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Budget: le Premier ministre actionne un premier 49.3

Une promesse rompue, et un pas décisif vers l’adoption du budget: Sébastien Lecornu a engagé mardi après-midi la responsabilité de son gouvernement sur la partie recettes du budget de l’État pour 2026, un premier 49.3 d’une série de trois, qui devrait permettre la promulgation du texte avant la mi-février, sauf censure.”Les choses (…) sont désormais bloquées. Le texte n’est plus votable (…) Or, nous considérons que la France doit avoir un budget”, a déclaré le Premier ministre, fustigeant devant les députés les “agissements” de différents groupes “qui devront en rendre compte devant les Françaises et les Français”.Un peu plus de trois mois après y avoir renoncé, le locataire de Matignon avait officialisé lundi le recours à cet outil constitutionnel, qui permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote mais l’expose à une censure.Faisant part de son “amertume” et de ses regrets, il avait reconnu devoir, faute de majorité, “revenir sur (sa) parole”, pour permettre l’adoption d’un budget nécessaire tant pour renforcer le budget des armées que pour répondre à la colère agricole.Le président de la République, Emmanuel Macron, avait salué devant les ministres une copie budgétaire qui “permet de contenir le déficit à 5%” du Produit intérieur brut (PIB) et “permet au pays d’avancer”.La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a elle acté une forme d’échec auprès de la presse mardi: “C’est la démocratie évidemment qui perd aujourd’hui”, a-t-elle estimé, appelant de nouveau à une modification des règles de la discussion budgétaire.- La majorité elle aussi “amère” -Dans la foulée de ce 49.3, les groupes LFI, GDR (communistes et ultra-marins) et écologistes ont déposé une motion de censure commune, de même que le RN avec son allié l’UDR, le parti d’Eric Ciotti.Le PS n’en votera aucune, convaincu que le 49.3 est la “moins mauvaise des solutions” et qu’il a obtenu sur le fond des victoires, ce qui devrait permettre à M. Lecornu de se maintenir à Matignon.”Nous ne censurerons pas le gouvernement”, a confirmé sur France Inter le patron du parti Olivier Faure.Si le PS ne reconnaît pas le budget comme le sien, il y voit “des avancées”, selon le président de groupe Boris Vallaud, comme la suppression du gel du barème de l’impôt sur le revenu, la hausse de la prime d’activité pour les salariés les plus modestes ou la généralisation des repas à un euro pour les étudiants.Des concessions minimisées par Éric Coquerel (LFI), qui a fustigé “un budget de coupes budgétaires, (…) un budget d’inégalité (…) qui ne répond pas aux besoins des Français”, appelant les députés PS et LR hésitants à voter la censure.De fait Les Républicains sont mécontents. “Tout le monde dit +cocorico, nous allons être à moins de 5%+ mais il y a un an, l’objectif était d’être à 4,7%”, a rappelé Philippe Juvin (LR), le rapporteur général du budget, se disant “très inquiet”.Au sein du bloc macroniste, une certaine amertume s’exprime aussi face à un budget perçu comme faisant la part trop belle aux promesses socialistes. C’est un budget pour “durer”, “ni pour économiser ni pour moins fiscaliser ni pour rationaliser les dépenses publiques”, a ainsi déploré sous couvert d’anonymat un député Horizons.”On attend la copie finale. Personne aujourd’hui, vu les annonces, ne sait comment on fera 5%”, a ajouté cette source.- “Transparence” -Le gouvernement n’a pas encore dévoilé l’ensemble de sa copie au Parlement, conduisant nombre de députés à lui reprocher un manque de “transparence”. Bercy a transmis mardi à l’Assemblée sa version de la partie recettes, mais celle sur les dépenses ne sera connue que vendredi.Philippe Juvin s’en est ému mardi lors de la conférence des présidents, selon des sources parlementaires.Le Premier ministre a cependant adressé dans l’après-midi une lettre aux parlementaires précisant les contours du budget, où il affirme que l’effort “net” des collectivités locales représentera finalement “près de 2 milliards d’euros”, contre 4,4 milliards dans le projet initial. La surtaxe d’impôt sur les sociétés (IS) pour les grandes entreprises est chiffrée à 7,5 milliards d’euros, contre 8 milliards en 2025.Sébastien Lecornu devrait engager sa responsabilité sur la partie “dépenses” du budget vendredi. Après une nouvelle motion de censure, le texte devrait partir au Sénat, avant de revenir à l’Assemblée pour être adopté définitivement.sl-are-parl/sde/vmt

