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Comment l’Europe cherche à parler le Trump

Bien travailler le casting, se répartir les rôles, rebondir en cas d’impasse: depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, les Européens planchent sur la meilleure formule pour faire affaire avec le président américain. Un numéro qu’ils ont déroulé lundi à Washington et espèrent répéter tout au long des négociations sur l’Ukraine.L’opération séduction des sept leaders européens, dépêchés à la Maison Blanche pour faire corps avec Volodymyr Zelensky après les inquiétudes nées du sommet en Alaska, a visiblement ravi Donald Trump.”Il n’y a jamais eu un tel groupe” à la Maison Blanche, a salué le milliardaire républicain, peu coutumier des propos flatteurs sur les Européens. “Ces personnes représentent vraiment les nations européennes”, a affirmé le président dans une interview mardi. “Ce sont des gens très bien qui veulent mettre fin à la guerre” entre la Russie et l’Ukraine.- “Préparés et coordonnés” -Neuf dirigeants installés autour d’une longue table en bois du 1600 Pennsylvania Avenue, échangeant sur comment résoudre le conflit le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale devant les télévisions du monde entier.La réunion à Washington fut absolument unique en son genre.Elle fut aussi rythmée par des commentaires particulièrement élogieux de Donald Trump à l’égard de ses homologues européens, qui tentent par tous les moyens de peser dans les discussions sur la sécurité de leur continent: “mon ami” Keir Starmer; Emmanuel Macron, que “j’ai aimé dès le premier jour”; Friedrich Merz au “magnifique  bronzage”; Ursula von der Leyen “probablement plus puissante que tous les autres autour de cette table”…Souvent critiqués pour leurs difficultés à dialoguer avec le président américain, les Européens étaient cette fois-ci “très bien préparés et coordonnés”, a assuré le chancelier allemand Friedrich Merz à l’issue de cette rencontre.”Je pense que cela a beaucoup plu au président américain, dans le sens où il a remarqué que nous, Européens, parlions d’une seule voix”, a-t-il estimé.Les préparatifs pour cette réunion ont débuté dès samedi quand, lors d’un appel rendant compte du sommet avec Vladimir Poutine, Donald Trump a invité Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche et ouvert la porte à ce que quelques dirigeants européens l’accompagnent, selon un responsable européen.Lors d’une série d’appels, les capitales européennes ont ensuite débattu de cette proposition: fallait-il l’accepter, en risquant une embuscade dans le Bureau ovale? Et si oui, qui envoyer à la fois légitime pour représenter les Européens et capable de dialoguer avec Donald Trump?- “Tentatives maladroites” -L’équipe est officialisée dimanche matin. Les leaders des grandes puissances européennes — la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni — annoncent leur venue à Washington. Tout comme le président finlandais, qui a le double avantage d’avoir déjà joué au golf avec Donald Trump, et de diriger un pays frontalier de la Russie.Quelques heures plus tard, Volodymyr Zelensky fait un crochet par Bruxelles et s’affiche aux côtés de la présidente de la Commission européenne, qui complète le casting avec le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte. Le chef de l’Alliance atlantique, qui cultive depuis longtemps sa relation avec Donald Trump, est chargé d’amorcer les échanges lundi avec le président américain, selon un des participants des réunions à la Maison Blanche.Chaque dirigeant aborde ensuite un différent aspect du conflit, Ursula von der Leyen, mère et grand-mère, insistant par exemple sur le sort des enfants ukrainiens enlevés par les forces russes. A chaque fois que le locataire de la Maison Blanche paraît bloqué sur un dossier, une autre personne rebondit pour tenter de recentrer les discussions.Au-delà de la seule réunion à Washington, la décision est prise par certains d’adapter légèrement leur vocabulaire pour parler du conflit. Eviter ainsi le mot “cessez-le-feu”, une expression qui contrarie Donald Trump, exhorter plutôt la Russie à “arrêter les massacres”.De la même manière, employer le terme très vague de “présence” en Ukraine quand on débat des éventuelles garanties de sécurité qu’Européens et Américains pourraient offrir à Kiev en cas d’accord de paix avec Moscou.Cette offensive de charme des Européens suffira-t-elle pour mener à bien un processus de négociation qui s’annonce extrêmement difficile?Mercredi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a dénoncé les tentatives “maladroites” des Européens pour tenter d’influencer le président américain. Preuve, peut-être, que Moscou s’inquiète de leur impact.

