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Les économies sur les allocations familiales financeront le nouveau congé de naissance

Le rabot prévu sur les allocations familiales – soit le décalage de 14 à 18 ans de la majoration des allocations – permettra de financer le nouveau “congé de naissance” inscrit dans le projet de budget de la Sécu, a indiqué mercredi la ministre de la Santé.Ce “congé de naissance supplémentaire” de deux mois par parent, rémunéré à 70% du salaire net le premier mois et 60% le deuxième mois, est une mesure “autofinancée, dans le cadre du sérieux budgétaire qui a été proposé” dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, a indiqué la ministre de la Santé Stéphanie Rist, interrogée par la commission des Affaires sociales du Sénat dans le cadre de l’examen des textes budgétaires.Cette mesure n’induit pas de déficit supplémentaire pour la Sécu, car elle sera financée par le décalage de la majoration des allocations familiales des 14 ans aux 18 ans de l’enfant (toujours versées à partir du 2e enfant, ndlr), a-t-elle dit.Selon le journal Le Parisien, ce décalage de la majoration permet à la branche famille d’économiser 200 millions d’euros.Ce décalage intervient “en raison d’études, notamment de la Drees (Direction statistique des ministères sociaux), mais pas que, qui montrent que le coût d’un enfant est vraiment sensiblement plus important quand il arrive à 18 ans plutôt qu’à 14 ans. Ce qui n’était pas vrai il y a des années” a encore justifié Stéphanie Rist, estimant que l’aide arrivera ainsi au moment où elle est “la plus efficace”.S’agissant de la nouvelle taxe exceptionnelle sur les complémentaires santé, initialement prévue à 2,05% et pourrait grimper à 2,25% – soit 1,1 milliard d’euros – pour financer la suspension de la réforme des retraites, la ministre a invoqué la nécessité d’un “effort partagé” entre tous les acteurs de la Sécurité sociale.Elle annoncé le lancement d’une mission “avec deux personnalités qualifiées dans les jours qui viennent” pour travailler sur les liens entre Assurance maladie et complémentaire santé “pour faire évoluer notre modèle de financement”.Mme Rist a également défendu fermement le doublement des franchises médicales payées par les patients, qu’elle préfère appeler “forfaits de responsabilité”.”Ce n’est pas de la culpabilisation, ce n’est pas de la stigmatisation”, a-t-elle indiqué, mais il y a “15.000, 16.000 personnes qui voient 25 médecins généralistes dans l’année”, a-t-elle indiqué.Par ailleurs, “18 millions de nos concitoyens (ndlr les mineurs, les femmes enceintes, les bénéficiaires de la complémentaire solidaire) ne paient pas ces franchises” et ne seront pas donc pas concernés, a-t-elle indiqué. Mme Rist a enfin précisé que les “efforts collectifs” faits dans le budget de la Sécu allaient notamment permettre de financer les maisons France Santé annoncées par Sébastien Lecornu à son arrivée à Matignon, et dont les missions sont encore très floues. “Dans les prochains jours, le Premier ministre va avoir l’occasion de préciser sa vision” sur ces maisons “qui seront un vrai levier d’accès aux soins”, a-t-elle dit.   

Marine Le Pen n’exclut pas une abstention du RN sur le budget de la Sécu

Le Rassemblement national pourrait s’abstenir sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), a indiqué mercredi Marine Le Pen, qui penche en revanche fortement pour un rejet du budget de l’Etat, en cours d’examen à l’Assemblée.”Sur le PLFSS, ça dépendra de ce que nous obtenons, entre l’abstention et le vote contre”, a déclaré la cheffe des députés RN lors d’un échange avec l’Association des journalistes parlementaires (AJP).Le budget de la Sécurité sociale, qui arrivera la semaine prochaine dans l’hémicycle, doit notamment acter la suspension de la réforme des retraites, clé de voûte d’un accord entre le gouvernement de Sébastien Lecornu et le Parti socialiste.A l’inverse, le RN devrait rejeter le projet de loi de finances de l’Etat, a fait savoir Mme Le Pen. “Je ne vois pas bien comment on pourrait s’abstenir, parce que les choix qui sont faits (…) ne correspondent pas à la vision que nous avons exprimée”, a-t-elle expliqué, prenant pour exemple sa demande de réduire la contribution de la France à l’Union européenne.La patronne du parti à la flamme a cependant pointé le “rythme très lent” des débats entamés vendredi, et exprimé sa “grande inquiétude qu’on ne puisse pas arriver au vote” dans les délais prévus par la Constitution.”On part tout droit vers les ordonnances”, c’est-à-dire un budget appliqué sans vote, qui serait “pire que tout”, a-t-elle insisté, réitérant sa volonté de “censurer le gouvernement” pour provoquer une dissolution.Mais le RN n’entend “pas susciter une motion de censure” alors que le PS, dont les voix sont décisives, “est en plein voyage de noces” avec l’exécutif. “On va attendre qu’ils reviennent de la croisière, qu’ils se soient bien engueulés pendant quinze jours, et à ce moment-là on verra s’ils sont revenus à la sagesse”, a-t-elle ajouté.