La vie privée de Jordan Bardella soudainement scrutée

Aperçu en compagnie d’une altesse royale italienne, à la sortie d’une soirée parisienne où se mêlaient politiciens et milliardaires, Jordan Bardella présente une facette contrastant avec les origines modestes qu’il met volontiers en avant.L’histoire débute sur les marches d’un palais. En l’occurrence le Grand Palais, où Le Figaro célébrait en grande pompe son bicentenaire la semaine dernière.Le tout-Paris s’était pressé à l’événement, à commencer par l’élite du patronat hexagonal: Bernard Arnault, François-Henri Pinault, Vincent Bolloré, Xavier Niel, entre autres. Panel complété d’un large éventail de responsables politiques, dont le Premier ministre Sébastien Lecornu. Mais aussi Bernard Cazeneuve, Eric Zemmour, en passant par Edouard Philippe, Bruno Retailleau et François Bayrou sans oublier Nicolas Sarkozy et François Fillon.Et donc Jordan Bardella. Filmé à sa sortie depuis le trottoir d’en face, le tout juste trentenaire président du Rassemblement national est apparu au côté d’une jeune femme blonde, s’engouffrant avec lui dans une berline noire. Quinze secondes capturées au smartphone, juste assez floues pour attiser la curiosité des réseaux sociaux.Il n’a fallu que peu de temps pour identifier Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, 22 ans, ci-devant duchesse de Palerme et de Calabre, descendante d’une prestigieuse et richissime lignée aristocratique italienne.La presse transalpine s’est aussitôt jetée avec gourmandise sur ce “potin national”, sans que le RN ne s’en émeuve. En revanche, quand Le Monde s’est emparé de l’histoire en estimant que M. Bardella “risque de brouiller son image”, la garde rapprochée du leader nationaliste s’est chargée de répliquer.Le député Alexandre Loubet a fustigé un “article militant (qui) suinte le mépris social” tandis que l’eurodéputé Pierre-Romain Thionnet s’en est pris aux “jets haineux et obsessionnels” des journalistes du quotidien français.Moins acrimonieux, Sébastien Chenu s’est contenté de déplorer une “attaque grotesque”. Après tout, “si Jordan Bardella est amoureux, qu’il le soit d’une princesse ou d’une étudiante (…), c’est son choix”, a glissé le vice-président du parti à la flamme, souhaitant “bien du bonheur” à son numéro un dans cette “belle histoire”.- Vie publique, vie privée -Survolant les baromètres de popularité, la vie privée du favori des sondages pour la prochaine élection présidentielle ne pouvait qu’éveiller la curiosité. Bien qu’il ne soit toujours que le dauphin désigné de Marine Le Pen en cas d’empêchement judiciaire.Depuis ses idylles avec une fille de Frédéric Chatillon, ami de longue date et ex-conseiller sulfureux de la patronne du RN, puis avec une nièce de la même cheffe de file de l’extrême droite française, il restait très discret sur ses fréquentations.”J’ai toujours cherché à protéger ma vie privée”, se justifiait-il dans l’émission “Une ambition intime” diffusée en juin.Rien ne semblait interférer avec son récit public. Celui d’un champion revendiqué de “la France qui travaille” et du “peuple français”, contre des “gouvernements sans légitimité” et d'”obscurs accords d’appareils”, comme il le martelait encore il y a quelques jours.Celui aussi d’un modeste fils d’immigrés turinois, élevé par une mère célibataire dans une banlieue défavorisée, entré en politique sans autre diplôme que le bac et qui affirme aujourd’hui savoir “ce que veulent les Français” – titre de son deuxième livre.Aux antipodes de l’enfance privilégiée de l’héritière du trône des Deux-Siciles et de son quotidien fastueux abondamment relaté sur ses comptes Instagram et TikTok. Ce profil d’influenceuse jet set n’a toutefois pas de quoi impressionner un Jordan Bardella qui cumule dix fois plus d’abonnés sur les mêmes réseaux sociaux.

