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Budget de la Sécu: pas d’accord députés-sénateurs, l’Assemblée reprend la main pour une semaine décisive

Le faux suspense n’aura pas duré: sénateurs et députés ont promptement acté mercredi leurs divergences sur le budget de la Sécurité sociale, renvoyant à l’Assemblée nationale le texte du gouvernement avant une semaine cruciale pour son avenir.Aucune version de compromis de ce projet de loi, l’un des deux budgets actuellement à l’examen au Parlement, n’a pu être trouvée, face aux positions orthogonales du Sénat et de l’Assemblée sur la suspension de la réforme des retraites ou le gel des minima sociaux et des pensions de retraites.Quelques heures après que le Sénat a adopté sa propre copie, sept députés et sept sénateurs ont acté en quarante minutes leurs désaccords.Pour le gouvernement, Amélie de Montchalin (Comptes publics) a pris “acte” de l’échec de cette commission mixte paritaire (CMP), estimant qu’il était possible de “trouver des accords” dans la suite de la navette parlementaire.- “Heure de vérité” -Difficiles à suivre pour le grand public, d’autant que les objets de négociations se multiplient sur les budgets de l’Etat et de la Sécu, les débats vont entrer dans une semaine cruciale.La version sénatoriale du budget de la Sécu va être réécrite à l’Assemblée, samedi en commission et surtout à partir de mardi dans l’hémicycle, lors d’une semaine décisive (les débats sont programmés jusqu’au 7 décembre).”Il faut qu’avant le 2 décembre on ait quand même une vision un peu globale de ce que pourrait être le point d’atterrissage”, appelle Jérôme Guedj, député PS. “C’est l’heure de vérité il faut qu’on se parle, y compris entre groupes parlementaires”.Pour avoir une chance, la copie devra déjà être acceptable pour les socialistes, qui ont fait le pari de la non-censure du gouvernement de Sébastien Lecornu, en échange notamment d’une “suspension” de la réforme des retraites.Certains, dans le camp gouvernemental, espèrent que le PS votera pour le budget de la Sécu plutôt que de s’abstenir et d’escompter que suffisamment d’écologistes et de communistes fassent de même.”Voter pour le budget de l’Etat c’est impossible. Le budget de la Sécu c’est moins dur”, pointe un député sur l’aile droite du PS. Un collègue trouve “compliqué quand même” de voter un budget, traditionnel marqueur d’un soutien au gouvernement.Le vote des socialistes, même favorable, ne suffirait peut-être pas si les députés Horizons et Les Républicains, échaudés par les concessions au PS, s’abstiennent ou votent contre.Car le vote peut être très serré si les Insoumis et le Rassemblement national votent contre. “Ces gens-là doivent être renversés et censurés point”, insiste Hadrien Clouet, député LFI.”Si on veut faire croire aux Français qu’on va valider un déficit à 25 milliards d’euros bonne chance”, prévient Jean-Philippe Tanguy (RN), accusant le gouvernement de vouloir “épuiser l’opinion publique” pour recourir aux ordonnances ou au 49.3, même si l’exécutif martèle qu’il ne l’envisage pas.D’autres parlementaires imaginent le gouvernement revenir sur sa décision et utiliser le 49.3, estimant qu’il sera plus facile au PS de ne pas censurer l’exécutif que de voter son texte.- “Crise de trésorerie” -Sur le fond, la “suspension” de la réforme des retraites, retoquée par les sénateurs, devrait notamment être réintégrée à l’Assemblée.La gauche espère aussi rétablir une hausse d’une partie de la CSG prélevée spécifiquement sur les revenus du capital, mesure qui devait rapporter 2,8 milliards d’euros en 2026, alors le PS compte en partie dessus pour compenser la suppression de mesures d’économies irritantes du gouvernement.A l’instar notamment de l'”année blanche”, un gel des minima sociaux et des pensions de retraites, habituellement indexées sur l’inflation. Une mesure efficace (3,6 milliards d’euros d’économies en 2026) mais hautement inflammable.Sur le plan comptable, le gouvernement espère ramener le déficit de la Sécu à 20 milliards d’euros maximum (contre 24 milliards dans la copie de l’Assemblée, et 17,6 dans celle du Sénat selon ses calculs).Autre signe d’un débat très sensible sur ce texte, les syndicats de médecins libéraux ont appelé à la grève à partir du 5 janvier.L’absence d’un budget de la Sécu “conduira inexorablement à un déficit de 29 milliards d’euros, posant les termes d’une crise de trésorerie majeure”, a affirmé le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou devant les sénateurs.Sur un plan politique, l’exécutif espère surtout qu’une adoption ferait souffler un vent positif sur le budget de l’Etat, encore plus difficile à faire passer. “Si vous avez passé le (budget de la Sécu), vous avez fait la moitié du chemin (…) c’est absolument majeur”, pense une ministre.

