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CEDH: la Russie condamnée pour de multiples violations des droits humains en Ukraine

Exécutions, torture, déplacements d’enfants, travail forcé, destruction du vol MH17: la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné mercredi la Russie pour les nombreuses exactions commises en Ukraine depuis 2014.A l’issue d’un délibéré lu pendant plus de 40 minutes par le président de la Cour européenne des droits de l’Homme, le juge français Mattias Guyomar, la Russie est reconnue coupable d’exécutions de “civils et de militaires ukrainiens hors de combat”, “d’actes de torture” ou de “déplacements injustifiés de civils”.La CEDH relève aussi la pratique “consistant à commettre des destructions, pillages et expropriations de biens appartenant à des personnes civiles et à des entreprises privées”, et pointe la responsabilité de Moscou dans la destruction du vol MH17.La décision a été rendue par les 17 juges de la Grande chambre, formation la plus solennelle de l’institution qui siège à Strasbourg.Celle-ci a joint dans cette même décision trois plaintes déposées par l’Ukraine contre la Russie après les opérations menées en 2014 dans le Donbass et la guerre déclenchée en février 2022, et une autre plainte des Pays-Bas pour la destruction du vol MH17, parti d’Amsterdam vers la Malaisie le 17 juillet 2014, abattu par un missile dans la région de Donetsk, dans le Donbass, et qui avait fait 298 victimes.Le ministère ukrainien de la justice a salué une décision “historique”, qui reconnait le caractère “systématiques et généralisées” des violations de droits fondamentaux commises par la Russie. “La Cour a souligné que l’agression russe ne se limite pas à l’Ukraine, mais représente une menace mondiale qui remet en question l’idée même de coexistence des États dans un cadre juridique”, a rappelé Kiev.- Caractère symbolique -Moscou “doit sans délai libérer ou renvoyer en toute sécurité toutes les personnes qui, sur le territoire ukrainien occupé par les forces russes ou sous contrôle russe, étaient privées de liberté (…) et qui sont toujours détenues par les autorités russes”, intime la CEDH.Celle-ci estime également que la Russie “doit apporter sans délai sa coopération à la mise en place d’un mécanisme international et indépendant destiné à assurer, le plus rapidement possible et en tenant dûment compte de l’intérêt supérieur des enfants, l’identification de tous les enfants transférés d’Ukraine vers la Russie ou le territoire contrôlé par la Russie”.Cependant, cette condamnation de la Russie revêt avant tout un caractère symbolique: depuis septembre 2022 et son exclusion Moscou ne donne plus aucun signe de vie devant la CEDH.Et si elle reste normalement responsable des violations des droits fondamentaux commises avant cette date, la Russie ne considère plus les décisions de la CEDH comme contraignantes à son égard: Moscou “ne compte pas se conformer” à cette décision, a déclaré mercredi matin le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov lors de son point presse quotidien. “Nous les considérons comme nulles et non avenues”.De son côté le Premier ministre néerlandais Dick Schoof s’est réjoui de la décision de la CEDH: cet arrêt “est un pas important vers la justice. La Cour a désigné la Russie comme responsable de la destruction du vol MH17 et de la mort de ses passagers, dont 196 ressortissants néerlandais. Mes pensées vont aujourd’hui à tous les parents qui ont perdu leur famille, leurs proches et leurs amis il y a plus de dix ans.”- Justice, reconnaissance… excuses ? -“C’est une décision historique, non seulement sur le MH17 mais aussi sur les crimes commis en Ukraine par les Russes”, a également déclaré à l’AFP Piet Ploeg, qui a perdu son frère, sa belle-sœur et son neveu dans la catastrophe, et préside l’association de proches de victimes “Stichting Vliegramp MH17″.”Je ne pense pas que la Russie paiera quoi que ce soit, mais ce n’est pas une question d’argent aujourd’hui, c’est une question de justice et de reconnaissance… et peut-être d’excuses, on ne sait jamais”, a-t-il ajouté.Si la plupart des requêtes émises devant la CEDH sont introduites par des individus, des sociétés ou des ONG, les Etats peuvent également en présenter une contre un autre Etat dans ce qui devient alors une “affaire interétatique”.Plus de 30 affaires interétatiques ont été présentées depuis 1953, et la Cour a parfois ordonné aux Etats ayant violé la Convention de verser des indemnités, parfois en centaines de millions d’euros.Quinze affaires interétatiques sont actuellement instruites par la Cour, dont trois autres concernant les événements dans la péninsule ukrainienne de Crimée annexée en 2014 par la Russie, dans l’est de l’Ukraine et dans la mer d’Azov.

