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Darmanin veut revoir les règles d’application des peines pour les narcotrafiquants

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a affirmé dimanche qu’il souhaitait une refonte des règles d’application des peines en matière de criminalité organisée, alors qu’un détenu de la prison pour narcotrafiquants de Vendin-le-Vieil a obtenu une permission de sortir.  “L’épisode concernant le détenu de la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil”, autorisé à une sortie “travail”, “met en lumière un enjeu plus large: notre cadre législatif d’application des peines doit être pleinement revu face aux réalités de la grande criminalité organisée”, écrit le ministre dans un message posté sur X. “Ces profils particulièrement structurés et dangereux exigent des outils juridiques différents et une vigilance toute particulière”, poursuit le ministre.  Gérald Darmanin avait défendu au Parlement la loi sur le narcotrafic, qui comprend des mesures répressives, des outils pour les enquêteurs, et la création de quartiers de haute sécurité dans des prisons pour y placer à l’isolement les narcotrafiquants les plus dangereux. La loi a été promulguée en juin. Dimanche, le ministre a dit souhaiter “moderniser et consolider les règles encadrant l’exécution des peines pour les criminels les plus dangereux (…)”.Il promet, comme en matière de terrorisme, “un droit spécifique et un juge d’application spécialisé qui connaît parfaitement les profils dangereux”, et entend proposer ces changements dans le cadre du prochain texte de loi qu’il présentera “en début d’année prochaine”. La permission de sortir “travail”, délivrée par un juge de l’application des peines à un détenu du nouveau quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), a suscité l’incompréhension, voire l’indignation de syndicats pénitentiaires. Le juge de l’application des peines (JAP) de Béthune (Pas-de-Calais) a émis une ordonnance octroyant cette permission de sortir, malgré un avis défavorable du parquet, a indiqué le procureur de Béthune Etienne Thieffry. Le parquet a fait appel, mais la chambre d’application des peines de la cour d’appel de Douai a confirmé l’ordonnance du JAP, a-t-il ajouté.Le procureur n’a pas souhaité commenter le fond de l’affaire. Mais “il est dans les critères légaux” pour cette permission de sortir, a-t-il admis. “Après, tout est question d’opportunité et d’appréciation”, a estimé le magistrat.”C’est l’un des objectifs de la peine d’emprisonnement que de favoriser la réinsertion, pour permettre à la personne de retrouver sa place sans risque de récidive, après avoir payé sa dette envers la société”, a-t-il rappelé. Dans le cadre de sa permission de sortir “employeur” lundi, le détenu de Vendin-le-Vieil sera pris en charge par son épouse puis effectuera l’aller-retour vers la région lyonnaise dans la journée, et sera réintégré en détention le soir, a indiqué à l’AFP une source pénitentiaire.Cette autorisation de sortie se fera donc sans escorte, car “ce n’est pas le cadre habituel d’une permission de sortir employeur”, a précisé cette source. “Néanmoins les forces de l’ordre locales ont été averties”, a-t-elle ajouté. Selon une source syndicale, la sortie du détenu se fera entre 7H00 et 21H00. 

Les municipales seront un “galop d’essai” pour LFI avant 2027, prévient Mélenchon

