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Jean-Pierre Farandou, un cheminot au Travail

Jean-Pierre Farandou, reconnu pour son ouverture au dialogue pendant les six ans qu’il a passés à la tête de la SNCF, notamment sur le sujet de la  retraite des cheminots, devient ministre du Travail et des Solidarités.Nommé dimanche, celui qui est toujours officiellement président de la SNCF prend place dans le second gouvernement de Sébastien Lecornu, finalement reconduit à Matignon après plusieurs jours de tractation avec les oppositions politiques. En jeu notamment, la suspension de la réforme des retraites de 2023 demandée par la gauche.- “Infatigable du dialogue social” -Cette hypothèse a provoqué l’ire d’une partie de la droite, mais pourrait devenir une des concessions du gouvernement Lecornu 2 au Parlement pour éviter la censure.Des compromis sur les retraites, Jean-Pierre Farandou en a déjà fait l’expérience.Pour éviter, avec succès, qu’un mouvement social parmi les cheminots perturbent la bonne tenue des Jeux de Paris, Jean-Pierre Farandou signe en 2024 un accord sur la fin de carrière, provoquant alors une polémique à droite et au sein d’une partie du gouvernement Attal.Certains dénonçaient “un contournement de la réforme des retraites”, ce que contestait fermement Jean-Pierre Farandou.Tout juste un mois après sa nomination en novembre 2019 comme président de la SNCF, il connaissait déjà un premier mouvement social parmi les plus longs de l’histoire du groupe ferroviaire public contre le premier projet de réforme des retraites d’Emmanuel Macron, finalement abandonné pendant la crise du Covid-19.En 2023, les cheminots se mettent de nouveau massivement en grève contre une réforme qui recule l’âge de départ à 64 ans et qui sera, elle, finalement adoptée par le Parlement la même année.”Je suis un infatigable du dialogue social”, a souvent répété cet ingénieur des Mines, fils d’une institutrice et plutôt identifié à gauche. “Farandou c’est un cheminot, donc on a un langage commun”, lui reconnaissait fin 2024 le délégué Sud-Rail Fabien Villedieu, qui s’est pourtant souvent opposé à son patron, qui a rejoint la SNCF au début des années 1980.”On peut lui reconnaître une capacité à écouter”, confirmait Thierry Nier, de la CGT-Cheminots. “Mais ça ne fait pas l’alpha et l’oméga. Il nous a écouté sur le fret et on a quand même eu la liquidation de Fret SNCF” (en raison d’une procédure pour aides illégales intentée par la Commission européenne), relevait-il.- Plan d’économies -A son arrivée à la présidence de la SNCF Jean-Pierre Farandou se voit confier une mission: mettre en oeuvre la réforme ferroviaire de 2018 et transformer l’établissement public SNCF en société anonyme à capitaux publics, pour la préparer à entrer dans le monde de la concurrence.Le défi est de taille face à un corps cheminot récalcitrant, privé de son statut et des avantages qui vont avec à partir de janvier 2020, pour les nouveaux entrants. Il doit mener un plan d’économies pour améliorer la compétitivité de la SNCF, si possible sans s’endetter.Affable, il se distingue de son prédécesseur Guillaume Pepy, plus ostentatoire, par une forme de frugalité affichée.A peine quelques mois après son arrivée, le groupe ferroviaire est confronté à l’une des pires crises de son histoire.La pandémie de Covid-19 paralyse la quasi totalité des trains et seuls quelques TGV roulent encore, outre des trains sanitaires affrétés pour transporter les malades en dehors des régions submergées par l’épidémie.La SNCF navigue au gré des vagues d’épidémie successives, des confinements et des couvre-feu, mais parvient a sortir la tête de l’eau à partir de 2021. En 2022, elle affiche même un bénéfice record: 2,4 milliards d’euros.Le mandat de Jean-Pierre Farandou devait officiellement s’achever mi-2024. Il a d’abord été reconduit jusqu’aux termes des Jeux de Paris, puis jusqu’à la nomination de son successeur, maintes fois reportée depuis la dissolution de l’Assemblée nationale.Sa nomination comme ministre du Travail dimanche pourrait enfin mettre fin à son intérim et laisser le champ libre à l’ex-Premier ministre et actuel PDG de la RATP Jean Castex, désigné par l’Elysée pour lui succéder.