Mitre après mitre, les mains d’or de nonnes macédoniennes brodent les coiffes du clergé orthodoxe

Dans un silence que rien ne parait pouvoir troubler, sœur Élisabeth brode point après point au fil doré les motifs qui viendront orner la mitre d’un évêque, et qui font la renommée de son monastère de Macédoine du Nord à travers tout le monde orthodoxe.Entre ses mains expertes, la mitre -une coiffe que portent les prélats orthodoxes- qu’on lui a confiée pour réparation ressuscite et scintille comme si elle était faite d’or.Nichée en altitude à environ 130 km à l’ouest de la capitale Skopje, le monastère de Saint Georges le victorieux fabrique ou répare ces couvre-chefs ornés d’icônes, de perles, de fils d’or … dont la tradition remonte à l’empire byzantin.”Nous sommes les seules au monde à fabriquer ce type de mitre”, explique sœur Efimija, 44 ans, qui fait partie de l’atelier d’une dizaine de femmes. Avec deux novices, les sœurs travaillent en équipe, chacune d’entre elles étant spécialisée dans une étape du processus de fabrication – et gardant précieusement leurs secrets. “Chaque sœur a sa propre tâche”, précise Efimija en observant les dernières retouches que sa collègue apporte à la mitre confiée par un responsable de l’église orthodoxe dont elle préfère taire le nom. D’abord habité par des moines, le monastère a été transformé en étable lorsque la Macédoine du Nord a fait partie de la Yougoslavie socialiste, de 1945 à 1990. Rouvert en 2001, il est habité par ces sœurs orthodoxes qui ont, en près d’un quart de siècle, fabriqué 1.700 mitres, détaille Efimija.-Une mitre pour le pape François-Si seuls les hauts responsables de l’Eglise orthodoxe peuvent ceindre ces coiffes, les sœurs ont déjà fait une exception, pour le Pape François, mort au printemps. Elles avaient passé 5 mois sur la coiffe offerte au pape par une délégation de Macédoine du Nord en visite au Vatican. “Il fut agréablement surpris”, explique la religieuse sans cacher sa fierté. Chaque mitre, brodée de couleurs flamboyantes et de bijoux, pèse entre un et deux kilos – et nécessite, si elle est simple, un mois de travail. Pour les plus richement ornées, cela peut monter à 6 mois.Les nonnes respectent le style byzantin, mais les secrets de fabrication du monastère ajoutent une touche de modernité, explique encore Efimija.Devenue richement décorée au fil des siècle, la mitre symbolise à l’origine la couronne d’épine qui fut placé sur la tête de Jésus pendant la crucifixion, selon la bible.Mais, met en garde Efimija, “si un évêque porte un objet aussi inestimable sur sa tête et ne ressent pas le poids des tourments de l’homme contemporain, alors il porte la mitre en vain”.

