AFP World
Brésil: menacé de prison, Bolsonaro mobilise ses partisans pour “la justice”
Quelques milliers de manifestants vêtus pour la plupart en jaune et vert, les couleurs du Brésil, ont répondu dimanche à l’appel de l’ex-président Jair Bolsonaro à descendre dans la rue à Sao Paulo au nom de la “justice”, alors qu’il est menacé de prison pour tentative présumée de coup d’Etat.”Le Brésil a besoin de nous tous, pour la liberté et pour la justice”, a dit ces derniers jours l’ancien dirigeant (2019-2022) sur la plateforme X, convoquant ses sympathisants à un cortège sur l’avenue Paulista, emblématique artère de la plus grande mégalopole d’Amérique latine.Ce mois de juin a été particulièrement chargé pour Jair Bolsonaro sur le plan judiciaire.Lors d’une étape-clé de son procès au long cours à la Cour suprême, il a nié toute velléité putschiste lors de son face-à-face très attendu avec le juge Alexandre de Moraes, puissant magistrat honni du camp Bolsonaro.L’ex-chef d’Etat de 70 ans est accusé d’être le “leader d’une organisation criminelle” ayant conspiré pour son maintien au pouvoir après l’élection présidentielle d’octobre 2022, remportée par le président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.Selon le Parquet, le supposé plan putschiste, qui prévoyait même d’assassiner Lula et d’autres autorités, n’a pas abouti faute de soutien du haut commandement militaire.- “Psychopathe” -Inéligible jusqu’en 2030 dans le cadre d’une autre affaire, il encourt jusqu’à 40 ans de prison, mais se dit victime d’une “persécution politique” visant à l’empêcher de se présenter à la présidentielle l’an prochain.”Il y a une justice pour la gauche et un état d’exception pour la droite. Les juges de la Cour suprême n’ont même pas été élus et ils sont en train de prendre le pouvoir au Brésil”, dit à l’AFP un manifestant qui se fait appeler “Julinho Coeur de lion”.Chauve comme le juge Moraes, ce sexagénaire porte une toge noire de magistrat, avec une simple couche en guise de bermuda et de longues chaussettes blanches.”Alexandre de Moraes est un psychopathe, il a déchiré la Constitution”, insiste-t-il. A la mi-juin, l’étau judiciaire s’est encore resserré contre le camp Bolsonaro: la police fédérale a recommandé l’inculpation d’un des fils de l’ex-président, Carlos, soupçonné d’avoir participé à un réseau présumé d’espionnage illégal durant son mandat.Selon les enquêteurs, Jair Bolsonaro était le “principal destinataire” des informations obtenues, tout en étant “au centre des décisions” concernant le choix des personnalités espionnées par une “structure parallèle” au sein de l’agence de renseignements Abin.- “Pacification” -“Cette manif, c’est n’importe quoi. Ce type (Bolsonaro) qui voulait faire exploser Brasilia et tuer son adversaire politique, il devrait aller en prison. Je ne sais pas comment des gens peuvent encore venir ici pour le défendre”, commente Dionisio Teixeira, vendeur de disques vinyles sur l’avenue Paulista, habituellement transformée le dimanche en grande voie piétonne où les habitants de Sao Paulo viennent se promener.Plusieurs manifestations ont été organisées depuis le début des déboires judiciaires de Jair Bolsonaro, mais l’affluence semble s’être effritée ces derniers mois, y compris ce dimanche.Selon les calculs de l’Université de Sao Paulo, environ 45.000 personnes avaient participé au dernier cortège sur l’avenue Paulista en avril, près de quatre fois moins qu’en février (185.000). Lors de ces dernières manifestations, le mot d’ordre était l'”amnistie” des personnes condamnées pour les évènements du 8 janvier 2023 à Brasilia.Ce jour-là, des milliers de bolsonaristes avaient saccagé les lieux de pouvoir dans la capitale brésilienne, réclamant une intervention militaire pour déloger Lula du pouvoir, une semaine après l’investiture du président de gauche.”Il faut parler de liberté et prôner la pacification”, a déclaré récemment le gouverneur de Sao Paulo, Tarcisio de Freitas, qui s’est rendu au cortège dimanche.Cet ancien ministre de M. Bolsonaro est l’un des principaux noms cités pour représenter le camp conservateur à la présidentielle de 2026. L’ancien président n’a toutefois pour l’heure adoubé personne, espérant encore faire annuler son inéligibilité.