La France insoumise a officiellement lancé dimanche sa campagne pour les municipales de 2026 avec un meeting en Seine-Saint-Denis où son leader Jean-Luc Mélenchon a placé ces différents scrutins locaux dans la perspective de l’élection présidentielle qui suivra, en vantant notamment son concept de la “Nouvelle France”.”Ce seront des élections politiques du fait du contexte actuel (…) nous serons à un an de l’élection présidentielle, dont ceci pourrait bien être un galop d’essai. Cette élection peut donc préfigurer le monde que nous voulons commencer”, a lancé le fondateur de LFI devant une foule de 2.000 militants, selon l’organisation, réunie aux Docks de Paris, une salle d’Aubervilliers.  “Il s’agit d’élever le niveau de conscience et de faire de cette élection un temps fort d’éducation politique populaire de masse, car nous en aurons besoin en 2027, si la France nous choisit pour gouverner le pays”, a ajouté le triple candidat à la présidentielle, qui est pressenti pour représenter une nouvelle fois l’écurie LFI à la prochaine course à l’Elysée.Les municipales ne seront “pas seulement des campagnes locales, il y a aussi des orientations communes à porter sur l’ensemble du territoire”, a appuyé devant la presse le coordinateur national de LFI, Manuel BompardLors d’un discours plutôt théorique, Jean-Luc Mélenchon a une nouvelle fois fait l’éloge de son concept de “Nouvelle France”, une société plus urbaine et plus métissée.”Notre Nouvelle France est là: nouvelle comme sa population, sa façon de vivre, sa vie, sa créolisation et par-dessus tout son appétit du futur”, a énuméré l’ancien sénateur socialiste, dont la formation compte sur la jeunesse et les quartiers populaires pour l’amener vers la victoire. Si le fondateur du mouvement Insoumis s’est gardé de porter des coups aux autres partis de gauche, ses lieutenants n’ont pas eu la même réserve.- Préparer les sénatoriales -La députée Nadège Abomangoli, vice-présidente de l’Assemblée nationale, a ainsi ouvert le meeting en fustigeant ceux à gauche “qui veulent des voix des Insoumis mais pas d’élus Insoumis”, une manière de viser notamment le PS.”Celles et ceux qui votent pour La France insoumise depuis dix ans ont le droit d’être représentés”, a-t-elle insisté.Pour les municipales de mars 2026, LFI sera présente, en tête de liste ou en soutien à une liste, dans à peu près 500 villes, dont 80% des communes de plus de 30.000 habitants. Et dans la grande majorité des cas, les Insoumis présenteront leurs propres listes, sans s’unir avec les Ecologistes, le Parti socialiste ou le Parti communiste.La formation de gauche radicale n’espère pas gagner énormément de mairies, seulement deux ou trois, mais entend pénétrer massivement dans les conseils municipaux.LFI avait en effet enjambé les scrutins municipaux de 2020 et ne dirige donc actuellement que deux villes de plus de 5.000 habitants.Gagner des conseillers municipaux permettrait au mouvement, qui ne compte aucun élu au Sénat, de se positionner pour les prochaines élections sénatoriales, de 2026 et 2029, où ce sont les grands électeurs qui votent.  “Message à tous ceux qui pensent pouvoir nous évincer de leurs combinaisons d’appareil: La France insoumise préparera les prochaines élections sénatoriales en même temps que l’élection présidentielle”, a ainsi prévenu le député Paul Vannier, en charge des élections au sein de l’appareil mélenchoniste.Dans beaucoup de municipalités, les tensions à gauche laissent présager d’âpres négociations de second tour, où le score nécessaire pour se maintenir est de 10% et celui pour fusionner avec une autre liste est de 5%. “Partout où nous serons en tête au soir du premier tour, nous proposerons aux autres listes de gauche prêtes à défendre avec nous un programme de rupture, de nous retrouver”, a appuyé Paul Vannier. Pour les municipales, les Insoumis comptent s’appuyer sur leurs bons scores dans les banlieues populaires et les grandes métropoles: la direction du mouvement a identifié Roubaix (Nord), La Courneuve (Seine-Saint-Denis) ou encore Evry (Essonne) comme commune où la victoire serait un objectif crédible.Ils entendent notamment proposer le développement de la régie publique de l’eau, celui des cantines scolaires gratuites et biologiques, ou la mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC) municipal.

