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Près de 450.000 Afghans ont quitté l’Iran depuis le 1er juin

Près de 450.000 Afghans ont quitté l’Iran pour revenir dans leur pays d’origine depuis le début du mois de juin, a annoncé lundi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au lendemain d’une date butoir fixée par Téhéran pour le départ des Afghans sans papiers.Entre le 1er juin et le 5 juillet, 449.218 Afghans ont quitté le territoire iranien pour rejoindre leur pays d’origine, a indiqué un porte-parole de l’agence onusienne à l’AFP. A l’échelle de toute l’année 2025, ce nombre s’élève à 906.326 personnes.Fin mai, Téhéran avait donné “jusqu’au 6 juillet” aux “quatre millions d’Afghans illégaux” pour quitter son territoire.Le nombre de personnes ayant franchi la frontière entre les deux pays a bondi depuis la mi-juin. Plusieurs jours durant, quelque 40.000 personnes l’ont traversée à Islam Qala, dans la province d’Hérat de l’Ouest afghan, selon des agences de l’ONU.De nombreuses personnes ont fait état de pressions de la part des autorités, mais aussi d’arrestations et d’expulsions, et de la perte de leurs économies dans le cadre de ce départ précipité.Dans le contexte d’importantes coupes dans l’aide internationale, l’ONU, des ONG et des responsables talibans ont appelé à davantage de financements pour venir en aide aux personnes concernées.L’ONU a averti que ce flux de population pourrait déstabiliser le pays, déjà confronté à une grande pauvreté et à un taux de chômage élevé, ainsi qu’aux conséquences du changement climatique, et a exhorté les pays qui accueillent des ressortissants afghans à ne pas les expulser de force.”Forcer ou faire pression sur les Afghans pour qu’ils reviennent (dans leur pays) risque d’accroître l’instabilité dans la région, et d’accélérer leur (migration) vers l’Europe”, a prédit le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) vendredi dans un communiqué.Des médias iraniens font régulièrement état d’arrestations de masse d’Afghans conduites selon eux dans l’illégalité dans plusieurs régions.Le vice-ministre iranien de l’Intérieur Ali Akbar Pourjamshidian a déclaré jeudi à la télévision d’Etat que les Afghans séjournant illégalement en Iran étaient des “voisins respectés et des frères dans la foi” mais que “les capacités (de l’Iran avaient) aussi des limites”.Nombre d’Afghans se rendent en Iran dans l’espoir d’y trouver du travail et d’envoyer de l’argent à leur famille restée au pays.”Si je peux trouver un emploi ici qui couvre nos dépenses quotidiennes, je resterai ici”, a témoigné Ahmad Mohammadi auprès de l’AFP samedi, de retour en Afghanistan, alors qu’il patientait dans un centre d’accueil de l’OIM à Islam Qala.”Mais si ce n’est pas possible, nous serons contraints de retourner en Iran, ou d’aller au Pakistan ou dans un autre pays.”Ce retour en masse vers l’Afghanistan a lieu alors même que le pays, en pleine crise humanitaire après des décennies de guerre, peine à accueillir les flux de population de retour du Pakistan et d’Iran depuis 2023 sous la pression des autorités locales.En 2025 seulement, plus de 1,4 million de personnes sont revenues ou ont été contraintes de revenir en Afghanistan, selon le HCR.

Droits de douane: les Brics ne cherchent pas la confrontation, selon Pékin

Pékin a déclaré lundi que les Brics ne cherchaient pas la “confrontation” après que le président américain Donald Trump a menacé d’imposer 10% de droits de douane en plus sur les pays qui s’alignent avec le groupe incluant notamment le Brésil, la Russie et l’Inde.”En ce qui concerne l’imposition de droits de douane, la Chine a toujours affirmé sa position selon laquelle les guerres commerciales et tarifaires ne font pas de gagnants et que le protectionnisme ne permet pas d’avancer”, a déclaré Mao Ning, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.Donald Trump a annoncé lundi qu’il enverrait ses premières lettres menaçant de droits de douane exorbitants les pays récalcitrants à conclure un accord commercial avec Washington, quelques jours avant l’expiration du délai annoncé aux partenaires commerciaux pour conclure un accord.M. Trump avait déclaré dimanche qu’il enverrait une première série de 15 lettres, avertissant que les taxes américaines sur les importations reviendraient aux niveaux élevés qu’il a fixés en avril si les pays ne parvenaient pas à conclure des accords.Le président américain a menacé les pays des Brics sur la plateforme Truth Social. “Tout pays s’alignant sur les politiques anti-américaines des Brics se verra appliquer un droit de douane SUPPLEMENTAIRE de 10%. Il n’y aura pas d’exception à cette politique”, a-t-il écrit.Créé pour rééquilibrer l’ordre mondial au bénéfice du “Sud global” face à l’Occident, le groupe des Brics (Brésil, Chine, Inde, Russie et Afrique du Sud) s’est élargi depuis 2023 avec l’Arabie saoudite, l’Egypte, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie, l’Iran puis l’Indonésie.Lundi, Pékin a décrit le groupe comme “une importante plateforme pour la coopération entre marchés émergents et pays en développement.””(Les Brics) prônent l’ouverture, l’inclusion et la coopération gagnant-gagnant”, a déclaré Mme Mao. “(Le groupe) ne se livre pas à la confrontation des camps et ne vise aucun pays”, a-t-elle ajouté.

