AFP World

Israël: une flottille au large de Gaza pour demander la libération des otages

Des familles d’otages israéliens ont embarqué jeudi matin à bord de plusieurs bateaux en direction de la côte de la bande de Gaza afin de se “rapprocher autant que possible de leurs” proches captifs du Hamas, selon un vidéaste de l’AFP à bord d’un des bateaux.”Mayday! Mayday! Mayday! Nous avons besoin de toute l’aide internationale …

Israël: une flottille au large de Gaza pour demander la libération des otages Read More »

Israël: une flottille au large de Gaza pour demander la libération des otages

Des familles d’otages israéliens ont embarqué jeudi matin à bord de plusieurs bateaux en direction de la côte de la bande de Gaza afin de se “rapprocher autant que possible de leurs” proches captifs du Hamas, selon un vidéaste de l’AFP à bord d’un des bateaux.”Mayday! Mayday! Mayday! Nous avons besoin de toute l’aide internationale pour secourir les otages”, a lancé Yehouda Cohen, père d’un otage et membre de ce groupe parti à bord de trois bateaux du port israélien d’Ashkelon, à la frontière nord de la bande de Gaza, puis rejoints en mer par plusieurs autres embarcations.Plus de 20 personnes, proches des otages, ont embarqué dans ces bateaux parés de drapeaux jaunes, de la couleur pour cette action symbolique, prévue de s’achever le matin-même, en faveur du retour des captifs.M. Cohen, une des figures de proue parmi les familles des otages, a accusé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, de pas faire assez pour les sauver. “Le gouvernement de Netanyahu agit de manière à les tuer, cherchant à faire la guerre sur toute la bande de Gaza, mettant les otages en danger”, a-t-il affirmé en anglais dans un mégaphone.M. Netanyahu doit présider jeudi en fin d’après-midi une réunion du cabinet de sécurité pour décider de la suite de la guerre dans le territoire palestinien.”Le temps presse, nos proches ne peuvent plus attendre. Soit nous les ramenons chez eux maintenant, soit nous les perdons à jamais”, a réaffirmé le Forum des familles d’otages dans un communiqué mercredi soir. Sur les 251 personnes enlevées le 7 octobre 2023 par le Hamas et ses alliés, 49 restent otages à Gaza, dont 27 ont été déclarées mortes par l’armée israélienne. 

