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Le Hamas dit rester ouvert aux négociations, nouvelles frappes israéliennes sur Gaza

Le Hamas a affirmé mercredi rester ouvert aux négociations tout en exigeant le respect de l’accord de trêve, après les bombardements massifs menés par Israël sur la bande de Gaza et les menaces d’escalade du gouvernement israélien.Israël a mené pendant la nuit de nouvelles frappes sur le territoire palestinien qui ont fait 13 morts, a annoncé mercredi la Défense civile.Mardi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait averti que les frappes de la nuit précédente n’étaient “que le début” et que la pression militaire était indispensable pour assurer la libération des otages encore aux mains du Hamas.Ces bombardements, de loin les plus violents depuis le début de la trêve le 19 janvier, ont fait 413 morts, selon le ministère de la Santé du Hamas, alors que les négociations indirectes sur la suite du processus sont au point mort. Ce bilan a fait de mardi l’une des journées les plus meurtrières depuis le début de la guerre, déclenchée le 7 octobre 2023 par l’attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien dans le sud d’Israël.Le Hamas “n’a pas refermé la porte des négociations, mais nous insistons sur le fait qu’il n’y a aucun besoin de nouveaux accords”, a déclaré mercredi à l’AFP un de ses dirigeants, Taher al-Nounou, joint par téléphone à partir du Caire.”Nous n’avons pas de conditions préalables mais nous exigeons (qu’Israël) soit contraint à cesser immédiatement (les hostilités) et à commencer la seconde phase des négociations” prévues par l’accord de trêve, a-t-il ajouté.- “Sous le feu” -La reprise mardi des bombardements a fait craindre un retour de la guerre à grande échelle. Les frappes israéliennes “brisent les espoirs” de paix, a averti l’Allemagne mercredi.”Désormais”, les négociations sur la libération des otages “ne se dérouleront que sous le feu”, a affirmé mardi M. Netanyahu, ajoutant que la pression militaire était “indispensable” pour assurer leur retour.Le Hamas “a déjà ressenti notre force ces dernières 24 heures. Et je veux vous assurer, à vous et à eux: ce n’est que le début”, a déclaré le Premier ministre dans une allocution télévisée, s’adressant notamment aux familles d’otages.Sur les 251 personnes enlevées durant l’attaque du Hamas, 58 restent retenues à Gaza dont 34 ont été déclarées mortes par l’armée israélienne.Mercredi, la Défense civile de Gaza a annoncé qu’Israël avait mené pendant la nuit “plusieurs frappes aériennes”, qui ont fait 13 morts “et des dizaines de blessés, y compris des femmes et des enfants”, à Khan Younès, dans le sud, et à Gaza-ville, dans le nord du territoire.L’armée a lancé un nouvel appel aux civils pour évacuer des zones de combat. La veille déjà, des familles palestiniennes avaient commencé à fuir au milieu des ruines, sacs et couvertures empilés sur leurs têtes ou dans des charrettes.”Où est la sécurité? Où devrions-nous aller? Qu’ils lâchent une bombe nucléaire sur nous et qu’on en finisse. Nous sommes fatigués de cette vie”, a témoigné en pleurant Ahlam Abed, une déplacée dans le camp d’Al-Mawasi, dans le sud de Gaza.En Israël, des familles d’otages ont accusé le gouvernement de “sacrifier” leurs proches en reprenant les bombardements.”La pression militaire ne va pas les ramener, nous le savons d’expérience”, a affirmé à Tel-Aviv Yaïr Horn, un ex-otage.Benjamin Netanyahu se trouve sous forte pression de ses alliés d’extrême droite, hostiles à un cessez-le-feu. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, figure de l’extrême droite qui avait démissionné en janvier pour protester contre la trêve, a annoncé mardi son retour au gouvernement.- “Totale coordination” -Le gouvernement israélien a souligné mardi que les frappes avaient été menées “en totale coordination” avec les Etats-Unis, son principal allié.Le Hamas a appelé de son côté “les pays amis” à “faire pression” sur les Etats-Unis afin qu’ils poussent Israël à mettre fin à ses frappes. La première phase de la trêve, qui a expiré le 1er mars, a permis le retour en Israël de 33 otages, dont huit morts, et la libération d’environ 1.800 détenus palestiniens.Depuis, les négociations indirectes menée par l’intermédiaire du Qatar, des Etats-Unis et de l’Egypte, sont au point mort.Le Hamas veut passer à la deuxième phase de l’accord, qui prévoit un cessez-le-feu permanent, le retrait israélien de Gaza, la réouverture des points de passage pour l’aide humanitaire et la libération des derniers otages.Israël souhaite une extension de la première phase jusqu’à mi-avril et réclame, pour passer à la deuxième, la “démilitarisation” de Gaza et le départ du Hamas, qui dirige le territoire depuis 2007.L’attaque du 7 octobre 2023 a entraîné du côté israélien la mort de 1.218 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des données officielles et incluant les otages morts ou tués en captivité.En riposte, Israël a lancé une offensive à Gaza qui avait fait au moins 48.572 morts, majoritairement des civils, avant ces nouvelles frappes, d’après les données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l’ONU.

