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A Séville, l’ONU appelle à “relancer le moteur du développement” face au “chaos climatique”

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé lundi la communauté internationale à “relancer le moteur du développement” face au “chaos climatique” et aux conflits internationaux, lors de la quatrième conférence internationale sur le financement du développement, organisée en Espagne.”Aujourd’hui, le développement et son grand catalyseur — la coopération internationale — sont confrontés à des vents contraires massifs”, a mis en garde M. Guterres au premier jour de cette rencontre qui se tient à Séville, dans le sud du pays, où règne une chaleur caniculaire.”Nous vivons dans un monde où la confiance s’effrite et où le multilatéralisme est mis à rude épreuve. Un monde avec une économie au ralenti, des tensions commerciales croissantes et des budgets d’aide décimés. Un monde secoué par les inégalités, le chaos climatique et des conflits déchaînés”, a-t-il poursuivi.Dans ce contexte, il faut “accélérer les investissements”, “réparer et relancer le moteur du développement”, a insisté le responsable de l’ONU, en invitant la communauté internationale à “prendre les devants” en “investissant dans les domaines ayant le plus grand impact”, comme “les écoles” et “les énergies renouvelables”.Cette rencontre se tient dans un contexte particulièrement sombre pour l’aide au développement, touchée de plein fouet par la réduction de l’aide humanitaire décidée par le président américain Donald Trump, qui a supprimé 83% des financements de programmes à l’étranger de l’agence de développement USAID.- Les Etats-Unis absents -Avec 63 milliards de dollars d’aide publique en 2024, les Etats-Unis étaient jusque-là le principal pays donateur pour de nombreuses agences et ONG, actuellement confrontées à d’importantes difficultés, d’autant que d’autres capitales, comme Paris, Londres et Berlin, ont aussi réduit leurs aides.”Dans un monde où la communauté des donateurs se réduit de manière drastique et dramatique, il est temps de faire un pas en avant et non seulement de réaffirmer notre engagement, mais aussi de le redoubler”, a déclaré le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, en appelant à faire de la conférence de Séville une “opportunité” pour “corriger” cette trajectoire.Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement participent à cette conférence dite FfD4, la quatrième du genre depuis 2002, aux côtés des responsables des principales institutions financières internationales et de 4.000 représentants de la société civile.Parmi les dirigeants présents figurent les présidents français Emmanuel Macron et sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Les Etats-Unis n’ont envoyé personne, après avoir quitté mi-juin la table des négociations en raison d’un désaccord sur le texte soumis aux délégations, accusé d’empiéter sur leur “souveraineté”.L’objectif de ce document de 38 pages, dit “engagement de Séville”, est de trouver des solutions pour les pays du Sud, confrontés selon l’ONU à “un déficit de financement estimé à 4.000 milliards de dollars par an” pour tenir leurs objectifs de développement fixés dans le cadre de l’Agenda 2030.- Critiques des ONG -Cela “nécessitera des ressources à une échelle et à un rythme sans précédent”, a prévenu lundi le président de la Banque mondiale Ajay Banga, en appelant à la mobilisation de l’ensemble des acteurs du développement face à “l’augmentation de la dette” et aux défis posés par le changement climatique.”Nous savons qu’il n’y a pas assez d’argent au sein des gouvernements, des organisations philanthropiques ou des institutions de développement pour répondre à toutes les projections ou à toutes les promesses. C’est pourquoi nous avons besoin du secteur privé”, a-t-il souligné.L'”engagement de Séville”, qui sera formellement adopté jeudi, dernier jour de la conférence, invite pour cela à revoir l’architecture financière internationale, en accordant notamment plus de place aux pays du Sud dans les grandes institutions et en exigeant une meilleure coopération contre l’évasion fiscale.Ce document, qui ne sera cependant pas contraignant sur le plan juridique, sera complété par des annonces unilatérales dans le cadre d’une “plateforme de Séville pour l’action”, portant notamment sur la taxation des billets d’avion.L'”engagement de Séville” est d’ores et déjà critiqué par les ONG, qui regrettent un manque d’ambitions et de solidarité de la part des pays les plus riches. A leur appel, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche soir à Séville pour réclamer une annulation de la dette et une taxation des super riches.