Droits de douane: les Brics ne cherchent pas la confrontation, selon Pékin

Pékin a déclaré lundi que les Brics ne cherchaient pas la “confrontation” après que le président américain Donald Trump a menacé d’imposer 10% de droits de douane en plus sur les pays qui s’alignent avec le groupe incluant notamment le Brésil, la Russie et l’Inde.”En ce qui concerne l’imposition de droits de douane, la Chine a toujours affirmé sa position selon laquelle les guerres commerciales et tarifaires ne font pas de gagnants et que le protectionnisme ne permet pas d’avancer”, a déclaré Mao Ning, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.Donald Trump a annoncé lundi qu’il enverrait ses premières lettres menaçant de droits de douane exorbitants les pays récalcitrants à conclure un accord commercial avec Washington, quelques jours avant l’expiration du délai annoncé aux partenaires commerciaux pour conclure un accord.M. Trump avait déclaré dimanche qu’il enverrait une première série de 15 lettres, avertissant que les taxes américaines sur les importations reviendraient aux niveaux élevés qu’il a fixés en avril si les pays ne parvenaient pas à conclure des accords.Le président américain a menacé les pays des Brics sur la plateforme Truth Social. “Tout pays s’alignant sur les politiques anti-américaines des Brics se verra appliquer un droit de douane SUPPLEMENTAIRE de 10%. Il n’y aura pas d’exception à cette politique”, a-t-il écrit.Créé pour rééquilibrer l’ordre mondial au bénéfice du “Sud global” face à l’Occident, le groupe des Brics (Brésil, Chine, Inde, Russie et Afrique du Sud) s’est élargi depuis 2023 avec l’Arabie saoudite, l’Egypte, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie, l’Iran puis l’Indonésie.Lundi, Pékin a décrit le groupe comme “une importante plateforme pour la coopération entre marchés émergents et pays en développement.””(Les Brics) prônent l’ouverture, l’inclusion et la coopération gagnant-gagnant”, a déclaré Mme Mao. “(Le groupe) ne se livre pas à la confrontation des camps et ne vise aucun pays”, a-t-elle ajouté.

Effondrements rue d’Aubagne à Marseille : un jugement attendu par toute une ville

A 10h00, la justice va rendre son jugement lundi, sept mois après le procès des effondrements de la rue d’Aubagne, pour dire combien des 16 prévenus ont été responsables de ce drame du logement indigne qui avait frappé au coeur de Marseille le 5 novembre 2018.Qui de l’adjoint au maire, de l’architecte-expert, du syndic ou des copropriétaires a commis une éventuelle faute pénale ? De l’avis de tous, le débat juridique est extrêmement complexe et le président Pascal Gand pourrait prendre un temps significatif pour expliquer une décision mise en délibéré le 18 décembre.Avant le début du jugement, des crieurs publics ont fait le résumé du procès, au son de l’accordéon, devant la caserne du Muy, siège des procès hors normes du tribunal judiciaire de Marseille, en présence de plusieurs familles des huit victimes de ces effondrements et notamment des parents de Simona, venus d’Italie. Il faut “que ce drame là ne se reproduise plus jamais” et que “la peur change de camp au niveau du logement aujourd’hui”, a plaidé Anissa, de l’assemblée des délogés, rappelant qu’il y avait encore quelque 200 signalements d’immeubles en péril chaque mois à Marseille.”Le tribunal a une grande responsabilité, mais qu’il soit sûr que nous, les familles, on croit dans leur travail, on croit dans leur conscience”, avait insisté auprès de l’AFP il y a quelques jours Liliana Lalonde, mère de Julien Lalonde, mort à 30 ans dans ce drame, avec sept autres locataires du 65 rue d’Aubagne, en plein centre-ville.Elle espère “un message fort, à savoir des punitions, des condamnations qui puissent les faire réfléchir et surtout les convaincre qu’ils ne peuvent plus continuer (comme avant). Parce qu’à mes yeux ils sont tous responsables, à différents degrés, mais tous responsables”.- “Plus de maman, plus rien” -Ce procès, qui avait duré un mois et demi à l’automne, avait été bien plus qu’une simple affaire judiciaire et la salle du Muy avait accueilli toute la colère et la tristesse de la ville.Au fil des audiences, les larmes avaient abondamment coulé face aux récits des parcours lumineux ou cabossés des victimes. Notamment à l’évocation du petit El Amine, fils d’Ouloume Saïd Hassani, “parti le matin avec son cartable et le soir, plus de maman, plus de vêtements, plus rien”.Les débats ont permis d’établir que les effondrements des numéros 63 (vide) et 65 étaient inéluctables vu l’état du bâti. Mais aucune mise à l’abri des locataires du 65 n’avait été décidée et les travaux entrepris s’étaient avérés inefficaces voire contreproductifs.L’instruction avait seulement renvoyé quatre personnes devant le tribunal : Julien Ruas, adjoint du maire LR de l’époque Jean-Claude Gaudin, l’architecte Richard Carta qui avait expertisé l’immeuble moins de trois semaines avant son effondrement, et deux personnes morales, le syndic du 65, le cabinet Liautard, et le bailleur social propriétaire du numéro 63, laissé à l’état de ruine par Marseille Habitat.Insuffisant pour certaines parties civiles qui avaient cité à comparaître une douzaine de personnes supplémentaires, dont des copropriétaires.Au final, 16 personnes morales et physiques ont été jugées pour différents délits, notamment homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité, un délit punissable de cinq ans de prison maximum, et soumission de personnes vulnérables dont au moins un mineur à des conditions d’hébergement indigne, des faits qui peuvent valoir jusqu’à dix ans d’emprisonnement.- Quid des copropriétaires ? -Le tribunal va-t-il condamner les propriétaires, qui n’avaient pas été poursuivis par le juge d’instruction ? Le procureur, Michel Sastre, avait suivi les parties civiles sur ce point, estimant que les copropriétaires avaient bien “connaissance des problèmes structurels de l’immeuble”, mais avaient “joué la montre” pour “dépenser le plus tard et le moins possible”.Il avait même requis à l’encontre de Xavier Cachard, élu régional qui avait au moment des faits la double casquette de propriétaire et avocat du syndic, la peine la plus lourde : cinq ans de prison dont trois ferme.Des peines significatives avaient aussi été réclamées contre Richard Carta, l’expert-architecte (trois ans de prison dont deux ferme) et Julien Ruas (trois ans de prison), seul élu municipal poursuivi dans cette affaire qui avait jeté une lumière crue sur l’inaction de l’équipe de Jean-Claude Gaudin, dont le parti perdra la mairie deux ans plus tard face à une coalition gauche-écologistes-société civile.Durant les débats, les prévenus avaient contesté en bloc, les avocats plaidant des relaxes en cascade. A Marseille, où l’habitat indigne prospère sur la précarité, ces décisions comptent. Depuis le drame, la justice de la deuxième ville de France n’hésite d’ailleurs plus à envoyer les marchands de sommeil en prison, comme en mars le propriétaire d’une trentaine de studios insalubres dans une ex-résidence universitaire.