CNews dans le viseur de RSF et sous la loupe de “Complément d’enquête”

CNews a été accusée mercredi par l’organisation Reporters sans frontières de “tricher” avec les règles de l’équilibre politique pour favoriser l’extrême droite, des éléments qui nourrissent une émission d’investigation de France 2 consacrée jeudi soir à la chaîne d’info de la galaxie Bolloré.La gauche la nuit, l’extrême droite le jour: dans une enquête publiée mercredi, RSF estime que la première chaîne d’info de France en part d’audience contourne ses obligations de pluralisme en reléguant les responsables de La France Insoumise, du PS, d’EELV ou du PCF aux heures où “les Français dorment”.L’organisation indique à l’AFP qu’elle “va saisir” le régulateur, l’Arcom.D’après RSF, qui a passé au crible les antennes des quatre chaînes d’information en continu (BFMTV, CNews, franceinfo, LCI) du 1er au 31 mars à l’aide d’un outil de capture d’écran qui a permis d’analyser 700.000 bandeaux, CNews utilise un stratagème de “rattrapages nocturnes” pour donner “l’illusion du pluralisme politique” auprès de l’Arcom. L’ONG chiffre ce “grand écart vertigineux”: aux heures de grande écoute, 7-10H00 et 18-21H00, l’extrême droite (dans laquelle elle range le RN et Philippe de Villiers) cumule 40,6% d’exposition contre 15,4% pour la gauche (LFI, PS, PCF, EELV), tandis que la nuit (00H00-7H00), la gauche grimpe à 60,1%, contre 1,6% pour l’extrême droite.Contactée par l’AFP, la chaîne où officient Pascal Praud, Sonia Mabrouk ou Christine Kelly n’a pas réagi.”RSF a fait son enquête sur un mois, le temps de parole c’est trois mois, ce n’est pas rigoureux”, a toutefois commenté Pascal Praud dans son émission du soir.”C’est la rançon de la gloire. Si vous ne voulez pas être attaqués, vous ne faites pas de télévision”, a-t-il ajouté.- Sanctions -L’organisation de défense de la liberté de la presse a fait depuis plusieurs années de CNews, qu’elle qualifie de “média d’opinion”, l’un de ses chevaux de bataille.A la suite d’une saisine de RSF, le Conseil d’Etat avait sommé l’Arcom en février 2024 de renforcer ses contrôles et ne pas limiter le décompte des temps de parole aux seules personnalités politiques mais à l’ensemble des participants aux programmes diffusés, y compris chroniqueurs.Les données de RSF sont reprises dans l’émission d’investigation “Complément d’enquête” diffusée jeudi à 23h00 sur France 2, et montrée mercredi à des journalistes, dont l’AFP.Cette enquête d’une heure sur “la ligne éditoriale” de CNews s’appuie sur des témoignages et des chiffres.Un de ses anciens reporters, désormais à France 3, affirme qu’en 2021, avant l’élection présidentielle de 2022, un responsable de la chaîne lui a dit: “On ne va plus faire que du muslim, muslim, muslim” (musulman, ndlr).”Entre 2020 et 2024, le mot islam a été utilisé à 30.993 reprises sur CNews, soit au moins deux fois plus que les chaînes concurrentes. Le mot immigration à 69.353 reprises, soit deux à trois fois plus”, indique en voix off l’autrice de l’émission, Lilya Melkonian, se basant sur une analyse informatique.”Complément d’enquête” rappelle que la chaîne a fait l’objet de “8 sanctions et 6 mises en demeure” de l’Arcom pour des propos tenus sur son antenne.- Conflit ouvert -La diffusion de ce “Complément d’enquête” intervient dans un contexte tendu entre l’audiovisuel public et les médias dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré (CNews, Europe 1 et JDD).Début novembre, France Télévisions et Radio France ont attaqué ces médias en justice pour “dénigrement”, en leur reprochant un traitement “outrancier” de l’affaire Legrand-Cohen.Ces deux journalistes du service public ont été accusés de connivence avec le Parti socialiste après la diffusion, début septembre, d’une vidéo les montrant au restaurant avec deux de ses responsables.Les médias de la galaxie Bolloré y ont vu un signe de partialité du service public en faveur de la gauche, thème d’une commission d’enquête lancée mardi à l’Assemblée nationale par l’UDR, parti d’Eric Ciotti allié du Rassemblement national.Ce conflit ouvert et la diffusion du “Complément d’enquête” sont des “choses complètement indépendantes”, a assuré Lilya Melkonian, en soulignant que le sujet avait démarré il y a huit mois.Selon “Complément d’enquête”, aucun présentateur ou responsable de CNews n’a souhaité s’exprimer. Seuls trois chroniqueurs réguliers ont accepté: le député macroniste Karl Olive, l’ancien secrétaire d’Etat socialiste André Vallini et l’avocat conservateur Gilles-William Goldnadel.Avant CNews, “tous les problèmes d’insécurité issus de l’immigration étaient largement mis sous le boisseau”, fait valoir ce dernier. “Il me semble que CNews a donné une respiration de liberté particulière dont je sais gré à M. Bolloré.”