Turquie : arrestation du maire d’Istanbul, principal opposant à Erdogan

Le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, principal opposant au président turc Recep Tayyip Erdogan, a été interpellé mercredi matin ainsi que plus d’une centaine de ses collaborateurs, d’élus et membres de son parti qui dénonce “un coup d’état” contre l’opposition.Populaire et charismatique, le qui croule sous les procédures judiciaires à son encontre, est accusé cette fois de “corruption” et, selon l’agence officielle Anadolu, de “terrorisme”.Son arrestation a provoqué une chute immédiate de la livre turque qui a atteint le record de 40 livres pour un dollar et de 42 livres pour un euro (après avoir plongé jusqu’à 44,7 pour un euro).La bourse d’Istanbul  – dont le site est inaccessible – a également dû suspendre temporairement ses opérations après une chute de 6,87 % de son indice, selon les médias turcs, avant de rouvrir à 10H30 (7H30 GMT).Selon un de ses proches collaborateurs, le maire, pressenti par son parti pour être son candidat à la prochaine élection présidentielle, a été emmené dans les locaux de la police.Dans une vidéo postée sur X, l’édile de 53 ans, en train de s’habiller et de nouer sa cravate, dénonce la fouille de son domicile: “Des centaines de policiers sont arrivés à ma porte. La police fait irruption chez moi et frappe à ma porte. Je m’en remets à ma nation”, indique-t-il.- Avant l’aube -“Les policiers sont arrivés juste après le sahur (le repas avant le lever du jour en cette période de ramadan, ndlr). Ekrem Bey a commencé à se préparer.(…) Ils ont quitté la maison vers 7h30” a témoigné l’épouse du maire, Dilek Imamoglu, sur la chaine privée NTV. Selon le communiqué du bureau du procureur d’Istanbul, M. Imamoglu est accusé de corruption et d’extorsion, le désignant comme le chef d’une “organisation criminelle à but lucratif”.L’agence étatique Anadolu évoque également des accusations de “terrorisme” et “d’aide au PKK”, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (interdit), à l’encontre de sept suspects dont le maire.Tous les rassemblements et manifestations ont été interdits jusqu’à dimanche par le gouverneur d’Istanbul mais de nombeux partisans du maire, qui avait initialement prévu de les rassembler mercredi, convergeaient vers la municipalité cernée de barrières, selon un photographe de l’AFP.L’emblématique place Taksim, au centre d’Istanbul, haut lieu traditionnel des manifestations, a été également complètement fermée et les passants sont réticents à s’exprimer ont constaté les correspoecndats de l’AFP.”On est dans une dictature” lâche un commerçant identifié par son seul prénom, Kuzey. “Ce gars et sa sale bande nous haïssent. Dès qu’il ont affaire à quelqu’un de fort ils font quelque chose d’illégal, ils paniquent” crache-t-il à propos du chef de l’Etat. “Ce sont des diables, mais des amateurs, on va les battre”.Le président du parti CHP (Parti républicain du peuple, social-démocrate) de M. Imamgoglu, Özgur Özel, a dénoncé “un coup de force pour entraver la volonté du peuple” et “contre le prochain président” de la Turquie.