Budget: “Il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement” dans ce contexte international, affirme Wauquiez

Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a affirmé mercredi qu’il “ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement” dans le contexte international actuel, écartant une censure de l’exécutif de Sébastien Lecornu de la part de la cinquantaine de députés LR.”Dans le contexte international de danger qui est celui de la France et de menace d’une guerre commerciale, il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement et de laisser la France sans budget”, a déclaré Laurent Wauquiez devant l’Association des journalistes parlementaires (AJP).Le patron des députés LR a nié que ce budget soit “socialiste” comme l’a affirmé le patron de son parti Bruno Retailleau. “Ce n’est pas un budget socialiste, ce n’est pas un budget de droite. C’est un budget qui est le fruit d’une situation politique pleine de tempêtes dans laquelle il n’y a pas de majorité dans notre Assemblée nationale”, a-t-il expliqué.Laurent Wauquiez a estimé que le travail parlementaire de la droite a permis d’éviter “l’hérésie fiscale” du projet de budget initial, tout en reconnaissant que la version adoptée par 49.3 est “imparfaite”. A ses yeux, le “gros point de noir de ce budget” est le manque d’économies sur les dépenses et le “poids mis sur les grandes entreprises”.Laurent Wauquiez a sévèrement taclé David Lisnard, le maire libéral de Cannes, qui a appelé mardi les élus de droite à faire tomber le gouvernement et dont la députée Alexandra Martin, qui porte les couleurs de son parti Nouvelle Energie au sein du groupe LR, a promis de voter la censure.  “Ceux qui veulent censurer ou ne pas censurer, la meilleure façon c’est d’avoir le courage de se présenter aux élections législatives”, a affirmé le député de Haute-Loire, en allusion au patron de l’Association des maires de France (AMF). David Lisnard est candidat à sa réélection à Cannes en mars et il a annoncé qu’il se présenterait à la présidentielle l’an prochain, si la primaire à droite qu’il souhaite n’est pas organisée.A ce propos, Laurent Wauquiez a reitéré son appel à une “primaire de la droite élargie” du macroniste Gérald Darmanin à Sarah Knafo (Reconquête), avouant rencontrer à ce propos beaucoup de “personnalités de droite” en ce moment et citant parmi les “jeunes talents” la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon (Renaissance) et les ministres Vincent Jeanbrun et Sébastien Martin, tous deux LR. Citant nommément Edouard Philippe, il a affirmé que s’il était à sa place, il se ferait “le premier champion du rassemblement de la droite”. “Parce que là, je pense que les Français comprendraient ce qu’il veut faire”. Revenant sur la situation internationale et aux menaces de Donald Trump sur le Groenland, il a apporté son soutien “à ce que fait en ce moment la diplomatie française”, estimant que le pays “a besoin d’unité” dans ce contexte.”Il ne peut pas y avoir de soumission européenne à Donald Trump”, a-t-il affirmé, tout en appelant l’UE à “cesser d’offrir un ticket d’entrée gratuit” aux Etats-Unis et à la Chine sur le marché européen.

A son procès en appel, Marine Le Pen plaide la “bonne foi” du Front national

Marine Le Pen a plaidé mercredi la “bonne foi” du Front national au deuxième jour de son interrogatoire, lors du procès en appel à Paris des assistants parlementaires d’eurodéputés de son parti.”Pourquoi est-ce que nous, qui sommes des gens rigoureux, semblons avoir fait preuve, dans la façon dont ce dossier est présenté, d’une absence totale de rigueur? Car nous étions totalement de bonne foi”, a fait valoir mercredi matin la cheffe de file de l’extrême droite.La justice lui reproche, ainsi qu’au Rassemblement national (alors appelé Front national) et à dix autres cadres, le paiement entre 2004 et 2016 de salariés du parti, qui traversait alors des difficultés financières en raison de mauvais résultats électoraux, avec de l’argent du Parlement européen.Devant la cour d’appel, la présidente des députés RN, actuellement inéligible et qui joue lors du procès sa candidature à la présidentielle de 2027, soutient que si le parti à la flamme a commis un délit, ce n’était en rien intentionnel, blâmant l’administration du Parlement européen.Certes, concède-t-elle, “des reproches incontestablement peuvent nous être faits”. Mais les problèmes liés à l’emploi d’assistants parlementaires découlent selon elle d’un défaut d’information et de contrôle de l’institution communautaire, car “l’administration du Parlement européen était beaucoup plus coulante que ce qu’elle est aujourd’hui”.Pour Marine Le Pen, l’activité politique des assistants parlementaires résultait du “cordon sanitaire” mis en place contre la formation d’extrême droite dans l’hémicycle européen.”L’objectif était d’interdire à un député du FN d’avoir la moindre mission au sein d’une commission (…) On nous avait un petit peu condamné à une fonction tribunitienne”, dit-elle, vêtue d’un tailleur bleu marine.Pour la députée du Pas-de-Calais, le temps écoulé depuis les faits rend “extrêmement difficile de faire peser la preuve de son innocence”, tandis que la cour d’appel décortique un par un les différents contrats d’assistants parlementaires liés à son mandat d’eurodéputée.”Je ne sais pas comment faire pour vous prouver ce que je ne peux pas vous prouver, que je dois vous prouver”, finit-elle par s’agacer.Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris l’a déclarée coupable et notamment condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, l’empêchant en l’état de se présenter à la prochaine présidentielle. Un coup de tonnerre au moment où la candidate potentielle survolait les intentions de vote pour le premier tour.Son interrogatoire doit se poursuivre mercredi après-midi.