Un “emprunt forcé” auprès des riches ? La nouvelle proposition du PS divise au gouvernement

L’hypothèse d’un emprunt “forcé” auprès des plus aisés, nouvelle proposition socialiste pour relancer le débat sur la justice fiscale et trouver des recettes dans le budget, a fait réfléchir mercredi au sein du gouvernement avec beaucoup de nuances.La France n’en a “pas besoin”, a lancé le ministre de l’Economie Roland Lescure sur France Inter. Le gouvernement la regarde avec “bienveillance”, a au contraire affirmé la porte-parole Maud Bregeon après le Conseil des ministres.Les troupes gouvernementales étaient questionnées sur une nouvelle proposition du Parti socialiste, matérialisée par un amendement des sénateurs PS au budget de l’Etat.Le dispositif vise à instaurer un “emprunt obligatoire d’une durée de cinq ans”, à taux zéro, pour environ 20.000 des contribuables les plus aisés. Ces derniers seraient donc remboursés à terme par l’Etat, mais sans les intérêts qu’ils auraient pu obtenir s’ils avaient placé cet argent ou s’ils l’avaient investi.- “Patriotisme fiscal” -“Ce n’est pas une taxe, ce n’est pas un impôt. C’est du patriotisme fiscal, certes obligatoire, mais qui ne va impacter qu’à la marge les plus grandes fortunes”, a plaidé auprès de l’AFP le président du groupe socialiste au Sénat Patrick Kanner, ravi de voir que cette proposition “interpelle” le gouvernement. “C’est une contribution exceptionnelle, de l’argent frais qui rentre et qu’on n’ira pas emprunter sur les marchés à des taux élevés”, a ajouté le sénateur PS du Nord.La proposition pourrait rapporter entre 6 et 9 milliards d’euros, selon les dernières estimations du groupe socialiste au Sénat.Les médias se sont rapidement fait l’écho de la mesure, déjà rebaptisée “amendement Mauroy” au Palais du Luxembourg, en référence à un emprunt obligatoire similaire lancé par le gouvernement de Pierre Mauroy en 1983.Après l’échec de la taxe Zucman sur les hauts patrimoines, les socialistes, que le gouvernement doit convaincre s’il veut permettre l’adoption du budget, continuent d’attendre une concession du Premier ministre sur la question très sensible de la justice fiscale.Un amendement identique avait été déposé par le groupe écologiste au Sénat, mais celui-ci y a finalement renoncé.Même le groupe centriste aurait été “sollicité par Matignon” pour le porter, ont indiqué à l’AFP plusieurs sénateurs centristes, assurant que l’idée émanait en fait du gouvernement. L’Union centriste, alliée des Républicains au Sénat, a opposé une fin de non recevoir.Sollicité par l’AFP, Matignon a au contraire maintenu qu’il s’agissait d’un amendement socialiste. Le Premier ministre selon son entourage conteste surtout l’aspect obligatoire de la mesure, et estime que le débat fiscal “doit être aussi un débat sur l’emploi et la croissance”. La députée Insoumise Claire Lejeune assimile cette proposition à une “capitulation” des socialistes, a-t-elle dit à l’AFP.L’idée a aussi rapidement fait réagir au sein du gouvernement. “Le ministre des Finances, quand il se lève le matin, il a quand même pas mal de problèmes à régler. Heureusement, il y en a un qui ne lui pose pas de problème, c’est le financement de la dette”, a déclaré M. Lescure sur France Inter. – Rejet certain au Sénat -“Aujourd’hui, les gens continuent à prêter à la France, et c’est tant mieux. Donc a priori pas besoin d’un emprunt”, a-t-il ajouté. “Surtout s’il est forcé” car “cela ne donnerait pas forcément un message très positif”. Plus mesurée, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a affirmé que le gouvernement n’avait “pas tranché de position” sur une proposition qu’il regardait “avec bienveillance”.”Il faut qu’on regarde avec les socialistes les modalités de mise en œuvre”, a-t-elle ajouté lors du compte-rendu du Conseil des ministres. Une source sénatoriale a néanmoins relaté à l’AFP avoir entendu Sébastien Lecornu reconnaître que la mesure risquait de “ne pas prospérer” au Parlement, en marge de la séance de questions au gouvernement au Sénat mercredi.La mesure sera soumise au vote des sénateurs vendredi ou samedi, selon l’avancement de l’examen du budget de l’Etat. Avec un rejet quasi-certain.”Il faut oublier cette mesure”, a balayé auprès de l’AFP le rapporteur général LR Jean-François Husson, jugeant la proposition “inacceptable” et dénonçant la “chasse aux riches” du PS.mpa-ama-lum-are-leo/dch   