Catherine Vautrin aux Armées après l’imbroglio Le Maire

Bruno Le Maire ayant renoncé face à la polémique, le portefeuille des Armées revient à Catherine Vautrin, qui troque son super-ministère de la Santé, du Travail et des Solidarités pour ce poste régalien où elle devra piloter le réarmement français face au regain de tensions géopolitiques.Rompue aux arcanes du pouvoir, cette ex-chiraquienne de 65 ans va ainsi succéder à Sébastien Lecornu, reconduit vendredi à Matignon au terme d’une semaine de crise politique. Cette ex-LR, devenue membre et fidèle soldat de Renaissance, un temps pressentie pour Matignon au début du second quinquennat, a incarné avec d’autres le virage à droite d’Emmanuel Macron, conservée dans les gouvernements successifs (Attal, Barnier, Bayrou) depuis janvier 2024, principalement à la tête de son super-ministère social mais avec aussi un passage aux Territoires. Aux Armées et aux Anciens combattants, sous réserve de l’adoption du projet de budget 2026, elle devra s’atteler à l’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) pour accélérer le réarmement du pays face à la détérioration de la sécurité en Europe sous la menace russe.Le président Emmanuel Macron avait annoncé en juillet vouloir renforcer l’effort budgétaire pour la défense, en ajoutant des dépenses de 3,5 milliards d’euros en 2026 puis à nouveau 3 milliards de plus en 2027.- Habileté -Avec son homologue allemand Boris Pistorius, elle devra aussi d’ici la fin de l’année trouver un chemin pour tenter d’engager la prochaine étape du projet Scaf de futur avion de combat européen, actuellement bloqué par les intérêts divergents des industriels des deux pays.A la tête des ministères sociaux, Catherine Vautrin a déjà montré qu’elle n’avait pas peur de monter au front. Convaincue de la nécessité de couper dans les dépenses publiques, elle a endossé diverses mesures impopulaires, entre économies sur l’hôpital, relèvement du reste à charge des patients sur les consultations médicales, ou proposition de réforme de l’assurance chômage, dénoncée comme violente par les syndicats, qui ont finalement repris la main.En première ligne sur l’épineux projet de loi “fin de vie”, elle a montré son habileté lors du premier passage à l’Assemblée, qui a débouché sur l’adoption de deux textes, l’un sur la création d’une aide à mourir et l’autre sur les soins palliatifs.”Au moment du mariage pour tous, nous avions eu des débats assez rudes, moi l’homme de gauche et elle la femme de droite, mais on s’est retrouvés autour du texte sur la fin de vie et on a bien travaillé ensemble, en confiance et en clarté. (…) Elle est rigoureuse et va au bout de ce qu’elle dit”, juge Olivier Falorni (MoDem), l’un des principaux artisans du texte à l’Assemblée.Dans le champ de la Santé – dont était également chargé Yannick Neuder – elle a gagné le “respect” de ses interlocuteurs. – Ministre de Chirac -Chez les médecins ou pharmaciens, divers représentants syndicaux saluent son “sérieux” et sa “connaissance fine des dossiers”, malgré les “divergences de points de vue”. “Parmi les nombreux ministres qu’on a eus, elle se détache du lot”, souffle l’un d’eux.”C’est une femme fiable, solide”, qui “ne fait pas de vagues” et “sait manager un département ministériel”, commente un député spécialiste des questions sociales.Catherine Vautrin a rallié la macronie en 2022. Après la réélection d’Emmanuel Macron, elle avait salué “une excellente nouvelle pour la France et l’Europe”. Le président lui avait même promis Matignon, avant de lui préférer Elisabeth Borne, sous la pression de macronistes qui dénonçaient sa participation à la mobilisation contre le mariage pour tous. Dans le passé, elle a occupé plusieurs postes gouvernementaux sous la présidence de Jacques Chirac: secrétaire d’État à l’Intégration (2004), aux Personnes âgées (2004-2005), puis ministre déléguée à la Cohésion sociale (2005-2007).Elle fut députée de la Marne à plusieurs reprises entre 2002 et 2017, avant d’être battue par une élue du parti présidentiel. Depuis 2014, elle est présidente du Grand Reims.Elle a aussi eu affaire avec la justice. Elle était trésorière de l’UMP (devenu LR), lorsqu’a éclaté l’affaire Bygmalion sur les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Elle a toutefois été blanchie en 2015 par un non-lieu.Titulaire d’une maîtrise de droit des affaires, elle a notamment travaillé comme directrice marketing dans le groupe d’assurance santé américain Cigna.burs-eva-ic-dab-alu/alv

Hervé Marseille (UDI) estime possible une censure de Lecornu dès “cette semaine”

Le président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), Hervé Marseille, a estimé dimanche qu’une censure du deuxième gouvernement de Sébastien Lecornu pouvait intervenir “cette semaine”, après sa déclaration de politique générale. Avant même qu’il ne soit nommé, le gouvernement est menacé, a estimé le président du groupe Union centriste (59 sénateurs) au Sénat sur Radio J, “peut-être même cette semaine, après la déclaration de politique générale”. Selon lui en effet, le Premier ministre est “le partenaire obligé du parti socialiste” qui réclame notamment la suspension de la réforme des retraites de 2023 pour ne pas voter la censure. “Personne n’a la majorité et donc, si vous ne voulez pas travailler – ce qui a été décidé il y a longtemps – avec le Rassemblement national, vous êtes bien obligé de trouver des compromis avec les socialistes”, a-t-il expliqué, tout en précisant que, pour son groupe, “la réponse est non”.  “On ne revient pas sur la réforme des retraites”, a-t-il insisté, même si “on peut discuter”, “trouver des compromis” à partir des réflexions issues du “conclave” entre partenaires sociaux qui s’est tenu au premier semestre. “Le PS, il faut qu’il lise la Constitution, ce sont les parlementaires qui votent le budget”, s’est-il emporté, “ce n’est pas comme ça, dans un bureau, que ça soit à l’Élysée ou ailleurs, entre nous, autour d’une tasse de café!”. Le PS “ne peut pas dicter le budget”, a-t-il complété tout en reconnaissant que “ça va finir mal”. 