Fraude bancaire: le Parlement entérine la création d’un fichier centralisé des “IBAN” frauduleux

Le Parlement a entériné mercredi la création d’un fichier national des numéros de compte bancaire frauduleux, principale mesure d’une proposition de loi macroniste.Le texte du député Renaissance Daniel Labaronne, déjà adopté fin mars à l’Assemblée nationale, a été approuvé à l’identique par le Sénat, permettant d’envisager sa promulgation rapide.Il prévoit la création de ce fichier des “IBAN” frauduleux, baptisé fichier national des comptes signalés pour risque de fraude (FNC-RF). Géré par la Banque de France, il constituera un outil de de partage d’information pour lutter contre la fraude.Ce registre “permettra de bloquer plus vite les virements suspects et de renforcer la coopération entre acteurs publics et privés”, a salué la ministre déléguée au Numérique Anne Le Hénanff.En 2023, la fraude aux moyens de paiement a engendré un préjudice estimé à 1,2 milliard d’euros par l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP).La proposition de loi “visant à renforcer la lutte contre la fraude bancaire” prévoit également de lutter plus efficacement contre ces dernières, en confortant le cadre juridique du Fichier national des chèques irréguliers (FNCI), et en prévoyant que les banquiers puissent comme les commerçants accéder à ce fichier lorsqu’un client veut encaisser un chèque.L’adoption de ce texte s’inscrit dans une période où le Sénat est saisi de plusieurs initiatives sur la fraude: un projet de loi gouvernemental contre les fraudes sociales et fiscales sera examiné à partir du 12 novembre en première lecture. Et dès le 5 novembre, un texte de la sénatrice centriste Nathalie Goulet portant plusieurs mesures de lutte contre le blanchiment et la délinquance financière, fruit d’une commission d’enquête parlementaire, sera également débattu.

Jean Castex, un ex-Premier ministre qui accumule les casquettes dans le transport