La Cour de cassation confirme l’inéligibilité du maire de Roubaix

La Cour de cassation a confirmé mecredi la peine d’inéligibilité du maire divers droite de Roubaix (Nord) Guillaume Delbar, condamné pour un système frauduleux de défiscalisation via des micros-partis.La Cour a annulé sa condamnation pour recel d’abus de confiance, considérant que la période de prévention retenue par la Cour d’appel de Douai concernant ces faits était incorrecte, selon un arrêt dont l’AFP a eu copie. Elle a en revanche confirmé le reste de sa condamnation. Toutes les peines sont maintenues, a précisé une source judiciaire.Le maire de Roubaix a été condamné en mai 2024 en appel à Douai à six mois d’emprisonnement avec sursis et deux ans d’inéligibilité pour escroquerie en bande organisée.Son pourvoi en cassation avait suspendu l’exécution de sa peine, lui permettant de demeurer jusqu’à présent maire de Roubaix.Une fois la peine d’inéligibilité définitive, il revient à la préfecture de prononcer la démission d’office du maire, qui peut également démissionner de lui-même.La décision tombe à quelques mois des municipales, alors que M. Delbar, élu depuis 2014, n’a pas encore annoncé être candidat à sa réélection dans cette ville de 100.000 habitants parmi les plus pauvres de France. A gauche, le député LFI David Guiraud est en campagne depuis un an pour conquérir la ville, face notamment au chef de file de l’opposition municipale, Karim Amrouni, qui mène une liste commmune de gauche.M. Delbar avait été jugé avec son ex-premier adjoint et leurs proches pour escroquerie en bande organisée, pour un système frauduleux de défiscalisation via des micro-partis.Lors de son procès en appel, Guillaume Delbar avait assuré “ne pas avoir connaissance” de ce système.Mis en place à deux reprises, via les partis “Vivement demain” puis “Vivre autrement localement”, le système avait perduré de 2015 à 2020, faisant transiter des dizaines de milliers d’euros entre ces micro-partis censés financer des campagnes électorales et des associations fictives.Les donateurs pouvaient bénéficier d’une réduction d’impôts de 66% des sommes, mais récupéraient en plus, via des chèques de ces associations “coquilles vides”, au moins 50% des montants initialement versés.L’administration fiscale a estimé son préjudice à près de 40.000 euros.amd-cnp-kau-ldf/cnp/swi

Lecornu annonce suspendre d’ici au printemps une hausse envisagée de la taxe foncière