Lecornu, éconduit par LR, face à la tâche redoutable de bâtir un gouvernement

Un Premier ministre encore plus fragile. Les Républicains ont refusé samedi toute participation au gouvernement que Sébastien Lecornu doit constituer dans l’urgence, pris en étau avec un PS qui menace de le censurer sauf réelle avancée sur les retraites. Contre l’avis général, le président de la République Emmanuel Macron a finalement reconduit vendredi son fidèle lieutenant à Matignon.”J’ai démissionné lundi dernier parce que les conditions n’étaient plus remplies”, si elles “n’étaient plus remplies de nouveau, je partirai, je ne ferai pas n’importe quoi”, a promis le Premier ministre à La Tribune dimanche qui évoque l’annonce d’un gouvernement lundi ou mardi et une déclaration de politique générale mardi ou mercredi.  La tâche s’annonce particulièrement rude. Réunis en bureau politique, Les Républicains, qui appartenaient jusqu’ici au socle commun, fragile coalition au pouvoir depuis la dissolution de l’Assemblée nationale à l’été 2024, ont décidé samedi de ne plus faire partie du gouvernement, tout en promettant un “soutien texte par texte” à l’exécutif. Le PS “va faire du chantage à la censure et le prochain gouvernement devra renoncer à tout: le sérieux budgétaire, le régalien, la défense du travail”, a expliqué le président du Sénat Gérard Larcher lors d’une réunion avec les parlementaires LR samedi matin. Il s’est dit défavorable à toute participation, comme le chef du parti Bruno Retailleau qui a confirmé qu’il ne resterait pas au ministère de l’Intérieur. Une décision que Sébastien Lecornu a dit “respecter”. L’étau s’est resserré sur Sébastien Lecornu à qui La France insoumise, les Écologistes, les communistes, ainsi que le Rassemblement national et son allié Éric Ciotti ont déjà promis la censure. Rappelant n’avoir “pas d’autre ambition” que de permettre l’adoption d’un budget et “pas d’agenda” personnel, il a souhaité lors de son premier déplacement samedi dans un commissariat que son gouvernement soit “libre” et comprenne des personnalités “pas emprisonnées par les partis”. “Je n’ai pas le sentiment qu’il y avait beaucoup de candidats, pour être complètement transparent”, a-t-il ironisé en réponse aux critiques virulentes qui ont accueilli sa reconduction à Matignon.- “Renouvellement” -A l’issue d’une folle semaine entamée par sa démission et celle de son premier gouvernement, qui n’aura survécu que 14 heures, l’équipe de Sébastien Lecornu est très attendue alors que le temps presse pour présenter au Parlement un projet de budget et que ce dernier bénéficie des 70 jours requis par la Constitution pour l’examiner avant le 31 décembre. Il faudrait que le texte soit transmis en début de semaine au Parlement, en principe après un passage en Conseil des ministres.Sans doute pas lundi donc, Emmanuel Macron ayant annoncé qu’il se rendrait en Egypte en soutien au plan de Donald Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza. Sébastien Lecornu a prévenu que le futur gouvernement devrait “incarner le renouvellement et la diversité des compétences”, et demandé aux prochains ministres de “s’engager à se déconnecter des ambitions présidentielles pour 2027”.  Au sein du camp présidentiel, c’est le désarroi qui a dominé, à mesure qu’une reconduction de Sébastien Lecornu se profilait, même si samedi finalement, le chef du parti macroniste Renaissance, Gabriel Attal, a jugé que “le seul enjeu qui vaille désormais, c’est de doter la France d’un budget”. Quant au Modem, Marc Fesneau a expliqué samedi dans une déclaration à l’AFP que la manière dont son groupe allait s’engager “était encore à déterminer en fonction des intentions du gouvernement”. Il a rappelé être “ouvert à un débat sur la question de notre système de retraites”.  Le parti Horizons de l’ex-Premier ministre Édouard Philippe, également réuni samedi en bureau politique, continue d’envisager pour la première fois un soutien sans participation au gouvernement si celui-ci touche au “cœur” de la réforme des retraites de 2023.Or, le Premier ministre a rappelé que, sur cette réforme, “tous les débats sont possibles, dès lors qu’ils sont dans un cadre réel et réaliste, y compris sur les questions budgétaires”.- “Un nouveau bras d’honneur” -Le Parti socialiste, que l’exécutif voudrait convaincre d’un accord de non-censure, dit attendre la déclaration de politique générale du Premier ministre.Mais a prévenu: sans confirmation “de l’abandon du 49-3, des mesures pour protéger et renforcer le pouvoir d’achat des Français et une suspension immédiate et complète de la réforme des retraites, nous le censurerons”.Lecornu 2, “c’est pire qu’une provocation, ça a vraiment un côté de négation totale des votes. Finalement, il (Macron) dit un peu aux Français +je vous emmerde, je fais ce que je veux+”, s’est indignée la cheffe des députés écologistes Cyrielle Chatelain. “Un nouveau bras d’honneur aux Français d’un irresponsable ivre de son pouvoir”, a écrit le coordinateur de LFI Manuel Bompard, en précisant que son mouvement déposerait aussi “une nouvelle motion de destitution du président de la République”.Même son de cloche à l’autre bout du spectre politique, où le président du Rassemblement national Jordan Bardella a déclaré que son parti “censurera bien sûr immédiatement cet attelage sans aucun avenir”, en dénonçant “une mauvaise plaisanterie”.

