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Le bruit, pollution invisible qui mine la santé des New-Yorkais

Omniprésent mais largement négligé, le bruit constitue une véritable menace pour la santé publique. À New York, il alimente stress, troubles du sommeil et maladies cardiovasculaires, mais reste traité comme une nuisance mineure, loin derrière la pollution de l’air.Tim Mulligan, 43 ans, évite désormais de prendre le métro. Mais dans une ville à la circulation hyper dense, dominée par le bruit des marteaux-piqueurs et des sirènes, ce vétéran souffrant de stress post-traumatique n’échappe pas à la cacophonie. “J’ai recouvert ma fenêtre de mousse acoustique, installé des doubles rideaux, je dors avec des bouchons d’oreilles et je me déplace avec des casques à réduction de bruit”, raconte à l’AFP ce résident de Manhattan qui vit près de Times Square. Le métro – aérien ou sous-terrain -, le trafic automobile, les bars, les hélicoptères, les travaux : New York résonne en permanence. Une conversation normale atteint 50 à 65 décibels. La circulation automobile se situe entre 70 et 85. Un marteau-piqueur peut grimper jusqu’à 110. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser en moyenne 70 décibels au quotidien. Or, à New York, cette limite est franchie presque partout.Les chiffres confirment ce que les oreilles subissent : en 2024, la ligne d’appel du 311 – le numéro des services municipaux – a reçu plus de 750.000 plaintes pour nuisances sonores, la réclamation la plus fréquente dans la ville. Au 14 août 2025, on en comptait déjà près d’un demi-million.Et pourtant, la mégapole fait figure d’exception aux États-Unis : elle dispose d’un “Code du bruit”, qui fixe des seuils et prévoit des sanctions, et a même déployé des caméras équipées de capteurs sonores pour verbaliser les automobilistes trop bruyants. Mais les experts jugent la réponse largement insuffisante.- Toutes les catégories d’âge concernées -Le professeur de l’Université du Michigan et spécialiste de santé publique Richard Neitzel coordonne depuis 2019 avec Apple une vaste étude nationale : plus de 200.000 volontaires portent une montre connectée qui enregistre leur exposition sonore.Les premiers résultats sont alarmants : “Un quart des Américains sont exposés à des niveaux qui menacent leur audition à long terme”, souligne-t-il. A New York, selon une étude qu’il avait réalisée entre 2010 et 2012 avec l’Université Columbia, les chiffres étaient pires encore : “Nous avions mesuré qu’environ un New-Yorkais sur dix risquait de subir une perte auditive simplement en prenant le métro tous les jours.”Et les conséquences vont bien au-delà des oreilles : manque de sommeil, augmentation du risque d’accident cardiovasculaire ou cérébral, dépression, troubles cognitifs… La liste des effets connus s’allonge, sans provoquer de réaction politique majeure.Car “contrairement à la pollution de l’air, (…) le bruit ne reçoit pas la même attention du grand public” et des autorités, regrette le chercheur.Toutes les catégories d’âge et de population sont concernées, mais certaines plus que d’autres. Les jeunes adultes de 18 à 25 ans s’exposent massivement via les écouteurs de leur téléphone, souvent à des volumes trop élevés. Dans les quartiers populaires, l’environnement sonore est souvent plus intense, en raison des grands axes routiers et des chantiers.Pour l’audiologiste Michele DiStefano, directrice du centre Shelley et Steven Einhorn, “plus l’exposition est forte et prolongée, plus la perte auditive sera sévère. Et il n’y a pas de retour possible”, même si on peut évidemment “prévenir” ce risque.Le paradoxe est que, dans certains lieux, le bruit est volontairement recherché. Dans un restaurant mexicain du quartier de Hudson Yards à la musique assourdissante, le gérant Shane Newman l’admet sans détour : “Avec la musique, l’ambiance paraît plus festive. Les clients restent plus longtemps, consomment plus.”À l’inverse, d’autres études montrent que le bruit accélère la rotation des tables, augmentant la rentabilité des établissements.