Le gouvernement va suspendre d’ici au printemps une hausse envisagée de la taxe foncière, qui avait suscité un tollé dans la classe politique, le temps de “changer (la) méthode” pour son calcul qui sera plus locale, a annoncé Sébastien Lecornu mercredi.”J’ai demandé aux ministres concernés de dilater ce calendrier pour nous emmener jusqu’au mois de mai ou juin pour permettre cette approche départementale”, voire “commune par commune”, a déclaré le Premier ministre lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat.Cette taxe devait augmenter en raison d’une mise à jour de sa base de calcul par le ministère de l’Economie. En moyenne, la hausse de cette taxe, payée par quelque 32 millions de propriétaires, serait de 63 euros par an pour chacun des 7,4 millions de logement concernés.”On est en train de traiter nationalement un sujet qui parfois n’a strictement rien à voir d’un département à l’autre”, a expliqué le chef du gouvernement, dénonçant au passage “le procès” lancé par “certains extrêmes ou démagogues” contre les élus locaux qui la perçoivent.”Notre système de revalorisation des bases locatives, tel qu’il existe depuis 1959″, est devenu “caduc”, a ajouté M. Lecornu, en invitant les élus locaux “à tracer un chemin nouveau sur la révision” de ces bases. La base de calcul de la taxe foncière repose notamment sur des éléments dits “de confort”, tels que la présence d’eau courante, d’électricité, de WC ou de lavabos dans le logement, inclus dans les “bases foncières”. Or la présence de chacun de ces éléments augmente artificiellement le nombre de mètres carrés pris en compte, et mécaniquement le montant de la taxe. “Lorsque vous rajoutez des règles qui peuvent apparaître complètement déconnectées de toute forme de sens commun, par définition, elles deviennent incompréhensibles. Et ça pose une question plus grave qui est la question du consentement à l’impôt”, a fait valoir M. Lecornu.Il répondait au chef de file du groupe Les Républicains Mathieu Darnaud, qui avait dénoncé dans ce mode de calcul “un chef-d’œuvre de cynisme” et rappelé qu’il voulait dans le budget “plus d’économies” et “moins de taxes injustes”.Le président du parti Renaissance Gabriel Attal a salué “une excellente nouvelle pour les propriétaires, que nous réclamions depuis le premier jour”. Le patron du Rassemblement national Jordan Bardella s’est félicité d’avoir “fait annuler la scandaleuse hausse de la taxe foncière” et “fait respecter la France des propriétaires”.Le maire de Saint-Germain-en-Laye et porte-parole du parti Horizons Arnaud Péricard s’est réjoui de cette “décentralisation” de la décision.”Toute modernisation des impôts locaux doit se faire tranquillement, en concertation avec les élus locaux. On ne peut pas balancer comme ça, à la sauvette, des choses qui angoissent nos concitoyens”, a réagi Antoine Homé, qui représentait l’Association des maires de France lors d’une réunion organisée à Bercy dans la matinée.”Nous voulons du temps pour comprendre les impacts concrets dans chaque département”, a indiqué de son côté Jean-François Debat, maire PS de Bourg-en-Bresse et représentant des villes moyennes.”Les bases de notre taxe foncière sont totalement archaïques et très largement injustes par rapport à la valeur des biens, mais il est sage de renoncer à une réforme forcément très partielle alors qu’on doit préparer une réforme de fond”, a estimé Boris Ravignon, maire DVD de Charleville-Mézières.

Le gouvernement confirme des débats avec vote à l’Assemblée sur la Défense puis le narcotrafic les 10 et 17 décembre

Des débats suivis de votes auront bien lieu à l’Assemblée nationale le 10 décembre sur “la trajectoire d’augmentation des moyens de nos armées” et le 17 décembre sur le narcotrafic, a confirmé mercredi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.Ces débats font partie des discussions parlementaires thématiques sur des sujets jugés prioritaires annoncées lundi par le Premier ministre Sébastien Lecornu face au “blocage” sur le budget au Parlement. Il s’agit de débats en vertu de l’article 50-1 de la Constitution, suivis d’un vote non contraignant pour l’exécutif.Sur la défense nationale, “c’est un débat qui aurait dû avoir lieu dans la partie dépenses du projet de loi de finances”, mais le volet recettes ayant été rejeté, il “n’aura pas lieu en première lecture”, a expliqué la porte-parole devant la presse à l’issue du Conseil des ministres.”Et donc le Premier ministre estimait absolument nécessaire sur un sujet aussi crucial et démocratique, aussi important, que l’Assemblée nationale et le Sénat puissent se prononcer sur la nécessité, encore une fois, d’augmenter les moyens alloués à nos armées”, a-t-elle ajouté.L’augmentation des crédits de la Défense (+6 milliards d’euros) est régulièrement présentée au sein du camp gouvernemental comme un argument pour faire adopter le projet de budget de l’Etat avant le 31 décembre, plutôt que de passer par une loi spéciale qui permet à l’Etat de fonctionner, mais sans investissements massifs.”Sur les autres sujets qui ont été évoqués lundi, le Premier ministre échangera avec les différents groupes parlementaires pour définir les modalités et le calendrier des décisions qui devront être prises”, a complété Maud Bregeon.Le chef du gouvernement a annoncé lundi sa volonté de saisir le Parlement de différents débats thématiques (déficit, réforme de l’Etat, énergie, agriculture, sécurité) pour que les groupes se positionnent directement sur ces sujets en parallèle des débats sur les budgets de l’Etat et de la Sécurité sociale, dont les adoptions sont à ce stade très incertaines. 