Espagne: l’incendie de Tarragone stabilisé, le confinement en grande partie levé

Les pompiers sont parvenus mercredi à stabiliser l’incendie qui a ravagé plus de 3.300 hectares de forêt en trois jours près de Tarragone, dans le nord-est de l’Espagne, où une grande partie des mesures de confinement imposées aux habitants ont été levées.”Le confinement a pris fin dans les municipalités touchées par le feu de forêt”, à l’exception de Paüls, où il est “maintenu”, a annoncé dans un message sur X la Protection civile, qui avait appelé quelque 18.000 personnes au total à rester chez elles face à l’avancée des flammes.”Malgré le déconfinement, évitez les déplacements inutiles dans la zone où les opérations sont en cours”, a toutefois ajouté la Protection civile.Les pompiers ont précisé mercredi en milieu de journée avoir “stabilisé” le sinistre, après avoir “travaillé intensément” durant la nuit avec des “manoeuvres techniques” pour tenter de contenir les flammes. Malgré tout, il reste “de nombreux points chauds qu”il faut traiter”, ont-ils insisté dans un communiqué.Selon les agents forestiers de Catalogne, la superficie brûlée à cause de cet incendie, qui s’est déclenché lundi près de Tarragone, dans le nord-est de l’Espagne, atteint désormais plus de 3.300 hectares, dont 1.125 dans le parc naturel d’Els Ports à Paüls.L’Espagne a affronté ces derniers jours des températures caniculaires, qui ont asséché les sols et accru les risques d’incendies.Selon l’agence météorologique espagnole (Aemet), le pays a connu son mois de juin le plus chaud jamais enregistré, avec une température moyenne de 23,6°C. L’agence souligne que la fréquence des épisodes de chaleur a triplé depuis dix ans en Espagne.En 2022, 300.000 hectares avaient été détruits par plus de 500 incendies dans le pays, un record en Europe, selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (Effis). En 2024, ce chiffre a nettement baissé à environ 42.000 hectares.Il y a quelques jours, la ministre de la Transition écologique Sara Aagesen avait dit s’attendre à un été “très compliqué” sur le front des feux de forêt.

Espagne: face aux scandales, Sánchez dégaine un plan anti-corruption, sans lever tous les doutes

Confronté à la plus grave crise depuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez a présenté mercredi un plan anti-corruption, sans parvenir à lever tous les doutes de ses alliés au Parlement ni à convaincre l’opposition, qui a encore réclamé des élections anticipées.Dans une allocution solennelle prononcée devant les députés, M. Sánchez a assuré avoir “envisagé” de démissionner et de convoquer des élections après les révélations ayant abouti au placement en détention provisoire de l’ex-N.3 du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Santos Cerdán.Mais “après avoir réfléchi et écouté beaucoup de gens, j’ai compris que jeter l’éponge n’était pas une option”, a-t-il lancé, assurant être “un homme politique propre”, lui qui était arrivé au pouvoir en 2018 après un vaste scandale de corruption ayant touché, à l’époque, le gouvernement du Parti populaire (PP, droite conservatrice).Santos Cerdán, un proche de Sánchez, a été mis en cause après la publication le 12 juin d’un rapport de police