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Foot: quand la multipropriété dévoile son côté obscur

Le départ de l’entraîneur de Strasbourg Liam Rosenior vers Chelsea, navire amiral du consortium BlueCo, jette une lumière crue sur la multipropriété des clubs, qui prolifère en France et en Europe mais sème la discorde chez les supporters et certains politiques.En France, le sujet est d’autant plus épineux que la multipropriété s’engouffre dans les brèches financières du football hexagonal, devenues béantes depuis l’échec de la vente des droits TV l’an dernier.En Ligue 1, la moitié des 18 clubs est désormais partie prenante de consortiums internationaux, et Lorient va les rejoindre.Problème: dans la hiérarchie des clubs d’une même galaxie, les clubs français, à l’exception du PSG ou Monaco, sont souvent deuxièmes voire troisièmes, et les conséquences d’une telle place sont durement ressenties aujourd’hui par les supporters de Strasbourg, en colère de voir leur entraîneur Rosenior déplacé à mi-saison vers Chelsea. Et ce, parce que l’équipe anglaise vient de se séparer de son propre entraîneur.”Quand vous n’êtes pas au sommet, vous êtes aussi au service de la stratégie du multipropriétaire et du consortium”, explique à l’AFP Christophe Lepetit, directeur des études du Centre de droit et d’économie du sport (CDES).- “Patrimonial” -“La plupart des associations de supporters sont contre, parce qu’un club c’est un bien commun patrimonial, parfois contraire au capitalisme court-termiste”, indique à l’AFP le député LFI Eric Coquerel, qui a présenté une proposition de loi visant à interdire en France la multipropriété des clubs. Il espère désormais amender au printemps le projet de loi sur le foot business émanant du Sénat, qui va passer devant l’Assemblée nationale.”Si on laisse faire, la quasi-totalité du football européen pourrait finir structuré en une quinzaine de multipropriétés, et alors ce n’est plus le même sport: risques d’ententes, dégâts à l’équité sportive, chaîne de hiérarchie où le club français sera rarement leader, développe le parlementaire. Cela peut fragiliser les championnats mineurs comme le nôtre”.Chercheur au CNRS en économie du sport, Luc Arrondel rappelle l’importance de la “notion d’identité”. “Les supporters considèrent être les seuls fidèles à leur club, et ce n’est pas forcément faux. Aujourd’hui, les joueurs changent énormément de clubs, les entraîneurs aussi, et désormais il y a de plus en plus de changements de propriétés.”Et les profils des investisseurs sont également en train de changer avec l’arrivée massive des “private equity” (fonds de capital investissement). “Investir dans un seul club peut être risqué avec les promotions-relégations, ils ont intérêt à diversifier leurs actifs”, miser sur plusieurs clubs à la fois, revendre des joueurs ou même les clubs, ajoute l’économiste.Une logique qui rompt avec l’économie traditionnelle du football, où de grandes fortunes, comme François Henri-Pinault à Rennes, investissaient sur le long terme en sachant qu’ils perdraient de l’argent, et recherchant plutôt des gains d’influence et de reconnaissance.- “Retenir Panichelli” -Les compétitions peuvent aussi être affectées. Les règles de l’UEFA vis-à-vis de la multipropriété ont contraint Crystal Palace, qualifié pour la Ligue Europa, à être relégué en Ligue Conférence pour ne pas disputer la même compétition que l’Olympique Lyonnais, club qui était dans la même galaxie, Eagle Group.Malgré tout, Christophe Lepetit ne veut pas oublier les bienfaits de la multipropriété. Sans elle, dit-il, “Strasbourg n’aurait jamais eu accès aux joueurs qui sont aujourd’hui dans l’effectif, n’aurait pas eu la possibilité de retenir Emanuel Emegha l’été dernier (qui va rejoindre Chelsea à la fin de la saison, NDLR), et n’aurait peut-être pas pu retenir (son buteur) Joaquin Panichelli au mercato d’hiver avec le début de saison qu’il a fait (10 buts en L1)”, développe le directeur des études du CDES de Limoges.Quant au départ de Rosenior vers Chelsea, conclut-il, “personne ne l’entendra côté strasbourgeois, notamment les fans qui sont déjà très remontés contre la multipropriété, mais admettons que le FC Barcelone licencie Hansi Flick et vienne voir l’Olympique de Marseille pour recruter Roberto De Zerbi… Il pourrait tout à fait y avoir le même type de transfert”.Car in fine dans le foot professionnel, multipropriété ou pas, quand un club puissant veut débaucher un élément d’un club moins puissant, l’inéluctable arrive aussi souvent.

Foot: Le Real Madrid sans Mbappé à la Supercoupe d’Espagne

L’attaquant star du Real Madrid Kylian Mbappé, touché à un genou, a été contraint au forfait pour la Supercoupe d’Espagne qui se déroule cette semaine en Arabie saoudite, a annoncé le club espagnol dans un communiqué mardi.Le capitaine de l’équipe de France, meilleur buteur du club merengue (18 buts en championnat et neuf en Ligue des champions cette saison), ne figure pas sur la liste des joueurs retenus pour le tournoi de Jeddah.Mbappé, qui soigne une entorse au genou gauche depuis sa blessure à l’entraînement la semaine dernière, a été contraint de déclarer forfait pour le match de reprise de Liga contre le Bétis Seville, remporté 5-1. Une source proche du joueur de 27 ans a indiqué à l’AFP qu’il serait probablement écarté des terrains pendant au moins trois semaines.L’équipe de Xabi Alonso affrontera jeudi en demi-finale de la Supercoupe son voisin et rival, l’Atlético Madrid; l’autre affiche, programmée la veille, opposera le FC Barcelone à l’Athletic Bilbao. La finale est prévue dimanche, toujours à Jeddah.L’entraîneur basque, sous pression après un début de saison décevant, a longtemps espéré pouvoir récupérer sa superstar, assurant samedi que le club espagnol ferait tout son possible pour réduire son temps d’absence. Après la trêve de Noël, Mbappé s’était entraîné en salle, avec l’espoir de revenir pour disputer la finale dimanche en cas de victoire jeudi contre l’Atlético. Mais, jugé trop juste, il n’a finalement pas été convoqué.Le forfait de Mbappé s’ajoute à celui du défenseur brésilien Éder Militao. En revanche, l’entraîneur de la Maison Blanche récupère le latéral anglais Trent Alexander-Arnold.