Homme de terrain rompu au dialogue social et aux échanges avec les élus, l’ex-Premier ministre Jean Castex coche plusieurs cases pour diriger la SNCF, dont il rêvait de prendre les commandes.S’il n’est pas cheminot comme son prédécesseur Jean-Pierre Farandou, parti piloter le ministère du Travail, ce passionné de train peut au moins se targuer d’avoir fait la Une de “La vie du rail”, l’hebdomadaire spécialisé dans le ferroviaire, en juin 2021, lorsqu’il a soutenu et financé la relance des trains de nuit.En trois ans à la tête de la RATP (Régie autonome des transports parisiens), où il avait été reconduit il y a un an, il a rempli la mission principale pour laquelle il avait été nommé: garantir des transports de qualité en Ile-de-France pendant les Jeux olympiques.La partie n’était pas gagnée à son arrivée en novembre 2022, avec un service très dégradé en raison d’une pénurie de personnel liée notamment à la “grande démission” de la période post-covid, d’un absentéisme endémique et de grèves sporadiques pour dénoncer l’ouverture à la concurrence du réseau de bus.Avec l’aide d’un “sac à dos social” négocié par la branche des transports et d’une relance de l’habitat social au profit des salariés de la RATP, Jean Castex arrache des accords sociaux, octroie des hausses de salaires et lance des plans de recrutement qui ont remis l’entreprise sur les rails.Sa plus grande fierté, a-t-il confié à l’AFP début octobre, repose sur les “450.000 CV reçus à la RATP” depuis son arrivée.- Accent du sud-ouest -L’ancien maire de Prades (Pyrénées-Orientales) né dans le Gers, qui a conservé un léger accent du sud-ouest, compte user à la SNCF de la même méthode qu’à la RATP et à Matignon, avec des sorties sur le terrain quasiment quotidiennes.Les syndicats l’apprécient – FO réclamera même qu’il soit reconduit à son poste à la RATP. Les résultats financiers, peu flamboyants durant son premier mandat, sont en amélioration.Sous sa présidence, la RATP a affiché des pertes sur ses activités transport en 2023 et 2024, en partie à cause du choc inflationniste qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie et un bond de 400 millions d’euros de la facture énergétique. Au premier semestre 2025, le groupe est revenu dans le vert, avec un bénéfice de 153 millions d’euros.L’ouverture à la concurrence du réseau de bus de Paris et de sa petite couronne a également été une “révolution” pour la régie, selon son propre aveu: la RATP a perdu l’exploitation de dizaines de lignes au profit de ses concurrents Keolis, Transdev ou ATM.Mais au final, elle est parvenue à remporter huit des 12 lots mis en concurrence, soit 70% du chiffre d’affaires et 75% du personnel. “Ce bilan est au-delà des objectifs que j’avais initialement fixés”, s’est félicité M. Castex dans Le Monde mercredi.Petit-fils de sénateur, formé à l’ENA, passé par la Cour des comptes, Jean Castex est aussi rompu aux rouages de l’Etat et aux négociations techniques: ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand aux ministères de la Santé et du Travail, secrétaire général adjoint de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy, puis délégué interministériel aux JO-2024.- Popularité -Le grand public le découvre le 3 juillet 2020, lors de sa nomination surprise à Matignon, où sa mise quelque peu désuète deviendra familière des Français.Il est l’homme qui organise le premier déconfinement, les couvre-feux successifs qui suivent le rythme des vagues de l’épidémie, mais aussi “le quoi qu’il en coûte” pendant une période de crise où la priorité est la protection des Français.Après Matignon, Jean Castex renonce aux avantages des anciens Premier ministres (chauffeur, protection rapprochée, collaborateur), ce qui contribue à sa popularité.Avant d’arriver à la SNCF, il a proposé de se “déporter” systématiquement de la préparation des appels d’offre à la concurrence sur lesquels la RATP serait aussi en compétition, pour éviter les conflits d’intérêt avec son ancienne mission.Ce fin connaisseur des petites lignes ferroviaires qui a répété son attachement à l’aménagement du territoire lors de ses auditions de pré-nomination, sera immédiatement confronté au dur de la modernisation du réseau ferré français vieillissant, sur fonds de disette budgétaire, et surtout au développement de la grande vitesse et la concurrence internationale.Il est marié et père de quatre filles.

“Quand vous ne dites pas oui, c’est non”: le consentement entre dans la définition pénale du viol