Au Turkménistan, la lutte sans relâche pour “éradiquer” le tabagisme

Adolescent, Bekmourad Khodjaïev se cachait de ses parents pour fumer. Cinquante ans plus tard, ce retraité se cache toujours, mais désormais de la police du Turkménistan, où les autorités promettent de “libérer” ce pays reclus d’Asie centrale du tabac d’ici la fin de l’année.”Je fume dans mon appartement. Mais si l’envie me prend de fumer …

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Au Turkménistan, la lutte sans relâche pour “éradiquer” le tabagisme

Adolescent, Bekmourad Khodjaïev se cachait de ses parents pour fumer. Cinquante ans plus tard, ce retraité se cache toujours, mais désormais de la police du Turkménistan, où les autorités promettent de “libérer” ce pays reclus d’Asie centrale du tabac d’ici la fin de l’année.”Je fume dans mon appartement. Mais si l’envie me prend de fumer en ville, je cherche un endroit sans caméras de surveillance pour éviter une amende: une ruelle, une impasse, derrière des buissons hauts, des arbres, dans un endroit désert”, raconte à l’AFP ce maçon de 64 ans.”J’ai déjà été verbalisé en bas de chez moi. Depuis, j’essaie de ne plus me faire avoir” dit M. Khodjaïev.La police fait la chasse aux fumeurs pour “éradiquer le tabagisme” d’ici fin 2025 et transformer cette ex-république soviétique de quelque sept millions d’habitants en premier “pays libéré du tabac”.Un objectif fixé en 2022 par le dirigeant incontesté, Gourbangouly Berdymoukhamedov. Cet ex-dentiste exaltant un mode de vie sain a fait du Turkménistan l’un des champions du monde de lutte contre le tabagisme, avec seulement 4% de consommateurs, selon l’Organisation mondiale de la Santé, qui évalue à plus de sept millions, le nombre de morts dus au tabac chaque année.Pour satisfaire son addiction, le maçon Khodjaïev “achète des cigarettes dans des kiosques privés, car il n’y en a pas dans les magasins étatiques”, propriétés du ministère du Commerce.Dans son kiosque de la capitale Achkhabad, le vendeur Meïlis propose des cigarettes importées “d’Ouzbékistan, du Kazakhstan et d’Iran”.”La plupart du temps, je les vends à l’unité. Tout le monde ne peut pas se permettre d’acheter un paquet entier, c’est trop cher”, lâche ce jeune homme de 21 ans, craignant de dire la phrase de trop à un journaliste.- Amendes à foison -Selon plusieurs fumeurs invétérés interrogés par l’AFP, le paquet varie de 50 à 170 manats, les cigarettes entre deux et cinq.Un paquet peut représenter jusqu’à 11% du salaire moyen, qui tournait autour de 1.500 manats en 2018, d’après les dernières données turkmènes disponibles.Une somme conséquente, même si les comparaisons avec d’autres pays sont compliquées par le double taux de change au Turkménistan: l’officiel, utilisé par l’Etat pour contrôler artificiellement la monnaie, et celui, réel, du marché noir, six fois plus faible.Dans un hôpital d’Achkhabad, la médecin Soltan se félicite de la “lutte active contre le tabac”.”Nous traitons la dépendance au tabac. Le ministère de la Santé a créé des centres où les fumeurs peuvent obtenir gratuitement des conseils pour arrêter”, explique-t-elle à l’AFP.Mais les autorités misent surtout sur la coercition pour atteindre leurs objectifs: hausse des taxes douanières, de l’âge légal pour fumer; interdiction de consommer partout ou presque, limitation à deux du nombre de paquets autorisés à importer et évidemment, une hausse et multiplication des contraventions, pouvant atteindre 200 manats.”Après avoir reçu plusieurs amendes, j’ai définitivement décidé d’arrêter après un épisode où je fumais dans ma propre voiture, garée sur un parking municipal”, raconte Ilyas Byachimov, entrepreneur de 24 ans.”Un policier m’a verbalisé. J’ai protesté en disant que c’était ma voiture . Il m’a répondu : oui, la voiture est à toi, mais le parking est un lieu public” se souvient-il.- Excuses publiques -Dans ce pays vivant à “l’ère de la renaissance d’un nouvel État puissant” gouverné sans discontinuer depuis 2006 par les Berdymoukhamedov, le père Gourbangouly puis le fils Serdar, ce pouvoir quasi-absolu est mis en scène.Après l’ordre du président Serdar Berdymoukhamedov de mener une “lutte sans compromis” contre le tabac en 2023, une vingtaine de personnes exhibées à la télé ont promis de ne plus jamais fumer de chicha ou d’importer du tabac de contrebande. Et des incinérations de cigarettes de contrebande sur fond de danses et musiques traditionnelles turkmènes sont régulièrement organisées.L’année 2025 est déjà bien avancée mais les autorités n’ont pas encore crié victoire.Sollicité par l’AFP, le ministère de la Santé a refusé de répondre, rien d’étonnant pour ce pays mutique où obtenir des informations est extrêmement compliqué et les vérifier est quasiment impossible.Mais des fumeurs semblaient dubitatifs quant à l’application de cette interdiction totale.”Les cigarettes ne disparaîtront pas complètement, mais deviendront beaucoup plus chères et un marché noir apparaîtra”, pense l’ouvrier Haïdar Chikhiev, 60 ans.La vendeuse Galina Soïounova estime elle que les cigarettes “seront toujours disponibles sous le manteau, encore plus chères”.”Qui achètera des cigarettes à prix d’or ? Personne. La question du tabagisme se réglera toute seule”, conclut la quadragénaire.Et avant même d’avoir atteint son objectif avec le tabac, le Turkménistan a annoncé mi-juillet un plan d’action pour s’attaquer à l’alcool d’ici 2028.