La Bosnie se prépare à commémorer le génocide de Srebrenica 30 ans après

La Bosnie se prépare à commémorer le génocide de Srebrenica perpétré il y a 30 ans, dans une société toujours divisée autour de ce massacre dans lequel environ 8.000 hommes et adolescents musulmans ont été abattus par les forces serbes bosniennes.Le 11 juillet 1995, la ville de Srebrenica située dans l’est de la Bosnie frontalier de la Serbie, déclarée “zone protégée de l’ONU” dans laquelle vivent alors plus de 40.0000 personnes, dont beaucoup de déplacés, est prise d’assaut par les forces Serbes de Bosnie, dirigées par le général Ratko Mladic, surnommé “le boucher des Balkans”.La conquête éclair de la ville confrontée à un manque d’armes, de combattants et de vivres, est suivie par des exécutions de masse d’hommes et d’adolescents jetés dans des dizaines de fosses communes.Trente ans plus tard, environ 7.000 victimes de ce massacre ont été identifiées et enterrées, et quelque mille autres sont toujours recherchées par leurs familles.Mais les découvertes de charniers sont désormais rares. La dernière remonte à 2021, lorsque les restes de dix victimes ont été exhumées.Cette année, les restes de sept victimes identifiées seront enterrés lors des commémorations du 11 juillet dans le Centre mémorial de Srebrenica-Potocari, dont ceux de deux jeunes qui avaient 19 ans à l’époque, et aussi d’une femme qui était âgée de 67 ans.- “un seul os” -“Cette année, je fais enterrer mon père. Mais il n’y a qu’un seul os, sa mâchoire inférieure retrouvée il y a trois ans. Ma mère est très malade et elle souhaite que ce soit fait”, sans attendre que d’autres restes soient éventuellement retrouvés, dit à l’AFP, Mirzeta Karic, 50 ans.Son père, Sejdalija Alic, avait 46 ans en juillet 1995. Malade, il avait rejoint plusieurs milliers d’hommes et d’adolescents qui avaient essayé de fuir en s’aventurant dans les forêts voisines.Il n’a pas réussi à sauver sa vie. Son fils Sejdin, qui avait 22 ans, a été tué aussi, tout comme ses trois frères et leurs quatre fils.Dans la lignée de trois générations d’hommes de cette famille, “seul un fils de l’un de mes trois oncles a survécu”, raconte Mme Karic, précisant que son père sera “le 50e homme de la famille proche” à être enterré dans le cimetière de Potocari. Son frère Sejdin y a été inhumé en 2003.”J’ai tout pu supporter, mais je pense que cet enterrement sera le pire. On fait inhumer un os. Je ne peux pas décrire cette douleur”, explique la fille de Sejdalija Alic.- “Négation banalisée” -Les chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie pendant le conflit de 1992 à 1995, qui a fait au total près de 100.000 morts, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, ont été condamnés à perpétuité pour génocide et crime de guerre par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à la Haye. Mais la gravité de ces crimes continue d’être relativisée, notamment par des dirigeants politiques de l’entité serbe de Bosnie (la Republika Srpska) et de la Serbie, qui rejettent la qualification de génocide.”Cette négation est banalisée”, explique à l’AFP Neira Sabanovic, chercheuse à l’Université libre de Bruxelles dont les travaux portent sur la mémoire et l’instrumentalisation des identités ethniques dans les Balkans. “Il est très rare de trouver quelqu’un en Republika Srpska qui reconnaît qu’il y a eu génocide”, dit-elle.Le chef politique des serbes de Bosnie, Milorad Dodik, nie régulièrement le génocide et remet en question le nombre de victimes.Sur 305 cas de déni ou de relativisation dans les médias en Republika Srpska et en Serbie durant 2024, M. Dodik est en tête et apparaît 42 fois, selon une étude annuelle publiée par le Centre mémorial de Srebrenica.L’Assemblée générale de l’ONU a créé en 2024 une Journée internationale de commémoration du génocide de Srebrenica, le 11 juillet, malgré la colère de Belgrade.- “monologue” -Samedi, les dirigeants politiques de l’entité serbe de Bosnie et de la Serbie, ainsi que les dignitaires de l’Eglise orthodoxe serbe se réuniront à Bratunac, près de Srebrenica, pour une commémoration en hommage à plus de 3.200 militaires et civils serbes de Bosnie orientale tués pendant la guerre.Les portraits de quelque 600 de ces victimes ont été accrochés cette semaine le long de la route à proximité du Centre mémorial de Srebrenica.”Ces gens-là ne participent pas au même débat. Ils sont dans un monologue et ils sont toujours en 1995″, a commenté jeudi le directeur du Centre mémorial de Srebrenica, Emir Suljagic, à une télévision locale.”Nous avons gagné un combat très important, c’est le combat pour la reconnaissance” internationale, a-t-il ajouté, en référence à la résolution de l’ONU.