“Une avancée majeure” pour bâtir une “culture du consentement”: le Parlement a entériné mercredi une modification majeure du code pénal en intégrant la notion de consentement à la définition du viol, fruit d’un long processus législatif transpartisan.”Constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti.” Voilà comment la loi sera rédigée dans quelques jours, lorsque le président de la République aura promulgué le texte des députées Marie-Charlotte Garin (Ecologiste) et Véronique Riotton (Renaissance).Leur proposition de loi a été définitivement adoptée mercredi par un vote unanime des sénateurs. Les députés avaient aussi voté majoritairement pour, la semaine dernière.”Nous venons d’obtenir une victoire historique”, ont réagi les deux parlementaires à l’origine du texte dans un communiqué commun, saluant “une avancée majeure dans la lutte contre les violences sexuelles”.Quelques mois après le retentissant procès des viols de Mazan, durant lequel le consentement avait pris une place centrale, le droit pénal va donc être clarifié en comportant, noir sur blanc, cette notion, déjà omniprésente dans la jurisprudence.- Consentement “préalable et révocable” -La France rejoint ainsi les pays ayant déjà modifié leur législation en ce sens, parmi lesquels le Canada, la Suède, l’Espagne, ou encore la Norvège depuis le printemps 2025.”Nous vivons depuis des siècles dans la culture du viol. Commençons à construire la culture du consentement”, a plaidé la sénatrice écologiste Mélanie Vogel: “Quand vous ne dites pas oui, c’est non. Quand vous dites oui parce que vous avez peur, c’est non (…) Le seul oui qui vaille est un oui libre.”Cette modification du code pénal est en gestation depuis près d’un an, fruit d’une longue mission d’information sur ce dossier qui se heurtait encore récemment à d’importantes réticences, y compris auprès de certaines associations féministes.Principales craintes: le risque d’une inversion de la charge de la preuve qui obligerait les plaignantes à prouver qu’elles ne sont pas consentantes, ou encore la possible contractualisation des rapports sexuels induite par le texte. Mais la grande majorité des élus a été rassurée au fil des travaux parlementaires, notamment lorsqu’un avis du Conseil d’Etat rendu début mars est venu solidifier juridiquement la modification proposée.Ainsi, le consentement sera clairement défini par le futur code pénal comme étant “libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable”. “Il est apprécié au regard des circonstances. Il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime”, précise le texte. “Il n’y a pas de consentement si l’acte à caractère sexuel est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature”, ajoute-t-il enfin, reprenant ici les critères qui constituaient jusque ici la définition pénale des agressions sexuelles. La proposition de loi a également été confortée par le gouvernement: le garde des Sceaux Gérald Darmanin comme la ministre déléguée aux Droits des femmes Aurore Bergé l’ont tous deux défendue avec force, malgré leur absence mercredi au Sénat pour l’ultime vote.- Quels effets ? -Seule l’extrême droite s’oppose au texte au Parlement: “Les avocats devront désormais disséquer non plus la violence du coupable, mais les gestes, les mots, le silence de la personne qui se déclare victime”, selon la députée RN Sophie Blanc.Plusieurs sénateurs se sont par ailleurs abstenus, comme la socialiste Laurence Rossignol, qui regrette le choix du mot “consentement”, reflet selon elle d’une “vision archaïque de la sexualité dans laquelle les femmes cèdent ou se refusent”. “Consentir n’est pas vouloir”, a-t-elle alerté sur X.Face à ces doutes, certains parlementaires ont promis de mesurer prochainement les effets de cette évolution pénale sur la répression des violences sexuelles.La Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles (FNCIDFF) a de son côté alerté sur la nécessité d’accompagner cette loi d’une “véritable éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle”, et d’une formation des magistrats et des policiers et gendarmes.”L’adoption de cette loi jouera un rôle crucial dans l’évolution des mentalités à l’égard du viol, mais elle ne fait pas non plus office de coup de baguette magique” pour “mettre un terme à l’impunité concernant les violences sexistes et sexuelles”, a réagi Lola Schulmann, chargée de plaidoyer chez Amnesty International France. 

Ségolène Royal “pourrait participer à une primaire de la gauche” pour 2027

L’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, a affirmé mercredi qu’elle “pourrait participer à une primaire de la gauche” pour 2027, sur France 2.”Oui, je pourrais participer à une primaire de la gauche bien sûr”, a déclaré celle qui fut la première femme à se qualifier au second tour dans la course à l’Elysée.Dans un livre paru ce mercredi “Mais qui va garder les enfants?” (Fayard), Mme Royal développe le principe de “dette générationnelle”, vis-à-vis d’une jeunesse “tenaillée par l’anxiété”, et défend la nécessité “d’assumer pleinement la part maternelle du pouvoir”, à l’inverse du “virilisme toxique”. “Les qualités que l’on prête à l’amour maternel – vigilance, patience, constance, exigence – sont précisément celles que les citoyens inquiets attendent aujourd’hui de leurs dirigants”, écrit celle qui est mère de quatre enfants.”Présider, c’est aimer”, a affirmé Mme Royal sur France 2, soulignant que “la nouvelle génération a perdu confiance en l’avenir, est déstabilisée et titube. Et notre responsabilité, c’est de lui donner à nouveau confiance en l’avenir”.Revenant sur la formule (qui fait le titre de son livre) prêtée à Laurent Fabius en 2007, quand elle s’est présentée à la présidentielle, Ségolène Royal explique que “ce livre retourne le stigmate en disant finalement aujourd’hui, de quoi a-t-on besoin, si ce n’est de tendresse, d’amour du peuple, de sécurisation de ce peuple, de le protéger contre l’anxiété?”, a-t-elle martelé. Elle a assuré que pendant la crise des Gilets jaunes, “une mère de famille” n’aurait pas “embêté ses enfants pendant neuf mois”, ne les aurait pas “réprimés”.”Un pays bien présidé, c’est un pays dans lequel il n’y a pas de révolte sociale, pas de colère sociale qui fait souffrir”, a-t-elle ajouté.Interrogée pour savoir si elle voulait revenir dans la vie politique, Mme Royal a répondu que “ça dépendra du contexte” mais qu’elle souhaitait que “ces idées-là soient portées” à la prochaine présidentielle.Mme Royal, qui avait un temps rendu sa carte du Parti socialiste, avait soutenu une des opposantes à Olivier Faure, Hélène Geoffroy, au dernier congrès du parti.Les modalités d’une potentielle primaire de la gauche, sur lesquelles discutent notamment le PS et les Ecologistes, devraient être rendues publiques en fin d’année. 