Au Turkménistan, la lutte sans relâche pour “éradiquer” le tabagisme

Adolescent, Bekmourad Khodjaïev se cachait de ses parents pour fumer. Cinquante ans plus tard, ce retraité se cache toujours, mais désormais de la police du Turkménistan, où les autorités promettent de “libérer” ce pays reclus d’Asie centrale du tabac d’ici la fin de l’année.”Je fume dans mon appartement. Mais si l’envie me prend de fumer en ville, je cherche un endroit sans caméras de surveillance pour éviter une amende: une ruelle, une impasse, derrière des buissons hauts, des arbres, dans un endroit désert”, raconte à l’AFP ce maçon de 64 ans.”J’ai déjà été verbalisé en bas de chez moi. Depuis, j’essaie de ne plus me faire avoir” dit M. Khodjaïev.La police fait la chasse aux fumeurs pour “éradiquer le tabagisme” d’ici fin 2025 et transformer cette ex-république soviétique de quelque sept millions d’habitants en premier “pays libéré du tabac”.Un objectif fixé en 2022 par le dirigeant incontesté, Gourbangouly Berdymoukhamedov. Cet ex-dentiste exaltant un mode de vie sain a fait du Turkménistan l’un des champions du monde de lutte contre le tabagisme, avec seulement 4% de consommateurs, selon l’Organisation mondiale de la Santé, qui évalue à plus de sept millions, le nombre de morts dus au tabac chaque année.Pour satisfaire son addiction, le maçon Khodjaïev “achète des cigarettes dans des kiosques privés, car il n’y en a pas dans les magasins étatiques”, propriétés du ministère du Commerce.Dans son kiosque de la capitale Achkhabad, le vendeur Meïlis propose des cigarettes importées “d’Ouzbékistan, du Kazakhstan et d’Iran”.”La plupart du temps, je les vends à l’unité. Tout le monde ne peut pas se permettre d’acheter un paquet entier, c’est trop cher”, lâche ce jeune homme de 21 ans, craignant de dire la phrase de trop à un journaliste.- Amendes à foison -Selon plusieurs fumeurs invétérés interrogés par l’AFP, le paquet varie de 50 à 170 manats, les cigarettes entre deux et cinq.Un paquet peut représenter jusqu’à 11% du salaire moyen, qui tournait autour de 1.500 manats en 2018, d’après les dernières données turkmènes disponibles.Une somme conséquente, même si les comparaisons avec d’autres pays sont compliquées par le double taux de change au Turkménistan: l’officiel, utilisé par l’Etat pour contrôler artificiellement la monnaie, et celui, réel, du marché noir, six fois plus faible.Dans un hôpital d’Achkhabad, la médecin Soltan se félicite de la “lutte active contre le tabac”.”Nous traitons la dépendance au tabac. Le ministère de la Santé a créé des centres où les fumeurs peuvent obtenir gratuitement des conseils pour arrêter”, explique-t-elle à l’AFP.Mais les autorités misent surtout sur la coercition pour atteindre leurs objectifs: hausse des taxes douanières, de l’âge légal pour fumer; interdiction de consommer partout ou presque, limitation à deux du nombre de paquets autorisés à importer et évidemment, une hausse et multiplication des contraventions, pouvant atteindre 200 manats.”Après avoir reçu plusieurs amendes, j’ai définitivement décidé d’arrêter après un épisode où je fumais dans ma propre voiture, garée sur un parking municipal”, raconte Ilyas Byachimov, entrepreneur de 24 ans.”Un policier m’a verbalisé. J’ai protesté en disant que c’était ma voiture . Il m’a répondu : oui, la voiture est à toi, mais le parking est un lieu public” se souvient-il.- Excuses publiques -Dans ce pays vivant à “l’ère de la renaissance d’un nouvel État puissant” gouverné sans discontinuer depuis 2006 par les Berdymoukhamedov, le père Gourbangouly puis le fils Serdar, ce pouvoir quasi-absolu est mis en scène.Après l’ordre du président Serdar Berdymoukhamedov de mener une “lutte sans compromis” contre le tabac en 2023, une vingtaine de personnes exhibées à la télé ont promis de ne plus jamais fumer de chicha ou d’importer du tabac de contrebande. Et des incinérations de cigarettes de contrebande sur fond de danses et musiques traditionnelles turkmènes sont régulièrement organisées.L’année 2025 est déjà bien avancée mais les autorités n’ont pas encore crié victoire.Sollicité par l’AFP, le ministère de la Santé a refusé de répondre, rien d’étonnant pour ce pays mutique où obtenir des informations est extrêmement compliqué et les vérifier est quasiment impossible.Mais des fumeurs semblaient dubitatifs quant à l’application de cette interdiction totale.”Les cigarettes ne disparaîtront pas complètement, mais deviendront beaucoup plus chères et un marché noir apparaîtra”, pense l’ouvrier Haïdar Chikhiev, 60 ans.La vendeuse Galina Soïounova estime elle que les cigarettes “seront toujours disponibles sous le manteau, encore plus chères”.”Qui achètera des cigarettes à prix d’or ? Personne. La question du tabagisme se réglera toute seule”, conclut la quadragénaire.Et avant même d’avoir atteint son objectif avec le tabac, le Turkménistan a annoncé mi-juillet un plan d’action pour s’attaquer à l’alcool d’ici 2028.

Au Pakistan, les tatouages hindous s’effacent des visages des femmes

Après avoir mélangé du charbon à quelques gouttes de lait de chèvre, Basran Jogi, 60 ans, se tourne avec son aiguille vers ses invitées du jour: deux enfants pakistanaises venues recevoir leur premier tatouage traditionnel.Dans les villages hindous de la frontière orientale du Pakistan, près de l’Inde, les tatoueuses dessinent à l’aiguille des lignes de …

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Au Pakistan, les tatouages hindous s’effacent des visages des femmes