La Bosnie se prépare à commémorer le génocide de Srebrenica 30 ans après

La Bosnie se prépare à commémorer le génocide de Srebrenica perpétré il y a 30 ans, dans une société toujours divisée autour de ce massacre dans lequel environ 8.000 hommes et adolescents musulmans ont été abattus par les forces serbes bosniennes.Le 11 juillet 1995, la ville de Srebrenica située dans l’est de la Bosnie frontalier de la Serbie, déclarée “zone protégée de l’ONU” dans laquelle vivent alors plus de 40.0000 personnes, dont beaucoup de déplacés, est prise d’assaut par les forces Serbes de Bosnie, dirigées par le général Ratko Mladic, surnommé “le boucher des Balkans”.La conquête éclair de la ville confrontée à un manque d’armes, de combattants et de vivres, est suivie par des exécutions de masse d’hommes et d’adolescents jetés dans des dizaines de fosses communes.Trente ans plus tard, environ 7.000 victimes de ce massacre ont été identifiées et enterrées, et quelque mille autres sont toujours recherchées par leurs familles.Mais les découvertes de charniers sont désormais rares. La dernière remonte à 2021, lorsque les restes de dix victimes ont été exhumées.Cette année, les restes de sept victimes identifiées seront enterrés lors des commémorations du 11 juillet dans le Centre mémorial de Srebrenica-Potocari, dont ceux de deux jeunes qui avaient 19 ans à l’époque, et aussi d’une femme qui était âgée de 67 ans.- “un seul os” -“Cette année, je fais enterrer mon père. Mais il n’y a qu’un seul os, sa mâchoire inférieure retrouvée il y a trois ans. Ma mère est très malade et elle souhaite que ce soit fait”, sans attendre que d’autres restes soient éventuellement retrouvés, dit à l’AFP, Mirzeta Karic, 50 ans.Son père, Sejdalija Alic, avait 46 ans en juillet 1995. Malade, il avait rejoint plusieurs milliers d’hommes et d’adolescents qui avaient essayé de fuir en s’aventurant dans les forêts voisines.Il n’a pas réussi à sauver sa vie. Son fils Sejdin, qui avait 22 ans, a été tué aussi, tout comme ses trois frères et leurs quatre fils.Dans la lignée de trois générations d’hommes de cette famille, “seul un fils de l’un de mes trois oncles a survécu”, raconte Mme Karic, précisant que son père sera “le 50e homme de la famille proche” à être enterré dans le cimetière de Potocari. Son frère Sejdin y a été inhumé en 2003.”J’ai tout pu supporter, mais je pense que cet enterrement sera le pire. On fait inhumer un os. Je ne peux pas décrire cette douleur”, explique la fille de Sejdalija Alic.- “Négation banalisée” -Les chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie pendant le conflit de 1992 à 1995, qui a fait au total près de 100.000 morts, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, ont été condamnés à perpétuité pour génocide et crime de guerre par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à la Haye. Mais la gravité de ces crimes continue d’être relativisée, notamment par des dirigeants politiques de l’entité serbe de Bosnie (la Republika Srpska) et de la Serbie, qui rejettent la qualification de génocide.”Cette négation est banalisée”, explique à l’AFP Neira Sabanovic, chercheuse à l’Université libre de Bruxelles dont les travaux portent sur la mémoire et l’instrumentalisation des identités ethniques dans les Balkans. “Il est très rare de trouver quelqu’un en Republika Srpska qui reconnaît qu’il y a eu génocide”, dit-elle.Le chef politique des serbes de Bosnie, Milorad Dodik, nie régulièrement le génocide et remet en question le nombre de victimes.Sur 305 cas de déni ou de relativisation dans les médias en Republika Srpska et en Serbie durant 2024, M. Dodik est en tête et apparaît 42 fois, selon une étude annuelle publiée par le Centre mémorial de Srebrenica.L’Assemblée générale de l’ONU a créé en 2024 une Journée internationale de commémoration du génocide de Srebrenica, le 11 juillet, malgré la colère de Belgrade.- “monologue” -Samedi, les dirigeants politiques de l’entité serbe de Bosnie et de la Serbie, ainsi que les dignitaires de l’Eglise orthodoxe serbe se réuniront à Bratunac, près de Srebrenica, pour une commémoration en hommage à plus de 3.200 militaires et civils serbes de Bosnie orientale tués pendant la guerre.Les portraits de quelque 600 de ces victimes ont été accrochés cette semaine le long de la route à proximité du Centre mémorial de Srebrenica.”Ces gens-là ne participent pas au même débat. Ils sont dans un monologue et ils sont toujours en 1995″, a commenté jeudi le directeur du Centre mémorial de Srebrenica, Emir Suljagic, à une télévision locale.”Nous avons gagné un combat très important, c’est le combat pour la reconnaissance” internationale, a-t-il ajouté, en référence à la résolution de l’ONU.