Canicule: la France étouffe, 84 départements en vigilance orange

“C’est l’horreur”: la canicule sévit lundi sur quasiment toute la France, avec des températures qui pourront dépasser localement les 40 degrés et ne devraient pas baisser avant le milieu de la semaine.”Quand on est âgé, on souffre encore plus”, relève Christiane, une Lyonnaise de 84 ans, qui dresse ce constat d'”horreur” depuis un banc, où elle est venue respirer tôt avec son mari, avant de se calfeutrer.Jusqu’à mardi, 84 départements, où vivent près de 88% des Français, sont en vigilance orange canicule. Partout, sauf au bord de la Manche et des frontières belges, le thermomètre affichera plus de 34 degrés, et ira souvent jusqu’à 38 degrés, selon Météo France. Une telle extension géographique, c’est “du jamais vu”, selon la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. Le record était, depuis le 23 juillet 2019, de 80 départements en alerte canicule simultanément.L’épisode devrait atteindre son “paroxysme” en milieu de semaine, avec des pointes à 41 degrés et “des minimales très élevées, entre 20 et 24°C voire un peu plus très localement”, précise l’organisme météorologique.Numéro vert, cartes indiquant les endroits climatisés, gratuité des piscines ou des musées, parcs ouverts tard: les collectivités déploient un arsenal de mesures pour offrir un répit à leurs administrés.- “Milliers de morts” -Malgré tout, “on étouffe, c’est lourd”, témoigne Clémentine Del Piano, 23 ans, qui travaille dans un kiosque à journaux lyonnais. À 10H00, la température flirte déjà avec les 30 degrés dans l’abri malgré un petit climatiseur d’appoint.”Il y a deux ans, une collègue avait fait un malaise à cause de la chaleur”, rappelle la jeune femme qui n’a comme solution que “s’habiller léger”.”Une vague de chaleur, c’est plusieurs milliers de morts”, a souligné Agnès Pannier-Runacher lundi matin sur Sud Radio, en répétant que les employeurs devaient protéger leurs salariés, notamment en mettant en œuvre des horaires adaptés.La veille au soir, une réunion interministérielle de crise s’est tenue à Beauvau afin de “repasser toutes les consignes” notamment en matière de “santé”, selon le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.À son issue, la ministre de l’Éducation Élisabeth Borne a rappelé les mesures à prendre dans les écoles lors de fortes chaleurs, pouvant aller jusqu’à l’autorisation de garder les enfants à domicile. Quelque 200 écoles publiques, sur 45.000, feront l’objet d’une fermeture partielle ou totale jusqu’à mercredi. “Nous allons nous assurer qu’il y a bien un accueil pour les familles qui en ont besoin”, a-t-elle précisé.- Feux et pollution -Cette 50e vague de chaleur nationale recensée depuis 1947, la 33e du 21e siècle, s’inscrit dans un contexte de changement climatique qui augmente l’intensité et la fréquence des canicules.Outre la santé des Français, elle impacte l’environnement: 26 départements sont lundi en vigilance pour la sécheresse, et 10 au niveau de crise, entraînant des restrictions importantes des usages.Ce contexte est propice aux incendies: dans l’Aude, 400 hectares de forêt ont brûlé dans le massif des Corbières en raison d’un barbecue mal éteint. Plus de 600 pompiers ont dû être déployés pour maîtriser les flammes.Une pollution de l’air est également en train de s’installer pour l’ozone, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes ou sur les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. Des restrictions de circulation ont été décidées en Ile-de-France.Cette vague de chaleur concerne tout le sud de l’Europe, de l’Italie au Portugal, plusieurs régions sont en alerte rouge où jusqu’à 45°C pourraient être atteints. En Espagne, où deux employés de voirie sont décédés samedi à Barcelone et Cordoue, les syndicats ont rappelé les entreprises à leurs obligations. Les écoles sont pour leur part restées fermées lundi dans tout le pays.La cause de ce nouveau pic est un dôme de chaleur: un large et puissant anticyclone forme une sorte de couvercle qui bloque l’air en basses couches, empêchant l’entrée de perturbations tout en le réchauffant progressivement.