- Harcèlement judiciaire-“Ce qui s’est passé ce matin n’est rien d’autre qu’un coup d’Etat contre le principal parti d’opposition, avec des conséquences considérables pour l’avenir politique du pays” a estimé Berk Esen, politiste de l’université Sabanci d’Istanbul, joint par l’AFP. “Cette décision pousse la Turquie plus loin sur la voie de l’autocratie, à l’instar du Venezuela, de la Russie et de la Biélorussie”.M. Imamoglu est seul en lice pour représenter son parti à la prochaine présidentielle prévue en 2028 et devait être officiellement désigné dimanche au cours d’une primaire au sein du CHP.L’université d’Istanbul avait annulé mardi son diplôme, ajoutant un obstacle supplémentaire à son éventuelle candidature : la Constitution exige un diplôme de l’enseignement supérieur  pour toute candidature aux fonctions de chef de l’Etat.L’édile avait dénoncé une décision “illégale” et annoncé son intention de la contester en justice, estimant que le conseil d’administration de l’université stambouliote n’était pas habilité à agir ainsi.”Les droits acquis de chacun dans ce pays sont menacés”, avait-il accusé.Figure du CHP, principal parti d’opposition parlementaire, Ekrem Imamoglu est visé par cinq autres procédures judiciaires, dont deux ont été ouvertes en janvier.En 2023, M. Imamoglu avait déjà été empêché de facto de se présenter à la présidence, en raison d’une condamnation en suspens pour “insulte” à des responsables du comité électoral turc.Opposant véhément au président Erdogan, M. Imamoglu a dénoncé fin janvier le “harcèlement” de la justice à son encontre. Il sortait alors d’un tribunal d’Istanbul où il était entendu dans le cadre d’une enquête ouverte après des critiques contre le procureur général de cette ville.

Turquie : arrestation du maire d’Istanbul, principal opposant à Erdogan

Le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, principal opposant au président turc Recep Tayyip Erdogan, a été interpellé mercredi matin ainsi que plus d’une centaine de ses collaborateurs, d’élus et membres de son parti qui dénonce “un coup d’état” contre l’opposition.Populaire et charismatique, le maire qui croule sous les procédures judiciaires à son encontre, est accusé cette fois de “corruption” et, selon l’agence officielle Anadolu, de “terrorisme”.Son arrestation a provoqué une chute immédiate de la livre turque qui a atteint le record de 40 livres pour un dollar et de 42 livres pour un euro (après avoir plongé jusqu’à 44,7 pour un euro).La bourse d’Istanbul  – dont le site est inaccessible – a également dû suspendre temporairement ses opérations après une chute de 6,87 % de son indice, selon les médias turcs, avant de rouvrir à 10H30 (7H30 GMT).Selon un de ses proches collaborateurs, le maire, pressenti par son parti pour être son candidat à la prochaine élection présidentielle, a été emmené dans les locaux de la police.Dans une vidéo postée sur X, l’édile de 53 ans, en train de s’habiller et de nouer sa cravate, dénonce la fouille de son domicile: “Des centaines de policiers sont arrivés à ma porte. La police fait irruption chez moi et frappe à ma porte. Je m’en remets à ma nation”, indique-t-il.- Avant l’aube -“Les policiers sont arrivés juste après le sahur (le repas avant le lever du jour en cette période de ramadan, ndlr). Ekrem Bey a commencé à se préparer.