En Russie, l’étrange cas de Mme Maïboroda

La retraitée russe porte un col roulé rouge et une toque en fourrure. Elle écoute le verdict qui tombe, puis, raconte un témoin, comme frappée par les mots du juge, se met “à saigner du nez”.Ce 29 janvier 2024, Evguénia Maïboroda, alors âgée de 72 ans, est condamnée à cinq ans et demi de prison pour s’être opposée à l’invasion de l’Ukraine. Six ans plus tôt, elle soutenait Vladimir Poutine et l’annexion de la Crimée.Sur une photo prise au tribunal de Chakhty, dans le sud-ouest de la Russie, elle est assise sur le banc des accusés, la main posée sur le coeur. Son regard, étrange, exprime la stupeur et une pointe de reproche.Dans son affaire, elle a été accusée d’avoir partagé deux contenus illégaux sur les réseaux sociaux : l’un véhiculant “de fausses informations” sur l’armée russe, l’autre comportant un “appel public à commettre des activités extrémistes”. Pour cette raison, avant même le jugement, Mme Maïboroda, une ancienne employée d’une mine de charbon, avait été placée, le 28 avril 2023, sur la liste des personnes décrétées “terroristes et extrémistes” par la Fédération de Russie. Comment une retraitée pro-Kremlin est-elle devenue une “terroriste” ? En s’appuyant sur des documents, témoignages et un échange avec Mme Maïboroda depuis sa prison, l’AFP a reconstitué une histoire de résistance peu habituelle, remplie d’ambivalences qui éclairent la société russe.- Pertes et solitude -Evguénia Nikolaïevna Maïboroda est née le 10 juin 1951 à Kamenolomni, au sud de la ville de Chakhty, dans la région de Rostov, frontalière de l’Ukraine.Elle rencontre son futur mari, Nikolaï Maïboroda, lors de leurs études dans un institut technique.Le couple commence à travailler dans une mine de charbon près de Chakhty. Il est mineur dans une brigade réputée ;  elle, opératrice dans la centrale électrique associée à l’exploitation. Ils ont un fils, Sergueï.Les Maïboroda forment une famille idéale, les mineurs étant haut placés dans la hiérarchie soviétique. Ils profitent de privilèges, voyagent à travers le bloc communiste.Quand l’URSS s’effondre, en 1991, ils subissent un déclassement économique, avec la suspension du versement des salaires, mais également symbolique car les valeurs qu’ils incarnaient sont remplacées par celles d’un capitalisme sauvage.Le 31 août 1997, journée des mineurs, une date importante dans la mythologie soviétique, leur fils unique a un accident de voiture. Il meurt à 25 ans.”On était à l’enterrement. Elle était dans un tel état qu’elle ne se rappelle plus de rien. Son fils était tout pour elle”, commente Maria, une proche témoignant anonymement pour raison de sécurité.En 2002, la mine ferme. Moins de dix ans plus tard, en 2011, son époux Nikolaï décède d’une maladie fulgurante.- Amour de Poutine – Mme Maïboroda se réfugie dans la religion et prend soin d’elle : sur les photos, elle est habillée élégamment avec toujours, sous les yeux, un fin trait de crayon noir.”C’est une meneuse dans la vie. Elle est très dure à briser”, énonce Maria.Fin 2017, Evguénia Maïboroda découvre les réseaux sociaux et crée un compte sur VK (l’équivalent russe de Facebook). Sa page montre son évolution politique. Pendant cinq ans, elle partage des centaines d’images de chats, de fleurs, des blagues, des messages religieux et nostalgiques de l’URSS… et des commentaires sur le pouvoir.Entre mars et août 2018, elle publie une trentaine de photos avec des légendes qui présentent Vladimir Poutine comme un dirigeant merveilleux qui redonne sa grandeur au pays. Sur l’une d’elles, Poutine dit à Donald Trump qu’il rendra la Crimée à l’Ukraine “si les Etats-Unis rendent le Texas au Mexique et l’Alaska à la Russie”. Sur une autre, l’ex-président ukrainien Petro Porochenko est qualifié de “débile”.Jusque-là, rien d’exceptionnel. Le discours de stabilité et de puissance retrouvée du poutinisme a séduit beaucoup de Russes meurtris par la crise des années 1990.- Haine de Poutine -Puis intervient la métamorphose.A partir de l’été 2018, la Russie est touchée par des protestations contre la hausse brutale de l’âge du départ à la retraite. La grogne vient d’en bas et sort des cercles d’opposition des grandes villes.”D’habitude, Vladimir Poutine se pose en arbitre, en garant des intérêts de la population, en grand chef populiste… Mais là, c’est la première fois où il prend la parole pour défendre une réforme, disons, antisociale”, relève Karine Clément, spécialiste des mouvements sociaux russes. Cet engagement fait chuter la popularité du président mais aucune manifestation massive n’a lieu.Fin 2018, la tonalité des messages politiques d’Evguénia Maïboroda change néanmoins complètement. Elle partage des messages dénonçant la pauvreté en Russie, un pays pourtant très riche en ressources naturelles, souligne-t-elle.La journaliste Tatiana Vassiltchouk, du média indépendant Novaïa Gazeta, a effectué un reportage à Maïski, le village de Mme Maïboroda miné par le chômage et les problèmes de déchets.”Le village se noie dans les décharges