“Cachés, mais toujours là”: dans l’ancien fief d’un gang au Salvador, la peur reste palpable

Esperanza Martinez a vu trois membres de sa famille assassinés et de nombreux cadavres dans son quartier, un ancien bastion de la Mara Salvatrucha (MS-13) près de San Salvador. Si depuis quelque temps, elle vit plus sereinement, elle reste en alerte: les membres de gangs sont “cachés, mais toujours là”, murmure-t-elle.Au pied d’une colline à …

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“Cachés, mais toujours là”: dans l’ancien fief d’un gang au Salvador, la peur reste palpable

Esperanza Martinez a vu trois membres de sa famille assassinés et de nombreux cadavres dans son quartier, un ancien bastion de la Mara Salvatrucha (MS-13) près de San Salvador. Si depuis quelque temps, elle vit plus sereinement, elle reste en alerte: les membres de gangs sont “cachés, mais toujours là”, murmure-t-elle.Au pied d’une colline à quelques kilomètres au sud de la capitale salvadorienne, le quartier 10 de Octubre, dans la ville de San Marcos, s’est transformé depuis le lancement il y a trois ans par le président Nayib Bukele de sa “guerre” contre les gangs qui semaient la terreur dans le pays depuis trois décennies, en faisant l’un des plus violents au monde. A l’heure du déjeuner, l’agitation règne devant les stands de légumes, un motard livre des repas et une femme assise à l’arrière d’un pick-up délabré vend des granités. Une scène banale mais impensable il y a encore quelques années, quand aucun intrus n’était toléré dans les vastes territoires contrôlés au Salvador par la mara MS-13 et son rival, le Barrio 18.”Beaucoup sont entrés ici et n’en sont jamais ressortis. J’ai vu des morts allongés là, abattus ou poignardés. Il y a un cimetière clandestin sur la colline”, raconte Esperanza Martinez, qui a passé 34 de ses 65 ans dans ce quartier, en pointant du doigt une butte.Il fallait s’enfermer chez soi et ne pas sortir la nuit, se souvient-elle. Peu importe à quoi on assistait, “l’ordre était (…) de se taire”, raconte-t-elle en refusant d’apparaître devant la caméra.Sa nièce de 12 ans a été assassinée pour avoir refusé d’entrer dans le gang, la mère de celle-ci a connu le même sort pour avoir tenté de la défendre, et le mari de sa sœur a été tué parce qu’il refusait l’extorsion. L’une de ses trois filles a émigré aux États-Unis à 17 ans pour échapper aux menaces de mort. – “Jusqu’au dernier” – Le quartier 10 de Octubre a vécu sous le joug d’Élmer Canales Rivera, surnommé “le Crook d’Hollywood”, l’un des chefs du MS-13, désormais aux États-Unis en attente de son procès. Sur les murs, les graffitis “MS” ou “Hollywood” ont été remplacés par des fresques de ballons, de papillons et de fleurs multicolores. Un “N” géant sur fond bleu ciel fait référence à la fois à Nayib Bukele et à son parti Nuevas Ideas.Le 10 de Octubre est l’une des 11 zones mises sous protection militaire par le président Bukele après l’instauration, en mars 2022, d’un état d’urgence qui a conduit à l’arrestation de 87.000 personnes sans mandat judiciaire. “Nous allons débusquer jusqu’au dernier terroriste caché”, a récemment promis le président en encerclant Ilopango, dans la périphérie est de San Salvador, avec 2.000 soldats et policiers, là où des membres de gangs tentent de “se réorganiser”. Même si les gangs, actuellement “contenus”, pourraient “se réactiver”, cette démonstration de force répond aussi à l’envie du président de continuer à jouer “un rôle public important”, estime José Miguel Cruz, professeur salvadorien à l’Université internationale de Floride et spécialiste du phénomène des maras. M. Bukele a entamé en juin 2024 son deuxième mandat présidentiel, porté par sa “guerre” sans merci contre les groupes criminels qui a conduit à une baisse drastique du taux d’homicides. Il rejette les accusations d’autoritarisme et affirme avoir fait du Salvador “le pays le plus sûr au monde”. Les organisations de défense des droits humains critiquent durement son régime d’exception. Amnesty International et les ONG locales telles que Cristosal et Socorro Juridico dénoncent des arrestations arbitraires, des actes de torture, la mort d’environ 400 prisonniers et l’incarcération de milliers d’innocents. Un sujet dont personne ne souhaite parler dans le quartier 10 de Octubre. – “Ne pas baisser la garde” – Sur un rond-point d’où partent les bus, Carlos Sanchez, un laveur de véhicules âgé de 48 ans, prévient : “Il ne faut pas baisser la garde”. “Aujourd’hui on a un peu de paix, mais il reste des résidus (de gangs) cachés dans les collines”, assure-t-il.Le MS-13, déclaré organisation terroriste par les États-Unis, et le Barrio 18 contrôlaient 85% du territoire national, vivaient de l’extorsion et du trafic de drogue et ont tué quelque 200.000 personnes en trois décennies, selon M. Bukele.”Un jour, ils ont tué un jeune à coups de couteau dans un minibus. Mes deux filles, ils ont voulu les tuer aussi parce qu’elles refusaient de collaborer. Beaucoup obtempéraient par peur de représailles. Ils utilisaient des enfants comme guetteurs”, énumère M. Sanchez. Sous la menace d’une arme, ils expulsaient aussi les familles de leurs maisons. “Ils ont voulu me prendre la mienne, mais j’ai réussi à les convaincre de ne pas le faire. Certains rôdent encore par ici, mais je n’ai nulle part où aller”, confie Antonia Alfaro, 67 ans, depuis son petit logement.Le Salvador a connu une guerre civile sanglante dans les années 1980.