Roussel (PCF) veut 60.000 policiers et douaniers de plus pour mener la guerre au narcotrafic

Le secrétaire national du parti communiste (PCF) Fabien Roussel a appelé dimanche à la création de 60.000 emplois de policiers et de douaniers pour mener un “combat sans merci” contre le narcotrafic.Le chef des communistes s’exprimait lors d’un grand meeting de son parti à Marseille, une des villes les plus touchées par ce fléau. La veille, une marche blanche y avait eu lieu après l’assassinat de Mehdi Kessaci, frère du militant anti-drogue Amine Kessaci.”Il est possible et même indispensable d’embaucher 60.000 agents de police, enquêteurs, douaniers pour mener ce combat sans merci”, a-t-il déclaré, chiffrant sa proposition à 2,5 milliards d’euros “dès maintenant”.”Voilà ce que nous exigeons de la République”, a-t-il dit.Fabien Roussel a réaffirmé son soutien sans réserve aux forces de l’ordre, se démarquant des positions souvent exprimées par la France insoumise (LFI).”Jamais nous ne dirons +tout le monde déteste la police+; nous, nous les soutenons et nous voulons des gardiens de la paix au service du peuple, pour le peuple et avec le peuple”, a-t-il dit.Il a opposé “cette guerre que nous sommes prêts à mener et sans transiger” aux menaces de conflit en Europe récemment brandies par le chef d’Etat major des armées, le général Fabien Mandon.”Jamais nous ne voterons des crédits militaires et les pleins pouvoirs à des dirigeants prêts à envoyer nos enfants se faire tuer pour des guerres qui ne sont pas les nôtres”, a lancé Fabien Roussel, renvoyant dos à dos le “nationalisme de Poutine” et “ceux qui voudraient nous faire entrer en guerre contre le peuple russe”.Le général Mandon, un proche du président Emmanuel Macron, avait prévenu mardi dernier devant le Congrès des maires que la France devait restaurer sa “force d’âme” et “accepter de perdre ses enfants” en cas de conflit en Europe.Au cours de ce meeting à Marseille, Fabien Roussel a également évoqué les prochaines élections municipales des 15 et 22 mars, et plaidé pour une “union dans la clarté et la confiance” à gauche.Il s’est engagé à ce que les communistes ne conduisent “aucune liste de division contre des maires sortants, socialistes, écologistes ou insoumis”.

“La fragilité” politique et budgétaire française élément “d’insécurité” pour l’Europe, selon Hollande

“La fragilité de la France est un élément d’insécurité supplémentaire pour l’Europe”, a estimé dimanche l’ancien président de la République François Hollande, alertant sur les conséquences d’un échec budgétaire pour le financement de la défense.Dans un entretien au Monde portant sur la guerre en Ukraine, et le plan controversé du président américain Donald Trump pour mettre fin au conflit, l’ancien chef de l’Etat était interrogé sur la situation politique française.”Dans ce contexte, la fragilité de la France est un élément d’insécurité supplémentaire pour l’Europe”, a-t-il alerté, estimant que si elle “veut participer au réarmement, il faut qu’elle ait un budget de la défense voté dans le cadre de la loi de finances”, c’est-à-dire dans le budget de l’Etat pour 2026.Si l’adoption d’un nouveau budget échoue au Parlement, et que le gouvernement passe par une “loi spéciale” pour assurer la continuité de l’Etat, “ce sont les dépenses de l’année précédente qui vaudront, et les 6 milliards d’euros prévus pour améliorer notre capacité de défense ne seront pas là”, a mis en garde le responsable socialiste.Redevenu député de Corrèze, François Hollande tisse un lien entre “l’état de notre démocratie”, “la force de notre défense et la crédibilité de notre sécurité”. “C’est la raison pour laquelle Trump et Poutine poussent les extrêmes droites en Europe pour nous affaiblir et nous neutraliser”, a-t-il ajouté.Concernant le plan de Donald Trump, François Hollande estime qu’il équivaut dans son état actuel à “la capitulation de l’Ukraine” mais aussi à “la relégation de l’Europe sous la tutelle d’un condominium russo-américain”. Regrettant l’absence “d’incarnation politique” en Europe, il appelle toutefois les Européens à “corriger le plan s’il est encore amendable” et à  “dire qu’ils vont livrer autant d’armes que possible” à l’Ukraine.Salué par le président russe Vladimir Poutine, le projet américain reprend plusieurs exigences clés de Moscou: que l’Ukraine lui cède des territoires, accepte de réduire la taille de son armée et renonce à intégrer l’Otan. Il offre cependant des garanties de sécurité occidentales à Kiev pour prévenir toute nouvelle attaque russe.

