fond des océans.  – Blanc de plomb -Si le carbone 14 permet de dater ossements, bois ou tissus, le LMC14 a développé des techniques de pointe pour analyser des matériaux qui ne sont pas directement issus du vivant. Par exemple, en datant le carbone “piégé” dans le fer, lorsque le minerai a été chauffé avec du charbon de bois. Et montrer ainsi que les agrafes en fer de Notre-Dame de Paris ne dataient pas de sa restauration, mais bien de sa construction.Ou en utilisant le blanc de plomb, un pigment synthétisé depuis le 4e siècle avant J.-C., que l’on retrouve sur de nombreux bâtiments et œuvres d’art.Pour le fabriquer, on “mettait du plomb à corroder avec du vinaigre et du crottin de cheval, qui produit du CO2 par fermentation”, raconte Mme Beck. Le pigment contient ainsi du carbone organique.”Je dis toujours aux archéologues: ne nettoyez pas les traces de corrosion, elles racontent aussi notre passé!”, poursuit-elle.C’est ce qui a permis de dater les tombes d’une abbaye médiévale dans lesquelles n’avaient été retrouvées que de petites bouteilles en plomb. En se décomposant, les corps avaient dégagé du CO2 qui les avaient corrodées.”Cette corrosion, c’était finalement le seul témoin qui restait de l’esprit du moine”, songe la chercheuse.