Le Dalaï Lama fête ses 90 ans et laisse entendre qu’il aura un successeur

Le Dalaï Lama a laissé entendre lundi qu’un successeur serait nommé après sa mort pour perpétuer son combat pour la liberté du Tibet, au coup d’envoi des réjouissances organisées dans son repaire en exil du nord de l’Inde pour son 90e anniversaire.Dans sa traditionnelle robe marron et jaune, le chef spirituel des Tibétains est apparu au milieu de milliers de membres de sa communauté et de partisans venus du monde entier le rejoindre dans son monastère de McLeod Ganj.”J’ai 90 ans mais je reste en forme physiquement”, a lancé le prix Nobel de la paix, assis au milieu de ses fidèles. “Pendant le temps qu’il me reste, je vais continuer à me consacrer autant que possible au bien-être des autres”.Le Dalaï Lama a ensuite donné une première indication sur le ton du message très attendu qu’il doit livrer mercredi sur sa succession, point d’orgue politique des festivités de la semaine.”Il y aura donc un cadre dans lequel nous allons pouvoir discuter de la perpétuation de l’institution du Dalaï Lama”, a-t-il lâché.Né le 6 juillet 1935, Tenzin Gyatso pour l’état civil est devenu dès l’âge de 2 ans le 14e chef spirituel et politique des Tibétains, dûment identifié, ainsi que le requiert la tradition bouddhiste, comme la réincarnation de son prédécesseur.Depuis qu’il a fui le Tibet et la répression chinoise en 1959, il passe l’essentiel de son temps à McLeod Ganj, dans les contreforts de l’Himalaya indien.La question de son suivant est cruciale, car les Tibétains soupçonnent la Chine, dont les troupes ont envahi le Tibet en 1950 pour en faire une province chinoise, de vouloir en nommer un à sa main.L’actuel titulaire de la charge, considéré comme un dangereux séparatiste par Pékin, a toutefois déjà catégoriquement écarté l’idée que le 15e Dalaï Lama puisse être nommé par les Chinois.- “Monde libre” -Celui qui lui succèdera sera forcément “né dans le monde libre”, a-t-il promis publiquement.En 1995, la Chine avait enlevé et placé en détention un enfant de 6 ans que le Dalaï Lama venait de désigner comme Panchen Lama, l’autre figure religieuse tibétaine de premier plan.Et elle avait dans la foulée nommé à ce titre le candidat de son choix, aussitôt rejeté par les Tibétains comme le “faux Panchen”.Même si ces dernières années, le Dalaï Lama a suggéré l’idée qu’il pourrait être le dernier, une majorité de Tibétains semble favorable à la poursuite du “cycle de la réincarnation”.”Le cycle de la réincarnation de Sa Sainteté doit se poursuivre”, a plaidé auprès de l’AFP Sakina Batt, 34 ans, une ex-fonctionnaire de confession musulmane qui vit au Népal. “L’avenir des Tibétains dépend de leur unité et de leur résilience”.En 2011, le Dalaï Lama a renoncé au pouvoir politique de sa charge, confiée à un Premier ministre, élu par la diaspora, et à un gouvernement.Mais son visage rieur, encadré par ses lunettes carrées, est resté l’incarnation du combat pour l’autonomie du Tibet.”Nous offrons nos ferventes dévotions pour que Tenzin Gyatso, protecteur du Pays des neiges, vive pendant des siècles et des siècles”, lui ont chanté lundi des moines vêtus de rouge.Les célébrations de son anniversaire doivent se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine. 