LR refuse d’entrer au gouvernement Lecornu 2 malgré les divergences internes

Les Républicains ont refusé samedi de participer au prochain gouvernement de Sébastien Lecornu, suivant la ligne défendue par son président Bruno Retailleau, malgré les fortes divergences internes apparues entre sénateurs et députés. “A ce stade, la confiance et les conditions ne sont pas réunies pour que Les Républicains participent au gouvernement”, a reconnu le parti dans un communiqué diffusé à l’issue d’un bureau politique “houleux”, selon plusieurs participants qui rapportent à l’AFP des échanges musclés et même des insultes. Cette instance, qui a un pouvoir décisionnel et regroupe les principales personnalités de la droite comme Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand, est plutôt acquise au président du parti. Les LR, revenus aux affaires il y a un an lors de la nomination de Michel Barnier à Matignon, se sont limités à promettre “un soutien texte par texte” au prochain exécutif, assurant ne pas vouloir être “les artisans du chaos”.  Avec cette prise de position officielle du parti, Bruno Retailleau tape du poing sur la table et tente de mettre un terme aux profondes divisions survenues ces derniers jours et qui se sont intensifiées depuis que Sébastien Lecornu a été reconduit vendredi soir par Emmanuel Macron. – Barnier s’abstient -Ces divergences sont apparues lors d’une réunion en visio samedi matin des parlementaires LR où les sénateurs se sont rangés pour la plupart derrière la position du patron du parti, tandis que les députés, menacés par une dissolution, se sont montrés largement favorables à une participation.    “Participer, c’est le dernier acte d’une dissolution dans le macronisme”, a prévenu le patron des Républicains, sans convaincre pour autant les députés et même ses propres soutiens comme l’ex-Premier ministre Michel Banier, récemment élu à l’Assemblée nationale, qui s’est abstenu lors du vote du bureau politique. Dans la nuit de vendredi à samedi, le groupe des députés LR avait apporté un très large soutien à Sébastien Lecornu.Après la dissolution de 2024, de nombreux députés LR avaient sauvé leur siège face au RN dans des circonscriptions rurales, en grande partie grâce à leur ancrage local.Beaucoup ne se sentent pas redevables au parti, dont le nom ne figurait souvent pas sur les affiches électorales, et craignent de ne pouvoir contenir une nouvelle poussée de l’extrême droite en cas de législatives anticipées. “Va te faire élire sur ton nom !”, s’est d’ailleurs emporté un député à l’encontre d’un dirigeant du parti sans mandat qui lui a répondu en l’insultant, ont rapporté les sources. Une sénatrice s’est indignée de voir à la télévision pendant le bureau politique le porte-parole des députés LR Vincent Jeanbrun, favorable à la participation au gouvernement, aux côtés de Sébastien Lecornu qui a effectué sa première sortie à L’Haÿ-les-Roses, sa circonscription en région parisienne.- Wauquiez renforcé -Avec une cinquantaine d’élus, les députés du parti issu du gaullisme occupent une position de pivot à l’Assemblée nationale et constituent aux côtés du bloc macroniste la deuxième composante du socle commun.Le rejet par LR de la main tendue de Sébastien Lecornu intervient moins d’une semaine après la décision inverse des parlementaires. Ils avaient donné le feu vert dimanche dernier à leur participation au premier gouvernement de Sébastien Lecornu.  Bruno Retailleau lui-même avait été reconduit au ministère de l’Intérieur, avant de déclencher la chute du gouvernement quelques heures plus tard, en estimant que sa composition ne reflétait pas la “rupture” annoncée et en pointant tout particulièrement la nomination du macroniste Bruno Le Maire au ministère des Armées.Membre le plus populaire de l’exécutif, Bruno Retailleau s’est imposé dans le paysage politique depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur il y a un an, passant du statut de sénateur celui de présidentiable.En renonçant à rempiler au ministère de l’Intérieur, il ne disposera plus désormais de la tribune que lui offrait son poste pour s’affirmer comme candidat de la droite en 2027.En interne, son rival Laurent Wauquiez, qu’il avait largement battu lors d’une élection interne au printemps à la tête du parti, pourrait sortir renforcé de cette séquence. La position adoptée ce samedi par le parti ressemble comme deux gouttes d’eau à celle défendue il y a une semaine par le patron des députés LR, qui estimait que “les conditions n’étaient (déjà) pas réunies” pour participer au gouvernement Lecornu 1. 