Après avoir mélangé du charbon à quelques gouttes de lait de chèvre, Basran Jogi, 60 ans, se tourne avec son aiguille vers ses invitées du jour: deux enfants pakistanaises venues recevoir leur premier tatouage traditionnel.Dans les villages hindous de la frontière orientale du Pakistan, près de l’Inde, les tatoueuses dessinent à l’aiguille des lignes de points, des cercles et autres ornementations géométriques sur les visages, les bras et les mains des fillettes depuis des siècles.”D’abord, on dessine deux lignes droites entre les sourcils”, explique Mme Jogi à une amie qui vient de se saisir d’une aiguille à coudre.”Et maintenant on enfonce l’aiguille entre ces deux lignes, doucement, jusqu’à ce que le sang apparaisse”, poursuit-elle.Pooja, six ans, fait la grimace alors que les points commencent à former des cercles et des triangles de points sur son front et son menton. Son aînée, Champa, sept ans, s’impatiente: “moi aussi, je suis prête!”.Cette scène, longtemps ordinaire, se fait de plus en plus rare ces dernières années, alors que de plus en plus de familles hindoues – 2% seulement des 255 millions d’habitants de la République islamique du Pakistan – partent s’installer en ville.- Se fondre dans la foule -“Ces tatouages nous rendent identifiables parmi la foule”, explique Durga Prem, étudiante en ingénierie informatique de 20 ans, originaire de Badin, une ville de la province méridionale du Sindh où se concentre la minorité hindoue.”Notre génération ne les aime plus. A l’époque des réseaux sociaux, les jeunes filles évitent de se tatouer le visage parce qu’elles trouvent qu’avec ces dessins elles seraient vues comme différentes et pas attirantes”, affirme-t-elle à l’AFP.Sa sœur Mumta a aussi refusé de se faire tatouer les points qui ornent les visages de leur mère et de leurs deux grand-mères.Mais “si on était restées au village, on aurait sûrement ces tatouages sur nos visages ou nos bras”, dit-elle.Dans un pays où les minorités non musulmanes se disent discriminées dans de nombreux domaines, “on ne peut pas forcer nos filles à continuer” à se tatouer, affirme de son côté Mukesh Meghwar, un défenseur des droits des hindous.”C’est leur choix. Mais malheureusement, nous serons probablement la dernière génération à voir des tatouages sur les visages, les cous, les mains et les bras des femmes”, poursuit-il, pointant aussi du doigt les réflexions “défavorables” de concitoyens, car certaines écoles de l’islam condamnent le tatouage.Ce serait alors la fin d’une pratique pluricentenaire, profondément ancrée dans la culture, disent les anthropologues. A tel point que la plupart des hindous rencontrés par l’AFP plaident pour le tatouage mais avouent ne pas pouvoir en expliquer le sens ou l’origine.- Eloigner les mauvais esprits -“Ces symboles font partie de la culture des populations issues de la civilisation de l’Indus”, à l’époque de l’âge de bronze, affirme l’un de ces anthropologues, Zulfiqar Ali Kalhoro.”Ces +marques+ étaient traditionnellement utilisées pour distinguer les membres d’une communauté” et pour “éloigner les mauvais esprits”, détaille-t-il.Pour Mme Jogi, le tatouage, c’est avant tout “une passion” pour embellir le visage des femmes.”On ne les fait pas pour une raison en particulier, c’est une pratique qui existe depuis longtemps”, se borne-t-elle à affirmer, en examinant avec attention les visages fraîchement tatoués de Pooja et Champa. Aujourd’hui, les points qui ornent désormais leurs fronts sont d’un noir profond, bientôt ils deviendront vert foncé et tiendront jusqu’à leur dernier souffle.Basran Jogi et Jamna Kolhi peuvent en témoigner.”Ces tatouages, c’est une amie d’enfance qui me les a dessinés, elle est morte il y a quelques années”, raconte Mme Kolhi, 40 ans.”Quand je les vois, je pense à elle et à nos jeunes années. C’est un souvenir pour toute la vie”.