Nouvelle-Calédonie: les indépendantistes du FLNKS rejettent un nouvel accord

Les indépendantistes du FLNKS ont annoncé mercredi rejeter “sans équivoque” l’accord institutionnel et économique sur la Nouvelle-Calédonie signé à l’Elysée par différents partis pour débloquer le processus politique sur l’archipel.Baptisé “accord Élysée-Oudinot”, ce texte signé lundi complète celui de Bougival, déjà rejeté par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui a boycotté les discussions en janvier.Le nouveau texte “entérine un passage en force de l’Etat”, dénonce le parti dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, rappelant avoir refusé l’accord de Bougival “du fait de sa totale incompatibilité avec la trajectoire de décolonisation de Kanaky”, nom donné à la Nouvelle-Calédonie par les indépendantistes.Bougival prévoyait la création d’un État calédonien inscrit dans la Constitution française, doté d’une nationalité propre et qui pourrait être reconnu internationalement. Mais il maintenait le lien avec la France, point noir pour le FLNKS.L’accord Elysée-Oudinot réaffirme la reconnaissance de l’identité kanak et l’exercice du droit à l’autodétermination avec “la possibilité pérenne de transférer les compétences encore détenues par l’État dans un cadre organisé avec lui”.Les délégations ont également approuvé un volet du texte consacré à la “refondation du pacte économique et social” de la Nouvelle-Calédonie, s’entendant sur le soutien financier que l’Etat apportera à l’archipel.   Après cette signature, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, avait assuré que “la porte rest(ait) ouverte” au FLNKS, alors que beaucoup en Nouvelle-Calédonie estiment qu’aucun accord politique n’a jamais pu être mis en œuvre sans la signature du mouvement indépendantiste historique du territoire. Le FLNKS a critiqué un “chantage économique” destiné à faire accepter “le projet de l’Etat”. Selon le parti, ce texte “ouvre en fait la voie au dégel du corps électoral”, auquel il s’oppose fermement.Instauré en 1998, ce gel limite le droit de vote aux scrutins provinciaux aux personnes installées avant cette date et à leurs descendants. Sa réforme, réclamée par les non-indépendantistes mais redoutée par les indépendantistes qui y voient une dilution du vote kanak, avait été au cœur des tensions ayant déclenché les émeutes meurtrières de mai 2024.Ces violences, les plus graves depuis les années 1980, ont fait 14 morts et causé plus de deux milliards d’euros de dégâts, plongeant le territoire dans une grave crise économique et sociale.Les signataires du nouvel accord tablent sur une adoption du projet de loi constitutionnelle au Sénat dès février, puis à l’Assemblée nationale en mars-avril, avant la réunion à Versailles du Congrès, qui réunit députés et sénateurs.De son côté, “le FLNKS poursuivra son action politique pour faire respecter la trajectoire vers la pleine souveraineté, telle que prévue par l’Accord de Nouméa et le droit international”, conclut le communiqué du parti indépendantiste.

Loi fin de vie: le Sénat se penche sur l’aide à mourir, la droite monte au créneau