Lecornu sous la menace de la censure dès sa reconduction à Matignon

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, à peine reconduit vendredi soir, est déjà sous la menace d’une censure des socialistes s’il ne fait pas d’emblée plusieurs concessions majeures, dont la suspension de la réforme des retraites.”Nous rappelons de manière très claire ce soir au Premier ministre que s’il n’y a pas dès sa déclaration de politique générale la confirmation de l’abandon du 49-3 (adoption d’un texte sans vote, ndlr), des mesures pour protéger et renforcer le pouvoir d’achat des Français et une suspension immédiate et complète de la réforme des retraites, nous le censurerons”, a déclaré à l’AFP le secrétaire général du PS Pierre Jouvet.Les votes des socialistes seront décisifs en cas de motion de censure, le Rassemblement national et les Insoumis ayant d’ores et déjà annoncé qu’ils la voteraient.Emmanuel Macron a choisi de reconduire Sébastien Lecornu, cinq jours après sa démission, en dépit des mises en garde de son propre camp et de l’hostilité déclarée des oppositions.Le président “donne carte blanche au Premier ministre”, a-t-on ajouté dans l’entourage du chef de l’Etat.Le Premier ministre démissionnaire a dit accepter “par devoir” sa reconduction et promis que “tous les dossiers évoqués” pendant ses consultations avec les partis seraient “ouverts au débat parlementaire”.Sébastien Lecornu, 39 ans, un proche du chef de l’Etat, avait démissionné lundi matin, quatre semaines après sa nomination et 14 heures seulement après la formation de son gouvernement qui a conduit à l’implosion du “socle commun” entre le camp présidentiel et les Républicains (LR).C’est “un nouveau bras d’honneur aux Français”, a aussitôt dénoncé Manuel Bompard chez les Insoumis. Le Rassemblement national censurera “immédiatement cet attelage sans aucun avenir”, a assuré son président Jordan Bardella.Même dans le camp présidentiel, de plus en plus fracturé, le scénario Lecornu 2 ne faisait pas l’unanimité. “Je ne comprendrais pas qu’il y ait une renomination d’un Premier ministre macroniste”, avait prévenu Agnès Pannier-Runacher, macroniste de la première heure et membre du gouvernement démissionnaire.Il pourra néanmoins bénéficier du soutien des Républicains (LR) au Parlement, même si leur participation au gouvernement est incertaine.- “Ca va mal se terminer” -Lundi, peu après sa démission, Emmanuel Macron avait donné 48 heures à Sébastien Lecornu pour tenter de trouver un accord de la dernière chance avec les forces politiques et éviter la censure du futur gouvernement, en l’absence de majorité absolue à l’Assemblée.Après deux jours de tractations, Sébastien Lecornu avait estimé mercredi qu’un “chemin” était encore “possible”.Mais une ultime réunion de crise, convoquée en urgence vendredi à l’Elysée entre le président et les chefs de parti, n’a pas apporté plus de clarté.La gauche, qui réclamait un Premier ministre issu de ses rangs, en est sortie “sidérée”. M. Macron n’a apporté “aucune réponse claire” sur les retraites ou le pouvoir d’achat, a déploré le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.”Tout ça va très mal se terminer” avec une possible “dissolution”, a renchéri la patronne des Ecologistes Marine Tondelier à la sortie de l’Elysée.La gauche a jugé décevantes les esquisses de concession sur la réforme des retraites, pourtant inédites dans la bouche du président qui en avait fait un totem de son second quinquennat.Emmanuel Macron a proposé “non pas de suspendre, mais décaler dans le temps” la mesure sur l’âge de départ à la retraite et non celle sur le nombre de trimestres cotisés, a expliqué la cheffe des députés écologistes, Cyrielle Châtelain.Le Parti socialiste n’a “absolument aucun deal” avec Sébastien Lecornu sur une non-censure, et n’a “aucune assurance ni garantie” sur ses demandes, a affirmé à l’AFP le secrétaire général du parti Pierre Jouvet.- “Pas parfait” -Sébastien Lecornu, dont la reconduction était évoquée avec insistance ces derniers jours, avait lui-même assuré ne pas courir “après le job” et avoir achevé sa “mission”. Il a réaffirmé vendredi que lui-même et sa future équipe devront être dépourvus de toute ambition présidentielle pour 2027.S’il parvient à former un gouvernement dans les prochains jours, Sébastien Lecornu pourrait prononcer dès la semaine prochaine une déclaration de politique générale devant le Parlement, pour exposer sa feuille de route. La France insoumise (LFI) a déjà indiqué qu’elle déposerait dès que possible une motion de censure.Confronté aux répliques sans fin du séisme de la dissolution en 2024, Emmanuel Macron a préféré se replier sur son dernier carré de fidèles après avoir tenté une semi-cohabitation avec l’opposant LR Michel Barnier puis avec le centriste Bayrou.Déjà en décembre dernier, il avait voulu nommer Sébastien Lecornu à Matignon, mais son allié historique François Bayrou avait fini par s’imposer à lui.En attendant, l’urgence est de déposer un projet de budget lundi. Le Parlement aura ensuite une fenêtre de 70 jours pour l’examiner, comme le prévoit la Constitution.Il “ne sera pas parfait”, avait reconnu le Premier ministre démissionnaire mercredi à l’issue de ses multiples rencontres avec les partis, et devra être débattu.Venu de la droite, discret au point d’être quasi inconnu du grand public, Sébastien Lecornu, qui se définit lui-même comme un “moine soldat”, est un compagnon de route du chef de l’Etat depuis 2017, devenu un rouage essentiel de la macronie. De tous les gouvernements depuis la première élection d’Emmanuel Macron, il officiait depuis 2022 au poste stratégique des Armées, après l’Ecologie, les Collectivités et l’Outre-mer.