Se loger à Kaboul, mission quasi impossible

De retour au pays après avoir été chassé d’Iran, Mohammed Mohsen Zaryab cherche depuis des semaines un logement à Kaboul, où le secteur immobilier déjà sous tension n’est pas prêt à accueillir l’afflux d’Afghans expulsés des pays voisins.La capitale d’environ huit millions d’habitants s’est étendue au fil des ans et voit sans cesse arriver de nouvelles familles, surtout depuis que le Pakistan et l’Iran ont poussé plus de 3,2 millions d’Afghans à rentrer dans leur pays depuis 2023, d’après l’ONU.Avec seulement quelques affaires en main, ils rejoignent pour beaucoup la capitale, espérant y trouver un emploi et un toit malgré la pauvreté et le chômage qui y règnent –comme partout ailleurs en Afghanistan, théâtre, selon l’ONU, de la deuxième pire crise humanitaire au monde.Hébergés pour l’heure par des proches avec son épouse et ses sept enfants, M. Zaryab, 47 ans, a supplié en vain des propriétaires de baisser les loyers de leurs masures.”Si vous ne pouvez pas payer, quelqu’un d’autre le pourra”, s’est-il entendu répondre.En Iran, il travaillait dans une usine et avait réussi à sympathiser avec son propriétaire pour qu’il baisse le loyer. De retour dans son pays, il regrette le manque de solidarité, lui qui vient “de loin et n’a pas de maison”.”On a de nombreux réfugiés (d’Iran et du Pakistan, NDLR) qui viennent nous demander un appartement à louer et la plupart ne peuvent pas se permettre ce qu’il y a sur le marché car les loyers ont augmenté”, indique Hamed Hassani, agent immobilier.- Anarchie urbaine -D’après de multiples agents interrogés par l’AFP, les loyers ont flambé avec les retours.Pour une maison de trois pièces, le loyer atteignait 10.000 afghanis (126 euros) il y a un an, contre 20.000 (252 euros) aujourd’hui, affirme à l’AFP Nabiullah Quraishi, lui aussi agent immobilier.Une fortune pour l’écrasante majorité des 48 millions d’Afghans: 85% d’entre eux sont forcés de vivre avec moins d’un dollar par jour, selon l’ONU.Malgré tout, poursuit l’agent immobilier, avant, les propriétaires le contactaient “car il n’y avait pas beaucoup de demande”. Aujourd’hui, elle dépasse de loin l’offre, bien que celle-ci consiste souvent en des logements des plus modestes.”Depuis que les propriétaires ont remarqué que les réfugiés revenaient, ils ont doublé leurs loyers”, indique son confrère Hamed Hassani. “Le gouvernement devrait intervenir”.La mairie assure à l’AFP que Kaboul ne connaît aucune crise du logement.Pourtant, son grand plan d’urbanisme qui consiste à construire de nouvelles routes quitte à détruire nombre de résidences au bulldozer, rend encore plus difficile l’accès au logement.”75% de la ville a été construite sans plan, nous ne voulons pas que cela se reproduise”, explique à l’AFP son porte-parole Nematullah Barakzai.- Ni maison, ni école -Zahra Hashimi craint d’être mise à la porte de l’unique pièce en sous-sol qui lui sert de logement depuis qu’elle et sa famille sont rentrées d’Iran.Son mari journalier gagne environ 80 afghanis par jour (1 euro), pas assez pour payer le loyer de ce logement sans électricité ni eau courante.”Nous avons tout perdu en rentrant en Afghanistan”, se désole Mme Hashimi, dont la fille aînée qui était scolarisée en Iran ne peut plus l’être, le gouvernement taliban ayant banni les filles des écoles à partir de 12 ans et les femmes des universités.Les deux plus jeunes sont encore en âge d’aller à l’école mais leurs parents ne peuvent pas payer les frais de scolarité.La crise du logement, qui concerne locations et achats, affecte aussi les familles installées dans la capitale depuis longtemps.Tamana Husseini enseigne la couture et réside dans l’ouest de la ville, où les prix sont généralement plus bas. Mais elle est sous pression de son propriétaire qui menace d’augmenter le loyer de son appartement de trois chambres (3.000 afghanis).La famille de huit personnes a pensé à déménager, mais “les loyers sont trop élevés”, déplore-t-elle auprès de l’AFP, et quitter la ville veut dire s’éloigner des maigres perspectives d’emploi.”C’est frustrant de ne pas pouvoir rester, sans pour autant pouvoir aller ailleurs”.

