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Procès en appel de l’assassinat de Paty: Ruffin dénonce “l’infâme défense des bourreaux”

François Ruffin a critiqué mardi, au lendemain de l’ouverture du procès en appel des personnes impliquées dans l’assassinat en 2020 de Samuel Paty, “l’infâme défense des bourreaux” et a accusé le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui et son avocat de “salir la mémoire et l’honneur” du professeur. “Sefrioui, le prédicateur islamiste ayant jeté Samuel Paty à la vindicte sur les réseaux sociaux, change de pied. Sa défense ne consiste plus à refuser tout lien avec l’assassin Anzorov. Désormais, il attaque l’enseignant reprenant la rumeur: il aurait discriminé des élèves. La morale est retournée: à l’origine, le délit viendrait de Samuel Paty”, a écrit sur X le député de Picardie, candidat à la primaire des unitaires de gauche pour l’élection présidentielle de 2027.”Sefrioui et son avocat diffament Samuel Paty, l’insultent, salissent sa mémoire et son honneur. Où sont les réactions du ministre de l’Education nationale?”, a ajouté l’élu de la Somme en dénonçant une “intimidation directe pour tout le corps enseignant”.”Que nous valent ces pudeurs de gazelle quand l’honneur d’un enseignant décapité pour transmettre les valeurs de la République est ainsi souillé en place publique?”, conclut-il en interpellant la gauche.L’ancien Insoumis, fondateur du parti Debout, réagissait aux déclarations de Me Francis Vuillemin lundi.L’avocat d’Abdelhakim Sefrioui a accusé le professeur d’avoir “procédé à la discrimination des élèves musulmans”.”Je démontrerai qu’il faisait la même chose dans le précédent établissement où il était affecté en 2016 (…) Lui disait que c’était pour protéger les élèves par rapport à cette caricature. Mais on ne protège personne dans l’école de la République en discriminant, en demandant à des élèves de se désigner en fonction de leur religion”, a-t-il dit devant la presse.L’enseignant d’histoire-géographie avait été décapité le 16 octobre 2020 aux abords du collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par Abdoullakh Anzorov, abattu par la police juste après son crime.Une élève de 13 ans avait menti en l’accusant d’avoir discriminé les élèves musulmans de sa classe lors d’un cours sur la liberté d’expression où il avait présenté une caricature de Mahomet. En réalité, elle n’y avait pas assisté.”Il n’est évidemment pas question de faire le procès post-mortem de Samuel Paty. Ce n’est pas le sujet et ce serait totalement contreproductif, qui plus est compte tenu de l’émotion suscitée par la barbarie de l’acte”, a déclaré un autre des conseils d’Abdelhakim Sefrioui, Me Vincent Brengarth, à l’AFP.”Rien ne doit venir occulter le fait que notre client n’avait aucun lien avec l’auteur de l’attentat, qu’il ne connaissait pas et que ce dernier n’a jamais vu sa vidéo”, a-t-il ajouté.

Municipales: en six ans, le vélo s’est trouvé des ailes

Avec plus de 12.000 kilomètres de nouvelles pistes cyclables ou voies vertes et près de 3.000 kilomètres de “véloroutes” touristiques supplémentaires depuis 2020, le vélo a tenu le haut du pavé depuis les dernières élections municipales, indiquent mardi les élus favorables au vélo.”Depuis 2019, la pratique du vélo a augmenté de 40% en France”, a souligné mardi à Paris Chrystelle Beurrier, maire d’Excenevex en Haute-Savoie, et coprésidente de l’Association transpartisane Vélo et Marche qui regroupe des élus engagés pour le vélo et la marche.”On a vu exploser le vélo pendant ce mandat” grâce au plan pluriannuel vélo, a ajouté Françoise Rossignol, maire de Dainville (Pas-de-Calais) et vice-présidente chargée des transports de la communauté urbaine d’Arras, qui s’inquiète néanmoins pour l’avenir, en raison des coups de rabot budgétaire qui menacent l’enveloppe vélo du fonds vert.Fin 2025, la France comptait 63.390 km de pistes cyclables et de voies vertes contre 51.154 km en 2020, selon le bilan présenté mardi par le réseau national Vélo et Marche à l’Assemblée Nationale.Au total, en incluant les “bandes cyclables”, ces espaces dévolus aux vélos au milieu des voitures et délimités par des bandes peintes sur la chaussée, ou encore les couloirs de bus accueillant des vélos, l’association recense 88.497 km d’aménagements cyclables en France à fin 2025, pour un objectif de 100.000 km en 2030. Tout au long de la mandature, les véloroutes ont elles aussi progressé. Ces itinéraires touristiques à vélo — par exemple la piste qui suit le cours de La Loire, ou la “Velodyssée” le long de la côte Atlantique de Roscoff en Bretagne jusqu’à Hendaye à la frontière espagnole — ont augmenté de 16%, à 21.830 km au total en 2025, contre 18.848 en 2020, selon l’association. “Nous sommes à 83,6% du schéma national des véloroutes”, contre 73,7% en 2020, a ajouté Mme Beurrier. Objectif final: parvenir à 25.900 km de véloroutes en 2030. Un travail de fourmi pour relier les collectivités entre elles, gérer l’accès au foncier et coordonner les différents réseaux (gaz, eau, électricité) sur les trajets. Autre avancée, le nombre de places de stationnement pour vélos: depuis 2019, 48.904 places de stationnement ont été créées dans les gares en France. “On est à un peu plus de 50% de l’objectif”, qui est de 80.000 places d’ici 2027, a précisé Mme Beurrier.