Grippe: les sénateurs rétablissent la vaccination obligatoire pour les soignants

Les sénateurs ont approuvé dimanche à main levée la vaccination obligatoire contre la grippe des soignants exerçant à titre libéral, qui avait été écartée par les députés lors de l’examen en première lecture du budget de la Sécurité sociale pour 2026.Un article du projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit dans sa version initiale que “sous réserve d’une recommandation” de la Haute Autorité de santé (HAS), la vaccination contre la grippe soit obligatoire pour les personnes résidant en Ehpad “pendant la période épidémique”.La même obligation, conditionnée à une recommandation de la HAS, est prévue pour “les professionnels de santé exerçant, à titre libéral, une profession listée dans un décret en Conseil d’État”.Ce décret devrait préciser les “conditions d’exercice” des soignants et “l’exposition à des risques de contamination”, notamment pour les personnes dont ils sont chargés.L’article a été rejeté à l’Assemblée, l’alliance RN-UDR et La France insoumise votant contre. Le RN avait défendu la “liberté vaccinale” et LFI s’était inquiétée du sort des résidents qui refuseraient.Les sénateurs l’ont au contraire approuvé, non sans avoir adopté au préalable un amendement de la rapporteure générale Corinne Imbert (LR) supprimant l’obligation vaccinale pour les résidents des Ehpad, contre l’avis du gouvernement.Soulignant que le taux de couverture des résidents est déjà élevé (83%), Mme Imbert a estimé que l’obligation posait pour les résidents “des questions éthiques sensibles, notamment celle du consentement aux soins, d’autant plus complexe à appréhender pour des personnes qui peuvent souffrir de troubles cognitifs”.Elle a aussi fait valoir qu'”aucune conséquence concrète (…) ne pourrait être tirée d’un refus de vaccination”, car “on ne saurait imaginer (…) une expulsion de personnes vulnérables de leurs structures d’hébergement parce qu’ils refusent de se faire vacciner”. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a émis un avis défavorable, soulignant que le taux de 83% pouvait masquer de fortes disparités en fonction des établissements.La HAS doit exprimer au printemps une recommandation sur une obligation vaccinale en 2026 contre la grippe des professionnels de santé exerçant dans les structures hospitalières et médicosociales.L’épidémie de grippe a provoqué en 2024 17.000 décès, une flambée qui a eu un fort impact sur les hôpitaux et relancé la question sensible d’une telle obligation, alors que seuls “21% des soignants sont vaccinés contre la grippe”, selon Mme Rist.

La loi spéciale est un “parachute de dernier ressort” pour éviter le “défaut”, selon Amélie de Montchalin