Foot: Chelsea récupère Rosenior à Strasbourg, son club satellite

Chelsea a confirmé mardi la nomination de l’Anglais Liam Rosenior, l’entraîneur de Strasbourg au CV mince sur lequel les “Blues” ont décidé de miser, en puisant dans leur club satellite via la multipropriété. Dans la foulée d’une conférence de presse au stade de la Meinau, où Rosenior avait annoncé “un accord verbal”, le club londonien a officialisé le recrutement du technicien de 41 ans jusqu’en 2032.”Je ne pouvais pas refuser cette occasion à ce stade de ma vie pour plusieurs raisons: la première, c’est que c’est un club incroyable, champion du monde, avec une équipe et des supporters fantastiques; la deuxième, c’est que je vais pouvoir rentrer chez moi et voir mes enfants”, a expliqué le natif de Wandsworth, dans le sud de Londres.Sous les yeux du président du Racing Marc Keller, Rosenior a eu la possibilité, fait rare, d’annoncer lui-même son départ avant de quitter l’Alsace pour Londres où il sera l’un des seuls Anglais sur un banc de Premier League.”Je suis sûr que tous les jeunes entraîneurs anglais formés ici soutiendront Liam d’une manière ou d’une autre”, a réagi Calum McFarlane, coach des moins de 21 ans qui assure l’intérim sur le banc des “Blues”.Ce dernier dirigera encore l’équipe contre Fulham en championnat mercredi avant de passer le flambeau à Rosenior en vue du déplacement à Charlton (2e div.) samedi en Coupe d’Angleterre.Le nouvel entraîneur fera ses débuts à domicile en milieu de semaine prochaine, le 14 janvier, contre Arsenal en demi-finale aller de Coupe de la Ligue.- Sixième entraîneur sous BlueCo -Le consortium américain BlueCo, à la tête de Chelsea et de Strasbourg, a misé sur cet entraîneur sans grande référence au plus haut niveau pour succéder à Enzo Maresca, limogé le 1er janvier après un mandat de dix-huit mois.L’Italien, pour sa première expérience en Premier League, avait complété l’armoire à trophées avec la Ligue Conférence et la Coupe du monde des clubs.Mais les relations se sont détériorées au cœur de l’hiver et la direction de Chelsea, aux commandes depuis le printemps 2022, a débarqué son cinquième entraîneur en trois ans et demi, après Thomas Tuchel, Graham Potter, Frank Lampard et Mauricio Pochettino.Le riche club de l’Ouest londonien fait un sacré pari en intronisant Rosenior, ex-défenseur des voisins de Fulham, notamment.En Angleterre, il a davantage séduit pour ses analyses de consultant sur Sky Sports que pour son expérience sur le banc de Hull City (2e div.), achevée sur un licenciement en mai 2024.L’entraîneur aux fines lunettes noires et au sweat à capuche a, depuis, fait grimper sa cote à Strasbourg en s’invitant dans la lutte pour les tickets en Ligue des champions dès sa première saison malgré un effectif très jeune.Passionné par son métier, il affirmait l’an dernier dans un entretien à l’AFP avoir voulu devenir entraîneur “avant même d’être joueur”. Il estime que son rôle est “à 85-90%, de comprendre les joueurs”, qui doivent être “créatifs”.- “Asservissement du Racing” -Mais il n’arrive pas forcément en terrain conquis à Stamford Bridge, le stade du club aux deux titres en C1 (2012, 2021), plutôt habitué aux entraîneurs de renom comme José Mourinho, Antonio Conte ou Tuchel.Il lui faudra vite relancer la machine à gagner, à l’arrêt depuis fin novembre en championnat (une victoire en huit matches), ce qui a fait reculer l’ex-dauphin d’Arsenal à la 5e place, à 17 points du leader.Rosenior ne vient pas non plus porté par le vent des victoires: s’il est brillant en Ligue Conférence (premier de la phase de ligue), son Racing n’a remporté qu’un seul de ses sept derniers matches de championnat.Cette crise de résultat s’est superposée à un contexte extrasportif délicat à la Meinau où les UB90, principal groupe d’ultras, s’opposent à BlueCo, actionnaire majoritaire depuis l’été 2023, et à l’idée même de multipropriété.Le point de rupture a été atteint en septembre lorsqu’a été annoncé le transfert… à Chelsea, pour l’été prochain, du capitaine Emmanuel Emegha.L’annonce de mardi ne pouvait que remettre de l’huile sur le feu. “Le transfert de Liam Rosenior marque une étape supplémentaire, humiliante, dans l’asservissement du Racing à Chelsea”, a réagi la Fédération des supporters du RCSA. L’association aux quelque 350 membres demande au président Marc Keller de “partir”, “maintenant”.jta-rbo-av-jus/ll/cto/ah/hpa