“Dialogue de sourds” aux négociations plastiques de Genève

Les négociations à Genève en vue d’établir le premier traité mondial de lutte contre la pollution plastique sont bloquées par des pays pétroliers qui refusent toute contrainte sur la production de plastique vierge, rapportent à l’AFP plusieurs sources impliquées dans les tractations.”On est dans un dialogue de sourds, avec très peu de pistes pour atterrir” ou faire des avancées dans la négociation, a indiqué une source diplomatique appartenant à un pays de la coalition dite “ambitieuse”, qui souhaite imposer dans le texte des objectifs de réduction de production.En face, un groupe de pays essentiellement pétroliers s’y oppose fermement.Ce projet de traité “juridiquement contraignant” est destiné à permettre de réguler au niveau mondial la production, la consommation et la fin de vie du plastique, alors que chaque année 22 millions de tonnes de déchets plastique sont rejetées dans l’environnement, empoisonnant les sols, les océans et la biodiversité, et pénétrant jusqu’aux tissus humains.Quelque 184 pays sur les 193 que compte l’ONU participent à ce nouveau round de négociations, décidé après l’échec de la dernière session fin 2024 à Busan, en Corée du Sud.- “Les positions se cristallisent” -“Les positions se cristallisent” confirme à l’AFP une autre source, observateur de la société civile qui a assisté à plusieurs sessions à huis clos de négociation.Les documents soumis par les délégations montrent que l’Arabie Saoudite, les pays arabes, la Russie et l’Iran, qui disent “partager les mêmes idées” dans un groupe baptisé “like minded”, refusent toute mesure contraignante sur la production.Cette position est ardemment défendue depuis Busan. Ces pays souhaitent que le traité ne couvre pas l’origine pétrolière du plastique, pour se concentrer uniquement sur l’aval lorsqu’il est devenu un déchet (financement de la collecte, du tri et du recyclage, notamment, dans les pays en développement), alors que la résolution initiale pour lancer les négociations porte sur “tout le cycle de vie” du plastique.Si le texte ne doit être qu’une aide aux pays en développement pour qu’ils gèrent mieux leurs déchets, “on n’a pas besoin d’un traité international pour le faire”, juge la source diplomatique selon laquelle “on est sur un bras de fer avec des pays prêts à ce qu’il n’y ait pas de traité” du tout.Aucun consensus non plus n’émerge sur un autre point dur, l’article 3 du futur traité: l’établissement d’une liste de substances chimiques jugées potentiellement dangereuses pour l’environnement ou la santé humaine: additifs, colorants, polluants dits “éternels” (PFAS), phtalates, à laquelle les industriels de la chimie ont également déclaré leur opposition.- “Pas de liste” -“Certains ne veulent pas de liste du tout, ou alors que chaque pays puisse faire sa propre liste de produits dangereux, ce qui peut déjà être fait et sans besoin de traité international”, relève la même source, qui se dit par ailleurs étonnée “de l’absence d’ouverture de la Chine”.La Chine est le premier pays producteur mondial de plastique, fabricant à elle seule 34% des quatre polymères parmi les plus répandus (polyéthylène (PE), polypropylène (PP),  polyéthylène téréphtalate (PET) et polystyrène), selon le cabinet de conseil environnemental britannique Eunomia.Le premier producteur mondial de plastique est le groupe public chinois Sinopec qui fabrique à lui tout seul 5,4% de ces quatre molécules.”Ce qui s’est passé durant les deux premiers jours de négociation n’est pas très surprenant”, les positions sont les mêmes qu’à Busan, analyse pour l’AFP Rachel Radvany de l’ONG CIEL, basée à Washington et à Genève et qui apporte un soutien juridique aux pays en développement. “Les parties devraient trouver un terrain d’entente moyen, entre ceux qui ont une grande ambition et ceux qui n’en n’ont pas du tout, mais rien ne bouge d’en bas”, ajoute Cate Bonacini, de la même ONG.Une résolution possible serait de “passer par un vote” sur le texte, estime l’observateur issu d’une ONG.Mais cela irait à l’encontre des traditions, la plupart des grands traités (eau, accidents industriels, pollution de l’air…), sauf celui sur les ventes d’armes, ayant été adopté selon les règles de l’ONU par consensus.En cas d’impasse en fin de négociation, un pays peut le proposer et “le comité est alors légalement obligé” de procéder au vote, dit à l’AFP Eirik Lindebjerg, du WWF. 