(…) Ils ont quitté la maison vers 7h30” a témoigné l’épouse du maire, Dilek Imamoglu, sur la chaine privée NTV. Selon le communiqué du bureau du procureur d’Istanbul, M. Imamoglu est accusé de corruption et d’extorsion, le désignant comme le chef d’une “organisation criminelle à but lucratif”.L’agence étatique Anadolu évoque également des accusations de “terrorisme” et “d’aide au PKK”, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (interdit), à l’encontre de sept suspects dont le maire.Tous les rassemblements et manifestations ont été interdits jusqu’à dimanche par le gouverneur d’Istanbul mais de nombeux partisans du maire, qui avait initialement prévu de les rassembler mercredi, convergeaient vers la municipalité cernée de barrières, selon un photographe de l’AFP.L’emblématique place Taksim, au centre d’Istanbul, haut lieu traditionnel des manifestations, a été également complètement fermée et les passants sont réticents à s’exprimer ont constaté les correspoecndats de l’AFP.”On est dans une dictature” lâche un commerçant identifié par son seul prénom, Kuzey. “Ce gars et sa sale bande nous haïssent. Dès qu’il ont affaire à quelqu’un de fort ils font quelque chose d’illégal, ils paniquent” crache-t-il à propos du chef de l’Etat. “Ce sont des diables, mais des amateurs, on va les battre”.Le président du parti CHP (Parti républicain du peuple, social-démocrate) de M. Imamgoglu, Özgur Özel, a dénoncé “un coup de force pour entraver la volonté du peuple” et “contre le prochain président” de la Turquie.- Harcèlement judiciaire-“Ce qui s’est passé ce matin n’est rien d’autre qu’un coup d’Etat contre le principal parti d’opposition, avec des conséquences considérables pour l’avenir politique du pays” a estimé Berk Esen, politiste de l’université Sabanci d’Istanbul, joint par l’AFP. “Cette décision pousse la Turquie plus loin sur la voie de l’autocratie, à l’instar du Venezuela, de la Russie et de la Biélorussie”.M. Imamoglu est seul en lice pour représenter son parti à la prochaine présidentielle prévue en 2028 et devait être officiellement désigné dimanche au cours d’une primaire au sein du CHP.L’université d’Istanbul avait annulé mardi son diplôme, ajoutant un obstacle supplémentaire à son éventuelle candidature : la Constitution exige un diplôme de l’enseignement supérieur  pour toute candidature aux fonctions de chef de l’Etat.L’édile avait dénoncé une décision “illégale” et annoncé son intention de la contester en justice, estimant que le conseil d’administration de l’université stambouliote n’était pas habilité à agir ainsi.”Les droits acquis de chacun dans ce pays sont menacés”, avait-il accusé.Figure du CHP, principal parti d’opposition parlementaire, Ekrem Imamoglu est visé par cinq autres procédures judiciaires, dont deux ont été ouvertes en janvier.En 2023, M. Imamoglu avait déjà été empêché de facto de se présenter à la présidence, en raison d’une condamnation en suspens pour “insulte” à des responsables du comité électoral turc.Opposant véhément au président Erdogan, M. Imamoglu a dénoncé fin janvier le “harcèlement” de la justice à son encontre. Il sortait alors d’un tribunal d’Istanbul où il était entendu dans le cadre d’une enquête ouverte après des critiques contre le procureur général de cette ville.