Au Pakistan, les tatouages hindous s’effacent des visages des femmes

Après avoir mélangé du charbon à quelques gouttes de lait de chèvre, Basran Jogi, 60 ans, se tourne avec son aiguille vers ses invitées du jour: deux enfants pakistanaises venues recevoir leur premier tatouage traditionnel.Dans les villages hindous de la frontière orientale du Pakistan, près de l’Inde, les tatoueuses dessinent à l’aiguille des lignes de points, des cercles et autres ornementations géométriques sur les visages, les bras et les mains des fillettes depuis des siècles.”D’abord, on dessine deux lignes droites entre les sourcils”, explique Mme Jogi à une amie qui vient de se saisir d’une aiguille à coudre.”Et maintenant on enfonce l’aiguille entre ces deux lignes, doucement, jusqu’à ce que le sang apparaisse”, poursuit-elle.Pooja, six ans, fait la grimace alors que les points commencent à former des cercles et des triangles de points sur son front et son menton. Son aînée, Champa, sept ans, s’impatiente: “moi aussi, je suis prête!”.Cette scène, longtemps ordinaire, se fait de plus en plus rare ces dernières années, alors que de plus en plus de familles hindoues – 2% seulement des 255 millions d’habitants de la République islamique du Pakistan – partent s’installer en ville.- Se fondre dans la foule -“Ces tatouages nous rendent identifiables parmi la foule”, explique Durga Prem, étudiante en ingénierie informatique de 20 ans, originaire de Badin, une ville de la province méridionale du Sindh où se concentre la minorité hindoue.”Notre génération ne les aime plus. A l’époque des réseaux sociaux, les jeunes filles évitent de se tatouer le visage parce qu’elles trouvent qu’avec ces dessins elles seraient vues comme différentes et pas attirantes”, affirme-t-elle à l’AFP.Sa sœur Mumta a aussi refusé de se faire tatouer les points qui ornent les visages de leur mère et de leurs deux grand-mères.Mais “si on était restées au village, on aurait sûrement ces tatouages sur nos visages ou nos bras”, dit-elle.Dans un pays où les minorités non musulmanes se disent discriminées dans de nombreux domaines, “on ne peut pas forcer nos filles à continuer” à se tatouer, affirme de son côté Mukesh Meghwar, un défenseur des droits des hindous.”C’est leur choix. Mais malheureusement, nous serons probablement la dernière génération à voir des tatouages sur les visages, les cous, les mains et les bras des femmes”, poursuit-il, pointant aussi du doigt les réflexions “défavorables” de concitoyens, car certaines écoles de l’islam condamnent le tatouage.Ce serait alors la fin d’une pratique pluricentenaire, profondément ancrée dans la culture, disent les anthropologues. A tel point que la plupart des hindous rencontrés par l’AFP plaident pour le tatouage mais avouent ne pas pouvoir en expliquer le sens ou l’origine.- Eloigner les mauvais esprits -“Ces symboles font partie de la culture des populations issues de la civilisation de l’Indus”, à l’époque de l’âge de bronze, affirme l’un de ces anthropologues, Zulfiqar Ali Kalhoro.”Ces +marques+ étaient traditionnellement utilisées pour distinguer les membres d’une communauté” et pour “éloigner les mauvais esprits”, détaille-t-il.Pour Mme Jogi, le tatouage, c’est avant tout “une passion” pour embellir le visage des femmes.”On ne les fait pas pour une raison en particulier, c’est une pratique qui existe depuis longtemps”, se borne-t-elle à affirmer, en examinant avec attention les visages fraîchement tatoués de Pooja et Champa. Aujourd’hui, les points qui ornent désormais leurs fronts sont d’un noir profond, bientôt ils deviendront vert foncé et tiendront jusqu’à leur dernier souffle.Basran Jogi et Jamna Kolhi peuvent en témoigner.”Ces tatouages, c’est une amie d’enfance qui me les a dessinés, elle est morte il y a quelques années”, raconte Mme Kolhi, 40 ans.”Quand je les vois, je pense à elle et à nos jeunes années. C’est un souvenir pour toute la vie”.