En Ukraine, les fossoyeurs ploient sous le poids des morts mais ne rompent pas

Pendue au téléphone, Svitlana Ostapenko arpente d’un pas rapide son funérarium de Soumy, dans le nord-est de l’Ukraine, laissant planer dans son sillage une odeur âcre de mort et de naphtaline.Mais quand l’AFP lui demande comment elle va, elle se fige.”C’est difficile…”, répète la gérante des pompes funèbres, qui fond en larmes. “La mort ne trie pas: jeunes et vieux. C’est difficile.”Soumy, capitale de la région éponyme frontalière de la Russie, est soumise aux bombardements depuis trois ans d’invasion russe. Les combats font maintenant rage à une vingtaine de kilomètres de là.Chaque jour, la région compte ses morts que Svitlana mettra en bière. Parmi les cercueils, elle accueille une familles en sanglots, prépare une couronne de fleurs pour un jeune soldat.”D’une manière ou d’une autre, je m’en sors… je prends des calmants, c’est tout”, lâche la petite dame replète de 59 ans, pour qui le travail ne manque pas.En avril, une double frappe de missiles russes sur la bourgade avait fait 35 morts et une centaine de blessés.Dans le centre-ville, au milieu des terrasses de café, les stigmates marquent les façades, griffures dans le béton que les habitants dépassent sans plus regarder. “Nous avons enterré des familles. Une mère et sa fille, une jeune femme de 33 ans qui avait deux enfants…”, énumère celle qui, les nuits d’attaques, se réfugie dans son couloir avec son téléphone en cas de besoin au funérarium.L’ONU a identifié 12.605 civils tués par les attaques russes entre 2022 – début de l’invasion – et 2025, admettant que le chiffre est “probablement bien, bien plus élevé”.- Pas des chiffres -Quotidiennement, les bilans des frappes russes compilés par les administrations régionales ukrainiennes tombent. Chiffres anonymes, reprenant inlassablement les mêmes mots.Petro Bondar, le collègue de Svitlana, note consciencieusement les noms des victimes dans son carnet pour “intégrer à quel point ces bombardements causent du chagrin”.”Ce sont pas que des chiffres”, dit-il. “C’étaient des personnes vivantes, des âmes”.Igor Krouzo ne les connaît que trop bien. Son travail est de figer leurs noms dans le granit des pierres tombales, ainsi que leurs portraits qu’il reproduit trait par trait.Cet artiste et vétéran de 60 ans tente de vivre avec ces visages disparus qu’il a dû contempler. Soldats, civils ou enfants, “tous des gens du coin”.”Quand vous les dessinez, vous observez leur image, chacun avec son propre destin”, dit Igor, ne parlant jamais de lui à la première personne, évitant soigneusement le regard des vivants.Au cimetière, les familles endeuillées lui détaillent la mort de leurs proches et il écoute, “parce qu’elles ont besoin d’être écoutées”. Des discussions qui l’aident à vivre avec cette armée de fantômes, car il se “sent utile”.”Mais tout cela vous transperce”, dit-il, sec.Lui qui avait l’habitude de dessiner des personnes âgées, voit les traits rajeunir sous son pinceau.Il se rappelle d’une mère tuée en protégeant son enfant de son corps au début de la guerre. “Une belle femme, pleine de vie”, qu’il connaissait. “Et vous vous retrouvez là, à devoir graver son image…” – Rêver des morts -Ces derniers mois, son travail n’a cessé de s’alourdir. Dans la nouvelle aile du cimetière réservée aux soldats, un océan de drapeaux jaune et bleu a émergé des pierres.Dans le parfum des pins, les ouvriers s’affairent autour d’une dizaine de trous frais, prêts à accueillir de jeunes combattants.Au loin, le chant des oiseaux se mêle aux détonations du front.En février, Volodymyr Zelensky avait annoncé 46.000 soldats ukrainiens tués depuis 2022 et “des dizaines de milliers” portés disparus ou en captivité, un chiffre sous-estimé selon les observateurs.Du côté de la Russie, silencieuse sur ses pertes, un décompte du journal indépendant Meduza et de la BBC estime à plus de 121.000 tués le bilan militaire. “Les morts apparaissent dans mes rêves”, lâche Igor. Il voit des soldats pleurer sur les tombes ou des amis de sa fille allongés, sans vie, dans l’allée du cimetière. “Ces trois dernières années, tous mes rêves parlent de la guerre. Tous.”Ironiquement, Igor se noie dans son travail, car “c’est plus facile moralement”, mais sa famille “rêve de l’emmener en voyage”.Il assure pourtant n’avoir jamais craqué, être un homme dur ayant servi dans l’armée soviétique, mais avoue vivre dans une “sorte de torpeur”.”Je ne veux pas faire de dépression…”, lâche-t-il en tirant sur sa cigarette.Derrière lui, une jeune femme caresse son ventre rond, sans quitter des yeux le portrait du soldat qui lui sourit depuis le marbre, fiché dans la terre encore fraîche.