Lecornu reconduit à Matignon au risque de la censure

Emmanuel Macron a choisi vendredi soir de reconduire le Premier ministre Sébastien Lecornu, démissionnaire depuis lundi, un scénario très critiqué jusque dans son propre camp, qui laisse entière la menace de censure d’une gauche indignée par la décision présidentielle.”Le président de la République a nommé M. Sébastien Lecornu Premier ministre, et l’a chargé de former un gouvernement”, a dit l’Elysée au terme du délai de 48 heures qu’il s’était donné pour une nomination.Le président “donne carte blanche au Premier ministre”, a-t-on ajouté dans l’entourage d’Emmanuel Macron.Le Premier ministre démissionnaire a dit accepter “par devoir” sa reconduction et promis que “tous les dossiers évoqués” pendant ses consultations avec les partis seraient “ouverts au débat parlementaire”. Sébastien Lecornu, 39 ans, un proche du chef de l’Etat, avait démissionné lundi matin, quatre semaines après sa nomination et 14 heures seulement après la formation de son gouvernement qui a conduit à l’implosion du “socle commun” entre le camp présidentiel et les Républicains (LR).En le reconduisant, Emmanuel Macron prend le risque d’un nouveau tir de barrage et d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale alors que la gauche et la droite réclamaient un Premier ministre qui ne soit pas un “macroniste”.C’est “un nouveau bras d’honneur aux Français”, a aussitôt dénoncé Manuel Bompard chez les Insoumis. Le Rassemblement national censurera “immédiatement cet attelage sans aucun avenir”, a assuré son président Jordan Bardella.Même dans le camp présidentiel, de plus en plus fracturé, le scénario Lecornu 2 ne faisait pas l’unanimité. “Je ne comprendrais pas qu’il y ait une renomination d’un Premier ministre macroniste”, avait prévenu Agnès Pannier-Runacher, macroniste de la première heure et membre du gouvernement démissionnaire.- “Ca va mal se terminer” -Lundi, peu après sa démission, le chef de l’Etat avait donné 48 heures à Sébastien Lecornu pour tenter de trouver un accord de la dernière chance avec les forces politiques et éviter la censure du futur gouvernement, en l’absence de majorité absolue à l’Assemblée.Après deux jours de tractations, Sébastien Lecornu avait estimé mercedi qu’un “chemin” était encore “possible”. Mais une ultime réunion de crise, convoquée en urgence vendredi à l’Elysée, entre le président et les chefs de partis n’a pas apporté plus de clarté.La gauche, qui réclamait un Premier ministre issu de ses rangs, en est sortie “sidérée”. M. Macron n’a apporté “aucune réponse claire” sur les retraites ou le pouvoir d’achat, a déploré le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, refusant de donner une “garantie de non censure” au futur exécutif.”Tout ça va très mal se terminer” avec une possible “dissolution”, a renchéri la patronne des Ecologistes Marine Tondelier à la sortie de l’Elysée.La gauche a jugé décevantes les esquisses de concession sur la réforme des retraites, pourtant inédites dans la bouche du président qui en avait fait un totem de son second quinquennat.Emmanuel Macron a proposé “non pas de suspendre, mais décaler dans le temps” la mesure sur l’âge de départ à la retraite et non celle sur le nombre de trimestres cotisés, a expliqué la cheffe des députés écologistes, Cyrielle Châtelain.Le PS, dont la position sera décisive pour la survie du gouvernement, a dû démentir vendredi des spéculations sur un accord de non-censure.Le Parti socialiste n’a “absolument aucun deal” avec Sébastien Lecornu sur une non-censure, et n’a “aucune assurance ni garantie” sur ses demandes, a affirmé à l’AFP le secrétaire général du parti Pierre Jouvet.- “Pas parfait” -Sébastien Lecornu, dont la reconduction était évoquée avec insistance ces derniers jours, avait lui-même assuré ne pas courir “après le job” et avoir achevé sa “mission”. Il a réaffirmé vendredi que lui-même et sa future équipe devront être dépourvus de toute ambition présidentielle pour 2027.Confronté aux répliques sans fin du séisme de la dissolution en 2024, Emmanuel Macron a préféré se replier sur son dernier carré de fidèles après avoir tenté une semi-cohabitation avec l’opposant LR Michel Barnier puis avec le centriste Bayrou.Déjà en décembre dernier, il avait voulu nommer Sébastien Lecornu à Matignon, mais son allié historique François Bayrou avait fini par s’imposer à lui.En attendant, l’urgence est de déposer un projet de budget lundi. Le Parlement aura ensuite une fenêtre de 70 jours pour l’examiner, comme le prévoit la Constitution.Il “ne sera pas parfait”, avait reconnu le Premier ministre démissionnaire mercredi à l’issue de ses multiples rencontres avec les partis, et devra être débattu.Venu de la droite, discret au point d’être quasi inconnu du grand public, Sébastien Lecornu, qui se définit lui-même comme un “moine soldat”, est un compagnon de route du chef de l’Etat depuis 2017, devenu un rouage essentiel de la macronie. De tous les gouvernements depuis la première élection d’Emmanuel Macron, il officiait depuis 2022 au poste stratégique des Armées, après l’Ecologie, les Collectivités et l’Outre-mer.