Maintes fois reportée, la réforme de la fin de vie a fait son retour mardi au Sénat, où la droite, très réticente sur la création d’un droit à l’aide à mourir, compte réduire nettement la portée du dispositif adopté à l’Assemblée nationale.”Un texte d’abandon”: à l’ouverture de ces débats très sensibles, le président des Républicains Bruno Retailleau a résumé la position d’une grande partie de la droite, majoritaire à la chambre haute avec ses alliés centristes.”Le risque, c’est qu’il devienne demain plus facile de demander la mort que d’obtenir un soin”, s’est inquiété le sénateur de Vendée, assurant qu’il s’opposera à cette réforme synonyme pour lui de “rupture anthropologique”.Les débats s’étireront pendant une semaine, avant un vote solennel prévu le mercredi 28 janvier à 16H30. Ils s’annoncent imprévisibles et serrés, même si les premiers votes, mardi soir, ont laissé présager un rapport de force favorable aux sénateurs les plus réservés, voire aux opposants du texte.Nourrie de nombreuses réflexions et travaux, la proposition de loi du député Olivier Falorni légalise un dispositif très encadré de suicide assisté et – dans certains cas – d’euthanasie, même si ces mots de figurent pas noir sur blanc dans le texte.Largement soutenue à l’Assemblée nationale au printemps 2025, son examen au Palais du Luxembourg a été plusieurs fois reporté en raison de l’instabilité politique.Si cette réforme majeure du second quinquennat d’Emmanuel Macron aboutissait, la France rejoindrait d’autres pays ayant légiféré sur la question, comme les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, le Canada.- Long chemin parlementaire -Le président de la République a promis d’aller “au bout du travail législatif” dès cette année, ce qui nécessitera encore plusieurs aller-retours entre Sénat et Assemblée nationale.L’examen du texte au Sénat n’est donc qu’une étape préliminaire. Mais cette discussion va permettre d’observer le fossé qui sépare les députés des sénateurs dans leur vision de cette réforme d’ampleur.Les premiers avaient opté pour la création d’un “droit à l’aide à mourir” accessible aux malades atteints d’une maladie incurable en “phase avancée” ou “terminale”, une rédaction jugée “équilibrée” par la ministre de la Santé Stéphanie Rist.Les seconds se dirigent eux vers une refonte profonde du dispositif, transformé en une “assistance médicale à mourir” réservée aux malades dont le pronostic vital est engagé “à court terme”, soit potentiellement de quelques jours seulement. Le spectre des personnes éligibles serait donc extrêmement restreint. La gauche et quelques centristes ont regretté ce ciblage sur les malades “à l’agonie”: ce serait “vider le texte de sa substance” et “faire semblant d’avancer”, a regretté la sénatrice socialiste Annie Le Houérou. En résumé, “une loi pour rien ou pas grand chose”, selon l’auteur du texte, Olivier Falorni.Mardi soir, le rétablissement des critères votés à l’Assemblée nationale a été repoussé à 18 voix près, donnant un premier signal des rapports de force au Sénat. L’article-phare du texte, qui définit précisément le dispositif et ses modalités, doit être mis au vote mercredi après-midi.L’issue du texte reste imprévisible, car la droite sénatoriale oscille entre deux stratégies: celle de rejeter en bloc le texte, quitte à ce que le gouvernement donne le dernier mot à l’Assemblée nationale, ou celle d’amoindrir au maximum le dispositif avec de nombreux garde-fous pour tenter de peser sur le débat.- “Droit de tuer” ? -Les sénateurs LR ont confirmé leur vive opposition, certains allant jusqu’à craindre la légalisation d’un “droit de tuer”, suscitant d’importantes protestations à gauche.”Partout où la loi a été votée, la brèche s’est ouverte”, a fustigé Francis Szpiner (LR), redoutant à terme que “l’euthanasie” concerne “les mineurs, les personnes âgées”.Au contraire, “ce texte n’organise pas la mort, il encadre une ultime et respectueuse protection”, a plaidé le chef des sénateurs PS Patrick Kanner.Les débats dépassent largement les murs du Palais du Luxembourg, avec des prises de position multiples d’associations, militants, syndicats de soignants et autres représentants des cultes, ces derniers ayant publiquement rappelé leur hostilité.Plusieurs milliers d’opposants ont aussi manifesté dimanche à Paris dans le cadre de la “marche pour la vie”, et une quinzaine d’entre eux s’est réunie devant le Sénat mardi soir, brandissant des pancartes appelant à “des soins, pas l’euthanasie”.Une autre proposition de loi plus consensuelle sur les soins palliatifs sera examinée en parallèle dans les prochains jours.