En Ukraine, les fossoyeurs ploient sous le poids des morts mais ne rompent pas

Pendue au téléphone, Svitlana Ostapenko arpente d’un pas rapide son funérarium de Soumy, dans le nord-est de l’Ukraine, laissant planer dans son sillage une odeur âcre de mort et de naphtaline.Mais quand l’AFP lui demande comment elle va, elle se fige.”C’est difficile…”, répète la gérante des pompes funèbres, qui fond en larmes. “La mort ne …

En Ukraine, les fossoyeurs ploient sous le poids des morts mais ne rompent pas Read More »

En Ukraine, les fossoyeurs ploient sous le poids des morts mais ne rompent pas

Pendue au téléphone, Svitlana Ostapenko arpente d’un pas rapide son funérarium de Soumy, dans le nord-est de l’Ukraine, laissant planer dans son sillage une odeur âcre de mort et de naphtaline.Mais quand l’AFP lui demande comment elle va, elle se fige.”C’est difficile…”, répète la gérante des pompes funèbres, qui fond en larmes. “La mort ne trie pas: jeunes et vieux. C’est difficile.”Soumy, capitale de la région éponyme frontalière de la Russie, est soumise aux bombardements depuis trois ans d’invasion russe. Les combats font maintenant rage à une vingtaine de kilomètres de là.Chaque jour, la région compte ses morts que Svitlana mettra en bière. Parmi les cercueils, elle accueille une familles en sanglots, prépare une couronne de fleurs pour un jeune soldat.”D’une manière ou d’une autre, je m’en sors… je prends des calmants, c’est tout”, lâche la petite dame replète de 59 ans, pour qui le travail ne manque pas.En avril, une double frappe de missiles russes sur la bourgade avait fait 35 morts et une centaine de blessés.Dans le centre-ville, au milieu des terrasses de café, les stigmates marquent les façades, griffures dans le béton que les habitants dépassent sans plus regarder. “Nous avons enterré des familles. Une mère et sa fille, une jeune femme de 33 ans qui avait deux enfants…”, énumère celle qui, les nuits d’attaques, se réfugie dans son couloir avec son téléphone en cas de besoin au funérarium.L’ONU a identifié 12.605 civils tués par les attaques russes entre 2022 – début de l’invasion – et 2025, admettant que le chiffre est “probablement bien, bien plus élevé”.- Pas des chiffres -Quotidiennement, les bilans des frappes russes compilés par les administrations régionales ukrainiennes tombent. Chiffres anonymes, reprenant inlassablement les mêmes mots.Petro Bondar, le collègue de Svitlana, note consciencieusement les noms des victimes dans son carnet pour “intégrer à quel point ces bombardements causent du chagrin”.”Ce sont pas que des chiffres”, dit-il. “C’étaient