Mairie d’Orange: levée de l’inéligibilité de Jacques Bompard qui peut être candidat

L’inéligibilité de l’ancien maire d’extrême droite d’Orange Jacques Bompard, condamné en mars 2021 pour prise illégale d’intérêt, a été levée mardi par la cour d’appel de Nîmes, l’autorisant à être candidat aux prochaines municipales, a-t-on appris auprès de son avocat.La décision survient le lendemain de la condamnation, à moins de deux mois de l’élection municipale, de son fils Yann, qui lui avait succédé en 2021 à la mairie d’Orange (Vaucluse), et lui-même rendu inéligible.Yann Bompard a été condamné lundi par le tribunal correctionnel de Marseille à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire et 18 mois de prison avec sursis pour avoir occupé un emploi fictif de collaborateur parlementaire.”Hier, Yann Bompard est dégagé de la mairie et dans l’incapacité de se présenter, et ce matin son père peut à nouveau retrouver son éligibilité, le tout sur deux juridictions différentes, le tribunal correctionnel de Marseille pour Yann et la cour d’appel de Nîmes pour Jacques, c’est assez fou”, a commenté l’avocat de Jacques Bompard, Me Gilbert Sindrès.”J’ai été surpris”, a réagi mardi après-midi Jacques Bompard, 82 ans, cité par Ici Provence, confirmant son intention d’être candidat. “Ma popularité est intacte”, a-t-il assuré.Son fils a annoncé faire appel de sa condamnation, estimant qu’il serait “encore opérationnel” pour les municipales de 2032. Aucun des deux hommes n’a pu être immédiatement joint par l’AFP.Yann Bompard avait succédé en novembre 2021 à son père Jacques, contraint de démissionner après le rejet de son pourvoi en cassation contre une condamnation à cinq ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêt.Maire d’Orange, ville de 30.000 habitants, depuis 1995, Jacques Bompard avait été condamné en mai 2019 à une peine de six mois de prison avec sursis, mais avait échappé à la peine d’inéligibilité requise par le parquet. Le 25 mars 2021, il avait été condamné en appel à un an de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité.”La cour a dû se dire qu’à 15 jours près, on n’allait pas l’empêcher de se présenter aux municipales, sinon ça correspondait de fait à prolonger sa peine d’inéligibilité de six ans puisque s’il sautait le tour de 2026, il ne pouvait se représenter qu’en 2032″, a expliqué à l’AFP M. Sindrès.Le décision de la cour d’appel n’était pas immédiatement disponible, ayant été rendue en audience non publique.La justice reprochait au maire d’Orange la vente par la ville d’un bien immobilier à sa fille et à son gendre. Il était également mis en cause pour avoir acheté avec son épouse deux terrains à bâtir dans un lotissement d’Orange via une société civile immobilière (SCI). Elu en 1995 sous l’étiquette Front national, Jacques Bompard avait quitté dix ans plus tard le FN, devenu depuis RN, avant de fonder en 2010 la Ligue du Sud qu’il préside depuis.