Imamoglu, maire d’Istanbul et bête noire du président Erdogan

Champion de l’opposition turque, le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu arrêté mercredi à l’aube est plus que jamais dans le viseur du président Recep Tayyip Erdogan qu’il rêve de détrôner.Le véhément opposant au chef de l’Etat, lui-même maire dans les années 90 de cette ville, la capitale économique de la Turquie, croule sous les procédures lancées qui contrecarrent son éventuelle candidature à la magistrature suprême.L’édile qui avait fait une entrée fracassante sur la scène politique nationale en 2019 en infligeant une humiliante défaite électorale au chef de l’Etat, est visé par six procédures, dont l’une, qui avait débouché sur une peine de prison dont il a fait appel, l’avait déjà mis hors jeu pour la présidentielle de 2023.Largement réélu l’an passé à la tête de la plus grande ville de Turquie, il devait être désigné dimanche comme le candidat du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) à la présidence pour les élections de 2028.Arrêté mercredi pour “corruption” et “terrorisme”, il avait vu mardi son diplôme universitaire annulé ce qui, en vertu de la Constitution, risque de barrer sa  candidature à l’élection présidentielle.Son parti a dénoncé un “coup contre notre prochain président”.Ekrem Imamoglu a plusieurs fois accusé les autorités de harcèlement à son encontre.”Nous subissons un harcèlement judiciaire au plus haut niveau mais nous n’abandonnons et n’abandonnerons pas”, avait-il lancé fin janvier à la foule massée pour le soutenir devant un tribunal d’Istanbul où il comparaissait pour des propos contre le procureur général de cette ville.- “Plaire à tous” -En ravissant Istanbul en 2019, après 25 années de domination locale du camp de M. Erdogan, et en conservant haut la main cette mégapole en 2024 malgré les efforts déployés par le chef de l’Etat pour lui faire barrage, Ekrem Imamoglu est devenu l’homme à abattre.Régulièrement classé parmi les personnalités politiques préférées des Turcs, celui qui était un quasi inconnu jusqu’en 2019 ne cesse de se poser en rival direct de Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre puis en tant que président.Musulman pratiquant mais membre d’un parti laïque, cet ex-homme d’affaires originaire des côtes de la mer Noire, qui a fait fortune dans le bâtiment avant d’entrer en politique, séduit au-delà de sa formation.”Il peut plaire à tous les segments de l’électorat d’opposition, qu’il s’agisse d’électeurs turcs, kurdes, sunnites, alévis, jeunes ou âgés”, estime Berk Esen, de l’université Sabanci d’Istanbul. “Ses mots résonnent (…) Il répond avec sincérité. Il gagne facilement le coeur des gens”, explique à l’AFP l’ancien journaliste Sükrü Küçüksahin, un de ses proches.- “Fourmi atomique” -Le maire ne fait toutefois pas l’unanimité dans son camp, où il est parfois accusé de se soucier davantage de son avenir que de ses administrés.Certains redoutent déjà qu’il ne devienne un “Erdogan bis”, concentrant les pouvoirs à la tête du pays.Ses adversaires affirment qu’il investit davantage dans la communication que dans la prévention du risque sismique, très élevé à Istanbul, ce que les chiffres de la mairie démentent.”C’est quelqu’un qui depuis cinq ans ne s’intéresse qu’à des questions sans lien avec Istanbul”, avait lancé pendant les élections municipales de 2024 son principal adversaire, un protégé du président Erdogan.Ekrem Imamoglu assure quant à lui travailler “comme une fourmi atomique” -une référence à un dessin animé populaire- et se vante d’avoir largement féminisé la municipalité.

Imamoglu, maire d’Istanbul et bête noire du président Erdogan