des personnes vivantes, des âmes”.Igor Krouzo ne les connaît que trop bien. Son travail est de figer leurs noms dans le granit des pierres tombales, ainsi que leurs portraits qu’il reproduit trait par trait.Cet artiste et vétéran de 60 ans tente de vivre avec ces visages disparus qu’il a dû contempler. Soldats, civils ou enfants, “tous des gens du coin”.”Quand vous les dessinez, vous observez leur image, chacun avec son propre destin”, dit Igor, ne parlant jamais de lui à la première personne, évitant soigneusement le regard des vivants.Au cimetière, les familles endeuillées lui détaillent la mort de leurs proches et il écoute, “parce qu’elles ont besoin d’être écoutées”. Des discussions qui l’aident à vivre avec cette armée de fantômes, car il se “sent utile”.”Mais tout cela vous transperce”, dit-il, sec.Lui qui avait l’habitude de dessiner des personnes âgées, voit les traits rajeunir sous son pinceau.Il se rappelle d’une mère tuée en protégeant son enfant de son corps au début de la guerre. “Une belle femme, pleine de vie”, qu’il connaissait. “Et vous vous retrouvez là, à devoir graver son image…” – Rêver des morts -Ces derniers mois, son travail n’a cessé de s’alourdir. Dans la nouvelle aile du cimetière réservée aux soldats, un océan de drapeaux jaune et bleu a émergé des pierres.Dans le parfum des pins, les ouvriers s’affairent autour d’une dizaine de trous frais, prêts à accueillir de jeunes combattants.Au loin, le chant des oiseaux se mêle aux détonations du front.En février, Volodymyr Zelensky avait annoncé 46.000 soldats ukrainiens tués depuis 2022 et “des dizaines de milliers” portés disparus ou en captivité, un chiffre sous-estimé selon les observateurs.Du côté de la Russie, silencieuse sur ses pertes, un décompte du journal indépendant Meduza et de la BBC estime à plus de 121.000 tués le bilan militaire. “Les morts apparaissent dans mes rêves”, lâche Igor. Il voit des soldats pleurer sur les tombes ou des amis de sa fille allongés, sans vie, dans l’allée du cimetière. “Ces trois dernières années, tous mes rêves parlent de la guerre. Tous.”Ironiquement, Igor se noie dans son travail, car “c’est plus facile moralement”, mais sa famille “rêve de l’emmener en voyage”.Il assure pourtant n’avoir jamais craqué, être un homme dur ayant servi dans l’armée soviétique, mais avoue vivre dans une “sorte de torpeur”.”Je ne veux pas faire de dépression…”, lâche-t-il en tirant sur sa cigarette.Derrière lui, une jeune femme caresse son ventre rond, sans quitter des yeux le portrait du soldat qui lui sourit depuis le marbre, fiché dans la terre encore fraîche.