Le bruit, pollution invisible qui mine la santé des New-Yorkais

Omniprésent mais largement négligé, le bruit constitue une véritable menace pour la santé publique. À New York, il alimente stress, troubles du sommeil et maladies cardiovasculaires, mais reste traité comme une nuisance mineure, loin derrière la pollution de l’air.Tim Mulligan, 43 ans, évite désormais de prendre le métro. Mais dans une ville à la circulation hyper dense, dominée par le bruit des marteaux-piqueurs et des sirènes, ce vétéran souffrant de stress post-traumatique n’échappe pas à la cacophonie. “J’ai recouvert ma fenêtre de mousse acoustique, installé des doubles rideaux, je dors avec des bouchons d’oreilles et je me déplace avec des casques à réduction de bruit”, raconte à l’AFP ce résident de Manhattan qui vit près de Times Square. Le métro – aérien ou sous-terrain -, le trafic automobile, les bars, les hélicoptères, les travaux : New York résonne en permanence. Une conversation normale atteint 50 à 65 décibels. La circulation automobile se situe entre 70 et 85. Un marteau-piqueur peut grimper jusqu’à 110. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser en moyenne 70 décibels au quotidien. Or, à New York, cette limite est franchie presque partout.Les chiffres confirment ce que les oreilles subissent : en 2024, la ligne d’appel du 311 – le numéro des services municipaux – a reçu plus de 750.000 plaintes pour nuisances sonores, la réclamation la plus fréquente dans la ville. Au 14 août 2025, on en comptait déjà près d’un demi-million.Et pourtant, la mégapole fait figure d’exception aux États-Unis : elle dispose d’un “Code du bruit”, qui fixe des seuils et prévoit des sanctions, et a même déployé des caméras équipées de capteurs sonores pour verbaliser les automobilistes trop bruyants. Mais les experts jugent la réponse largement insuffisante.- Toutes les catégories d’âge concernées -Le professeur de l’Université du Michigan et spécialiste de santé publique Richard Neitzel coordonne depuis 2019 avec Apple une vaste étude nationale : plus de 200.000 volontaires portent une montre connectée qui enregistre leur exposition sonore.Les premiers résultats sont alarmants : “Un quart des Américains sont exposés à des niveaux qui menacent leur audition à long terme”, souligne-t-il. A New York, selon une étude qu’il avait réalisée entre 2010 et 2012 avec l’Université Columbia, les chiffres étaient pires encore : “Nous avions mesuré qu’environ un New-Yorkais sur dix risquait de subir une perte auditive simplement en prenant le métro tous les jours.”Et les conséquences vont bien au-delà des oreilles : manque de sommeil, augmentation du risque d’accident cardiovasculaire ou cérébral, dépression, troubles cognitifs… La liste des effets connus s’allonge, sans provoquer de réaction politique majeure.Car “contrairement à la pollution de l’air, (…) le bruit ne reçoit pas la même attention du grand public” et des autorités, regrette le chercheur.Toutes les catégories d’âge et de population sont concernées, mais certaines plus que d’autres. Les jeunes adultes de 18 à 25 ans s’exposent massivement via les écouteurs de leur téléphone, souvent à des volumes trop élevés. Dans les quartiers populaires, l’environnement sonore est souvent plus intense, en raison des grands axes routiers et des chantiers.Pour l’audiologiste Michele DiStefano, directrice du centre Shelley et Steven Einhorn, “plus l’exposition est forte et prolongée, plus la perte auditive sera sévère. Et il n’y a pas de retour possible”, même si on peut évidemment “prévenir” ce risque.Le paradoxe est que, dans certains lieux, le bruit est volontairement recherché. Dans un restaurant mexicain du quartier de Hudson Yards à la musique assourdissante, le gérant Shane Newman l’admet sans détour : “Avec la musique, l’ambiance paraît plus festive. Les clients restent plus longtemps, consomment plus.”À l’inverse, d’autres études montrent que le bruit accélère la rotation des tables, augmentant la rentabilité des établissements.