Champion de l’opposition turque, le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu arrêté mercredi à l’aube est plus que jamais dans le viseur du président Recep Tayyip Erdogan qu’il rêve de détrôner.Le véhément opposant au chef de l’Etat, lui-même maire dans les années 90 de cette ville, la capitale économique de la Turquie, croule sous les procédures lancées qui contrecarrent son éventuelle candidature à la magistrature suprême.L’édile qui avait fait une entrée fracassante sur la scène politique nationale en 2019 en infligeant une humiliante défaite électorale au chef de l’Etat, est visé par six procédures, dont l’une, qui avait débouché sur une peine de prison dont il a fait appel, l’avait déjà mis hors jeu pour la présidentielle de 2023.Largement réélu l’an passé à la tête de la plus grande ville de Turquie, il devait être désigné dimanche comme le candidat du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) à la présidence pour les élections de 2028.Arrêté mercredi pour “corruption” et “terrorisme”, il avait vu mardi son diplôme universitaire annulé ce qui, en vertu de la Constitution, risque de barrer sa  candidature à l’élection présidentielle.Son parti a dénoncé un “coup contre notre prochain président”.Ekrem Imamoglu a plusieurs fois accusé les autorités de harcèlement à son encontre.”Nous subissons un harcèlement judiciaire au plus haut niveau mais nous n’abandonnons et n’abandonnerons pas”, avait-il lancé fin janvier à la foule massée pour le soutenir devant un tribunal d’Istanbul où il comparaissait pour des propos contre le procureur général de cette ville.- “Plaire à tous” -En ravissant Istanbul en 2019, après 25 années de domination locale du camp de M. Erdogan, et en conservant haut la main cette mégapole en 2024 malgré les efforts déployés par le chef de l’Etat pour lui faire barrage, Ekrem Imamoglu est devenu l’homme à abattre.Régulièrement classé parmi les personnalités politiques préférées des Turcs, celui qui était un quasi inconnu jusqu’en 2019 ne cesse de se poser en rival direct de Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre puis en tant que président.Musulman pratiquant mais membre d’un parti laïque, cet ex-homme d’affaires originaire des côtes de la mer Noire, qui a fait fortune dans le bâtiment avant d’entrer en politique, séduit au-delà de sa formation.”Il peut plaire à tous les segments de l’électorat d’opposition, qu’il s’agisse d’électeurs turcs, kurdes, sunnites, alévis, jeunes ou âgés”, estime Berk Esen, de l’université Sabanci d’Istanbul. “Ses mots résonnent (…) Il répond avec sincérité. Il gagne facilement le coeur des gens”, explique à l’AFP l’ancien journaliste Sükrü Küçüksahin, un de ses proches.- “Fourmi atomique” -Le maire ne fait toutefois pas l’unanimité dans son camp, où il est parfois accusé de se soucier davantage de son avenir que de ses administrés.Certains redoutent déjà qu’il ne devienne un “Erdogan bis”, concentrant les pouvoirs à la tête du pays.Ses adversaires affirment qu’il investit davantage dans la communication que dans la prévention du risque sismique, très élevé à Istanbul, ce que les chiffres de la mairie démentent.”C’est quelqu’un qui depuis cinq ans ne s’intéresse qu’à des questions sans lien avec Istanbul”, avait lancé pendant les élections municipales de 2024 son principal adversaire, un protégé du président Erdogan.Ekrem Imamoglu assure quant à lui travailler “comme une fourmi atomique” -une référence à un dessin animé populaire- et se vante d’avoir largement féminisé la municipalité.

Gérer Trump: la méthode de la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum

Comment gérer un voisin menaçant mais indispensable, sans aller au choc frontal ni courber l’échine? La présidente mexicaine de gauche, Claudia Sheinbaum, a provisoirement trouvé la méthode avec son homologue américain, le Républicain Donald Trump, son exact contraire.Scientifique de classe moyenne et au caractère réservé, la première présidente de l’histoire du Mexique est parvenue à gagner le respect du magnat de l’immobilier, qui la qualifie de femme “merveilleuse” – tout en accusant son gouvernement de collusion avec le narcotrafic.Au-delà de la relation personnelle, la dirigeante de gauche de 62 ans doit protéger les intérêts vitaux du commerce extérieur de son pays face aux menaces tarifaires de Washington (80% des exportations mexicaines vont aux Etats-Unis), tout en refusant l’ingérence des Etats-Unis dans la lutte contre le narco-trafic.Voici trois clés de sa stratégie pour gérer Trump, qui lui ont jusqu’à présent permis de conclure un accord jusqu’au 2 avril pour éviter des taxes de 25% sur les exportations mexicaines. Avec une popularité record dans son pays.