La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a exhorté dimanche dans une émission LCI/Le Parisien à dégager un compromis sur le budget, qu’elle croit encore faisable, et mis en garde contre la perspective d’une “loi spéciale” pour assurer la continuité des finances publiques.Elle a dit croire un “compromis possible”, citant notamment le vote favorable sur la partie recettes du projet de loi de finance de la sécurité sociale.”Il n’y a pas d’alternatives pour trouver un budget à un compromis parlementaire et à un vote”, selon la ministre, qui a évacué la perspective d’utiliser l’article 49-3 ou des ordonnances pour adopter les textes budgétaires en soulignant que le Premier ministre Sébastien Lecornu était opposé à ces deux solutions.Soit le rejet du budget survenu dans la nuit de vendredi à samedi est “une étape et un moment difficile dans la construction d’un compromis qui est nécessaire au pays”, soit “c’est le moment où les forces politiques, certaines par cynisme (…) se laissent aller à ne pas prendre de responsabilité dans la construction du compromis”, ce qui serait un “affaiblissement de la France”, a déclaré Amélie de Montchalin, s’inquiétant dans un tel cas d’un risque de “crise financière et économique qui sera très grave”. L’examen de la partie “recettes” du budget de l’Etat par la commission des Finances du Sénat doit débuter lundi. Après le rejet quasi-unanime du texte à l’Assemblée nationale, l’hypothèse d’une loi de finances spéciale prend corps. Elle est jugée “la plus probable” par le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Eric Coquerel.La loi spéciale consiste en une sorte de reconduction du budget 2025 qui permettrait de percevoir les impôts existants avant de reprendre les débats parlementaires en début d’année. Mais il s’agit d’un “parachute de dernier ressort”, a estimé Amélie de Montchalin dimanche. C’est “un outil” pour éviter “le défaut” de paiement de l’Etat et des collectivités, qui permet de continuer à payer les créanciers, les fonctionnaires, les politiques sociales, a-t-elle souligné, mais un tel texte signifie “pas d’économies, pas d’investissements, on se met dans une position où on s’affaiblit nous-mêmes”.Brandir la loi spéciale aujourd’hui reviendrait à “acter dès maintenant qu’on n’est pas capable de se mettre d’accord” et “qu’on ne veut pas faire de compromis”, selon la ministre. 

Le gouvernement veut croire à un compromis malgré le rejet quasi unanime du budget

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a affirmé samedi qu’un compromis reste possible au Parlement malgré le rejet à plate couture dans la nuit par l’Assemblée nationale du budget 2026, sans convaincre les oppositions qui envisagent de plus en plus clairement une loi spéciale pour maintenir le fonctionnement de l’Etat.”Nous n’en sommes qu’à la moitié du parcours parlementaire, et je reste convaincu qu’un compromis peut se construire”, a commenté le ministre de l’Economie Roland Lescure, rejetant la responsabilité de cet échec sur “l’extrême droite et l’extrême gauche” qui “ont voté ensemble des mesures inopérantes pour un budget insincère”.Fait inédit dans la Ve République, la quasi-totalité de l’Assemblée s’est opposée dans la nuit de vendredi à samedi au projet de budget de l’Etat, un vote sans surprise mais qui augure mal de son adoption avant la fin de l’année, dans les délais constitutionnels.Après 125 heures de débats parfois houleux sur la fiscalité du patrimoine, ou celle des grandes entreprises, 404 députés ont rejeté la partie “recettes” du texte (un pour, 84 abstentions), emportant ainsi l’ensemble du projet de loi, sans même étudier la partie “dépenses”.Les groupes de gauche et le RN ont voté contre, ceux du camp gouvernemental se sont divisés entre votes contre et abstentions. Seul à voter pour, le député du groupe centriste Liot Harold Huwart (Eure-et-Loir).L’Assemblée avait déjà rejeté en 2024 le budget de l’État, de manière inédite sous la Ve République. Mais c’est une première qu’il le soit avec une telle ampleur.Le camp gouvernemental a largement invoqué les mesures fiscales votées par les oppositions – “des horreurs économiques”, selon Paul Midy (Renaissance) – pour justifier son absence de soutien au texte de l’exécutif. Le PS, qui a accepté de ne pas censurer le Premier ministre en échange de la suspension de la réforme des retraites et d’un abandon du 49.3, espérait que les débats permettent d’arracher une mesure de justice fiscale, “taxe Zucman” ou succédané.Des propositions repoussées. Un cocktail d’autres taxes a cependant été approuvé, sur la fortune improductive, les grandes entreprises, les multinationales ou les géants du numérique.- “Le compte n’y est pas” -Mais “le compte n’y est pas”, a lancé Boris Vallaud (PS), estimant les “recettes” insuffisantes pour “effacer” des économies irritantes sur les politiques publiques. Le PS continuera toutefois à “chercher le compromis”, a promis le socialiste, dont le groupe avait permis l’adoption de la partie recettes du budget de la sécurité sociale contenant, il est vrai, la suspension de la réforme de 2023 sur les retraites.Sans surprise, l’attitude des socialistes a été fustigée par le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon. “Incohérents et bordélisateurs, même la macronie et les socialistes n’ont pas défendu leur œuvre”, a-t-il dit. Pour sa part, Marine Le Pen a estimé que le vote des députés “ne peut avoir qu’une conclusion : la démission du gouvernement et la dissolution afin que le peuple se choisisse une majorité d’alternance”.Les deux textes budgétaires – sécurité sociale et Etat – ont devant eux un parcours d’obstacles qui rend leur adoption plus qu’hypothétique. Le premier a commencé d’être examiné au Sénat, le second suivra dans la semaine.Le rapporteur général du budget Philippe Juvin (LR) suggère au gouvernement de recourir finalement à l’article 49.3 de la Constitution, pour faire passer un budget avant le 31 décembre. Mais Sébastien Lecornu s’est engagé à ne pas l’utiliser, et une telle manoeuvre serait politiquement difficile.Pour beaucoup, le gouvernement n’échappera pas à une “loi spéciale”, sorte de reconduction du budget 2025 qui permettrait de percevoir les impôts existants, de faire fonctionner l’Etat avant de reprendre les débats parlementaires en début d’année.C’est l’hypothèse la “plus probable”, a estimé samedi matin sur France 2 Eric Coquerel, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale.”Il vaut mieux une loi spéciale plutôt qu’un budget qui continuera à déclasser la France et à appauvrir les Français”, a asséné de son côté le président des Républicains (LR) Bruno Retailleau dans le Parisien.A ce stade, le gouvernement écarte le scénario des ordonnances, ces textes qui permettent à l’exécutif d’imposer un budget sans passer par le Parlement.sl-are-sac-hr/dch   