Plus de 20 Palestiniens tués dans l’offensive israélienne à Gaza, selon les secours
La Défense civile à Gaza a annoncé dimanche la mort de 23 personnes, dont des enfants, dans des frappes ou des tirs de l’armée israélienne dans le territoire palestinien affamé et ravagé par plus de 20 mois de guerre.Cette organisation de secouristes affirme que des dizaines de blessés ont été transportés dans des hôpitaux de la bande de Gaza, où la guerre a été déclenchée par une attaque sans précédent menée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 contre Israël.”Ils nous ont bombardés alors que nous dormions. Nous n’avons rien fait de mal. Mes deux enfants sont morts et les autres sont aux soins intensifs”, raconte éplorée Iman Abou Marouf, à la suite d’un bombardement qui a touché des tentes de déplacés à al-Mawassi (sud).Après la frappe, les victimes ont été transportées à bord de voitures de proches ou en ambulance à l’hôpital Nasser de Khan Younès, selon des images de l’AFP.Là, des dépouilles enveloppées de linceuls en plastique sont alignées à même le sol. Une mère caresse le visage de son enfant mort. A l’extérieur de l’hôpital, des Palestiniens récitent la prière des morts.”Plusieurs corps sont arrivés carbonisés et des blessés souffrent de graves brûlures”, a indiqué une source médicale après que des témoins ont rapporté qu’un important incendie s’était déclaré dans plusieurs tentes à al-Mawassi.Mahmoud Bassal, porte-parole de la Défense civile, a fait état “du transport dans des hôpitaux de Gaza de 23 martyrs, dont des enfants et des femmes, après les raids des forces d’occupation”.Parmi eux, figurent cinq morts à al-Mawassi et “deux enfants de la famille Azzam tués dans un raid sur une maison à Gaza-ville (nord)”, a-t-il précisé.Compte tenu des restrictions imposées par Israël aux médias à Gaza et des difficultés d’accès sur le terrain, l’AFP n’est pas en mesure de vérifier de manière indépendante les informations de la Défense civile.- “Les cris des enfants” -“Nous avons entendu une énorme explosion”, a raconté Abdel Rahman Azzam, un proche. “Les cris des enfants et des femmes ne s’arrêtaient pas. Ils ont bombardé la maison avec un missile sans aucun avertissement préalable.” Dans le sud de Gaza, au moins quatre Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens alors qu’ils se dirigeaient vers un centre de distribution de nourriture, a ajouté M. Bassal.Israël a partiellement assoupli fin mai un blocus total imposé à Gaza début mars, qui a entraîné de très graves pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens de première nécessité.Un mécanisme de distribution d’aide piloté par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par Israël et les Etats-Unis, a été mis en place, mais ses opérations donnent lieu à des scènes chaotiques et parfois meurtrières. Selon le ministère de la Santé du Hamas, 583 Palestiniens ont été tués près des centres de distribution d’aide humanitaire, depuis le début des opérations de la GHF fin mai.Le patron de l’ONU, Antonio Guterres, a dénoncé un système “militarisé” de distribution qui “tue des gens”.Interrogée par l’AFP sur les faits rapportés par M. Bassal, l’armée israélienne a dit ne pas être en mesure de les commenter, rappelant qu’elle mène des opérations contre le Hamas.Elle a annoncé la mort au combat d’un de ses soldats dans le nord de Gaza.- “Ramener les otages” – Le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu dit vouloir poursuivre l’offensive à Gaza pour “ramener les otages à la maison et démanteler le Hamas”, qu’il a juré de détruire et de chasser du territoire palestinien, limitrophe du sud d’Israël.Il a aussi affirmé vouloir prendre le contrôle de Gaza, où le Hamas, considéré comme une organisation terroriste par Israël, les Etats-Unis et l’Union européenne, a pris le pouvoir en 2007. L’attaque du 7-Octobre a entraîné côté israélien la mort de 1.219 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des données officielles. Quarante-neuf des 251 personnes enlevées ce jour-là sont toujours otages à Gaza, dont 27 déclarées mortes par l’armée. Plus de 56.500 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués dans la campagne de représailles israélienne à Gaza, selon des données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l’ONU.Malgré les bombardements israéliens quotidiens meurtriers, le président américain Donald Trump a assuré qu’un cessez-le-feu à Gaza pourrait intervenir dès “la semaine prochaine”.