Lecornu accuse Ciotti “d’importer” à l’Assemblée sa campagne des municipales de Nice

Sébastien Lecornu a accusé mardi Eric Ciotti “d’importer” sa campagne des municipales à Nice en faisant du “recel du malheur” d’une nonagénaire victime de viol dans cette ville, pour lequel un Tunisien en situation irrégulière a été arrêté.”On vous voit importer votre campagne municipale ici dans cet hémicycle, en faisant le recel du malheur de cette famille”, a lancé lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale le Premier ministre, applaudi par les députés du bloc central et de La France insoumise.Il était interrogé par le président de l’UDR Eric Ciotti, allié du Rassemblement national, à propos du viol d’une femme de 90 ans à Nice, pour lequel un Tunisien en situation irrégulière a été arrêté. Le député dénonçait l'”incapacité” du gouvernement “à expulser” et “à protéger”.”Monsieur le président Ciotti, puisque vous nous appelez à agir, pourquoi dans une heure vous allez censurer le budget du ministère de l’Intérieur, du ministère de la Justice, du ministère des Armées?”, a demandé le chef du gouvernement, confronté à de nouvelles motions de censure mardi après-midi pour avoir déclenché un nouveau 49.3 sur la partie dépenses du budget.L’Assemblée devrait repousser ces deux nouvelles motions, les socialistes ayant annoncé qu’ils ne les voteraient pas.”Qu’attendez vous pour agir? Plutôt que de bloquer, plutôt que d’entraver?”, a poursuivi Sébastien Lecornu en haussant la voix. C’est “insupportable de vous voir faire le recel de cette émotion (…) Au bout d’un moment, halte avec cette petite politique”.M. Ciotti a en retour crié au “scandale”, déplorant que M. Lecornu n’ait pas eu “un mot de compassion” dans sa réponse. “Un Premier ministre responsable et coupable qui doit présenter des excuses à la victime et sa famille”, a-t-il estimé sur X.Sébastien Lecornu s’en était déjà pris à Eric Ciotti fin novembre, en multipliant les piques et en mettant en avant ses divergences avec le parti de Jordan Bardella, notamment sur la fiscalité.

Nevers, laboratoire désenchanté du macronisme

Marcheur avant l’heure, le maire de Nevers Denis Thuriot a fait de sa ville un laboratoire du “ni droite ni gauche”. Mais aujourd’hui, deux fidèles se présentent contre lui, et les partis “classiques” croient en leur résurrection. “Le macronisme est fini”, assurent-ils.”Moi, je ne vote pas pour un parti. Mais, vous, vous avez fait de bonnes choses pour la ville”, lance une retraitée dans l’entrebâillement de sa porte, qu’elle vient d’ouvrir à Denis Thuriot.”Vous voyez, les gens savent faire la différence”, assure le maire de 59 ans, distribuant des tracts qui ne font aucune mention de son appartenance au parti présidentiel Renaissance. “Ici, l’étiquette, c’est +Nevers à venir+”, lance le candidat à sa réélection en mars. Emmanuel Macron, il lui arrive de le mentionner: “Ma proximité avec le président, je m’en sers pour Nevers”, dit-il ainsi à une mère inquiète pour son fils étudiant, lui expliquant que c’est grâce à l’État qu’il peut développer l’Université.En 2013, Denis Thuriot, avocat issu du PS, déchire sa carte et créé une liste rassemblant société civile, droite et centre. La recette réussit et, en 2014, il met fin à 43 ans de socialisme à Nevers, ancien fief du Premier ministre Pierre Bérégovoy.Plus tard, il devient l’un des premiers à rejoindre le parti En Marche du futur président. C’est d’ailleurs à Nevers, ville de 33.000 habitants, qu’Emmanuel Macron tiendra un de ses premiers meetings.En 2020, Denis Thuriot est réélu dès le premier tour, offrant à la macronie un de ses rares succès dans ces municipales.-“Infidèles”-“Historique”, titrait alors Le Journal du Centre, dont la Une est encore accrochée dans le local de campagne du “candidat” Thuriot. Y figure également une photo de 2014 du petit groupe parti à la conquête de Nevers: les représentants de la droite mais aussi deux soutiens de la première heure: Xavier Morel, un entrepreneur, et Amandine Boujlilat, fille d’une figure du PS jamais encartée.Aujourd’hui, chacun d’eux présente sa liste contre le maire. “Ils sont devenus infidèles”, raille Denis Thuriot, amer.”Le macronisme est fini. Ca a été un essai loupé”, se justifie Amandine Boujlilat, 41 ans. Ancienne Première adjointe de M. Thuriot et ex-référente départementale de La République en marche, elle mène dorénavant une liste “vraiment indépendante”. “J’ai été séduite par Macron, par sa nouvelle façon de faire de la politique, mais j’ai fait le constat que son parti fonctionne comme tous les partis”, lâche-t-elle. “Denis Thuriot est devenu le porte-parole du gouvernement, mais les gens nous disent +le macronisme, on en a marre+”.”Thuriot utilise sa ville comme un strapontin”, renchérit Xavier Morel. Ancien adjoint au maire, cet entrepreneur de 62 ans a fait partie de la “société civile” attirée par l’ambition de “faire de la politique autrement”. “C’est moi qui suis allé chercher Thuriot en 2013 pour créer un mouvement sans étiquette. Il a rejoint Macron en 2017. C’est lui qui m’a trahi”, accuse-t-il, assurant mener une liste réellement apolitique. – Le réveil des partis -Face à l’implosion de la macronie, les partis “traditionnels” croient en leur résurrection. “C’est une réinvention”, estime Wilfrid Séjeau, à la tête de la seule liste de gauche (PS, écologistes et PCF). En 2020, il y en avait eu cinq. “Certains à gauche ont voté pour Denis Thuriot mais ils se sont sentis trahis quand il a pris un virage à droite”, juge ce libraire de 46 ans, vice-président du département et conseiller régional.La droite aussi se sent pousser des ailes: après avoir soutenu Denis Thuriot en 2020, elle présente aujourd’hui sa propre liste. “Le macronisme est impossible. Dans la vie, on n’est pas sans étiquette”, croit le LR Baptiste Dubost, 28 ans. Ce pharmacien dénonce “l’insécurité en hausse” et les “nombreux immigrés”, des thèmes à prendre alors que le RN ne présentera aucun candidat, malgré sa percée aux législatives de 2024. Malgré cette concurrence, Denis Thuriot ne sonne pas la fin du macronisme. “L’esprit de rassembler hors des partis, je continue à le porter. Ici, les décisions du conseil municipal sont prises à l’unanimité à 94%”.