Après le rejet du budget, la loi spéciale hypothèse la plus probable, selon Coquerel

Après le rejet à la quasi-unanimité du budget de l’Etat dans la nuit à l’Assemblée nationale, une “loi spéciale” pour assurer la continuité des finances publiques est désormais l’hypothèse la “plus probable”, a estimé samedi le député LFI Eric Coquerel sur France 2.Une telle loi spéciale permettrait de reconduire provisoirement le budget 2025 le temps de trouver un accord en début d’année prochaine, l’Etat continuant de percevoir les impôts.”Comment le gouvernement va se débrouiller? Est-ce qu’il va se débrouiller avec une loi spéciale sur le budget de l’an dernier remis au goût du jour? A mon avis, c’est le plus probable”, a dit le président insoumis de la commission des Finances de l’Assemblée nationale.Une telle procédure signifie que le Parlement se relancerait en début d’année dans un nouveau débat budgétaire.Eric Coquerel a qualifié de “défaite historique” pour l’exécutif le rejet du budget alors que 404 députés ont voté contre la partie “recettes” du texte (un pour, 84 abstentions), emportant ainsi l’ensemble du projet de loi, sans même étudier la partie “dépenses”.L’entourage du Premier ministre Sébastien Lecornu a fait savoir vendredi que la loi spéciale “n’est pas une solution” et que le camp gouvernemental voulait parvenir “à un compromis”.Le budget va désormais être examiné par le Sénat, qui devrait en débattre dans l’hémicycle dès jeudi, en repartant du projet initial du gouvernement. Mais son adoption avant la fin de l’année apparaît comme une gageure, en termes de délais comme en termes de majorité pour le voter.En théorie, le gouvernement dispose de deux autres outils constitutionnels pour faire passer un budget faute d’accord sur un texte au Parlement.Il peut procéder par ordonnances, c’est-à-dire des textes permettant au gouvernement d’imposer des mesures sans passer par la procédure parlementaire, un dispositif jamais utilisé. Il pourrait aussi avoir recours à l’article 49.3 mais Sébastien Lecornu y a renoncé pour obtenir la non-censure de son gouvernement par les socialistes.Parallèlement au budget de l’Etat, le Sénat examine actuellement le budget de la Sécurité sociale sur lequel le gouvernement espère un compromis avec les socialistes, grâce notamment à la suspension de la réforme des retraites.