Le bruit, pollution invisible qui mine la santé des New-Yorkais

Omniprésent mais largement négligé, le bruit constitue une véritable menace pour la santé publique. À New York, il alimente stress, troubles du sommeil et maladies cardiovasculaires, mais reste traité comme une nuisance mineure, loin derrière la pollution de l’air.Tim Mulligan, 43 ans, évite désormais de prendre le métro. Mais dans une ville à la circulation …

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Sueur, soleil et discipline: l’armée chinoise répète son grand défilé

Des soldats chinois à l’uniforme impeccable marchaient en pas cadencés mercredi à Pékin, lors de répétitions pour le grand défilé militaire qui commémorera la victoire de 1945 et durant lequel la Chine présentera de nouveaux armements.L’événement du 3 septembre célébrera la fin de la Seconde guerre mondiale et la capitulation du Japon, pays qui avait mené une occupation meurtrière et brutale du territoire chinois.Le président Xi Jinping passera en revue les troupes sur la place Tiananmen, au coeur de la capitale chinoise. Son homologue russe Vladimir Poutine et d’autres dirigeants étrangers sont également attendus.Mercredi lors de répétitions ouvertes à la presse, des jeunes hommes et femmes dans leur vingtaine, fusils en main, forment des lignes droites sur un terrain militaire du nord-ouest de Pékin. Sous le soleil écrasant et l’humidité ambiante, la sueur coule de leurs fronts et mouillent leurs uniformes.La capitaine Wang Ranran, du bataillon de la garde d’honneur de l’armée chinoise, se dit “extrêmement fière” de participer au défilé.”La Chine utilise souvent l’expression +roses d’acier+ pour décrire ses femmes soldats”, déclare-t-elle. “Nous aimons beaucoup cette association entre les roses et les armes.”- “Guerre moderne” -Vêtus d’uniformes blancs, verts ou bleu marine frappés du drapeau chinois, les soldats démarrent et s’arrêtent au gré des instructions données par des officiers.”Un entraînement dans la rigueur, la difficulté et selon les conditions réelles du combat a toujours été dans la tradition de l’armée chinoise”, affirme Lan Yu, sergent de deuxième classe.Des millions de Chinois ont péri durant la longue guerre contre le Japon dans les années 1930 et 1940. La Chine organise régulièrement des défilés militaires pour commémorer le conflit.L’armée chinoise présentera le 3 septembre certains de ses armements les plus récents qui “reflètent l’évolution des formes de la guerre moderne”, a déclaré mercredi devant la presse le général de division Wu Zeke, un officier supérieur du Département d’état-major interarmées de la Commission militaire centrale.”Toutes les armes et tous les équipements participant au défilé ont été sélectionnés parmi les principaux systèmes de combat actuellement en service actif et produits dans le pays, avec une grande proportion de nouveaux équipements qui seront dévoilés pour la première fois”, a-t-il affirmé.- Escadrons aériens -Seront notamment présentés des armements stratégiques, des bombardiers, des chasseurs, des systèmes hypersoniques, ainsi que des équipements de lutte antidrones, a-t-il ajouté sans davantage de précisions.Le défilé, d’une durée d’environ 70 minutes, “montrera pleinement la puissante capacité de notre armée à remporter une guerre moderne” et à “sauvegarder la paix mondiale”, a-t-il souligné.L’événement mobilisera également des troupes au sol, qui évolueront en formation, des colonnes blindées, des escadrons aériens et du matériel de pointe.La Chine a annoncé en mars une hausse de 7,2% de son budget de défense pour 2025, dans un contexte de modernisation rapide de ses forces armées et de rivalité croissante avec les Etats-Unis.La somme allouée à la défense augmente depuis plusieurs décennies, au diapason du développement économique.La Chine dispose du deuxième budget militaire mondial. Il reste cependant très loin derrière celui des Etats-Unis, qui ont fait du géant asiatique leur rival stratégique.