Le Dalaï Lama fête ses 90 ans et laisse entendre qu’il aura un successeur

Le Dalaï Lama a laissé entendre lundi qu’un successeur serait nommé après sa mort pour perpétuer son combat pour la liberté du Tibet, au coup d’envoi des réjouissances organisées dans son repaire en exil du nord de l’Inde pour son 90e anniversaire.Dans sa traditionnelle robe marron et jaune, le chef spirituel des Tibétains est apparu …

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Les Afghans chassés d’Iran, de retour avec “rien du tout”

Sous un soleil de plomb, dans la poussière de la frontière rocailleuse entre l’Iran et l’Afghanistan, la fratrie Shademani s’accroche à ses valises, dernier vestige d’une vie rayée d’un trait par leur expulsion vers leur pays désormais aux mains des autorités talibanes.Au milieu des milliers de migrants afghans qui traversent aujourd’hui le poste-frontière d’Islam Qala, Hajjar Shademani et ses trois frères et soeurs racontent à l’AFP le raid de la police à leur domicile de Chiraz avant d’être reconduits de force dans un pays qu’ils n’avaient jamais vu.Il y a 40 ans, leurs parents fuyaient le début de décennies de guerre en Afghanistan pour s’installer dans la République islamique voisine. Mais “l’Iran ne nous a jamais acceptés”, dit à l’AFP Hajjar, 19 ans, qui se demande désormais ce qu’elle va devenir dans un pays “où nous n’avons rien du tout”.Surtout, la jeune femme sait qu’avec ce retour, elle a perdu un droit précieux: celui d’étudier dans le seul pays au monde qui interdit les filles d’aller à l’école au-delà de 12 ans.”J’adore étudier”, lance-t-elle, pas peu fière, en anglais. “Je voulais vraiment continuer mais je crois que je ne peux pas en Afghanistan”. Sa présence, comme celle de nombreuses femmes portant le voile à l’iranienne et d’enfants et d’adolescents en habits occidentaux plutôt que le shalwar qameez traditionnel revenu en force avec les autorités talibanes, est une nouveauté à Islam Qala. – Cartons et téléphone cassé -Avant, ici, à la pointe de la province occidentale d’Hérat, passaient plutôt des jeunes hommes seuls: à la recherche d’un travail en Iran, empruntant les chemins de la contrebande ou de retour après expulsion.Mais désormais l’ONU s’inquiète d’une “tendance nouvelle et préoccupante”: deux fois plus de familles afghanes ont été expulsées par Téhéran en mai qu’en avril. Et alors que jusqu’à présent le pays forçait au retour des jeunes hommes en majorité, il expulse désormais des familles.Aujourd’hui, le rythme s’accélère encore alors qu’approche la date butoir fixée par l’Iran pour le départ de “quatre millions d’Afghans illégaux” – dimanche prochain.Du 21 au 28 juin, 131.912 Afghans ont traversé la frontière, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Et “691.049 retours, dont 70% forcés” ont eu lieu depuis janvier.Aucun