Dans les quartiers Nord de Marseille, des mères renouent avec la mer

A Marseille, Karima Kouider côtoyait la Méditerranée sans oser s’y baigner. Une appréhension qu’elle surmonte progressivement avec les cours de natation dispensés par une association des quartiers Nord. Un moyen pour cette maman de “protéger ses minots” et s’amuser.”Mon fils s’est déjà noyé une fois (la noyade n’est pas forcément mortelle, NDLR), je me suis dit qu’il fallait que j’apprenne à nager pour pouvoir le sauver”, confie la mère de cinq enfants.Ce jour-là, Karima, 49 ans, participe avec onze autres femmes à son cours hebdomadaire de natation dans une piscine d’eau de mer à l’Estaque, un quartier du nord de la cité phocéenne.Ce stage gratuit est proposé par l’association Le Grand Bleu, créée en 2000, avec pour objectif “d’aider les Marseillais à se réapproprier la mer”.”On se dit qu’avec ses 57 kilomètres de façade maritime tous les Marseillais doivent savoir nager. Mais ce n’est pas le cas”, constate son fondateur Brahim Timricht.Car si en France un enfant sur deux en moyenne ne sait pas nager, le ratio grimpe à trois sur quatre à Marseille. Et l’écart se creuse encore un peu plus dans les quartiers défavorisés de la deuxième ville de France, en déficit d’équipements publics avec six piscines municipales seulement ouvertes actuellement, selon le site web de la mairie.Mais apprendre à nager est un enjeu de santé publique. Avec 702 noyades dont 193 mortelles du 1er juin au 23 juillet 2025, soit +45% sur un an, la France connaît un été funeste. Parmi les victimes, 27 enfants et adolescents (15 en 2024) sont décédés. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur dénombre le plus grand nombre de noyades, 174, dont 18 mortelles.”Savoir nager, c’est savoir se sauver”, souligne le responsable du Grand Bleu.  Au départ de l’association, les cours étaient destinés aux enfants et adolescents puis est venu “le tour de leurs mamans”, en 2020. “Ce sont des cours ouverts à tous les adultes mais aucun papa ne vient”, constate Brahim Timricht.- “La peur est derrière moi” -Avec ce nouveau public, les instructeurs ont dû réajuster les exercices.”Un enfant a confiance en l’adulte mais elles (les mamans) vont devoir acquérir petit à petit la confiance du maître-nageur”, explique Lucas Foehrle, un des encadrants. “Bien souvent, ces femmes ont des appréhensions liées au passé, des histoires à chaque fois avec l’eau et donc on va devoir les accompagner, leur faire apprécier le milieu et l’effort physique”, ajoute le maître-nageur.Il a fallu aussi franchir quelques obstacles avant que les mamans et jeunes femmes des quartiers populaires puissent s’épanouir dans la pratique d’activités nautiques. La barrière du maillot de bain, la garde d’enfant et l’accès au bord de mer depuis ces quartiers mal desservis sont autant de freins.A Marseille, la fracture territoriale influe aussi sur l’apprentissage de la natation. Dans le Sud, où se concentrent les quartiers résidentiels aisés et le littoral attractif, “les adultes et enfants savent mieux nager”, affirme le directeur du Grand Bleu.”Quand on a des maisons avec des piscines, on peut se payer des cours particuliers, dans le Nord, non, ce sont des barres d’immeubles”, observe l’éducateur sportif. “On est là pour réduire ces inégalités”. A 64 ans, Malika Medibouri vient “tout juste d’apprendre à nager”. “L’argent est une barrière, le loisir passe en second plan”, reconnaît la retraitée. “C’est le bonheur d’apprendre à nager, on se sent libre”, déclare la Marseillaise au sourire lumineux.Comme elle, Nadia Hamada, 60 ans, qui entame son deuxième été consécutif d’apprentissage, n’hésite plus à plonger dans le grand bassin de la base nautique de Corbière qui s’ouvre sur la mer Méditerranée. Son amie tâtonne encore sur le rebord.”Ça fait du bien de nager. Liberté totale !”, se délecte cette mère de six enfants, originaire de Frais-Vallon, un quartier de grands ensembles du 13e arrondissement dans le Nord-Est de Marseille. “Si tu sais nager, tu as confiance. Tu es sûre que tu vas au fond (loin du bord). Tu es sûre que tu vas y arriver tout seule. Mais si tu ne sais pas nager, il y a toujours la peur. Et aujourd’hui la peur est derrière moi”, se réjouit Nadia Hamada qui pratique désormais le kayak et le paddle en mer.