Face à Trump, l’extrême droite française, dans tous ses états, désunie

Nouveau révélateur des dissensions de l’extrême droite française, Donald Trump y suscite toute la panoplie des réactions: si Eric Zemmour continue de s’en revendiquer, Marion Maréchal s’accroche à quelques “combats communs”, tandis que Jordan Bardella cherche à se dissocier d’un allié devenu encombrant.Dans la famille nationaliste, il y a les trumpistes décomplexés. Eric Zemmour est de ceux-là, qui “ne renie pas” son soutien de longue date au président américain, même quand sa police de l’immigration tue deux personnes en trois semaines dans la ville de Minneapolis.Bien au contraire, le président du parti Reconquête “approuve globalement la politique d’immigration” de la Maison Blanche, qui est “un immense succès”. Et pour cause, puisqu’il y voit la mise en oeuvre de la “remigration” qu’il dit être “le seul à défendre” dans l’Hexagone.Disant se sentir “très proche” du vice-président américain JD Vance, M. Zemmour a même affirmé dimanche sur BFMTV qu’il “incarne en France ce mouvement de pensée” -baptisé MAGA (“Make America Great Again”) outre-Atlantique- qui porte selon lui l’aspiration des “peuples occidentaux qui ne veulent pas se faire remplacer”.Rhétorique subitement mise à mal par les visées de M. Trump sur le Groenland, d’où l’Américain se verrait volontiers déloger les Danois. Pratiquant un trumpisme plus à la carte, Marion Maréchal préfère donc souligner qu’elle partage “un certain nombre de combats communs avec lui”. En l’occurrence: “la lutte contre l’immigration, l’insécurité, le narcotrafic et le +wokisme+”, a-t-elle précisé lundi sur France Inter.Autant de “défis qui nous rassemblent entre Européens et Américains”, souligne-t-elle, assumant d’entretenir “des relations” avec le Parti républicain, même si ces alliés “peuvent en parallèle de cela être des concurrents géopolitiques et économiques parfois féroces”.Une brutalité qui peut aussi servir d’inspiration, pour celle qui juge “très intéressant” d’observer comment l’administration Trump démontre que “la volonté politique peut reprendre le pas sur la techno-bureaucratie (et) le gouvernement des juges”.- “L’empire” et le “patriote” -La posture est plus délicate du côté du Rassemblement national, où Jordan Bardella tente de prendre ses distances avec Washington. Ainsi, quand il critique l’intervention au Venezuela et la capture de Nicolas Maduro: “Une ingérence manifeste dans les affaires d’un Etat”.Son allié Eric Ciotti s’était à l’inverse réjoui d’une opération qui “sert aussi les intérêts de la France” (contre le narcotrafic aux Antilles et en Guyane) et prouve au passage que “la politique ce n’est pas que des paroles, c’est aussi de l’efficacité”.M. Bardella s’est encore démarqué la semaine dernière, en exhortant l’Union européenne au “rapport de force” face à la “menace” d’annexion du Groenland et au “chantage” américain sur les droits de douane, allant jusqu’à proclamer que la “soumission serait une faute historique”.Aussitôt le jeune président du RN est renvoyé à ses propos passés: “L’élection de Trump est une bonne chose pour les Américains et je me réjouis que les Américains aient fait ce choix”, affirmait-il début 2025, juste après le retour au pouvoir du président des Etats-Unis.Pour s’en justifier un an plus tard, M. Bardella a expliqué jeudi sur CNews avoir “loué le patriotisme de Donald Trump dans une époque où (il) défendait l’intérêt américain”, tout en soulignant qu’il “ne défendait ni les intérêts français ni les intérêts européens”.Désormais “extrêmement inquiet” du comportement des Etats-Unis qui “ne se comportent plus comme une nation (mais) comme un empire”, il considère donc “naturel” de brandir des “menaces ciblées” pour se protéger, “même face à un patriote comme Donald Trump”.Message relayé par son vice-président Sébastien Chenu, lundi sur Public Sénat: “Les Etats-Unis sont un pays ami et allié, mais on peut tout de même être exigeant (…) Il faut leur tenir la dragée haute”.Le discours a toutefois ses limites: s’il assure que le RN “n’a jamais été trumpiste”, le député du Nord reconnaît aussi que “Trump a des côtés séduisants”. Ceux d’un chef d’Etat qui “fait ce qu’il dit, se bat pour les intérêts des siens” et possède “cette capacité à faire bouger les lignes qui, effectivement, peut plaire”.