Vives condamnations après les propos contre Israël de rappeurs au festival de Glastonbury
Le gouvernement britannique et les organisateurs du festival de Glastonbury ont fermement condamné dimanche les propos anti-israéliens proférés la veille sur scène par le duo de rappeurs britanniques Bob Vylan et sur lesquels la police enquête.Samedi, tandis qu’ils se produisaient sur la scène West Holts du festival, l’un des deux membres de Bob Vylan a appelé la foule à scander “Mort, mort aux IDF !”, les forces de défense israéliennes. Leur concert était retransmis en direct par la BBC sur sa plateforme dédiée au festival.La police a déclaré sur X qu’elle examinait les vidéos de leur performance “pour déterminer si des infractions ont pu être commises requérant l’ouverture d’une enquête criminelle”.”C’était affreux, pour être honnête, et je pense que la BBC et Glastonbury doivent expliquer comment nous avons pu assister à un tel spectacle sur nos écrans”, a déclaré dimanche le ministre de la Santé Wes Streeting sur Sky News.Face à la polémique, les organisateurs du festival ont également condamné ces propos dimanche.”Nous sommes consternés (…), leurs slogans ont largement dépassé les bornes (…). Il n’y a pas de place à Glastonbury pour l’antisémitisme, les discours de haine ou l’incitation à la violence”, a réagi le festival sur les réseaux sociaux dimanche.L’ambassade d’Israël avait plus tôt dénoncé sur X “la rhétorique de haine et incendiaire” à laquelle il a été recouru pendant le festival, dénonçant “la normalisation d’un langage extrémiste et de glorification de la violence”.”Je ne suis pas sûr d’être d’accord”, avec les mots choisis par Bob Vylan “mais je pense sans aucun doute que remettre en cause ce qui se passe là-bas (à Gaza) est juste”, a affirmé à l’AFP Joe McCabe, un festivalier de 31 ans rencontré dimanche.”Les célébrités devraient utiliser leur voix d’une bonne manière mais je pense qu’il y a une limite, on ne peut pas être aussi agressif”, a estimé Maria Philpott, une autre festivalière, âgée de 26 ans.- “Profondément offensants” -Cette édition du festival était scrutée du fait de la présence du groupe de rap nord-irlandais Kneecap, dont l’un des trois membres, Liam O’Hanna, a été inculpé d'”infraction terroriste” pour avoir arboré en concert un drapeau du Hezbollah.Montés sur scène peu après Bob Vylan, ils ont accusé Israël d’être un Etat “criminel de guerre”, réitéré leur soutien aux Palestiniens, scandant à plusieurs reprises “Free Palestine !” et appelant la foule à reprendre des insultes à l’encontre du Premier ministre travailliste britannique Keir Starmer.De nombreux spectateurs brandissaient des drapeaux palestiniens dans le public de ce festival particulièrement populaire, qui avait attiré plus de 200.000 personnes en 2024.Avant leur prestation, Keir Starmer avait estimé qu’il n’était pas “approprié” que Kneecap se produise au festival. “Les personnes qui n’aiment pas la politique de l’événement peuvent aller ailleurs”, avait défendu Michael Eavis, cofondateur du festival du Somerset (sud-ouest de l’Angleterre), dans un article paru dans un journal gratuit destiné aux festivaliers.Face aux pressions, la BBC avait fait savoir que leur performance ne serait pas diffusée en direct. Des extraits sont en revanche disponibles sur sa plateforme.Un porte-parole du ministère de la Culture a souligné que la ministre, Lisa Nandy avait parlé au directeur général de la BBC au sujet du concert de Bob Vylan.De son côté, la BBC a reconnu que certains propos tenus par le duo était “profondément offensants” et que leur concert ne serait pas accessible sur ses plateformes.Interrogé sur la réaction de l’ambassade israélienne, le ministre de la Santé Wes Streeting a appelé l’ambassade à “balayer devant sa porte” et à “prendre davantage au sérieux la violence de ses propres citoyens contre les Palestiniens”, évoquant notamment les violences de colons israéliens en Cisjordanie.Il a également dénoncé la situation humanitaire dans la bande de Gaza, du fait des représailles militaires israéliennes à la suite de l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 sur le sud d’Israël.