Outre-mer: le Sénat adopte le projet de loi contre la “vie chère” mais craint un rendez-vous manqué

Érigée comme “urgence” par Sébastien Lecornu, la lutte contre la “vie chère” en Outre-mer a franchi une étape mercredi avec l’adoption au Sénat d’un projet de loi jugé largement insuffisant par les parlementaires, qui craignent d’attiser la “déception” des territoires ultramarins.Porté par la nouvelle ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, le texte a été très largement adopté à main levée et est désormais transmis à l’Assemblée nationale.Mais derrière ce soutien net à la quinzaine de mesures techniques proposées par le gouvernement, les débats ont surtout révélé les frustrations des élus ultramarins. Nombre d’entre eux se sont d’ailleurs abstenus.Ces derniers espéraient en effet une loi plus ambitieuse pour défendre le pouvoir d’achat et relancer la transparence et la concurrence au sein des territoires d’Outre-mer, sujets au coeur des manifestations qui ont secoué la Martinique à l’automne 2024.Selon l’Insee, l’écart de prix pour les produits alimentaires peut atteindre jusqu’à 42% entre les territoires d’Outre-mer (Guadeloupe et Martinique en tête) et la France métropolitaine. En Guadeloupe, les prix alimentaires ont bondi de 35% en dix ans.- Budget contraint -“Il convient de ne pas donner de faux espoirs, qui engendreront bientôt d’amères déceptions chez nos concitoyens ultramarins”, a noté Micheline Jacques, sénatrice Les Républicains de Saint-Barthélemy et rapporteure d’un projet de loi qu’elle qualifie “d’outil de communication”.Le constat est le même dans les rangs socialistes, où la sénatrice de Martinique Catherine Conconne a dénoncé une occasion manquée. “Cette loi-extincteur ne va pas éteindre le feu de la vie chère sous nos yeux” car elle “n’a pas pris en compte le problème des revenus”, a-t-elle lancé.”Il n’y a pas un centime de mis par le gouvernement”, a constaté l’ancien ministre socialiste des Outre-mer Victorin Lurel.Naïma Moutchou a assumé le “choix” du gouvernement de ne pas s’inscrire “dans le champ social et budgétaire”, estimant que la question des “revenus” devait se résoudre “dans la durée”.- Mesures phares rejetées -Signal fort des réserves du Sénat vis-à-vis de ce projet de loi, les sénateurs ont supprimé l’une de ses mesures phares: l’exclusion des frais de transport du calcul du seuil de revente à perte (SRP), c’est-à-dire la limite de prix en-dessous de laquelle un distributeur ne peut revendre un produit sous peine d’être sanctionné.Une baisse de ce seuil devait permettre, espère le gouvernement, une diminution des prix en rayon, notamment pour les produits de première nécessité. Mais les sénateurs craignent qu’une telle mesure ne favorise plutôt la position dominante des gros distributeurs.Autre point majeur de crispation au Sénat, la mise en place d’un mécanisme de “péréquation” pour réduire les “frais d’approche” (transport, taxes…) des produits de première nécessité, particulièrement élevés en Outre-mer en raison de l’éloignement des territoires. Là encore, le gouvernement n’a pas convaincu, refusant d’associer l’État à ce nouveau mécanisme censé réunir distributeurs et entreprises de fret maritime. Même le chef du groupe macroniste François Patriat a soulevé “un vrai désaccord de fond” avec le gouvernement, estimant que ce refus allait à l’encontre de “la parole donnée” aux territoires ultramarins. Résultat: le Sénat a supprimé la mesure… Conduisant Mme Moutchou à reconnaître: “Le projet de loi risque quelque peu d’être vidé de sa substance”.Les sénateurs ont tout de même soutenu le renforcement du “bouclier qualité-prix” (BQP), qui fixe le prix d’un panier de produits de première nécessité, et visera désormais une réduction effective de l’écart de prix avec l’Hexagone et non plus une simple modération. Ils ont aussi souhaité confier aux préfets des Outre-mer la possibilité de réguler temporairement les prix en cas de crise, comme une catastrophe naturelle. Une mesure similaire plus spécifique au prix des eaux en bouteille, problématique centrale en Outre-mer, a également été votée.Le texte intègre également tout un volet relatif à la transparence, avec plusieurs exigences imposées aux entreprises en matière de transmission de données sur leurs marges et leurs comptes, assorties pour certaines de sanctions.Un amendement socialiste subordonnant l’octroi d’aides publiques aux entreprises dans les Outre-mer au respect de l’obligation de publication de leurs comptes sociaux, a par ailleurs été adopté. 