- “Tête froide” et pas de “testostérone” -Physicienne de renom (comme Angela Merkel, première femme chancelière en Allemagne), Sheinbaum n’a pas besoin de forcer sa nature rationnelle et méthodique pour rester posée et pragmatique face à Trump.”Calme et tête froide”, a-t-elle demandé lorsque le président a décrété l'”urgence” le long de la frontière de 3.100 km dès son retour à la Maison Blanche en janvier.Éviter de “répondre à la rhétorique de Trump” fait partie de sa stratégie, explique Pamela Starr, spécialiste de la relation bilatérale à l’Université de Californie du Sud.En évitant le choc frontal avec Trump, Mme Sheinbaum se distingue d’autres leaders de la région (le Colombien Gustavo Petro ou l’ex-Premier ministre canadien Justin Trudeau).”Elle a retiré la testostérone de l’équation”, résume le journaliste Pedro Miguel, proche du parti au pouvoir et de ses dirigeants.Exemple de la méthode Sheinbaum: début mars, le président américain confirme l’entrée en vigueur de tarifs douaniers à 25% sur les importations en provenance du Mexique, qu’il accuse de ne pas lutter assez contre le fentanyl et l’immigration clandestine.Lors de sa conférence de presse quotidienne, Mme Sheinbaum promet des “mesures tarifaires et non tarifaires” pour ne pas donner l’impression de plier.- Prévention -Mais elle laisse de facto du temps et une chance au dialogue, en précisant qu’elle détaillera ses représailles quelques jours plus tard lors d’un événement public.Résultat: dans l’intervalle, elle a conclu un accord par téléphone avec Trump, qui a suspendu les taxes jusqu’au 2 avril par “considération” envers elle.L’événement public a été un succès populaire, avec la participation de dizaines de milliers de personnes (350.000 selon les chiffres officiels).Au Mexique, Mme Sheinbaum est populaire à plus de 80%. Et peu de voix de l’opposition osent la critiquer.Sheinbaum “a beaucoup parlé” avec son prédécesseur et mentor Andrés Manuel López Obrador pour comprendre Trump, estime Pedro Miguel, proche de l’ancien président.López Obrador a dû gérer le milliardaire entre 2019 et 2021, et le considérait comme son “ami”.Sheinbaum a aussi agi de manière “préventive” sous la pression de Trump, souligne Pamela Starr, référence aux premières saisies de fentanyl annoncées par le Mexique autour de Noël, entre l’élection du Républicain et son investiture.”Coopération, oui ; subordination, non”, répète-t-elle comme un mantra qui guide sa politique envers Trump et les Etats-Unis.La “coopération” s’est traduite par la remise aux Etats-Unis de 29 barons de la drogue présumés, et le déploiement de 10.000 forces de sécurité le long de la frontière pour lutter contre le trafic de fentanyl.- Fermeté -Dans le même temps, la présidente a rejeté “catégoriquement” les accusations selon lesquelles son gouvernement protégerait des bandes de narcotrafiquants.Elle renvoie Washington à sa propre responsabilité dans les trafics d’armes des Etats-Unis vers le Mexique, qui alimentent la violence.Trump lui-même a reconnu la fermeté de Sheinbaum, selon le New York Times. “Tu es dure”, lui aurait-il dit lors d’un appel téléphonique, selon le quotidien. Un compliment de sa part.”Elle a été ferme, forte”, juge Roberta Lajous, ambassadrice mexicaine en Autriche, Cuba et Espagne entre 1995 et 2020. “Jusqu’à présent, elle a été couronnée de succès.” Chancelier allemand sortant, Olaf Scholz a loué son “calme” et son intelligence pour négocier avec Trump.Mais le chemin est encore long et la méthode Sheinbaum pourrait de nouveau être mise à l’épreuve le 2 avril, à l’échéance de la trêve sur les tarifs douaniers. “Le Mexique a esquivé une balle, mais Trump a encore un pistolet chargé”, avertit Pamela Starr.