Le Sénat s’oppose à la généralisation du Nutri-score

Les sénateurs ont rejeté vendredi une mesure du budget de la Sécurité sociale visant à rendre obligatoire l’affichage du Nutri-score sur les emballages des aliments, suivant l’avis du gouvernement qui la juge contraire aux normes européennes.Par 212 voix contre 117, la chambre haute s’est opposée à un article introduit à l’Assemblée nationale début novembre.La mesure proposait de généraliser le Nutri-score sur les emballages, cette échelle de notation des aliments pouvant aller de A à E. Les entreprises qui refuseraient d’afficher cette information seraient pénalisées d’une taxe de 5% sur leur chiffre d’affaires, dont le produit serait affecté à l’Assurance maladie.”L’information, oui; la taxation, non”, s’est justifié le sénateur Les Républicains Laurent Somon. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a aussi soutenu la suppression de cette mesure, avançant une “incompatibilité avec le droit européen”. La gauche a regretté ce retour en arrière, alors que la suppression de ce dispositif avait été repoussée samedi en commission des Affaires sociales.Il est “largement prouvé que le Nutri-score modifie les comportements dans le bon sens et notamment pour l’alimentation des enfants. Le généraliser est un véritable outil de santé publique”, a appuyé le sénateur Bernard Jomier (groupe socialiste).L’association UFC-Que choisir a fait part de sa “déception” car il s’agit d'”un outil de protection des consommateurs”. “Encore une fois, le Sénat a préféré défendre les intérêts industriels plutôt que la santé publique et c’est un problème”, a-t-elle ajouté dans un communiqué à l’AFP.Les sénateurs ont par ailleurs adopté une taxe sur les boissons énergisantes alcoolisées, ciblant notamment de nouveaux produits particulièrement prisés des jeunes comme la boisson “Vody”. Cette taxe, qui avait déjà été adoptée par les députés, a été élargie par les sénateurs pour prendre en compte certaines boissons mélangeant alcool fort et ingrédients sucrés et aromatises.La chambre haute a également adopté un amendement du sénateur Renaissance Xavier Iacovelli pour instaurer une taxe sur les sucres ajoutés dans les produits alimentaires destinés aux nourrissons et aux enfants en bas âge.Ces votes sont loin d’être définitifs car les débats sur ce budget de la Sécu vont se poursuivre entre les deux chambres du Parlement jusqu’au début du mois de décembre au plus tôt.