Accusé de diffamation par Jean-Michel Aulas, Rue89Lyon relaxé

Le média indépendant Rue89Lyon a été relaxé mardi dans un procès pour diffamation intenté par le candidat à la mairie de Lyon Jean-Michel Aulas et son fils après un article sur leurs investissements en Floride, et les deux hommes vont faire appel du jugement.”Les propos poursuivis ne contiennent pas d’allégation diffamatoire”, a jugé le tribunal correctionnel de Lyon, en condamnant Jean-Michel et Alexandre Aulas à verser 3.369 euros aux journalistes de Rue89Lyon pour rembourser leur frais de justice.”C’est une victoire pour la liberté de la presse”, a réagi le directeur de la publication de Rue89Lyon, Pierre Lemerle.Le tribunal a envoyé “un double message”, selon lui: “l’un aux journalistes en leur disant + Vous êtes libres de faire ce métier+, l’autre aux politiques et hommes d’affaire (…) +Arrêtez de tenter de faire taire la presse+”.”Estimant que les propos publiés par Rue89Lyon, par leurs insinuations relatives à une prétendue évasion fiscale totalement mensongère porte atteinte à leur honneur et à leur réputation”, Jean-Michel et Alexandre Aulas ont annoncé dans un communiqué à l’AFP qu’ils avaient “décidé d’interjeter appel” du jugement.Le groupe Holnest, contrôlé par Jean-Michel Aulas, avait porté plainte pour diffamation après la publication en octobre 2023 d’un article sur un investissement fait par le groupe familial aux Etats-Unis.L’enquête intitulée “La famille Aulas s’envole en jet privé vers des paradis fiscaux” était centrée sur la société américaine Embassair, spécialisée dans l’accueil de jets privés de luxe en Floride, cofondée par Jean-Michel Aulas. Lors de l’audience le 18 novembre, les avocats de l’homme d’affaires avaient dénoncé l’utilisation de certains termes – “Sociétés offshore”, “poupées russes”, “écran de fumée” – visant selon eux à “insinuer que M. Aulas fait de l’évasion fiscale”.L’avocat de Rue89 avait pour sa part dénoncé une “procédure abusive”, estimant que les journalistes avaient fait leur travail en posant des questions.Le média avait été soutenu par le Syndicat national des journalistes (SNJ), qui a qualifié cette plainte de “procédure-bâillon”, visant “à museler les journalistes”.L’appel “ne vise en aucun cas à remettre en cause la liberté de la presse, à laquelle ils sont attachés, mais à rappeler que celle-ci doit s’exercer dans le respect des principes de responsabilité, de justice et de respect de la réputation d’autrui”, expliquent MM. Aulas père et fils dans leur communiqué.L’équipe de campagne du maire écologiste sortant Gregory Doucet, loin derrière Jean-Michel Aulas dans les sondages, avait témoigné de sa “solidarité” aux journalistes de Rue89.Hasard du calendrier, le tribunal de Lyon examinait mardi soir une plainte pour diffamation de M. Doucet et de Bruno Bernard, président écologiste de la Métropole de Lyon, contre le site Lyon People pour un article publié en février 2025, les accusant d’avoir “deux nouveaux morts sur la conscience”. Le média local leur imputait une responsabilité dans le décès de deux jeunes Nigériens renversés par un automobiliste alors qu’ils circulaient en trottinette dans une zone de travaux.

G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron a tenté un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d’un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l’imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.”Mon ami”, commence le président français dans un message privé qui n’aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.”Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland”, poursuit-il.Il propose “une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi”, et se dit prêt, “en marge” de ce sommet, à “inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes”. Et ce alors même qu’un sommet européen est déjà prévu jeudi soir à Bruxelles, consacré justement à la nouvelle offensive diplomatico-commerciale des Etats-Unis.L’invitation à un G7 a quoi qu’il en soit été rejetée par Donald Trump, qui en a profité pour moquer “Emmanuel”, “un type sympa” mais qui “ne va pas rester là très longtemps”, son mandat s’achevant l’an prochain.Une présence officielle de dirigeants russes à Paris aurait été inédite depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois dit vouloir la réintégrer.Devant le Forum économique mondial à Davos, Emmanuel Macron a eu des mots durs pour la diplomatie trumpiste, disant préférer “le respect plutôt que les brutes” ou “la loi du plus fort”.Le président français estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s’emparer du Groenland et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s’y opposent, il tente de jouer sur les codes disruptifs de son homologue.”Le président Trump aime faire des opérations. J’ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien”, avait-il reconnu en octobre au sujet de ses “coups” qui sèment souvent la sidération.Accusé d’être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l’Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l’île arctique.Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l’UE à s’élever contre les menaces douanières, en demandant encore mardi d’activer son “instrument anti-coercition”, considéré comme le “bazooka” en cas de guerre commerciale.Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement “non” à l’invitation américaine à un “Conseil de la paix” qui ressemble à un substitut de l’ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.- Fin de mandat -Ce dernier a réagi à ce refus en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.Donald Trump reste-t-il un allié? “C’est à lui d’apporter la réponse”, a estimé Emmanuel Macron à Davos, avant d’ajouter: “c’est pas tout à fait les comportements qui vont avec” un tel statut.Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d’abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.A tel point qu’Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d’en faire trop pour plaire à Donald Trump.L’ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l’Elysée avait tort de vouloir ménager l’Américain “pour essayer de l’influencer” et de “tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen”.C’est bien la stratégie d’Emmanuel Macron: “garder Trump au plus près de nous” lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l’Ukraine, le Groenland ou le commerce. “Gérer ses à-coups” et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.”Il pense qu’il faut choisir ses batailles”, analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. “C’est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles”, dit-elle à l’AFP.Selon elle, “l’Europe a besoin que la France”, pays doté de l’arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d’une voix à part, “se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump”.