A deux pas de l’Elysée, Bardella lance son nouveau livre et sa nouvelle campagne

Seul sur scène, Marine Le Pen au premier rang, Jordan Bardella a lancé en grande pompe mardi soir son nouveau livre, recueil de témoignages censé montrer son empathie avec “la France que l’on n’entend plus”, et peut-être lui ouvrir un peu plus la voie vers le pouvoir.Sur le trottoir d’en face, le palais de l’Elysée semble à portée de main. En attendant, la grande salle du théâtre Marigny et ses 1.000 places affiche presque complet.Des dizaines de journalistes au balcon, des centaines de militants et de cadres du parti à l’orchestre, l’état-major au pied de la scène, tous venus assister à la soirée de lancement du deuxième ouvrage du jeune chef du Rassemblement national.Après un clip de présentation, les lumières s’allument et M. Bardella apparaît, micro en main, remerciant d’emblée la patronne du RN, Marine Le Pen, et son allié Eric Ciotti, assis face à lui, aux côtés de quelques autre figures du parti à la flamme comme Sébastien Chenu, Jean-Philippe Tanguy, Edwige Diaz ou encore Marie-Caroline Le Pen.Un an à peine après “Ce que je cherche”, récit autobiographique écoulé à plus de 230.000 exemplaires, celui qui vient de fêter ses 30 ans dévoile un second tome, “Ce que veulent les Français”, chez le même éditeur, Fayard (propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré).Un livre “différent” du premier, “fruit de rencontres” avec une vingtaine de Français aux profils choisis. Des “travailleurs, ouvriers, entrepreneurs” qui “se lèvent tôt et ne comptent ni leurs heures ni leurs efforts”, résume-t-il.”J’ai écrit tout ce que j’ai entendu, tout ce que j’ai ressenti”, assure le leader d’extrême droite, que ces échanges n’ont pas bouleversé dans ses certitudes. Contre les normes, les taxes et les éoliennes; pour les peines planchers, le retour du service militaire et la “présomption de légitime défense des policiers”.- “Je m’y prépare” -L’intéressé ne s’en cache pas: “Une grande partie de ce que j’ai pu entendre ou voir m’a conforté dans mes convictions”, admet-il dans un entretien au Parisien, publié quelques heures avant la sauterie officielle.Le premier jalon d’une intense campagne de promotion, qui démarre sur les chapeaux de roue: d’ici dimanche, quatre autres médias sont déjà programmés dont le 20H00 de France 2 jeudi et la matinale de RTL vendredi.En parallèle, l’auteur à succès enchaînera les séances de dédicaces, en commençant dès mercredi par Bruay-la-Buissière, ville du bassin minier du Pas-de-Calais conquise en 2020 par le RN. Symbole sans équivoque à moins de cinq mois des élections municipales.M. Bardella ira ensuite dans l’Yonne, l’Aude et le Gard, trois départements où l’extrême droite a fait carton plein aux dernières législatives.Une tournée pour asseoir aussi sa stature de favori des sondages. “Le pouvoir, je m’y prépare, j’y travaille”, confie au Parisien le candidat désigné du RN pour Matignon -et plan B présumé pour l’Elysée en cas d’empêchement judiciaire de Mme Le Pen, entravée par une peine d’inéligibilité.”A la tête d’un parti qui a vocation à arriver au pouvoir dans quelques mois”, voire plus vite si la dissolution qu’il réclame depuis la rentrée advient enfin, M. Bardella trépigne de se frotter au suffrage uninominal “en étant d’abord candidat en circonscription”.Après six années à Bruxelles, l’eurodéputé est donc quasiment candidat à une investiture législative acquise d’avance. “Mais je ne vous dirai pas où”, élude-t-il, même si plusieurs sources le voient se parachuter sans risque dans le Var ou les Bouches-du-Rhône.Avec l’aplomb de celui qui affirme avoir saisi “l’esprit et le coeur battant” d’un “peuple qui se confie”. Et qui écrit que ses rencontres lui ont permis de “mieux comprendre (sa) raison d’être”.