L’Assemblée adopte l’article phare du texte interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans

La France bientôt pionnière en Europe? Les députés ont approuvé lundi l’article phare d’une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure visant à protéger la santé des adolescents, soutenue de tout leur poids par le gouvernement et Emmanuel Macron.Un vote sur l’ensemble du texte, porté par le groupe Renaissance, doit avoir lieu un peu plus tard dans la soirée. Les débats restants porteront notamment sur l’interdiction des téléphones portables dans les lycées, comme c’est déjà le cas dans les écoles et les collèges.La proposition de loi devrait, sauf surprise, recevoir le feu vert de l’Assemblée. Elle ira ensuite au Sénat à la “mi-février”, selon l’ex-Premier ministre Gabriel Attal, où le texte n’a toutefois pas officiellement été programmé à ce stade.Si le texte est adopté définitivement, la France deviendrait le deuxième pays à se doter d’une législation aussi restrictive pour les mineurs, après l’Australie qui a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans début décembre.Le gouvernement souhaite aller vite, avec une interdiction mise en œuvre dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes, et une vérification d’âge efficace pour tous les utilisateurs (y compris les comptes déjà existants) d’ici le 1er janvier 2027, a précisé lundi la ministre du Numérique Anne Le Hénanff.Premier pas en ce sens: les députés ont adopté un amendement identique du gouvernement et de la rapporteure Renaissance du texte, Laure Miller, réécrivant l’article-clé du texte.Il prévoit que “l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans”.La ministre a défendu cet âge, qui “correspond en France à la définition de la majorité sexuelle” et au “passage du collège au lycée”. L’article a été adopté par 116 voix contre 23, avec le soutien du camp gouvernemental, de l’alliance RN-UDR, des communistes, des indépendants de Liot et de la majorité des écologistes. Les insoumis ont voté contre. Les socialistes se sont eux en majorité abstenus.Durant les débats, le député LFI Arnaud Saint-Martin a dénoncé “une forme de paternalisme numérique” et une réponse “simpliste”.Neuf associations de protection de l’enfance ont appelé lundi les élus à “responsabiliser les plateformes”, plutôt que “bannir” les enfants des réseaux sociaux.- WhatsApp pas concerné -Les réseaux comme TikTok, Snapchat ou encore Instagram, devenus omniprésents dans la vie des adolescents, nuisent gravement à leur santé mentale, a alerté au début du mois l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).Les risques listés sont nombreux, entre cyberharcèlement, comparaison permanente ou exposition à des contenus violents. Également pointés: les systèmes de captation de l’attention, au détriment du sommeil.”Les émotions de nos enfants et de nos adolescents ne sont pas à vendre ou à manipuler, ni par les plateformes américaines, ni par les algorithmes chinois”, a déclaré dans une vidéo diffusée ce week-end le président de la République, attaché à cette réforme qui marquerait son second quinquennat.Le texte exclut de l’interdiction les “encyclopédies en ligne” ou encore les “répertoires éducatifs”.”Les messageries privées interpersonnelles” comme WhatsApp ne sont pas non plus concernées, a indiqué Mme Miller.- Sanctions -La proposition de loi a été plusieurs fois réécrite. Le Conseil d’Etat avait notamment émis un avis très critique sur la version initiale.La principale difficulté réside dans l’obligation de conformité avec le droit européen – plus précisément avec son règlement sur les services numériques (DSA). Objectif: ne pas subir le même sort qu’une loi de 2023 instaurant une majorité numérique à 15 ans mais n’ayant jamais pu être appliquée.Depuis cet été, la publication par la Commission européenne de nouvelles lignes directrices a permis d’ouvrir la voie à une régulation, dans le droit national, de l’accès aux réseaux sociaux sous un certain âge.”Les plateformes ne respectant pas l’interdiction (…) seront passibles de sanctions pouvant s’élever jusqu’à 6% de leur chiffre d’affaires”, a déclaré Laure Miller.Plusieurs députés ont soulevé la question du contournement possible par les mineurs, par exemple en utilisant un VPN.Pour que l’interdiction devienne une réalité, un système de vérification d’âge efficace devra en effet être mis en place. Des travaux sont en cours au niveau européen.Un “tiers de confiance”, qui ne serait “ni l’État ni les plateformes de réseaux sociaux” pourrait procéder soit par reconnaissance faciale, soit par téléchargement de documents d’identité, a avancé lundi Gabriel Attal. 