Budget: Faure défend la stratégie du PS et critique ceux qui ont refusé le dialogue

Olivier Faure a défendu mardi soir le choix du Parti socialiste de “quitter le confort des postures faciles” en tentant de trouver un compromis avec le gouvernement sur le budget, taclant “ceux qui se limitent à la critique”.”Nous avons fait le choix de quitter le confort des postures faciles pour protéger les classes populaire et moyenne et changer leurs vies”, a expliqué le premier secrétaire du PS lors de ses voeux à la presse, alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a activé dans l’après-midi un premier 49.3 à l’Assemblée nationale pour faire passer le budget pour 2026 sans vote.Dans un contexte d’absence de majorité parlementaire, “nous devions chercher le compromis, fatalement insuffisant pour ceux qui limitent la fonction politique au commentaire”.”Mais on ne critique que ceux qui font. Mais que font ceux qui se limitent à la critique? Où étaient-ils quand il fallait peser dans la discussion?”, a-t-il demandé.Le chef des socialistes a déploré que sur le budget de l’Etat, le débat parlementaire s’achève par un 49.3, alors qu’il avait initialement réclamé, et obtenu de Sébastien Lecornu, d’y renoncer.”Je regrette que, dès lors qu’il a été appelé par des parlementaires de gauche comme de droite, l’effort de recherche d’un compromis se soit volatilisé, chacun préférant camper sur des positions identitaires”, a-t-il martelé.”Je regrette qu’à droite comme à gauche, des groupes aient dès le départ ou progressivement choisi de refuser jusqu’au dialogue”, dans un tacle visant aussi ses partenaires de gauche, comme Les Ecologistes et les communistes.”Tous ceux-là savaient qu’ils poussaient de fait à l’adoption du PLF par la voie du 49-3. Procédure qu’ils s’empressent désormais de condamner”, a-t-il dénoncé.”On ne peut pas vouloir déchoir Jupiter de son Olympe, exiger une 6e République, et refuser le débat au sein d’un Parlement rendu souverain”, a encore tancé Olivier Faure, dans une critique à La France insoumise.Sans crier victoire car ce texte n’est “pas un budget socialiste”, le patron du PS a dit vouloir “que les Français sachent qu’il y a un parti en France qui a pris son risque (…) pour rechercher des solutions”.Il a par ailleurs plaidé pour l’unité de la gauche, alors qu’il se rendra samedi à Tours avec ses partenaires pour évoquer la primaire de la gauche et des Ecologistes. “Là où la gauche est unie, elle est utile. (…) Et dans l’histoire de la gauche, l’unité a toujours été la condition de sa victoire”, a-t-il asséné.