laissant penser qu’il avait touché des pots-de-vin en échange de contrats publics. Au cœur de cette même enquête se trouvent également l’ancien ministre et ex-bras droit du Premier ministre, José Luis Ábalos, et son proche conseiller, Koldo García.Ces révélations ont suscité un scandale tel que Pedro Sánchez lui-même a demandé pardon à plusieurs reprises, dont une nouvelle fois mercredi devant les députés, assurant qu’il ignorait tout de l’affaire et que son parti n’avait jamais bénéficié de financements illégaux. “Les partis politiques, les organes de direction des différentes administrations, les entreprises doivent adopter davantage de mesures” pour faire face à la corruption, a toutefois convenu Pedro Sánchez, en proposant “l’approbation d’un plan national de lutte contre la corruption” élaboré avec l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).Parmi les 15 mesures de ce plan figurent la mise en place d’une “agence d’intégrité publique indépendante”, l’utilisation de l’intelligence artificielle pour détecter des “indices de fraude” dans la plateforme d’attribution des contrats publics ou des contrôles de patrimoine aléatoires des hauts fonctionnaires.- “Changement de cap” -Le discours de M. Sánchez a été immédiatement rejeté par le leader du PP, Alberto Núñez Feijóo, qui a assimilé le PSOE à “une organisation criminelle” et appelé le chef du gouvernement à “rendre le butin et convoquer des élections”.Pour le Premier ministre, il était aussi essentiel de convaincre ses alliés au Parlement, indispensables pour permettre à son gouvernement d’achever la législature, et qui lui réclament depuis des semaines des mesures fortes et des explications.Objectif à moitié rempli seulement: Yolanda Díaz, chef de file de la coalition d’extrême gauche Sumar et N.3 du gouvernement, s’est dite convaincue que Pedro Sánchez était “honnête” et a salué le fait qu’il ait repris dans son plan des mesures proposées par son mouvement. Mais elle a aussi maintenu le Premier ministre sous pression en lui réclamant de “changer de cap” et de donner “un tournant social” à la législature.Du côté des indépendantistes catalans de Junts, qui avaient appuyé son investiture en 2023, le ton a été plus ferme: “Vous jouez les prolongations et les prolongations ne durent pas durant toute une législature”, a lancé la députée Miriam Nogueras.”Si nous en restons là (…) vous devez rester”, a estimé de son côté le député de ERC (gauche catalane) Gabriel Rufián, en évoquant le scandale touchant Santos Cerdán et José Luis Ábalos. “Mais si ça s’étend, (…) nous vous obligerons à faire en sorte que les gens choisissent (…) ce que doit être le PSOE, le pays, le gouvernement”, a-t-il mis en garde.La chute brutale de Santos Cerdán est survenue alors que les enquêtes judiciaires visant des proches du Premier ministre se multiplient depuis des mois.Outre MM. Cerdán, Ábalos et Garcia, sa femme Begoña Gómez est visée par une enquête pour corruption et trafic d’influence, son frère David doit bientôt être jugé pour trafic d’influence et le procureur général de l’Etat, plus haut magistrat du parquet, nommé sur proposition du gouvernement de gauche, pourrait être jugé pour des fuites d’informations judiciaires.