“Nouvelle République”: le journal ironise sur le “plagiat” d’Attal

Le quotidien régional La Nouvelle République a ironisé sur le “plagiat” de Gabriel Attal, qui entend rebaptiser du même nom le parti Renaissance, évoquant un “hommage embarrassant” dans un éditorial lundi soir.”Le parti du président de la République changera bientôt de nom. Problème, il opterait pour le nom d’un groupe de presse historique : le nôtre”, écrit la “NR”, qui revendique cette marque depuis “huit décennies”.”L’hommage est embarrassant même si la timidité de Gabriel Attal est émouvante. Le leader politique n’a en effet pas osé informer la NR de son idée”, poursuit le titre de presse, qui dit vendre “120.000 journaux” chaque jour “dans cinq départements”.Une version contestée par l’entourage de M. Attal, qui a fait savoir lundi soir à l’AFP que le président du directoire de la Nouvelle République, Olivier Saint-Cricq, avait bel et bien été “informé il y a quelques mois” de cette “réflexion” autour du nom. Si Renaissance, créé par Emmanuel Macron en avril 2016 sous le nom d’En Marche!, ne sera officiellement rebaptisé qu’après les municipales, cette nouvelle appellation s’affiche déjà sur le fronton du siège du parti.Selon RTL, M. Attal a pris conseil de juristes pour s’assurer qu’il n’y aurait pas de conflit avec le journal, qui ironise en retour sur la “prudence” de l’ancien Premier ministre et espère qu’il “ne lui empruntera pas ses vieux logos et autres slogans fédérateurs”.”Si Gabriel Attal manque d’inspiration, qu’il s’intéresse aux municipales. Ce rendez-vous électoral dans lequel son parti peine à peser mais que La Nouvelle République chronique sans parti pris”, grince encore le quotidien régional dans son éditorial signé de Luc Bourriane, son directeur de la rédaction.