d’ordures”, décrit-elle.En 2020, Evguénia Maïboroda s’oppose à la révision constitutionnelle ayant permis au président de rester au pouvoir jusqu’en 2036. “Non à un Poutine éternel, (…) non aux mensonges et à la corruption éternels”, dit l’une de ses publications. – Guerre  -Arrive l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.Sur son compte VK, Mme Maïboroda fustige l’agression. Et soutient le régiment ukrainien Azov, fondé par des militants d’extrême-droite dont des néo-nazis, qui jouit aujourd’hui d’une réputation héroïque pour ses faits d’armes, notamment sa résistance lors de la bataille de Marioupol.En Russie, tout soutien aux forces ukrainiennes, surtout Azov qui a depuis élargi son recrutement, ou opposition publique au conflit est traqué par les services de sécurité qui ont ainsi écroué des centaines de personnes.Mme Maïboroda est repérée. En février 2023, son domicile est perquisitionné. Elle reçoit une amende et une première courte peine d’emprisonnement. Une affaire criminelle est ouverte, menant à sa condamnation de janvier 2024.Il lui est reproché d’avoir publié sur VK un message dénonçant les milliers de victimes du siège de la ville ukrainienne de Marioupol, au printemps 2022, mais aussi d’avoir partagé une perturbante vidéo.Dans cette dernière, une fillette s’exprime devant un ordinateur dont l’écran affiche une croix gammée. Elle tient un couteau et appelle, en ukrainien, à égorger des Russes.  Ces images, publiées par un compte pro-Kremlin, alimentent le récit du pouvoir russe qui, du fait de l’admiration de certaines formations militaires en Ukraine pour les nationalistes ukrainiens ayant combattu l’URSS avec Hitler, dit mener une guerre contre des “néo-nazis”.Pour avoir repartagé cette vidéo, qui selon les services de sécurité ukrainiens (SBU) déforme la réalité et faisait partie “d’une campagne de propagande”, Maïboroda se retrouve accusée de nazisme. “Elle ne défend pas cette idéologie”, tranche une source proche du dossier, sous couvert d’anonymat.Mme Maïboroda, qui a de la famille en Ukraine et s’y rendait régulièrement, a expliqué au tribunal qu’un de ses cousins avait été blessé, à l’été 2022, par un bombardement russe à Dnipro.- “Brouillage” -Selon sa proche, Maria, Mme Maïboroda n’a pas perçu le danger de son militantisme virtuel et s’est égarée “comme un agneau”.Mais sa politisation montre aussi une certaine lucidité. “Il faut être très intelligent pour s’orienter dans la sphère publique russe”, note la sociologue Karine Clément.Car, selon elle, le Kremlin entretient un “brouillage des consciences” à coups de paradoxes assumés et de désinformation qui, en plus des persécutions judiciaires, vise à décourager “la formation de mouvements politiques de masse”.Le récit présentant l’invasion de l’Ukraine comme “un combat contre le nazisme” dans un pays dirigé par un président d’origine juive, Volodymyr Zelensky, illustre cette stratégie du chaos, estime l’experte.Le tumulte des années 1990, quand des oligarques présentaient leurs réformes ultralibérales comme des avancées vers la “démocratie”, a aussi favorisé la confusion puis l’autoritarisme de M. Poutine, poursuit-elle.Aujourd’hui, la sociologue associe le soutien de nombreux Russes à la guerre à une “soif de faire communauté” et voit Mme Maïboroda comme une personne sortie du lot pour avoir “une bonne image de soi”. L’affaire a eu un certain écho dans les médias et les ONG d’opposition en Russie et en exil. L’organisation Memorial l’a très vite reconnue “prisonnière politique” et des critiques du Kremlin ont estimé que son cas illustrait l’intensité croissante de la répression.- “Tu ne tueras point” -Contrairement à des milliers de prisonniers ukrainiens détenus au secret et torturés, Evguénia Maïboroda, en tant que citoyenne russe, a des conditions d’emprisonnement plutôt correctes.Elle peut théoriquement recevoir des lettres, certes censurées par l’administration pénitentiaire, et passer, parfois, des appels téléphoniques.Début juin, après six mois d’attente incertaine, elle a pu répondre à des questions de l’AFP lors d’un appel de 10 minutes enregistré par un intermédiaire, depuis sa prison dans la région de Rostov.Ses proches la décrivaient au printemps comme déprimée et souffrante. Mais son ton, lors de cet appel, est étonnamment énergique pour une femme de 74 ans emprisonnée depuis un an et demi.”Le plus dur pour moi, c’était la privation de liberté. C’est trèèès dur. Mais ma foi et mes prières m’ont aidée..”, explique-t-elle, la voix hachée par la transmission téléphonique.Mais pourquoi a-t-elle partagé cette vidéo d’une fillette, devant un emblème nazi, qui appelait à tuer des Russes ? “C’est arrivé par accident, c’était stupide”, répond-elle.Elle déclare exécrer “la haine”, “les mensonges” et affirme que ses “vertus préférées” sont “l’amour et la joie de vivre”.Sur les raisons de son opposition à l’invasion de l’Ukraine, elle réplique : “Car je suis croyante. Tu ne tueras point. Et puis pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Moi, je n’ai pas compris.”