Au Mans, loin des tractations parisiennes, Le Pen seule en piste et en campagne

Des camions, des casques et des selfies à la pelle: pendant que les autres chefs de parti étaient réunis dans le huis clos brûlant de l’Elysée, Marine Le Pen s’est rendue vendredi au congrès des pompiers au Mans, plus que jamais “en campagne”.Deux scènes, deux ambiances. A Paris, dans le secret du Palais, la “réunion de marchands de tapis” pour “éviter des élections”. Au Mans, en plein soleil, la cheffe de file de l’extrême droite venue répéter que “la seule solution c’est de prononcer la dissolution”.Aucun doute, à deux pas du mythique circuit automobile, Marine Le Pen est lancée pied au plancher sur la route des prochains scrutins. “On est en campagne permanente”, dit-elle. Mais le rythme s’accélère.Lundi déjà, elle a convoqué ses troupes à l’Assemblée nationale, dans la foulée de la démission de Sébastien Lecornu. Désormais la consigne est simple: “Etre en circo, sur le terrain”, rapporte un élu.Pour donner l’exemple, elle parade mercredi au Sommet de l’élevage près de Clermont-Ferrand, tandis que le Premier ministre démissionnaire achève ses “ultimes négociations”. Sans elle. “La plaisanterie a assez duré”, tranche-t-elle, promettant de “censurer tous les gouvernements, jusqu’à la dissolution”.La revoici donc, s’offrant un véritable bain de foule au grand raout des soldats du feu. Comme dans son élément, la patronne du parti à la flamme dit oui à tout: selfies, peluches, bonbons…Entre les vêtements ignifugés et les véhicules sérigraphiés, elle marque quelques arrêts prolongés sur les stands de Mayotte et d’Airbus, se fait prendre en photo avec Pompy, la mascotte du salon… Toujours flanquée du député de l’Aude Julien Rancoule, 32 ans dont la moitié comme pompier volontaire.Au détour d’une allée, une exposante surgit, lui tend un sachet de nourriture pour animaux: “Pour vos chats, Mme Le Pen!”. Un autre en revanche, serre les dents à son passage: “Plus vite elle passe, mieux c’est”.- “Monter en puissance” -Mais Marine Le Pen prend son temps pour déambuler. Pas comme Bruno Retailleau, passé en coup de vent à la mi-journée, pour un discours en tant que ministre démissionnaire de l’Intérieur.Protocolaire et crépusculaire: “Je terminerai mes fonctions par ce congrès”, déclare-t-il avant de s’engouffrer dans la voiture qui le ramène prestement à l’Elysée avec les autres chefs de parti.”Je l’ai croisé sur la route, il avait un rendez-vous à ce qu’il paraît”, ironise la dirigeante du RN, qui en profite pour enfoncer son rival, “terriblement décevant” à Beauvau depuis un an. “Il sort du gouvernement, très bien, il va enfin être dans l’opposition”, ajoute-t-elle.Au passage, elle déplore de ne pas avoir été invitée à l’Elysée et s’en prend aussi à Emmanuel Macron, qui selon elle, “ne respecte pas les institutions” et se place “en rupture” avec sa fonction présidentielle.Le chef de l’Etat “ne peut pas faire comme si le RN n’existait pas” insiste-t-elle, l’accusant comme les autres participants de vouloir “contourner la démocratie”.Message martelé, pour mieux opposer “deux images”, d’un côté celle “qui est proche du peuple”, de l’autre “ceux qui sont dans l’entre-soi malsain”, souligne son conseiller Philippe Olivier. Ce ne serait même qu’un tour de chauffe: “On va pas s’essouffler, on va monter en puissance”La triple candidate présidentielle en a vu d’autres. Accompagnée de sa soeur Marie-Caroline, battue de peu l’an dernier dans la 4e circonscription de la Sarthe, elle observe les camions rouges alignés, toutes échelles déployées.Et se rappelle “la nacelle lors de l’attentat de la villa Poirier” qui avait visé leur père Jean-Marie en 1976. Traumatisme fondateur pour celle qui a repris le flambeau, et l’envie d’en découdre.

Agnès Pannier-Runacher “pas candidate” pour rester ministre

La ministre de la Transition écologique du gouvernement démissionnaire, Agnès Pannier-Runacher, a affirmé vendredi qu’elle n’était “pas candidate” à sa propre succession.”Pour vous répondre très directement, non, je ne suis pas candidate au prochain gouvernement”, a-t-elle déclaré sur franceinfo.Interrogée pour savoir si elle redeviendrait députée du Pas-de-Calais, au cas où elle ne participerait pas à ce gouvernement, elle a répondu: “Tout à fait. Pour le coup, cela n’enlève rien au combat politique que je souhaite porter”.”Je suis très engagée sur la réindustrialisation, sur la souveraineté énergétique, sur l’écologie, très engagée sur mon territoire du Pas-de-Calais et je continuerai. Et a fortiori dans un moment où le Rassemblement national engrange les voix”, a-t-elle indiqué.Agnès Pannier-Runacher, 51 ans, qui était cadre dirigeante d’entreprises privées, est entrée pour la première fois au gouvernement en 2018 comme secrétaire d’État chargée de l’Industrie et de l’Artisanat auprès de Bruno Le Maire.Nommée ministre de la Transition écologique par Elisabeth Borne en mai 2022, elle l’est restée depuis, dans les gouvernements de Michel Barnier, de François Bayrou et de Sébastien Lecornu.Elle s’apprêtait à défendre la position de la France lors d’une réunion, à Brasilia lundi et mardi, pour préparer les négociations climatiques des Nations unies (COP30, 10-21 novembre) à Belém, au Brésil.Sa participation à cette réunion était a priori prévue, sans être certaine, indiquait son entourage à l’AFP en début de semaine.”Je pense que ceux qui nous écoutent se fichent de savoir quel est le destin d’Agnès Pannier-Runacher. Ce qu’attendent les Français, c’est un budget de la stabilité”, a lancé la ministre démissionnaire.”Ce que les Français attendent, c’est une rupture. Et donc il faut que ce (nouveau, NDLR) Premier ministre soit en rupture avec les gouvernements précédents, et qu’il porte cette capacité à négocier, et avec le Parti socialiste et les autres composantes républicaines du Nouveau Front populaire, et avec les Républicains”, a encore avancé Mme Pannier-Runacher.”Ça doit être une personnalité qui n’est pas du camp macroniste (…) Ça doit être une personnalité qui est au-dessus de la mêlée, qui est capable de parler à la droite et à la gauche”, selon elle.