Municipales: Amine Kessaci s’engage avec Payan pour combattre le narcotrafic à Marseille

Le militant écologiste et anti-drogue Amine Kessaci est candidat aux municipales à Marseille sur la liste du maire sortant de gauche Benoît Payan, souhaitant faire de la deuxième ville de France une “vitrine dans la lutte contre le narcotrafic”.L’annonce officielle a été faite lundi soir depuis un lieu symbolique, l’Après M, un ancien McDonald’s en plein coeur des quartiers déshérités du Nord, devenu avec l’aide de la municipalité un “fast social food” où il est arrivé sous les applaudissements et des dizaines de personnes qui scandaient son prénom.”J’ai la garantie de savoir que le maire va porter mon combat, qu’à ses côtés, je pourrai porter la lutte et faire finalement de Marseille la vitrine nationale de la lutte contre le narcotrafic”, a expliqué le jeune homme de 22 ans, dans un entretien avec l’AFP.La liste du Printemps marseillais n’a pas été détaillée mais Amine Kessaci rejoint une coalition allant des socialistes aux communistes, en passant par Les Ecologistes, sous la houlette du maire sortant et ex-socialiste Benoît Payan.”Résoudre les questions de narcotrafic, ça ne se fait pas avec des annonces (…) ça ne se fait pas avec uniquement des moyens répressifs”, a martelé M. Kessaci, plaidant pour “des politiques sociales, des logements dignes, une école forte.”En 2020, il avait perdu son grand frère Brahim, impliqué dans le trafic, dont le corps avait été retrouvé carbonisé. Avant d’être endeuillé le 13 novembre par la mort de son petit frère Mehdi, dans un probable “crime d’intimidation” en représailles à son militantisme.Raison pour laquelle, il a promis lundi devant sa mère un “accompagnement des familles”: “plus jamais à Marseille, il n’y aura une maman qui pleurera son enfant seule”.- Un “rôle central” -Benoît Payan a rappelé que “Marseille est à la croisée des chemins. Le Rassemblement national guette” et “il est hors de question pour nous de laisser la haine gagner cette ville”.A moins de deux mois des municipales, face au RN qui affiche ses ambitions et place la sécurité au centre de sa campagne, le maire sortant peut se targuer ici d’un joli coup politique avec Amine Kessaci qui jouera un “rôle central” dans sa campagne.Et ce malgré le dispositif de sécurité entourant le militant, qui admet ne plus “faire un pas sans avoir quatre ou cinq policiers” autour de lui et qui doit bien souvent mettre un gilet pare-balle en public.”Je ne suis coupable de rien et je ne vivrai pas assigné à résidence”, a-t-il averti, tout en ayant à coeur de ne “jamais mettre en danger” ceux qui assurent sa sécurité lors de sa campagne.Après l’assassinat de Mehdi, Amine Kessaci a enchaîné les interventions médiatiques, son visage rond, à peine vieilli par la barbe, affichant sa douleur et son épuisement.Mercredi, depuis Paris, il annonçait son intention de créer une association nationale des maires de France engagés contre le narcotrafic. Quelques jours plus tôt, il était l’invité surprise à Lyon du premier meeting de l’écologiste Grégory Doucet, apportant son soutien au maire sortant candidat à sa réélection.Jeune militant de quartier propulsé sur la scène nationale, M. Kessaci n’en est pas à son premier essai en politique.En 2024, candidat d’une gauche unie aux législatives dans le nord de Marseille, il s’était hissé au second tour avant d’être battu de justesse par la députée sortante d’extrême droite, la RN Gisèle Lelouis.- “Pas une fatalité” -Dans un livre au titre prémonitoire, publié à l’automne, “Marseille essuie tes larmes” (Le bruit du monde), il plantait le décor de son enfance dans la cité de Frais-Vallon, choyé par une mère algérienne dans une famille “modeste mais pas ignorante”.Une mère à qui il dédie son engagement, pour elle et toutes ces mamans de quartiers qui luttent pour protéger leurs enfants de la drogue.C’est notamment pour épauler ces familles que l’association qu’il a créée, Conscience, intervient dans des banlieues déshéritées en France.Aujourd’hui, sa parole porte jusqu’au sommet de l’Etat et il a rencontré Emmanuel Macron plusieurs fois.”Il ne s’agit pas uniquement de parler mais d’agir tous les jours pour montrer que le narcotrafic n’est pas une fatalité”, insiste le militant.