Israël et le Hamas inflexibles, Washington presse pour un cessez-le-feu à Gaza

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré avoir axé ses discussions avec Donald Trump sur la volonté d’Israël d’éliminer le Hamas, leitmotiv répété depuis 21 mois, tandis que des sources palestiniennes déplorent une impasse des négociations en vue d’une trêve à Gaza.Ces pourparlers indirects entre Israël et le mouvement islamiste palestinien se sont poursuivis mercredi pour le quatrième jour consécutif à Doha.L’envoyé spécial du président américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, avait dit mardi espérer un accord “d’ici à la fin de la semaine” sur une trêve de 60 jours accompagnée d’une libération d’otages mais le Qatar, l’un des trois pays médiateurs, avait estimé que les discussions allaient “prendre du temps”.Selon un responsable palestinien proche des négociations, la délégation israélienne refuse “d’accepter la libre circulation de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza” et de retirer ses soldats de zones où ils sont installés depuis mars.”La délégation israélienne se contente principalement d’écouter plutôt que de négocier, ce qui reflète la politique actuelle de Netanyahu consistant à faire obstruction”, a ajouté une autre source palestinienne.”Il y a eu un échange de points de vue mais aucune avancée”, a-t-elle ajouté.De précédentes négociations avaient fini par s’enliser, Israël et le Hamas se rejetant mutuellement la responsabilité de cet échec.Dans un message publié après sa deuxième rencontre en 24 heures avec Donald Trump, mardi à Washington, Benjamin Netanyahu a réaffirmé les objectifs d’Israël: “La libération de tous nos otages, les vivants et les morts, et l’élimination des capacités militaires et gouvernementales du Hamas, garantissant ainsi que Gaza ne constituera plus jamais une menace pour Israël”.”Nous nous sommes concentrés sur les efforts visant à libérer nos otages”, a-t-il ajouté, alors qu’il est critiqué dans son pays pour son manque de résultats sur cette question.Un responsable du Hamas, Izzat al-Risheq, avait dit mardi que M. Netanyahu n’était pas en phase avec “la réalité”. “Gaza ne se rendra pas… et c’est la résistance qui imposera les conditions”, a affirmé ce responsable qui n’est pas membre de l’équipe de négociation.- Efforts diplomatiques -Le projet d’accord prévoit le retour de 10 otages vivants détenus par des groupes armés palestiniens depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 ainsi que de neuf otages décédés, selon M. Witkoff.Sur 251 personnes enlevées lors de l’attaque du Hamas, qui a déclenché la guerre, 49 sont toujours retenues à Gaza, dont 27 ont été déclarées mortes par l’armée israélienne.Donald Trump a intensifié la pression sur Benjamin Netanyahu pour qu’il parvienne à un accord qui pourrait mettre fin à la guerre. “C’est une tragédie. Et je veux trouver une solution, il veut trouver une solution et je pense que l’autre partie (le Hamas) le veut aussi”, a-t-il déclaré mardi.Mais les points de blocage subsistent.Lundi soir, M. Netanyahu a affirmé qu’Israël conserverait “toujours” le contrôle de la sécurité à Gaza.Le Hamas a insisté à de nombreuses reprises sur le fait qu’il exigeait le retrait israélien du territoire palestinien, des garanties sur la poursuite du cessez-le-feu et sur une reprise en main de l’aide humanitaire par l’ONU et des organisations internationales reconnues.- “Tremblement de terre” -Sur le terrain, la Défense civile de Gaza a déclaré mercredi que 20 personnes avaient été tuées dans deux frappes aériennes israéliennes.Sollicitée par l’AFP, l’armée israélienne a déclaré examiner ces informations.”L’explosion a été énorme, comme un tremblement de terre”, a dit au téléphone à l’AFP Zouhair Joudeh, 40 ans, un habitant du camp de réfugiés d’al-Chati, où dix personnes ont été tuées, dont six enfants, selon les secouristes.”Les corps et les restes des martyrs ont été éparpillés”, a-t-il ajouté.Plusieurs enfants blessés ont été conduits à l’hôpital Nasser de Khan Younès après une frappe dans le sud de Gaza, à al-Mawasi.Compte tenu des restrictions imposées aux médias par Israël dans la bande de Gaza et des difficultés d’accès sur le terrain, l’AFP n’est pas en mesure de vérifier de manière indépendante les bilans et affirmations des différentes parties.L’attaque du 7 octobre a entraîné la mort de 1.219 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.Dans la bande de Gaza, au moins 57.680 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués dans la campagne militaire de représailles israéliennes, selon des données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l’ONU.