Sous pression de l’opinion, le Conseil constitutionnel se prononce sur la loi Duplomb

La loi Duplomb passera-t-elle le crible du Conseil constitutionnel? Les Sages doivent rendre jeudi leurs conclusions très attendues sur la réintroduction sous conditions d’un pesticide interdit, ainsi que sur trois autres textes, notamment la réforme du scrutin municipal à Paris, Lyon et Marseille.Sur la loi agricole, la décision de l’institution, attendue à partir de 18H00, sera particulièrement scrutée. Elle enverra un signal tant sur le débat environnemental et sanitaire provoqué par le texte, que sur le droit parlementaire lié aux conditions de son examen.Présentée comme une réponse aux grandes manifestations agricoles de 2024, la loi Duplomb a été l’objet d’un fort mouvement de contestation malgré l’été, poussé par les défenseurs de l’environnement. Une pétition réclamant son abrogation a réuni plus de 2,1 millions de signatures.Un rassemblement est prévu à partir de 16H00 devant le Conseil constitutionnel à l’initiative du collectif opposé à cette loi et représentant les signataires de la pétition.  En cause notamment: la réintroduction à titre dérogatoire d’un pesticide de la famille des néonicotinoïdes. Nocif pour la biodiversité, mais toujours autorisé ailleurs en Europe, le retour de l’acétamipride est réclamé par certains producteurs de betteraves et de noisettes. Pour les parlementaires de gauche, qui ont saisi les Sages, le texte est contraire à la Charte de l’environnement, à valeur constitutionnelle. Notamment son principe de précaution, ainsi que le “droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé”.La gauche condamne également la procédure utilisée à l’Assemblée pour faire adopter le texte. Ses défenseurs l’avaient rejeté d’emblée pour contourner les quelque 3.500 amendements déposés – dont beaucoup par les écologistes et les Insoumis – empêchant leur examen dans l’hémicycle. “Il faut déconstruire ce message qui consiste à penser qu’on ne voulait pas le débat”, a assuré jeudi sur franceinfo le député écologiste Benoît Biteau. La gauche voulait “même saisir l’opportunité de ce texte pour un vrai débat sur l’agriculture”, a-t-il expliqué, rappelant que ce qui “menace” la souveraineté alimentaire de la France, “c’est l’effondrement de la biodiversité, c’est le dérèglement climatique, c’est pas la suppression d’une molécule ou d’une autre”. Mais difficile, même pour les experts en droit, de deviner quelles interprétations le Conseil constitutionnel, présidé par Richard Ferrand, privilégiera.La jurisprudence n’est à première vue pas favorable aux requérants. L’institution s’est déjà prononcée par le passé sur l’utilisation au Sénat d’une procédure de rejet équivalente – sans censurer.”Les échanges internes” des membres de l’institution de l’époque néanmoins “révèlent une gêne constante face à ces manœuvres procédurales”, a relevé dans une tribune l’ancien ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas, appelant à protéger le droit d’amendement, affirmé dans la Constitution.Sur le fond, les Sages avaient aussi validé en 2020 une dérogation à l’utilisation des néonicotinoïdes – mais temporaire, et tout en reconnaissant leurs “incidences sur la biodiversité” et “risques pour la santé humaine”. Dans la loi Duplomb, la dérogation est prévue en cas de “menace grave compromettant la production agricole”, mais sans limite de temps – seule une clause de revoyure est prévue après trois ans. – Promulgation? -La FNSEA, puissant syndicat agricole dont est issu le sénateur LR Laurent Duplomb, n’a pas voulu s’exprimer avant la décision. Pour Véronique Le Floc’h, présidente du deuxième syndicat Coordination rurale, une censure sur l’acétamipride serait hypocrite: “Il aurait fallu que l’Etat donne des vrais moyens pour trouver des alternatives” face aux ravageurs. Mais pour la Confédération paysanne, troisième syndicat, la loi Duplomb répond “à des intérêts très particuliers d’une filière”, et non à la “colère agricole” de 2024 et aux problématiques de revenu des agriculteurs.De nombreuses sociétés savantes ont appelé le Conseil constitutionnel à censurer la loi, rappelant la “présomption forte de lien entre l’exposition aux pesticides” et “certains cancers” ou autres pathologies. Les parlementaires requérants visent aussi d’autres mesures du texte, adopté début juillet avec les voix de la coalition gouvernementale et de l’extrême droite. Entre autres: la facilitation des procédures d’autorisation de construction pour certains ouvrages de stockage d’eau.En cas de validation de la loi jeudi, les regards se tourneront vers Emmanuel Macron, qui aura quinze jours pour la promulguer… ou demander une deuxième délibération au Parlement, comme le pressent les contempteurs de la loi.- “PLM” -Autre texte aux forts enjeux politiques examiné par le Conseil: la réforme dite “PLM”. Elle instaure deux scrutins dans les trois plus grandes villes de France: l’un pour élire les conseillers d’arrondissement ou de secteur, l’autre pour ceux du conseil municipal, sur une circonscription unique.Les Sages ont été saisis par des députés et sénateurs de gauche, ainsi que les sénateurs Les Républicains.Le PS parisien pointe une réforme conçue pour favoriser la ministre de la Culture Rachida Dati (LR), et augmenter ses chances de ravir la mairie de Paris en 2026.Les Sages doivent également se prononcer jeudi sur la loi de “refondation” de Mayotte, notamment ses nombreuses mesures migratoires, ainsi que sur l’allongement de la rétention administrative pour certains étrangers.