Budget: Hollande juge qu’il ne faut pas se “priver” du 49.3

L’ancien président de la République François Hollande, désormais député, a affirmé mercredi qu’il ne fallait pas se “priver pour toujours” de l’article 49.3 de la Constitution, auquel le Premier ministre a promis de ne pas avoir recours pour faire passer le budget.”Il ne faut jamais se priver d’une disposition constitutionnelle”, a déclaré M. Hollande sur BFMTV, interrogé sur la possibilité que le gouvernement revienne sur sa décision et utilise le 49.3 en plein blocage budgétaire.”Nous verrons bien (…), c’est trop tôt pour le dire”, a estimé l’ex-président de la République, tout en jugeant qu’il serait “mieux” que le Parlement s’entende et vote.”Si on disait qu’on s’en priverait pour toujours, oui ce serait une erreur. Si on disait aussi on ne va pas continuer à chercher un compromis, ce serait une erreur”, a dit François Hollande, qui avait lui-même eu recours au 49.3 durant son mandat présidentiel.Le gouvernement, qui ne dispose pas de majorité à l’Assemblée nationale, a renoncé au 49.3 qui lui a permis depuis 2022 de faire adopter, sans vote, tous les budgets.L’examen des projets de budget de l’Etat et de la Sécurité sociale se poursuit cette semaine au Sénat mais les perspectives de compromis sont faibles alors que le volet recettes du premier a été rejeté quasi unanimement par l’Assemblée nationale vendredi soir et que la chambre haute est en train de détricoter celui de la Sécurité sociale. M. Hollande a cependant affirmé “croire” encore à la possibilité que le Parlement vote un budget.La porte-parole du gouvernement? Maud Bregeon, a voulu écarter l’hypothèse 49.3.Devant la presse à l’issue du Conseil des ministres, elle en a appelé à la “responsabilité des parlementaires” en affirmant que “loi spéciale, ordonnances ou retour par la fenêtre du 49.3 ne sont évidemment pas des solutions”.”Il n’y a pas d’alternative au compromis parlementaire. La loi spéciale et les ordonnances ne sont pas aujourd’hui des réponses”, a-t-elle martelé.Questionnée sur la possibilité que les socialistes enjoigne au gouvernement d’utiliser le 49.3, la porte-parole a répondu qu’ils ne l’ont “pas demandé” et que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est “très clairement engagé à ne pas utiliser le 49.3, pas uniquement pour faire plaisir aux socialistes” mais pour laisser le Parlement bâtir un budget.L’insoumis Eric Coquerel a accusé M. Hollande d’être le “poisson pilote du PS pour trouver des pistes de +compromis+ avec le macronisme”.”Je me suis laissé dire que Sébastien Lecornu pourrait utiliser le 49.3 à condition que le PS lui demande officiellement et évidement garantisse de ne pas voter la censure qui suivra”, a-t-il écrit sur X.

Retailleau dénonce la “tartufferie” de Lecornu sur un budget “tambouille”

Le président des Républicains, Bruno Retailleau, a dénoncé mercredi comme une “tartufferie” le choix de Sébastien Lecornu de procéder à des débats thématiques sur la défense ou l’énergie dans l’espoir de favoriser un compromis sur le budget qu’il rejette comme étant de “la tambouille”. La nouvelle méthode du Premier ministre, Sébastien Lecornu, “c’est de la tartufferie”, a réagi M. Retailleau sur franceinfo. “L’important pour le Parlement, ce n’est pas que de débattre, c’est de voter sur des textes qui vont s’appliquer et qui auront une vraie portée”, a-t-il jugé.Sur l’énergie, “il y a une proposition de loi (dite Gremillet, consacrant une relance massive du nucléaire) votée au Sénat en première lecture, ensuite à l’Assemblée, deuxième lecture au Sénat. Il suffirait d’un jour pour que cette proposition soit votée”, a-t-il jugé. Censé faire partie du socle commun (centre et droite) qui soutient le gouvernement, M. Retailleau est engagé dans une opposition virulente au gouvernement depuis son départ fracassant du ministère de l’Intérieur, même s’il n’est pas suivi par tous les députés LR dont le vote sera indispensable pour adopter le budget de l’État.Sur le budget, “le Premier ministre parle de compromis. Moi, je parle de tambouille”, a encore dénoncé le sénateur.Il a justifié à nouveau le départ de son parti d’un gouvernement “où c’est Monsieur Olivier Faure (premier secrétaire du PS, NDLR) qui décide et Monsieur Sébastien Lecornu qui exécute, un gouvernement où il y a une totale confusion, une politique qui désespère parce que c’est la tambouille politicienne”.