En Russie, l’étrange cas de Mme Maïboroda

La retraitée russe porte un col roulé rouge et une toque en fourrure. Elle écoute le verdict qui tombe, puis, raconte un témoin, comme frappée par les mots du juge, se met “à saigner du nez”.Ce 29 janvier 2024, Evguénia Maïboroda, alors âgée de 72 ans, est condamnée à cinq ans et demi de prison pour s’être opposée à l’invasion de l’Ukraine. Six ans plus tôt, elle soutenait Vladimir Poutine et l’annexion de la Crimée.Sur une photo prise au tribunal de Chakhty, dans le sud-ouest de la Russie, elle est assise sur le banc des accusés, la main posée sur le coeur. Son regard, étrange, exprime la stupeur et une pointe de reproche.Dans son affaire, elle a été accusée d’avoir partagé deux contenus illégaux sur les réseaux sociaux : l’un véhiculant “de fausses informations” sur l’armée russe, l’autre comportant un “appel public à commettre des activités extrémistes”. Pour cette raison, avant même le jugement, Mme Maïboroda, une ancienne employée d’une mine de charbon, avait été placée, le 28 avril 2023, sur la liste des personnes décrétées “terroristes et extrémistes” par la Fédération de Russie. Comment une retraitée pro-Kremlin est-elle devenue une “terroriste” ? En s’appuyant sur des documents, témoignages et un échange avec Mme Maïboroda depuis sa prison, l’AFP a reconstitué une histoire de résistance peu habituelle, remplie d’ambivalences qui éclairent la société russe.- Pertes et solitude -Evguénia Nikolaïevna Maïboroda est née le 10 juin 1951 à Kamenolomni, au sud de la ville de Chakhty, dans la région de Rostov, frontalière de l’Ukraine.Elle rencontre son futur mari, Nikolaï Maïboroda, lors de leurs études dans un institut technique.Le couple commence à travailler dans une mine de charbon près de Chakhty. Il est mineur dans une brigade réputée ;  elle, opératrice dans la centrale électrique associée à l’exploitation. Ils ont un fils, Sergueï.Les Maïboroda forment une famille idéale, les mineurs étant haut placés dans la hiérarchie soviétique. Ils profitent de privilèges, voyagent à travers le bloc communiste.Quand l’URSS s’effondre, en 1991, ils subissent un déclassement économique, avec la suspension du versement des salaires, mais également symbolique car les valeurs qu’ils incarnaient sont remplacées par celles d’un capitalisme sauvage.Le 31 août 1997, journée des mineurs, une date importante dans la mythologie soviétique, leur fils unique a un accident de voiture. Il meurt à 25 ans.”On était à l’enterrement. Elle était dans un tel état qu’elle ne se rappelle plus de rien. Son fils était tout pour elle”, commente Maria, une proche témoignant anonymement pour raison de sécurité.En 2002, la mine ferme. Moins de dix ans plus tard, en 2011, son époux Nikolaï décède d’une maladie fulgurante.- Amour de Poutine – Mme Maïboroda se réfugie dans la religion et prend soin d’elle : sur les photos, elle est habillée élégamment avec toujours, sous les yeux, un fin trait de crayon noir.”C’est une meneuse dans la vie. Elle est très dure à briser”, énonce Maria.Fin 2017, Evguénia Maïboroda découvre les réseaux sociaux et crée un compte sur VK (l’équivalent russe de Facebook). Sa page montre son évolution politique. Pendant cinq ans, elle partage des centaines d’images de chats, de fleurs, des blagues, des messages religieux et nostalgiques de l’URSS… et des commentaires sur le pouvoir.Entre mars et août 2018, elle publie une trentaine de photos avec des légendes qui présentent Vladimir Poutine comme un dirigeant merveilleux qui redonne sa grandeur au pays. Sur l’une d’elles, Poutine dit à Donald Trump qu’il rendra la Crimée à l’Ukraine “si les Etats-Unis rendent le Texas au Mexique et l’Alaska à la Russie”. Sur une autre, l’ex-président ukrainien Petro Porochenko est qualifié de “débile”.Jusque-là, rien d’exceptionnel. Le discours de stabilité et de puissance retrouvée du poutinisme a séduit beaucoup de Russes meurtris par la crise des années 1990.- Haine de Poutine -Puis intervient la métamorphose.A partir de l’été 2018, la Russie est touchée par des protestations contre la hausse brutale de l’âge du départ à la retraite. La grogne vient d’en bas et sort des cercles d’opposition des grandes villes.”D’habitude, Vladimir Poutine se pose en arbitre, en garant des intérêts de la population, en grand chef populiste… Mais là, c’est la première fois où il prend la parole pour défendre une réforme, disons, antisociale”, relève Karine Clément, spécialiste des mouvements sociaux russes. Cet engagement fait chuter la popularité du président mais aucune manifestation massive n’a lieu.Fin 2018, la tonalité des messages politiques d’Evguénia Maïboroda change néanmoins complètement. Elle partage des messages dénonçant la pauvreté en Russie, un pays pourtant très riche en ressources naturelles, souligne-t-elle.La journaliste Tatiana Vassiltchouk, du média indépendant Novaïa Gazeta, a effectué un reportage à Maïski, le village de Mme Maïboroda miné par le chômage et les problèmes de déchets.”Le village se noie dans les décharges