Sueur, soleil et discipline: l’armée chinoise répète son grand défilé

Des soldats chinois à l’uniforme impeccable marchaient en pas cadencés mercredi à Pékin, lors de répétitions pour le grand défilé militaire qui commémorera la victoire de 1945 et durant lequel la Chine présentera de nouveaux armements.L’événement du 3 septembre célébrera la fin de la Seconde guerre mondiale et la capitulation du Japon, pays qui avait …

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Dans l’Aude, le travail de fourmi des enquêteurs pour élucider les incendies

Origine naturelle, négligence ou acte volontaire: pompiers, gendarmes et agents de l’ONF travaillent de concert dans l’Aude, où ils traquent les indices qui leur permettront de déterminer les causes des nombreux incendies. “La première étape, annonce le gendarme Emmanuel Guinard, c’est déterminer le point de départ. Là, on procède à des prélèvements d’éventuels indices. Si je trouve une bouteille, un mégot, près du départ de feu, on peut les analyser et trouver une empreinte ADN. Mais on ne trouve pas forcément d’indice”.Dans le cadre de la Cellule de recherche des causes des incendies (CRCI), l’adjudant-chef Guinard, un technicien de l’Office national des forêts (ONF) et un enquêteur des pompiers inspectent un flanc de colline noirci par le feu, qui surplombe l’autoroute A61 Toulouse-Narbonne, près du village de Luc-sur-Orbieu, à une quinzaine de kilomètres du plus gros incendie de l’année, qui a parcouru 16.000 hectares début août.A cet endroit, un hectare de végétation a brûlé. Le technicien de l’ONF et l’enquêteur des pompiers disposent des tiges en métal de couleur blanche pour signaler un indice, rouge pour indiquer le sens de propagation du feu et jaune pour visualiser les flancs, pendant que le gendarme prend des photos.”On matérialise les deux flancs et on remonte vers le départ du feu, on va dans le sens inverse de la progression du feu”, précise Jean-Paul Baylac, chef du service feux de forêts au SDIS de l’Aude.- “Une simple étincelle” -Déterminer si la mise à feu est intentionnelle ou pas, dit le technicien forestier de l’ONF Stéphane Paoli, “c’est l’aboutissement du travail”.Avant cela, chaussé de bottes ignifugées, il examine coquilles d’escargot, cailloux, pignes de pins, végétaux et s’attache au moindre détail. “Les graminées sont des alliés précieux”, assure Stéphane Paoli, pour tirer des enseignements sur l’intensité et le déplacement des flammes.Dans un massif des Corbières jauni par la sécheresse, balayé par un vent chaud et sec, et soumis à la canicule, “une simple étincelle” d’un engin agricole qui racle le sol, des projections de calamine d’un pot d’échappement, peuvent déclencher un incendie, avertit le technicien en investigation criminelle de la gendarmerie. Voire “le briquet d’un incendiaire”, dénonce-t-il en enfilant des gants bleus en latex.Une fois que la zone de départ du feu est délimitée, des prélèvements sont effectués. L’origine du feu “est humaine dans 90% des cas”, déplore l’adjudant-chef, après avoir glissé dans une enveloppe une canette de soda partiellement brûlée.”Chaque zone de feu fait l’objet d’une investigation spécifique. On procède par élimination, on ferme des portes au fur et à mesure de l’enquête, on écarte les hypothèses les unes après les autres, comme l’origine naturelle s’il n’y a pas de foudre”, explique le gendarme. – Chiens renifleurs -Des chiens dressés à la détection d’hydrocarbures peuvent être mobilisés pour chercher un produit inflammable accélérant (essence, alcool, white spirit, acétone), utilisé par un éventuel pyromane.Les prélèvements de terre, des résidus de végétaux, des morceaux de bois, sont placés sous scellés et envoyés dans des laboratoires d’analyses, comme celui de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie (IRCGN) à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise).Les trois experts refusent d’évoquer le gigantesque incendie qui alimente toutes les conversations dans les Corbières: “une enquête est en cours”. Dans ce dossier, la thèse de l’acte volontaire est privilégiée par les enquêteurs. De son côté, le maire de Ribaute, village d’où le feu est parti le 5 août, n’a aucun doute sur l’origine criminelle. “D’après les premières constatations des enquêteurs, vu l’emplacement du point de départ, ça ne peut être que volontaire, c’est loin de la route, une zone qui n’est pas facilement accessible”, affirme-t-il.La particularité du département de l’Aude, fait remarquer l’expert de l’ONF, est de se situer “sur un couloir de vent”, entre la pointe sud du Massif central et les Pyrénées, et d’être “parmi les plus secs et chauds de France, avec des pins d’Alep, des pins maritimes, une végétation méditerranéenne inflammable et combustible”. Autrement dit, il réunit toutes les conditions favorables à l’émergence de feux.