Pour la présidente de l’Assemblée Braun-Pivet, une majorité absolue n’est plus “souhaitable”

Le retour d’une majorité absolue n’est pas “souhaitable” à l’Assemblée nationale, où son absence depuis 2022 oblige à rechercher des compromis, a estimé la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, dans un nouveau podcast diffusé mercredi.”J’ai une conviction personnelle forte qui est que nous n’aurons pas demain à nouveau une majorité absolue mais je pense surtout, et c’est ça ma conviction forte, c’est que ce n’est pas souhaitable pour notre pays”, a-t-elle déclaré dans le podcast “Dans l’Hémicycle”. “Je suis convaincue que la délibération collective avec des groupes politiques qui ne partagent pas les mêmes orientations mais qui essayent de trouver des solutions, elle est bénéfique”, a-t-elle poursuivi. Depuis 2022, le camp présidentiel auquel appartient Mme Braun-Pivet ne dispose pas d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Face à une fragmentation de l’hémicycle encore accentuée depuis la dissolution de juin 2024, de nombreux députés disent espérer le retour d’une majorité absolue après l’élection présidentielle de 2027. Mais pas la présidente de l’Assemblée. “J’ai toujours privilégié le travail en collégialité, (…) et je m’étais toujours dit, au fond de moi, une Assemblée où il y a une majorité absolue, c’est une Assemblée qui finalement ne représente pas bien les Français”, a-t-elle déclaré dans cette interview.Sans majorité, pour décider par exemple de la création d’une commission d’enquête ou encore de la tenue d’un débat, “vous présentez nécessairement des décisions qui sont les plus justes pour l’institution et les plus équilibrées, parce qu’autrement, ça ne passe pas”, a-t-elle dit.Cette situation force aussi à “inventer des nouvelles façons de faire”, a-t-elle ajouté en donnant l’exemple des semaines dédiées aux textes proposés par les députés, auparavant dévolues à ceux de la majorité. Depuis 2022, ces semaines sont devenues “transpartisanes”, avec des propositions soutenues par différents groupes.Au moment où les débats budgétaires peinent à aboutir, Mme Braun-Pivet a toutefois estimé qu’il fallait encore “adapter” les règles de l’Assemblée à cette nouvelle configuration. Elle a rappelé avoir lancé une réflexion autour d’une modification du règlement de l’institution. 