des Afghans de retour rencontrés par l’AFP n’a évoqué la récente guerre déclenchée par Israël en Iran comme raison pour le départ. Tous en revanche parlent des pressions et des arrestations visant les Afghans qui, comme dans l’autre pays voisin, le Pakistan, sont régulièrement accusés de tous les maux.Yadullah Alizada, qui a été arrêté, jeté en centre de détention et descend désormais d’un bus en Afghanistan, n’a rien eu le temps de prendre avec lui.A 37 ans, celui qui était encore récemment journalier en Iran n’a plus que les habits qu’il porte et un téléphone cassé pour tenter de contacter sa famille toujours en Iran.”Mes trois enfants sont là-bas, ils sont malades et ne savent pas comment venir ici”, se lamente cet homme, décidé à dormir sur des cartons à Islam Qala jusqu’à ce qu’il trouve le moyen d’amener ses enfants.- “Aucun homme pour travailler” -Son unique espoir désormais? Trouver un travail dans sa province de Daikundi, dans le centre de l’Afghanistan. Une gageure dans un pays où pauvreté et chômage ne cessent de gonfler alors que les autorités, qu’aucun pays au monde ne reconnaît, ont perdu la grande majorité de l’aide qui était versée à la République renversée.Samedi, le vice-Premier ministre afghan Abdul Salam Hanafi est venu à Islam Qala promettre qu'”aucun Afghan ne sera privé de ses droits en Iran” et que les biens confisqués ou abandonnés seraient rendus aux migrants expulsés. Depuis le début de l’année, plus d’un million d’Afghans sont revenus au pays, chassés d’Iran mais aussi du Pakistan. Dans ce contexte, les agences onusiennes et les ONG se disent désemparées: elles ont perdu une bonne partie de leurs fonds alors même qu’elles anticipent que jusqu’à six millions d’Afghans pourraient être forcés de quitter les deux pays.A Hérat, chef-lieu de la province éponyme, l’OIM parvient à peine à distribuer un repas chaud, offrir une nuitée et une aide pour un nouveau départ aux plus vulnérables.Mais cela est loin de suffire pour Bahara Rashidi, 19 ans, partie en Iran avec ses huit soeurs à la mort de leur père. Là-bas, elle travaillait pour nourrir toutes ces bouches mais ici, dit-elle, “nous n’avons aucun homme dans notre famille qui pourrait travailler”.”Nous n’avons ni maison ni argent, nous n’avons rien du tout”.

Les Afghans chassés d’Iran, de retour avec “rien du tout”

Sous un soleil de plomb, dans la poussière de la frontière rocailleuse entre l’Iran et l’Afghanistan, la fratrie Shademani s’accroche à ses valises, dernier vestige d’une vie rayée d’un trait par leur expulsion vers leur pays désormais aux mains des autorités talibanes.Au milieu des milliers de migrants afghans qui traversent aujourd’hui le poste-frontière d’Islam Qala, …

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Une semaine caniculaire en perspective dans le sud de l’Europe