Glucksmann en déplacement à Grenoble après avoir provoqué le doute dans son camp

Peu présent dans le débat national ces dernières semaines, le leader de Place publique Raphaël Glucksmann, considéré comme un potentiel candidat à la présidentielle, s’est efforcé de dissiper le doute vendredi après une intervention sur LCI jugée peu convaincante dans son camp.En déplacement à Grenoble notamment sur le site du groupe chimique en difficulté Vencorex et pour soutenir le candidat de Place publique aux municipales, l’eurodéputé qui continue d’entretenir le suspense sur une candidature pour 2027, a parlé innovation, industrie, démocratie, sécurité, lors d’une réunion publique devant quelques centaines de personnes.Alors que le débat politique actuel est tourné sur les questions budgétaires, “ce que l’on doit rappeler c’est que l’économie, c’est pas juste des taxes. L’économie, c’est une politique industrielle, une politique commerciale, une politique de formation, et une politique qui doit montrer que la transition écologique qu’on propose est un projet industriel”, a-t-il affirmé. Il a aussi défendu la nécessité de présenter la transition énergétique “comme un gain de puissance, d’autonomie, de liberté, de souveraineté, mais aussi un gain économique”.Raphaël Glucksmann, qui se rendra dimanche à Marseille, pour participer au rassemblement contre le narcotrafic, a également souhaité que la gauche s’empare du sujet de la sécurité: “le défi c’est de montrer que nous sommes les plus crédibles” sur le sujet, avec une “approche globale”, portant à la fois sur “la répression” mais aussi “la lutte contre le terreau sur lequel grandit la délinquance, c’est-à-dire l’abandon, la ghettoïsation, la disparition des services publics”.L’eurodéputé, que certains sondages placent aux portes du second tour de la présidentielle, s’est montré plus à l’aise que mercredi soir lorsqu’il a répondu à un panel de Français sur LCI, avant un débat avec le président du parti Reconquête, Eric Zemmour.Il avait alors eu du mal à répondre à ses interlocuteurs, qui l’ont notamment interrogé sur le voile dans l’espace public, les retraites, la délinquance des mineurs ou l’usage des néonicotinoïdes dans la culture des noisettes.”Il s’est montré à l’écoute et au combat face aux idéologues d’extrême droite”, a défendu son entourage. “Peu à gauche auraient fait un meilleur débat”.L’eurodéputé a confirmé auprès de l’AFP qu’il entendait “reprendre le drapeau tricolore” à l’extrême droite, et ne “pas leur laisser le monopole de la définition de l’identité française”.- “Hésitations” -Au Parti socialiste, des élus ont déploré une prestation télévisée “pas du tout au niveau”, certains la comparant à “un naufrage”. “C’est la difficulté à laquelle il va être confronté. A un moment, il faut se confronter au réel”, abonde un responsable socialiste, alors que l’eurodéputé est souvent accusé par ses détracteurs d’être déconnecté de la société et peu présent sur les sujets nationaux.Aucune mansuétude du côté des Insoumis, qui ont fait de Raphaël Glucksmann leur principal opposant à gauche, dans le cadre d’un duel qu’ils anticipent avec leur leader Jean-Luc Mélenchon. “Vide, consternant et finalement insignifiant”, a jugé le député Paul Vannier.”Moi, les hésitations, je les aime”, a répondu l’eurodéputé à Grenoble, défendant “la spontanéité” et “l’irruption de la sincérité en politique”. Celui qui se positionne sur le créneau de la social-démocratie pro-européenne est plus à l’aise sur l’international, et notamment sur l’Ukraine. Vendredi matin, il a défendu le chef d’état-major des armées, jugeant qu’il avait eu raison d’alerter la Nation “sur la nécessité de changer d’état d’esprit” face au risque de guerre, après que ce dernier a déclaré que la France devrait “accepter de perdre ses enfants”.Raphaël Glucksmann a présenté en juin une ébauche de projet “pour la France”, avant une version définitive promise pour juin 2026. Il continue en attendant de se déplacer sur le terrain à bas bruit.Il n’a, à ce stade, jamais affirmé qu’il serait candidat. Mercredi, il a encore botté en touche, en expliquant que la gauche avait “souffert de ne pas avoir produit une vision” et que son projet n’était “pas encore abouti”.Certains s’interrogent sur son envie de se lancer dans la course à l’Elysée. “Je ne pense pas qu’il ait le feu sacré”, dit un responsable de gauche.De son côté, une macroniste rappelle qu’il n’a “pas pris le leadership” à gauche au soir de la dissolution, alors qu’il était arrivé en tête des européennes. Elle salue “un type sympa, brillant, mais profondément pas un homme politique”.