En France, les autorités inquiètes de l’influence de la nébuleuse MAGA

Avec le retour au pouvoir de Donald Trump, la droite radicale américaine s’est engagée dans une offensive idéologique hors de ses frontières, notamment en France où les autorités surveillent de près les manoeuvres d’influence de cette nébuleuse, à l’approche d’importantes d’échéances électorales.Viginum, le service gouvernemental chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, n’a à ce jour documenté aucune action coordonnée émanant de la sphère trumpiste MAGA – acronyme du slogan du président américain “Make America Great Again”. Mais il existe une vraie préoccupation”, confie une source sécuritaire à l’AFP.Dans la sphère MAGA, mouvance traversée par d’importantes divergences d’opinions, certains entendent pousser en Europe l'”idéologie nationaliste ultra-conservatrice”, souligne Célia Belin, du centre de réflexion ECFR (European Council on Foreign Relations).L’administration américaine elle-même ne se prive pas de s’immiscer dans les affaires du Vieux continent.En juin, Donald Trump affirmait que l’Europe devait agir contre “l’immigration hors de contrôle”.Quelques mois plus tôt, en février, son vice-président, JD Vance, avait déjà attaqué avec virulence les pays européens dans un discours retentissant à Munich, avant d’échanger avec Alice Weidel, la dirigeante du parti d’extrême droite allemand AfD, à une semaine d’élections législatives.- “Laboratoire” -Les contacts des dirigeants américains avec “l’extrême droite internationale” sont beaucoup plus assumés que lors du premier mandat Trump (2017-2021), explique Nina Jankowicz, cofondatrice d’une organisation de lutte contre la désinformation après un court passage dans l’administration Biden en 2022: “Aujourd’hui, c’est une politique officielle”.Comme l’Allemagne, la France, qui tient des élections municipales au printemps 2026 puis présidentielle en 2027, fait partie des cibles.Pour Nathalie Loiseau, eurodéputée Renew (centre), “les éléments de langage de l’extrême droite européenne sont très souvent des copiés-collés de ce que l’on peut entendre du côté des MAGA”. Dernier exemple notable en date: l’offensive coordonnée de partis d’extrême droite au Parlement européen pour exiger une minute de silence pour l’Américain Charlie Kirk, l’influenceur MAGA assassiné en septembre 2025, et en proposant son nom pour le prix Sakharov pour la liberté d’expression. Une initiative portée par le groupe de l’eurodéputée française du parti Reconquête, Sarah Knafo. “Nous sommes confrontés à des enjeux très similaires” à ceux des Américains, assume-t-elle, en expliquant à l’AFP entretenir des contacts avec plusieurs acteurs de la sphère MAGA: “Ils sont pour nous un laboratoire de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas”.- Reconquête en phase, RN plus ambigu -Reconquête, dont le candidat Eric Zemmour a obtenu 7% des suffrages à la présidentielle de 2022, est le parti “le plus en phase avec certains pans de la rhétorique MAGA”, observe Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite française.Pour Marion Maréchal, autre eurodéputée d’extrême droite et ex-membre de Reconquête, le soutien de la sphère MAGA est “politique et médiatique”, affirme-t-elle à l’AFP.”La liberté sur les réseaux sociaux aide à établir ce contact, cette passerelle, et à nous renforcer les uns les autres pour avancer dans nos combats communs”, détaillait-elle début novembre, après avoir rencontré à Paris Alex Bruesewitz, conseiller média de la campagne de Trump et figure de la sphère MAGA.Son passage à Paris a été facilité par une association française, la Bourse Tocqueville, qui orchestre rencontres et échanges entre conservateurs des deux côtés de l’Atlantique. L’entité, dirigée par le couple franco-américain Kate et Alexandre Pesey, a notamment organisé une visite début mai à Paris de Kevin Roberts, président du cercle de réflexion conservateur Heritage Foundation, considéré comme le réservoir idéologique de la pensée trumpiste.Kevin Roberts expliquait alors vouloir tisser des liens avec des Européens qui souhaitent s’allier “avec des amis américains, afin de pouvoir ressusciter l’esprit de la civilisation occidentale”.Du côté du Rassemblement national, principal parti d’extrême droite français qui ambitionne de conquérir le pouvoir en 2027, l’attitude à l’égard de la sphère MAGA est plus ambiguë.”On a toujours dit qu’on voulait être une voix indépendante, qu’on n’est affilié ni aux uns, ni aux autres”, assure à l’AFP le vice-président du RN Louis Aliot, qui a assisté à l’investiture de Donald Trump ainsi qu’à l’hommage rendu à Charlie Kirk en septembre dans le Colorado.”On peut se trouver des points communs sur des thématiques telles que la lutte contre l’immigration et la protection des frontières” ou la dénonciation du “wokisme”, détaille M. Aliot.Mais il existe des différences: “Ils sont dans une dynamique qui mêle patriotisme et d’une certaine manière religion, qui nous est totalement étrangère”.Pour le camp trumpiste, “avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, c’est plus facile” qu’en France “car leurs partis (nationalistes, NDLR) sont davantage alignés avec l’agenda MAGA”, commente une source diplomatique française.- Rôle de la “Big Tech” -Pour faire circuler les narratifs MAGA en Europe, le rôle des plateformes “Big Tech” (Apple, Alphabet, Meta…) est fondamental, souligne Maud Quessard, spécialiste de politique étrangère américaine et chercheuse à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (Irsem).Le patron de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a récemment appelé au Sénat à considérer les plateformes comme “des acteurs de la menace informationnelle”, capables “d’agir sur le débat public en France au travers de leurs algorithmes” ou de “l’abaissement des politiques de modération”.En Allemagne, plus de la moitié des contenus politiques recommandés sur X étaient favorables à l’AfD lors des élections législatives de février, selon l’ONG Global Witness. Le chiffre montait même à 78% sur la plateforme chinoise TikTok.La réponse publique des autorités françaises et européennes, qui craignent d’éventuelles mesures de rétorsion de Donald Trump, reste à ce stade timide.Le ministère français des Affaires étrangères a bien lancé en septembre le compte X “French response”, dont l’objectif est de réagir aux fausses informations visant la France sur les réseaux sociaux.Mais “pour l’instant, ce compte a une visibilité limitée” avec moins de 10.000 abonnés, observe le chercheur Julien Nocetti, spécialiste des questions de guerre informationnelle. Pas de quoi faire de l’ombre à l’influence numérique du patron de X, Elon Musk, un temps fervent soutien du président américain.tll-gbh-Dt-dab/sva/hba