Du “jamais vu en France,” des “refuges climatiques” installés en Italie: dans les pays du sud de l’Europe, un intense phénomène de canicule se poursuit lundi, sans perspective de répit immédiat.L’Espagne, le Portugal, l’Italie et la France sont écrasés par la chaleur depuis plusieurs jours, avec des pics enregistrés jusqu’à 44 degrés.En France, les prévisionnistes ont placé lundi et mardi 84 départements sur les 95 que compte le pays (hors outre-mer) en vigilance orange, avec des températures qui pourront dépasser localement les 40 degrés, une vague de chaleur appelée à durer au moins jusqu’en milieu de semaine.Une telle extension géographique, “c’est du jamais vu”, a dit dimanche soir à l’AFP la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher.Les entreprises ont été appelées à “protéger leurs salariés” et quelque 200 écoles publiques, sur 45.000, feront l’objet d’une fermeture partielle ou totale lundi, mardi ou mercredi. “Chez nous, dans l’appart’, c’est tout simplement un enfer. On vit dans le noir, c’est un four”, a confié dimanche à l’AFP Evan Bernard, installé avec son fils de 18 mois à l’ombre sous les pins, près d’un lac au nord de Bordeaux (sud-ouest).A Madrid, où le mercure a frôlé les 40°C, “cette chaleur n’est pas normale à cette époque de l’année”, se désolait Diego Radamés, un photographe de 32 ans. Samedi déjà, l’Espagne avait enregistré un record, restant à confirmer, depuis le début des relevés, avec 46°C à Granado, en Andalousie (sud-ouest). Le précédent sommet était de 45,2°C à Séville en juin 1965. Record dans l’eau aussi: la Méditerranée dépasse les 26°C dans les Baléares, un seuil “typique de la mi-août”, selon l’agence nationale de météorologie Aemet.En Italie, 21 villes étaient en alerte maximale dimanche pour chaleur extrême, notamment Milan, Naples, Venise, Florence et Rome, où des ambulances stationnent près des sites touristiques. Visite annulée du Colisée, donc, pour la touriste britannique Anna Becker et sa mère…Les services d’urgence des hôpitaux italiens ont fait état d’une hausse de 10% des cas de coups de chaleur, selon Mario Guarino, vice-président de la Société italienne de médecine d’urgence, “principalement dans les villes qui, non seulement enregistrent des températures très élevées, mais aussi un taux d’humidité plus important”. Principales victimes: “les personnes âgées, les patients atteints de cancer ou les sans-abri souffrant de déshydratation, de coups de chaleur, de fatigue,” a-t-il déclaré à l’AFP.- “îlot de chaleur” -A Venise, les visites guidées sont gratuites pour les plus de 75 ans dans les musées climatisés et les bâtiments publics et à Rome la gratuité des piscines a été mise en place pour les plus de 70 ans.En Italie encore, des “refuges climatiques” ont été installés à Bologne et des déshumidificateurs distribués aux nécessiteux à Ancône. “Les vagues de chaleur dans la région méditerranéenne sont devenues plus fréquentes et plus intenses ces dernières années, avec des pics atteignant 37 degrés ou même plus dans les villes, où l’effet d’îlot de chaleur urbain augmente encore les températures,” relève Emanuel Piervitali, chercheur à l’Institut italien pour la protection et la recherche environnementales (ISPRA).Selon les scientifiques, les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du réchauffement de la planète et ces vagues de chaleur sont appelées à encore se multiplier, s’allonger et s’intensifier.Selon le Giec, le groupe d’experts mandaté par l’ONU sur le climat, il est “quasi certain” que la fréquence et l’intensité des chaleurs extrêmes et la durée des canicules ont augmenté depuis 1950 et vont continuer à augmenter avec le réchauffement.Au Portugal, plusieurs zones de la moitié sud du pays, y compris la capitale Lisbonne, sont en alerte rouge jusqu’à lundi soir. Le risque d’incendie est également maximal, comme en Sicile où les pompiers en ont combattu 15 samedi.Dans les rues de Lisbonne, habitants et touristes tentent de se protéger comme ils peuvent. “Nous conseillons aux gens de rester au frais, mais malgré cela nous avons déjà des cas de coups de chaleur et de brûlures”, explique à l’AFP-TV la pharmacienne Sofia Monnteiro. “C’est difficile à supporter. On s’arrête régulièrement, on boit, c’est l’occasion de boire un verre”, raconte aussi Cédric Gérard, un touriste français, biologiste-pharmacien.burs/blb/pz