Robert Badinter, artisan de l’abolition de la peine de mort, est entré au Panthéon

Robert Badinter est entré jeudi au Panthéon, le temple de l’universalisme républicain, “avec les Lumières” et “les principes de l’Etat de droit”, lors d’une cérémonie solennelle en hommage à l’artisan de l’abolition de la peine de mort.Emmanuel Macron a promis dans son discours de continuer à “porter” son combat “jusqu’à l’abolition universelle”. “Pour Robert Badinter, chaque jour devant nous doit être un 9 octobre”, date de la loi de 1981 portant l’abolition de la peine de mort, a dit le chef de l’Etat sous la nef du Panthéon.Peu avant, le cénotaphe, cercueil au nom de l’ancien avocat et garde des Sceaux décédé en février 2024 à l’âge de 95 ans, était entré dans l’ancienne église du centre de Paris, devenue monument funéraire portant sur son fronton la devise “Aux grands hommes, la patrie reconnaissante”.Sous les applaudissements du public venu nombreux, les mots du discours du ministre de la Justice de François Mitterrand ont résonné, quand il demanda à la tribune de l’Assemblée nationale le 17 septembre 1981, et obtint “l’abolition de la peine de mort en France”, conformément à un engagement du président socialiste à rebours de l’opinion de l’époque.”Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue”, lançait l’homme de droit devenu homme politique aux députés dans un débat passionné.Parmi les temps forts, Julien Clerc a interprété sa chanson “L’assassin assassiné” consacrée en 1980 à la lutte pour l’abolition du châtiment suprême.Le comédien Guillaume Gallienne a lu un texte de Victor Hugo, précurseur dans ce même combat. Ce texte, comme d’autres, a été choisi par la veuve de l’avocat qui sauva plusieurs hommes de la guillotine, la philosophe Élisabeth Badinter, également applaudie à son arrivée sur place.”Robert Badinter entre au Panthéon avec les Lumières et l’esprit de 1789″, “avec les principes de l’Etat de droit”, a déclaré Emmanuel Macron dans son discours.”Il entre au Panthéon et nous entendons sa voix qui plaide ses grands combats essentiels et inachevés: l’abolition universelle de la peine de mort, la lutte contre le poison antisémite et ses prêcheurs de haine, la lutte pour la défense de l’Etat de droit”, a ajouté le chef de l’Etat.Il a rappelé que Robert Badinter était “né dans les années vingt ravagées par la haine des Juifs” et “s’est éteint dans nos années vingt où à nouveau la haine des Juifs tue”. “N’éteignons jamais cette colère face à l’antisémitisme”, a martelé le président de la République.-“Universalisme républicain”-La journée a été ternie par une profanation de la tombe de Robert Badinter dans la matinée à Bagneux, où il est effectivement enterré. Les “tags qui insultent ses engagements contre la peine de mort et pour la dépénalisation de l’homosexualité”, dénoncés par le maire de la ville, ont été rapidement nettoyés.”Honte à ceux qui ont voulu souiller sa mémoire”, avait immédiatement réagi Emmanuel Macron.Prévue de longue date, cette cinquième panthéonisation sous ses mandats sera une parenthèse en pleine crise politique pour le chef de l’Etat, qui doit décider d’ici vendredi soir quoi faire pour sortir le pays de l’impasse.Celui qui fut aussi président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995 repose désormais symboliquement au Panthéon, à travers des objets déposés dans son cénotaphe: sa robe d’avocat, une copie de son discours sur l’abolition de la peine de mort et trois livres dont un de Victor Hugo.Dans le caveau “des révolutionnaires de 1789″, où reposent Condorcet, l’abbé Grégoire et Gaspard Monge depuis le bicentenaire de la Révolution.Emmanuel Macron a déjà fait entrer dans la nécropole républicaine Simone Veil, rescapée d’Auschwitz et auteure de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, l’écrivain chroniqueur de l’horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale Maurice Genevoix, la star du music-hall, résistante et militante antiraciste franco-américaine Joséphine Baker, et le résistant communiste d’origine arménienne Missak Manouchian.L’historien et résistant Marc Bloch sera à son tour panthéonisé mi-juin, 82 ans après son exécution par la Gestapo en 1944.Pour l’historien Denis Peschanski, le fil conducteur de ces choix présidentiels est l'”universalisme républicain”. “C’est la France des Lumières, qu’incarnait Robert Badinter à travers son combat abolitionniste mais aussi sa défense acharnée des victimes et sa lutte pour les droits”.