Est de la RDC: rencontre surprise Tshisekedi-Kagame à Doha, un cessez-le feu évoqué

Les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame se sont rencontrés mardi dans le plus grand secret à Doha, où ils ont discuté d’un possible cessez-le-feu pour tenter de mettre fin au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette rencontre surprise a eu lieu alors que des pourparlers entre Kinshasa et le groupe armé antigouvernemental M23, qui devaient se tenir le même jour en Angola, à des milliers de kilomètres du Qatar, n’ont finalement pas eu lieu.Le conflit dans l’est de la RDC s’est intensifié ces derniers mois. Le M23 (“Mouvement du 23 mars”), piloté selon des experts de l’ONU par l’armée rwandaise, a lancé fin janvier une offensive d’envergure, s’emparant en l’espace de quelques semaines des deux grandes villes de l’est congolais, Goma et Bukavu.Médiateur de l’Union africaine dans la crise, le président angolais Joao Lourenço avait invité la RDC et le M23 à “entamer des négociations directes de paix” mardi à Luanda. Ces pourparlers devaient être les premiers entre Kinshasa et le M23 depuis la résurgence du groupe armé fin 2021. Mais dans la soirée, le ministère des Affaires étrangères angolais a déclaré dans un communiqué que les négociations prévues n’avaient finalement pas eu lieu “en raison d’événements de force majeure”.Peu après, le ministère des Affaires étrangères qatari a annoncé qu’une rencontre entre les chefs d’Etat congolais et rwandais s’était en revanche tenue dans la journée à Doha, sous la médiation de l’émir Tamim ben Hamad Al-Thani.”Les chefs d’Etat ont réaffirmé l’engagement de toutes les parties en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel”, a-t-il indiqué dans un communiqué qui ne fait aucune mention du M23. Ils ont également “convenu de la nécessité de poursuivre les discussions entamées à Doha afin d’établir des bases solides pour une paix durable”. Le ministère qatari a publié une photo sur X, montrant Félix Tshisekedi et Paul Kagame assis dans des fauteuils placés face à face, le regard tourné vers l’émir affichant un large sourire. Selon une source proche de la présidence congolaise, cette rencontre a été tenue “secrète” jusqu’à la montée de M. Tshisekedi dans un avion de retour vers Kinshasa.”Un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel vient d’être décidé entre la RDC et le Rwanda”, a avancé tard dans la soirée sur X la porte-parole du président congolais, Tina Salama.”Les modalités de l’exécution de ce qui a été convenu seront précisées dans les jours qui viennent”, a toutefois nuancé la cellule de communication de la présidence congolaise dans un communiqué. Dans la nuit, la présidence rwandaise a affirmé que les dirigeants y ont discuté “du besoin urgent d’un dialogue politique direct” pour répondre aux “causes profondes du conflit”. “Le président Kagame a fait part de sa conviction que si toutes les parties travaillent ensemble, les choses peuvent avancer plus vite”, a-t-elle ajouté sur X. – Coup de théâtre -L’annonce cette rencontre, entre deux présidents qui nourrissent ouvertement une animosité réciproque, est un coup de théâtre alors que les regards étaient tournés sur les tentatives, toutefois compromises, de Luanda pour résoudre la crise.Kinshasa, qui a jusqu’ici rejeté toute discussion avec le M23, considéré par les autorités congolaises comme “un groupe terroriste”, ne s’était cependant pas engagée à mener des négociations directes avec le groupe armé.Le M23, qui dit défendre les intérêts des population tutsi dans l’est de la RDC, avait lui déclaré qu’une délégation serait présente pour “prendre part au dialogue direct à la demande des autorités angolaises”.Mais lundi soir, le M23 a fait volte-face et annoncé qu’il ne participerait pas, estimant que “les sanctions successives imposées à nos membres, y compris celles adoptées à la veille des discussions de Luanda, compromettent gravement le dialogue direct”.L’Union européenne a pris lundi une nouvelle série de mesures contre des acteurs du conflit, visant plusieurs dirigeants du M23, dont son chef Bertrand Bisimwa, mais aussi plusieurs responsables de l’armée rwandaise.Jusqu’ici, toutes les tentatives diplomatiques pour mettre fin au conflit en RDC ont échoué. Mi-décembre, les présidents Tshisekedi et Kagame devaient se rencontrer à Luanda en vue d’un accord. Mais les deux parties n’ont jamais réussi à s’accorder sur les termes, aboutissant à l’annulation du sommet à la dernière minute.L’est de la RDC, région riche en ressources et frontalière du Rwanda, est ravagé depuis 30 ans par des violences impliquant une myriade de groupes armés ainsi que certains pays voisins de l’immense nation d’Afrique centrale, défendant leurs propres intérêts notamment économiques.Les dernières violences ont fait plusieurs milliers de morts et forcé des centaines de milliers de personnes à quitter leur foyer, selon l’ONU et le gouvernement congolais.burx-sar-cld-md/ayv/emd