Au procès de Joël Guerriau, la soirée sous drogue qui a traumatisé Sandrine Josso

Perverse tentative de soumission chimique ou rocambolesque inadvertance ? Au procès à Paris de l’ex-sénateur Joël Guerriau pour avoir lourdement drogué la députée Sandrine Josso, les deux protagonistes ont livré lundi des lectures opposées de ce retentissant huis clos.L’ancien élu centriste de Loire-Atlantique, qui a démissionné en octobre dernier du Sénat, est jugé lundi et mardi par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir drogué à l’ecstasy son amie politique de dix ans afin de la violer. Dans cette affaire souvent perçue comme un cas emblématique de soumission chimique, le prévenu de 68 ans nie toute motivation sexuelle.”Je suis allée voir un ami, je suis allée le cœur léger fêter sa réélection. Au fur et à mesure de la soirée, j’ai découvert un agresseur, en fait”, résume d’une voix faible à la barre Sandrine Josso, 50 ans, veste bleu électrique sur tenue noire, devant une salle comble.De mots lents, pesés, la parlementaire MoDem refait devant le tribunal le fil de la soirée qui a fait basculer sa vie, la décortiquant image par image comme sur le canapé du psychiatre qui la suit désormais.Invitée le 14 novembre 2023 au soir par Joël Guerriau à célébrer sa fraîche réélection au Sénat, Sandrine Josso débarque vers 20h, entre deux séances à l’Assemblée nationale, à son pied-à-terre du 6e arrondissement. Arrivée dans le petit triplex, elle découvre à sa grande surprise son hôte en jogging décontracté, et qu’elle est l’unique invitée.Il lui demande si elle souhaite du champagne blanc ou rosé, elle choisit le blanc. Il prépare les verres sur le comptoir de sa kitchenette et les lui sert. En bouche, le champagne s’avère “sucré”, “comme un peu gluant”.”J’ai pensé que c’était peut-être un mauvais champagne. Là, il a insisté pour qu’on trinque à nouveau. Je trouvais ça étonnant. Et puis il allait vers le variateur (de lumière). Et puis après il mettait fort l’intensité, puis il baissait. Il revenait s’asseoir. Il disait +mais tu bois rien+”, raconte Sandrine Josso.- “Je suis un imbécile” -Au bout d’une vingtaine de minutes, elle commence à se sentir mal: palpitations cardiaques, bouffées de chaleur ou de froid, nausées, tremblements… La panique la gagne totalement lorsqu’elle le voit manipuler, à la cuisine, un sachet transparent à côté de sa coupe de champagne.”Sa tenue vestimentaire, le fait qu’il soit monté sur pile, qu’il me force à boire, je me dis qu’il a mis quelque chose dans mon verre. Là je comprends qu’il faut que je parte, je comprends le danger”, dit Sandrine Josso, qui a dû se faire retirer quatre dents depuis les faits tant le stress lui crispe la mâchoire.En grande détresse, parlant et se tenant debout avec difficulté, persuadée qu’elle s’apprête à mourir tant son cœur bat à toute vitesse, elle quitte précipitamment vers 22H00 le domicile de Joël Guerriau et demande à des collègues de la récupérer à l’Assemblée nationale.Transportée à l’hôpital, les analyses toxicologiques relèvent une forte intoxication de son corps à l’ecstasy, avec une présence de MDMA à hauteur de 388 nanogrammes par millilitre de sang. Une concentration très nettement supérieure à une prise récréative de cette drogue euphorisante.Associée à l’alcool, la MDMA peut provoquer des trous de mémoire. Cette drogue n’est toutefois utilisée que dans 2% des cas avérés de soumission chimique en 2018, a relevé un expert au cours de l’instruction.Interrogé durant trois heures avant elle, Joël Guerriau justifie par une abracadabrante inadvertance l’intoxication de son amie “Sandrine” – qui le nomme, elle, “M. Guerriau” – dans un contexte d’épisode dépressif.La veille de sa venue, en proie à une “crise d’angoisse”, “pas bien du tout” après une “journée horrible”, il dit avoir versé la poudre d’ecstasy, fournie par un collègue sénateur pour l'”aider”, dans une coupe pour la prendre. Mais il aurait finalement changé d’avis et rangé la coupe dans le placard, laissant la drogue au fond du verre, oubliant même sa présence.”Ça paraît incompréhensible”, fait remarquer, dubitatif, le président Thierry Donard.Ce n’est qu’au cours de la soirée avec Sandrine Josso, déclare d’une voix posée et doucereuse Joël Guerriau à ses juges, qu’il se rappelle soudain avoir oublié la drogue au fond d’un des deux verres qu’il a servis.La députée note le regard “insistant” de son ami. Lui assure qu’il l’observe pour voir si elle a des symptômes dont il devrait s’inquiéter. “Je ne vois aucun signe, rien, ça me rassure.””Bref, je suis un imbécile”, conclut-il… allant même jusqu’à saluer l’engagement politique de Sandrine Josso contre le fléau de la soumission chimique.Le procès continue mardi.