Israël et le Hamas inflexibles, Washington presse pour un cessez-le-feu à Gaza

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré avoir axé ses discussions avec Donald Trump sur la volonté d’Israël d’éliminer le Hamas, leitmotiv répété depuis 21 mois, tandis que des sources palestiniennes déplorent une impasse des négociations en vue d’une trêve à Gaza.Ces pourparlers indirects entre Israël et le mouvement islamiste palestinien se sont poursuivis mercredi pour le quatrième jour consécutif à Doha.L’envoyé spécial du président américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, avait dit mardi espérer un accord “d’ici à la fin de la semaine” sur une trêve de 60 jours accompagnée d’une libération d’otages mais le Qatar, l’un des trois pays médiateurs, avait estimé que les discussions allaient “prendre du temps”.Selon un responsable palestinien proche des négociations, la délégation israélienne refuse “d’accepter la libre circulation de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza” et de retirer ses soldats de zones où ils sont installés depuis mars.”La délégation israélienne se contente principalement d’écouter plutôt que de négocier, ce qui reflète la politique actuelle de Netanyahu consistant à faire obstruction”, a ajouté une autre source palestinienne.”Il y a eu un échange de points de vue mais aucune avancée”, a-t-elle ajouté.De précédentes négociations avaient fini par s’enliser, Israël et le Hamas se rejetant mutuellement la responsabilité de cet échec.Dans un message publié après sa deuxième rencontre en 24 heures avec Donald Trump, mardi à Washington, Benjamin Netanyahu a réaffirmé les objectifs d’Israël: “La libération de tous nos otages, les vivants et les morts, et l’élimination des capacités militaires et gouvernementales du Hamas, garantissant ainsi que Gaza ne constituera plus jamais une menace pour Israël”.”Nous nous sommes concentrés sur les efforts visant à libérer nos otages”, a-t-il ajouté, alors qu’il est critiqué dans son pays pour son manque de résultats sur cette question.Un responsable du Hamas, Izzat al-Risheq, avait dit mardi que M. Netanyahu n’était pas en phase avec “la réalité”. “Gaza ne se rendra pas… et c’est la résistance qui imposera les conditions”, a affirmé ce responsable qui n’est pas membre de l’équipe de négociation.- Efforts diplomatiques -Le projet d’accord prévoit le retour de 10 otages vivants détenus par des groupes armés palestiniens depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 ainsi que de neuf otages décédés, selon M. Witkoff.Sur 251 personnes enlevées lors de l’attaque du Hamas, qui a déclenché la guerre, 49 sont toujours retenues à Gaza, dont 27 ont été déclarées mortes par l’armée israélienne.Donald Trump a intensifié la pression sur Benjamin Netanyahu pour qu’il parvienne à un accord qui pourrait mettre fin à la guerre. “C’est une tragédie. Et je veux trouver une solution, il veut trouver une solution et je pense que l’autre partie (le Hamas) le veut aussi”, a-t-il déclaré mardi.Mais les points de blocage subsistent.Lundi soir, M. Netanyahu a affirmé qu’Israël conserverait “toujours” le contrôle de la sécurité à Gaza.Le Hamas a insisté à de nombreuses reprises sur le fait qu’il exigeait le retrait israélien du territoire palestinien, des garanties sur la poursuite du cessez-le-feu et sur une reprise en main de l’aide humanitaire par l’ONU et des organisations internationales reconnues.- “Tremblement de terre” -Sur le terrain, la Défense civile de Gaza a déclaré mercredi que 20 personnes avaient été tuées dans deux frappes aériennes israéliennes.Sollicitée par l’AFP, l’armée israélienne a déclaré examiner ces informations.”L’explosion a été énorme, comme un tremblement de terre”, a dit au téléphone à l’AFP Zouhair Joudeh, 40 ans, un habitant du camp de réfugiés d’al-Chati, où dix personnes ont été tuées, dont six enfants, selon les secouristes.”Les corps et les restes des martyrs ont été éparpillés”, a-t-il ajouté.Plusieurs enfants blessés ont été conduits à l’hôpital Nasser de Khan Younès après une frappe dans le sud de Gaza, à al-Mawasi.Compte tenu des restrictions imposées aux médias par Israël dans la bande de Gaza et des difficultés d’accès sur le terrain, l’AFP n’est pas en mesure de vérifier de manière indépendante les bilans et affirmations des différentes parties.L’attaque du 7 octobre a entraîné la mort de 1.219 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.Dans la bande de Gaza, au moins 57.680 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués dans la campagne militaire de représailles israéliennes, selon des données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l’ONU.

Climat: juin record en Europe de l’Ouest et encore parmi les plus chauds ailleurs