À son procès en appel, Le Pen conteste tout “système” de détournement de fonds

“Il n’y a pas eu de système généralisé”: Marine Le Pen a tenté de convaincre mardi la cour d’appel de Paris, qui la juge pour détournement de fonds, de “cas différents” pour chaque contrat litigieux d’assistant parlementaire d’eurodéputés FN,  récusant avoir donné des consignes.A la barre pendant près de cinq heures, la triple candidate malheureuse à la présidentielle y revient à trois reprises: “Le terme de +système+ me gêne car on a le sentiment d’une manipulation”.Pour Marine Le Pen, il s’agit de s’en prendre à la pierre angulaire de l’accusation, identifiée comme déterminante dans la lourdeur de sa condamnation en première instance au printemps dernier. Elle avait été condamnée à quatre ans d’emprisonnement dont deux avec sursis, 100.000 euros d’amende et, surtout, cinq ans d’inéligibilité avec effet immédiat qui l’empêche à date de concourir à l’élection présidentielle.La justice lui reproche, ainsi qu’au parti (alors appelé Front national) et à dix autres cadres, d’avoir embauché des assistants parlementaires pour leurs eurodéputés, rémunérés par des fonds européens, mais dont l’activité réelle n’était qu’au seul bénéfice de la formation d’extrême droite.En première instance, le détournement de fonds public au préjudice du Parlement européen – qui s’est constitué partie civile – a été chiffré à 3,2 millions d’euros, une fois déduit 1,1 million d’euros déjà remboursés par une partie des prévenus.Devant la présidente de la cour d’appel Michèle Agi, Marine Le Pen se montre d’abord contenue au début de son interrogatoire, dans un effort de contrition qui doit trancher avec l’atmosphère houleuse lors de l’audience de l’année dernière devant le tribunal correctionnel.La députée du Pas-de-Calais se veut ferme, mais peine rapidement à contenir un agacement au fur et à mesure qu’elle est questionnée sur des éléments du dossier équivoques, voire embarrassants.Cet email, envoyé entre “tiers payeurs” qui font le joint-venture avec le Parlement européen, qui propose un vaste plan de chaises musicales des assistants afin d’éviter la “catastrophe”? “On a l’impression qu’il n’y a que des considérations financières qui président”, observe la magistrate. “Vous avez raison, c’est le sentiment qu’on peut avoir, mais ils faisaient des plans sur la comète”, jure Marine Le Pen.Ce message du trésorier du parti Wallerand de Saint Just –“Je crois que Marine sait tout cela”–, en réponse à un eurodéputé qui s’inquiète d’un système d’emploi fictif? “Je n’en étais pas destinataire, mais ce qui est sûr, c’est que si j’avais reçu un mail comme celui-là, je n’y aurais pas répondu avec cette désinvolture”, assène-t-elle.D’ailleurs, fait-elle observer, “la masse salariale du Front national ne cesse d’augmenter en 2014, 2015, 2016. Si vraiment il y avait eu une volonté, en quelque sorte, d’alléger le FN, ça se verrait de partout. Ça ne se voit absolument nulle part”.- Responsabilité de Jean-Marie Le Pen -Mardi, la cour d’appel avait commencé la journée par l’interrogatoire du député de l’Yonne Julien Odoul, mis en grande difficulté sur la réalité de son emploi d’assistant parlementaire d’une eurodéputée frontiste en 2014-2015 Mylène Troszczynski, alors que l’organigramme du parti le présentait comme “conseiller spécial” de Marine Le Pen, alors présidente de la formation.”Je n’ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski car elle ne me donnait pas de travail”, a-t-il admis à la barre. L’enquête avait établi qu’en un an et demi, il n’avait eu que douze communications avec sa supérieure théorique et que de leur trois appels, le plus long avait duré quatre minutes et dix-sept secondes.Julien Odoul a soutenu s’être alors mis informellement au service de Marine Le Pen car Mylène Troszczynski lui “avait dit de (se) rendre utile au sein du siège du Front national”.Quelques heures plus tard, Marine Le Pen confirme, au prix de contorsions: “Il pouvait être conseiller spécial à mon cabinet et être assistant parlementaire”, d’autant “qu’il ne faisait pas huit heures de travail pour moi”. Et si elle “supposait” qu’il avait un emploi, elle assure qu’elle ignorait qu’il était censé être au service de Mylène Troszczynski.Après avoir esquissé à l’ouverture des débats, la semaine dernière, une inflexion dans sa défense – “si tant est qu’un délit a été commis” – en se concentrant sur la contestation de toute “intention” fautive, Marine Le Pen s’est finalement contentée d’un mea culpa a minima: “C’était peut être contestable, condamnable, le fonctionnement n’était peut-être pas idéal, mais tous ces gens travaillaient” pour leurs eurodéputés.Seule évolution notable: une bascule des responsabilités sur son père, Jean-Marie Le Pen, qui était, selon elle, “en quelque sorte dirigeant de ce mini-groupe” d’eurodéputés jusqu’en 2016, même après qu’elle lui avait succédé à la tête du parti cinq ans plus tôt.L’interrogatoire doit se poursuivre mercredi.