A Paris, Pierre-Yves Bournazel prêt à bousculer le jeu municipal

Après deux échecs dans la course à la mairie de Paris, Pierre-Yves Bournazel, 48 ans, proche d’Edouard Philippe et conseiller de Paris depuis 2008, se sent pousser des ailes en vue des municipales de mars, fort du soutien du parti Renaissance.”Ma candidature, c’est quelque chose de réfléchi depuis quinze ans, c’est quelque chose qui vient de loin”, déclarait-il récemment à l’AFP. Battu en 2013 lors de la primaire de la droite, l’homme s’était de nouveau aligné en 2020, avant de se rallier au candidat macroniste Benjamin Griveaux, puis à Agnès Buzyn.Le quadragénaire entend profiter d’une image plutôt consensuelle, se percevant comme un “challenger” entre une majorité “à bout de souffle, en place depuis un quart de siècle”, et Rachida Dati, la maire du 7e arrondissement investie par LR, “une candidature de la revanche et de la régression”.Né dans le Cantal d’un père assureur et d’une mère assistante comptable, Pierre-Yves Bournazel revendique l’héritage d’un grand-père engagé sur le front en 1940, qui lui a transmis sa “méfiance des extrêmes”. Après une enfance à Tulle (Corrèze), il poursuit ses études à Sciences Po Toulouse puis fait ses armes en politique aux côtés de Françoise de Panafieu, candidate UMP à la mairie de Paris.Un temps conseiller presse de Rachida Dati, ce partisan d’Alain Juppé est élu conseiller de Paris dans le 18e arrondissement en 2008, fonction qu’il occupe toujours depuis.Elu conseiller régional sur la liste de Valérie Pécresse en 2010, puis député LR en 2017, il rejoint rapidement “Agir”, soutien d’Emmanuel Macron, puis le parti Horizons d’Edouard Philippe en 2021.Interrogé par l’AFP sur son poulain, l’ex-Premier ministre vante “un enracinement qui a beaucoup à voir avec l’école chiraquienne et une modernité des aspirations économiques et sociales”.”C’est un dur qui a l’air gentil”, confie encore le maire du Havre, louant ses capacités à “ne rien lâcher” et à “rassembler à droite et (…) un peu à gauche aussi”.- “Elu implanté” -“Pierre-Yves laboure le terrain, il connaît Paris comme sa poche”, saluait en juin Agnès Buzyn. “C’est quelqu’un qui vit, qui pense, qui respire Paris”, confirme Florence Berthout, maire Horizons du Ve arrondissement. A gauche, Ian Brossat, candidat PCF à la mairie de Paris, reconnaît un “élu implanté qui a mené sa barque avec sérieux depuis une quinzaine d’années”.”Il profite aussi, sans doute, du fait que Dati est devenue infréquentable aux yeux d’une partie de la droite parisienne”, poursuit le sénateur, une allusion à ses démêlés judiciaires. La ministre de la Culture sera jugée en septembre 2026 pour corruption et trafic d’influence, soupçonnée d’avoir indûment perçu 900.000 euros entre 2010 et 2012 d’une filiale de l’alliance Renault-Nissan.”Rachida est candidate pour Dati. Moi je suis candidat pour Paris (…). Nous n’avons pas le même rapport à la vérité”, taclait Bournazel en juin.Signe d’un possible alignement des planètes, un sondage interne à Renaissance réalisé en août le donnaît à 14% des suffrages au premier tour s’il était soutenu par les marcheurs, contre 21% pour Rachida Dati, en baisse d’environ dix points par rapport à un précédent sondage en juin.Le soutien de Renaissance à Bournazel pourrait le propulser dans la course. Mais certains en doutent. “J’adore Pierre-Yves (…) Simplement ce n’est pas un candidat à la mairie de Paris, c’est un candidat à la mairie du 18e”, confiait encore en mai un député macroniste, doutant de ses capacités à mener une bataille qu’il compare à une “semi-présidentielle”.”L’intéressé préfère quant à lui se présenter comme un “écologiste convaincu”, rappelant par ailleurs sa position en faveur de la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires et en faveur du mariage homosexuel. Parmi ses priorités, il entend lutter “contre le bétonnage de la ville” et contre “le gaspillage des deniers publics”, avec un plan d’économies d’un milliard d’euros sur six ans.