Juin 2025 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en Europe de l’Ouest, alors que des températures “extrêmes” ont frappé le continent lors de deux vagues de chaleur consécutives précoces, a annoncé mercredi le service européen Copernicus.Dans le monde, le mois dernier était le 3e mois de juin le plus chaud jamais enregistré, juste derrière juin 2024 (qui était 0,2°C plus chaud) et quasiment au même niveau (0,06°C) que juin 2023, poursuivant pour la troisième année une série de températures moyennes jamais vues auparavant, alors que la planète se réchauffe en raison des émissions humaines de gaz à effet de serre.Selon les calculs de l’AFP effectués à partir des données de Copernicus, 12 pays et quelque 790 millions d’habitants de la planète ont connu leur mois de juin le plus chaud. Cela a été le cas au Japon, en Corée du Nord et du Sud, ainsi qu’au Pakistan et au Tadjikistan.- “stress thermique extrême” -Les températures ont été également particulièrement “extrêmes” en Europe, qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale.Juin y a été marqué par deux vagues de chaleur — entre le 17 et le 22 puis à partir du 30 juin — “exceptionnelles”, note dans un communiqué Samantha Burgess, climatologue pour Copernicus.Dans le contexte du réchauffement climatique, “ces vagues de chaleur sont susceptibles d’être plus fréquentes, plus intenses et affecteront de plus en plus de personnes en Europe”, a-t-elle souligné.Dans une autre étude parue mercredi, des scientifiques ont estimé que le changement climatique a rendu la récente vague de chaleur dans l’ouest de l’Europe jusqu’à 4°C plus chaude dans de nombreuses villes, augmentant le nombre de décès qui y sont liés. Localement les températures ont dépassé régulièrement les 40°C dans plusieurs pays, et atteint jusqu’à 46°C en Espagne ou au Portugal. Le 30 juin, nouveau record journalier mensuel, a été “l’une des journées d’été les plus chaudes jamais connues” sur le continent.Mais ces moyennes ne sont rien comparé aux températures ressenties, qui mesurent l’impact sur le corps humain en tenant compte de l’humidité et du vent: au nord de Lisbonne, l’Indice universel du climat thermique (UTCI) a atteint jusqu’à 48°C, ce qui correspond à un “stress thermique extrême”, souligne Copernicus.Les nuits tropicales, où la température ne descend pas sous les 20°C, ont mis les organismes à rude épreuve: l’Espagne en a connu 24, soit 18 de plus qu’un mois de juin normal, et certaines zones côtières de Méditerranée en ont subi 10 à 15 au lieu de zéro habituellement en juin, souligne Copernicus.- conséquences dramatiques -Incendies dévastateurs dans certaines régions du Canada et du sud de l’Europe, inondations meurtrières sur certaines zones d’Afrique du Sud, de Chine et du Pakistan: les conséquences du réchauffement climatique ont été particulièrement dramatiques dans le monde le mois dernier.Juin marque toutefois un léger répit après l’enchaînement des deux années les plus chaudes, 2023 et 2024: il a été en moyenne 1,30°C plus chaud qu’un mois de juin de l’ère pré-industrielle (1850-1900), soit “seulement le troisième mois sur les 24 derniers écoulés où la température planétaire a été inférieure à 1,5°C au-dessus du niveau préindustriel”, souligne Copernicus. Selon la tendance actuelle, 2025 pourrait devenir la troisième année la plus chaude.L’accord de Paris sur le climat a vu les pays s’engager à limiter le réchauffement climatique à long terme à 1,5°C, au-delà duquel des changements climatiques et environnementaux majeurs et durables deviennent plus probables. Mais de nombreux scientifiques affirment désormais qu’il sera presque impossible de rester en dessous de ce niveau.”Au niveau mondial, le climat est environ 1,35 à 1,4°C plus chaud que l’ère pré-industrielle”, a déclaré fin juin à l’AFP Samantha Burgess, dont l’observatoire prévoit que la barre de 1,5°C de réchauffement sera considérée atteinte, au rythme actuel, dès 2029.- canicule marine -Juin 2025 a en outre été marqué par une canicule marine en Méditerranée occidentale, le thermomètre à la surface de l’eau grimpant en flèche dès le début du mois pour atteindre une température moyenne record absolu de 27°C le 30 juin.”Ces températures exceptionnelles de l’eau de la Méditerranée ont réduit le refroidissement nocturne de l’air le long des côtes et ont augmenté l’humidité, aggravant ainsi les effets du stress thermique”, souligne Copernicus. Elles ont également des effets désastreux pour la biodiversité marine et des répercussions sur la pêche et l’aquaculture.