d’ordures”, décrit-elle.En 2020, Evguénia Maïboroda s’oppose à la révision constitutionnelle ayant permis au président de rester au pouvoir jusqu’en 2036. “Non à un Poutine éternel, (…) non aux mensonges et à la corruption éternels”, dit l’une de ses publications. – Guerre  -Arrive l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.Sur son compte VK, Mme Maïboroda fustige l’agression. Et soutient le régiment ukrainien Azov, fondé par des militants d’extrême-droite dont des néo-nazis, qui jouit aujourd’hui d’une réputation héroïque pour ses faits d’armes, notamment sa résistance lors de la bataille de Marioupol.En Russie, tout soutien aux forces ukrainiennes, surtout Azov qui a depuis élargi son recrutement, ou opposition publique au conflit est traqué par les services de sécurité qui ont ainsi écroué des centaines de personnes.Mme Maïboroda est repérée. En février 2023, son domicile est perquisitionné. Elle reçoit une amende et une première courte peine d’emprisonnement. Une affaire criminelle est ouverte, menant à sa condamnation de janvier 2024.Il lui est reproché d’avoir publié sur VK un message dénonçant les milliers de victimes du siège de la ville ukrainienne de Marioupol, au printemps 2022, mais aussi d’avoir partagé une perturbante vidéo.Dans cette dernière, une fillette s’exprime devant un ordinateur dont l’écran affiche une croix gammée. Elle tient un couteau et appelle, en ukrainien, à égorger des Russes.  Ces images, publiées par un compte pro-Kremlin, alimentent le récit du pouvoir russe qui, du fait de l’admiration de certaines formations militaires en Ukraine pour les nationalistes ukrainiens ayant combattu l’URSS avec Hitler, dit mener une guerre contre des “néo-nazis”.Pour avoir repartagé cette vidéo, qui selon les services de sécurité ukrainiens (SBU) déforme la réalité et faisait partie “d’une campagne de propagande”, Maïboroda se retrouve accusée de nazisme. “Elle ne défend pas cette idéologie”, tranche une source proche du dossier, sous couvert d’anonymat.Mme Maïboroda, qui a de la famille en Ukraine et s’y rendait régulièrement, a expliqué au tribunal qu’un de ses cousins avait été blessé, à l’été 2022, par un bombardement russe à Dnipro.- “Brouillage” -Selon sa proche, Maria, Mme Maïboroda n’a pas perçu le danger de son militantisme virtuel et s’est égarée “comme un agneau”.Mais sa politisation montre aussi une certaine lucidité. “Il faut être très intelligent pour s’orienter dans la sphère publique russe”, note la sociologue Karine Clément.Car, selon elle, le Kremlin entretient un “brouillage des consciences” à coups de paradoxes assumés et de désinformation qui, en plus des persécutions judiciaires, vise à décourager “la formation de mouvements politiques de masse”.Le récit présentant l’invasion de l’Ukraine comme “un combat contre le nazisme” dans un pays dirigé par un président d’origine juive, Volodymyr Zelensky, illustre cette stratégie du chaos, estime l’experte.Le tumulte des années 1990, quand des oligarques présentaient leurs réformes ultralibérales comme des avancées vers la “démocratie”, a aussi favorisé la confusion puis l’autoritarisme de M. Poutine, poursuit-elle.Aujourd’hui, la sociologue associe le soutien de nombreux Russes à la guerre à une “soif de faire communauté” et voit Mme Maïboroda comme une personne sortie du lot pour avoir “une bonne image de soi”. L’affaire a eu un certain écho dans les médias et les ONG d’opposition en Russie et en exil. L’organisation Memorial l’a très vite reconnue “prisonnière politique” et des critiques du Kremlin ont estimé que son cas illustrait l’intensité croissante de la répression.- “Tu ne tueras point” -Contrairement à des milliers de prisonniers ukrainiens détenus au secret et torturés, Evguénia Maïboroda, en tant que citoyenne russe, a des conditions d’emprisonnement plutôt correctes.Elle peut théoriquement recevoir des lettres, certes censurées par l’administration pénitentiaire, et passer, parfois, des appels téléphoniques.Début juin, après six mois d’attente incertaine, elle a pu répondre à des questions de l’AFP lors d’un appel de 10 minutes enregistré par un intermédiaire, depuis sa prison dans la région de Rostov.Ses proches la décrivaient au printemps comme déprimée et souffrante. Mais son ton, lors de cet appel, est étonnamment énergique pour une femme de 74 ans emprisonnée depuis un an et demi.”Le plus dur pour moi, c’était la privation de liberté. C’est trèèès dur. Mais ma foi et mes prières m’ont aidée..”, explique-t-elle, la voix hachée par la transmission téléphonique.Mais pourquoi a-t-elle partagé cette vidéo d’une fillette, devant un emblème nazi, qui appelait à tuer des Russes ? “C’est arrivé par accident, c’était stupide”, répond-elle.Elle déclare exécrer “la haine”, “les mensonges” et affirme que ses “vertus préférées” sont “l’amour et la joie de vivre”.Sur les raisons de son opposition à l’invasion de l’Ukraine, elle réplique : “Car je suis croyante. Tu ne tueras point. Et puis pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Moi, je n’ai pas compris.”