Municipales: à Paris, Renaissance tourne le dos à Dati et soutient Bournazel

Renaissance a entériné mardi son soutien à Pierre-Yves Bournazel, du parti Horizons d’Édouard Philippe, pour les élections municipales à Paris, un choix qui divise au sein du parti macroniste dont une partie œuvrait pour un soutien à Rachida Dati.La commission d’investiture du parti dirigé depuis un an par Gabriel Attal a “validé à l’unanimité moins deux voix le soutien à Pierre-Yves Bournazel”, a indiqué le parti.Lors de cette réunion, la direction de Renaissance a plaidé pour ce “candidat de rassemblement”, “plus clair sur la gouvernance, le projet et la répartition” sur les futures listes électorales à composer, “contrairement à Dati, plutôt muette sur nos attentes”, selon un des participants.Mais cette décision ne fait pas l’unanimité: le député Sylvain Maillard, artisan d’un soutien à Mme Dati, a annoncé mardi qu’il se mettait “en retrait” de la présidence de la fédération Renaissance de la capitale, ajoutant au Parisien qu’il entendait “jouer un rôle, être au cœur de la campagne” de la ministre de la Culture.Quarante-et-un cadres et élus parisiens de Renaissance, dont David Amiel, Olivia Grégoire et Astrid Panosyan-Bouvet, justifient au contraire, dans une tribune à L’Opinion, leur soutien à M. Bournazel, dénonçant notamment la “foire d’empoigne” des Conseils de Paris, où Rachida Dati mène l’opposition à Anne Hidalgo.M. Maillard, qui fut le premier député du parti macroniste élu en 2017, reste néanmoins membre de Renaissance, a-t-il précisé à l’AFP.- Le cas Édouard Philippe -Ancien du parti de droite Les Républicains, soutien d’Édouard Philippe depuis 2017, secrétaire général d’Horizons, Pierre-Yves Bournazel, 48 ans, fait un pas vers l’Hôtel de ville, son ambition de longue date, après une candidature à la primaire des LR en 2014 et un ralliement à Renaissance en 2020.M. Bournazel et Gabriel Attal devraient s’afficher prochainement lors d’un déplacement commun dans la capitale.”Renaissance aura 55% de place dans ma liste, ainsi que dix têtes de liste pour les mairies d’arrondissement”, a précisé M. Bournazel dans un entretien au Parisien.Les partisans d’un soutien à Mme Dati ont notamment dénoncé les déclarations d’Édouard Philippe suggérant à Emmanuel Macron une démission pour une élection présidentielle anticipée.Favorable au soutien à M. Bournazel, le ministre David Amiel l’a lui aussi invité à ne “participer à strictement aucune des attaques insupportables d’Horizons contre le président de la République”.Favorable à un appui à Mme Dati, la ministre Aurore Bergé a par ailleurs demandé un “engagement public” de M. Bournazel qu’il ne rallierait pas le candidat socialiste Emmanuel Grégoire s’il n’était pas en tête au premier tour.- “Tractations nationales” -Rachida Dati, soutenue par Emmanuel Macron selon plusieurs sources, faisait figure de candidate évidente pour une partie des macronistes depuis son entrée au gouvernement en 2024.Mais ce scénario avait également ses détracteurs qui pointaient par ailleurs les ennuis judiciaires de Mme Dati, qui sera jugée après l’élection, en septembre 2026, pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire Renault-Ghosn. Des faits qu’elle conteste.La maire du 7e arrondissement a entre-temps reçu l’investiture des LR. Mais les relations restent compliquées avec le parti de droite, dirigé par Bruno Retailleau, qui a suspendu les ministres de son parti membres du gouvernement Lecornu 2.La porte-parole de LR et présidente de la fédération parisienne Agnès Evren a dit à l’AFP “regretter cette candidature concurrente qui n’a pas de sens” alors que “contrairement à la gauche, nous sommes d’accord sur l’essentiel”.Proche de la ministre de la Culture, la conseillère de Paris Nelly Garnier a pointé une décision de Renaissance “faite selon des tractations nationales” avec Horizons. “Nous, notre objectif est d’accueillir tous les gens de Renaissance qui veulent s’inscrire dans une dynamique gagnante.”S’il n’y a “pas d’accord national” entre les deux partis, Horizons va soutenir les têtes de liste Renaissance à Annecy, Bordeaux, Dijon, Lille et Nîmes, a précisé Renaissance.L’élection à Paris (15 et 22 mars) est incertaine, Anne Hidalgo ne se représentant pas après 24 ans de gestion PS depuis l’élection de Bertrand Delanoë.A gauche, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire, ancien premier adjoint de Mme Hidalgo, et l’écologiste David Belliard sont engagés dans de difficiles discussions sur une union dès le premier tour, chacun revendiquant la tête de liste.